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Full text of "Oeuvres complètes / Littré vol. 1"

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OEUVRES 

COMPLÈTES 


D’HIPPOCRATE. 


I. 


MPREHERIE  MOQUBT  ET  COilP',  RUE  DE  1,4  HARPE,  90. 


OEUVRES  34859 


COMPLÈTES 

D’HIPPOCRATE, 

TRADUCTION  NOUVELLE 

AVEC  LE  TEXTE  GREC  EN  REGARD, 

COLLATIONNÉ  SÜR  LES  MANUSCRITS  ET  TOUTES  LES  EDITIONS; 

ACCOMPAGNÉE  D’UNE  INTRODUCTION, 

DB  COMMENTAIRES  MÉDICAUX,  DE  VARIANTES  ET  DE  NOTES  PHILOLOGIQUES; 

Suivie  d’une  table  ge'ne'rale  des  matières. 


Par  E.  LITTRE. 


TOME  PREMIER 


3  4  8  5  9 


Totç  tôv  ftaXatüv  àvàpwv 
ôpAüaai  •Ypau.ftacr.. 

Gal- 


A  PARIS, 


CHEZ  J.  B.  BAILLIÈRE, 

LIBRAIRE  DE  L’ACADEMIE  ROYALE  DE  MEDECINE, 

rue  de  l’école  de  medecine ,  17; 

A  LONDRES,  CHEZ  H.  BAILLIÈRE,  219  REGENT-STREET. 

1839. 


A  LA  MEMOIRE 


DE  MON  PÈRE 

MICHEL-FRANÇOIS 


MORT  LE  20  DÉCEMBRE  1827. 


MALGRE  LES  OCCUPATIONS  LES  PLUS  DIVERSES 
d’une  VIE  TRAVERSÉE  , 

IL  NE  CESSA  DE  SB  LIVRER  A  L’ÉTUDE  DBS  LETTRES  ET  DBS  SCIENCES  , 

ET  IL  FORMA  SES  ENFANTS  SUR  SON  MODÈLE. 

PRÉPARÉ  PAR  SES  LEÇONS  BT  PAR  SON  EXEMPLB  , 
j’AI  ÉTÉ  SOUTENU  DANS  MON  LONG  TRAVAIL  PAR  SON  SOUVENIR 
TOUJOURS  PRÉSENT. 

J’AI  VOULU  INSCRIRE  SON  NOM  SUR  LA  PREMIÈRE  PAGE  DE  CB  LIVRE, 
AUQUEL  DU  FOND  DE  LA  TOMBE  IL  A  EU  TANT  DE  PART, 

AFIN  QUE  LE  TRAVAIL  DU  FERE 
SB  FÛT  PAS  OUBLIÉ  DANS  LE  TRAVAIL  DU  FILS, 

ET  QU’UNE  PIEUSB  ET  JUSTE  RBCONNAISSANCB  RATTACHAT  L’OEUVRE  DU  VIVANT 
A  l’uéritagb  DU  MORT. 

CE  LIVRE  AURA  ATTEINT  MA  FLUS  HAUTB  ESPERANCE, 

S’IL  n’est  PAS  INDIGNE  DE  l’humble  MAIS  VÉNÉRABLE  MÉMOIRE 
A  LAQUELLE  JE  LE  CONSACRE. 


PRÉFACE 


Le  travail  que  j’ai  entrepris  sur  les  livres  hippo¬ 
cratiques  ,  est  triple  ;  il  a  fallu  revoir  le  texte  .  re¬ 
faire  la  traduction ,  et  donner  une  interprétation 
médicale. 

J’avais  cru,  en  me  mettant  à  l’œuvre,  que  la 
première  partie  de  ma  tâche  serait  peu  laborieuse  ; 
je  n’ai  pas  tardé  à  être  détrompé.  Le  texte  d’Hip¬ 
pocrate  ,  depuis  l’état  où  Foes  l’a  laissé ,  n’avait 
été  l’objet  que  de  révisions  très-partielles ,  et  il  y 
restait  un  grand  nombre  de  passages  plus  ou  moins 
altérés.  Pour  les  discuter  en  connaissance  de  cause , 
et  pour  y  remédier  autant  que  faire  se  pourrait , 
j’ai  collationné  soigneusement  les  manuscrits  de  la 
Bibliothèque  Royale  de  Paris  ;  ce  travail  a  été  fort 
long,  mais  il  m’a  fourni  d’excellents  résultats. 

Les  variantes,  tant  celles  que  m’ont  donnéès  les 
manuscrits  collationnés  par  moi  ,  que  celles  qui 
sont  fournies  par  les  autres  éditions,  ont  été  placées 
au  bas  des  pages.  Toutes  les  fois  que  le  cas  m  a 
paru  l’exiger,  j’ai  discuté,  avec  plus  ou  moins  d  é- 
tendue,  les  raisons  qui  m  avaient  fait  adopter  telle 
ou  telle  leçon. 

Le  dialecte ,  dans  lequel  sont  écrites  les  œuvres 


VIH 


PRÉFACE. 


hippocratiques  ,  est  une  difficulté  dont  la  solution 
a  embarrassé  tous  les  éditeurs  ;  j’y  ai  trouvé  ,  à  mon 
tour,  bien  des  sujets  d’incertitude ,  et  je  suis  loin 
de  croire  que  j’ai ,  en  tout  point,  saisi  la  juste  me¬ 
sure  et  le  vrai  caractère  de  Tionisme  d’Hippo¬ 
crate.  Cependant ,  j’ai  posé,  dans  un  appendice  à 
l’Introduction,  certaines  règles  qui  m’ont  semblé  les 
plus  générales.  J’ajouterai  ici  que  l’ionisme  hippo¬ 
cratique,  tel  qu’il  est  donné  par  les  manuscrits, 
m’a  paru  être  indécis  dans  quelques  particularités  , 
et  varier  d’un  livre  à  l’autre.  Aussi ,  ai-je  pris  le 
parti  de  ne  pas  admettre  un  ionisme  général  pour 
toute  la  collection  des  livres  hippocratiques  ,  mais 
d’écarter  certaines  formes  ioniennes  >  de  tout  traité 
où  les  manuscrits  ne  présenteraient  pas  d’exemple 
de  ces  formes.  Dans  les  cas  où,  conformément  au 
système  que  j’ai  adopté  sur  l’ionisme  d’Hippocrate , 
j’ai  changé  la  leçon  donnée  par  les  manuscrits ,  j’ai 
noté,  et  le  changement  que  j’ai  fait,  et  la  leçon  des 
manuscrits.  De  cette  façon,  les  personnes  qui  s’oc¬ 
cupent  de  la  dialectologie  auront ,  malgré  la  modi¬ 
fication  introduite  par  moi ,  la  lecture  même  des 
manuscrits,  et  seront  en  état  de  discuter,  par  elles- 
mêmes,  les  conclusions  que  j’ai  prises,  et  de  les  rec¬ 
tifier  là  où  il  en  sera  besoin1. 

Les  avantages  considérables  que  m’a  fournis,  pour 
la  correction  du  texte,  la  collation  des  manuscrits 
de  la  Bibliothèque  Royale  de  Paris,  m’ont  fait  com- 

1  M.  de  Sinner,  si  versé  dans  tout  ce  qui  concerne  la  philologie  grecque  , 
a  bien  voulu  m’aider  de  ses  lumières  pour  la  correction  du  texte.  Sa  révi¬ 
sion  attentive  et  ses  conseils,  dont  je  le  remercie  ici ,  ont  été  une  garantie 
pour  moi,  ci  en  seront  une  pour  le  public. 


pbéface. 


IX 


prendre  qu’il  serait  important  de  posséder:' aussi  la 
collation  de  tous  les  manuscrits  renfermés  dans  les 
diverses  bibliothèques  publiques  de  l’Europe.  Par 
ce  moyen,  la  critique  philologique  aurait  sous  la 
main  tous  les  éléments  essentiels  à  la  discussion;  ce 
que  peuvent  donner  les  manuscrits,  serait  connu  et 
apprécié,  et  l’on  mesurerait  mieux  ce  qui  reste  pèr^- 
mis  à  la  conjecture.  Aussi  je  n’aurais  pas  hésité,  si  ma 
position  personnelle  me  l’eût  permis,  à  me  procu¬ 
rer  les  variantes  fournies  par  toutes  les  bibliothè¬ 
ques.  J’ai  réparé  ,  autant  que  faire  se  peut,  cette 
lacune,  en  consignant  les  variantes  qui  ont  été  pu¬ 
bliées  dans  différentes  éditions,  et  qui  ne  m’étaient 
pas  données  d’ailleurs ,  par  les  manuscrits  ici  à  ma 
disposition. 

Mon  but  a  été  de  mettre  les  œuvres  hippocra¬ 
tiques  complètement  à  la  portée  des  médecins  de 
notre  temps,  et  j’ai  voulu  qu’elles  pussent  être  lues 
et  comprises  comme  un  livre  contemporain.  Deux 
difficultés  principales  s’y  opposaient  :  la  première  gi¬ 
sait  dans  des  théories  antiques,  qui ,  depuis  long¬ 
temps,  ont  cessé  d’être  familières  aux  esprits,  et  dont 
l’intelligence  est  nécessaire  pour  l’intelligence  d’une 
foule  de  passages;  la  seconde  étaitdans  l’emploi  d’une 
ancien  ne  langue  médicale  ou  les  mots  ont  quelquefois 
une  acception  mal  déterminée ,  et  quelquefois  aussi 
une  acception  trompeuse,  attendu  qu’ils  ont  changé 
de  signification  en  passant  dans  le  langage  mo¬ 
derne.  Pour  remédier  à  la  première  difficulté,  j’ai, 
en  tête  de  chaque  traité,  exposé,  dans  un  argu¬ 
ment,  ce  qui  peut  être  nécessaire  à  l’intelligence 


x  PRÉFACE. 

de  ce  traité;  pour  remédier  à  la  seconde,  j’ai  pré¬ 
cisé,  autant  que  la  nature  des  choses  le  permettait , 
le  langage  antique,  et  dans  ce  but,  il  a  fallu  sou¬ 
vent  essayer  un  diagnostic  rétrospectif,  qui  n’est 
pas  entouré  de  moindres  obscurités  que  le  diagnostic 
au  lit  du  malade. 

«  On  pourra  demander,  dit  Grimm  dans  la  pré¬ 
face  de  sa  traduction  allemande  d’Hippocrate ,  à 
quoi  servent  des  versions  en  langue  vulgaire,  puis¬ 
qu’on  en  a  tant  en. latin.  Mais  qu’on  se  rappelle 
que  la  version  latine  est  rédigée  à  son  tour  en  une 
langue  morte,  qu’ainsi  elle  est  doublement  difficile  à 
entendre,  et  qu’elle  n’en  reste  pas  moins  une  tra¬ 
duction....  En  effet,  elle  est  souvent  plus  obscure 
que  l’original  même  ;  chaque  nouveau  traducteur 
porte,  dans  le  latin,  qu’il  ne  sait  que  comme  langue 
morte, ses  idiotismes  particuliers,de  sorte  qu  il  nous 
faudrait  presque  apprendre  sa  langue  maternelle 
pour  comprendre  suffisamment  son  latin.  C’est  une 
des  raisons  pour  lesquelles  Calvus,  Foes  et  Vander 
Linden  traduisent  différemment  dans  beaucoup  de 
cas  où  cependant  leur  texte  n’est  pas  différent.  C’est 
encore  pour  cela  que  l’on  accuse  certains  auteurs 
de  l’antiquité  de  renfermer  bien  du  fatras  ;  car 
en  se  laissant  montrer  le  vieux  médecin  grec  à  tra¬ 
vers  un  latin  qu’on  n’entend  qu’à  demi, on  a  à  lutter 
à  la  fois  contre  l’obscurité  de  l’original  et  de  la 
traduction.  » 

Grimm  a  raison  :  ce  n’est  pas  trop  de  toute 
la  clarté  de  nos  langues  modernes  pour  faire 
comprendre  un  auteur  comme  Hippocrate.  En 


PRÉFACE.  XI 

général ,  plus  un  auteur  est  ancien  ,  plus  il  est 
difficile  ;  la  pensée  et  l’expression  chez  les  mo¬ 
dernes  et  dans  l’antiquité  ont  de  grandes  différen¬ 
ces;  ces  différences  qui,  à  une  simple  lecture,  ne 
semblent  quelquefois  que  peu  tranchées,  deviennent 
visibles  dans  le  travail  de  la  traduction,  et  l’on  est 
souvent  très  surpris  de  voir  que  tel  passage,  que 
l’on  juge  clair  et  bien  compris  tant  qu’on  ne  fait 
que  le  lire,  devient  obscur  et  embarrassé  quand 
on  se  met  à  le  traduire.  Rendre  la  clarté  à  ces  mor¬ 
ceaux,  lumineux  pour  les  anciens,  obscurs  pour  les 
modernes ,  est  une  des  difficultés  les  plus  réelles  et 
les  moins  soupçonnées  de  toute  version  d’un  livre 
antique,  et  mainte  traduction,  qui  a  d’ailleurs  du 
mérite,  vient  échouer  contre  cet  écueil. 

J’ai  essayé,  dans  une  Introduction  r,  de  discuter 
les  principales  questions  que  soulève  la  critique  des 
ouvrages  d’Hippocrate  ;  cette  Introduction  est  de¬ 
venue  un  livre,  et  il  ne  m’est  plus  resté,  dans  le 
premier  volume,  qu’un  petit  nombre  de  pages  dis¬ 
ponibles  pour  recevoir  le  commencement  de  l’édi¬ 
tion  que  j’ai  entrepris  de  donner  au  public.  Le 
lecteur  s’étonnera  peut-être  qu’un  travail  pure¬ 
ment  préliminaire  occupe  tant  d’espace;  mais  la 
nature  même  des  choses  l’a  commandé.  En  effet,  la 
collection  des  livres  dits  hippocratiques  est  un  amas 
incohérent  où  il  est  très  difficile  de  se  reconnaître 


1  Cette  introduction  doit  beaucoup  aux  observations  critiques,  pleines  de 
goût  et  de  justesse,  de  mon  frère,  Barthélemy  Littré,  qu’une  mort  préma¬ 
turée  et  cruelle  vient  de  m’enlever  au  moment  où  je  corrigeais  ces  der¬ 
nières  feuilles. 


XII 


PRÉFACE. 


de  prime-abord.  On  y  trouve  des  doctrines  diffé¬ 
rentes  ,  des  ouvrages  incomplets,  des  traités  mu¬ 
tilés,  des  livres  qui  ne  sont  que  des  extraits  d’autres 
livres,  des  notes  sans  suite,  des  répétitions,  enfin 
un  désordre  qui  semble  inexplicable  et  qui  rend 
une  lecture  suivie,  à  vrai  dire,  impossible.  Je  me 
suis  demandé  comment  il  se  faisait  que  la  collec¬ 
tion  hippocratique  se  présentât  à  nous  dans  un 
pareil  état,  et  la  réponse  à  cette  question  m’a  en¬ 
traîné  à  des  recherches  et  à  des  développements 
étendus,  mais,  on  le  voit,  indispensables. 

Je  n’ai  pas  l’intention  d’énumérer  ici  les  résul¬ 
tats  du  travail  critique  auquel  je  me  suis  livré  sur 
l’authenticité  des  différentes  parties  de  la  collection 
hippocratique.  Je  veux  seulement  prévenir  le  lec¬ 
teur  sur  quelques  changements  matériels  que  pré¬ 
sente  mon  édition.  Ayant  découvert,  dans  la  Biblio¬ 
thèque  Royale  de  Paris,  une  traduction  latine  iné¬ 
dite  du  traité  des  Semaines ,  j’ai  reconnu  que  la 
plus  grande  partie  de  la  8®  section  des  Aphorismes 
y  avait  été  prise;  j’ai  reconnu  de  plus  qu’un  long 
morceau  de  ce  traité  avait  été  inséré  dans  la  com¬ 
pilation  intitulée  des  Jours  critiques.  En  consé¬ 
quence ,  j’ai  pu  supprimer,  de  mon  édition,  la 
8e  section  des  A phorismes  et  l’opuscule  des  Jours 
critiques ,  et  rendre  au  traité  des  Semaines  tout  ce 
qui  en  avait  été  distrait. 

Un  travail  comparatif  d’un  autre  genre  m’a  ap¬ 
pris  que  le  traité  de  la  Nature  des  Os  n’était  pas 
autre  chose,  don  plus,  que  la  réunion  de  fragments 
dispara  tes,  qui  même  nVtaientpas  tous  pris  à  la  Col- 


PRÉFACE. 


XIII 

lection  hippocratique.  J’ai  donc  encore  supprimé 
cette  compilation,  dont  les  diverses  parties  se  re¬ 
trouvent  en  leur  lieu  et  place. 

J’ai  séparé  le  1er  et  le  3e  livre  des  Épidémies 
des  cinq  autres ,  parce  qu'ils  ont  un  caractère  dif¬ 
férent,  et  que  les  critiques  anciens  se  sont  accordés 
pour  les  attribuer  à  Hippocrate. 

Enfin  j’ai  distribué  les  quatre  livres  des  Ma- 
ladies,  autrement  qu’ils  ne  le  sont  dans  les  éditions, 
parce  que,  malgré  les  numéros  qu’ils  portent,  ils 
ne  se  suivent  ni  se  rapportent,  tous  les  quatre,  les 
uns  aux  autres.  J’ai  séparé  aussi  le  premier  livre 
des  Prorrhéliques ,  attendu  qu’ils  n’ont  rien  de 
commun  que  le  titre. 

Néanmoins  j’ai  conservé  les  dénominations  an¬ 
ciennes,  afin  de  ne  porter  aucun  désordre  dans  les 
désignations  et  les  citations. 

«  La  critique  et  l’interprétation ,  a  dit  le  célèbre 
Heyne,  en  annonçant  le  2e  volume  des  Mémoires 
de  1 Institut  national  de  France ,  ne  sont,  à  pro¬ 
prement  parler,  rien  de  plus  qu’un  moyen  d’obte¬ 
nir  la  correction  et  le  vrai  sens  d’un  texte.  La  cri¬ 
tique  s’arrête  du  moment  que  ce  but  a  été  atteint. 
Mais  for  mer  l’esprit  et  le  goût  à  l’aide  des  Anciens,  en 
tirer,  pour  son  profit,  des  connaissances  précieuses, 
et  faire  servir,  avec  un  juste  sentiment  de  l’appli¬ 
cation,  ces  connaissances  à  l’utilité  du  temps  pré¬ 
sent  ,  ce  sont  là  des  motifs  et  un  attrait  impé¬ 
rissable  qui  toujours  nous  exciteront  à  l’étude  de 
l’antiquité.  » 

L’intérêt  et  l’avantage  que  procure  un  livre 


XIV 


PRÉFACE. 


venu  de  l’antiquité ,  sont  toujours  dans  le  rappro¬ 
chement  que  l’esprit  fait  entre  la  science  moderne 
et  la  science  antique.  Or,  ce  rapprochement  ne  peut 
naître  qu’à  certaines  conditions,  qui  se  trouvent  ou 
dans  le  lecteur  lui-même,  ou  dans  la  manière  dont 
le  livre  ancien  se  présente  à  lui  :  dans  le  lecteur, 
quand  ses  études  lui  ont  ouvert  l’entrée  des  doc¬ 
trines  de  l’antiquité;  dans  le  livre  même,  quand  ces 
doctrines  y  ont  reçu  une  élaboration  qui  les  mette 
en  harmonie  avec  la  pensée  moderne ,  de  sorte 
qu’on  puisse  y  pénétrer,  pour  ainsi  dire,  de  plain 
pied.  C’est  sous  la  direction  de  cette  idée  que  j'ai 
exécuté  mon  travail  sur  Hippocrate  ;  car  il  s’agit 
de  faire  saisir  le  lien  entre  le  présent  et  le  passé, 
et  de  rendre,  par  le  rapport  qui  s’établit  entre  l’un 
et  l’autre,  les  choses  antiques  aussi  intelligibles 
que  les  choses  modernes;  et,  si  j’ai  senti  combien  il 
était  difficile  d’atteindre  complètement  ce  but,  j’ai 
du  moins  essayé  d’en  approcher  autant  que  mes 
forces  me  l’ont  permis. 

Quand  la  pensée  antique  et  la  pensée  moderne 
se  trouvent  ainsi  en  contact,  elles  se  fécondent  l'une 
l’autre  ;  il  n’est  pas,  je  l’ai  senti  moi-même,  d’exer¬ 
cice  plus  salutaire  que  de  méditer,  avec  les  grands 
esprits  des  temps  passés,  sur  les  doctrines,  sur  les 
observations,  sur  la  marche  delà  science,  et  c’est 
dans  ce  sens  que  j’ai  pris  pour  épigraphe  un  mot 
de  Galien  plein  de  profondeur  :  «  Familiarisez-vous 
avec  les  livres  des  anciens  hommes.» 


25  Décembre,  1838. 


TABLE  DU  TOME  PREMIER. 


DÉDICACE.  VI 

PRÉFACE.  Vn 

INTRODUCTION.  1 

“Chapitre  1er.  Coup-d’œil  sur  la  médecine  avant  le  temps 

d’Hippocrate.  3 

Chap.  II.  Vie  d’Hippocrate.  27 

Chap.  HI.  Des  livres  qui  portent  le  nom  d’Hippocrate.  44 

Chap.  TV.  Témoignages  sur  Hippocrate  et  ses  écrits  entre 
l’époque  où  il  a  fleuri  et  celle  de  l’établissement  de  l'école 
d’Alexandrie.  66 

Chap.  V.  De  la  transmission  des  livres  hippocratiques  et  de 

la  série  des  commentateurs  de  ces  livres  dans  l’antiquité  80 

Chap.  VI.  Des  différentes  listes  des  écrits  hippocratiques.  1 33 

Chap.  VH.  Des  éléments  de  la  critique  hippocratique  dans 

l’antiquité  et  de  leur  valeur.  1 54 

Chap.  VIH.  Examen  des  ouvrages  modernes  où  l’on  traite  ex 
professo  de  l’histoire  des  livres  dits  hippocratiques.  169 

Chap.  IX.  De  quelques  points  de  chronologie  médicale.  200 

Chap.  X.  Des  rapports  qui  unissent  certains  livres  de  la  col- 

lection  hippocratique.  242 

Chap.  XI.  De  la  publication  de  la  collection  hippocratique.  262 

Chap.  Xn.  De  chacun  des  livres  de  la  collection  hippocratique 

en  particulier.  292 

Chap.  XIH.  Exposé  sommaire  de  la  doctrine  médicale  d’Hip¬ 
pocrate.  440 

Chap.  XIV.  Remarques  sur  le  caractère  médical  et  le  style 

d’Hippocrate,  465 

Appendice  à  l’introduction.  479 

§  I6r.  Du  dialecte  des  livres  hippocratiques.  Ibid. 

§  H.  Du  texte  et  des  éditions  de  la  collection  hippocratique 

dans  l’antiquité.  502 

5  DI.  Notices  des  manuscrits  de  la  collection  hippocratique.  51 1 


TABLE- 


XVI 

§  IV.  Des  éditions  et  traductions  complètes  de  la  Collection 

hippocratique.  540 

OEUVRES  D’HIPPOCRATE. 

PREMIÈRE  CLASSE ,  TRAITÉS  QUI  SONT  D’HIPPO¬ 
CRATE.  555 

Argument  du  traité  tde  l’ancienne  médecine.  55G 

De  l’ancienne  médecine.  57  0 


FIN  DE  LA  TABLE. 


INTRODUCTION. 


Les  livres  médicaux  qui  sont  arrivés  jusqu’à  notre  temps 
sous  le  nom  d’Hippocrate ,  appartiennent-ils  tous  véritable¬ 
ment  à  ce  médecin?  Dans  le  cas  de  la  négative ,  quel  est  l’au¬ 
teur,  ou  quels  sont  les  auteurs  dont  les  productions  pseudo¬ 
nymes  ont  été  conservées  dans  la  collection  hippocratique? 
A  quelle  marque  peut-on  distinguer  les  écrits  qui  sont  réelle¬ 
ment  l’œuvre  d’Hippocrate,  de  ceux  qui  ne  sont  pas  de 
lui?  Quelle  classification  doit-on  introduire  dans  cette  masse 
de  livres,  si  on  parvient  à  établir  qu’ils  dérivent  de  sources 
différentes?  Comment  s’est-il  fait  que  des  écrits  aient  reçu 
faussement  le  nom  d’Hippocrate,  et  aient  été  publiés  sous  ce 
titre?  A  quelle  époque  peut-on  faire  remonter  la  publication 
de  cette  célèbre  collection?  A-t-elle  vu  le  jour  du  vivant 
d’Hippocrate  lui-même ,  ou  n’a-t-elle  été  livrée  à  la  publicité, 
dans  sa  forme  actuelle,  qu’un  assez  long  temps  après  sa 

l 


TOM.  I. 


2  INTRODUCTION. 

mort?  Quel  est,  déduction  faite  des  livres  qui  ne  sont  pas  de 
lui,  le  véritable  système  de  ce  médecin  ?  De  quelle  manière  son 
système  se  rattache-t-il  aux  doctrines  plus  anciennes ,  et 
quels  fruits  immédiats  a-t-il  portés?  Enfin ,  que  sait-on  de  po¬ 
sitif  sur  la  biographie  d’Hippocrate  lui-même ,  au  milieu  de 
toutes  les  fables  dont  sa  vie  a  été  le  texte?  Et  quelles  notions 
certaines  pouvons-nous  nous  faire  de  sa  méthode ,  de  sa  ma¬ 
nière  de  voir  et  de  son  caractère  médical? 

Ce  sont  là  les  questions  (  et  chacune  d’elles  en  renferme 
plusieurs  autres)  que  je  me  propose  de  traiter  dans  le  long 
travail  auquel  je  donne  le  titre  à" Introduction ,  et  que  je  sou¬ 
mets  ici  au  jugement  du  lecteur.  Plus  j’ai  avancé  dans  la  tra¬ 
duction  delà  co^ction  hippocratique,  plus  j’ai  compris  la 
nécessité  de  discuter  soigneusement  toutes  ces  questions. 
Elles  sont  préliminaires ,  il  est  vrai;  mais  elles  n’en  sont  pas 
moins  essentielles;  et,  au  milieu  des  difficultés  de  l’édition 
nouvelle  que  j’ai  entreprise,  je  ne  me  suis  senti  quelque  sû¬ 
reté,  que  du  moment  où  j’ai  eu  approfondi  les  problèmes 
de  critique  littéraire  et  médicale  que  je  viens  d’énumérer. 


CHAPITRE  PREMIER. 


Lorsqu’on  recherche  l’histoire  de  la  médecine  et  les  com¬ 
mencements  de  la  science,  le  premier  corps  de  doctrine  que 
l’on  rencontre,  est  la  collection  d’écrits  connue  sous  le  nom 
d’œuvres  d’Hippocrate.  La  science  remonte  directement  à 
cette  origine  et  s’y  arrête.  Ce  n’est  pas  qu’elle  n’eût  été  culti¬ 
vée  antérieurement,  et  qu’elle  n’eût  donné  lieu  à  des  produc¬ 
tions  même  nombreuses  -,  mais  tout  ce  qui  avait  été  fait  avant 
le  médecin  de  Cos  a  péri.  Il  ne  nous  en  reste  que  des  fragr- 
ments  épars  et  sans  coordination  -,  seuls ,  les  ouvrages  hippo¬ 
cratiques  ont  échappé  à  la  destruction 5  et,  par  une  circon¬ 
stance  assez  Singulière ,  il  existe  une  grande  lacune  après 
eux,  comme  il  en  existait  une  avant  eux  :  les  travaux  des 
médecins,  d’Hippocrate  à  l’établissement  de  l’école  d’Alexan¬ 
drie,  ceux  de  cette  école  même  ont  péri  complètement,  à  part 
des  citations  et  des  passages  conservés  dans  des  écrivains 


4  INTRODUCTION. 

postérieurs  ;  de  telle  sorte  que  les  écrits  hippocratiques  de¬ 
meurent  isolés  au  milieu  des  débris  de  l’antique  littérature 
médicale.  Cet  isolement  les  agrandit  encore  et  leur  donne 
un  lustre  et  un  intérêt  particuliers  ;  ils  en  ressortent  davan¬ 
tage  aux  yeux  du  spectateur  qui  contemple  les  ruines  de 
l'intelligence;  comparables  aux  édifices  qui  restent  seuls  de¬ 
bout  au  milieu  des  cités  anéanties ,  et  qui  paraissent  d’au-, 
tant  plus  grands  et  plus  majestueux  que  les  rues  et  les 
places  qui  les  entouraient  ont  disparu. 

Quand  même  les  écrits  d’Hippocrate  n’auraient  pas  d’au¬ 
tre  avantage  que  d’occuper  la  première  place  dans  l’ordre 
chronologique  de  la  médecine ,  ils  exciteraient  la  curiosité 
de  l’homme  qui  veut  s’instruire  dans  l’ancienne  science  des 
peuples.  Mais  bien  d’autres  mérites  appellent  notre  attention. 
Ils  ont  été  placés  trop  près  de  l’origine  des  choses ,  pour  ne 
pis  avoir  un  type  qui  n’a  plus  dû  se  reproduire  dans. le  cours 
du  temps  ;  ils  ont  exercé  une  trop  grande  influence  sur  les 
destinées  de  la  médecine  pour  ne  pas  recéler  des  sources 
de  savoir  qui  ne  sont  pas  encore  épuisées;  ils  ont  été  trop 
étudiés  pour  ne  pas  mériter  d’être  étudiés  encore.  Moins  que 
jamais,  il  est  permis  à  la  médecine  d’oublier  son  passé;  de 
s’enfermer  exclusivement  dans  le  domaine  de  l’observation 
contemporaine  ;  de  sacrifier  au  présent  les  expériences  qui  ont 
été  faites ,  les  enseignements  qui  ont  été  donnés ,  les  pensées 
générales  qui  ont  été  disséminées  dans  les  œuvres  des  gé¬ 
nies  éminents;  de  laisser  dans  l’obscurité  tant  de  faits  pa¬ 
thologiques  qui ,  produits  une  fois ,  ne  doivent  plus  peut-être 
se  reproduire  ;  de  négliger  tant  de  points  de  vue  que  le  cours 
des  choses  toujours  divers  a  présentés;  enfin,  de  renoncer 
à  l’intelligence  de  la  loi  qui  a  présidé  au  développement  in¬ 
térieur  d’une  science  aussi  ancienne  et  aussi  vaste. 

L’existence  isolée  de  la  collection  hippocratique  au  com- 


MÉDECINE  AVANT  HIPPOCRATE.  5 

mencement  même  de  l’histoire  de  la  médecine,  a  fait  croire 
que.cette  science  ne  datait  réellement  que  de  l’époque  et  des 
travaux  d’Hippocrate.  C’est  une  erreur  :  cette  collection  a 
été  précédée  d’une  longue  période  d’efforts  et  de  recher¬ 
ches  qui  n’ont  point  été  stériles ,  et  elle  a  recueilli  des  hérita¬ 
ges  dont  il  n’est  pas  impossible  de  retrouver  la  trace.  Il  im¬ 
porte  donc  de  montrer  qu’Hippocrate,  son  école  et  leurs 
livres  sont  venus  dans  des  temps  d’activité  scientifique ,  et 
qu’il  y  avait  eu  avant  eux  d’autres  écoles  et  d’autres  livres. 

Les  sources  de  la  médecine  grecque  dans  l’âge  qui  a  été 
immédiatement  antérieur  au  célèbre  médecin ,  sont  au  nom¬ 
bre  de  trois.  La  première  est  dans  les  collèges  des  prêtres- 
médecins  qui  desservaient  les  temples  d’Esculape,  et  que 
l’on  désignait  sous  le  nom  d’Asclépiades;  la  seconde,  dans 
les  philosophes  ou  physiologistes  qui  s’occupaient  de  l’é¬ 
tude  de  la  nature ,  et  qui  avaient  fait  entrer  dans  le  cadre  de 
leurs  recherches  l’organisation  des  corps  et  l’origine  des 
maladies-,  la  troisième  est  dans  les  gymnases  où  les  chefs  de 
ces  établissements  avaient  donné  une  grande  attention  aux 
effets,  sur  la  santé,  des  exercices  et  des  aliments.  Il  faut 
examiner  successivement  ces  trois  éléments  du  développe¬ 
ment  médical  dans  l’ancienne  Grèce. 

La  médecine  égyptienne  était  exercée  par  des  prêtres  ; 
elle  appartenait  à  une  certaine  fraction  de  la  classe  sacerdo¬ 
tale.  Il  en  fut  de  même  dans  l’organisation  primitive  de  la 
Grèce ,  qui  reçut  de  ses  premiers  instituteurs ,  les  Égyptiens, 
un  établissement  social  long-teipps  marqué  du  sceau  de  sa 
première  origine  ;  et  là,  comme  sur  les  bords  du  Nil,  les  prê¬ 
tres  se  chargèrent  du  soin  de  la  santé  des  hommes.  Des  deux 
côtés  l’art  s’enferma  dans  les  temples,  se  communiqua  aux 
initiés,  fut  caché  au  vulgaire,  et  se  lia  par  sa  position  même  à 
une  série  d’idées  et  de  pratiques  plus  ou  moins  superst  itieuses 


6 


INTRODUCTION. 


Le  dieu  de  la  médecine  était  Esculape ,  venu ,  comme  tous 
les  dieux  def  Olympe  grec,  des  régions  de  l’Orient.  La  my¬ 
thologie  le  faisait  fils  du  Soleil.  Cette  généalogie ,  sans  doute , 
n’est  pas  moins  symbolique  que  la  personne  même  du  dieu , 
et  Pausanias 4  raconte  qu’un  Sidonien ,  qu’il  rencontra  dans 
le  temple  d’Esculape  à  Ægium ,  lui  dit  que  ce  dieu  est  la  per¬ 
sonnification  de  l’air  nécessaire  à  l’entretien  de  la  santé  de 
tous  les  êtres,  et  qu’ Apollon,  qui  représente  de  son  côté  le  so¬ 
leil  ,  est  dit,  avec  raison,  le  père  d’Esculape,  puisque  son 
cours  détermine  les  différentes  saisons  et  communique  à 
l’atmosphère  sa  salubrité.  Le  culte  d’Esculape  remonte  dans 
la  Grèce  à  une  haute  antiquité  5  ses  fils  Podalire  et  Machaon 
sont  comptés,  par  Homère ,  parmi  les  héros  qui  assiégèrent 
la  ville  de  Troie;  et  c’est  à  ces  deux  personnages  qu’on  at¬ 
tribuait  l’introduction  du  culte  d’Esculape  dans  la  Grèce.  Les 
mythologues  prétendent  que  Machaon  le  porta  dans  le  Pélo- 
ponèse,  et  Podalire  dans  l’Asie-Mineure.  Le  plus  ancien  tem¬ 
ple  passait  pour  être  celui  de  Titane  près  de  Sicyone,  et 
Xénophon 1  2  rapporte  que,  selon  un  antique  usage,  des  mé¬ 
decins  suivaient  l’armée  lacédémonienne  en  campagne,  et  se 
tenaient  auprès  du  roi  sur  le  champ  de  bataille.  Ces  méde¬ 
cins  ne  pouvaient  être  que  des  serviteurs  d’un  des  temples 
d’Esculape  3  que  possédait  Lacédémone. 

Dès  la  plus  haute  antiquité,  il  se  fonda  dans  la  Grèce  un 
grand  nombre  de  ces  Jsclépions*  qui  s’ouvrirent  pour  le  ser¬ 
vice  du  dieu  et  le  service  des  malades ,  et  qui  disséminèrent , 
avec  son  culte ,  la  pratique  de  l’art.  Ces  temples  étaient  en 

1  Liv.  vu,  Achaïe  chap.  22,  t.  4,  p.  192,  Ed.  de  Clavier. 

3  De  républ.  Laced.  cap.  15. 

3  Toû  0sdu  SouÀoi ,  comme  les  appelle  Pausanias. 

;  ’AcxXïjnetov,  temple  d’Esculape. 


MÉDECINE  AVANT  HIPPOCRATE.  7 

même  temps  des  écoles  où  l’on  s’instruisait  dans  la  science 
médicale,  et  les  plus  connus  à  cet  égard ,  dans  les  temps  qui 
précédèrent  immédiatement  Hippocrate,  furent  ceux  de 
Cyrène,  de  Rhodes,  de  Cnide  et  de  Cos.  Les  écoles  de  Rhodes 
et  de  Cyrène  s’éclipsèrent  de  bonne  heure ,  et  il  ne  reste 
aucun  monument  médical  que  l’on  puisse  y  rapporter.  Mais 
celles  de  Cos  et  de  Cnide  acquirent  beaucoup  d’illustration , 
et  elles  ont  joué  un  grand  rôle  dans  la  médecine. 

L’école  de  Cnide  doit  être  nommée  d’abord  5  car  c’est 
d’elle  qu’est  sorti  le  premier  livre  que  nous  puissions  attribuer 
avec  quelque  sûreté  aux  Asclépiades  ;  et  l’mi  des  plus  impor¬ 
tants  écrits  d’Hippocrate  est  dirigé  contre  ce  livre ,  intitulé  : 
Sentences  cnidiennes  L 

Le  plus  ançien  des  Asclépiades  cnidiens  que  l’on  con¬ 
naisse  est  Euryphon ,  contemporain  d’Hippocrate ,  mais 
plus  âgé  que  lui.  Regardé  comme  l’auteur  des  Sentences 
cnidiennes ,  il  est  cité  par  Platon  le  Comique;  ce  poète, 
introduisant  Cinésias  au  sortir  d’une  pleurésie,  le  repré¬ 
sente  maigre  comme  un  squelette;  la  poitrine  pleine  de 
pus,  les  jambes  comme  un  roseau,  et  tout  le  corps  chargé 
des  eschares  qu’Euryphon  lui  avait  faites  en  le  hrûlant  2, 
Cette  mention  d’Euryphon  par  un  poète  contemporain,  est 
la  preuve  qu’il  jouissait  alors  d’une  réputation  populaire. 
Il  est  encore  cité  par  Rufus ,  par  Cœlius  Aurélianus  et  par 
Galien  5,  qui  dit  même  qu’on  lui  attribuait  quelques- 

1  XI  Kvtoiai  yvcopiat. 

*  Msxà  xavxa  os  Eùayopou  6  ttcüç  êx  îrXsupfxtooç  Kivrjotaç  axe  as  ■ 
X0s,  airuoç  (sp. tcuoç?)  xaXapuva  cxéXrj  cpopcov,  çôo'/jç  irpo^r/îç , 
paç  xsxaupivoç  ■jrXstaxaç  u-jt’  Eùpucpwvxoç.  Gai.  t.  v,  p.  522, 
Basil. 

3  Tom.  v,  p.  45,  Basil. 


8 


INTRODUCTION. 


uns  des  traités  compris  dans  la  collection  hippocratique  * . 

Dès  le  temps  d’Hippocrate  il  y  avait  eu  deux  éditions  des 
Sentences  cnidiennes;  ce  qui  prouve  les  méditations  de  l’auteur 
et  le  progrès  du  travail.  Le  fond  du  livre  avait  été  conservé , 
mais  il  y  avait  eu  des  retranchements,  des  additions  et  des 
changements.  «  Les  médecins  cnidiens  avaient  publié,  dit  Ga¬ 
lien,  de  secondes  Sentences  cnidiennes ,  et  c’est  de  ce  livre 
qu’Hippocrate  dit  qu’il  avait  un  caractère  plus  médical  2.  » 
Cet  écrit,  actuellement  perdu,  a  subsisté  long-temps,  et  Galien 
l’avait  encore  sous  les  yeux.  Les  Cnidiens  divisaient  les  mala¬ 
dies  en  un  très-grand  nombre  d’espèces  ;  ainsi  ils  admettaient 
sept  maladies  de  la  bile,  douze  maladies  de  la  vessie ,  quatre 
maladies  des  reins,  de  plus  quatre  stranguries,  trois  tétanos, 
quatre  ictères,  trois  phthisies;  car  ils  considéraient  les  diffé¬ 
rences  des  corps,  différences  variables  suivant  une  foule  de 
circonstances,  et  ils  laissaient  de  côté  la  ressemblance  des  dia¬ 
thèses  observée  par  Hippocrate  5. 

L’école  de  Cos  n’était  pas,  à  cette  époque,  élevée  au- 
dessus  de  sa  rivale  5  car  elle  n’avait  point  encore  produit 
Hippocrate.  A  part  les  aïeux  de  ce  médecin  que  l’on  dit  avoir 
pratiqué  la  médecine  dans  l’île ,  on  ne  rencontre  mentionné 
que  le  nom  d’un  médecin  de  Cos-,  il  s’appelait  Apollonidès. 
Cet  Apollonidès  se  trouvait  à  la  cour  du  roi  de  Perse,  Ar- 
taxerce  Ier.  Mégabvze,  un  des  grands  seigneurs  de  cette 
cour ,  ayant  été  grièvement  blessé  dans  un  combat ,  fut  sauvé 
à  force  de  soins  par  ce  médecin4.  Apollonidès  eut  une  fin  tra- 

Ouo  osa  ooxsî  [iiv  EùpuçSvTOç  eïvat,  cpspssai  os  iv  toïç  'Itc- 
7roxp&:ouç.  Gai.  t.  16,p.  3,  Ed.  Kiilm. 

a  T.  v,  p.  58,  Basil. 

3  Gai.  t.  v,  p.  59,  Basil. 

4  Kai  pioÀtç  ttoXXt,  iïrijxeXsta  TrspiGtoÇerai  ’AttoXXodviSou  iaxpoû  tou 
Kwou.  Ctesias  sxtwv  nepstxwv,  p.  11,  Ed.  Henr.  Steph.  1557. 


MÉDECINE  AVANT  HIPPOCRATE.  9 

,  gique  ;  il  lia  une  intrigue  amoureuse  avec  une  princesse  per¬ 
sane,  sous  prétexte  de  la  guérir 5  celle-ci,  sur  le  point  de 
mourir ,  révéla  tout  à  Amistris,  sa  mère,  et  mère  d’Artaxerce, 
laquelle ,  après  avoir  tourmenté  Apollonidès  pendant  deux 
mois ,  le  fit  enterrer  vivant  le  jour  où  sa  fille  expira. 

Autant  donc  que  nous  en  pouvons  juger,  l’école  de  Cos 
entra  plus  tard  que  l’école  de  Cnide  dans  la  carrière  des  pu¬ 
blications.  Les  malades  qui  venaient  se  faire  traiter  dans  les 
temples  avaient  l’habitude  d’y  laisser  quelques  mots  qui 
exprimaient  leur  reconnaissance  envers  le  dieu,  et  qui  carac¬ 
térisaient  la  maladie  dont  ils  avaient  été  délivrés.  «  Le  tem¬ 
ple  d’Épidaure,  dit  Strabon 1 ,  est  toujours  plein  de  malades 
et  de  tableaux  qui  y  sont  suspendus ,  et  dans  lesquels  le  trai¬ 
tement  est  consigné.  Il  en  est  de  même  à  Cos  et%à  Tricca.  » 
Les  prêtres  recueillaient  ces  notes  -,  du  moins  nous  pouvons  le 
croire  pour  ceux  de  Cos  5  car  les  Prènotions  Coaques  de  la  col¬ 
lection  hippocratique  ne  sont  sans  doute  qu’un  recueil  de  pa¬ 
reilles  notes. 

On  y  voit  que  l’école  de  Cos  attachait  une  importance  par¬ 
ticulière  à  reconnaître  les  caractères  communs  des  maladies , 
c’est-à-dire  les  symptômes  qui  annoncent  les  efforts  de  la 
nature ,  et  à  distinguer  les  crises  (le  mot  lui  appartient  peut- 
être)  et  les  jours  critiques.  Telle  était  la  direction  où  l’école 
de  Cos  était  placée  au  moment  où  Hippocrate  y  commence 
son  noviciat  médical. 

Le  malade  qui  venait  chercher  du  soulagement  dans  les 
Jsclépions  était  d’abord  soumis  à  quelques  préliminaires  qui, 
sous  un  appareil  religieux,  l’obligeaient  à  des  jeûnes  prolon¬ 
gés  ,  à  des  purifications ,  à  des  ablutions  et  à  des  onctions 
de  toutes  sortes.  Ainsi  préparé ,  il  entrait  dans  le  temple  f 


Lib.  vin,  p.  560,  Basil.  1549. 


10  INTRODUCTION. 

et  il  y  passait  la  nuit  5  c’est  ce  qu’on  appelait  V incubation. 
Aristophane ,  dans  sa  comédie  de  Plutus ,  en  fait  une 
description  très  plaisante.  Mais  pour  les  malades  c’était 
quelque  chose  de  sérieux.  Pendant  la  nuit  le  dieu  leur 
;  apparaissait  et  leur  prescrivait  les  remèdes  nécessaires.  Le 
lendemain  le  malade  racontait  sa  vision ,  et  était  soumis  en 
conséquence  au  traitement  ordonné.  Les  Asclépions  étaient 
généralement  placés  dans  une  contréë  saine ,  dans  un  site 
riant;  un  bois  sacré  les  entourait  toujours,  de  sorte  que  toutes 
les  conditions  de  salubrité  et  d’agrément  s’y  rencontraient. 
Ces  bois ,  du  moins  pour  l’ile  de  Cos ,  étaient  formés  d’arbres 
de  haute  futaie;  car  Turullius,  lieutenant  d’Antoine ,  coupa 
celui  de  Cos  pour  en  construire  une  flotte  L 

Les  prêtres  médecins  allaient-ils  exercer  leur  ministère  en 
dehors  des  temples  ?  Schulze  admet  la  négative  ;  mais  cet  ex¬ 
cellent  historien  de  la  médecine  me  paraît  n’avoir  pas  donné 
autant  d’attention  qu’il  en  donne  ordinairement  aux  faits 
consignés  dans  les  livres  :  l’exemple  d’Hippocrate  est  décisif 
dans  cette  question;  il  appartenait,  dans  le  sacerdoce  médi¬ 
cal  ,  à  une  famille  illustre  qui  se  disait  descendue  d’Esculape  ; 
nul  n’était  donc  plus  que  lui  lié  par  tous  les  usages,  par  toutes 
les  règles  qui  dirigeaient  la  pratique  de  l’art  parmi  les  prê¬ 
tres-médecins.  Néanmoins  il  parcourut  comme  médecin  pé- 
riodeute  ou  ambulant  différentes  parties  de  la  Grèce,  et  il  y 
exerça  la  médecine  ;  il  ne  peut  donc  y  avoir  aucun  doute  sur 
ce  point  :  les  prêtres  des  Asclépions ,  qui  traitaient  les  mala¬ 
des  dans  leurs  temples ,  allaient  aussi  les  traiter  au-dehors. 
Ils  ne  faisaient,  au  reste,  que  ce  que  faisaient  de  leur  côté 

1  Præfectus  M.  Antonii,  Turullius ,  cum  apud  Coos  cverso 
Æsculapii  luco  classem  fecisset,  eodem  postea  loco  a  militibus 
Cæsaris  est  interfectus.  Lact.,  de  Orig.  err.  lib. 


MÉDECINE  AVANT  HIPPOCRATE.  1  i 

les  prêtres-médecins  de  l’Égypte.  Hérodote  nous  montre 
ces  médecins  égyptiens  établis  à  la  cour  du  roi  de  Perse ,  Da¬ 
rius,  fils  d’Hystaspe.  Il  y  avait  des  asclépiades  à  Rhodes,  à 
Cnide ,  à  Cos  *,  il  y  en  avait  à  Athènes;  au  milieu  de  leur 
temple  se  trouvait  une  source  thermale.  Platon  parle  souvent 
des  asclépiades  athéniens ,  et  il  le  fait  en  termes  qui  prouvent 
qu’ils  s’étaient  acquis  une  réputation  d’élégance  et  de  bon 
goût  dans  la  ville  de  Minerve  *.  En  un  mot,  il  y  avait  des 
asclépiades  partout  où  un  temple  d’Esculape  avait  été  fondé. 
Que  faut-il  entendre  par  cette  dénomination?  Formaient-ils 
une  famille  réelle ,  ou  simplement  Une  corporation  qui  se  re¬ 
crutait  par  voie  d’initiation?  Il  est  certain  que  quelques-uns 
d’entr’eux,  en  se  donnant  ce  nom,  prétendaient  indiquer  leur 
généalogie ,  et  ils  se  disaient  descendants  d’Esculape  par 
Podalire  ou  Machaon.  Galien 1  2 3  nous  apprend  que  Ctésias,  as- 
clépiade  de  Cnide,  était  parent  d’Hippocrate,  et  il  nous  dit 
ailleurs5  que,  la  branche  des  asclépiades  de  Rhodes  s’étant 
éteinte ,  l’école  de  cette  île  tomba  avec  eux.  Ces  remarques 
pourraient  faire  croire  à  l’existence  d’une  famille  réelle ,  mais 
dans  le  fond  il  n’en  est  rien.  H  se  peut  que  parmi  les  prêtres 
qui  desservaient  les  Jlsclépions  quelques-uns  se  transmissent 
en  effet  de  père  en  fils  la  science  médicale ,  et ,  formant  ainsi 
dans  le  sein  de  la  corporation  une  vraie  famille ,  prétendis¬ 
sent  reporter  leur  origine  aux  temps  mythologiques.  La 
famille  d’Hippocrate  était  sans  doute  dans  ce  cas  ;  mais  c’était 
une  prétention  particulière  des  Nebrides  (nom  qu’on  lui  don¬ 
nait  aussi  en  raison  d’un  de  ses  aïeux).  Le  reste  des  asclé- 


1  Toù;  xoa^oùç ’AffxXv57rtaSaç.  De  republ.  fib.  i.  t.  5.  p.  108. 
Ed.  Tauclm. 

2  T.  v,  p.  652,  Basil. 

3  T.  iv,  p.  35,  Basil. 


12  INTRODUCTION. 

piades  avait  été  recruté  par  voie  d’association  et  d’initiation  ; 
on  en  a  une  preuve  manifeste  dans  1  e  Protagoras  de  Platon1. 
Socrate  demande  à  un  des  interlocuteurs  de  ce  dialogue  ce 
qu’il  se  proposerait  s’il  allait  étudier  la  médecine  sous  Hippo¬ 
crate  de  Cos  5  l’autre  répond  que  ce  serait  pour  se  faire  mé¬ 
decin.  On  devenait  donc  médecin  dans  les  écoles  des  asclé- 
piades ,  sans  tenir  à  aucune  famille  sacerdotale.  D’ailleurs , 
comment  aurait-il  pu  se  faire  que  le  nombre  très  considérable 
d 'Asclépions  répandus  dans  tous  les  pays  de  langue  grecque 
fussent  desservis  par  les  membres  d’une  seule  famille  ?  . 

Les  asclépiades  formaient  donc  une  corporation  qui,  dans 
un  temps  reculé,  avait  eu  le  privilège  exclusif  de  la  pratique 
médicale ,  mais  qui,  vers  le  temps  d’Hippocrate ,  commençait 
à  le  partager  avec  une  foule  d’autres  concurrents*,  il  est  pro¬ 
bable  que  pendant  le  long  espace  de  temps  où  ils  existèrent 
seuls,  ils  en  avaient  été  fort  jaloux.  Isidore  2 3  dit  :  «Esculape 
«  ayant  été  tué  d’un  coup  de  foudre ,  on  rapporte  que  la  mé- 
«  decine  fut  interdite,  l’enseignement  en  cessa  avec  son  au- 
«  teur,  et  elle  resta  cachée  pendant  près  de  500  ans,  jusqu’au 
«  temps  d’Àrtaxerce ,  roi  des  Perses.  Alors  elle  fut  remise  en 
«  lumière  par  Hippocrate  descendu  d’Esculape,  et  né  dans 
«  111e  de  Cos.  »  Schulze  5  donne  une  éxplication  ingénieuse 
du  récit  mythologique  où  l’on  représente  Esculape  foudroyé 
pour  avoir  enseigné  la  médecine  aux  hommes-,  et  il  pense  que 
les  prêtres  qui  desservaient  ces  temples  exprimaient  par  ce 
symbole  l’obligation  de  renfermer  la  science  dans  l’enceinte 
sacrée ,  et  de  ne  pas  la  jeter  dans  les  mains  profanes  du  vul¬ 
gaire. 

1  T.  2, p.  159, Ed.  Tauclm.v 

5  De  origin.,  iv,  cap.  5. 

3  Historia  medicinæ ,  p.  252. 


MÉDECINE  AVANT  HIPPOCRATE.  13 

Ainsi ,  dans  le  siècle  qui  a  précédé  immédiatement  Hippo¬ 
crate  ,  on  peut  se  faire  une  idée  de  l’activité  médicale  qui  ré¬ 
gnait  dans  les  Asclépions  et  parmi  les  asclépiades  :  traitement 
des  malades  dans  les  temples  et  hors  des  temples 5  relation, 
sur  des  tablettes,  des  principaux  accidents  et  des  moyens 
de  traitement 5  recueil  de  ces  notes;  publication  de  livres 
( Sentences  cnidiennes)  ;  et  déjà  traces  d’un  double  système; 
l’un  qui  consistait  à  noter  tous  les  symptômes,  et  à  en  faire 
presque  autant  de  maladies  distinctes;  l’autre  qui  recherchait 
ce  que  les  symptômes  avaient  de  commun  comme  indices  de 
l’état  des  forces  et  du  cours  de  la  maladie.  Mais  le  temps  ap¬ 
prochait  où  rien  ne  devait  empêcher  la  médecine  de  sortir  du 
fond  des  temples,  et  de  prendre  un  développement  plus  vaste 
au  milieu  d’une  société  qui ,  de  tous  côtés ,  se  précipitait 
vers  la  science.  En  dehors  du  sacerdoce  médical  il  s’opérait 
le  plus  notable  des  changements,  et  une  science,  créée  par 
d’autres  mains  que  les  siennes,  l’entourait  de  toutes  parts  et 
le  débordait.  Il  s’agit  des  premiers  philosophes  grecs  et  de 
leurs  travaux. 

C’est  là,  en  effet,  la  seconde  source  de  la  médecine  grecque 
au  temps  d’Hippocrate ,  et  immédiatement  avant  lui.  Ces  an¬ 
ciens  philosophes  avaient  pris  la  nature  pour  objet  de  leurs 
études  ;  et  presque  tous  avaient  composé  des  livres  sous  ce 
titre;  tels  sontMélissus,  Parménide,  Empédocle,  Alcméon, 
Gorgias  et  bien  d’autres4.  Ces  livres  ont  péri;  il  n’en  reste 

*  Ta  Y“P  TSv  -roxXattoV  a-avra  irspl  çuorswç  iTriysypaTCTat ,  tcc 
MeXicrsou,  zct  naptxevfôou,  xà  ’EpttsSoxXsouç ,  ’AXxpauovoç  ts  xal 
FopYtou ,  xal  npoSixou,  xal  twv  aXXtov  a7cavTcov.  Gai.  t.  1,  p.  56. 
Ed.  Basil.  Tous  ces  écrits  sont  antérieurs  à  Hippocrate  ;  quelques- 
uns,  par  exemple,  ceux  de  Mélissus,  de  Gorgias  et  de  Prodious, 
étaient  en  prose.  Je  consigne  ici  cette  remarque  pour  réfuter 
Sprengel  ,qui,  dans  son  Apologie  d’Hippocrate ,  dit  que  ce  mé- 


INTRODUCTION. 


14 

que  de  courts  fragments-,  néanmoins  on  peut  apprécier  les 
questions  qui  ont  été  traitées  et  les  recherches  qui  ont  été  en¬ 
treprises.  Les  philosophes  de  cette  époque  faisaient  entrer 
dans  le  cercle  de  leurs  spéculations  l’organisation  des  ani¬ 
maux  et  les  maladies  qui  affligent  l’espèce  humaine.  C’est 
seulement  de  leurs  travaux  dans  ce  genre  qu’il  peut  être  ici 
question. 

La  plus  importante  des  écoles  philosophiques  pour  la  méde¬ 
cine  est  celle  de  la  Grande-Grèce.  Alcméon,  de  Crotone, 
s’était  livré  à  la  dissection  des  animaux.  Suivant  lui,  ce  n’est 
pas  le  blanc  de  l’œuf,  c’est  le  jaune  qui  nourrit  le  poulet  5 
ceux  qui  ont  pensé  le  contraire  se  sont  laissé  induire  en  er¬ 
reur  *.  Il  admet  que  la  santé  est  maintenue  par  l’équilibre 
des  qualités,  telles  que  le  chaud,  l’humide,  le  sec,  le  froid, 
l’amer,  le  doux;  et  la  domination  d’une  de  ces  qualités  en¬ 
gendre  la  maladie2.  Sprengel 3 pense  que  cette  théorie  ne 
peut  appartenir  à  Alcméon  ,  attendu  que  la  considération 
des  qualités  élémentaires  est  d’une  philosophie  postérieure. 
Or  il  est  certain  que  plusieurs  des  philosophes  anté¬ 
rieurs  à  Hippocrate ,  ou  ses  contemporains ,  ont  admis  ces 
qualités. 

decin,  élève  seulement  delà  nature,  n’avait  rien  pu  apprendre 
dans  une  littérature  beaucoup  trop  pauvre.  Sprengel  se  sert  de  cet 
argument,  qui,  comme  on  voit,  n’a  point  de  base,  pour  discuter 
l'authenticité  de  quelques  écrits  hippocratiques.  Avant  de  donner 
une  date  récente  aux  propositions  philosophico-médicales  que  la 
collection  hippocratique  renferme,  il  fout  étudier  attentivement  les 
fragments  des  monuments  antérieurs. 

1  Aristote,  de  la  générât,  des  anim.,  liv.  ni,  chap.  2. 

*  Plutatch.  Phys.  Phil.  decret,  liv.  v,  chap.  30.  Stobée,  dis¬ 
cours  99,  p.  542. 

3  Histoire  de  la  médecine,  t.  1 ,  p.  250. 


MÉDECINE  AVANT  HIPPOCRATE.  J 5 

Suivant  Philolaüs,  pythagoricien  qui  a  composé  un  Traité 
sur  la  nature ,  il  est  quatre  organes  principaux  :  le  cer¬ 
veau,  le  cœur,  l’ombilic  et  les  parties  génitales.  A  la  tête  ap¬ 
partient  l’intelligence,  au  cœur  l’âme  sensible,  à  l’ombilic 
l’enracinement  et  la  germination ,  aux  parties  génitales  l’é¬ 
mission  de  la  semence  et  la  génération.  Le  cerveau  est  le 
principe  de  l’homme,  le  cœur  celui  de  l’animal,  le  nombril 
celui  du  végétal ,  les  parties  génitales  celui  de  toutes  choses 1 . 
Cette  opinion  est  remarquable  parce  qu’elle  admet  certains 
degrés  dans  la  vie,  des  êtres  :  d’abord  l’existence  commune  à 
tous,  et  qui  consiste  dans  la  procréation;  ensuite  l’existence 
des  plantes  ;  puis  celle  des  animaux  qui  se  distinguent  par 
une  âme  sensible  ;  enfin  la  vie  de  l’homme  caractérisée  par 
la  raison.  Tous  ces  degrés  de  l’existence  vivante  sont  telle¬ 
ment  ordonnés ,  que  le  plus  élevé  contient  tout  ce  qui  consti¬ 
tue  les  degrés  inférieurs.  Il  serait  facile  de  voir  dans  ce  frag¬ 
ment  de  Philolaüs  un  germe  de  la  grande  idée  des  anatomistes 
modernes  qui  cherchent  à  démontrer  l’uniformité  d’un  plan 
dans  le  règne  animal. 

A  l’école  philosophique  des  Pythagoriciens  se  rattache  l’é¬ 
cole  médicale  de  Crotone  en  Italie.  On  ne  voit  nulle  part  qu’il 
y  ait  eu  dans  cette  ville  un  Asclépion ,  ni  par  conséquent  des 
asclépiades.  Hérodote ,  qui ,  exilé  dans  la  Grande  Grèce , 
composa  son  histoire  à  Thurium,  dans  le  voisinage  de  Cro¬ 
tone  ,  nous  apprend  que,  de  son  temps ,  l’école  médicale  de 
cette  ville  était  la  plus  célèbre.  H  place  au  second  rang  celle 
de  Cyrène ,  en  Afrique ,  de  laquelle  nous  ne  savons  rien  autre 
chose,  et  qui  n’a  rien  produit  ou  dont  il  n’est  rien  resté.  A 
cette  époque  la  réputation  des  écoles  de  Cos  et  de  Cnide  n’a¬ 
vait  pas  attiré  l’attention  de  l’historien ,  et  Hérodote  n’en  dit 


1  Theologumena  arithmetices  A,  p.  22. 


H)  INTRODUCTION. 

pas  un  mot.  Les  Pythagoriciens  avaient  eu  pendant  long¬ 
temps  leur  principal  siège  à  Crotone;  ils  s’étaient  livrés  avec 
beaucoup  de  succès  à  l’étude  de  la  nature,  et  ils  sont  pro¬ 
bablement  les  premiers  qui  aient  cultivé  l’anatomie  en 
disséquant  les  animaux  -,  il  n’est  pas  étonnant  qu’il  se  soit 
formé  parmi  eux ,  et  sous  l’influence  de  leurs  doctrines , 
une  école  médicale  qui  a  jeté  un  vif  éclat.  Celle  de  Crotone 
est  donc  tout  à  fait' en-dehors  delà  médecine  sacerdotale  des 
yfsclépions,  et  elle  eut  à  ce  titre  une  grande  influence  sur  le 
développement  de  la  .  science.  A  un  autre  titre  encore  elle 
mérite  d’être  notée  ici  :  c’est  que  ses  doctrines  ont  été  une 
source  où  Hippocrate  a  puisé  abondamment,  et  que,  par  lui, 
elles  ont  exercé  un  grand  empire  dans  le  monde  médical. 
C’est  ce  que  je  ferai  voir  quand  j’aurai  montré  ce  qui, 
dans  la  collection  hippocratique,  appartient  réellement  à 
Hippocrate.  De  l’école  de  Crotone  était  sorti  le  médecin 
Démocède,  qui,  pris  par  les  Perses  à  Samos,  guérit  Darius 
d’une  entorse  dangereuse,  et  se  concilia  la  faveur  de  ce 
prince,  inutilement  traité  par  les  médecins  égyptiens. 

Galien  4 ,  qui  donne  le  nom  d’école  d’Italie  à  celle  qui 
s’était  formée  à  Crotone  et  parmi  les  Pythagoriciens,  y  com¬ 
prend  les  travaux  qui  sortirent  de  la  Sicile  et  d’Agrigente. 

Empédocle ,  qui  était  de  cette  ville, naquit  l’an  504  avant 
J.-C.  H  a  joui  parmi  ses  contemporains  d’une  grande  ré¬ 
putation.  H  avait  écrit  un  poëme  sur  la  nature ,  dont  il  reste 
un  assez  grand  nombre  de  fragments ,  et  qui  contenait  des 
explications  physiologiques  sur  la  formation  des  animaux. 
Un  autre  poëme ,  intitulé  :  Discours  médical  (tarpixo?  Xoyoç) , 
avait  été  composé  par  lui.  Malheureusement  ses  écrits  n’exis¬ 
tent  plus.  Il  se  livra  aussi  à  l’étude  de  l’anatomie;  il  décou- 


1  T.  iv,  p.  55,  Basil. 


MÉDECINE  AVANT  HIPPOCRATE. 


17 


vrit  le  labyrinthe  *  de  l’oreille  qu’il  regarde  comme  l’organe 
essentiel  de  l’audition.  Il  attribuait  la  différence  des  sexes  à 
la  prédominance  du  froid  ou  du  chaud  dans  les  parents  ;  la 
ressemblance  des  enfants  avec  l’un  ou  avec  l’autre,  à  la  plus 
grande  quantité  de  fluide  séminal  que  fournissait  le  père  ou 
la  mère.  Suivant  lui,  la  diminution  de  chaleur  produisait  le 
sommeil ,  l’extinction  causait  la  mort.  Il  faut  remarquer 
qu’Empédocle  connaît  déjà  les  qualités  élémentaires,  le  doux, 
l’amer,  l’acide,  le  chaud,  et  qu’il  les  fait  intervenir  dans  sa 
physique  2.  Il  est  cité  dans  le  Traité  de  V ancienne  médecine. 
Cette  citation  manque  dans  toutes  les  éditions.  Je  l’ai  resti¬ 
tuée,  en  comblant  une  lacune  de  plusieurs  lignes ,  à  l’aide 
d’un  manuscrit  non  consulté. 

Au  nombre  des  contemporains  d’Empédocle  est  un  médecin 
nommé  Acron,  duquel  on  raconte  qu’il  chassa  une  peste  d’A¬ 
thènes  ,  en  faisant  allumer  de  grands  feux  dans  cette  ville. 
La  meme  fable  a  été  répétée  pour  Hippocrate.  Les  livres 
d’ Acron  se  sont  perdus  de  très  bonne  heure.  Il  paraît  qu’il 
s’était  tenu  plus  que  les  autres  à  l’observation  pure  et  simple 
des  phénomènes.  C’était  peut-être  ce  qui  l’avait  mis  peu  en 
renom  auprès  des  philosophes ,  qui  aimaient  tant  à  donner 
et  à  recevoir  des  explications.  La  secte  empirique,  née 
long-temps  après  Hippocrate ,  a  voulu  se  rattacher  à  Acron. 
Suivant  Suidas,  il  avait  composé  en  dialecte  dorien  un  livre 
sur  la  nourriture  salubre  5. 

Une  philosophie,  dont  Anaximène  de  Milet  est  l’auteur , 
place  la  cause  de  toutes  choses  dans  l’air.  Cette  opinion  a 

t  Ko/XuoSt,?  '/p'vôpoç.  Plut,  deplac.  phil.  liv.  A,  chap.  16. 

*  ‘ïiç  yXuxù  [asv  ykjyl>  fj-apirre,  Tuxpov  o  -rrixpov  opousev,  ’OEo 
S’  I-tz  <3çi i  s6t),  0s?p.ov  8’  Itto^susto  ÔsppuT). 

?  ïïepi  Tp<xp7Îç  &YietvS)v. 

TOM.  ï. 


2 


18  INTRODUCTION. 

été  soutenue  par  Diogène ,  né  à  Apollonie  en  Crète.  On  le 
dit  contemporain  d’Anaxagore ,  par  conséquent  un  peu  an¬ 
térieur  à  Hippocrate.  Cette  considération  est  importante  5 
car  elle  détruit  des  préjugés  sur  l’état  des  connaissances  ana¬ 
tomiques  au  temps  d’Hippocrate  :  Diogène  avait  cultivé  l’ana¬ 
tomie,  et  Aristote  nous  a  conservé  un  long  fragment  de  son 
Traité  de  la  nature i ,  dans  lequel  on  trouve  une  description 
de  l’origine  et  de  la  distribution  des  veines.  Diogène  com¬ 
mence  sa  description  en  les  suivant  par  le  ventre  jusqu’à 
la  colonne  vertébrale ,  et  il  dit  positivement  que  deux  des  plus 
grosses  appartiennent  au  cœur.  De  là  il  les  conduit  par  le  col 
jusque  dans  la  tête.  H  connaissait  en  outre  les  ventricules  du 
cœur;  il  plaçait  dans  le  ventricule  gauche  le  principe  direc¬ 
teur  de  l’âme  ;  l’on  peut  admettre  (je  le  montrerai  dans  le  cha¬ 
pitre  x)  que  Plutarque  a  rapporté  textuellement  ses  paroles  : 
il  avait  donc  une  certaine  notion  des  artères;  car  il  appelle 
ce  ventricule  artériaque  2.  Un  point  non  moins  important  des 
doctrines  de  Diogène  pour  l’histoire  de  la  médecine  à  cette 
époque ,  c’est  l’influence  qu’il  attribue  à  l’air  dans  sa  théorie 
sur  les  êtres  animés.  Suivant  lui ,  c’est  l’air  qui  est  la  cause  de 
l’intelligence  chez  l’homme,  en  se  répandant  dans  le  sang  par 
les  veines  de  tout  le  corps3;  suivant  lui  encore,  il  est  néces- 

*  Aristote  {Histoire  des  animaux  liv.m,)  ne  dit  pas  que  le  frag¬ 
ment  de  Diogène  ait  e'té  pris  dans  le  livre  de  la  nature,  mais  cela 
résulte  d’un  passage  de  Simplicius  {Phys.  p.  5o,  Ed.  Aid.)  qui  dit 
que  dans  ce  livre  Diogène  a  donné  une  anatomie  exacte  des  veines  : 
avatoix^v  àxptêTî  tcov  cpAsêcov  -jcapaSiowcriv.  Cela  ne  peut  s’entendre 
que  du  morceau  conservé  par  Aristote. 

*  A'.oy évrjÇ  (to  TÎiç'l'uX’fc  fjysp.ovixov  TiQrjffiv)  Iv  rfi  àpT/ipiaxrî  xot- 
Xîa  t9)ç  xapoiaç ,  ^tic  Ictt  xal  7rvcuuaTixv(.  Plut,  de  plac.  phil. 
iv,  5. 

3  Simplicius,  Phys.  p.  33,  Ed.  Aid. 


MÉDECINE  AYANT  HIPPOCRATE.  19 

saire  à  l’existence  de  tous  les  animaux  ,  et  les  poissons  même 
le  respirent  avec  l’eau;  idée  fort  juste,  et  qu’Aristote  combat 
à  tort.  Toutes  ces  opinions  sur  l’air  se  retrouvent  dans  le  livre 
hippocratique  qui  porte  le  titre  des  Airs  *. 

Anaxagore  deClazomène,  qui  fut  le  maître  de  Périclès,  est 
un  philosophe  dont  les  doctrines  ont  laissé  des  traces  dans  la 
collection  hippocratique;  il  supposait  que  le  fœtus  mâle  est 
toujours  du  côté  droit  de  la  matrice,  et  le  fœtus  femelle  du 
côté  gauche.  Cette  opinion  a  été  admise  par  Hippocrate  dans 
les  Aphorismes .  Anaxagore  plaçait  la  cause  des  maladies  ai¬ 
guës  dans  la  bile.  Yoici  ce  qu’en  dit  Aristote 1  2  :  «  Anaxagore 
<c  se  trompe  en  supposant  que  la  hile  est  la  cause  des  maladies 
<c  aiguës,  et  qu’elle  se  jette,  lorsqu’elle  est  en  excès,  sur  le 
«  poumon ,  les  veines  et  les  plèvres.  »  On  voit  que  la  théorie 
de  la  hile  dans  les  maladies  est  antérieure  à  Hippocrate  ;  on 
distinguait  même  déjà  la  bile  noire  de  la  bile  jaune.  Il  est  aisé 
de  prouver  par  le  langage  vulgaire  combien  ces  idées  étaient 
répandues ,  et  qu’elles  tenaient  à  une  bien  vieille  médecine. 
Ainsi  le ,  poète  Euripide  dit  :  Est-ce  que  le  froid  de  la  bile  lui 
tourmente  la  poitrine  3  ?  La  bile  noire  et  la  folie  qui  s’y  ratta¬ 
chent  sont  dans  Aristophane  4.  Ces  mots  étaient  donc  fami¬ 
liers  à  l’oreille  des  auditeurs,  et  ils  appartenaient  à  des  théories 
tombées  dans  le  domaine  public.  Il  ne  faut  pas  s’étonner 
que  toutes  ces  théories  et  tous  les  termes  qui  en  dépendent  se 
trouvent  dans  la  collection  hippocratique. 

Démocrite  fut  le  plus  savant  des  Grecs  avant  Aristote,  et 

1  nep't  TtVSUfMCTWV. 

2  Des  parties  des  animaux ,  liv.  iv.  chap.  % 

3  Mtov  xpuixoç  auTvjç  TrXojpà  YupvàÇei  yo/qç  ;  Excerpt.  'vet.  trag. 
et  com.p.  431 ,  Ed.  Hugo  Grotius. 

4  jVhXaYXoXwvT  pou  tov  SeOTCorriv.  Aristoph.P/i/t.y.1  %. 


20  introduction. 

universel  comme  lui.  Il  avait,  ainsi  que  l’on  voit  par  le  cata¬ 
logue  de  ses  ouvrages,  porté  son  attention  sur  les  points  les 
plus  importants.  L’anatomie,  la  physiologie ,  la  diététique,  les 
épidémies,  la  fièvre,  peut-être  la  rage  et  les  maladies  cou 
vulsives ,  tout  cela  avait  été  traité  par  lui.  Si  nous  possédions 
ses  livres ,  nous  nous  ferions  une  idée  très  exacte  de  ce  que 
fut  la  médecine  du  temps  et  en  dehors  d’Hippocrate.  Quelques 
termes  médicaux  qu’il  employait  sont  venus  j  usqu’à  nous.  Le 
nom  d’ulcère  phagédénique  se  trouvait  dans  ses  écrits4.  H 
a  reconnu  très  vaguement,  comme  Hippocrate ,  les  pulsa¬ 
tions  des  artères;  il  les  appelait  battements  des  veines 1  2.  Il 
avait  beaucoup  écrit  ;  et  Cicéron  3 ,  le  comparant  à  Héraclite , 
dit  :  Héraclite  fut  très  obscur ,  mais  Démocrite  ne  l’est  nulle¬ 
ment.  Il  y  en  a  qui  trouvaient  à  son  style  quelque  chose  d’é¬ 
levé  et  de  poétique  comme  à  celui  de  Platon  ;  Sextus  Empi- 
ricus  le  compare  à  la  voix  de  Jupiter  ;  Aristote  donne  les  plus 
grands  éloges  à  sa  profonde  science.  Il  avait  employé  des 
mots  qui  lui  étaient  propres,  et  qui  trouvèrent  des  interpr  ète  s 
dansHegesianax  et  Callimachus.  Il  avait  composé  différents 
ouvrages  sur  la  physiologie  et  la  médecine.  En  voici  la  liste  : 

1°  De  la  nature  de  l’homme  ou  de  la  chair ,  2  livres; 

2°  Des  humeurs  ; 

3°  Des  pestes  ou  des  maux  pestilentiels ,  3  livres.  La  perte 
de  cet  ouvrage  est  très  regrettable  ;  car  les  anciens  ne 
nous  ont  laissé  que  bien  peu  de  choses  sur  ce  sujet,  pour 
lequel  nous  devons  plus  aux  historiens  qu’aux  médecins. 
Démocrite  attribuait  ces  grandes  épidémies  à  une  cause  sin¬ 
gulière  ,  la  destruction  des  corps  célestes  et  la  chute  des  atô- 

1  "ÜCTTsp  gv  toïç  ILtsci  cpaysSaivai  xàxi<J-ov  vocr,ua. 

a  d>Xe6o7caXi/î.  Erotien. 

3  De  divin .  2,  64. 


MÉDECINE  AVANT  HIPPOCRATE. 


21 


mes  qui  les  composaient ,  et  qui  étaient  ennemis  de  la  nature 
humaine.  Cette  hypothèse  n’a  rien  de  fondé  en  soi  ;  mais  elle 
prouve  que  Démocrite  avait  conçu  dans  toute  leur  importance 
les  grands  phénomènes  morbides  auxquels  il  avait  consacré 
un  ouvrage.  On  sait  que  beaucoup  de  modernes  les  ont  attri¬ 
bués  à  des  mouvements  intestins  du  globe  terrestre. 

4°  Des  causes  touchant  les  animaux ,  3  livres.  Démocrite, 
dit  Ammien  Marcellin,  27,4,  a  examiné  avec  les  anatomistes 
les  entrailles  des  animaux  ouverts ,  pour  enseigner  de  quelle 
manière  la  postérité  pourrait  remédier  aux  douleurs  in¬ 
ternes. 

5°  Le  pronostic*, 

6°  De  la  diète ,  ou  le  livre  diététique ,  ou  la  sentence  médi¬ 
cale  ,* 

7°  Sur  la  fièvre  et  sur  ceux  qui  toussent  par  cause  de  ma¬ 
ladie  ; 

8°  Un  livre  sur  Y  Eléphaniiasis ,  et  un  autre  sur  les  mala¬ 
dies  convulsives.  Ces  ouvrages  lui  sont  attribués  par  Cœlius 
Aurelianus. 

La  revue  rapide  que  je  viens  de  faire  du  peu  que  nous  sa¬ 
vons  sur  les  travaux  médicaux  des  anciens  philosophes  mon¬ 
tre  qu’ils  se  sont  occupés  de  la  dissection  des  animaux ,  de  la. 
recherche  des  causes  des  maladies ,  et  qu’ils  ont  essayé  d’im¬ 
porter,  dans  cette  étude,  des  doctrines  correspondantes  à 
celles  qu’ils  admettaient  dans  leurs  philosophies.  Us  ont  plus 
cultivé  le  côté  général  que  le  côté  particulier  de  la  médecine. 
Mais  c’est  cette  invasion  même  de  la  philosophie  dans  tous 
les  arts  qui  forma  le  premier  fonds  de  l’esprit  scientifique 
parmi  les  Grecs;  et  puis,  il  est  aisé  de  voir  que  les  philoso¬ 
phes  ne  s’étaient  pas  bornés  à  de  pures  théories ,  et  qu’ils 
avaient  porté,  aussi  loin  qu’il  était  possible  alors,  le  soin  de 
l'observation  directe  et  de  la  recherche  des  faits.  Leurs  écrits 


22  INTRODUCTION. 

avaient  déjà  popularisé  une  foule  de  notions  médicales;  et 
l’on  pourrait  montrer,  le  livre  d’Hérodote  à  la  main,  histo¬ 
rien  et  tout-à-fait  étranger  à  l’art  de  la  médecine,  que  la 
nomenclature  des  maladies  existait  avant  Hippocrate  et  ses 
disciples,  que  lui  et  eux  n’y  ont  rien  innové,  et  qu’ils  se  sont 
servis  d’une  langue  faite  par  d’autres  que  par  eux. 

Le  troisième  élément  de  la  médecine  grecque  à  cette  épo¬ 
que  est  dans  les  gymnases  et  dans  les  travaux  de  ceux  qui 
dirigeaient  ces  établissements.  Les  Égyptiens  avaient  défendu 
la  gymnastique  de  la  palestre  ;  ils  pensaient  que  des  exercices 
quotidiens  de  ce  genre  procuraient  aux  jeunes  gens,  non  pas 
la  santé,  mais  une  force  peu  durable  et  qui  les  laissait  très 
exposés  aux  maladies4.  Les  Grecs,  au  contraire,  se  livrèrent 
avec  passion  à  la  gymnastique.  Des  établissements  étaient  ou¬ 
verts  où  l’on  enseignait  les  divers  exercices.  Les  hommes  qui  y 
étaient  préposés  agrandirent  insensiblement  le  cercle  de  leurs 
connaissances  et  de  leurs  pratiques.  Hs  s’habituèrent  à  traiter 
les  fractures  et  les  luxations  qui  survenaient  fréquemment  dans 
les  palestres.  Iccus  de  Tarente  donna  une  attention  particu¬ 
lière  au  régime  alimentaire  ;  et  cette  partie,  étudiée  avec  soin? 
prit  un  grand  développement.  On  rechercha  quels  étaient 
les  aliments  qui  contribuaient  le  plus  à  l’acquisition  des  forces; 
on  distingua  les  modifications  qu’il  fallait  apporter  dans  la 
nourriture  suivant  l’âge  et  la  constitution;  on  s’habitua  à  re¬ 
connaître  les  changements  qu’amène  dans  l’apparence  exté¬ 
rieure  un  écart  du  régime  habituel.  En  un  mot,  l’état  de 
santé  fut  l’objet  d’une  observation  minutieuse  qui ,  on  peut  le 
dire,  ne  contribua  pas  peu  à  enrichir  la  médecine  grecque 
et  à  lui  donner  le  caractère  d’unité  et  de  généralité  qui  la  dis¬ 
tingue. 

«  Diod.  Sicul.,  lih.  1,p.  75,  Ed.  Wechel. 


MÉDECINE  AVANT  HIPPOCRATE. 


23 

Ce  n’est  pas  tout  :  Herodicus  de  Selymbria  (on  ne  sait  si 
c’est  le  même  que  Hérodicus,  frère  de  Gorgias)  appliqua  la 
gymnastique  au  traitement  des  maladies.  Jusque-là  cet  art 
n’avait  été  cultivé  que  pour  former  des  militaires  ou  des 
athlètes.  Hérodicus,  qui  était  lui-même  maître  de  gymnas¬ 
tique  et  d’une  constitution  maladive,  entreprit  de  se  fortifier 
par  l’application  régulière  des  exercices.  H  faisait  faire  de 
très  longues  courses  à  ses  malades;  par  exemple,  il  les  faisait 
aller  d’Athènes  à  Mégare  et  revenir  sans  se- reposer.  C’était 
surtout  au  traitement  des  maladies  chroniques  qu’il  se  con¬ 
sacra.  H  paraît  que  les  asclépiades  ne  traitaient  guère  que  les 
plaies  et  les  maladies  aiguës.  C’est  du  moins  ce  que  dit  Pla¬ 
ton;  et  en -reprochant  à  Hérodicus  de  prolonger  la  vie  des 
gens  valétudinaires  et  de  leur  faire  ainsi  une  longue  maladie, 
au  lieu  de  les  laisser  à  la  nature  qui  les  délivrerait  prompte¬ 
ment  de  leurs  maux  par  la  mort 1 ,  il  lui  adressa  un  blâme  là 
où  nous  ne  pouvons  voir,  qu’un  éloge.  Cette  application  de 
la  gymnastique  au  traitement  des  maladies  eut  une  grande 
influence  sur  la  médecine  antique.  Beaucoup  de  malades  dé¬ 
sertèrent  les  Jsclépions  et  allèrent  se  faire  soigner  dans  les 
gymnases  ;  et  les  médecins  grecs  prirent  l’habitude  d’étudier 
les  effets  des  exercices,  de  les  admettre  dans  le  cercle  de  leur 
thérapeutique,  et  de  les  prescrire  d’une  manière  conforme  à 
l’art  dans  une  foule  de  cas. 

Telles  sont  les  trois  sources  (temples  d’Esculape,  écoles 
philosophiques  et  gymnases)  qui  alimentèrent  la  médecine 
dans  le  courant  du  5e  siècle  avant  J.-C.  Dès  cette  époque  , 
on  le  voit,  il  existait  une  masse  considérable  de  notions  et  de 
travaux  très  divers;  travaux  et  notions  qui  concouraient 
pour  fournir  à  la  fois  l’étude  de  la  maladie  dans  les  Jsclé- 

1  De  la  re'publiq.,  liv.  in,  p.  406.  Ed.Henr.Steph. 


INTRODUCTION. 


24 

I  pions ,  l’étude  de  la  santé  dans  les  palestres,  et  l’esprit  de  gé¬ 
néralisation  dans  les  livres  des  philosophes.  Dans  ce  concours 
est  tout  le  fond  de  la  médecine  telle  qu’elle  se  développa  sous 
Hippocrate ,  ses  contemporains  et  ses  disciples.  Cmde  note 
les  symptômes,  et  y  attache  tant  d’importance  que  de  chacun, 
pour  ainsi  dire,  elle  fait  mie  affection  à  part  -,  Cos  les  examine 
sous  le  point  de  vue  particulier  des  indications  qu’ils  donnent 
sur  le  progrès  de  la  maladie ,  et  sur  les  efforts  de  la  nature  -, 
Crotone  et  Agrigente  dissèquent  les  animaux.  Les  philoso¬ 
phes  introduisent  dans  la  médecine  les  systèmes  variés  qu’ils 
se  sont  faits  sur  l’ensemble  des  choses.  L’eau ,  l’air ,  le  feu , 
la  terre ,  servent  à  expliquer  la  composition  du  corps ,  comme 
celle  du  monde.  Les  qualités  élémentaires  prennent  place  à 
côté  des  éléments-,  etl’heureux  mélange  des  uns  ou  des  autres 
constitue  la  santé.  Ces  conceptions  se  lient  avec  une  facilité 
merveilleuse  aux  considérations  sur  l’influence  des  saisons } 
et  l’étude  de  la  gymnastique ,  notant  l’action ,  sur  le  corps 
humain ,  de  l’alimentation  et  des  exercices ,  fournit  des  don¬ 
nées  positives  qui  unissent  la  santé  à  la  maladie.  Ainsi  venait 
à  maturité  un  grand  système  de  médecine  où  toutes  les  par¬ 
ties  se  tiennent  par  une  connexion  intérieure ,  où  toute  la 
science  de  la  maladie  est  comprise  dans  la  considération  si¬ 
multanée  des  influences  générales  du  monde  extérieur,  des 
influences  particulières  du  régime,  et  des  lois  qui  régissent 
les  efforts  et  les  crises  de  la  nature ,  système  qui  est  do¬ 
miné  lui-même  par  les  idées  générales  que  les  philosophes 
avaient  mises  dans  le  domaine  commun.  J’ai  fait  d’avance 
une  esquisse  de  la  doctrine  d’Hippocrate  •>  car  son  mérite 
dans  la  science,  la  raison  du  haut  rang  qu’il  y  occupe,  la 
cause  de  la  puissance  qu’il  y  a  exercée ,  tout  cela  est  dans  la 
force  des  anciennes  doctrines  qu’il  embrassa,  développa, 
soutint  avec  talent,  employa  avec  bonheur  et  transmit  pleines 


MÉDECINE  AVANT  HIPPOCRATE.  25 

de  vie,  de  force  et  de  profondeur  à  la  postérité.  Une  illusion, 
causée  par  l’éloignement  des  temps,  a  fait  souvent  regarder 
Hippocrate  comme  le  fondateur  de  la  médecine;  il  n’en  a  été 
que  le  continuateur,  comme  on  le  .voit  par  ce  qui  précède, 
mais  un  continuateur  capable  de  féconder  ce  qui  existait 
avant  lui.  En  lisant  ses  écrits  on  reconnaît  que  les  doc-, 
trines  qu’il  y  expose  ne  sont  point  de  sa  création ,  et  partout 
on  sent  qu’il  pose  le  pied  sur  un  terrain  ancien  et  solide. 

Cette  vieille  médecine,  plus  vieille  qu’Hippocrate ,  s’était 
donc  constituée  à  la  fois  par  l’empirisme  des  prêtres-méde¬ 
cins  et  des  gymnastes ,  et  par  les  doctrines  des  philosophes 
qui  avaient  commencé  l’étude  de  la  nature.  C’est  là  ce  qui 
en  fit ,  dans  ce  temps  reculé ,  la  force  et  l’originalité  ;  c’est  là 
ce  qui ,  tout  en  l’attachant  à  l’expérience  et  à  la  réalité ,  la 
pénétra  de  ce  souffle  scientifique  qui  porta  les  Grecs  si  loin 
et  si  haut.  Sans  doute  l’empirisme  des  Asclépions  et  la  phi¬ 
losophie  des  sages  venaient  d’une  source  commune  et  sor¬ 
taient  l’un  et  l’autre  de  l’antique  Orient  -,  mais  ces  deux 
éléments  ne  s’étaient  pas  encore  rencontrés  de  la  même 
façon.  Sans  doute  les  doctrines  primitives  des  plus  anciens 
philosophes  grecs  tiraient  leur  origine  des  mêmes  tem¬ 
ples  qui  avaient  donné  le  modèle  delà  médecine  sacerdotale 
des  asclépiades;  mais  en  Egypte  tout  était  resté  séparé  et 
immobile ,  en  Grèce  tout  se  mêla  et  devint  vivant.  Les  vieilles 
doctrines  cosmologiques  entrèrent  dans  l’étude  empirique 
des  faits  et  y  portèrent  le  sceau  de  la  recherche  scientifique; 
les  faits  à  leur  tour  et  l’empirisme  entrèrent  dans  ces  doctri¬ 
nes,  en  déplacèrent  incessamment  l’horizon,  et  leur  don¬ 
nèrent  peu  à  peu  des  assises  devenues  ainsi  inébranlables. 
L’intervalle  où  cette  métamorphose  s’opéra  est  important 
non  seulement  dans  l’histoire  de  la  médecine ,  mais  aussi 
dans  l’histoire  de  l’humanité  tout  entière;  car,  à  vrai  dire 


INTRODUCTION. 

c  €st  là  que  le  temps  antique  finit,  et  que  le  temps  moderne 
commence  ;  l’ère  de  l’antiquité  se  ferme  quand  les  choses  sor¬ 
tent  des  castes  et  des  temples. 


CHAPITRE  IL 


Un  nuage  est  jeté  sur  la  vie  d’Hippocrate ,  et  il  ne  faut  pas 
nous  en  étonner.  Plus  de  vingt-deux  siègil  nous  séparent  de 
lui.  H  appartient,  il  est  vrai,  au  début  démette  période  où  la 
Grèce,  commençant  à  se  couvrir  d’une  moisson  de  plus  en 
plus  abondante  de  livres  dans  tous  les  genres,  sentit  s’ac¬ 
croître  le  désir,  avec  les  moyens,  de  conserver  ses  pro¬ 
ductions  littéraires-,  aussi  de  ce  temps  nous  est-il  resté  bien 
plus  de  monuments  et  de  témoignages  que  des  temps  anté¬ 
rieurs.  Mais  néanmoins  l’on  sait  quelle  destruction  les  révo¬ 
lutions,  les  incendies,  la  barbarie  ont  faite  de  ces  fragiles 
manuscrits  que  l’ea  reproduisait  avec  tant  de  peine,  de  len¬ 
teur  et  de  dépenses.  La  littérature  contemporaine  d’Hippo¬ 
crate  a  éprouvé  des  pertes  immenses  ;  quelques  écrits  privilé¬ 
giés  ont  surnagé,  et  c’est  à  eux  seuls  que  l’on  peut  demander 
des  renseignements  bien  rares ,  mais  du  moins  positifs ,  sur 


28  INTRODUCTION. 

la  vie  de  l’illustre  médecin  de  Cos.  Toutes  les  autres  traces 
en  ont  disparu 5  et  depuis  long-temps  des  fables,  s’emparant 
du  nom  d’Hippocrate,  en  ont  fait  le  texte  de  récits  qui  ne 
peuvent  supporter  l’examen  de  la  critique. 

L’incertitude  manifeste  qui  reste  sur  les  circonstances  de 
la  vie  d’Hippocrate  s’est  nécessairement  étendue  à  ses  écrits. 
Onn’a  plus  su  ni  à  quelle  occasion,  ni  dans  quel  lieu,  nià  quel 
âge  il  les  a  composés ,  ni  quel  titre  il  leur  a  donné.  Tous  les 
documents  ont  manqué;  et  quand  la  collection  qui  porte  son 
nom,  et  qui  est  arrivée  jusqu’à  nous,  a  été  examinée  par  les 
critiques  de  l’antiquité ,  ils  n’ont  pu  s’empêcher  de  recon¬ 
naître  qu’elle  était  évidemment  mêlée ,  et  que  tout  ne  pouvait 
pas  appartenir  à  Hippocrate.  Les  critiques  modernes  ont  ra¬ 
tifié  cette  sentence  ;  mais  le  triage,  déjà  difficile  dans  l’anti¬ 
quité,  l’était  devenu  bien  davantage;  car,  dans  l’intervalle, 
une  multitude  de  monuments  qui  jetaient  quelques  lumières 
sur  les  points  obscurs  de  la  critique  hippocratique  avaient  été 
détruits.  Ainsi  dans  l’histoire  du  médecin  de  Cos  il  ÿ  a  deux 
parties  à  considérer  :  l’histoire  de  sa  vie  et  celle  de  ses  écrits. 
Elles  s’appuieront  mutuellement  ^  et  ce  que  l’on  gagnera  pour 
l’une  fortifiera  nécessairement  l’autre.  L’histoire  littéraire 
nous  intéresse  certainement  plus  que  la  biographie  propre¬ 
ment  dite;  il  nous  importe  plus  de  connaître  ce  qu’il  a  écrit 
que  ce  qu’il  a  fait,  les  livres  qu’il  a  composés  que  les  détails 
de  son  existence  journalière.  Cependant  on  aimerait  sans  au¬ 
cun  doute  à  savoir  où  cet  illustre  médecin  a  pratiqué  son  art, 
à  quels  malades  il  a  porté  secours ,  quels  élèves  ont  écouté  ses 
leçons,  quel  caractère  il  déployait,  soit  comme  praticien,  soit 
comme  professeur.  Sur  tout  cela ,  nul  détail  n’a  été  conservé, 
et  la  biographie  manque  complètement.  Mais  une  por¬ 
tion  de  ses  livres  a  échappé  à  la  destruction  ;  et  quand  j’aurai 
indiqué  avec  évidence  les  écrits  qui,  dans  la  collection,  lui 


vie  d’hippocraxe.  29 

appartiennent ,  il  sera  possible  d’en  tirer  quelques  notions  sur 
sa  personne  ;  elles  ne  seront  pas  sans  intérêt ,  car  elles  ne  se¬ 
ront  pas  sans  certitude. 

Avant  tout,  fixons  l’époque,  la  patrie,  la  profession  d’Hip¬ 
pocrate  d’une  manière  incontestable.  Ce  n’est  pas  à  ses  bio¬ 
graphes  qu’il  faut  demander  des  renseignements  qui  empor¬ 
tent  la  conviction  du  lecteur.  Us  sont  séparés  de  lui  par  un 
trop  grand  intervalle,  pour  qu’on  puisse  s’en  rapporter  à  eux 
sans  un  examen  préalable.  Pour  prouver  l’existence  d’un 
homme  qui  a  vécu  dans  un  temps  si  éloigné,  il  faut  des  té¬ 
moignages  contemporains,  ou  du  moins  une  tradition  in¬ 
dubitable  de  témoignages  qui  remontent  jusque-là  par  une 
chaîne  non  interrompue.  A  cet  égard,  nous  avons  sur  Hip¬ 
pocrate  tout  ce  que  nous  pouvons  désirer ,  témoignages  con¬ 
temporains  et  tradition  de  témoignages.  Je  réserve  pour  un 
autre  chapitre  l’examen  de  cette  tradition  ;  et  ici  je  veux  seu¬ 
lement  rapporter  les  paroles  d’un  homme  qui  a  vécu  en  même 
temps  que  lui,  qui  l’a  admiré  et  cité,  et  qui  peut-être  l’a  connu 
personnellement.  Je  parle  de  Platon.  On  lit  dans  le  dialogue 
intitulé  Protagoras  :  «  Dis-moi,  ô  Hippocrate,  si  tu  voulais 
«  aller  trouver  ton  homonyme,  Hippocrate  de  Cos,  de  la  fa¬ 
it  mille  des  asclépiades,  et  lui  donner  une  somme  d’argent 
«  pour  ton  compte;  et  si  l’on  te  demandait  à  quel  person- 
(c  nage  tu  portes  de  l’argent,  en  le  portant  à  Hippocrate ,  que 
«  répondrais-tu? — Que  je  le  lui  porte  en  sa  qualité  de  médecin, 
a  — Dans  quel  but? — Pour  devenir  médecin  moi-même1.))  Ce 

1  c'Q<77rsp  av  si  Iirsvosiç  -rrapà  tov  «raurou  ôp.fa>vu{iov  eXO&v  'Ir^o- 
xpatr, ,  tov  Ktpov,  tov  t&v  ’Aa-xXr^iaowv,  apyuptov  teXsïv  ôirsp  eau- 
tou  uic-âov  ixeivü),  si  Ttç  ce  7ipeT0,  sors  pot,  piXXsiç  tsXsïv,  w  'Ir- 
TCOxpaTsç ,  cl7nroxpaT£t  picGov  àç  t£vi  ovrt;  t i  av  aTOXpivu»;  Eïtcov 
£<pr, ,  ort  ôbç  larpw.  IQç  t(ç  Y£VY)<yo'usvoç;  *&<;  iaTpoç ,  T.  % 

p.  139,  Ed.  Tauchn.,  p.  511,  Ed.  Steph. 


30 


INTRODUCTION. 


passage  de  Platon  prouve  qu’Hippocrate  était  médecin,  de 
File  de  Cos,  de  la  famille  des  asclépiades ,  qu’il  enseignait  la 
médecine ,  et  que  ses  leçons  n’étaient  pas  gratuites  5  il  prouve 
encore,  comme  c’est  Socrate  qui  parle  dans  le  Protagoras , 
qu’Hippocrate  était  contemporain  du  fils  de  Sophronisque-, 
enfin  il  montre  que ,  de  son  vivant,  le  médecin  de  Cos  jouis¬ 
sait  d’une  renommée  qui  avait  franchi  les  limites  du  lieu  où 
il  résidait,  et  qui  avait  du  retentissement  jusque  dans  la 
grande  et  savante  ville  d’Athènes. 

Platon  cite  une  seconde  fois  Hippocrate.  C’est  dans  le  Phè¬ 
dre-,  mais  là  il  fait  surtout  allusion  à  l’écrivain-,  aussi  je  ré¬ 
serve  la  discussion  de  cet  important  passage  pour  le  livre  de 
la  collection  hippocratique  auquel  je  crois  qu’il  se  rapporte. 
Ainsi  quelques  lignes  de  Platon  constituent  le  témoignage  ca¬ 
pital  parmi  ceux  qui  nous  restent  sur  la  personne  d’Hippocrate; 
cela  est  peu,  sans  doute,  mais  cela  n’en  est  pas  moins  fort  pré¬ 
cieux  dans  une  question  que  le  laps  du  temps  a  couverte  d’une 
obscurité  si  profonde.  En  effet,  ce  que  contiennent  les  deux 
passages  du  Protagoras  et  du  Phèdre ,  établit  une  base  d’où 
la  critique  peut  partir  pour  examiner  la  collection  hippocra¬ 
tique.  Hippocrate  a  été  médecin  célèbre,  professeur  renommé, 
àquion  allait  de  loin  demander  des  leçons,  écrivain  plein  d’au¬ 
torité,  à  qui  Platon  ne  dédaignait  pas  d’emprunter  des  pensées 
et  des  arguments.  La  collection  hippocratique  que  l’antiquité 
nousatransmise  comme  renfermant  des  livres  attribués,  avec 
des  garanties  très  diverses,  à  Hippocrate,  tient  donc  réelle¬ 
ment  à  un  homme  qui  a  été  praticien,  professeur,  auteur  en 
médecine.  Elle  a  aussi  ses  racines  dans  le  témoignage  des 
contemporains.  Hippocrate  a  composé  des  livres,  et  ce  fait 
positif  augmente  notablement  les  probabilités  qui  sont  en 
faveur  de  l’authenticité,  sinon  de  l’ensemble,  au  moins  de 
certaines  parties  de  la  collection,  n  doit  (nous  pouvons  en 


31 


vie  d’hippocrate. 

être  sûrs  d’avance)  rester,  dans  ce  vieux  recueil,  des  écrits 
qui  sont  l’œuvre  véritable  du  médecin  de  Cos.  Nous  en  ver¬ 
rons  plus  loin  la  démonstration  manifeste. 

Le  savant  Triller,  qui  s’était  occupé  avec  zèle  de  l’étude 
d’Hippccrate,  et  qui  avait  réservé  pour  sa  vieillesse  le  soin  d’en 
donner  une  édition  complète,  a  signalé  dans  Aristophane  un 
passage  qu’il  a  rapporté  au  médecin  de  Cos.  On  lit  dans  cet 
auteur4  :  «  Mnesiloque  :  Jure-moi  de  me  sauver  par  tous  les 
«  moyens,  s’il  m’arrive  quelque  mal.— Euripide  :  Je  le  jure 
«  par  l’éther,  habitation  de  Jupiter. — Mn.  Quel  meilleur  sor¬ 
te  ment  que  celui  de  la  confrérie  d’Hippocrate?  — Eu.  Eh  bien! 

«  j' en  jure  par  tous  les  dieux .  »  Il  est  difficile  de  ne  pas  croire 
qu’il  s’agit  ici  d’Hippocrate  de  Cos.  En  effet,  Aristophane 
invoque  la  confrérie  d’Hippocrate,  et,  pour  cette  invocation, 
il  emploie  une  formule  qui  reproduit  les  premiers  mots  du 
Serment  delà,  collection  hippocratique.  Hippocrate  étaitconnu 
à  Athènes,  nous  le  savons  par  les  citations  de  Platon.  On  peut 
donc  admettre,  avec  une  grande  probabilité,  qu’ Aristophane 
l’a  cité  comme  Platon  le  comique  avait  cité  le  plus  illustre 
des  médecins  cnidiens,  Euryphon.  //  ^*J)  b-Si, 

Le  nom  d’Hippocrate  a  été  très  commun  en  Grèce.  H  ne^J^ 
faut  confondre  avec  le  médecin  de  Cos,  ni  l’Hippocrater^ iUX 
dont  les  enfants  servirent  de  but  aux  railleries  d’Aristophane,  c^Lfr 
dans  les  Nuées,  et  d’Eupoüs  dans  les  Tribus;  ni  l’Hippocrate  ^ 
contre  lequel  l’orateur  Antiphon  prononça  un  discours  2  ;  nj^J^ 

1  0sCTfA<xpopià£ou(rai,  v.  270  : 

IVfv. - Suffcwffsiv  IjaÈ 

ïïacaiç  ziyytnç,  yjv  {/.oit'i  TCpwri7rt7)  xaxov. 

Eu. -  OtAVUJAl  TOIVUV  atôsp’,  OtXTjCtV  Atoç. 

Mv.  Ti  aa^Xov ,  rj  'iTnroxpaTOuç  çuvoixiav; 

Eu. —  0{Avuu.i  toivuv  -jtavTaç  ap&rjv  tou;  8sou;. 

*  Photius,  Bibl.  p.  1455. 


'P«  Gn  Ha* 

/(.(,£  h 

XI 


32  introduction. 

Hippocrate  de  Chios,  mathématicien  célèbre  qui,  le  premier, 
parvint  à  carrer  une  portion  de  cercle  (ménisque  ou  lunule). 

Le  témoignage  contemporain  de  Platon ,  sinon  d’Aristo¬ 
phane,  suffît  pour  nous  donner  la  certitude  de  l’existence 
d’Hippocrate,  pour  fixer  son  époque,  et  pour  nous  faire  juger 
de  sa  réputation  ;  mais  il  se  tait  sur  tout  le  reste.  Interro¬ 
geons  ses  biographes.  Outre  des  fragments  disséminés  dans 
différents  auteurs,  nous  avons  trois  biographies  d’Hippo¬ 
crate;  l’une  qui  porte  le  nom  de  Soranus,  et  qui  sans  doute 
est  un  extrait  de  celle  de  Soranus  d’Éphèse  ;  l’autre  se  trouve 
dans  Suidas;  et  la  troisième  dans  Tzetzès1.  Ces  écrivains,  qui 
par  eux-mêmes  n’ont  aucune  autorité,  ont  puisé  leurs  ren¬ 
seignements  dans  des  écrivains  antérieurs.  Ce  sont  Eratos- 
thène,  Phérécyde,  Apollodore,  Arius  de  Tarse,  Soranus  de 
Cos,  Histcmaque  et  Andréas.  H  importe  d’examiner  quelle 
foi  ils  méritent. 

Ératosthène,  Phérécyde,  Apollodore  et  Arius  de  Tarse 
avaient  écrit  sur  la  généalogie  des  asclépiades.  Ce  Phérécyde 
est  tout  à  fait  inconnu  ;  on  n’en  trouve  pas  mention  ailleurs 
que  da’ns  la.  biographie 'd’Hippocrate;  Arius  de  Tarse  l’est 
également,  à  moins  que  ce  ne  soit  celui  dont  Galien  parle  en 
divers  endroits 2  ;  mais,  dans  ce  cas,  il  serait  très  postérieur 
aux  faits  qu’il  raconta.  Apollodore  a  vécu  vers  le  milieu  du 
deuxième  siècle  avant  J.-C.  C’est  donc  encore  une  autorité 
tout  à  fait  incompétente.  Ératosthène  mérite  beaucoup  plus 
d’attention  ;  c’était  un  savant  astronome  qui  fleurit  à  Alexan- 
'  drie  vers  l’an  260  avant  J.-C. ,  environ  deux  cents  ans  après 
Hippocrate.  Ses  recherches,  qui  ont  embrassé  la  chronologie, 
ne  paraissent  pas  avoir  eu  d’autre  objet,  touchant  le  méde- 

'  Chil.  vu,  hist.  155. 

?  De  composit.  raed.  sec.  gen.  liv.  5,  8,  10. 


vie  d’hippocrate.  33 

cin  de  Cos,  que  sa  généalogie.  Sur  ce  point  elles  sont  dignes 
de  beaucoup  de  confiance,  au  moins  dans  ce  qui  est  relatif  à 
l’époque  de  la  naissance  d’Hippocrate.  Car  il  était  astronome, 
chronologiste,  et  trouvait,  à  la  grande  bibliothèque  d’Alexan¬ 
drie,  une  foule  de  documents  depuis  long-temps  anéantis. 

Histomaque,  qui  avait  composé  un  traité1  en  plusieurs  livres 
sur  la  secte  d'Hippocrate ,  est  un  médecin  du  reste  ignoré  qui 
est  peut-être  le  même  que  celui  qu’Erotien  appelle  Ischo- 
maque. 

Andréas  de  Caryste  est  un  médecin  plus  connu,  attaché  à 
la  secte  hérophilienne,  et  qui  entr’autres  ouvrages  en  avait 
composé  un  sur  la  tradition  médicale  2.  H  y  donnait  quelques 
détails  sur  Hippocrate,  dont  il  cherchait  à  ternir  la  mémoire  ; 
mais  son  témoignage  est  trop  éloigné  du  temps  de  ce  méde¬ 
cin  pour  avoir  une  valeur  intrinsèque. 

H  y  a  eu  plusieurs  médecins  du  nom  de  Soranus.  H  est 
incertain  si  Soranus  d’Ephèse,  qui  vécut  sous  Trajan,  a  écrit 
quelque  chose  sur  Hippocrate.  Un  autre  Soranus  d’Ephèse, 
plus  récent  que  le  précédent ,  avait  écrit  la  biographie  des 
nrédecins;  et  c’est  de  lui  que  Tzetzès  dit  avoir  emprunté  les 
détails  qu’il  donne  sur  Hippocrate.  La  biographie  que  nous 
possédons  sous  le  nom  de  Soranus,  cite  un  troisième  Sora¬ 
nus,  qui  était  de  Cos,  et  qui  avait  fouillé  les  bibliothèques 
de  cette  île  pour  recueillir  des  renseignements  sur  Hippo¬ 
crate;  c'est  la  seule  mention  que  je  connaisse  d’un  Soranus  de 
Cos.  Enfin  Suidas  cite  encore  un  autre  Soranus  qui  était  de 
Cilicie  et  sur  lequel  on  n’a  aucun  détail.  Le  témoignage 
de  Soranus  est  trop  récent  pour  avoir  en  soi  quelque  authen^ 
ticité. 

1  Hept  ttjç  'iTncoxpavouç  .atpeçewç. 

1  Hspl  T7)ç  iavpix^ç  yzvtcLkoyicK;. 


TOM.  I. 


3 


34 


INTRODUCTION. 


Ainsi,  de  tous  ceux  qui  ont  écrit  sur  la  vie  d'Hippocrate,  le 
plus  ancien  est  Eratosthène-,  et  cependant  il  en  est  encore 
séparé  par  un  espace  de  deux  cents  ans.  H  existe  là  une 
lacune  que  rien  ne  comble.  Dans  cet  intervalle,  personne 
n'a  écrit  ex  professo  sur  la  vie  d'Hippocrate  ;  car  les  noms 
de  ces  biographes  nous  auraient  été  conservés  par  les  bio¬ 
graphes  postérieurs.  Maintenant  à  quelle  source  Eratosthène, 
Soranus,  Histomaque  et  les  autres,  ont-ils  puisé  leurs  rensei¬ 
gnements?  Ce  qu’il  y  a  de  sûr  dans  ces  renseignements,  peut- 
on  répondre,  a  été  pris  soit  dans  les  écrits  de  Platon  et 
d’autres  qui  ont  péri ,  soit  dans  des  monuments  conservés  à 
Cos,  soit  dans  des  généalogies  valables  pour  les  temps  histo¬ 
riques.  Le  reste  dérive  de  légendes  fabuleuses  qui  ne  gagnent 
rien  en  authenticitépour  avoir  été  adoptées  parles  biographes. 
II  est  évident  que,  pour  les  détails  personnels  à  Hippocrate,  ils 
ont  été  dénués  de  récits  dignes  de  foi  ;  que  la  biographie  de 
ce  médecin  n’a  été  recueillie  ni  par  ses  contemporains ,  ni  par 
ceux  qui  l’ont  immédiatement  suivi,  et  que,  quand  on  a  voulu 
l’écrire,  on  n’a  plus  trouvé  que  quelques  documents  positifs 
qui  fixaient  sa  patrie,  son  âge,  le  lieu  où  il  avait  exercé  s  *:i 
art,  et  sa  célébrité.  Tout  le  reste  était  oublié. 

Histomaque  place  la  naissance  d’Hippocrate  dans  la  pre¬ 
mière  année  de  la  quatre-vingtième  Olympiade  (460  ans 
avant  J.-C.).  Soranus  de  Cos,  qui  avait  examiné  les  bibl>  > 
thèques  de  cette  île,  précise  la  date  davantage,  et  dit  qu’il 
naquit  l’année  indiquée  ci-dessus,  sous  le  règne  d’Abriadés. 
le  26  du  mois  Agrianus ,  et  il  ajoute  que  les  habitants  de  Cos 
font  à  cette  époque  des  sacrifices  à  Hippocrate.  Ce  mois  Agria¬ 
nus  est  le  seul  que  l’on  connaisse  du  calendrier  des  habitants 
de  Cos,  et  l’cn  ne  sait  à  quelle  saison  il  répond.  Cette  date 
n’est  sujette  à  aucune  contestation.  On  le  dit  fils  d'Héraclide 
et  de  Phénarète,  petit-fils  d’un  autre  Hippocrate;  cela  est 


VIE  d’hippocrate.  35 

sans  doute  vrai;  mais  la  généalogie  qui  le  rattache  à  Podalire 
de  la  guerre  de  Troie,  à  Esculape,  à  Hercule,  est  évidemment 
controuvée.  La  voici  telle  qu’elle  est  donnée  par  Tzetzès  : 
Esculape ,  père  de  Pcdalire,  père  de  Hippolochus ,  père  de 
Sostrate,  père  de  Dardanus ,  père  de  Crisamis,  père  de  Cléo- 
myttadès,  père  de  Théodore,  père  de  Sostrate  H,  père  de 
Crisamis  n ,  père  de  Théodore  n ,  père  de  Sostrate  in ,  père 
de  Nébrus ,  père  de  Gnosidicus,  père  d’Hippccrate  I ,  père 
d’Héraclide,  père  d’Hippocrate  n,  qui  est  le  célèbre  mé¬ 
decin. 

Dans  cette  liste,  Hippocrate  est  le  17e  descendant  d’Escu- 
lape.  Soranus  dit  qu’il  en  était  le  19e  descendant  -,  et  il  ajoute 
qu’il  rattachait  aussi  son  origine  à  Hercule,  à  partir  duquel 
il  était  le  20e.  Ainsi  la  liste  qu’avait  consultée  Soranus  por¬ 
tait  deux  degrés  de  plus.  Si  on  compte  33  ans  par  génération, 
on  aura  pour  17  générations  561  ans  5  mais  il  en  faut  retran¬ 
cher  33  pour  la  vie  d’Esculape  *,  ce  qui  réduit  le  compte  à  528 
ans,  lesquels  ajoutés  à  460,  époque  de  la  naissance  d’Hippo¬ 
crate,  donnent  pour  la  prise  de  Troie  ou  pour  l’époque  de 
Podalire,  988  ans  avant  J.-C.  Cette  date  est  plus  récente  que 
celle  qu’admettaient  la  plupart  des  chronologistes  grecs.  La 
seconde  liste  donnerait  pour  la  prise  de  Troie  1054  ans  avant 
J.-C.  Ces  listes  ne  concordent  ni  l’une  ni  l’autre  avec  la 
généalogie  des  Héradides  qui  régnaient  à  Sparte.  Suivant  la 
tradition,  Léonidas,  qui  mourut  aux  Thermopyles,  fut  le  21e 
descendant  d’Hercule;  et  il  était  encore  antérieur  à  Hippo¬ 
crate  de  plus  d’une  génération.  Je  n’ai  rapporté  ces  détails 
que  pour  montrer  l’incertitude  de  ces  listes  du  moment  où 
l’on  essayait  de  les  reporter  dans  l’âge  héroïque  ;  mais  pour 
cet  âge  seulement;  car  une  liste  copiée  par  Ératosthène  a  dû 
avoir  de  l’authenticité;  et,  le  témoignage  de  Platon  prouvant 
qu’Hippocrate  était  un  asclépiade,  il  faut  croire  qu’elle  a  été 


36  INTRODUCTION'. 

conservée,  d’une  façon  ou  d’autre,  comme  appartenant  à  une 
famille  illustre  de  Cos,  qui  desservait  VJscléjpion  de  cette  île , 
et  qui,  comme  toutes  les  familles  sacerdotales  anciennes ,  se 
disait  issue  du  dieu  lui-même.  Par  sa  descendance  prétendue 
d’Hercule ,  Hippocrate  était  supposé  avoir  des  liens  avec  les 
rois  de  Macédoine. 

Il  eut  pour  fils  Thessalus  et  Bracon  I,  pour  gendre  Po- 
lybe.  Thessalus,  médecin  du  roi  de  Macédoine  Archélaus , 
eut  pour  fils  Gorgias,  Hippocrate  DI  et  Dracon  II.  Dracon  II 
eut  pour  fils  Hippocrate  IV  qui  fut  médecin  de  Roxane, 
femme  d’Alexandre  le  Grand ,  et  qui  mourut  sous  Cassandre, 
fils  d’Antipater  5  cet  Hippocrate  IV  eut  pour  fils  Dracon  ni, 
qui  fut  aussi  médecin  de  Roxane.  Ici  ,.ce  semble,  il  y  a  de 
la  confusion  dans  les  dires  de  Suidas  qui  nous  a  conservé 
tous  ces  noms  des  descendants  du  célèbre  médecin  de  Cos.  H 
faut  ajouter  que ,  suivant  Galien ,  Dracon  I  eut  un  fils  appelé 
Hippocrate A  ;  ce  qui  complique  encore  cette  généalogie.  Sui¬ 
das  cite  un  Thymbrée  de  Cos  et  de  la  même  famille;  mais  il 
ne  spécifie  pas  autrement  sa  parenté  avec  le  grand  Hippo¬ 
crate;  ce  Thymbrée  eut  deux  fils,  tous  deux  appelés  Hippo¬ 
crate  (ce  qui  semble  bizarre) ,  et  -mi  font  le  cinquième  et  le 
sixième  Hippocrate  de  sa  liste.  Praxianax  est  encore  nommé 
par  lui  comme  étant  du  même  lignage ,  et  comme  ayant  eu 
un  fils  qui  est  Hippocrate  VH.  Les  listes  généalogiques  avant 
et  après  Hippocrate  prouvent  qu’il  était  resté  des  traces  au¬ 
thentiques  de  sa  famille. 

Les  auteurs  qui,  dans  l’antiquité,  se  sont  occupés  des  livres 
Intitulés  hippocratiques,  ont  fait  mention  des  uns  ou  des  au¬ 
tres  de  ces  descendants  d’Hippccrate.  Ses  deux  fils,  Thessalus 
et  Dracon ,  ont  surtout  été  vantés  comme  des  hommes  d’un 

1  OsccaXoç  xat  Apaxcov  wv  ixacspot  iraAtv  TmroxpdTSiç  lyévvr,- 
(rav.  Comm.  dehumor. t.  16,  p.  5,Ed.  Kuhn. 


VIE  d’hippocrate.  37 

grand  mérite  ;  et  on  a  attribué  à  l’un  ou  à  l’autre  quelques- 
uns  des  écrits  dont  l’authenticité  paraissait  la  plus  douteuse. 
Galien  se  sert  souvent  de  leur  nom  pour  expliquer  les  inter¬ 
polations  qu’il  suppose  dans  les  écrits  hippocratiques;  c’est 
encore  à  eux  que ,  suivant  lui ,  est  due  la  publication  d’écrits 
qui  ne  sont  qu’un  recueil  de  notes  laissées  par  Hippocrate 
sans  ordre,  ni  forme,  ni  rédaction.  Polybe,  son  gendre,  a  eu 
aussi  beaucoup  de  réputation-,  et,  quant  à  lui,  sa  participa¬ 
tion  à  la  collection  hippocratique  est  certaine  -,  je  le  ferai  voir 
quand  je  rapporterai  le  passage  qu’en  cite  Aristote. 

Les  critiques  anciens  ne  nous  ont  pas  fourni  les  moyens 
de  découvrir  si  c’est  sur  des  preuves  écrites  ou  simplement 
par  tradition  qu’ils  ont  admis  que  les  descendants  d’Hippo¬ 
crate  avaient  publié  des  ouvrages  médicaux.  Aucune  trace 
de  ces  livres  ne  se  trouve  dans  la  littérature  grecque-,  les 
titres  n’en  existent  nulle  part.  Les  auteurs  qui  leur  attribuent 
de  telles  compositions,  ne  disent  pas  que  ces  compositions 
aient  été  citées  par  quelqu’un  des  médecins  qui  ont  vécu  ou 
du  temps  de  ces  descendants  d’Hippocrate  ou  peu  après  eux. 
La  plupart  des  écrits  composés  dans  cette  période  ont,  il  est 
vrai,  péri,  et  ceux  qui  ont  péri  contenaient  peut-être  des 
détails  sur  les  livres  des  descendants  d’Hippocrate  ;  mais 
cela  devient  douteux  quand  on  songe  que  les  écrivains 
postérieurs  qui  ont  tenu  les  œuvres  de  Dioclès,  de  Praxagore, 
de  Philotimus,  de  Dieuchès ,  tous  contemporains  de  l’un  ou 
de  l’autre  de  ces  hippocratiques,  ne  s’appuient  jamais  d’au¬ 
cune  de  ces  autorités,  qui  ici  seraient  décisives.  Suidas,  en 
nommant  chacun  de  ces  descendants  d’Hippocrate,  ajoute  ; 
il  a  écrit  sur  la  médecine.  Si  l’on  veut  ajouter  foi  à  une 
énonciation  aussi  vague,  il  faut  supposer,  attendu  que  ces 
derniers  hippocratiques  touchent  au  temps  de  la  fondation 
d’Alexandrie,  il  faut  supposer,  dis-je,  qu’avec  leur  nom  un 


38 


INTRODUCTION. 


souvenir  se  garda  de  livres  composés  par  eux ,  livres  qui 
n’étaient  peut-être  jamais  sortis  de  l’enceinte  d’une  école,  et 
dont  la  trace  était  perdue.  C’est  une  raison  de  plus  pour 
croire  que  quelques-uns  de  ces  écrits,  ayant  changé  de  nom 
d’auteur  pour  en  prendre  un  plus  précieux  et  plus  estimé, 
au  moment  où  les  rois  d'Egypte  et  de  Pergame'  fondèrent 
leurs  grandes  bibliothèques,  existent  encore  dans  la  collec¬ 
tion  hippocratique,  comme  Font  pensé  Galien ,  Dioscoride  le 
jeune,  et  plusieurs  autres  critiques  de  l’antiquité. 

On  dit  qu’Hippocrate  mourut  dans  la  ville  de  Larisse,  en 
Thessalie,  à  l’âge  de  85  ans,  de  90  ans,  de  104  ans,  de  109 
ans.  Il  est  probable  que  cette  progression  croissante  d’un  âge 
qui  reste  incertain ,  est  due  à  la  tradition  qui ,  à  mesure 
qu’elle  s’est  éloignée ,  a  attribué  une  vie  de  plus  en  plus 
longue  à  un  aussi  illustre  médecin.  H  fut  enterré  entre 
Gyrton  et  Larisse  dans  un  endroit  où  des  écrivains  posté¬ 
rieurs  ont  assuré  qu’on  montrait  encore  son  tombeau  ;  et 
l’esprit  inventeur  des  Grecs  se  plut  à  dire  que  long-temps  ce 
tombeau  avait  été  le  séjour  d’un  essaim  d’abeilles  dont  le 
miel  avait  des  vertus  pour  guérir  les  aphthes  des  enfants. 

Les  historiographes  d’Hippocrate  disent  qu’il  eut  pour 
maîtres  d’abord  son  père  Héraclide,  puis  Hérodicus  de  Se- 
lyinbrie  et  Gorgias  de  Leontium.  Rien  ne  combat,  mais  rien 
non  plus  ne  garantit  ces  circonstances.  Us  ajoutent  qu’il  quitta 
sa  patrie  et  alla  exercer  la  médecine  dans  différentes  villes  de 
Thrace.  Cela  est,  à  la  vérité,  concordant  avec  les  renseigne¬ 
ments  que  fournissent  les  écrits  de  ce  médecin,  mais  en  a  été 
probablement  tiré.  Ce  qui  est  très  douteux ,  c’est  qu’il  ait  été 
appelé  par  Perdiccas  II,  roi  de  Macédoine,  et  qu’il  ait  joui  au¬ 
près  de  ce  prince,  d’une  grande  faveur.  Perdiccas  mourut  en 
4 1 4  avant  J.-C.  Hippocrate  avait  alors  46  ans-,  ce  n’est  donc  pas 


vie  d’hippocrate.  39 

dans  les  dates  qu’est  la  difficulté.  Mais  on  le  fait  venir  avec 
Euryphon  le  médecin  cnidien ,  et  cette  association,  comme  le 
dit  M.  Hecker,  dans  son  Histoire  de  la  médecine ,  tient  déjà  du 
roman.  Ensuite  on  prétend  qu’Hippocrate  découvrit  que  la 
maladie  de  Perdiccas  était  uniquement  causée  par  l’amour 
secret  qu’il  ressentait  pour  une  concubine  de  son  père.  Cette 
histoire ressembleà  celle d’Erasistrate,  qui  découvrit  aussi  une 
maladie  causée  par  l’amour.  Seulement  il  faut  remarquer  dans 
le  récit  une  différence  qui  prouve  que  l’histoire  a  du  moins  été 
forgée  avec  adresse.  Erasistrate  reconnut  la  maladie  du  jeune 
prince  en  lui  tâtant  le  pouls  en  présence  de  la  femme  qu’il 
aimait  :  les  historiographes  d’Hippocrate  disent  qu’il  porta 
son  diagnostic  d’après  les  seuls  changements  de  l’extérieur 
du  roi;  il  ne  connaissait  pas  Part  d’explorer  le  pouls ,  et  c’au¬ 
rait  été  commettre  une  erreur  de  chronologie  médicale ,  que 
de  lui  faire  tâter  l’artère  du  roi  Perdiccas.  Ce  qui  rend  cette 
histoire  suspecte,  c’est  sa  ressemblance  avec  celle  d’Erasis¬ 
trate  ,  c’est  la  présence  d’Euryphon ,  c’est  surtout  la  date 
moderne  des  biographes  qui  la  racontent. 

Beaucoup  d’autres  fables  ont  été  racontées  sur  Hippocrate, 
et  il  faut  ranger  dans  cette  catégorie  les  services  qu'il  rendit 
à  la  Grèce  pendant  la  peste. dite  d’Athènes;  son  refus  d’aller 
servir  le  roi  de  Perse  ;  et  son  entrevue  avec  Démocrite.  Ces 
fables  ne  s’appuient  sur  aucun  témoignage  de  quelque  valeur; 
et  sans  doute ,  si  on  pouvait  en  suivre  la  filiation ,  on  verrait 
qu’elles  vont  toujours  en  grossissant  à  mesure  que  celui  qui 
les  rapporte  s’éloigne  davantage  de  l’époque  où  vivait  Hip¬ 
pocrate. 

On  en  a  la  preuve  dans  les  récits  au  sujet  du  rôle  qui  lui 
est  attribué  dans  la  peste.  Soranus  prétend  que ,  cette  mala¬ 
die  ayant  envahi  le  pays  des  Illyriens  et  des  Péoniens,  les 
rois  de  ces  peuples  l’invitèrent  à  venir  auprès  d’eux;  qu’Hip- 


40 


INTRODUCTION . 


poerate ,  ayant  appris  des  ambassadeurs  quels  vents  ré¬ 
gnaient  surtout  dans  leurs  contrées,  refusa  d’accéder  à  leurs 
demandes  5  mais  qu’ayant  conclu  de  leurs  réponses  que  la 
peste  allait  venir  dans  l’Attique,  il  prédit  l’arrivée  dé  ce  fléau, 
et  dispersa  ses  élèves  dans  les  villes  de  la  Grèce.  Yarron1  fai¬ 
sant  allusion  à  un  pareil  récit,  dit  :  «  Le  médecin  Hippocrate 
«  n’a-t-il  pas,  dans  une  grande  peste,  sauvé  non  un  seul 
<c  champ,  mais  plusieurs  villes?  »  «  G’est  pour  ces  services,  dit 
«  Pline2,  que  la  Grèce  lui  décerna  les  mêmes  honneurs  qu’à 
«  Hercule.  »  Yarron  et  Pline  sont  très  antérieurs  à  l’auteur 
de  la  vie  d’Hippocrate,  et ,  comme  lui,  ils  ont  dû  emprunter 
ces  détails  au  Discours  qui  est  attribué  à  Thessalus ,  fils  du 
médecin  de  Cos,  et  qui  figure,  dans  la  collection  Hippocra¬ 
tique,  à  coté  des  Lettres  d’Artaxerce,  des  Abdéritains,  et  de 
Démocrite.  Cette  légende ,  car  on  ne  peut  pas  lui  donner 
d’autre  nom',  fait  partir  Hippocrate  de  Thessalie ,  réprimant 
la  peste  sur  son  passage*  chez  les  Doriens,  chez  les  Phocéens, 
chez  les  Béotiens-,  de  là  il  arrive  à  Athènes,  où  il  arrête  les  ra¬ 
vages  du  fléau.  L’auteur  du  livre  de  la  Thériaque  à  Pison , 
ch.  16,  et  Aêtius3,  disent  qu’il  chassa  la  peste  en  faisant 
allumer  de  grands  feux  par  toute  la  >1116,  et  en  ordonnant  de 
suspendre  partout  des  couronnes.de  fleurs  odorantes.  Actua- 
rius4  va  plus  loin;  il  connaît  l’antidote  dont  Hippocrate  se 
servit  pour  guérir  les  Athéniens,  et  il  en  donne  la  formule  ; 
et  un  manuscrit  latin  de  la  bibliothèque  royale  (n°  7028),  en¬ 
core  plus  précis,  assure  qu’Hippocrate,  venu  à  Athènes,  re¬ 
marqua  que  les  forgerons  et  tous  ceux  qui  travaillaient  avec 
le  feu,  étaient  exempts  de  la  maladie  pestilentielle.  H  en  con- 

1  De  re  rust.  1 , 4. 

a  Histoire  natur.  7, 57. 

3  Tetrab.  %  serm.  i,  cap.  94. 

■i  Mctb.  med.  5,  6.- 


vie  d’hippocrate.  41 

dut  qu’il  fallait  purifier  par  le  feu  l’air  de  la  ville.  En  consé¬ 
quence  il  fit  faire  de  grands  tas  de  bois  qu’on  incendia  ;  l’air 
étant  purifié ,  la  maladie  cessa,  et  les  Athéniens  élevèrent  au 
médecin  une  statue  de  fer  avec  cette  inscription  :  A  Hippo¬ 
crate  ,  tiotfe  sauveur  et  notre  bienfaiteur.  Je  ne  sais  d’où 
viennent  ces  amplifications  au  manuscrit ,  dont  l’écriture  est 
fort  ancienne. 

H  est  très  facile  de  montrer  que  tout  cela  n’est  qu’un  tissu 
de  fables.  Thucydide,  qui  a  donné  une  admirable  descrip¬ 
tion  de  la  peste  d’Athènes ,  ne  fait  aucune  mention  d’Hippo-* 
crate,  ni  de  ses  services  5  il  dit  même  formellement  que  tout 
l’art  des  médecins  échoua  contre  la  violence  du  mal ,  et  qu’ils 
en  furent  les  premières  victimes.  Ce  silence  de  Thucydide 
sur  Hippocrate  dans  une  maladie  qui  fut  un  événement  his¬ 
torique,  est  décisif,  et  prouve  que  le  médecin  de  Cos  ne  fit 
rien  de  ce  qu’on  lui  attribue  en  cette  circonstance.  Mais  le 
récit  porte  en  lui-même  les  preuves  de  sa  propre  fausseté. 
Hippocrate  est  né  en  460 ,  la  peste  éclata  à  Athènes  en  428 , 
il  n’avait  donc  que  32  ans.  A  cet  âge  il  ne  pouvait  avoir  en¬ 
core  acquis  la  réputation  que  la  légende  lui  suppose ,  et  sur¬ 
tout  il  ne  pouvait  avoir  ni  fils ,  ni  gendre ,  à  envoyer  dans  les 
differentes  villes  de  la  Grèce.  De  plus  la  légende  intervertit 
complètement  la  marche  de  l’épidémie  5  elle  la  fait  venir  par 
l’Illyrie,  la  Thessalie,  et  la  Béotie  jusque  dans  l’Attique. 
Or  Thucydide  dit  formellement  qu’elle  se  déclara  d’abord 
dans  le  Pirée,  et  quelle  venait  de  l’Ethiopie.  H  y  a  là  contra¬ 
diction  évidente  avec  le  fait;  mais  quand  même  nous  n’au¬ 
rions  pas  ces  preuves  pour  démontrer  la  fausseté  d’un  pareil 
récit,  le  caractère  même  des  épidémies  nous  empêcherait  de 
l’admettre.  Nous  savons  par  une  expérience  récente  que  ces 
grands  fléaux  ne  se  laissent  pas  détourner  par  l’art  humain  5 
et  les  feux  allumés  dans  Athènes  ne  pouvaient  pas  avoir  plus 


42 


INTRODUCTION. 


de  puissance  contre  l'épidémie ,  venue  de  loin ,  qui  la  désola, 
que  la  médecine  contemporaine  n’en  a  eu  à  Paris  contre  le 
choléra,  parti  des  bords  du  Gange.  Tout  récit  où  l’on  attri¬ 
bue  à  l’art  médical  le  pouvoir  d’arrêter  de  tels  ravagés, 
nécessairement  est  mensonger. 

Maintenant  que  devient  l’autre  forme  de  la  légende  où  Hip¬ 
pocrate  refuse  à  Artaxerce  son  secours  contre  la  peste?  Je  ne 
veux  pas  entrer  ici  dans  une  discussion  détaillée  des  Lettres 
et  des  Discours  qui  forment  un  appendice  de  la  collection 
hippocratique.  Comme  tous  les  récits  sur  le  rôle  d’Hippocrate 
dans  la  peste  d’Athènes ,  sur  l’invitation  d’ Artaxerce,  sur  le 
refus  du  médecin  de  Cos ,  sur  son  entrevue  avec  Démocrite, 
sur  la  guerre  faite  à  l’îlede  Cos  par  les  Athéniens,  n’ont  pas 
d’autres  garants  que  ces  Lettres  et  Discours ,  j’en  examine¬ 
rai  plus  loin  l’authenticité.  Seulement  je  déclare  d’avance 
que  ces  pièces  sont  toutes  apocryphes.  Il  m’a  suffi  ici  d’appe¬ 
ler  l’attention  du  lecteur  sur  le  témoignage  de  Thucydide, 
qui  montre  qu’Hippocrate  n’a  joué  aucun  rôle  particulier 
dans  la  grande  fièvre  qui  ravagea  la  Grèce  et  surtout  Athè¬ 
nes.  Les  Lettres  et  Discours  renferment  des  preuves  intrin¬ 
sèques  de  supposition  ;  ce  sera  le  lieu  de  mettre  ces  preuves 
en  évidence  quand  je  discuterai  un  à  un  les  écrits  qui  entrent 
dans  la  collection  hippocratique. 

Tzetzès  prétend  qu’Hippocrate,  bibliothécaire  à  Cos,  brûla 
les  anciens  livres  des  médecins 5  Andréas,  dans  son  livre 
sur  la  tradition  médicale ,  dit  que  c’est  à  la  bibliothèque  de 
Cnide  qu’il  mit  le  feu*,  et  Yarron,  à  ce  que  rapporte  Pline  *, 
avait  écrit  qu’Hippocrate,  ayant  copié  les  observations  de  ma¬ 
ladies  que  l’on  conservait  dans  le  temple  de  Cos,  l’incendia. 
Tous  ces  récits,  dus  à  des  écrivains  très-postérieurs  $  n’ont 
aucun  fondement-,  et  les  Grecs  n’auraient  pas  souffert  que; 

1  Ilist.  nat.  29,  1 .  ' 


■vie  d’hippocrate.  '  43 

l’incendiaire  d’un  temple  enseignât  tranquillement  la  méde¬ 
cine,  comme  nous  le  représente  Platon,  seul  croyable  en 
ceci.  Strabon,  le  géographe,  nous  a  conservé  une  tradition 
qui  est  bien  plus  concordante  avec  tous  les  faits  connus  d’ail¬ 
leurs,  et  qui  a  tous  les  caractères  delà  probabilité.  «On  rap- 
(c  porte,  dit-il,  qu’ïïippocrate  s’exerça  particulièrement  sur 
«  le  régime  dans  les  maladies  en  étudiant  les  histoires  de 
«  traitement  qui  étaient  déposées  dans  le  temple  de  Cos4.  » 
Tout  porte  à  croire  que  le  recueil  de  ces  histoires  existe  en¬ 
core,  et  qu’il  constitue  ce  qui  est  connu  dans  la  collection 
hippocratique  sous  les  titres  de  Prénotions  coaques  et  de 
1er  livre  des  Prorrhétiques. 

Il  n’est  pas  besoin  de  dire  que  toutes  les  représentations 
qui  ont  été  faites  de  la  figure  d’Hippocrate  sont  idéales;  les 
statues  n’ont  été  des  portraits  que  long-temps  après  lui.  Les 
artistes  anciens  se  sont  accordés  pour  le  représenter  la  tête 
couverte ,  tantôt  du  pileus,  tantôt  des  plis  de  son  manteau. 

L’antiquité,  on  le  voit,  avait  déjà  perdu  les  moyens  de 
faire  une  biographie  détaillée  d’Hippocrate.  Mais  quoiqu’il  y 
ait  là  une  lacune  que  désormais  rien  ne  peut  plus  combler , 
cependant  il  en  reste  assez  pour  apprécier  le  rôle  qu’a  joué 
Hippocrate  et  la  place  qu’il  a  tenue.  Praticien,  professeur , 
écrivain,  il  a  joui  de  l’estime  de  ses  contemporains  ;  descendu 
d’une  famille  qui  faisait  remonter  son  origine  jusqu’à  l’âge 
héroïque,  il  lui  a  donné  plus  de  gloire  qu’il  n’en  avait  reçu  ; 
attaché  à  une  corporation  qui  desservait  un  temple  d’Escu- 
lape,  il  a  fait  prévaloir  l’école  de  Cos  sur  toutes  les  écoles 
médicales  qui  l’ont  immédiatement  suivie;  et,  debonne heure, 
ses  écrits  étaient  médités  et  cités  par  Platon. 


1  Geograph.  xiv,  p.  m.  657. 


CHAPITRE  III. 


DES  LIVRES  QUI  PORTENT  LE  NOM  d’hIPPOCRATE. 


Nous  possédons  sous  le  nom  de  livres  d’Hippocrate  une 
masse  très  considérable  d’écrits.  C’est  la  réunion  de  ces  écrits 
que  j’appellerai  pour  abréger  Collection  hippocratique.  Le 
premier  coup  d’œil  montre  qu’ils  ne  ferment  ni  un  ensemble, 
ni  un  corps,  et  qu’on  y  chercherait  vainement  l’œuvre  d’un 
homme  qui  aurait  travaillé  sur  les  différentes  parties  de  la 
médecine.  Les  traités  non  seulement  ne  se  supposent  pas  l’un 
l’autre,  mais  encore  ils  présentent  les  plus  grandes  dispa¬ 
rates.  Les  uns  sont  des  écrits  complets  en  eux-mêmes;  les 
autres  ne  sont  que  des  recueils  de  notes  qui  se  suivent  sans 
avoir  aucun  lien  entre  elles,  et  qui  sont  quelquefois  à  peine 
intelligibles.  Quelques-uns  sont  incomplets  et  mutilés  ;  d’au¬ 
tres  forment  dans  la  collection  totale  des  séries  particulières 
qui  appartiennent  à  la  même  pensée  et  à  la  même  main.  En 
un  mot,  pour  peu  qu’on  réfléchisse  au  contexte  de  ces  nom- 


LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  45 

breux  écrits,  on  est  conduit  à  penser  qu’ils  ne  sont  pas  d’un 
même  auteur.  Cette  remarque  a  de  tout  temps  frappé  ceux 
qui  se  sont  occupés  des  livres  hippocratiques ,  et  dès  l’époque 
même  où  on  les  commentait  dans  l’école  d’Alexandrie,  on 
disputait  déjà  sur  leur  authenticité.  La  confusion  manifeste 
qui  y  existe  nécessite  l’intervention  de  la  critique  ;  mais  aussi 
ia  date  reculée  de  la  composition  de  ces  écrits  et  l’absence 
de  témoignages  rendent  un  tel  travail  extrêmement  épineux. 
Si  les  difficultés  étaient  déjà  si  grandes  et  les  doutes  si  auto¬ 
risés  dans  l’antiquité ,  que  doit-il  en  être  de  nos  jours,  et  pour 
nous  qui,  depuis  le  temps  des  commentateurs  alexandrins  et 
de  Galien,  avons  fait  tant  de  pertes  en  livres  de  tout  genre? 
Beaucoup  de  travaux  ont  eu  pour  objet  l’histoire  littéraire 
des  écrits  hippocratiques;  beaucoup  d’hommes  éminents  se 
sont  livrés  aux  recherches  que  cette  histoire  réclame;  et  ce¬ 
pendant  maintes  questions  restent  encore  indécises,  et  des 
divergences  très  considérables  entre  les  critiques,  sur  l’au¬ 
thenticité  d’un  même  écrit,  montrent  que  l’on  manque  d’un 
point  stable  de  départ,  et  de  documents  qui  soient  autre  chose 
que  des  conjectures.  J’essaierai  de  résoudre  quelques-unes 
de  ces  questions,  et  de  lever  quelques-uns  de  ces  doutes;  non 
que  je  me  flatte  d’avoir  dissipé  toutes  les  obscurités  du  sujet  ; 
mais  aidé  des  travaux  de  mes  prédécesseurs  dans  ce  genre 
d’explorations,  j’espère  faire  dans  mon  temps  ce  qu’ils  ont 
fait  dans  le  leur,  c’est-à-dire  avancer  d’un  pas  l’histoire  litté¬ 
raire  d’Hippocrate,  et  la  laisser  plus  éclaircie  que  je  ne  l’ai 
reçue. 

Cette  histoire,  manquant  presque  complètement  de  données 
qui  lui  soient  propres  et  qui  soient  de  son  époque,  a  besoin , 
pour  se  soutenir,  de  réunir  une  foule  de  matériaux  épars. 
Elle  exige  donc  une  construction  laborieuse;  et  le  dévelop¬ 
pement,  pour  être  clair  et  convaincant,  est  tenu  de  passer 


OTRODÜCTIOX. 


46 

par  une  série  de  recherches  et  de  déductions  qui  vont  au 
but,  il  est  vrai,  mais  qui  y  vont  d’une  manière  détournée. 
Le  premier  travail  à  faire  est  de  prendre  connaissance  de  la 
collection  elle -même,  et  d’examiner  quels  renseignements 
on  en  peut  tirer  sur  les  questions  qui  sont  à  résoudre.  Il  faut 
la  feuilleter  page  par  page,  et  lui  demander  quel  état  de  la 
médecine  elle  représente >  quels  travaux  elle  indique,  quels 
noms  elle  cite ,  à  quels  pays  elle  se  rapporte ,  et  quelles  traces 
évidentes  elle  porte  d’une  collaboration  multiple.  L’époque 
qui  sépare  le  temps  où  a  fleuri  Hippocrate,  du  temps  où  Éra- 
sistrate  et  Hérophile  devinrent  à  Alexandrie  les  chefs  de  la 
médecine,  c’est-à-dire  un  espace  d’environ  130  ans,  est  une 
de  celles  sur  laquelle  les  documents  et  les  livres  nous  man¬ 
quent  le  plus.  Les  oeuvres  qui  forment  la  collection  hip¬ 
pocratique  ont  dû  être  composées  dans  cet  intervalle; 
leur  examen  intrinsèque  nous  fournira  des  notions  que 
nous  ne  pouvons  nous  procurer  par  aucune  autre  voie. 

Prouvons  avanttoute  chose  que  la  Collection  hippocratique 
renferme  des  fragments  qui  y  figurent  dès  les  premiers  temps, 
mais  qui,  incontestablement,  ne  sont  pas  d’Hippocrate.  J’en  ai 
deux  exemples  irrécusables.  Le  premier  est  relatif  à  un  pas¬ 
sage  sur  l’anatomie  des  veines  qu’on  lit  dans  le  Traité  de  la 
nature  de  l’homme.  Ce  traité  a  été  cité  par  tousles  commen¬ 
tateurs  comme  faisant  partie  de  la  Collection  hippocratique. 
Le  passage  en  question  est  textuellement  rapporté  par  Aris¬ 
tote  (  Histoire  des  animaux ,  Iiv.  ni,  chap.  4),*  et  Aristote 
dit  que  ce  morceau  est  de  Polybe.  Or,  en  ce  point,  l’autorité 
d’Aristote  prévaut  sur  toute  autre,  et  manifestement  sur  celle 
d’Érotien  et  de  Galien.  Polybe,  gendre  d’Hippocrate,  de¬ 
vait  être  exactement  le  contemporain  de  Platon,  par  consé¬ 
quent  "vieux  quand  Aristote  était  jeune.  Ainsi  le  témoignage 
de  ce  dernier  est  irrécusable ,  d’autant  plus  qu’il  était  très 


livres  HIPPOCRATIQUES.  A7 

éclairé  et  très  versé  dans  la  connaissance  des  livres  scientifi¬ 
ques.  Il  n’a  pas  pu  commettrela  grossière  méprise  d’attribuer  à 
Polybe  ce  quiétait  d’Hippocrate;  il  connaissait  bien  Hippocrate, 
qu’il  cite  dans  un  de  ses  ouvrages.  Là  où  il  rapporte  le  long 
passage  de  Polybe  sur  la  dissection  des  veines ,  il  discute  avec 
beaucoup  de  soin  une  question  d’anatomie;  et,  à  côté  de 
Polybe,  il  cite  sur  le  même  sujet  un  passage  de  Syennési^de 
Chypre ,  dont  le  nom  ne  nous  a  été  conservé  que  par  lui ,  et 
un  passage  de  Diogène  d’Apollonie. 

Ainsi  Aristote  seul  nous  a  appris  un  fait  sur  lequel  toute  la 
littérature  antique  a  gardé  le  silence,  à  savoir  qu’un  morceau 
dù  à  Polybe  se  trouve  dans  la  Collection  hippocratique.  D’où 
vient  ce  silence?  et  comment  Aristote  a-t-il  seul  connu  cette 
particularité?  En  traitant,  dans  le  chapitre  YII,  de  la  forma¬ 
tion  de  la  Collection,  j’expliquerai  ce  point  important  de  l’his¬ 
toire  des  livres  hippocratiques. 

Le  morceau  de  Polybe  n’est  pas  le  seul  qui ,  dans  la  Col¬ 
lection  hippocratique ,  n’appartienne  pas  à  Hippocrate.  Je 
ne  parlerai  pas  ici  du  fragment  de.  Syennésis  de  Chypre  qui 
est  inséré  dans  le  Traité  de  la  nature  des  os  ;  car ,  comme  je 
le  ferai  voir  plus  loin,  ce  traité  n’en  est  pas  un,  et  il  ne  doit  pas 
subsister.  Celui  qui  me  reste  à  citer  est  un  fragment  d’Eury- 
phon  qui  se  trouve  presque  mot  à  mot  dans  le  Deuxième  livre 
des  maladies * .  L’identité  de  ces  deux  fragments  est  évidente, 

1  Voici  le  passage  du  traité  hippocratique  :  HsXty)  voïïaoç.  Dupe¬ 
ra;  çr,poç  xat  çppt£  oXXote  xat  aXXoxe,  xat  T7)V  xetpaXàjv  àXyeet.  Kal 
Ta  G'jzki'f/yz  oouvr,  sys  i.  Kat  Iptiet  yokr^ .  Kat  oxav  ôSuviq  s yrt , 
où  Suvaxai  evopav ,  aXXà  (SapuvsTat.  Kat -fj  yaoryip  <7xXr,pà]  y ivexat. 
Kat  v)  ^potr,  toXiSvv;  ,  xat  va  ÿ'et'Xea,  xat  twv  ocpOaXuwv  va  Xeuxà , 
tzz\ tSva.  Kat  Içopa  àç  âyyô uevoç.  ’Eviots  xat  t^v  ypo(r,v  usTaëaXXst, 
xat  ex  ‘JceXtSvoü  uiro^Xtopoç  y tverat.  Voici  le  passage  d’Euryplion 
dans  Galien,  t.  5,  p.  456,  Ed.  Bas.  :  ïïsXtaç  Trupexoç  tcyet  xat 


48  •  XKXaODCCTION. 

et  comme  Euryphon  est  antérieur  même  à  Hippocrate ,  c’est 
à  lui  qu’il  faut  en  rendre  la  propriété. 

Toilà  un  premier  point  établi  :  il  existe  dans  la  collection 
hippocratique  des  morceaux  qui  sont  attribués  à  Hippocrate , 
mais  qui,  de  toute  certitude,  appartiennent  à  d’autres  écri¬ 
vains.  Ainsi  s’ouvre  la  porte  aux  conjectures  qui  sont  auto¬ 
risées  à  étendre ,  bien  au-delà  des  deux  ouvrages  cités  plus 
haut,  le  cercle  des  compositions  pseudo-hippocratiques,  d’au¬ 
tant  plus  que  la  Collection  tout  entière  est  une  réunion  d’é¬ 
crits  simplement  juxta-posés,  sans  aucune  liaison  intérieure. 
H  est  donc  permis  de  croire  que  beaucoup  d’autres  livres 
sont,  à  tort,  décorés  du  nom  du  chef  de  l’école  de  Cos.  Cela 
sera  plus  loin  examiné  avec  détail.  H  me  suffit  dans  le  com¬ 
mencement  d’avoir  établi  le  fait  sur  deux  exemples  irrécu¬ 
sables. 

Les  renseignements  que  l’on  trouve  dans  la  Collection  sont 
de  différents  genres.  Beaucoup  se  rapportent  à  la  pratique 
des  autres  médecins,  et  l’on  y  voit  des  critiques  sur  les 
moyens  qu’ils  emploient,  sur  leurs  diagnostics,  sur  leurs  pro¬ 
nostics,  sur  leurs  opinions  théoriques.  Il  faut  donner  les  prin¬ 
cipaux  exemples.  L’auteur  du  Quatrième  livre  des  maladie 
dit 1  que  les  anciens  médecins  se  trompaient  surtout  sur  la 
connaissance  des  jours  ;  car  ils  purgeaient  leurs  malades  dans 
les  jours  impairs ,  et  les  faisaient  périr.  Le  même  'écrivain 


Ppoypcos  aXXors  xat  ocXXots,  xat  ty)v  X£<paXr,v  àXysst. Kal  toc  GTrXotyy  va 
êSuvrç  ccysi ,  xoci  iasst  yoXrjV,  xat  Srav  ocuvr)  ,  Ivopav  où  Suvccrat , 
#ri  papuvsTai ,  xat  yacTYip  ^pvj  ycvsTat,  xat  ô  ypobç  oreXtoç  aracç, 
xat  Ta  ystXsa  otairsp  ptupa  TpooçavTt ,  xat  twv  dcpôaXpctov  toc  Xsuxà 
oreXtà,  xat  I^opa  ootrzsp  àîray^opcevoi; ,  are  os  ^<y<rov  toîÎto  -Tzacysi, 
xat  {jtsTaêaXXst  -rroXXaxtç. 

1  Page  172,  Ed.  Frob. 


LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  49 

établit  une  discussion  assez  longue  pour  prouver  contre  l’o¬ 
pinion  de  certains  médecins  que  les  boissons  ne  passent  pas 
dans  la  trachée-artère.  L’auteur  du  Traité  des  affections  in¬ 
ternes*  reproche  aux  médecins  de  se  méprendre  sur  l’organe 
malade  quand  ils  voient  du  sable  dans  les  urines-,  ils  préten- 
dent  que  la  vessie  contient  des  calculs ,  ils  se  trompent ,  car 
c’est  le  rein  qui  est  calculeux.  Ce  passage  est  digne  de  re¬ 
marque  ,  parce  qu’il  nous  montre  des  traces  de  polémique 
entre  les  différents  écrivains  qui  ont  concouru  à  la  Collection 
hippocratique.  En  effet ,  il  contredit  formellement  l’apho¬ 
risme  soixante-dix-neuvième  de  la  quatrième  section  dont 
l’auteur  se  trouve  placé  parmi  ces  médecins  qui  ignorent  le 
véritable  siège  des  affections  calculeuses.  L’aphorisme  est 
ainsi  conçu  :  «  Du  sable  déposé  dans  l’urine  annonce  la  pré- 
«  sence  d’un  calcul  dans  la  vessie.))  On  ne  peut  se  méprendre 
sur  la  contrariété  de  ces  deux  propositions ,  ni  s’empêcher 
de  voir  une  véritable  critique  de  l’une  par  l’autre. 

Les  médecins  praticiens  y  sont  plusieurs  fois  nommés,  soit 
avec  éloge,  soit  avec  critique.  «Les  médecins  les  plus  loués 
«  sont  ceux  qui  usent  des  règles  du  régime  et  des  autres  for- 
«  mes  de  traitement,  dit  l’auteur  du  Traité  de  Vart,  qui  ajoute 
«  que  ceux  qui  entreprennent  de  guérir  des  maux  incurables 
«  sont  admirés  par  les  médecins  de  nom,  et  sont  un  objet  de 
«  raillerie  pour  les  vrais  médecins.»  L’auteur  du  Livre  des  ma¬ 
ladies  des  femmes  accuse  les  médecins  d’avoir  fait  des  opéra¬ 
tions  inutiles  et  dangereuses  dans  des  cas  où  la  rétention  des 
menstrues  leur  avait  fait  croire  à  l’existence  d’un  abcès.  Il 
les  accuse  encore  d’employer  des  médicaments  astringents 
dans  les  gonflements  de  la  matrice,  soit  avant,  soit  après 
l’accouchement-,  de  commettre  de  fréquentes  erreurs  en  trai- 

1  Page  196,  Ed.  Frob. 


TOM.  ï. 


4 


50  INTRODUCTION. 

tant  les  maladies  des  femmes  comme  celles  des  hommes ,  et 
de  regarder  comme  une  hydropisie  les  gonflements  des  pieds 
et  des  jambes  qui  surviennent  pendant  le  cours  d’affections 
utérines.  L’auteur  du  Deuxième  livre  des  épidémies  reproche 
aux  médecins  qui  soignaient  Héragoras  de  n’avoir  pas  connu 
que  les  hémorrhagies  abondantes  des  narines  procurent  une 
amélioration  considérable.  L’auteur  du  Cinquième  livre  des 
épidémies  remarque  que  les  médecins  qui  traitaient  Hippos- 
thène  dans  la  ville  de  Larisse ,  le  croyaient  atteint  de  périp¬ 
neumonie,  mais  qu’il  n’en  était  rien.  Ailleurs  il  raconte  que 
le  médecin  qui  pansa  un  homme  blessé  d’un  coup  de  lance , 
retira  bien  le  bois,  mais  qu’il  laissa  un  fragment  du  fer.  Le 
même  malade  paraissant  au  médecin  aller  mieux,  l’auteur 
du  Cinquième  livre  des  épidémies  prédit  qu’une  convulsic: 
allait  survenir  et  le  malade  succomber,  pronostic  qui  se  vé¬ 
rifia  complètement.  Dans  le  Septième  livre  des  épidémies  en 
lit  qu’Eudème,  atteint  d’une  affection  de  la  rate,  reçu! 
de  ses  médecins  le  conseil  de  bien  manger,  de  boire  un 
peu  de  vin  léger,  et.de  beaucoup  marcher.  Ce  régime  n’a¬ 
mena  aucun  changement  ;  un  différent  réussit  mieux. 

C’est  surtout  dans  le  Traité  des  fractures  qu’il  y  a  une 
longue  polémique  contre  les  méthodes  variées  que  les  méde¬ 
cins  mettent  en  usage  pour  remédier  à  ces  accidents.  L’au¬ 
teur  leur  reproche  vivement  de  chercher  les  modes  de  ré¬ 
duction  et  de  déligation  qui  frappent  les  yeux  du  vulgaire . 
sans  s’inquiéter  de  ceux  qui  conviennent  le  plus  aux  malades. 
L’un  de  ces  médecins,  prétendus  habiles,  voulait  déterminer 
le  bandage  de  la  fracture  du  bras  d’après  les  règles  de  l’ar 
de  l’archer.  L’autre  prétendait,  d’après  de  fausses  obser¬ 
vations  ostéologiques,  mettre  toujours  le  membre  dans  1' 
supination.  L’auteur  n’a  pas  assez  de  blâme  contre  ceux  qui. 
dans  les  plaies  avec  fracture,  s’empressent  de  bander  le  mem- 


LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  51 

bre  en  dessus  et  en  dessousde  la  plaie.  Ils  sont  forcés,  à  cause  du 
gonflement,  de  défaire  leur  bandage,  dont  ils  recommencent 
à  se  servir  dans  une  autre  occasion  sans  se  douter  qu’il  est 
la  cause  du  mal.  L’auteur  fait  cette  remarque  parce  qu’il  a  vu 
un  grand  nombre  d’accidents  naître  de  ce  genre  de  déliga- 
tion ,  et  il  invoque  en  faveur  de  sa  pratique  le  témoignage  de 
toute  la  médecine;  phrase  remarquable  qui  est  un  appel  aux 
préceptes  de  la  science,  et  qui  prouve  qu’elle  était  cultivée 
depuis  long-temps.  Remarquons  en  outre  que,  dans  le  Livre 
des  fractures ,  on  conseille  aux  médecins  qui  pratiquent  dans 
une  grande  ville  d’avoir  tout  prêt  un  appareil  en  bois  pour 
les  réductions.  L’auteur  du  Traité  des  articulations  se  livre  à 
des  critiques  toutes  semblables.  H  blâme  ces  médecins  qui , 
pour  réduire  les  luxations,  emploient  des  moyens  propres  à 
étonner  la  foule ,  et  il  rougirait,  dit-il ,  de  tout  ce  qui  sent  la 
jonglerie;  il  recommande  de  connaître  tout  ce  qui  a  été  fait 
en  ce  genre,  et  de  choisir  les  meilleures  méthodes  ;  il  signale 
l’antiquité  de  quelques-uns  de  ces  instruments,  et  loue  l’em¬ 
ploi  de  toutes  les  machines  qui  sont  conformes  à  la  structure 
du  corps;  il  relève  une  fiwi/?  d’erreurs  touchant  l’ostéologie 
ou  le  traitement  des  luxations.  On  voit  par  toutes  ces  cita¬ 
tions  combien  la  médecine  était  pratiquée,  combien  d’hom¬ 
mes  s’en  occupaient,  et  combien  les  écrivains  qui  forment  la 
Collection  hippocratique,  faisaient  attention  à  la  pratique  de 
leurs  confrères,  soit  pour  l’approuver ,  soit  pour  la  blâmer. 

De  tous  ces  médecins,  praticiens  ignorés  d’une  époque 
aussi  reculée,  deux  seulement  sont  nommés  :  ce  sont  Pro- 
dicus  et  Pythoclèsv  II  est  dit  dans  le  Sixième  livre  des  épidé - 
mies  que  Prodicus  causait  la  mort  des  fébricitants  en  les  sou¬ 
mettant  à  des  marches  et  à  des  exercices  forcés.  On  a  beaucoup 
douté  s’il  fallait  écrire  Prodicus  ou  Hérodicus;  mais  comme  il  y 
a  eu  un  Prodicus  vers  ce  temps,  et  qu’Hérodicus  n’appliquait 


52  INTRODUCTION. 

]a  méthode  de  l’exercice  qu’aux  maladies  chroniques ,  il  est 
probable  que  la  critique  de  l’auteur  hippocratique  s’adresse , 
non  au  second ,  mais  au  premier.  Il  est  remarqué  dans  le 
Cinquième  livre  et  dans  le  Septième  des  épidémies  que  Pytho- 
clès  donnait  à  ses  malades  du  lait  étendu  de  beaucoup  d’eau. 
Cette  pratique  n’est  ni  louée  ni  blâmée ,  mais  dans  un  apho¬ 
risme  on  spécifie  tous  les  cas  de  maladies  fébriles  où  le  lait 
est  contre-indiqué. 

A  côté  des  remarques  sur  la  pratique  journalière  des  mé¬ 
decins  se  trouvent ,  dans  la  Collection  hippocratique ,  des 
traces  d’une  polémique  assez  étendue  contre  les  écrits  médi¬ 
caux  de  cette  époque.  La  plus  remarquable,  sans  contredit , 
est  celle  par  laquelle  débute  l’auteur  du  Traité  du  régime  dans 
les  maladies  aiguës.  Elle  est  dirigée  contre  un  livre  célèbre 
alors ,  les  Sentences  cnidiennes ,  et  contre  l’école  de  Cnide. 
Dans  le  Traité  de  V ancienne  médecine ,  on  blâme  les  méde¬ 
cins  qui  établissent  leurs  raisonnements  sur  l’hypothèse  d’une 
seule  qualité  élémentaire,  et  qui  fondent  la  pratique  de 
l’art  sur  cette  nouvelle  manière  de  raisonner.  L’auteur  du 
Régime  mentionne  les  écrits  antérieurs  sur  le  même  sujet,  et 
déclare  qu’il  ne  s’est  mis  à  l’œuvre  que  pour  combler  les  la¬ 
cunes  que  ces  livres  laissaient.  Ce  dont  il  se  vante  surtout , 
c’est  d’éclairer  les  signes  qui  se  déclarent  antérieurement 
aux  maladies.  L’auteur  du  Premier  livre  des  maladies  sou¬ 
tient  que  le  temps  qui  en  règle  le  cours  n’èst  pas  aussi  précis 
que  quelques-uns  le  prétendent  :  phrase  qui  semble  être  une 
restriction  à  la  théorie  sur  les  jours  critiques  -,  et  celui  du 
Deuxième  livre  des  prorrhétiques  se  refuse  à  croire  tout,  ce 
qu’on  lit  dans  les  livrés  sur  l’exactitude  avec  laquelle  on  peut 
discerner  les  moindres  écarts  de  régime  dans  un  homme ,  et 
prédire  avec  toute  certitude  ce  qui  va  arriver  dans  le  cours 
des  maladies.  Souvent  des  locutions  sont  blâmées,  et  l’au- 


LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  53 

teur  ne  les  emploie  que  pour  se  conformer  à  l’usage  ;  en 
plusieurs  endroits  on  parle  de  ceux  qui  sont  en  dehors  de  la 
médecine,  ce  qui  prouve  que  les  médecins  formaient  vrai¬ 
ment  un  corps. 

Il  est  plusieurs  fois  question  des  philosophes  qui  se  livraient 
à  l’étude  de  la  nature;  il  est  parlé  d’écrits  sur  cet  objet,  où 
l’on  prétendait  que  le  cerveau  était  l’organe  qui  résonnait 
dans  l’audition;  il  est  parlé  encore  de  l’opinion  des  anciens 
sur  le  chaud  et  l’éther.  H  faut  remarquer  que  cette  qualifica¬ 
tion  d’anciens  revient  plusieurs  fois ,  ce  qui  prouve  que  la  lit¬ 
térature  médicale  existait  déjà  depuis  long-temps.  Deux 
philosophes  seulement  y  sont  nommés  ;  l’un  est  Mélissus  de 
l’école  éléatique,  cité  dans  le  Traité  de  la  nature  de  F homme, 
l’autre  est  Empédocle,  dans  le  Livre  de  V ancienne  médecine . 
Un  vers  d’Homère  est  rapporté  dans  le  Livre  des  articula¬ 
tions ;  et  ce  vers  ne  se  retrouve  plus  dans  les  œuvres  de  ce 
poète  telles  que  nous  les  possédons  aujourd’hui.  Un  seul  livre 
est  cité  par  son  titre  :  c’est  celui  des  Sentences  cnidiennes.  II 
y  est  question  de  deux  éditions  de  cet  écrit. 

Les  traces  d’études  sur  la  matière  médicale  et  la  pharmacie 
sont  fort  nombreuses.  On  vante  à  cet  égard  les  progrès  de  la 
médecine,  et  on  exhorte  le  jeune  médecin  à  graver  dans  sa 
mémoire  ce  qui  est  écrit  sur  les  vertus  des  médicaments;  on 
parle  de  breuvages  préparés  d’après  la  formule;  plusieurs 
passages  indiquent  des  traités  de  thérapeutique  où  les  re¬ 
mèdes  étaient  rangés  d’après  leurs  effets  réels  ou  prétendus. 
C’est  ainsi  que  l’on  cite  des  médicaments  propres  aux  mala¬ 
dies  de  la  matrice  ou  destinés  à  étancher  le  sang.  Déjà  cer¬ 
tains  remèdes  portent  des  noms  particuliers  qui  ne  sont  autre 
chose  que  des  désignations  usitées  parmi  les  médecins  et  les 
pharmaciens  ;  et  quand  on  dit  dans  le  Premier  livre  des 
maladies  des  femmes  qu’il  faut  broyer  une  certaine  substance 


54  INTRODUCTION. 

comme  on  broie  un  médicament,  cela  indique  certaines  régies 
pour  des  procédés  pharmaceutiques. 

L’examen  minutieux  de  ce  que  l’on  pourrait  appeler  les 
sources  de  la  Collection  hippocratique  nous  a  montré  que  les 
auteurs  qui  y  figurent  avaient  puisé,  et  dans  une  littérature 
déjà  riche ,  et  dans  la  pratique  d’un  corps  médical  déjà  nom¬ 
breux.  A  l’époque  où  Hippocrate  et  ses  successeurs  ont  écrit, 
la  Grèce  possédait  beaucoup  de  livres  sur  la  médecine;  l’en¬ 
seignement  en  était  répandu  ;  un  grand  nombre  de  praticiens 
étaient  disséminés  dans  le  pays,  et  ils  agitaient  entre  eux , 
soit  de  Vive  voix,  soit  par  écrit,  des  questions  variées  de 
théorie  et  de  pratique.  L’étude,  sous  ce  point  de  vue,  de  la 
Collection  hippocratique ,  nous  a  donné  quelques  aperçus 
sur  l’état  de  la  science  et  sur  le  public  médical  qui  la  cultivait, 
et  surtout  elle  a  grandement  changé  l’idée  qu’on  se  fait  ordi¬ 
nairement  de  la  position  d’Hippocrate  dans  la  médecine 
grecque.  En  consultant  les  écrits  hippocratiques,  seuls  dignes 
de  foi  en  cela,  et  corroborés  en  outre  par  les  témoignages 
des  écrivains  contemporains ,  on  le  voit  placé  au  milieu  d’un 
mouvement  scientifique  qui  a  commencé  avant  lui ,  auquel  il 
prend  une  part  active ,  et  qui  se  développe  avec  vigueur  et 
plénitude  long-temps  encore  après  sa  mort. 

La  Collection  hippocratique  porte  en  son  propre  sein  l’in¬ 
dice  des  travaux  qui  furent  exécutés  alors,  et  la  trace 
des  pertes  que  nous  avons  faites  ;  confirmant  ainsi  le  résultat 
déjà  obtenu  par  l’examen  des  sources  elles-mêmes  où  ont 
puisé  les  auteurs  hippocratiques.  Leurs  œuvres  n’ont  pas  été 
moins  maltraitées  que  les  œuvres  des  autres  médecins  de 
leur  temps;  de  telle  sorte  que  la  Collection  hippocratique, 
qui  n’est  déjà  qu’un  fragment  de  la  littérature  médicale  de 
cette  époque ,  n’est  à  son  tour  qu’un  fragment  des  produc- 


55 


LIVRES  HIPPOCRATIQUES. 

lions  d’une  école  dont  quelques  livres  seulement  nous  sont 
arrivés  sous  le  nom  commun  d’Hippocrate. 

II  est  question,  dans  plusieurs  endroits  de  la  Collection,  de 
traités  qui  sont  anéantis,  et  qui  le  sont  depuis  bien  long¬ 
temps  ;  car  ni  Galien,  ni  Erotien,  ni  les  critiques  plus  reculés 
de  l’école  d’Alexandrie,  ne  les  ont  jamais  vus  ou  connus. 
Tout  cela  avait  péri  dans  l’intervalle  qui  sépare  Hippocrate 
de  la  fondation  des  grandes  bibliothèques;  les  ouvrages  dont 
les  titres  sont  cités  dans  la  Collection,  et  d’autres  sans  doute 
qui  ne  le  sont  pas,  n’ont  eu  qu’une  existence  éphémère,  et 
il  leur  est  arrivé,  ce  qui  est  arrivé  si  souvent  aux  livres  de 
l’antiquité,  d’être  détruits  avant  d’avoir  été  multipliés  par  les 
copies.  Pour  ces  ouvrages  hippocratiques,  il  ne  faut  pas  en 
accuser  l’incendie  de  la  bibliothèque  d’Alexandrie;  ils  n’exis¬ 
taient  déjà  plus  au  moment  où  cette  bibliothèque  fut  établie. 

Le  médecin  auteur  du  Livre  des  articulations  annonce 
plusieurs  ouvrages.  Il  parle  d’un  Traité  sur  les  frictions 1  ;  il 
promet  d’exposer  la  texture  des  glandes ,  leur  position ,  leurs 
signes  et  leurs  actions  2,  d’expliquer,  pour  une  espèce  par¬ 
ticulière  de  tumeurs ,  dans  quel  cas  il  faudra  avoir  recours  à 
l’incision  3,  de  traiter  des  déviations  de  la  colonne  vertébrale, 
en  traitant  des  affections  chroniques  des  poumons  4 ,  de  dé¬ 
montrer  les  communications  des  veines  et  des  artères,  le 


1  AXXà  SiopsïTcct  ■fjfxïv  îcepl  àvxrpi^toç  êv  aXXto  Xoyw.  p.  475, 
Ed.  Frob. 

1  n£p\  âSsvcdv  ouXopteXwjç  Y£YP<*4l£Tat  >  ^Tl  T£  £tat  ■>  xai  0ia  £V 

oÏoigi  aripLaivoudi  te  xal  SuvavTat.  p.  476,  Ed.  Frob. 

3  m?\  toutwv  (Ya*nXicooéb)v)  h  aXX a>  Xo^cp  yerpâJiG-nu.  P* 

Ed.  Frob. 

4  ’AXXa  TOp\  tû'jtojv  iv  zolai  ypovîotai  xaxà  rvsutxova  voffqpaatv  £i- 

p^ïîxat.  p.  484,  Ed.  Frob. 


INTRODUCTION, 

point  d’où  elles  partent,  et  l’action  qu’elles  exercent 1 ,  d’en¬ 
trer  dans  des  détails  sur  la  nature  de  l’intestin  et  de  l’abdo¬ 
men  tout  entier ,  sur  les  voyages  et  les  distensions  de  la  ma¬ 
trice2.  Toutes  ces  promesses  ont  été  sans  doute  remplies  ;  ces 
écrits  ont  été  composés  et  ont  servi  à  renseignement  de  la 
médecine  dans  les  écoles  de  Cos.  Mais  ils  n’èn  ont  pas  dépassé 
l’enceinte ,  et  au  moment  où  le  zèle  de  recueillir  des  livres  se 
développa ,  au  moment  où  l’on  s’occupa  de  les  multiplier , 
ceux-là  n’existaient  plus. 

Il  en  faut  dire  autant  des  traités  composés  par  l’auteur  du 
Second  livre  des  prorrhêtiques  :  ni  l’ouvrage  sur  les  collec¬ 
tions  purulentes  du  poumon  (  pour  parler  le  langage  médical 
de  cette  époque  s),  ni  celui  sur  les  maladies  aiguës4,  ni  celui 
qui  concernait  les  fièvres  nées  spontanément  et  sans  causes 
évidentes5,  et  qui  comprenait  sans  doute  aussi  l’exposition 
des  crises  6 ,  ni  celui  sur  les  diverses  espèces  d’ophthalmie  7, 
ne  sont  parvenus  jusqu’aux  commentateurs  de  l’école  d’A¬ 
lexandrie.  C’étaient  là  des  traités  considérables  sur  des  ques- 

1  Al  8k  cpXsêwv  xat  àpTTjptMv  xoivamàt  Iv  ê-rspai  Xôyco  SsSrjXtoaov- 
v aï-  p.  485,  Ed.  Frob. 

s  Kat  xaxà  ty)v  tou  ivrépou  ouatv  xat  xa Ta  tt,v  tt*ç  çup.7taarç 
xoiXtrjç,  xat  xaxà  toc?  twv  ôarepétov  7rXavaç  xat  ijuvTaataç  •  aXXà 
7rsp\  {xêv  TOuTtov  iTeptoôt  Xoyoç  serrai  fjSeXepiffpivoç  Toïat  vûv  Xsy otis- 
votatv.  p,  49%  Ed.  Frob. 

3  Arrsp  Trspl  Ttov  ijjtjcutriv  fypaepov.  p.  416,  Ed.  Frob. 

4  °A  Iv  Totctv  oçefft  vouertiptaotv  fypa^a.  p.  418,  Ed.  Frob. 

5  Qç  Iv  Total  7rupeT0tat  Siaysycarrrat ,  Totatv  avs»  rrpo çàaswv  lu.- 
cpavswv  yivo4usvoiai.  p.  41 8,  Ed.  Frob. 

At  8s  xptatsç  wç  Iv'  TOtat  7rupsT0tatv  eypat^a.  p.  420,  Ed. 
Frob. 

7  ^  twv  ocpÔaXpuwv,  a>ç  otaysyparrrat  I©’  exot- 

xTr,ct.  p.  420,  Ed.  Frob. 


LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  57 

tions  importantes  de  théorie  et  de  pratique.  On  a,  dans  cette 
énumération  de  titres,  l’énumération  de  grands  travaux  aux* 
quels  se  livra  l’antique  médecine.  Tout  ce  qui  fut  fait  alors 
composerait  une  bibliothèque  5  nous  n'en  avons  que  des  feuil¬ 
lets  dépareillés. 

L’auteur  du  Traité  des  affections,  faisant,  de  son  côté,  de 
fréquents  retours  sur  ses  propres  compositions,  nous  apprend 
quels  étaient  les  sujets  qui  occupaient  la  médecine  d’alors.  Il 
avait  composé  des  traités  spéciaux  sur  les  collections  puru¬ 
lentes  du  poumon ,  sur  les  phthisiques ,  sur  les  maladies  des 
femmes1,  sur  les  yeux2,  sur  la  fièvre  tierce  et  la  fièvre 
quarte  3.  Mais  le  livre  qu’il  cite  le  plus  souvent,  et  auquel  il 
renvoie  incessamment  ses  lecteurs ,  est  un  livre  de  pharma¬ 
cologie.  A  la  plupart  des  maladies  qu’il  énumère ,  il  ajoute 
qu’il  faut  donner  le  remède  comme  il  est  prescrit  dans  le 
Traité  des  remèdes  4.  De  pareils  traités  ont  toujours  été  né¬ 
cessaires  à  l’exercice  de  la  médecine  ;  et  ils  ne  manquaient 
pas  à  cette  époque.  L’auteur  du  Traité  des  affections  internes 
fait  aussi  quelques  allusions  à  un  livre  semblable  5. 

L’auteur  du  Quatrième  livre  des  maladies ,  qui  se  cite  sou¬ 
vent  lui-même  (  et  nous  possédons  plusieurs  de  ces  traités 
cités,  les  livres  de  la  Génération ,  de  la  Nature  de  V enfant , 
et  des  Maladies  des  femmes),  fait  allusion  à  un  écrit  sur  la 

1  IIXr)v  7cep\  itATruwv  xat  çOtvovctûv  xat  twv  yuvatxstwv.  T aura  foc  p 
ywpiç  Ysypotysrat.  p.  184,  Ed.  Frob. 

a  nXrjV  ôçOaXpitov  lau-a  81  tSCcoç  ysypà^srat.  p.  180,  Ed. 
Frob. 

3  Atari  81  ô  TptTaîoç  xal  ô  TSTapxaïoç  êTsptoQt  p.ot  ygypaTTrat. . 
p.  182,  Ed.  Frob. 

4  AtSovat  &TEp  iv  tt}  çapp.axt'Ctût  Ysyparrcat.  p.  1 80.  Ed.  F rob. 

5  IL'vav  otoovat  â  xat  tw  (rrpayyouptwvTt.  p.  196,  et  ailleurs. 


58 


INTRODUCTIONS . 


peripneumonie  qui  n’a  pas  atteint  l’époque  de  la  fondation  de 
l’école  alexandrineL 

Le  Traité  de  la  naissance  à  sept  mois  est  mutilé ,  la  fin 
manque;  l’auteur  devait  écrire  sur  les  corps;  il  l’annonce 
mais  cela  a  péri 2. 

L’auteur  du  Traité  de  la  nature  humaine  annonce  qu’ii 
expliquera  les  périodes  des  jours  critiques5,  et  qu’il  a  ex¬ 
pliqué  ce  qui  a  rapport  à  chaque  âge ,  à  chaque  saison ,  à 
chaque  constitution  et  à  chaque  maladie  4. 

Dans  le  livre  qui  est  intitulé  Du  médecin ,  et  qui  est  relatif 
surtout  à  la  chirurgie,  il  est  question  de  plusieurs  écrits  éga¬ 
lement  perdus  dès  la  plus  haute  antiquité.  Ce  sont  :  un  livre 
sur  les  médicaments  qui  ont  la  propriété  de  procurer  la  ma¬ 
turation5,  un  livre  sur  les  caractères  des  ulcères6,  et  un 
livre  sur  la  chirurgie  militaire  7. 

Enfin,  l’auteur  de  l’opuscule  sur  l’Art  renvoie  ailleurs  l’exa¬ 
men  d’une  question  de  philosophie  sur  ce  qui,  dans  les  noms 
et  les  idées  des  choses,  est  l’œuvre  de  l’esprit  humain  ou 
l’empreinte  même  de  la  nature 8. 

1  KaXXtov  Si  jj.01  Tcspt  toutou  Iv  T?j  ‘jrepwrXeuftavwi  SeS^XtoTai. 
p.  177,  Ed.  Frob. 

2  Ta  yàp  IttI  ciwpiaffi  tocSs  ypdtyw.  p.  46.  Ed.  Frob. 

3  Trjv  Ss  Tcspiooov  atjQiç  çpacw  tJjv  twv  ^jxspswv.  p.  22,  Ed. 
Frob. 

4  QcTzsp  fjiorxal  iraXat  etp^Tat  Trpoç  ixdoTaç  twv  ^Xtxtewv  xa î 
tSv  ôps tov  xat  twv  toe'wv  xai  twv  vo'owv.  p.  22,  Ed.  Frob. 

5  Ta  os  IxTTg^at  Suvafxsva  éptaXwç  Iv  iTepoiç  sipvjTai.  p.  14,  Ed. 
Frob. 

6  Toutwv  Iv  STepoiç  <7r,txsîa  SeSîîXwrai.  p.  14,  Ed.  Frob. 

7  Dept  os  toutswv  airavTwv  (  les  blessures  par  armes  de  guerre  ) 
Iv  ÉTspotç  Ysypapiptivov  lartv.  p.  14,  Ed.  Frob. 

8  Efept  piv  ouv  toutwv,  et  yé  tiç  [A?]  txavwç  lx  twv  sïp^pievwv  |uv- 
t-/î<rtv,  Iv  dXXoïç  av  Xoyotç  aacpécrepov  otoa^Ostr).  p.  1 ,  Ed.  Frob. 


LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  59 

On  voit  combien  est  longue  cette  liste  de  traités  dis¬ 
parus  avant  que  la  Collection  hippocratique  ne  fût  for¬ 
mée,  à  combien  d’objets  divers  l’étude  avait  été  appliquée, 
et  combien  peu  il  a  été  conservé  de  cette  littérature, 
même  en  la  restreignant  à  l’école  de  Cos,  école  dont  il 
est  le  plus  resté.  Galien,  en  commentant  le  Traité  des  arti¬ 
culations ,  fut  frappé,  lui  aussi,  de  ces  pertes  nombreuses: 
«  Hippocrate,  dit-il,  a  annoncé,  dans  ce  traité,  plusieurs 
«  ouvrages  qui  n’existent  plus  aujourd’hui.  Ou  il  ne  les  a  pas 
«  composés,  ou  ils  ont  péri  ainsi  qu’il  est  arrivé  à  beaucoup 
«  d’autres  livres  anciens.  Plusieurs  auteurs  ont  écrit  sur  ces 
«  pertes  *.  »  Il  ajoute  qu’il  est  parlé,  à  la  vérité,  des  collec¬ 
tions  purulentes  de  la  poitrine  dans  le  Livre  des  affections 
internes  et  dans  le  Premier  livre  des  maladies  ,*  mais  que , 
dans  aucun  de  ces  livres ,  il  n’y  a  correspondance  exacte  avec 
les  indications  du  Traité  des  articulations.  L’insertion  de 
fragments  appartenant  à  différents  auteurs,  le  renvoi  fréquent 
à  des  compositions  qui  n’existent  plus,  tout  explique  com¬ 
ment  il  se  fait  que  cette  Collection  présente  tant  de  décousu. 

Je  [ne,  peux  pas  mieux  terminer  des  recherches  qui  si¬ 
gnalent  l’état  florissant  de  cette  antique  médecine,  que  par 
une  citation  où  Galien  en  rappelle  toute  la  richesse  :  J’hé- 
«  siterais,  dit-il,  à  écrire  un  livre  sur  la  méthode  théra- 
«  peutique  que  les  anciens  ont  commencée ,  et  que  leurs  suc- 
«  cesseurs  ont  essayé  d’achever.  Jadis  il  existait  entre  les 
«  écoles  de  Cos  et  de  Cnide  une  lutte  à  qui  l’emporterait  par 
«  le  nombre  des  découvertes.  Car  les  asclépiades  d’Asie 
«  étaient  divisés  en  deux  branches  après  l’extinction  de  la 
«  branche  de  Rhodes.  A  cette  lutte  honorable  prenaient  part 
«  aussi  les  médecins  de  l’Italie,  Philistion,  Empedccle,  Pau- 
«  sanias  et  leurs  disciples;  de  telle  sorte  que  trois  écoles  ad-- 

1  Tom.  v,  p.  614,  Ed.  Basil. 


60 


1NTRODÜCTION. 


«  mirables  se  disputaient  la  prééminence  dans  la  médecine. 

«  Celle  de  Cos  se  trouva  avoir  les  disciples  les  plus  nombreux 
«  et  les  meilleurs*,  celle  de  Cnide  la  suivit  de  près  ;  et  l’école 
«  d’Italie  ne  fut  pas  non  plus  sans  gloire 4.  » 

Plusieurs  critiques,  dans  l’antiquité,  et  surtout  dans  les 
temps  modernes,  ont  incliné  à  croire  que  certains  des  écrits 
contenus  dans  la  Collection  hippocratique  avaient  été  suppo¬ 
sés  par  des  faussaires  a  l’époque  où  les  rois  d’Egypte  et  de 
Pergame  rivalisaient  entr’eux  pour  l’achat  des  livres,  et  les 
payaient  très  cher.  Cette  assertion ,  contredite  par  plusieurs 
témoignages  directs,  l’est  formellement  aussi  par  les  allu¬ 
sions  fréquentes  que  les  auteurs  des  ouvrages  existants  au¬ 
jourd’hui  font  à  des  ouvrages  perdus.  Bien  ne  prouve  mieux 
que  ce  sont  véritablement  des  médecins  d’un  temps  antérieur 
à  la  formation  des  grandes  bibliothèques  qui  ont  composé 
ces  livres.  Un  faussaire  n’aurait  pu  songer  à  cette  variété  de 
citations  ;  il  n’y  aurait  pas  vu  un  moyen  de  donner  plus  de 
créance  à  ses  suppositions  ;  et  s’il  avait  cru  utile  de  recourir 
à  cet  artifice, il  aurait  bien  plutôt  cité  des  ouvrages  existants, 
afin  que  ces  renvois  de  l’un  à  l’autre  fortifiassent  l’authenti¬ 
cité  des  ouvrages  qu’il  attribuait  à  Hippocrate.  Et  en  effet,  le 
faussaire  qui  a  composé  la  correspondance  du  médecin  de 
Cos  avec  Artaxerce  et  Démocrite  n’y  a  pas  manqué.  Il  cite  le 
Pronostic ,  le  Livre  du  régime  dans  les  maladies  aiguës ,  le 
Prorrhélique ,  et  il  essaie  par  ce  moyen  de  donner  à  ses  frau¬ 
des  un  caractère  de  vérité.  Mais  les  véritables  médecins  dont 
les  écrits  ont  été  conservés  dans  la  Collection  hippocratique  se 
réfèrent  à  d’autres  ouvrages  qu’ils  avaient  composés ,  et  qui 
étaient  déjà  détruits  au  moment  où  les  bibliothèques  recueil¬ 
lirent  ceux  qui  subsistent  encore  aujourd’hui.  L’auteur  seul 

1  Tom.  iv,  p .  55,  Ed.  Basil. 


LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  6l 

des  Traités  sur  la  génération  de  V enfant,  sur  les  maladies  des 
femmes ,  etc. ,  fait  des  allusions  de  l’un  à  l’autre,  mais  il  ne 
les  cite  même  pas  sous  le  titre  qu’ils  portent  aujourd’hui ,  et 
il  use,  pour  les  désigner,  de  quelques  variétés  de  langage  qui 
ne  peuvent  appartenir  qu’à  l’auteur  lui-même.  Un  faussaire 
citerait  les  titres  avec  une  exactitude  scrupuleuse. 

A  ces  arguments  il  faut  joindre  ceux  que  fournissent  les 
livres  qui  ne  sont  évidemment  que  des  notes  jetées  sans 
ordre,  que  des  observations  décousues,  que  des  souvenirs 
déposés  pour  être  consultés  ou  pour  servir  de  matériaux  à 
d’autres  ouvrages.  Cinq  livres  des  Épidémies  sur  sept,  le 
Traité  des  humeurs ,  la  fin  du  Traité  sur  le  régime  dans  les 
maladies  aiguës ,  etc. ,  ne  sont  pas  autre  chose.  Les  idées  s’y 
succèdent  sans  avoir  aucune  liaison  les  unes  avec  les  autres  -, 
les  phrases  souvent  ne  sont  pas  faites 5  quelques  mots  seule¬ 
ment  sont  écrits,  qui  aidaient  l’auteur  à  se  rappeler  sa  pen¬ 
sée,  mais  qui  sont,  dans  beaucoup  de  cas,  des  énigmes 
presque  indéchiffrables.  On  conçoit  cela  très  bien ,  si  on  con¬ 
sidère  ces  compositions  comme  des  recueils  de  notes  que  les 
auteurs  gardaient  pour  leur  usage,  et  qui  n’étaient  pas  des¬ 
tinés  à  voir  le  jour  5  mais  cela  ne  se  conçoit  plus  si  on  veut  y 
voir  de  véritables  livres.  Qui,  en  effet,  se  serait  jamais  ima¬ 
giné  de  publier  sous  son  nom  des  œuvres  si  informes  où 
nombre  de  phrases  se  prêtent  à  plusieurs  interprétations 
sans  qu’on  soit  jamais  bien  sûr  d’avoir  rencontré  la  bonne  ? 
Admettra-t-on  que  la  même  main  qui  avait  tracé  les  livres  si 
clairs,  si  corrects,  si  élégants  sur  le  Pronostic  et  sur  les  airs , 
les  eaux  et  les  lieux ,  se  soit  complue  à  accumuler  une  série 
incohérente  de  phrases  sans  construction  régulière  et  ache¬ 
vée  ,  accumulation  que  l’on  s’explique  si  l’on  n’y  voit  que 
des  notes?  C’est  l’opinion  que  la  plupart  des  critiques  de  l’an¬ 
tiquité  ont  professée  à  cet  égard.  Us  se  sont  accordés  à  dire 


INTRODUCTION. 


62 

que  les  livres  en  question  n’avaient  jamais  dû  être  publiés 
sous  cette  forme,  mais  que  les  disciples. ou  les  descendants 
de  celui  qui  avait  ainsi  jeté  sans  ordre  ses  réflexions,  avaient, 
après  sa  mort,  publié  l’œuvre  posthume  telle  qu’ils  l’avaient 
trouvée. 

Une  autre  explication  n’est  pas  admissible  sur  la  compo¬ 
sition  même  des  livres  dont  il  s’agit  ici.  Quant  à  la  publica¬ 
tion,  j’essaierai  d’en  déterminer  le  mode  dans  un  des  cha¬ 
pitres  suivants.  En  attendant,  je  prends  acte  de  leur  contexte 
même,  de  leur  incohérence,  de  leur  incorrection,  de  leur 
obscurité ,  du  jugement  unanime  qu’en  ont  porté  les  anciens 
critiques,  pour  faire  observer  que  la  nature  même  de  tous  ces 
défauts  prouve  qu’ils  n’ont  pu  être  l’œuvre  de  quelque  faus¬ 
saire  qui  aurait  voulu,  par  amusement  ou  pour  l’amour  du 
gain ,  supposer  des  écrits  qu’il  aurait  attribués  à  Hippocrate. 
Un  faussaire  s’y  serait  pris  autrement.  Ses  compositions  au¬ 
raient  eu  au  moins  de  la  suite,  et  jamais  il  n’aurait  imaginé  . 
pour  donner  plus  de  créance  à  ses  suppositions,  d’y  jeter  l’in¬ 
croyable  désordre,  l’extrême  incohérence ,  le  décousu  des 
phrases  qui  régnent  dans  tout  le  cours  de  ces  livres.  Il  aur; : 
fait  du  vraisemblable,  il  n’aurait  pas  atteint  le  vrai.  Le  yra i 
ici  réside  dans  une  particularité  qui  ne  pouvait  être  devinée 
avant  un  exemple  :  c’est  que  des  notes ,  sans  liaison  et  sans 
rédaction ,  seraient  livrées  à  la  publicité.  Ajoutons  que  ces 
notes  sont  quelquefois  profondes ,  ingénieuses,  savantes,  e 
toujours  essentiellement  médicales;  autres  conditions  aux¬ 
quelles  un  faussaire  aurait  pu  songer,  mais  qu’il  aurait  été 
incapable  de  remplir. 

Des  noms  de  pays  sont  cités  dans  la  Collection  hippocratiqi 
H  y  est  fait  une  mention  très  fréquente  de  l’île  de  Thasos.  On  y 
trouve  aussi  nommés Àbdère  et  Périnthe  en  Thrace,  Olvnt  1:  e 
dans  la  Chalcidique,  Larisse,  Cranon  et  Phère  enThessalie. 


LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  63 

les  îles  de  Délos,  de  Cos  et  d’Andros;  l’écrivain  parle  des  Palus 
Mœotides,  du  Phase,  des  contrées  du  Pont,  des  Scythes  no¬ 
mades,  comme  ayant  vu  ces  peuples,  ayant  parcouru  ces  ré¬ 
gions.  La  même  remarque  s’applique  aux  Lybiens  et  aux 
Égyptiens.  Il  se  plaît  aussi  à  comparer  les  Européens  et  les 
Asiatiques.  H  cite  les  Macrocéphales.  Dans  un  autre  traité  il 
est  question  du  récit  des  Amazones,  sur  la  vérité  duquel  l’au¬ 
teur  ne  se  prononce  pas.  Un  grand  nombre  de  noms  de  ma¬ 
lades  est  rapporté  ;  leurs  habitations  sont  souvent  décrites  ; 
l’endroit  où  ils  demeurent  est  spécifié 5  en  un  mot,  leur 
adresse  est  véritablement  donnée.  De  tels  détails  impriment 
aux  histoires  des  maladies  un  caractère  évident  de  bonne  foi 
et  d’authenticité  ;  mais  il  n’est  guère  possible  d’en  tirer  aucun 
fruit  pour  distinguer  le  temps  de  la  composition  des  livres , 
et  pour  en  reconnaître  les  auteurs.  Une  date,  l’indication 
d’une  olympiade ,  ou  de  quelqu’un  des  magistrats  des  États 
Grecs,  nous  auraient  été  bien  plus  utiles  pour  toutes  ces  ques¬ 
tions  que  l’adresse  de  tel  malade  qui  demeurait  à  la  porte  de 
Thrace  à  Abdère. 

Quoi  qu’il  en  soit,  ce  ne  sera  pas  sans  fruit  que  nous  au¬ 
rons  ainsi  minutieusement  exploré  la  Collection  hippocra¬ 
tique.  D’abord  on  y  acquiert  la.  preuve  incontestable  qu’au 
temps  où  elle  a  été  composée,  la  médecine  était  très  floris¬ 
sante.  Elle  occupait  une  multitude  d’intelligences;  elle  en¬ 
fantait  une  foule  de  livres;  elle  comptait  un  nombre  infini  de 
praticiens;  elle  était  livrée  à  leurs  débats  et  à  leurs  recher¬ 
ches.  Cette  période  a  été  pour  elle  une  période  d’activité 
dans  laquelle  beaucoup  a  été  fait,  mais  dont  peu  est  resté. 
Ainsi  s’est  continuée ,  sans  relâche  comme  sans  interruption, 
la  culture  de  la  science  que  nous  avons  vue  commencée  avec 
tant  d’ardeur  et  de  succès  bien  avant  Hippocrate.  La  Collec¬ 
tion  qui  est  arrivée  jusqu’à  nous  montre  qu’après  lui  le  zèle 


INTRODUCTION. 


64 

scientifique  n’avait  rien  perdu  de  son  énergie,  ni  le  travail 
de  son  attrait,  ni  la  pratique  de  ses  encouragements. 

Mais  en  même  temps  on  trouve,  dans  cette  Collectionnes 
morceaux  d’auteurs  différents,  Polybe  et  Euryphon,  sans 
compter  Hippocrate;  les  œuvres  d’autres  mains  étrangères , 
sans  aucun  doute ,  y  sont  incorporées.  La  démonstration 
donnée  pour  Polybe  et  pour  Euryphon  ouvre  le  champ  à  la 
critique,  et  lui  permet  de  parler  avec  plus  de  certitude  des 
faux  titres  donnés  à  des  livres  qui  portent  le  nom  d’Hippo¬ 
crate  et  ne  sont  pas  de  lui.  A  côté  de  ces  interpolations  on 
rencontre  des  livres  tronqués  dont  la  fin  manque ,  ou  dont  le 
commencement  a  disparu.  Puis  viennent  des  notes  publiées 
sans  choix  et  sans  rédaction.  On  aperçoit  la  contrariété  des 
doctrines,  la  différence  des  styles;  on  reconnaît  des  em¬ 
prunts  de  ces  livres  l’un  sur  l’autre.  Ces  emprunts  sont  en 
trop  grand  nombre  pour  être  énumérés  ici;  et,  au  point  où 
nous  sommes  arrivés  en  ce  moment,  nous  n’avons  pas  les 
moyens  de  distinguer  quel  est  l’emprunteur,  quel  est  le  prê¬ 
teur,  et  dans  quel  cas  un  même  auteur  répète  et  reproduit 
ses  propres  idées. 

De  ce  point  de  vue,  la  Collection  hippocratique  est  un  chaos; 
au  milieu  apparaissent  des  parties  d’une  conservation  par¬ 
faite,  tandis  que  d’autres  ne  sont  que  ruine  et  fragments. 
Tous  nos  efforts  doivent  tendre  à  nous  y  reconnaître ,  à  y 
remettre  de  l’ordre  ;  car,  a  dit  Bacon,  Citius  emergit  veritas 
ex  errore  quant  ex  confusione.  Si  nous  n’appelions  pas  d’ail¬ 
leurs  des  lumières  qui  nous  éclairassent ,  si  nous  nous  con¬ 
tentions  des  seules  ressources  que  nous  fournirait  une  médi¬ 
tation  assidue  des  textes  hippocratiques,  nous  arriverions 
sans  doute  à  obtenir  quelques  résultats  qui ,  bien  que  proba¬ 
bles  en  eux-mêmes,  resteraient  encore  sujets  au  doute  et  à  la 
contestation;  et,  dans  tous  les  cas,  ils  ne  dépasseraient  ja- 


LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  65 

mais  une  limite  étroite.  Il  faut  donc  examiner  avec  soin  les 
écrits  anciens  qui  nous  sont  parvenus,  et  leur  demander 
un  complément  d’instruction  qui  permette  à  la  critique  de 
porter  un  jugement  plus  précis  sur  l’importante  question 
littéraire  qui  lui  est  soumise.  Voici,  en  effet,  le  point  de  la 
difficulté  :  Les  livres  qui  remontent  à  une  haute  antiquité , 
n’ont  une  authenticité  inattaquable,  dans  leur  existence,  que 
lorsqu’ils  sont  cités  dès  leur  origine ,  dans  le  détail  de  leur 
texte,  que  lorsqu’ils  sont  commentés.  Or,  l’ensemble  des 
œuvres  hippocratiques  n’a  été  cité  par  personne  dans  l’in¬ 
tervalle  qui  sépare  Hippocrate  de  l’établissement  de  l’école 
d’Alexandrie  :  et  quant  à  son  texte,  cet  ensemble  n’a  été 
commenté  que  par  les  disciples  immédiats  d’Hérophile,  à  part 
un  seul  traité  (le  Pronostic ),  commenté  un  peu  auparavant. 
Ainsi  l’existence  de  la  Collection  ne  devient  positive,  le  texte 
n’en  devient  assuré  que  dans  la  génération  qui  a  suivi  Héro- 
phile.  Cette  Collection  peut  être  plus  ancienne,  mais  elle  ne 
peut  pas  être  plus  moderne  $  c’est  là  une  limite  que  j’indique 
d’avance,  et  que  la  suite  de  ce  travail  mettra  hors  de  toute 
contestation.  Maintenant,  on  le  voit,  si  l’on  veut  pénétrer 
plus  avant,  et  essayer  de  distinguer  dans  la  Collection  même, 
les  écrits  qui  sont  vraiment  d’Hippocrate,  ce  sont  les  témoi¬ 
gnages  antérieurs  qu’il  s’agit  de  recueillir  et  de  peser.  Ils  ne 
porteront  pas,  il  est  vrai,  sur  l’ensemble  de  la  Collection, 
mais  ils  porteront  sur  quelques  livres  en  particulier;  et  ces 
livres  fourniront  un  point  fixe  à  la  critique. 


CHAPITRE  IV. 


TÉMOIGNAGES  SUR  HIPPOCRATE  ET  SES  ÉCRITS,  ENTRE  L’ÉPOQUE 
OU  IL  A  FLEURI  ET  CELLE  DE  L’ÉTABLISSEMENT  DE  l’ÉCOLE 
d’alexandrie. 


La  date  de  ces  témoignages  en  fait  l’importance  d’autant 
plus  grande ,  qu’ils  sont  plus  rares.  En  effet ,  c’est,  ainsi  que 
je  l’ai  dit  plus  haut ,  dans  cet  intervalle  que  se  trouve  une 
lacune  immense  dans  la  littérature  médicale.  Le  livre  des 
Sentences  cnidiennes ,  les  ouvrages  de  Philistion,  de  Ctésias. 
de  Dioclès ,  de  Praxagore ,  de  Dieuchès ,  de  Philotimus ,  et 
de  tant  d’autres ,  ont  péri  -,  et  cette  destruction  nous  laisse 
sans  points  de  comparaison  avec  les  écrits  qui  constituent  la 
Collection  hippocratique.  Il  devait  y  avoir  ou  des  mentions 
nominatives  de  l’asclépiade  de  Cos ,  ou  des  désignations  de 
ses  livres ,  ou  des  imitations  -,  et  tout  cela  nous  fournirait  des 
indices  utiles  pour  la  classification  de  ce  que  nous  possédons 
aujourd’hui  sous  son  nom.  Le  peu  qui  nous  reste  des  témo;  - 
gnages  de  cette  littérature  détruite,  concernant  Hippocrate 
doit  être  recueilli  avec  le  plus  grand  soin,  et  examiné  atten¬ 
tivement  ,  afin  qu’aucune  des  notions  positives  qui  y  sont 
renfermées  ne  nous  échappe. 

Ces  témoignages  s’étendent  de  Platon  au  commencement 
des  écoles  alexandrines ,  et  comprennent  ainsi  un  espace 
d’au  moins  120  ans.  Ils  sont  au  nombre  de  dix.  Ce  sont 
ceux  de  Platon ,  Ctésias,  Dioclès,  Aristote,  Hérophile, 
Dexippe,  Apollonius,  Érasistrate,  Xénophon  de  Cos,  et 


DES  PLUS  ANCIENS  TEMOIGNAGES.  67 

Mnésithée.  Les  cinq  premiers  ont  nommé  Hippocrate; 
Dexippe  et  Apollonius  ont  été  ou  se  sont  dits  ses  disciples  -, 
on  conclut,  par  des  raisonnements ,  qu’Érasistrate ,  Xéno- 
phon  de  Cos  et  Mnésithée  l’ont  cité. 

Je  ne  reviendrai  pas  sur  ce  que  j’ai  déjà  dit  de  Platon. 
Il  a  été  contemporain  d’Hippocrate-,  il  l’a  lu,  consulté, 
cité  -,  son  témoignage  est  inappréciable  dans  la  question 
qui  nous  occupe;  dès  ce  temps-là;  Hippocrate  avait  une 
réputation  dans  la  Grèce,  et  ses  livres  étaient  arrivés  jusque 
dans  Athènes  et  dans  le  jardin  de  l’Académie. 

Jeme  contente  donc  de  rappeler  les  deux  citations  où  Platon 
nomme  et  désigne  Hippocrate,  de  Cos,  fils  des  Asclépiades  : 
nous  savons  qu’il  l’a  connu  et  qu’il  a  lu  ses  écrits ,  de  sorte 
que,  si  nous  trouvons,  dans  les  livres  de  Platon,  des  ressem¬ 
blances,  avec  les  livres  hippocratiques,  il  sera  permis  d’ad¬ 
mettre  que  le  philosophe  a  copié  le  médecin.  Or,  il  y  aurait 
un  long  chapitre  à  faire  sur  les  conformités  qui  se  trouvent, 
pour  toutes  sortes  d’opinions  physiologiques  et  médicales, 
entre  la  collection  des  Dialogues  de  Platon ,  et  la  Collection 
hippocratique.  M.  Thiersch,  dans  une  dissertation  particu¬ 
lière  1,  a  touché  ce  sujet;  il  a  fait  voir  que,  lorsque  Platon  dit 
que  la  médecine  consiste  dans  la  connaissance  de  ce  qui, 
dans  le  corps,  désire  la  réplétion  ou  l’évacuation2,  il  exprime 
une  doctrine  purement  hippocratique.  J’ajouterai  encore 
quelques  exemples;  Platon  dit  :  «  Les  médecins  pensent  que 
«  le  corps  ne  peut  profiter  de  la  nourriture  qu’autant  que  les 
«  embarras  en  ont  été  expulsés,  comme  l’âme  ne  peut  pro- 

1  Specimen  Editionis  Symposii  Platonis  ;  Gottingae,  1808. 

*  yE<7Ti  yàp  ïaTptxr) ,  wç  Iv  xeçaXaiw  etTtetv,  twv  tov 

cwp.aTo;  Ipwxtxwv  Trpoç  77X71  <jt/.ov^v  xai  xsvwaiv.  t.  7,  p.  229,  Ed. 
Taucli.,  p.  186,  Ed.  H.  Steph. 


INTRODUCTION. 


68 

((  fiter  des  enseignements  sans  être  purifiée  L  »  C’est  l’apho¬ 
risme,  que,  plus  on  nourrit  un  malade,  plus  on  lui  fait  du, 
mal.  La  constitution  des  athlètes,  dit  Platon,  est  dangereuse 
pour  la  santé  (açaXspa  xpoç  vyUia.v)1  2 3 *.  C’est  encore  un  apho¬ 
risme  ,  où  il  est  dit  que ,  dans  les  hommes  livrés  aux 
exercices,  l’excès  de  la  vigueur  est  dangereux  ;  les  termes 
sont  presque  les  mêmes  (at  ère’  axpov  eüsijiai  <rpaXepa£)' 
L’idée  qu’un  excès  de  santé  est  voisin  de  la  maladie,  se 
trouvait  depuis  long-temps  dans  le  domaine  commun  de  la. 
pensée  grecque.  Eschyle,  avant  Platon  et  avant  même 
Hippocrate,  avait  dit  :  «  Le  point  d’une  santé  exubérante 
«  n’est  jamais  durable  ;  et  toujours  la  maladie  est  voisine  5. 

«  Les  fièvres,  dit  Platon,  sont  la  solution  du  tétanos  et  de 
«  Popisthotonos  *.  Cette  opinion,  outre  qu’elle  ne  peut  ap¬ 
partenir  au  philosophe,  n’appartient  même  qu’à  un  médeci 
qui  regarde  le  tétanos  et  Popisthotonos  comme  des  maladies 
dérivées  d’une  cause  de  nature  froide.  Elle  est  encore  dans 
les  Aphorismes  (iv  sect.).  Je  n’irai  pas  plus  loin  dans  ees 
rapprochements  que  je  pourrais  beaucoup  multiplier.  J't 
voulu  en  donner  des  exemples  évidents;  car  j’y  vois  un  de 
meilleurs  arguments  en  faveur  de  l’authenticité  de  laC: 
lection  hippocratique  prise  dans  saa^osémble.  De  tel’  s 
similitudes  montrent  que  la  composition  de  ces  livres  >, 
réellement  du  temps  où  tous  les  indices  la  reportent. 

1  Sophista.  t.  2  p.  22,  Ed.  Tauch. 

a  De  republ.  3,  t.  v,p.  106.  Ed.  Tauch. 

3  MaXa  to  Taç  ttoXXïç  uyeiaç 
A.7rapsaTov  TOiTSppia*  voaoç  yàp 
F etTwv  ôpioTOij^oç  IpetSst. 

Agam.  995  et  sqq. 

A  Tim.  t.  vu,  p.  95.  Ed.  Tauch. 


DES  PLUS  ANCIENS  TÉMOIGNAGES.  69 

Sur  la  môme  ligne  vient-un  second  témoignage  aussi  rap¬ 
proché  du  médecin  de  Cos,  d’autant  plus  important,  qu’il 
porte  sur  ses  opinions  médicales  et  sur  sa  pratique ,  et  que 
ceux  de  cette  nature  et  de  ce  temps  sont  plus  rares  :  c’est 
celui  de  Ctésias. 

Ctésias,  plus  jeune  qu’Hippocrate,  était  un  asclépiade  de 
Cnide  $  il  accompagna  l’expédition  de  Cyrus-le-Jeune ,  et 
resta  prisonnier  dix-sept  ans  en  Perse-,  ses  connaissances 
médicales  lui  acquirent  la  faveur  d’Artaxerce.  Il  a  écrit  une 
histoire  de  la  Perse  et  un  livre  sur  l’Inde.  Il  est  aisé  de 
voir  par  ses  écrits  qu’il  avait  l’habitude  de  s’occuper  de  su¬ 
jets  médicaux.  En  lisant  un  extrait  de  ses  livres,  que  Pho- 
tius  nous  a  donné ,  on  retrouve  les  mêmes  fermes  médi¬ 
caux  que  dans  les  livres  hippocratiques.  Quelques  critiques 
ont  prétendu  que  le  mot  muscle  (pSç)  qui  se  trouve  dans 
certains  livres  hippocratiques  est  une  preuve  que  ces  livres 
sont  apocryphes ,  attendu  qu’il  appartient  à  l’école  d’Alexan¬ 
drie  ,  et  que  les  anciens  désignaient  les  muscles  sous  le  nom 
de  chairs.  L’argument  est  mauvais-,  car  Ctésias  s’est  servi  de 
ce  mot  en  racontant  la  mort  de  Cambyse,  qui,  dit-il,  se  blessa 
à  la  cuisse  dans  le  muscle  *.  Oribase  2  nous  a  conservé  de  lui 
uii  fragment  singulier  sur  l’usage  de  l’hellébore.  «  Du  temps 
«  de  mon  père  et  de  mon  grand-père,  dit  Ctésias,  on  ne  don- 
«  nait  pas  l’hellébore,  car  on  ne  connaissait  ni  le  mélange,  ni 
«  la  mesure ,  ni  le  poids  suivant  lesquels  il  fallait  l’adminisr- 
«  trer.  Quand  on  prescrivait  ce  remède,  le  malade  était  pré- 

1  ’Acpixop.evoç  zïc,  Ba&Awva  xa't  S«ov  IjuXdpiov  [xa/ccipa  Siarpi- 
69; ç  yaptv  Tzaki  tov  p.r,pov  elç  tov  [xüv.  Ce  mot  ne  peut  appartenir  à 
Photius,  qui  abrège  Ctésias  ;  à  une  désignation  vague  de  1  auteur 
original,  l’abréviateur  n’aura  pas  substitué  une  désignation  précise. 

3  ’larpuçtov  cuXXoywv  fbêÀiov  r,  . 


INTBODUCTIOiS . 


70 

«  paré  comme  devant  courir  un 'grand  danger.  Parmi  ceux 
«qui  le  prenaient,  beaucoup  succombaient,  peu  guéris- 
«  saient;  maintenant  l’usage  en  paraît  plus  sûr.  » 

J’ai  rapporté  ce  qui  précède^pour  établir  la  compétence 
médicale  de  Ctésias.  Soit  qu’il  ait  composé  sur  la  médecine 
des  écrits  depuis  long-temps  perdus ,  soit  (ce  qui  est  plus 
vraisemblable)  qu’il  n’ait  publié  que  ses  ouvrages  histo¬ 
riques,  toujours  est-il  qu’il  a  parlé  à  diverses  reprises  des 
objets  de  ses  études  et  de  sa  profession.  Galien ,  sans  indi¬ 
quer  auquel  des  ouvrages  du  médecin  cnidien  il  empruntait 
sa  citation ,  nous  a  conservé  une  opinion  émise  sur  Hippo¬ 
crate  par  Ctésias.  «  Ctésias  de  Cnide ,  le  premier ,  dit-il  dans 
«  son  Commentaire  sur  le  traité  des  articulations ,  et  après 
«  Ctésias  plusieurs  autres,  ont  critiqué  Hippocrate  pour  la 
«  réduction  de  l’os  delà  cuisse,  et  ont  prétendu  que  la  luxation 
«  se  reproduisait  aussitôt  après1.»  Ces  paroles  de  Galien  sont 
bienbrèves,  mais  elles  n’en  sont  pas  moins  précieuses.  Ctésias , 
quoique  bien  plus  jeune  qu’Hippocrate,  a  été  son  contempo¬ 
rain  ;  il  a  pu  le  voir  et  le  connaître  5  car  Cnide  est  très  voisine 
de  Cos  5  il  a  appartenu  à  une  école  rivale;  et  le  seul  mot  que 
nous  connaissions  de  lui  est  une  critique  d’Hippocrate.  H  est 
peu  de  remarques  aussi  importantes  pour  la  critique  d’Hippo¬ 
crate  que  ces  lignes  que  Galien  a  jetées  dans  un  de  ses  Com- 
mentaires.  Ce  qui  manque  dans  l’intervalle  qui  sépare  le 
médecin  de  Cos  de  l’école  d’Alexandrie,  ce  sont  surtout  des 
souvenirs  de  ses  ouvrages.  Un  reproche  comme  celui  que 
Ctésias  adresse  à  Hippocrate  est  la  preuve  la  plus  manifeste 

1  Ka~£yv(oxa<jiv  IroroxpaTOuç  fît’  luéa^sïv  to  x<xt’  icr/iov  apQpo'.- 
ojç  av  exirorrov  aùrixa ,  rpwToç  ptiv  Kx^aiaç  ô  KvtStoç,  axt'ffsvy 
au-oî»,  xat  yàp  ocutoç  ’A<7/Ari7ttàorJç  to  ys'voç,  os  Ktt.s-o-, 

X«\  aXXoi  Ttvsç.  Gai.  t.  v,  p.  652,  Ed.  Basil. 


DES  PLUS  ANCIENS  TEMOIGNAGES.  7 1 

qui  puisse  être  donnée  de  la  connaissance  que  l’on  avait,  dès 
un  temps  aussi  reculé,  des  opinions  et  de  la  pratique  de  ce 
dernier  j  et  il  est  vrai  de  dire  que,  plus  la  critique  étudie  mi¬ 
nutieusement  les  monuments  de  l’antiquité  dans  l’époque 
médicale  qui  m’occupe,  plus  elle  trouve  un  fonds  solide  où 
elle  peut  poser  le  pied. 

Il  y  a  eu ,  dans  l’intervalle  de  temps  que  j’explore  en  ce 
moment ,  un  médecin  fameux ,  que  l’on  a  appelé  le  second 
Hippocrate.  C’est  Dioclès  de  Caryste.  La  date  où  il  a  fleuri 
n’est  pas  donnée  d’une  manière  très  précise  -,  mais  les  anciens 
le  nomment  toujours  immédiatement  après  le  médecin  de 
Cos  5  secundus  œtate  famâque ,  dit  Pline  L  II  avait  composé 
beaucoup  d’écrits  qui  ont  été  très  estimés  dans  l’antiquité , 
mais  dont  il  ne  reste  plus  que  des  fragments.  Par  sa  date , 
par  ses  connaissances  spéciales,  Dioclès  est  un  des  témoins 
les  plus  essentiels  pour  F  histoire  des  livres  hippocratiques  :  il 
a  vécu  à  une  époque  où  il  a  pu  connaître  parfaitement  les 
hommes  et  les  choses  5  or  Dioclès,  combattant  un  aphorisme 
dans  lequel  Hippocrate  dit  qu’une  maladie  est  d’autant  moins 
grave  que  la  saison  y  est  plus  conforme,  par  exemple  la 
fièvre  ardente  dans  l’été,  nomme  le  médecin  de  Cos  par  son 
nom.  Le  passage  de  Dioclès  a  été  conservé  dans  le  Commen¬ 
taire  d’Étienne  sur  les  Aphorismes  2.  Je  le  rapporterai  tex¬ 
tuellement  quand  j’examinerai  l’authenticité  de  ce  dernier 
ouvrage. 

Aristote  ne  s’éloigne  pas  davantage  de  l’époque  d’Hippo¬ 
crate.  Il  a  été  disciple  de  Platon,  ainsi  encore  voisin  des  sou¬ 
venirs  qu’avait  laissés  le  médecin  de  Cos  j  il  avait  embrassé 
dans  ses  études  l’universalité  des  connaissances  humaines  ; 

1  Hist.  nat.,  1.  26,  c.  2. 

*  Schol.  in  Hipp.  Ed.  Dictz,  t.  %  p.  526. 


72 


INTRODUCTION. 


la  médecine  ne  lui  avait  pas  été  étrangère;  et  il  avait  com¬ 
posé,  sur  cette  science,  des  livres  aujourd’hui  malheureuse¬ 
ment  perdus,  sauf  quelques  fragments,  qui  en  subsistent  dans 
les  Problèmes.  C’est  donc  un  témoin  important  à  entendre. 

Il  ne  nomme  qu’une  fois  Hippocrate ,  et  c’est  dans  la  Poli¬ 
tique.  On  y  lit,  livre  vu,  chap.  4  :  «  Quand  on  dit  le  grand 
«  Hippocrate,  on  entend,  non  pas  l’homme,  mais  le  méde- 
«  cin.  »  Cette  mention ,  quoique  faite  en  passant ,  mérite 
d’être  recueillie.  Elle  prouve  que  la  réputation  du  médecin 
de  Cos  était  assez  bien  établie  à  une  époque  encore  peu  éloi¬ 
gnée  de  sa  mort  pour  lui  valoir  le  titre  de  grand.  Elle  se  rap¬ 
porte  aussi  au  témoignage  plus  ancien  de  Platon,  qui,  comme 
nous  venons  de  le  voir,  cite  le  médecin  de  Cos  comme  une 
autorité  imposante.  Ainsi  Hippocrate  ne  tarda  pas  à  être  es¬ 
timé  par  ceux  qui  vinrent  immédiatement  après  lui,  autant 
qu’il  le  fut  par  ceux  qui,  dans  un  âge  postérieur,  le  recon¬ 
nurent  pour  le  chef  de  la  médecine ,  et  entourèrent  d’une 
sorte  de  culte  sa  mémoire  et  son  nom.  Ce  n’est  pas  le  fait  le 
moins  important  de  son  histoire. 

La  remarque  faite  au  sujet  de  Platon  s’applique  également 
à  Aristote.  Celui-ci  a  connu  Hippocrate;  on  le  sait  par  la  ci¬ 
tation  de  la  Politique.  Si,  partant  de  cette  base,  on  recherche 
les  ressemblances  entre  les  livres  aristotéliques  et  les  livres 
hippocratiques,  on  en  trouve  une  multitude.  Je  n’en  rap¬ 
porterai  qu’un  exemple.  H  est  dit  dans  Y  Histoire  des  ani¬ 
maux ,  liv.  iii,  chap.  11  *,  que  là  où  la  peau  est  seule,  elle 
ne  se  réunit  pas  si  elle  vient  à  être  coupée ,  par  exemple  à 
la  partie  mince  de  la  mâchoire,  au  prépuce,  à  la  paupière. 

t  ^7touû  ?  xa®  auT0  oepji.a ,  av  Siaxom] ,  où  cujxçùsTai  *  otov 
vvaOou  yo  X£7rrov,  xai  axpoiro<jGia,  xat  ^Xsçaptç. —  L'a  même  chose 
est  répétée  dans  YHist.  des  anim.  1.1,  ch.  15,  et  dans  le  traite 
Des  parties  des  animaux.  1.2,  ch.  15. 


DES  PLUS  ANCIENS  TÉMOIGNAGES.  73 

Aristote  donne  pour  raison  que  la  peau  est  là  dépourvue  de 
chair.  Dans  les  Aphorismes,  sect  vi,  dans  le  premier  livre 
Des  maladies,  il  est  également  dit  que  la  partie  mince  de  la 
mâchoire  et  le  prépuce,  une  fois  coupés,  ni  ne  s’accroissent, 
ni  ne  se  réunissent i.  La  raison  donnée  par  Aristote  n’est 
pas  dans  les  écrivains  hippocratiques.  J’ai  cité  ce  rapproche¬ 
ment,  parce  qu’il  est  frappant ,  et  ne  peut  être  accidentel. 
Au  reste,  plus  on  examine  comparativement  les  écrits  hip¬ 
pocratiques  ,  ceux  de  Platon  et  d’Aristote ,  plus  on  trouve  de 
conformités  entr’eux  et  de  points  de  comparaison.  Les  mêmes 
doctrines  ,  les  mêmes  hypothèses ,  les  mêmes  faits  de  détail , 
tout  cela  concorde  dans  Hippocrate,  dans  Platon  et  dans 
Aristote. 

Érasistrate,  Galien ,  Plutarque,  Aulu-Gelle,  ont  cité  à  di¬ 
verses  reprises  deux  disciples  d’Hippocrate  qui  ont  vécu  dans 
le  même  intervalle  de  temps  :  ce  sont  Apollonius  et  Dioxippe 
ou  Dexippe  de  Cos.  Suidas  parle  de  ce  dernier ,  et  l’appelle 
disciple  d?  Hippocrate  ('iTnroxpaTouç  ^aOr/r^ç).  D’autres  l’ap¬ 
pellent  Hippocratique  (wnroxpaTsio;).  Il  avait  écrit,  dit  Suidas, 
un  livre  sur  le  Médecin ,  et  deux  livres  sur  les  Pronostics . 
Platon  soutient,  dans  un  de  ses  dialogues,  que  les  boissons 
passent  en  partie  par  la  trachée  artère.  Cette  opinion  avait 
été  embrassée  par  Dexippe,  qui  arguait,  pour  la  défendre, 
de  l’absence  de  l’épiglotte  chez  les  oiseaux.  La  désignation 
positive  de  Dexippe,  comme  disciple  d’Hippocrate,  est  un  an¬ 
neau  de  plus  dans  la  chaîne  des  témoignages  entre  le  célèbre 
asclépiade  et  l’école  d’Alexandrie. 

H  faut  encore  compter  parmi  les  principaux  témoins  d’Hip¬ 
pocrate,  Hérophile.  Ce  médecin,  illustre  par  ses  découvertes 

1  *H  yvaGo'j  to  Xstttov,  7)  àxpoTCOcOiVj ,  oute  auçEtat ,  oute  ai/u.- 

O'JETat. 


74 


INTRODUCTION. 


anatomiques ,  et  chef  d’une  secte  qui  porta  son  nom,  forme 
i’anneau  entre  les  temps  anciens  et  les  temps  nouveaux  qui 
s’ouvrirent  pour  la  médecine  à  Alexandrie.  A  tous  ces  titres, 
il  mérite  une  grande  confiance-,  il  en  mérite  encore  une  par¬ 
ticulière  dans  le  sujet  dont  je  m’occupe  ici ,  à  cause  de  son  sé¬ 
jour  dans  une  ville  telle  qu’ Alexandrie,  où  une  bibliothèque 
publique  se  formait,  et  où  l’érudition  commençait  à  établir 
son  siège.  Ses  livres  sont  perdus;  mais  d’autres  écrivains  , 
Galien ,  Etienne,  nous  ont  appris  qu’il  avait  commenté  un 
des  traités  d’Hippocrate. 

Puisque  Hérophile  a  commenté  Hippocrate,  il  est  impos¬ 
sible  qu’Érasistrate  ne  l’ait  pas  connu.  Galien,  en  différents 
endroits,  dit  qu’évidemment  Érasistrate  était  jaloux  des  mé¬ 
decins  de  Cos 4  ,  qu’il  est  toujours  disposé  à  contredire  Hippo¬ 
crate  2.De  telles  assertions,  de  la  part  de  Galien,  ne  permettent 
pas  de  douter  qu’Érasistrate  n’ait  nommé  le  médecin  de  Cos 
dans  quelqu’un  de  ses  ouvrages.  Ces  ouvrages  sont  perdus: 
mais  malgré  son  inimitié  pour  les  doctrines  hippocratiques , 
malgré  tous  ses  efforts  pour  faire  prévaloir  les  siennes ,  on 
trouve,  même  dans  les  courts  fragments  qui  nous  en  ont  été 
conservés,  des  traces  de  la  connaissance  des  livres  hippocra¬ 
tiques.  Érasistrate  avait  dit  dans  un  de  ses  écrits  :  «  Les  af- 
tc  fections  changent,  et  ce  changement  s’opère  suivant  la  loi 
«  du  transport  des  maladies.  Ainsi  l’épilepsie  est  enlevée  par 
«  la  fièvre  quarte  ;  la  convulsion  par  une  fièvre  quel- 
«  conque;  l’ophthalmie  par  la  diarrhée;  la  péripneumo- 
«  nie  par  la  pleurésie;  la  somnolence  fébrile  par  le  délire  fé- 
«  brile  3  »  Ce  passage,  remarquable  par  le  fond  même  et  par 
l’idée  d’une  loi  qui  règle  le  transport  des  maladies ,  contien  t 

ArjXo'ç  iczt  zzpoç  zobç  dbro  Kto  ©iXoTtpioutjisvoç.  t.  1,  p.  524. 

2  EpeiffTixwç  £/civ  -jrpoç  zov  avopa  (Hippocrate),  t.  iv,  p.  4. 

3  Gai.  Comm.  in  2  Epid.  Ed.  Sozomcno.  p.  80. 


DES  PLUS  ANCIENS  TÉMOIGNAGES  75 

d’évidentes  réminiscences  des  Aphorismes.  Il  est  dit  à  la  fin 
de  la  ve  section  que  l’invasion  de  la  fièvre  quarte  fait  cesser 
les  maladies  convulsives  ;  il  est  dit  dans  la  vie  sect. ,  aph.  17, 
que,  pour  un  malade  atteint  d’ophthalmie ,  il  est  bon  d’être 
•  pris  de  diarrhée  ;  il  est  dit  dans  la  vne  sect. ,  aph.  1 1 ,  qu’il 
est  fâcheux  que  la  péripneumonie  succède  à  la  pleurésie , 
proposition  qu’Érasistrate  paraît  avoir  retournée.  La  der¬ 
nière  proposition,  relative  au  délire  fébrile  et  à  la  somnolence 
fébrile,  ne  se  trouve  pas  dans  les  œuvres  hippocratiques-, 
mais  le  rapprochement  des  deux  premières  est  décisif;  et 
Erasistrate  les  a  empruntées  aux  livres  d’Hippocrate.  Cela 
confirme  ce  que  pouvait  laisser  de  vague  la  manière  dont 
Galien  s’exprime,  et  il  est  important  de  savoir  qu’Hérophile 
et  Erasistrate,  placés  au  début  même  des  travaux  de  l’école 
d’Alexandrie,  ont  eu  connaissance  d’une  portion  au  moins 
de  ce  qui  compose  aujourd’hui  la  Collection  hippocratique. 

L’avant-dernier  de  ceux  qu’il  m’importe  de  rappeler  ici  est 
Xénophon  de  Cos,  qui,  comme  nous  l’apprend  Cælius  Aure- 
lianus  %  fut  défenseur  de  la  méthode  de  Chrysippe,  lequel 
serrait  les  membres  par  une  ligature,  dans  l’hémoptysie.  La 
seule  trace  que  j’ai  trouvée  de  son  témoignage  est  dans  une 
glose  inédite  du  manuscrit  2255  de  la  Bibliothèque  Royale. 
Il  s’agit  de  l’explication  du  mot  ôgîov,  du  divin ,  dans  les 
maladies,  expression  qui  se  trouve  dans  le  Pronostic ,  et  qui 
a  beaucoup  exercé  la  sagacité  des  commentateurs,  tant  an¬ 
ciens  que  modernes.  Après  avoir  dit  que  Bacchius ,  Calli- 
maque,  Philinus  et  Héraclide  de  Tarenle  avaient  regardé 
les  maladies  pestilentielles  comme  divines ,  parce  que  la  peste 
semble  venir  de  la  divinité,  cette  glose  ajoute  :  «  Xénophon, 
«  de  la  famille  de  Praxagore ,  prétend  que  le  genre  des  jours 


76 


introduction. 


«  critiques  est  divin;  de  même  que  les  Dioscures,  dit-il, 
«  apparaissant  aux  yeux  des  matelots  battus  par  la  tempête, 
«  leur  apportent ,  par  leur  présence  divine,  le  salut ,  de  même 
’  <c  les  jours  critiques  arrachent  souvent  le  malade  àlamort1.  » 
L’exhumation  de  cette  glose,  non  consultée,  et  ensevelie 
dans  un  manuscrit,  me  permet  de  rapporter  à  son  véritable 
auteur  une  citation  de  Galien,  qui,  à  son  tour,  confirme 
l’autorité  de  la  glose.  On  lit  dans  le  Commentaire  sur  le  Pro¬ 
nostic  ;  «  Celui  qui  a  dit  que  le  genre  des  jours  critiques  est 
«  divin  a  exprimé  sa  propre  opinion  ,  mais  n’a  point 
«  éclairci  la  pensée  d’Hippocrate2.  »  Galien  se  sert  des  mêmes 
termes  que  la  glose  en  disant  le  genre  des  jours  criti¬ 
ques.  Le  médecin  qu’il  cite,  sans  le  nommer,  est,  on  le 
voit,  Xénophon  de  Cos.  Rien  que  la  note  mise  en  marge  du 
manuscrit  2255  ne  pouvait  nous  apprendre  cette  particula¬ 
rité  d’histoire  littéraire. 

Le  contexte  de  la  glose  ne  permet  guère  de  douter  que  le 
passage  de  Xénophon  ne  se  rapporte  au  divin  du  Pronostic. 

1  Bxxysïoç  8s  xat  KaXXt'pur/oç ,  <I>iXtvo;  te  ô  Tapavxtvoç  xat  CH- 
paxXEtSrjÇ  (lisez  xat  *Hp.  ô  Tap.)  0sïov  CursXaêov  to  Xotpuxov  tocOoç 
oià  tov  Xoiptov  Ix  Oeou  Soxeïv  stvat.  ‘O  8s  Esvocpwv,  ô  Ilpa^ayopou 
yvo3pi> Loq,  ©s tov  Içt]  to  twv  xptatptwv  fjaspwv  ysvoç.  KaOccTTEp  yàp  , 
o'/jat,  tolç  iv  7rsXàysi  ^EijjiaÇouÉvoiç  ot  Atooxoupot  çavsvTEç  «OTYjptav 
I— upspoufft  0£ot  ovrsç,  touto  xat  ai  xptaiptot  1)  pipai  yevoptsvai.  IIoa- 
Xaxtç  yotp  cwTTjptav  ^vsyxav.  Ms.  2255.  Glose  placée  en  tête  du 
traité  de  la  maladie  sacrée.  Je  crois  que  ce  sont  là  les  seules  lignes 
que  nous  possédions  de  Xénophon  de  Cos.  Il  ne  faut  pas  confon¬ 
dre  ce  Xénophon  avec  celui  dont  parle  Tacite  Ann.  XII,  62:  Xe- 
nophontem  cujus  scientia  ipse  (Claudius)  uteretur,  eadem  fa- 
milia  ( 'asclepiadarum )  ortum. 

O  SÈ  to  t5v  xpiaipuov  yévoç  r)uspwv  eî-wv  sîvat  Osïov ,  iauTOu 
Ti  toxÔoç  cop.oXoyvjo'Êv  •  ou  ptrjv  TincoxpaTouç  ys  tt;v  yvwur,v  eoei^ev. 
t.  v,  p.  120,,  Ed.  Basil. 


DES  PLUS  .ANCIENS  TEMOIGNAGES.  77 

On  pourrait  concevoir  quelque  doute  en  voyant  que  Xéno- 
phon  dit  seulement  que  les  jours  critiques  sont  divins  ;  mais 
quand  il  s’agit  d’indiquer  l’opinion  de  Callimaque ,  de  Bac- 
chius,  de  Philinus,  d’Héraclide  de  Tarente,  que  l’on  sait 
d’ailleurs  être  des  commentateurs  d’Hippocrate,  le  glossa- 
teur  ne  s’exprime  pas  d’une  autre  façon  ;  il  dit  que,  suivant 
ces  critiques,  la  peste  est  divine  ,  rapportant  ainsi  briève¬ 
ment  l’interprétation  qu’ils  donnaient  du  mot  divin  dans 
Hippocrate;  et  Galien ,  disant  que  cet  auteur  a  exprimé  son 
opinion ,  mais  n’a  pas  éclairci  la  pensée  d’Hippocrate ,  donne 
à  entendre  qu’il  y  avait  une  relation  quelconque  entre  le  pas¬ 
sage  d’Hippocrate  et  l’explication  de  Xénophon. 

Il  y  a  lieu ,  peut-être ,  à  invoquer  encore  en  faveur  d’Hip- 
pccrate  le  témoignage  de  Mnésithée  d’Athènes.  Ce  médecin 
a  joui  d’une  grande  réputation  dans  l’antiquité.  Son  époque 
n’est  pas  connue  d’une  manière  très  précise;  cependant  on 
croit  qu’il  a  été  postérieur,  de  peu ,  à  Praxagoras.  Les  pa¬ 
roles  de  Galien  (le  lecteur  en  jugera)  me  semblent  indiquer 
que  Mnésithée  avait  parlé  d’Hippocrate:  «  L’homme  de  l’art 
«  l’emporte  sur  l’homme  étranger  à  la  médecine,  parce  qu’il 
«  sait  de  combien  la  santé  s’éloigne  de  la  maladie.  Hippocrate, 
«  le  premier,  a  touehé  ce  sujet.  H  a  été  imité  par  tous 
«  ceux  qui  l’ont  suivi  et  qui  ont  compris  ses  livres  ;  et  parmi 
«  eux  était  Mnésithée  d’Athènes,  homme  versé  dans  toutes 
«  les  parties  de  la  médecine  L  »  Si  Mnésithée  n’avait  pas 
mentionné  Hippocrate,  Galien  s’exprimerait-il  ainsi?  Le 
médecin  athénien  avait,  le  premier,  établi  un  système  noso- 

1  HX.SOV  0£  Tl  XaV  TOUTCp  TWV  <XT££VÜ>V  Ô  TE^VITTJÇ  £^£l.  Kal  TITO 

7c>iov  ;  lîriroxpaTTjÇ  ptiv  xal  touto  îrpwroç  aravrwv,  <&v  igjaev,  yéypa- 
çev  uraavT'GavTO  os  Iirl  orXÉov  twv  fier’  auTov  8a oi  twv  ixstvou  cuv- 
vjxav  YP*[AfAaTO>v,  o)v  sTç  xal  Mv^giGsoi;  5  ’A(fr)vatoç,  avr,p  Ta  te 
aXXa  ixavbç  ravTa  rà  tt-ç  riyyr^  xtX.  t.  A,  p.  197,  Ed.  Basil. 


INTRODUCTION. 


graphique;  il  disait  que  la  médecine  a  pour  objet  de  con¬ 
server  la  santé  et  de  guérir  la  maladie;  elle  conserve  la 
santé  par  les  semblables,  et  elle  guérit  la  maladie  par  les 
contraires 

Récapitulons  brièvement  ce  qui  vient  d’être  dit  plus  haut, 
et  remontons  la  chaîne  de  la  tradition  qui  n’est  interrom¬ 
pue  nulle  part.  Cent  vingt  ans  environ  après  Hippocrate, 
Hérophile  l’interprète  à  Alexandrie,  où  ses  écrits  sont  ar¬ 
rivés  ;  un  de  ses  disciples ,  Dexippe ,  est  cité  comme  écrivain 
médical  ;  Aristote  le  nomme  une  fois ,  mais  il  le  connaît  si 
bien  qu’il  lui  donne  le  nom  de  Grand.  Dioclès  de  Caryste  est 
familier  avec  ses  écrits,  et  en  fait  usage  pour  les  critiquer 
quelquefois,  comme  nous  l’apprend  un  scoliaste ,  pour  les 
imiter  souvent,  ainsi  que  le  dit  Galien.  Platon  cite,  en  deux 
endroits,  l’asclépiade  de  Cos  avec  les  plus  grands  éloges;  et 
un  médecin  de  Cnide,  Ctésias,  contemporain  de  Platon,  lui 
reproche  une  pratique  chirurgicale ,  qui  est  celle  de  l’auteur 
du  Traité  des  articulations.  On  voit  que  l’existence  littéraire 
d’Hippocrate  est  établie  sur  de  bons  documents,  et  il  est 
indubitable  que  nous  possédons  de  lui  beaucoup ,  si ,  de  lui , 
beaucoup  a  péri. 

Ainsi ,  dans  l’âge  qui  a  suivi  Hippocrate ,  son  nom  a  été 
plusieurs  fois  cité  par  des  témoins  irréprochables.  Rappro¬ 
chons  de  ces  noms  les  noms  de  ceux  qui ,  ayant  vécu  dans 
l’âge  antérieur  à  Hippocrate  lui-même ,  se  trouvent  rappelés 
dans  la  Collection  hippocratique.  Ce  sont  :  Méiissus  dam  le 
Traité  de  la  nature  de  l’homme ,  Prodicus  et  Pythoclès  dans 
les  Épidémies,  Empédocle  dans  le  Livre  sur  l’ancienne  méde¬ 
cine  ,  Homère  dans  le  Traité  des  articulations ,  et  le  Livre 

1  TVjV  Ocv  uystocv  «puXaTTct  oià  twv  ôfxoïwv,  tt;v  Sè  votrov  dvatps- 
îiè:  twv  ivavrtW  Dietz,  Schol.  in  Hipp.  t.  1 ,  p.  259. 


DES  PLUS  ANCIENS  TÉMOIGNAGES.  79 

des  sentences  cnidiennes  combattu  dans  le  Traité  du  régime 
des  maladies  aiguës.  Si  nous  exceptons  Pythoclès ,  homme 
tout-à-fait  inconnu ,  et  Homère ,  source  commune  où  les 
Grecs  puisaient  depuis  long-temps,  on  ne  voit  que  des  noms 
fort  anciens.  Prodicus  et  Mélissus  sont  contemporains  de 
Socrate;  Empédccle  est  plus  vieux;  le  Livre  des  sentences 
cnidiennes ,  déjà  publié  deux  fois ,  est  attribué  à  Euryphon , 
qui  est  antérieur  à  Hippocrate.  J’ajouterai  que  le  Traité  de 
V ancienne  médecine  reproduit  avec  une  fidélité  fort  grande 
les  opinions  d’Alcméon ,  philosophe  pythagoricien ,  dont  l’é¬ 
poque  est  très  reculée.  Ainsi,  toutes  les  citations  faites  dans 
les  écrits  hippocratiques  sont  prises  à  une  littérature  anté¬ 
rieure.  Ce  fait  est  important  dans  l’histoire  de  ces  écrits,  et 
il  corrobore  toutes  les  preuves  que  nous  avons  de  leur  an¬ 
tiquité. 

Si  nous  passons  de  ceux  qui  sont  cités  dans  la  Collection 
hippocratique  à  ceux  qui  citent  Hippocrate,  nous  trouvons, 
dans  l’âge  qui  suit  immédiatement,  Platon  et  Ctésias;  eux 
étaient  jeunes  lorsque  Hippocrate  était  vieux.  Un  peu  plus 
tard,Dioclès  et  Aristote  appuientde  leur  témoignage  son  nom 
qu’ils  invoquent.  Ainsi  les  auteurs  dont  il  est  question  dans 
quelques-uns  des  traités  hippocratiques ,  et  les  auteurs  qui 
nomment  le  médecin  de  Cos ,  constituent  deux  limites  entre 
lesquelles  est  placée  son  époque.  Si  tout  renseignement  nous 
manquait  d’ailleurs,  cette  considération  nous  suffirait  seule 
pour  que  nous  missions  cette  époque  à  sa  véritable  date, 
et  l’on  arrive,  par  ce  détour,  à  confirmer  ce  que  les  biogra¬ 
phes  bien  postérieurs,  Eratosthène,  Soranus  de  Cos  et  d’au¬ 
tres,  nous  ont  appris  sur  le  temps  où  il  a  fleuri. 


CHAPITRE  Y. 


DE  LA  TRANSMISSION  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  ET  DE  LA  SERIE 
DES  COMMENTATEURS  DE  CES  LIVRES  DANS  l’ ANTIQUITÉ. 


Les  conquêtes  d’Alexandre,  les  communications  multi¬ 
pliées  qui  s’établirent  entre  la  Grèce  et  l’Orient ,  la  fondation 
d’Alexandrie  en  Egypte ,  la  formation  des  grandes  biblio¬ 
thèques,  dans  cette  ville  et  à  Pergame,  produisirent,  dans 
les  relations  littéraires,  une  révolution  comparable,  quoi¬ 
que  sur  une  moindre  échelle ,  à  la  révolution  causée  par  la 
découverte  de  l’imprimerie.  La  littérature  médicale  ne  s’en 
ressentit  pas  moins  que  les  autres  branches  des  connaissances 
humaines;  et  les  productions  qu’elle  avait  mises  à  la  lumière 
dans  les  âges  précédents,  acquirent  une  publicité  bien  plus 
grande.  Cela  est  manifeste  pour  les  livres  hippocratiques  ;  en 
effet,  ce  qui  manque  surtout  à  ces  livres,  dans  la  période  com¬ 
prise  entre  Hippocrate  et  la  fondation  d’Alexandrie ,  c’est 
une  publicité  véritable  et  étendue.  Peu  de  gens  les  possèdent , 
peu  en  font  mention,  et  ils  restent  renfermés  entre  un  petit 
nombre  demains,  parmi  ses  élèves  et  parmi  ses  descendants. 
Le  public  qui  les  connaît  est  fort  restreint  ;  les  copies  sont  très 
peu  nombreuses;  la  circulation  est  très  limitée;  les  biblio¬ 
thèques  publiques  n’existent  pas  où  l’on  puisse  les  aller  con¬ 
sulter  ;  l’accès  de  ces  livres  est  fermé  à  la  plupart  des  écri¬ 
vains.  Il  ne  faut  donc  pas  s’étonner  qu’ils  aient  été  rarement 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  Si 

cités.  De  là  aussi  les  chances  de  destruction,  si  nombreuses 
pour  des  livres  dont  il  existait  si  peu  de  copies;  de  là  la  perte 
de  tant  d’ouvrages  de  l’école  de  Cos,  dont  j’ai  relevé  les 
mentions  dans  la  Collection  hippocratique ,  et  qui  ont  péri 
avant  d’être  multipliés  et  répandus;  de  là  enfin  les  facilités 
qu’ont  trouvées  les  vendeurs  de  livres ,  lorsque  les  rois  d’ɬ 
gypte  et  de  Pergame  payèrent  au  poids  de  l’or  les  manuscrits 
précieux,  à  intituler,  comme  ils  le  voulurent,  un  écrit  bien 
antérieur  sans  doute  à  la  vente  même ,  mais  n’ayant  reçu 
encore  aucune  publicité,  et  à  y  mettre  un  nom  qui  en  aug¬ 
mentait  considérablement  la  valeur. 

Il  n’en  fut  plus  de  même  dans  l’âge  qui  suivit  la  mort 
d’Alexandre.  Les  livres,  par  cela  seul  qu’ils  se  multiplièrent, 
prirent  une  forme  plus  certaine,  qui  permettait  bien  plus 
difficilement  les  substitutions  de  noms  et  l’interpolation  de 
nouveaux  écrits  dans  une  collection  déjà  existante.  La  Col¬ 
lection  hippocratique  (car  c’est  uniquement  d’elle  qu’il  est 
ici  question)  se  trouva,  par  les  travaux  des  commentateurs, 
fixée,  et  fermée  à  toute  invasion  de  traités  qui  n’auraient  pas 
reçu ,  à  ce  moment ,  le  certificat  de  leur  origine.  Dès  lors  la 
transmission  en  fut  régulière;  les  commentateurs  se  suivi¬ 
rent  sans  interruption.  C’est  cette  transmission  des  textes  et 
cette  série  de  commentateurs  qu’il  faut  étudier  4. 

S’il  était  vrai  que  Dioclès  de  Caryste  eût  commenté  un  des 
écrits  d’Hippocrate,  ce  serait  le  plus  ancien  des  auteurs  qui  ont 
écritsurce  sujet.  Àckermann,  dans  l’excellente  notice  qui  fait 
partie  delà  Bibliothèque  grecque  de  Fabricius,  donne  Dioclès, 
MantiasetPhilotimus  comme  les  commentateurs  du  Traité  de 

1  Ce  sujet  a  déjà  été  traité  par  Preu  ,  sous  ce  titre,  De  inter- 
pretibus  græcis  Hippocratis  ;  je  n’ai  pu  me  procurer  cette  dis¬ 
sertation. 


TOM.  i. 


6 


INTRODUCTION. 


82 

V officine  du  médecin.  C’est  une  erreur  :  Dioclès,  non  plus  que 
Mantias  et  Philotimus ,  n’a  point  commenté  ce  Traité,  et  les 
passages  de  Galien,  sur  lesquels  Ackermann  s’appuie,  ont 
été  mal  interprétés:  ce  médecin  dit  seulement  que  Dioclès, 
Philotimus,  Mantias1  avaient  composé  un  livre  sur  le  même 
sujet  et  portant  à  peu  près  le  même  titre.  Ce  livre  de  Dioclès 
est  cité,  par  Érotien,  sous  le  titre  de  Traité  sur  V officine  du 
médecin  2.  Érotien  en  tire  l’explication  d’un  mot  (iy.6rtv  ),  qui 
est  dans  le  Livre  des  articulations  :  ce  qui  prouve  que  l’on 
s’est  servi ,  il  est  vrai,  des  textes  de  Dioclès  pour  expliquer  cer¬ 
tains  mots  difficiles ,  mais  que  ces  textes  étaient,  non  dans  un 
commentaire  sur  des  livres  hippocratiques,  mais  dans  des  trai¬ 
tés  composés  parle  médecin  deCarystesur  différents  points  de 
l’art  médical.  On  peut  affirmer  que  Dioclès  n’a  pas  été  com¬ 
mentateur  d’Hippocrate-,  car  ses  commentaires,  s’ils  avaient 
existé,  auraient  été  cités  par  quelques-uns  des  commenta¬ 
teurs  postérieurs.  Mais  il  avait  écrit  plusieurs  livres  qui 
avaient  des  conformités,  soit  pour  le  style,  soit  pour  e 
sujet,  avec  quelques  livres  de  la  Collection  hippocratique  : 
tels  sont  le  Traité  de  V officine  du  médecin  et  celui  des  bandages , 
qui  présentaient  de  grandes  ressemblances  avec  le  livr 
hippocratique  Des  articulations  ;  tel  est  encore  un  Traité  d, 
pronostic,  qui  avait  aussi  beaucoup  emprunté  au  livre  d’Hip¬ 
pocrate  sur  le  même  sujet. 

1  vAf*stvov  Ss  y,v  Hsp'i  twv  x<xt  îyjTpeïov  £7nyEypaç>0ai,  xaGa-rrs  : 
ifvioi  to  AtoxXsouç  i'jriypaooixri,  xat  «hiXortaou  xaiMâvxtoir  ysypacpo- 
yàp  xai  touto>v  Ttov  àvûpôov  sïç  rJ|V  auTv;v  uiro'0£<riv  èv  Ixaccc- 
PiëXica.  t.  v,  p.  661,  Ed.  Bas.,  et  plus  loin  :  f  imypacfr}  tou  tyoy- 
ypaaaa-oç  svteuOev  lyevsxo,  f  7capaTrX?]auoç  eiç  uaxepov  It rovrçcraTO 
AioxXr;ç  xal  <biXo'xif/.o;  xal  Mavxtaç.  pag.  667. 

a  AtoxX^ç  o  iv  tm  Kax’  ÎYjTpctov ,  u-rto'xoïXov  Ttva  yoipav-  p.  86  , 

Ed.  Franz. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  83 

Le  plus  ancien  commentateur  que  l’on  connaisse  est  donc 
Hérophile,  qui  fut  disciple  de  Praxagore,  et  qui  fleurit  à 
Alexandrie  vers  l’an  300  avant  J.-C.  Il  avait  travaillé  sur  le 
Pronostic  d’Hippocrate;  Galien  dit  qu’il  s’était  contenté  d’ex¬ 
pliquer  seulement  les  mots  sans  entrer  dans  les  explications 
"  médicales  L  Etienne1 2  nous  a  conservé  une  de  ses  explica¬ 
tions:  «  Hérophile,  dit-il,  prétendait  que  la  prognose  et  la 
«  prédiction  sont  deux  choses  différentes  -,  que  la  prognose 
«  est  le  jugement  que  le  médecin  porte  sans  l’énoncer,  et  la 
«  prédiction,  ce  jugement  lui-même  énoncé.  »  Étienne  trouve 
cette  distinction  ridicule-,  elle  prouve  qu’en  effet  Hérophile 
s’était  surtout  occupé  du  sens  précis  des  mots.  Cependant  il  y 
avaitsansdoutejointquelques  autres  explications;  car  Cælius 
Aurélianus,  citant  son  Commentaire 3,  rapporte  qu’Héro- 
phile,  examinant  le  passage  où  Hippocrate  parle  des  vers  qui 
sont  rendus  dans  les  selles,  dit  qu’il  importe  peu  que  ces  ani¬ 
maux  soient  évacués  morts  ou  vivants.  On  voit  par  d’autres 
témoignages  que  fournit  Galien,  qu’Hérophile  avait  en  effet 
soumis  le  Traité  du  pronostic  à  un  examen  critique.  Galien 
promet  d’examiner  les  objections  que  le  médecin  d’Alexan¬ 
drie  avait  opposées  à  cet  écrit4 5,  et  un  peu  plus  loin  il  ajoute 
que  ces  objections  sont  mauvaises  3. 

Hérophile  avait-il  publié  d’autres  travaux  sur  les  écrits 
hippocratiques?  Là-dessus  on  n’a  que  des  témoignages  in- 

1  rXwrcaç  iir/pfaaiTO  [/.ovaç  warrep  ô  'HpocptXoç.  Gai.  Gloss,  p. 

404,  Ed.  Franz. 

3  Comment .,  sur  le  Pronostic  d’ Hippocrate,  pag.  61  ,  Ed. 
Dictz. 

3  Chr.  Liv.  iv,  c.  vin. 

4Tcm.  v,  p.  120,  Ed.  Basil. 

5  Tom.  v,  p.  120,  Ed.  Basil. 


g4  INTRODUCTION. 

certains  et  des  textes  suspects.  On  lit  bien  dans  Galien  :  «  Les 
«  premiers  qui  ont  expliqué  les  Aphorismes,  Hérophile,  Bac- 

«  chius,  Héraclide  et  Zeuxis ,  tous  deux  empiriques 1 . „ .» 

Schultze2,  observant  que  nul  auteur  ne  fait  mention  du 
commentaire  d’Hérophile  sur  les  Aphorismes ,  dit  qu’il  faut 
lire  Baechius  l’hérophilien  (  Bax/âoç  6  'HpoçCXetoç).  Le  fait  est 
que  la  phrase  de  Galien  n’est  pas  correcte ,  et  que  l’article 
devant  le  nom  de  Baechius  ne  peut  subsister.  Mais  on  ad¬ 
mettrait  aussi  facilement  une  autre  correction  qui  laisserait 
subsister  le  nom  d’Hérophile.  Erotien  5  cite  une  explication 
du  médecin  alexandrin  -,  et  le  mot  expliqué  se  trouve  dans  le 
Pronostic.  Érotien  ajoute  qu’on  le  rencontre  aussi  dans  le 
Quatrième  livre  des  épidémies ,  dans  le  Premier  des  maladies 
des  femmes ,  et  dans  les  Aphorismes  :  cela  ne  prouverait  pas 
qu’Hérophile  ait  commenté  ce  dernier  traité.  Montfaucon 
1,498,  (j’emprunte  cette  indication  a  la  Bibliothèque  grecque . 
Ed.de  Harles,t.  2,p.  544)  dit  qu’il  existe  dans  la  bibliothèque 
ambrosienne  de  Milan  un  commentaire  d’Hérophile  sur  les 
Aphorismes.  Si  le  fait  était  vrai ,  il  couperait  court  à  la  re¬ 
marque  de  Schultze4;  mais  personne  n’a,  depuis,  parlé  de  ce 
manuscrit  de  la  bibliothèque  ambrosienne ,  et  M.  Dietz,  qui 
a  recueilli  les  commentateurs  grecs  inédits  d’Hippocrate,  n’a 
pas  publié  ce  commentaire,  qui  serait  d’un  si  grand  prix 
pour  la  critique  des  livres  Hippocratiques. 

1  T.  V,  p.  328,  Ed.  Basil.  Oi  rpS-coi  Ibq'piTap.Évtov  tou?  ’àço- 
pi<rp.oùç,  t*>v  EGTtv  'HpooiXoç  ô  Bax^eîoç,  ‘HpaxXsfôïjç  te  xal  Zevijtç 
OÎ  IpWTSlplXOÊ. 

*  Hist.  med.,  p.  382. 

3  P.  32,  Ed.  Franz  :  'HpocptXoç  cuvcovujaov  6eIç  tô  aXusiv  t5  ttXx- 
va<y0ai. 

4  On  pourrait  croire  d’après  un  passage  de  Galien  (t.  v,  p.  410, 
Ed.  Bas.)  qu’Héropliile  avait  aussi  commente'  le  3e  livre  des  Épi- 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  85 

Cette  discussion  me  conduit  à  une  autre  question ,  c’est  de 
savoir  si  Hérophile  a  laissé  un  témoignage  sur  le  Traité  des 
lieux  dans  V homme.  H  s’agit  encore  ici  d’un  texte  corrompu. 
On  lit  dans  Galien  *  :  «  Érotien  prétend  qu’on  appelle  kam- 
«  moron  non  seulement  l’animal  lui-même  (c’est  un  animal 
«  semblable  à  une  petite  crevette),  mais  la  mousse  qui  y 
«  adhère.  Zénon  l’hérophilien  assure  que  le  kammoron  est 
«  la  ciguë;  Zeuxis,  un  médicament  réfrigérant.  »  Les  ma¬ 
nuscrits  et  les  imprimés  présentent  beaucoup  de  variétés  sur 
le  nom  d’Érotien  ;  les  uns  portent  Érotinon,  les  autres  Ero- 
tinus;  d’autres  Hérophile.  Le  texte  est  certainement  altéré  ; 
si  l’on  recherche  dans  le  Glossaire  d’Érotien  l’explication 
citée  par  Galien,  on  ne  l’y  trouve  pas,  ni  rien  qui  y  ressem¬ 
ble;  et  comme  l’on  manque  de  moyens  pour  constater 
quelle  est  la  véritable  leçon ,  on  ne  peut  rien  en  conclure 
pour  Hérophile. 

Dès  cette  époque  reculée ,  les  grammairiens  ont  travaillé 
comme  les  médecins  à  expliquer  les  mots  des  livres  hippocrati¬ 
ques.  Xénocrite  de  Cos,  compatriote  d’Hippocrate ,  est ,  au 
dire  de  Callimaque  l’hérophilien ,  d’Héraclide  de  Tarente 
et  d’Apollonius  de  Cittium ,  le  premier  grammairien  qui  ait 

demies  :  Zirçvtov  xctt  'HpocpiXoç,  oùy  5  xu^àv  avr;p,  eçr^o-jasvoç  .... 
Iv  -cto  TpiTw  tSv  ’EmSr^aiSv.  Il  est  évident  par  le  contexte  de  la 
phrase  qu’au  lieu  de  Zénon  et  Hérophile ,  il  faut  lire  Zénon  de 
la  secte  hérophilienne  (  Z^vwv  8  'HpoçiXsioç)*  Fabricius  ( Bibl . 
Gr.  T.  15,  p.  4-54)  et  Schulze  (Hist.  med.  p.  582)  ont  indiqué 
cette  correction ,  qui,  au  reste,  tend  à  faire  suspecter  davantage  le 
texte,  cité  plus  haut,  relatif  à  Hérophile  et  à  Bacchius. 

1  Gloss,  p.  490,  Ed.  Franz.  Voici  le  texte  grec  :  "Oto  xai  ’Epw- 
Ttavoç  où  uovov  auto  to  Çwov  xàuuopov ,  àXXa  xal  to  ttsouceiuevov 
aurai  8puov,o5rwç  ùvopiaÇscÔai'  çrjot.  Zr'vwv  8s  8  'HpocpiXsto;  to  xw^ 
vstov ,  Zeû^iç  os  cpapuaxov  tiuxTixov. 


INTRODUCTION. 


86 

entrepris  ce  travail  d’interprétation*;  et,  si,  comme  le  rapporte 
Érotien  sur  la  foi  des  commentateurs  antérieurs a ,  il  a  pré¬ 
cédé  Bacchius  dans  ce  travail,  cela  reporte,  au  tems  d’Héro- 
phile,  Xénocrite,  et,  avec  lui,  la  Collection  hippocratique. 
Érotien  nous  a  conservé  une  explication  de  Xénocrite,  elle 
est  relative  à  un  mot  du  Pronostic  5.  D’autres  grammairiens, 
sans  consacrer  un  livre  spécial  à  un  glossaire  hippocratique, 
se  sont,  dans  le  courant  de  leurs  recherches,  occupés  des 
difficultés  que  présente  le  vieux  langage  ionique  du  médecin 
de  Cos.  Érotien,  4  qui  dit  qu’aucun  des  grammairiens  cé¬ 
lèbres  n’a  passé  Hippocrate  sous  silence,  cite  entr’autres 
Aristarque  le  fameux  critique,  Aristoclès  et  Aristopéas  3,  tous 
deux  de  Rhodes  et  moins  connus ,  Diodore 6 ,  dont  on  nous  a 
conservé  une  explication  sur  un  mot  difficile  du  Traité  des 
lieux  dans  l’homme ,  enfin  Antigone  et  Didvme,  tous  deux 
d’Alexandrie,  et  dont  la  réputation  a  été  grande.  H  est  f⬠
cheux  que  les  travaux  de  ces  grammairiens  aient  complète¬ 
ment  péri;  nous  y  aurions  probablement  trouvé  des  res¬ 
sources  abondantes,  sinon  pour  éclaircir  toutes  les  diffi¬ 
cultés  que  présentent  les  livres  hippocratiques,  du  moins  pour 
en  épurer  le  texte.  J’ai  réuni  dans  ce  paragraphe  tous  les 
grammairiens,  bien  que  quelques-uns  soient  très  posté¬ 
rieurs,  afin  que  l’on  vît  d’un  seul  coup-d’œil  l’intérêt  qu’avait 
jadis  inspiré  la  Collection  hippocratique. 

1  Érotien,  p.  6,  Ed.  Franz. 

*  Meô’  8v  cpaoi  tov  Tavavpaïov  Baxysïov  IiriSaXelv  r/j  xpaypia- 
Ttsta.  p.  8,  Ed.  Franz. 

3  Page  58,  dXXoçaccetv. 

4  Page  12. 

5  Dans  quelques  manuscrits  d’Érolien,  on  lit  Aristéas  et  meme 
Aristobule. 

6  Érotien,  p.  216. 


SÉRIE  DES  CO.MMENTATECRS.  87 

Des  travaux  plus  regrettables  encore ,  parce  qu’ils  sont 
plus  spéciaux,  sont  ceux  de  Bacchius  de  Tanagre,  et  de  Phi- 
linus  l’empirique. 

Bacchius,  disciple  d’Hérophile,  donna  une  édition  du  troi¬ 
sième  livre  des  Épidémies 1 ,  écrivit  des  explications  sur  le 
sixième  livre  2,  sur  les  Aphorismes  3,  et  sur  le  Traité  de  V of¬ 
ficine  du  médecin 4.  Il  avait  en  outre  composé  un  écrit  en  trois 
livres  intitulé  les  Dictions 3.  Cet  écrit  embrassait  l’explica¬ 
tion  des  mots,  difficiles  et  tombés  en  désuétude,  de  la  Collec¬ 
tion  hippocratique.  Galien  assure  que,  fidèle  à  l’exemple 
d’Hérophile,  Bacchius  n’avait,  non  plus,  expliqué  que  les 
termes  obscurs,  et  il  ajoute  que  l’on  disait  què  ce  médecin 
s'était  fait  fournir  les  exemples  par  le  grammairien  Aris- 
tarque 6.  Érotien  dit  seulement  que  Bacchius  s’était ,  dans 
cet  ouvrage,  beaucoup  appuyé  du  témoignage  des  poètes  7. 
En  tout  cas ,  la  date  assignée  à  Aristarque  ne  permet  pas 
d’admettre  que  Bacchius  ait  été  aidé  par  ce  grammairien  ; 
Bacchius  a  été  contemporain  de  Philinus;  Philinus  avait 
été  auditeur  d’Hérophile  8 ,  or  un  auditeur  d’Héro¬ 
phile  est  antérieur  à  Aristarque.  Érotien  nous  a  conservé 
dans  son  Glossaire  plusieurs  explications  prises  dans  l’ou¬ 
vrage  de  Bacchius  \  elles  portent  toutes  en  effet  sur  des 
mots  obscurs.  Les  fragments  de  Bacchius ,  courts ,  mais  en 
assez  grand  nombre ,  qui  sont  parvenus  jusqu’à  nous , 

1  Galien,  t.  V,  p.  413,  Ed.  Basil. 

a  Galien,  t.  v,  p.  442,  Ed.Bas. 

3  Galien,  t.  v,  p.  328. 

4  Galien,  t.  v,  p.  662. 

5  ’Ev  tw  TipwTw  twv  Aéiiewv.  Erot.  p.  52.  Ed.  Franz. 

6  Galien,  Glossar.  p.  404,  Ed.  Franz. 

7  Érotien,  p.  8,  Ed.  Franz. 

8  Tàç  àcpopp.«<;  Xaêwv  Tocpà  'HpocptXov)  o&  xai  axo'JTTY,?  ivevs.o. 


I3ÏTRODCCTION. 


88 

ressemblent  beaucoup,  pour  leur  brièveté,  aux  articles 
du  Glossaire  d’Érotien. 

La  polémique  commença  dès  lors  entre  les  interprètes  d’Hip¬ 
pocrate.  Philinus  de  Cos  combattit  Bacchius  dans  un  traité 
composé  de  six  livres  -,  il  ne  nous  en  reste  rien  qu’une  expli¬ 
cation  insignifiante  sur  un  adverbe  du  Pronostic  et  un  mot 
du  Traité  des  articulations  *.  Il  eût  été  curieux  de  voir  com¬ 
ment  le  médecin  hardi ,  qui  fut  chef  de  l’école  des  empi¬ 
riques,  et  qui  essaya  d’établir  sur  l’unique  base  de  l’obser¬ 
vation  l’édifice  entier  de  la  médecine,  avait  conçu  l’inter¬ 
prétation  des  écrits  hippocratiques  :  si  tant  est  que  l’inter¬ 
prétation  ait  porté  sur  autre  chose  que  des  mots.  En  effet , 
la  polémique  de  Philinus,  à  en  juger  d’après  les  deux  seuls 
exemples  rapportés  par  Érotien,  a  été  dirigée  contre  le  livre 
des  Dictions ,  et  non  contre  les  Commentaires  de  Bacchius 
sur  les  Aphorismes,  et  sur  le  6e  livre  des  Épidémies ,  ou  contre 
son  édition  du  troisième.  L’ouvrage  de  ces  deux  médecins 
était-il  alphabétique  ?  On  serait  tenté  de  croire  que  non ,  vu 
que  Erotien  ne  signale  cet  arrangement  pour  la  première 
fois  que  quand  il  nomme  Glaucias,  venu  après  eux. 

Glaucias ,  de  la  secte  empirique ,  travaillant  aussi  sur 
les  mots  obscurs,  avait  composé  un  seul  volume,  mais 
très  considérable ,  où  il  suivait  l’ordre  alphabétique.  Éro¬ 
tien  le  trouve  trop  long  dans  sa  disposition  2,  et  il  lui  re¬ 
proche  d’avoir  ajouté  à  chaque  mot  l’indication  de  tous 
les  traités  dans  lesquels  se  trouve  le  mot.  Si  le  livre  de 
Glaucias  était  venu  jusqu’à  nous ,  nous  lui  saurions  gré  de 
ce  soin,  bien  loin  de  l’en  blâmer  5  car  il  avait  ainsi  composé 

Axpsxccoç  ...  <I>tXivoç  jaovov  axpiêtoç.  Erot.  p.  0%  Ed.  Franz. 

aaër,v.  p.  86, 

*  Érotien,  p.  16,  Ed.  Franz. 


SERIE  DES  COMMENTATEURS. 


89 


un  lexique  commode  des  termes  difficiles  de  la  Collection 
hippocratique.  Il  donna  plus  d’attention  que  n’avaient  fait 
ses  devanciers,  à  l’explication  médicale,  mais  il  paraît 
qu’il  ne  fut  pas  très  heureux  dans  la  partie  philologique 
de  son  travail 5  et,  à  cet  égard ,  ses  interprétations  furent 
peii  estimées  dans  l’antiquité..  Galien  nous  apprend4  que 
ce  médecin  considérait  le  Traité  des  humeurs  comme  ap¬ 
partenant  à  un  Hippocrate  autre  que  le  grand  Hippocrate, 
celui  qui  est  l’auteur  des  Aphorismes  ,*  remarque  qui  nous 
fournit  en  même  temps  la  preuve  que  le  commentateur  at¬ 
tribuait  les  Jphorismes  à  Hippocrate. 

Deux  commentateurs  seulement ,  dit  Galien  2  ,  avaient 
compris,  dans  leur  travail,  la  totalité  des  œuvres  hippocra¬ 
tiques  :  c’étaient  Zeuxis  et  Héraclide  de  Tarente,  tous  deux 
de  la  secte  empirique.  Xous  venons  de  vpir ,  en  effet ,  que 
Hérophile  et  Bacchius  n’avaient  commenté  que  certains 
traités  5  que  Xénocrite ,  Bacchius ,  Philinus  et  Glaucias 
n’avaient  composé  que  des  lexiques  interprétatifs  des  mots 
difficiles  5  or ,  des  lexiques  ne  sont  pas  des  commentaires  5 
tfnais  compilés ,  comme  ils  l’avaient  été,  sur  toute  la  Collec¬ 
tion  hippocratique,  ils  n’en  prouvent  pas  moins  l’existence 
de  cette  Collection  pour  le  temps  de  Glaucias ,  de  Philinus  v 
de  Bacchius  et  de  Xénocrite. 

Du  temps  de  Galien  les  commentaires  de  Zeuxis  étaieB 
peu  lus ,  et  ils  étaient  devenus  rares  3.  On  trouve,  dans^B 
témoignages  de  deux  interprètes,  aussi  anciens  que  Glaucias 
et  Zeuxis ,  une  preuve  que  le  texte  hippocratique  est  depuis 
long-temps  dans  l’état  où  nous  le  connaissons.  Glaucias, 

1  Comm.  sur  le  Traité  des  humeurs ,  p.  2,  Ed.  Kuhn. 

1  Galien,  t.  v,  p.  662,  Ed.  Basil. 

*  Galien,  t.  v,  p.  4\  1,  Ed.  Basil. 


INTRODUCTION. 


90 

ne  pouvant  donner  une  explication  satisfaisante  d’un  pas¬ 
sage  du  Sixième  livre  des  épidémies  ,  ajouta  une  négation. 
Zeuxis  lui  reproche  de  n’avoir  pas  saisi  le  sens  de  ce  pas¬ 
sage,  et  d’avoir  inutilement  introduit  une  correction  vio¬ 
lente  et  arbitraire  -,  mais,  par  sa  correction  même,  Glaucias 
constatait  la  leçon  que  porte  encore  le  texte,  de  sçrte  que 
cette  phrase  était  écrite  dès  ce  temps  là  comme  elle  l’est 
aujourd’hui  * ,  remarque  importante  pour  l’authenticité 
des  textes.  Le  Troisième  livre  des  épidémies  présente  , 
à  la  fin  de  l’histoire  de  chaque  malade ,  des  Caractères 
qui  ont  été  ajoutés  à  une  époque  inconnue.  Ils  ont  occupé 
plusieurs  commentateurs  ;  Zeuxis  y  avait  pris  une  peine  par¬ 
ticulière  ,  et  avait  relevé  les  erreurs  des  autres  2. 

Le  plus  célèbre  des  commentateurs  d’Hippocrate  est  Hé- 
raclide  de  Tarente.,  car  il  fut  en  même  temps  un  grand  mé¬ 
decin.  Le  temps  où  il  a  vécu  n’est  pas  exactement  connu , 
cependant  il  est  postérieur  à  Bacchius.  Ses  travaux  s’étaien  ; 
étendus  à  presque  toutes  les  branches  de  la  médecine ,  mais 
il  s’était  surtout  adonné  à  l’étude  de  la  matière  médi¬ 
cale  et  de  la  botanique,  et  il  disait  que  les  médecins  qui 
font  des  traités  sur  cet  objet  sans  être  versés  dans  la  con¬ 
naissance  des  simples,  ressemblent  aux  crieurs  publics  qu 
proclament  le  signalement  d’un  esclave  fugitif  sans  l’avoh 
jamais  vu.  Il  se  livra  à  des  travaux  d’érudition  sur  Hippo¬ 
crate  ,  et  il  avait  composé  un  commentaire  en  plusieurs  livres , 
qui  s’étendait  à  tous  les  écrits  portant  le  nom  du  médecin 
de  Cos.  La  perte  de  ce  commentaire  est  très  regrettable  à 
cause  de  la  vaste  étendue  des  connaissances  de  ce  médecin 
et  de  l’esprit  judicieux  qu’il  montra  dans  ses  écrits.  Il  fau' 

*  Galien,  t.  v,  p.  471 ,  Ed.  Basil. 

a  Galien,  t.  v,  p.  456,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  91 

remarquer  que  Héraclide  rejette  comme  apocryphe  le  traité 
des  humeurs  *. 

Zénon ,  de  la  secte  hérophilienne ,  passait  pour  un  mé¬ 
decin  habile,. mais  pour  un  mauvais  écrivain 1  2.  Il  composa 
un  commentaire  sur  le  3e  livre  des  Épidémies  3 4,  il  consacra 
aussi  un  livre  tout  entier  à  l’interprétation  des  Caractères  de 
ce  même  3e  livre.  Apollonius,  empirique,  y  répondit  par 
un  livre  plus  gros  encore.  Zénon  ne  se  tint  pas  pour  battu , 
et  répliqua  par  un  nouvel  ouvrage.  Cette  querelle  continua 
même  après  la  mort  de  Zénon  -,  et  Apollonius  Biblas  composa, 
sur  le  même  sujet,  un  nouveau  traité,  où  il  assurait  que,  ni 
l’exemplaire  trouvé  dans  la  bibliothèque  royale  d’Alexan¬ 
drie,  ni  celui  qui  venait  des  vaisseaux*,  ni  l’édition  donnée 
par  Bacchius  ne  portaient  les  Caractères  tels  que  Zénon  les 
avait  indiqués.  Ainsi,  l’interprétation  de  caractères  énigma¬ 
tiques  et  d’une  origine  douteuse ,  occupa  long-temps  les 
médecins  alexandrins  qui  se  livraient  à  la  critique  littéraire. 

C’est  dans  le  même  intervalle  de  temps  que  viennent  une 
foule  de  commentateurs  d’Hippocrate,  sur  lesquels  on  sait 
peu  de  choses,  tels  sont  :  Callimaque,  de  la  secte  hérophi¬ 
lienne,  cité,  par  Erotien,  parmi  les  commentateurs  d’Hippo¬ 
crate  5 ,  et  qui  avait  écrit  un  livre  sur  les  couronnes  qui  cau¬ 
sent  des  maux  de  tête  6 5  Épicéleustus  de  Crète,  qui  fit  un 

1  Galien,  Comment,  sur  le  Traité  des  humeurs,  t.  xvi,  pag. 
1 ,  Ed.  Kiilin. 

*  Noîfcai  [i£v  îxavoç,  ypotyai  8s  àxovoç.  Diog-  Laert.  p.  251 .  Ed. 
H.  Steph. 

3  Galien,  t.  v,  p.  4-10,  Ed.  Basil. 

4  J’expliquerai  plus  loin  ce  quêtaient  ces  exemplaires  des  vais¬ 
seaux. 

5  Érotien,  p.  8,  Ed.  Franz. 

6  Pline,  xxi,  5. 


tKTRODCCTION. 


92 

abrégé  des  explications  de  Bacchius  et  qui  les  mit  en 
ordre  *  -,  Apollonius  Ophis,  qui  en  fit  autant 2  ;  Dioscoride 
Phacas,  qui  combattit  ses  prédécesseurs,  dans  un  traité 
composé  de  sept  livres 3  5  Lysimaque  de  Cos,  qui,  après  avoir 
compris  tout  le  commentaire  d’Hippocrate  en  un  seul  livre, 
en  adressa,  sur  le  même  sujet,  trois  à  Cydias  hérophilien , 
et  trois  à  Démétrius  Euphorion,  qui  le  suivit  et  qui  com¬ 
menta  Hippocrate  en  six  livres  5  5  Héràclidè  d’Ervthrée,  qui 
avait  écrit  au  moins  sur  le  3 e Livre  des  épidémies,  surles  Carac¬ 
tères  et  sur  le  6e  il  avait  été  l’un  des  plus  célèbres  disciples  de 
Chryserme 7 ;"Epiclès,  postérieur  à  Bacchius  et  qui,  ayant  dis¬ 
posé  son  commentaire  par  ordre  alphabétique,  affecta  une 
vaine  brièveté8;  il  est  cependant  cité  plusieurs  fois  par  Érotien  : 
Euryclès ,  qu’  Erotien  nomme  une  fois  9,  et  qui  avait  expliqué 
le  Traité  des  articulations ;  Philonidès  de  Sicile,  dont  Érotien 
nous  a  conservé  l’explication  du  mot  Üépoèpoç,  mot  qui,  sui¬ 
vant  ce  médecin,  du  reste  inconnu,  signifie  rougeur  qui  se 
manifeste  au  dehors 10  ;  Ischomaque ,  Cydias  de  Myîasa 1 1  el 

I  Érotien,  p.  8,  Ed.  Franz. 

3  Ibid. 

3  Ibid. 

4  Ibidem.  Lysimaque  est  cite'  dans  les  Gloses  de  Nicandre  au 
sujet  de  la  plante  appelée  oopuxvtov,  et  il  y  est  appelé  Aucyipta^oç  c 
cI-7nroxpaTetoç,  p.  55. 

5  Érotien,  p.  12. 

6  Galien,  t.  v,  p.  412  ,  p,  442  et  p.  515,  Ed.  Basil. 

7  Galien, t.  iu,  p.  48. 

s  Érotien,  p.  16. 

9  Érotien,  p.  508. 

10To  ytvouevov  ipuQr^aa.  Érot.  p.  144.  Ed.  Franz. 

II  Érotien,  p.  192.  Cet  Ischomaque  serait-il  le  même  que  Histo- 
maque  dont  Soranus  parle  et  qui  avait  écrit  un  traité  intitulé  de  la 
Secte  dJ  Hippocrate  ? 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  93 

Cinésias 1 2 3  4,  tous  trois  cités  une  fois  chacun  dans  le  Glossaire 
d’Érotien  ;  Démétrius ,  l’épicurien ,  dont  Érotien  nous  a 
conservé  l’interprétation  de  deux  mots®,  et  remarquons  que 
ces  mots  se  trouvent  dans  les  Prénotions  coaques ,  et  que 
Démétrius  avait  commis  une  grossière  erreur  en  réunissant 
xXavycoSsa  et  ouuaza,  qui,  dans  la  phrase  hippocratique,  ne 
se  rapportent  pas  l’un  à  l’autre  -,  Diagoras  de  Chypre,  cité 
aussi  une  fois  par  Érotien  3  5  le  poète-médecin,  Nican- 
dre  de  Colophon  en  Ionie,  prêtre  du  temple  d’Apollon 
à  Claros,  et  qui  vivait  dans  le  second  siècle  avant  J.-C.  ; 
il  avait  paraphrasé  en  vers  le  Pronostic  d’Hippocrate  ,  et 
sans  doute  gâté ,  dans  ses  hexamètres ,  la  précision  du  lan¬ 
gage  hippocratique  sans  y  avoir  substitué  aucun  talent  poé¬ 
tique.  Rien  ne  nous  est  parvenu  de  ce  poëme  didactique  :  et 
nous  y  avons  peu  perdu.  Nicandre  avait  aussi  composé  un 
Glossaire  (YIûggou)  de  trois  livres  au  moins  *,  où  il  avait  ex¬ 
pliqué  des  mots  hippocratiques.  Érotien  le  cite  quelquefois 5. 

Enfin,  nous  arrivons  à  un  commentateur  dont  il  nous  est 
resté  quelque  chose,  c’est  Apollonius  de  Cittium,  qui  a  vécu 
dans  le  1er  siècle  avant  J.-C.  Il  était  disciple  d’un  certain 
Zopyre ,  qui  pratiquait  la  chirurgie  à  Alexandrie  et  qui  sui¬ 
vait  les  préceptes  d’Hippocrate  pour  les  fractures  et  les  luxa¬ 
tions  6.  Cela  prouve  (  ce  qui  résulte ,  au  reste ,  de  tant  de  com- 


1  Érotien,  p.  518. 

2  Page  196.  KXayvoùST]  oapÆTa. 

3  Page  506. 

4  NfxavSpoç  ô  ijtOTroioç  iv  rXtoactov.  Athén*  VH,  p.  SS8. 

5  ’AôsXyviTai  •  TxtxW-ç,  ixÔXi'êr/rat,  ôçxat  iïtxavSpoç  i^yslxat. 

p.  732 . 

6  Scholia  in  Hipp.  Edit.  Dietz,  1. 1,  p.  2. 


INTRODUCTION. 


94 

mentateursdéjà  cités)  que  l’autorité  d’Hippocrate  était  grande 
à  Alexandrie  5  déjà ,  pour  Apollonius ,  Hippocrate  est  le  divin. 
Ce  médecin  avait  composé  un  Traité  en  dix-huit  livres  qui 
combattait  un  ouvrage  en  trois  livres  d’Héraclide  deTarente, 
ouvrage  qu’Héraclide  avait  lui-même  adressé  au  livre  de  Bae- 
chius.  Hn’enfautnullementconclurequ’ Apollonius  deCittium 
ait  été  contemporain  d’Héraclide  deTarente,  qui,  dans  le  fait, 
lui  était  antérieur.  Erotien  cite  une  interprétation  d’Apollonius 
sur  un  mot  qui  se  trouve  dans  les  Prénotions  coaques ,  dans 
le  premier  livre  des  Prorrhétiques  et  dans  le  septième  livre  des 
Épidémies *.  H  ne  nous  reste  rien  de  ce  grand  travail,  à  moins 
que  le  petit  commentaire  sur  le  Traité  des  articulations  n’en 
soit  un  fragment.  C’est  ce  commentaire  seul  qui  est  arrivé 
jusqu’à  nous;  il  a  été  publié,  pour  la  première  fois,  en  grec 
par  M.  Dietz.  H  est  curieux ,  à  ce  titre ,  que  de  tous  les  mo¬ 
numents  de  ce  genre  c’est  le  plus  ancien  que  nous  possédions. 
Apollonius  y  avait  joint  des  figures  qui  représentaient  les 
•manœuvres  de  la  réduction;  il  accuse  Bacchius  d’impéritie 1  2 3 *: 
il  cite  un  certain  Hégétor,  chirurgien  d’Alexandrie  5,  à  qui 
il  reproche  de  n’avoir  pas  compris  le  texte  d’Hippocrate  su 
la  réduction  de  la  cuisse.  Hégétor  soutenait  que  la  rupture  du 
ligament  rond  du  fémur  empêchait  l’os  réduit  de  rester  dans 
la  cavité  cotyloïde.  A  ce  propos,  Apollonius  déclame  contre 


1  K^aYY<oû7] ,  p .  1 98. 

’  Scholia  in  Hipp.  Ed.  Dietz,  1. 1,  p.  4. 

3  Ibid .  p.  55.  Cet  Hégétor  est  celui  dont  parle  Galien  dans  sor 

Traité  sur  la  distinction  du  pouls.  Il  réunit  dans  une  même 
phrase  plusieurs  médecins  d’Alexandrie  :  ’A Xkk  -zi  oàv  'HpàpiXor 

aïrav,  -rt  $’  HpaxXstSrjç  ts  xai  Xpuaspuoç  xat  'Hyr'-rcop  oùx  opGôk 
s£7)Y7]a-avT0,Ti  S’av  slrav  ’AxoXXtov ioç xai  Bax^stoç xz xai  ’Apicrrol-evoç  - 
eîSïvat  pouXo'fzeOa.  T.  5,  p.  85,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  95 

l’anatomie,  tant  vantée  des  hérophiliens ,  et  dit  qu’une  telle 
opinion  est  réfutée  par  les  faits  L  Apollonius  de  Cittium  ap¬ 
partenait  à  la  secte  empirique-,  aussi  combat-il  fortement  les 
hérophiliens.  Son  livre  est  adressé  à  un  prince  appelé  Pto- 
lémée.  L’auteur  se  contente  dépasser  en  revue  les  différents 
moyens  de  réduction  employés  par  Hippocrate;  il  n’entre 
dans  aucun  autre  détail  de  pathologie.  Il  termine  son  com¬ 
mentaire,  fort  court  du  reste,  par  une  récapitulation  de 
toutes  les  réductions  des  os  luxés. 

Le  tempsarrivait  où  la  médecine  allait  subir  l’influence  d’un 
système  qui  prétendait  mettre  à  néant  toutes  les  anciennes 
doctrines.  L’auteur  de  ce  système,  Asclépiade,  s’occupa  des 
écrits  hippocratiques,  non  pas  seulement  pour  les  critiquer , 
mais  aussi  pour  les  interpréter  en  érudit.  Ce  médecin ,  dit  de 
Bithynie,  de  Pruse,  et  quelquefois  de  Kios ,  parce  que  Pruse 
avait  aussi  porté  ce  nom,  vécut  à  Rome  du  temps  de  Crassus 
l’ancien  et  de  Pompée.  H  avait  composé  un  grand  nombre 
d’écrits ,  aujourd’hui  tous  perdus ,  dont  deux  seulement 
étaient  relatifs  à  un  travail  d’érudition  sur  Hippocrate.  Ce 
sont  :  un  commentaire  sur  le  Traité  de  V officine  du  médecin , 
cité  par  Galien 1  2,  et  par  Érotien  au  mot  2xs-r rapvoç 3  :  «  Le 
« sképarnos ,  dit  Asclépiade,  est  un  bandage  qui,  revenant 
«  sur  lui-même  en  forme  de  X  ,  fait  une  espèce  de  croise¬ 
ment  et  d’angle  -,  »  et  un  commentaire  ou  explication  (  ex- 
planatorium )  des  Aphorismes ,  qui  était  probablement  en 


1  ScLolia  in  Hipp.  Ed.  Dietz,  1. 1,  p.  55. 

a  Tome  v,  p.  652,  Ed.  Basil. 

3  P.  554,  Ed.  Franz  :  Maprupsî  81  ’A<7xXr,‘r:taoT,ç  Iv  tw  ’E^yr,?!- 
x5  roy  Kar’  ’lrjTpsïov  Xeycov  *  etrci  yccp  6  trxs-apvoç ,  #tccv  6  i-ziSs- 
saoç  siciëxXXiov  au-coç  laurou  xai  (j^o’jpÆvoç,  xXaciv  Ttvà  ttoo,  *xa\ 
ycoviav  •  oîov  #rav  6p6ôXo;ov  ettioîO^. 


INTRODUCTION. 


96 

sept  livres,  et  dont  Cælius  Aurélianus 1  et  Érotien  2  citent  le 
second.  Galien  nous  a  conservé  un  assez  long  passage  d’As- 
clépiade  tiré  peut-être  de  quelqu’un  des  commentaires  in¬ 
diqués  plus  haut,  et  qui  mérite  d’être  rapporté  ici.  «  Les  os 
«  se  luxent ,  dit  Asclépiade,  sans  cause  apparente ,  par  l’ac- 
«  tion  des  maladies  chroniques  5  Hippocrate  le  témoigne  dans 
«  son  Traité  des  articulations.  J’en  ai  moi-même  observé 
«  deux  cas  :  le  premier  fut  à  Parium 5;  le  malade,  sans  avoir 
«  reçu  de  coup ,  sans  avoir  fait  de  chute ,  commença  par  res- 
«  sentir  des  douleurs  dans  la  jambe;  au  bout  de  trois  mois 
«  qu’il  passa  au  lit,  la  tête  du  fémur  fut  chassée  hors  de  sa 
«  cavité.  Le  malade  éprouva  cet  accident  par  l’excès ,  je 
«  pense ,  des  douleurs  auxquelles  il  fut  en  proie.  Le  seconc 
«  cas  s’est  présenté  sur  un  jeune  homme,  acteur  tragique. 
«  Chez  lui  aussi  l’os  de  la  cuisse  se  luxa  sans  cause  app⬠
te  rente ,  les  chairs  attirant  par  l’inflammation  la  tête  de  l’os 
«  et  le  chassant  de  la  cavité  qu’il  occupait.  »  Cette  citatior 
pourrait  faire  croire  qu’ Asclépiade  n’était  pas  aussi  injuste  à 
l’égard  d’Hippocrate  que  Galien  le  prétend  en  plusieurs  pas¬ 
sages.  «  Asclépiade,  dit-il  *,  méprise  les  dissections  d’Héro- 
«  phile,  accuse  Érasistrate,  et  fait  peu  de  cas  d’Hippocrate. 

H  est  probable  que,  dans  toutes  les  circonstances  où  les  théo¬ 
ries  hippocratiques  ont  été  en  contradiction  avec  les  siennes, 
le  médecin  bithynien  a  peu  ménagé  le  médecin  de  Cos  ;  mais 
on  peut  croire  que,  dans  la  chirurgie ,  il  a  rendu  hommage  à 
son  expérience. 

H  y  a  eu  deux  Lycus  parmi  les  commentateurs  d’Hippo¬ 
crate;  c’est  une  particularité  de  l’histoire  médicale  qu  i 

*  Acut.  3, 1 , 

1  P.  300,  Ed.  Franz. 

3  Tille  célèbre  sur  l’Hellespont. 

4  Tome  I,  p.  436,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  97 

faut  ici  éclaircir.  On  les  a  toujours  confondus  l’un  avec  l’au¬ 
tre.  Leclerc 1  ne  parle  que  d’un  Lycus  ou  Lupus  de  la  secte 
empirique,  qui  est  souvent  cité  par  Galien ,  comme  ayant 
écrit  peu  de  temps  avant  lui.  Ackermann  2  le  nomme  Lycus 
le  Napolitain,  ajoutant  cependant  que  Galien  lui  attribue 
expressément  la  qualification  de  Macédonien.  M.  Hecker  3 
ne  connaît  qu’un  Lycus  qu’il  appelle  aussi  le  Macédonien.  H 
faut  admettre  deux  médecins  du  même  nom,  ayant  tous 
deux  travaillé  à  l’explication  des  écrits  hippocratiques  ;  l’un 
était  de  Naples,  l’autre  était  de  Macédoine.  Ils  ont  vécu  à 
une  époque  différente ,  et  c’est  ce  qui  permet  de  les  distin¬ 
guer.  Érotien  cite  Lycus  de  Naples  ;  or  Érotien  a  vécu  sous 
Néron  :  Lycus  cité  par  lui  ne  peut  donc  pas  être  placé  à  une 
époque  plus  rapprochée.  D’un  autre  côté ,  Lycus  le  Macédo¬ 
nien  avait  été  disciple  de  Quintus.  Galien  suivit  les  leçons  de 
plusieurs  médecins  élevés  à  l’école  de  Quintus;  par  consé¬ 
quent  Lycus  de  Macédoine  aurait  pu  être  le  maître  de  Ga¬ 
lien;  il  était  donc  vieux  quand  Galien  était  jeune.  Il  a  donc 
fleuri  vers  l’an  120  après  J.-C.,  et  il  est  plus  ancien,  d’au 
moins  soixante  ans,  que  Lycus  de  Naples  ;  à  supposer  même, 
ce  que  rien  ne  prouve,  que  ce  dernier  ait  été  contemporain 
d’Érotien.  Ainsi  il  faut  admettre  l’existence  de  deux  Lycus. 

On  ne  peut  établir  d’une  manière  précise  l’époque  où  a 
vécu  le  premier.  Érotien  4  ,  qui  le  cite  deux  fois ,  le  joint,  la 
première  à  Épiclès,  abréviateur  de  Bacchius;  et  la  seconde, 
il  le  nomme  avecDioscoride  d’Anabarze,  l’auteur  de  la  Ma¬ 
tière  médicale.  On  ne  connaît  des  travaux  de  ce  médecin  sur 
les  écrits  hippocratiques  que  ce  que  le  Glossaire  d’Erotien 

1  Histoire  de  la  médecine,  t.  ni,  p.  106. 

’Fabricii  Bibl.  Gr.,  t.  11,  p.  600,  Ed.  Harles. 

3  Gcschicbte der  Heilkunde,  B.  1,  p.  457 

4  Gloss,  p.  66  et  p.  214,  Ed.  Franz. 


TOM.  1. 


7 


98  INTRODUCTION. 

nous  en  apprend.  Les  deux  explications  qu’il  lui  emprunta 
sont  relatives  l’une  et  Fautre  à  deux  mots 1  du  Traité  de* 
lieux  dans  l'homme.  Lycus  de  Naples  avait  composé,  sur  cet 
écrit,  un  commentaire  de  plusieurs  livres 5  carÉrotién  cite  le 
second  2. 

Thessalus  de  Tralles,  méthodique,  avait  composé  un  livre 
pour  réfuter  les  Aphorismes;  il  ne  nous  en  reste  que  le  ju¬ 
gement  de  Galien ,  qui  prétend  que  Thessalus  n’avait  rien 
compris  à  l’art  d’Hippocrate ,  et  qu’il  lui  aurait  fallu  appren¬ 
dre  avant  de  critiquer  3.  C’étaient  des  méthodiques  qui  re¬ 
tournaient  le  premier  aphorisme,  et  qui  disaient  que  la  vie 
était  longue  et  que  l’art  était  court,  voulant  montrer  par  là 
que  leur  système  simplifiait  et  abrégeait  ce  qui  avait  par  a 
jadis  si  compliqué  et  si  difficile.  Telle  a  été,  du  reste,  la  pré¬ 
tention  des  systèmes  universels  en  médecine. 

De  ce  grand  naufrage  de  la  littérature  médicale  de  l’anti¬ 
quité,  il  n’est  arrivé  jusqu’à  nous  que  quelques  fragments. 
En  citant  un  commentateur  d’Hippocrate,  on  peut  rarem-sr 
ajouter  que  son  ouvrage  est  conservé.  Dans  cette  énuméra¬ 
tion  ,  déjà  longue,  nous  rencontrons  un  second  écrit  destin é 
à  éclaircir  les  écrits  hippocratiques,  et  échappé  à  la  ruin 
commune.  C’est  le  Glossaire  d’Erotien.  Cet  écrivain,  dont 
nom  est  tantôt  écrit  Hérotien,  Erotion,  Érotinon ,  et  môme 
Hérodien ,  a  vécu  du  temps  de  Néron ,  et  il  a  dédié  son  ou¬ 
vrage  à  l’archiatre  Andromaque.  On  n’a  aucun  renseigne¬ 
ment  sur  sa  vie  ni  sur  ses  autres  écrits.  Nous  possédons  de 
lui  un  Glossaire  qui  contient  des  renseignements  précieux 
soit  sur  l’histoire  littéraire  des  écrits  hippocratiques ,  soit  sur 

1  ’Aopxécov.  Kajxaapw. 

1  ’Ev  TCO  {F  touSs  TOU  <TUYypaap,aTo<;  iSpr^TUcS).  p.  216,  Ed. 
Franz. 

3  Galien,  t.  v,  p  337,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  99 

l’interprétation  des  expressions  difficiles  qu’ils  renferment. 
Il  avait  sans  doute  composé  d’autres  commentaires  sur  Hip¬ 
pocrate;  car,  parlant  des  deux  livres  des  Prorrhétiques ,  il 
dit  qu’il  montrera  ailleurs  que  ces  livres  ne  sont  pas  d’Hip¬ 
pocrate  1 .  Dans  un  autre  endroit ,  il  dit  qu’il  fera  voir  qu’Hip- 
pocrate  et  Diüclès  se  sont  trompés  sur  les  prétendus  cotylé¬ 
dons  de  la  matrice 2.  H  nous  a  donné  une  liste  arrangée 
méthodiquement  des  écrits  hippocratiques;  c’est  la  plus  an¬ 
cienne  que  nous  ayons ,  et  l’on  voit  par  la  remarque  d’Érotien 
sur  les  Prorrhétiques ,  que  cette  liste  ne  contient  pas  seule¬ 
ment  les  écrits  qu’il  juge  être  de  la  main  d’Hippocrate  lui- 
même.  La  division  qu’Érotien  a  adoptée  est  en  livres  sé¬ 
miotiques;  livres  relatifs  à  la  recherche  des  causes  et  à 
l’étude  de  la  nature;  livres  de  thérapeutique;  livres  de  dié¬ 
tétique  ;  livres  de  mélanges,  Aphorismes  et  Épidémies )  enfin 
livres  relatifs  à  l’exercice  de  l’art.  Foes  a  suivi ,  dans  son 
édition,  cette  division.  Je  discuterai  plus  loin  la  liste  donnée 
par  Érotien.  Remarquons  cependant  ici  qu’elle  contient  des 
traités  que  nous  ne  possédons  plus;  que  certains  traités  aux¬ 
quels  l’antiquité  a  donné  le  titre  d’hippocratiques  n’v  figurent 
pas;  et  que  plusieurs  traités  qui  se  trouvent  dans  la  Collec¬ 
tion  telle  que  nous  l’avons,  n’y  sont  pas  nommés. 

Le  Glossaire  d’Érotien  suit  un  ordre  alphabétique  en  tant 
que  tous  les  mots  qui  commencent  par  la  même  lettre  sont 
mis  ensemble  ;  mais  l’ordre  alphabétique  n’est  plus  conservé 
sous  le  chef  de  chaque  lettre,  et  l’examen  comparé  de  la 
préface  et  du  Glossaire  lui-même,  montre  que  le  lexique 
d’Érotien  a  été  interverti  de  la  manière  la  plus  complète  par 

1  npop^Tixov,  a'  xat  wç  ojx  Ictiv  'iTr^roxpaTOuç,  iv  aXXoïç  Sst- 
Soasv.  p.  25,  Ed.  Franz. 

2  a(hi8s  <j>£uûoç  ~apaû£§o)x«Giv ,  aXXayôtrz  SsiÇo (u.£V.  p.  208,  Ed. 
Franz. 


IXXROJDCCTIOX. 


100 

quelque  copiste  qui  s’est  cru  fort  habile,  et  qui  n’a  été  qui! 
maladroit.  Heringa 1 ,  qui  a  discuté  ce  point  de  critique ,  a 
fait  clairement  voir  que  l’ordre  d’Érotien  avait  été  celui-ci  ■ 
après  avoir  dressé  sa  liste  des  écrits  hippocratiques ,  le  com¬ 
mentateur  a  pris,  dans  le  traité  porté  le  premier  sur  cette 
liste ,  tous  les  mots  qu’il  voulait  expliquer  ;  il  eü  a  fait  autant 
pour  le  second ,  et  ainsi  de  suite  jusqu’au  dernier.  De  cetir 
façon,  le  lecteur  voyait,  d’un  seul  coup  d’œil,  à  quel  trait 
le  mot  expliqué  appartenait ,  et  Érotien  échappait  ainsi  au 
reproche  adressé  par  lui  à  Glaucias,  lequel  avait  noté  exac¬ 
tement  à  chaque  mot  les  trait^bfcp^qnçt  se  trouvait ,  mais 
avait  ainsi  grossi  consi<^p^epenfrsqrî-  ouvrage.  Dans  l’état 
où  nous  avons  maintenant  Iq^s^^pmen ,  il  n’est  pas 
possible,  dans  un  grançl no^p^^^dej-kpporter  le  mot 
interprété  à  l’écrit  hippocratiÿif  ^ufl-vient)  Plusieurs  ex¬ 
pressions,  dont  Érotien4onnéi’e^|)lieatiortSë  se  retrouvent 
pas  dans  la  Collection  hippocrat|4ù^eüë?quy  nous  la  possé¬ 
dons.  Sans  doute  quelques-üns 'de,  .çe^np^s  appartiennent 
aux  écrits  perdus  d’Hippocrate  ;  mai^  ^certainement ,  l’ab¬ 
sence  de  la  plupart  est  du  fait  des  copistes  qui  ont  souvent 
substitué  les  gloses  mises  en  marge  au  mot  hippocratique 
ancien  et  plus  obscur  ;  les  manuscrits  en  fournissent  plusieurs 
exemples. 

D’Erotien  à  Galien ,  c’est-à-dire  de  l’an  50  à  l’an  150  aprte 
J.-C. ,  nous  rentrons  dans  une  période  où  les  commentateurs 
d’Hippocrate  ont  complètement  péri.  Cependant  cette  époque 
n’a  pas  été  improductive  sur  le  sujet  qui  m’occupe  en  ce  mo¬ 
ment,  et  plusieurs  médecins  ont  travaillé  à  l’explication  du 
texte  hippocratique.  Remarquable  influence  de  ces  livres  qui 
se  trouvent  placés  à  l’origine  de  l’histoire  et  de  la  science  : 

*  Obs.  p.  5,  seq. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS. 


101 


tous  les  âges  en  reprennent  l’interprétation,  et  tous  y  trouvent 
de  quoi  alimenter  la  méditation,  de  quoi  fortifier  l’intelligence. 

Sabinus  a  été  un  des  commentateurs  d’Hippocrate  les  plus 
distingués  de  cette  période.  Galien  le  cite  souvent,  tout  en 
en  faisant  la  critique  ;  mais,  dans  son  Traité  sur  ses  -propres 
ouvrages ,  il  lui  rend  plus  de  justice,  et  il  dit  que  Sabinus  et 
jfiufus  d’Éphèse  (ces  deux  noms  sont  presque  toujours  réunis 
par  Galien)  avaient  mieux  compris  que  la  plupart  des  autres 
commentateurs  la  pensée  d’Hippocrate  4.  Sabinus  tendait 
généralement  à  trancher  dans  le  vif  et  à  changer  du  tout  au 
tout  les  leçons  qu’il  né  pouvait  pas  comprendre.  Galien  en 
rapporte  plusieurs  exemples;  ainsi,  on  lit  dans  le  Sixième 
livre  des  épidémies  deux  mots  obscure,  V ardeur  brillante 
(^wpacijLa  Xaarpov);  Sabinus,  ne  les  comprenant  pas,  lit: 
Couleur  brillante  (^ptoua  Xaa-pov)  2.  Ce  qu’il  a  fait  de  plus 
singulier  dans  ce  genre  est,  peut-être ,  le  changement  qu’il  a 
introduit  dans  un  passage  du  Traité  de  la  nature  de  Vhomme. 
L’auteur  hippocratique  a  dit  :  Je  soutiens  que  V homme 
n’est  composé  uniquement  ni  d’air,  ni  d’eau ,  ni  de  terre  ,  ni 
de  toute  autre  chose.  Sabinus  avait  transformé  ce  passage  de 
la  manière  suivante  :  Je  soutiens  que  Vhomme  n’est  composé 
ni  d’air,  comme  Anaximène  le  prétend,  ni  d’ eau ,  comme  le 
dit  Thalès,  ni  de  terre ,  comme  V assure  Xenophane  dans  un 
de  ses  écrits 3.  Il  est  difficile  de  juger,  d’après  le  texte 
de  Galien,  si  c’était  la  plus  inexcusable  des  additions,  ou 
une  simple  explication  intercalée  sous  forme  de  paren¬ 
thèse.  En  général,  les  explications  de  Sabinus  paraissent 
avoir  eu  quelque  chose  de  subtil  et  de  bizarre;  ainsi, 
voulant  interpréter  les  mots  respiration  élevée  ( 

1  Tome  îv,  p.  370,  Ed.  Basil. 

a  Galien,  t.  v,  p.  462,  Ed.  Basil. 

3  Galien,  t.  v,  p.  4,  Ed.  Basil. 


102  ÎM'RODOCTIQN. 

acTEtopov  ) ,  il  dit  que  la  respiration  est  ainsi  appelé 
parce  qu’elle  se  fait  du  bout  des  narines,  Finflammatio; 
obstruant  le  calibre  de  la  trachée-artère,  et  l’attraction  d<. 
l’air  ne  pouvant  plus  se  faire  dans  l’intérieur  du  poumon 
Ce  que  disait  Sabinus  sur  les  urines  huileuses  n’était  pa:i 
plus  heureux.  «  Les  substances  huileuses  sont,  dit-il ,  l’ali- 
<c  ment  de  la  nature  animale,  comme  l’huile  l’est  du  feu  5  une 
«  urine  huileuse  indique  que  la  nature  ne  prend  pas  ses  ali¬ 
te  ments,  et  est  ainsi  un  signe  funeste. 1  2.  »  Galien  blâme, 
beaucoup  3  Sabinus  d’avoir  dit  métaphoriquement  qu 'une 
maladie  dressait  des  embûches  (Xo^ouvtoç  tou  voG^jxaToç).  Ce 
n’est  cependant  pas  autre  chose  que  notre  locution  maladie 
insidieuse .  Sabinus  avait  dit ,  en  expliquant  un  passage ,  que 
la  pression  des  fragments  d’os ,  ou  de  la  main  même  du  chi¬ 
rurgien  sur  le  cerveau,  produisait  le  délire.  A  quoi  Galien 
réplique,  que  sans  doute  Sabinus  n’avait  jamais  vu  un  tré¬ 
pané  ,  car  autrement  il  aurait  su ,  qu’en  appuyant  sur  les 
méninges  avec  le  doigt  on  produit,  non  pas  du  délire,  mais 
un  coma  profond  4. 

Au  sujet  du  malade  couché  dans  le  jardin  de  Déalcès,  Sa¬ 
binus  assure  que  cette  circonstance  a  concouru  à  la  produc¬ 
tion  de  la  maladie.  «  En  parlant  du  jardin ,  dit-il ,  Hippocrate 
«  a  voulu  indiquer  qu’il  fallait  y  voir  le  point  de  départ  de  la 
«  fièvre  ;  1  homme  n’est  pas  un  animal  herbivore  ;  une  nour- 
«  riture  inusitée  fit  éprouver  un  changement  fâcheux  à  ce 

1  M£T£,£0?0Ç  évwrvo^,  Toutémv  &cpa  t5]  £tv't  dvsîcvst. 

Stà  ^  tytnçiaç  xcàsopénrc  t9;ç  eêpu^piaç,  xal  pjx«t 

§uva fxévrjÇ  T7)ç  tou  rcvâfcaToç  eïç  tov  icveuaova  YsvÉa6at.  Gai. 

t.  v,p.  410,  Ed.  Basil. 

2  Galien,  t.  v,  p.  455,  Ed.  Basil. 

3  Tome  v,  p.  402,  Ed.  Basil. 

4  Tome  v,  p.  598,  Ed.  Basil. 


SERIE  DES  COMMENTATEURS.  103 

«  malade.  »  Galien  se  moque  de  Sabinus ,  et  il  lui  reproche 
de  s’être  arrêté  à  de  pareilles  futilités,  tandis  qu’il  avait, 
s'il  prétendait  donner  quelque  réalité  à  des  explications  sans 
importance ,  tant  à  dire  sur  le  mauvais  air  des  jardins  *. 

Il  est  probable  que  Sabinus  avait  commenté  l’ensemble 
des  œuvres  hippocratiques;  cependant  les  citations  que  l’on 
trouve  dans  Galien  ne  sont  relatives  qu’aux  Épidémies ,  au 
Traité  de  la  nature  de  l’homme ,  au  Traité  des  humeurs  et 
aux  Aphorismes.  Pour  ce  dernier  écrit,  on  le  conclut  de  ce 
que  un  commentateur  postérieur,  Julien,  qui  avait  inter¬ 
prété  les  Aphorismes ,  s’était  beaucoup  plus  occupé  des  ex¬ 
plications  de  Sabinus  que  du  texte  même  de  son  auteur 1  2 3. 

Aulu-Gelle  nous  apprend  que  Sabinus  avait  aussi  com¬ 
menté  le  Traité  de  l’aliment ,  et,  à  ce  propos,  il  fait  l’éloge 
de  ce  médecin  5.  Il  le  cite  au  sujet  du  passage  obscur  :  la 
naissance  à  huit  mois  est  et  n’est  pas.  Sabinus  expliquait  cela 
en  disant  :  «Elle  est,  car  le  produit  d.e  l’avortement  parait 
«  comme  animal  ;  elle  n’est  pas ,  car  il  meurt  dans  la  suite. 
«  C’est  une  naissance  en  apparence  pour  le  moment  ;  mais 
«  ce  n’est  pas  une  naissance  effective  4.  » 

Son  disciple  Métrodore  s’était  aussi  livré  sur  Hippocrate 
à  des  travaux  de  critique  ;  Galien  ne  le  cite  que  rarement  et 
à  propos  de  son  maître  5. 

Rufus  d’Éphèse ,  médecin  célèbre,  qui  vécut  sous  Trajan , 

1  Galien,  t.  v,  p.  402,  Ed.  Basil. 

1  Galien,  t.  v,  p.  558,  Ed.  Basil. 

3  Noctes  Atticce,  lib.  5,  cap.  16  :  Sabinus  medicus  qui  Hippo- 
cratem  commodissime  commentatus  est. 

4  Noctes  Atticce ,  lib.  5,  cap.  16  :  'Ecrri  uiv  çottvoasva  &ç 
ffîz  [astcc  tV  ocrpüxjtv  oux  îa nv  ôv^ovra  asxà  Ta-hra*  xal 
gcrciv  oûv  (pxvcaffîa  uiv  — apaoxvxa  ovxa,  £uvaast  Se  oux  scriv. 

5  Galien,  t.  v,  p.  454,  Ed.  Basil. 


INTRODUCTION. 


104 

consacra  une  partie  de  son  temps  à  l’étude  des  monuments 
hippocratiques.  Galien,  qui  était  peu  disposé  à  flatter  ses  pré¬ 
décesseurs  dans  ce  genre  de  travail,  lui  accorde,  ainsi  qu’à 
Sabinus,  le  mérite  Æ  avoir  été  très  versé  dans  l’étude  dei 
écrits  Æ Hippocrate *.  Nous  ne  savons  pas  au  juste  quels  sont 
les  écrits  hippocratiques  que  Rufus  avait  commentés.  Galien , 
qui  seul  nous  donne  quelques  renseignements  sur  ce  sujet 
nous  prouve,  par  les  citations  qu’il  rapporte,  que  Rufm 
avait  commenté  les  Aphorismes ,  les  livres  des  Épidémies ,  le 
Premier  livre  des  Prorrhétiques  ,  le  Traité  des  humeurs  ; 
c’est  là  tout  ce  que  nous  savons  de  ses  commentaires  sur  les 
écrits  hippocratiques.  Galien  dit  que  Rufus  s’efforçait  tou¬ 
jours  de  conserver  les  vieilles  leçons  du  texte 1  2 3 *.  On  voit,  par 
quelques  lignes  que  Galien  a  conservées  du  commentaire  de 
Rufus  sur  le  Premier  livre  des  Prorrhétiques,  que  le  médecin 
d’Éphèse  estimait  peu  les  travaux  de  Zeuxis  :  «  Zeuxis ,  dit- 
«  il,  s’il  faut  aussi  en  faire  mention, qui  fuit  ordinairement 
«  la  raison,  en  donne  ici  une  preuve,  car  rencontrant  une 
«  erreur,  il  l’a  conservée  *,  il  veut  qu’on  interprète  (il  s’agit  d’un 
«  passage  du  Premier  livre  des  Prorrhétiques )  urine  cuite 
«  oGpa  TrgTrova ,  comme  signifiant  urine  purulente  et  épaisse  : 
«  chose  fâcheuse  ;  ne  sachant  pas  que  la  coction  des  urines 
«  est  comptée  parmi  les  phénomènes  les  plus  utiles  5.  »  Rufu? 

1  Avopaç  toîç  'BrroxpaTOuç  ypauaactv  ôpLtXr,xoTaç  ou  7rapspywç. 
De  lib.  prop.  t.  1 ,  p.  35,  Ed.  Chart. 

*  ’Av-/;p  <puXa<7<istv  jxsv  aet  TCSipoSjjÆvoç  toç  -rcaXatà;  ypaoaç.  t.  v. 
P.  188,  Ed.  Basil. 

3  Zsu^tç  os,  £i  apa  8sï  xai toutou  p.vr,;xov£u<7at,  xaTa  ttoXu  ôiacpsu ytov 
to  àffuvsxov  ((tuvstov  ?),  IvTauôa  $ia7cs<pv]vsv.  ’EiriTTScobv  yàp  atxapT^txa- 

ti,  eçuXa^sv  aÙTo.  BouXstoci  yàp  ysypaçOat  to  oupa  tcsizovol,  &<j£t  xat 

oupa  icuwSr)  xai  ira^oç  e^ovTa  jxoy_0v]pov ,  oux  etowç  tout’  oti  tout’  Iv 
toïç  a£y{(rrotç  pOY^'txaai  xaTaptOtxstTat.  Gai.  t.  v.  p.  188,  Ed.'  Basil. 


SÉRIE  ©ES  COMMENTATEURS.  105 

voulait  qu’on  lût ,  urines  rendues  avec  douleur ,  o3pa  èrt-ova. 
L’auteur  du  commentaire  sur  les  Aphorismes ,  attribué  à  Ori- 
base ,  nous  apprend  que  Rufus  avait  divisé  ce  traité  en  quatre 
sections ,  et  Soranus  en  trois  *.  On  peut  croire ,  d’après  cette 
remarque,  que  Soranus  (le  commentaire  ne  dit  pas  lequel) 
avait  aussi  fait  quelque  travail  sur  les  Aphorismes  ;  il  ne  reste 
aucune  trace  de  ce  travail ,  s’il  a  existé. 

Malgré  les  divisions,  les  coupures  différentes,  les  Apho¬ 
rismes  se  sont  toujours  suivis  dans  le  même  ordre  :  Marinus  en 
fournitune preuve.  Dans  la  septième  section ,  aulieu  de  :  dans 
lesbrûlures  considérables ,  les  convulsions  ou  le  tétanos  est  f⬠
cheux,  Marinus  lisait  :  dans  les  blessures  considérables,  ajou¬ 
tant  que  l’aphorisme  suivant  justifiait  cette  leçon 1  2 3.  En  effet , 
l’aphorisme  suivant  est  relatif  aux  blessures,  et  il  a  conservé 
la  place  qu’il  avait  du  temps  de  Galien  et  de  Marinus.  Or, 
celui-ci  est  antérieur  d’une  cinquantaine  d’années  au  mé¬ 
decin  de  Pergame ,  qui  a  laissé  les  Aphorismes  dans  l’ordre 
où  ils  étaient  avant  lui.  Marinus  a  été  célèbre  par  ses  tra¬ 
vaux  anatomiques  -,  il  paraît  n’avoir  commenté  que  les  Apho¬ 
rismes  d’Hippocrate.  Galien  le  cite  un  peu  plus  loin,  au  sujet 
d’un  aphorisme  difficile  à  interpréter  5. 

Quintus  fut  disciple  de  Marinus4,  et  très  versé  dans  l’ana¬ 
tomie  5  ;  il  est  cité  comme  ayant  commenté  les  Épidémies  et 
les  Aphorismes.  Galien  fait  peu  de  cas  du  commentaire  de 
Quintus.  Ce  dernier,  en  effet,  d’après  la  seule  ligne  qui  nous 

1  Oribasii  comm.  in  aphorismos  Hippocratis,  p.  10,  Ed.  Basil. 
1535. 

»  Galien ,  t.  v,  p.  51  T,  Ed.  Basil. 

3 Tome  v,  p.  524,  Ed.  Basil. 

4  Galien,  t.  v,  p.  22,  Éd.  Basil. 

5  ’AvSpoç  ivaTO-iixwTtxTO'j.  Galien,  t.  iv,  p.  562,  Ed. Basil. 


106  INTRODUCTION. 

ait  été  conservée  de  lui ,  attaquait  une  théorie  fondamentale 
d’Hippocrate,  théorie  chère  à  Galien.  C’est  une  opinion  ex¬ 
primée,  en  divers  endroits  et  sous  diverses  formes,  dans  h 
Collection  hippocratique,  que  la  constitution  atmosphérique 
étant  connue,  on  peut  en  déduire  quelles  seront  les  mala¬ 
dies  régnantes.  Cette  opinion  est-elle ,  dans  les  écrits  hip¬ 
pocratiques,  un  résultat  d’uiie  observation  directe  ou  de  L 
théorie,  c’est  une  question  que  je  n’examinerai  pas  ici  pour 
le  moment.  Mais,  pour  tes  successeurs  d’Hippocrate  et  pou:- 
Galien,  le  rapport,  entre  la  constitution  atmosphérique  et 
les  maladies,  dérivait  bien  moins  de  l’observation  que  des 
doctrines  sur  les  quatre  humeurs  et  sur  les  qualités  élémen¬ 
taires  du  chaud ,  du  froid ,  du  sec  et  de  l’humide.  Or,  Quin- 
tus  prétendait  que  ces  rapports  étaient  connus  par  la  seule 
expérience  et  sans  le  raisonnement  sur  la  cause  *.  On  com¬ 
prend,  d’après  cette  remarque,  que  Galien  ait  blâmé  d’une 
manière  absolue  les  commentaires  de  Quintus ,  mais  rien  ne 
prouve  que  ce  blâme  soit  mérité.  Au  reste ,  il  faut  remarque, 
que  Quintus,  rangé  par  Galien  parmi  les  médecins  illustres  . 
n’a  rien  écrit  par  lui-même  2;  c'était  Lycus  de  Macédoine 
qui  avait  été  le  rédacteur  du  commentaire  de  Quintus,  so: 
maître  5  5  Lycus  composa  en  outre  des  commentaires  qui  lui 
appartiennent.  C’est  ce  Quintus  qui,  sentant. le  vin,  et  prié 
par  son  malade  de  s’éloigner,  à  cause  de  cette  odeur,  répon¬ 
dit  :  «  Vous  pouvez  bien  la  supporter,  puisque  moi  je  sup- 

Tî]  impa  yap  jxovr)  tout’  IvvwaQai  cpr^iv  ô  Koïvroç  avsu  tou  xa- 
T“  TTjv  a?Tiav  XoWou.  Gai.  t.  V,  p.  545,  Ed.  Basil. 

Kai  fxaXurô  oxt  p-^o’  lypa^av  fvioi  ouyypauua  pajSsv,  toc-s  : 
2ü)xpaTrjÇ,  xai  ô  ïluÔayôpaç,  xal  xSv  xaô’  fuaaç  Ivoo^v 
Roïvto;.  Gai.  t.  V,p.  n,  Ed.  Basil. 

N  -^UX0U  >  ypaÇOVTOÇ  |A£V  ,  &Ç  CDTjCTlV,  I^yvfasiç  KotVTÛU.  TOU  c  - 

oaaxoXou.  Gai.  t.  y,  p.  252,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS. 


107 

«  porte  celle  de  votre  fièvre  ■*.  »  Quintus  fut  expulsé  de 
Rome  par  les  intrigues  des  autres  médecins  5  on  l’accusa  de 
tuer  les  malades  5  mais  Galien  assure  qu’il  avait  excité  une 
jalousie  telle  ,  par  sa  supériorité  dans  l’art  du  pronostic,  que 
ses  collègues  se  liguèrent  contre  lui  et  le  forcèrent  à  déserter 
la  capitale 1  2. 

Il  s’était  formé  plusieurs  écoles  différentes  qui  avaient 
leurs  théories,  et  qui  jugeaient  Hippocrate  d’après  ces 
théories  mêmes.  C’est  ce  qui  irrite  souvent  Galien  contre 
les  écrivains  appartenant  à  la  secte  des  empiriques ,  ou  à 
celle  des  méthodiques,  ou  à  celle  des  pneumatiques.  Quintus 
avait,  comme  on  vient  de  le  voir,  opposé  sa  doctrine  à  celle 
d’Hippocrate;  Lycus  de  Macédoine,  son  disciple3,  fit  de 
même.  H  avait  commenté  les  Épidémies  4 ,  les  Aphorismes  5, 
et  le  Traité  des  humeurs  6.  On  voit,  par  les  citations  de  Ga¬ 
lien,  que  Lycus  avait  critiqué  l’histoire  d’un  malade  du 
Troisième  livre  des  épidémies ,  en  y  opposant  certains  pas¬ 
sages  des  Prorrhétiques  et  un  aphorisme  ;  c’est  un  des  com¬ 
mentateurs  que  Galien  traite  le  plus  mal.  «  Qui  supporterait, 
<c  dit-il,  l’impudence  de  Lycus  le  Macédonien ,  l’ignorance 
«  d’Artémidore,  la  prolixité  et  les  discours  incohérents  des 
«  autres  7?  »  Il  lui  reproche,  ce  qui  est  sans  doute  plus  fondé, 
de  n’avoir  pas  été  fidèle  à  sa  propre  doctrine,  et  d’avoir  mêlé 

1  Galien,  t.  v,p.  495, Ed.  Basil. 

a  Tome  ni,  p.  451 ,  Ed.  Basil. 

3  Et  non  son  maître,  comme  le  dit  à  tort  Ackermann  dans  son 
excellente  notice  litte'raire  sur  Hippocrate. 

4  Galien,  t.  v,  p.  596,  Ed.  Basil. 

5  Ibidem ,  p.  252. 

6  Galien,  Commentaires  sur  le  Traité  des  humeurs ,  t.  16, 
p.  17,  Ed.  Kuhn. 

7  Ibidem. 


108  INTRODUCTION. 

aux  raisonnements  des  empiriques  des  raisonnements  em¬ 
pruntés  aux  dogmatiques 1  ;  et  il  ajoute,  avec  raison ,  qu'i 
faut  interpréter  un  auteur  en  se  mettant  à  son  point  de  vue  . 
Asclépiade  en  admettant  les  pores  et  les  atomes,  Hippocrate 
en  admettant  les  humeurs  2.  Cependant  Lycus  ne  fut  pci: 
un  médecin  aussi  méprisable  que  Galien  le  prétend*,  il  s’é¬ 
tait  livré  avec  distinction  à  l’étude  de  l’anatomie,  et  dans  ur 
long  morceau  que  Galien  cite  5  ,  et  où  Lycus  combat  l’apho¬ 
risme  que  les  corps  qui  croissent  ont  le  plus  de  chaleur  innée . 
on  le  voit  certainement  plus  fidèle  que  Galien  à  l’observatior 
pure  et  simple. 

Artémidore,  surnommé  Capiton,  donna  une  édition  com¬ 
plète  des  livres  d’Hippocrate,  qui  fut  très  favorablement  ac¬ 
cueillie  par  l’empereur  Adrien.  Galien  ajoute  que ,  de  sor 
temps ,  elle  était  encore  très  recherchée  4.  Ce  qu’il  reproch  ;  - 
le  plus  à  Artémidore ,  c’est  la  licence  avec  laquelle  cet  édi¬ 
teur  avait  altéré  le  texte  en  dépit  de  la  consécratu 
que  ce  texte  avait  reçue  par  les  commentateurs  les  plus 
anciens;  il  en  rapporte  bon  nombre  de  preuves.  Air  s 
Artémidore,  quand  le  sens  le  gêne,  ne  se  fait  pas  faute 
d’ajouter  une  négation  5.  On  lit  dans  un  passage 
Sixième  livre  des  épidémies  une  phrase  dont  le  sens 
paraît  pas  clair  à  Galien,  et  qui  est  en  effet  fort  obscure.  Eli 
est  ainsi  conçue  :  clavicule  saillante ,  veines  transpare) 

(  xXsïç.  irep icpa vssç ,  cpXéêeç  otacpavleç)  ;  Artémidore  changea  ce!  ; 
en:  la  pléthore  excessive  est  saillante,  les  veines  sonttrànsu 
rentes  ayav  irX-rçpwaiç  icepiçav^ç,  ©Xsês ç  Staçavsîç).  Galien  d 

1  Galien,  t.  v,  p.  252,  Ed.  Basil. 

1  Galien,  t.  v,  p.  596,  Ed.  Basil. 

3  Tome  v,  p.  534,  Ed.  Basil. 

4  Tome  v,  p.  4,  Ed.  Basil. 

3  GalieD,  t.  v,  p.  489  et  p.  572,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS. 


109 

qu’il  a  trouvé,  dans  tous  les  manuscrits  consultés  par  lui , 
l’ancienne  leçon;  que  les  commentateurs,  s’ils  avaient  ren¬ 
contré  quelque  part  la  phrase  d’Artémidorë ,  ne  se  seraient 
donné  aucune  peine  pour  interpréter  un  texte  aussi  clair,  et 
que  rien  n’autorisait  l'éditeur  à  faire  un  changement  aussi 
considérable  *.  Artémidore  avait  supprimé  l’ionisme  dans 
plusieurs  cas,  sinon  dans  tous1 2.  Son  édition  a  été  certaine¬ 
ment  une  cause  influente  de  l’altération  si  fréquente  de  l’io¬ 
nisme  des  écrits  hippocratiques. 

Son  parent,  Dioscoride  3,  qu’il  ne  faut  pas  confondre  avec 
l’auteur  du  Traité  de  matière  médicale ,  plus  ancien  que  lui , 
publia  aussi  une  édition  complète  des  œuvres  d’Hippocrate,  qui 
paraît  avoir  eu  une  grande  conformité  avec  celle  d’Artémi¬ 
dorë,  et  à  laquelle  Galien  distribue  à  peu  près  le  même  blâme 
et  le  même  éloge.  Elle  donne  lieu  à  quelques  détails  curieux 
sur  l’ancien  état  de  la  Collection  hippocratique.  Les  manus¬ 
crits  du  Troisième  livre  des  épidémies ,  que  renferme  la  Bi¬ 
bliothèque  Royale ,  présentent ,  après  la  série  des  seize  ma¬ 
lades  dont  l’histoire  termine  ce  livre,  un  passage  d’une  ving¬ 
taine  de  lignes  qui,  dans  presque  tous  les  imprimés,  est  placé 
avant  l’histoire  de  ces  seize  malades.  Galien  4  nous  donne 
l’explication  de  l’une  et  l’autre  dispositions.  Le  passage  en 
question  était  mis,  dans  les  anciennes  éditions  des  œuvres 
hippocratiques,  après  l’histoire  des  seize  malades.  Dioscoride 
reconnut  qu’il  y  avait  eu  transposition ,  et,  dans  son  édition, 
il  le  remit  à  la  place  qu’il  occupe  aujourd’hui  dans  nos  im¬ 
primés.  Galien  le  loue  de  cet  arrangement;  cependant  lui, 
dans  son  commentaire,  suit  l’ancien  texte;  l’on  voit  que  nos 

1  Tome  v,  p.  488,  Ed.  Basil. 

*  Galien,  t.  v,  p.  442,  Ed.  Basil. 

3  Galien,  t.  v,  p.  4,  Ed .  Basil. 

4  Galien,  t.  v,  p.  451,  Ed.  Basil. 


INTRODUCTION. 


110 

manuscrits  de  Paris  représentent  l’arrangement  antérieur  à 
Dioscoride;  mais  les  imprimés  prouvent  ou  qu’il  nous  est  ar¬ 
rivé  une  copie  de  l’édition  de  ce  médecin,  ou  que  nos  édi¬ 
teurs  ont  suivi  son  conseil.  Il  avait  eu  soin  de  mettre  des 
titres  aux  différentes  sections  des  écrits  hippocratiques. 
Ainsi  dans  l’endroit  du  Troisième  livre  des  épidémies  qui 
commence  par  ces  mots  :  année  chaude ,  pluvieuse ,  Dioscoride 
avait  mis  en  titre  :  Constitution  chaude  et  humide.  Les  autres 
exemplaires  n’avaient  rien  de  semblable;  cependant  quel¬ 
ques-uns  avaient  :  Constitution ,  xaTacraat?1.  Dioscoride  se 
prétendait  plus  grammairien  que  les  autres  éditeurs2,  et  il 
avait  marqué  d’un  signe  (oêsXoç)  certains  passages ,  comme 
Aristarque  faisait  pour  les  vers  d’Homère  qu’il  suspectait 3. 
C’est  sans  doute  à  cause  de  cette  prétention  qu’il  avait  changé 
plusieurs  mots  usités  en  d’autres  anciens  et  inusités,  sans  rien 
changer  au  sens,  et  seulement  pour  substituer  des  archaïs¬ 
mes  aux  locutions  vulgaires4.  Il  paraît  cependant,  d’après 
un  passage  de  Galien,  que  Dioscoride  respectait  assez  son 
texte  pour  mettre  à  côté  de  la  nouvelle  leçon  qu’il  adoptait , 
l’ancienne  qu’il  rejetait 5.  Ce  soin  faisait  ressembler  son  édi¬ 
tion  aux  nôtres,  dans  lesquelles  nous  notons  les  variantes  des 
manuscrits.  Dioscoride  faisant  une  correction ,  et  ajoutant 
qu’il  n’avait  trouvé  que  dans  deux  exemplaires  la  leçon  re¬ 
gardée  comme  l’ancienne,  Galien  dit  que,  pour  lui,  ayant 
parcouru  les  bibliothèques  publiques  et  privées ,  il  n’avait 

1  Galien,  t.  y,  p.  418,  Ed.  Basil. 

1  Galien,  t.  y,  p.  465,  Ed.  Basil. 

3  Galien,  t.  y,  p.  17,  Ed.  Basil. 

4  Galien,  Glossaire,  p.  458,  Ed.  Franz. 

3  A  Xk  5  piv  Atooxopt&qç  SsuTspavypa <$v,  éçsfwés,  wpo<rfÔr,xsy. 

Gai.  t.  v,  p.  489,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  111 

trouvé  que  la  vieille  leçon 4.  Dioscoride,  que  Galien,  pour  le 
distinguer  des  autres  Dioscoride,  appelle  le  jeune ,  celui  qui  a 
vécu  du  temps  de  nos  pères  2,  avait  composé  un  glossaire  des 
mots  hippocratiques.  Mais  quoique  cet  ouvrage  fût  formé  de 
plusieurs  livres,  il  ne  contenait  pas  l’explication  du  tiers  ou 
même  du  quart  de  ces  mots.  Dioscoride  n’avait  pas, 
à  ce  qu’il  semble,  fait  une  distinction  exacte  des  termes 
qu’il  fallait  interpréter,  et  il  avait  donné  place  dans  son 
glossaire  aux  mots  les  plus  usités,  aux  expressions  les  plus 
claires.  «  Si  quelqu’un  ignore ,  dit  Galien ,  ce  que  signifient 
«  au?co,  àfx® ts<7f/.a,  et  autres  semblables,  nous  le  renvoyons  à 
«  Dioscoride  et  à  ceux  qui  se  sont  complus  à  donner  de  pa¬ 
ie  reilles  explications3.  »  En  outre,  il  avait  copié  de  longs 
passages  de  Niger ,  de  Pamphile ,  de  Dioscoride  d’Anazarbe, 
et  avant  eux  de  Cratevas,  de  Théophraste,  d’Héraclide  de 
Tarente,  et  d’une  foule  d’autres,  sur  les  arbres  ,  les  herbes , 
les  substances  minérales ,  les  poissons  et  les  animaux  dont  il 
est  fait  mention  dans  les  œuvres  hippocratiques 4.  Ces  dé¬ 
tails,  qui  ont  paru  superflus  à  Galien ,  nous  auraient  été  fort 
utiles,  et  il  est  certainement  très-regrettable  que  l’ouvrage 
de  Dioscoride  ne  soit  pas  parvenu  jusqu’à  nous.  D  avait  en 
outre  exposé  les  noms  des  villes  les  plus  connues,  des  astres 
les  plus  remarquables  que,  dit  Galien,  un  enfant  même 
n’ignore  pas  5.  Au  reste,  malgré  toutes  ses  critiques,  Galien, 
ainsi  qu’on  le  voit  par  son  Glossaire ,  a  souvent  consulté 
Dioscoride. 

Artémidore  Capiton  et  Dioscoride  ont  certainement  con- 

1  Galien,  tome  v,  p.  505,  Ed.  Basil. 

2  Galien,  Glossaire ,  p.  405,  Ed.  Franz. 

3  Galien,  Glossaire,  p.  408,  Ed.  Franz. 

4  Galien,  Glossaire ,  p.  402,  Ed.  Franz. 

0  Galien,  Glossaire,  p.  405,  Ed.  Franz. 


112  INTRODUCTION. 

tribué  à  entretenir  l’étude  des  œuvres  hippocratiques;  et  ces 
deux  éditeurs,  quoiqu’il  ne  reste  que  des  traces  à  demi-ef¬ 
facées  de  leur  œuvre ,  méritent  un  souvenir  de  celui  qui , 
plus  de  seize  siècles  après  eux,  entreprend  la  même  tâche. 

Galien  cite  un  petit  nombre  de  fois 1  un  commentateur  des 
Aphorismes,  îfumésiamis;  il  donne  très  peu  de  détails  sur 
ce  médecin  ;  seulement  il  paraît  en  faire  cas  ;  car,  après  avoir 
rapporté  une  interprétation  mauvaise,  suivant  lui,  d’Arté- 
midore  et  de  Kumésianus,  il  ajoute  :  «  Cela  ne  m’étonne  pas 
«  dans  Artémidore,  puisqu’on  trouve  dans  ses  commentaires 
«  une  foule  d’erreurs  ;  mais  cela  m’étonne  de  IN'umésianus , 
«  qui  est  un  homme  de  sens  et  qui  n’a  pas  l’habitude  de  se 
«  perdre  en  paroles  vides2 3.  » 

Galien  cite,  en  même  temps  que  Numésianus,  un  auteur 
encore  plus  inconnu,  nommé  Dionysius,  qui  avait  aussi 
commenté  les  Aphorismes. 

.  Pélops ,  disciple  de  Numésianus  5,  avait  composé  un  écrit 
intitulé  :  Introductions  hippocratiques ,  qui  était  au  moins  en 
deux  livres,  et  où  il  avait  soutenu  très  vivement  que  le  cer¬ 
veau  est  l’origine  non  seulement  des  nerfs,  mais  encore  des 
veines  et  des  artères.  C’était  défendre  l’opinion  qui  se  trouve 
exprimée  dans  l’appendice  du  Traité  de  la  nature  de  l’homme. 
Galien  regarde  cette  assertion  de  Pélops  comme  la  plus  sur¬ 
prenante  et  la  plus  incroyable;  d’autant  plus  que  Pélops, 
dans  son  Troisième  livre  de  l’anatomie  des  veines,  lès  faisai 

1  Tome  v,  p.  282  et  295,  Ed.  Basil. 

1  ’Eyw  piv  xov  KaTTtTtova  ou  ôauu.d'Çto,  IicetSvj  rap/ro^Xa  iariv 
èuptffxeiv  aurûu  ap.apryjp.aTa-  xov  os  Noupsctavov  Tcavu  OaupaÇio  toç 
xai  «ruvcTov  xat  çpovtuLOv  xat  p7)  eîwOora  irapaXTjpsïv.  t.  XVi,  p.  197, 

Ed-  Kuhn. 

3  Gai.  t.  v,  p.  22,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  J  13 

Venir  du  foie1.  Pélops  avait  traduit  les  Aphorismes  en  latin, 
rendant  avec  beaucoup  de  soin  le  mot  pour  le  mot 2.  Le 
maître  de  Galien  disait  que  la  vie  humaine  se  divise  en  cinq 
parties,  l’oisive,  la  laborieuse ,  la  virile,  la  sénile,  et  la  décré¬ 
pite.  L’oisive  est  celle  de  la  première  enfance  où  l’intelligence 
n’est  pas  développée;  la  laborieuse,  celle  où  commencent 
les  exercices  et  les  travaux  de  la  jeunesse;  la  virile,  celle 
qui  se  distingue  par  la  force  de  l’âge;  la  sénile,  celle  où  l’on 
voit  le  déclin  de  la  vigueur;  la  décrépite,  qui  est  dite  bonne 
ou  mauvaise ,  comme  la  fin  de  toute  chose  s. 

Satyrus  et  Phécianus  ou  Éphicianus.  (car  c’est  le  mêmè 
personnage,  et  il  ne  faut  pas  en  faire  deux  individus  diffé¬ 
rents,  comme  Ackermann,  dans  là  Bibliothèque  grecque ) 
avaient  aussi  commenté  tout  ou  partie  des  œuvres  d’Hippo¬ 
crate.  Ils  avaient  été  tous  deux  disciples  de  Quintus  *  et  tous 
deux  maîtres  de  Galien».  Pélops  aussi  avait  été  précepteur 
du  médecin  de  Pergame,  qui  l’avait  écouté  après  Satyrus 
Celui-ci  suivit  très  exactement  les  leçons  de  son  maître 
Quintus,  n’y  ajoutant,  ni  n’en  retranchant  rien;  Phécianus 
employa,  dans  l'explication  des  doctrines  hippocratiques, 

’  Kai  Toys  SauisOTtwTaTÔv  ts  xat  fetoxôraTov  6  nâoij/  Iita9sv  • 
sv  iuï  aypaTsta  tov  ts  çXsêtôv  xaTsraséaos  tov  lyxfcaXov 

avatO{xr(v  ts  ypaçtov  âuTtov,  à?’  IjTraTOç  r-pçtrro  •  xarà  jxsv  to  osuTepov 
<juyvpap.ua  twv  linwxparsfov  E’taaycoySv  sO  yevvcci'wç  5yam- 
aausvoç  uxlp  tou  Ssîljat  tov  lyxsçaXov  ou  vsupcov  ptovov,  âX>À  xal 
çpXséwV  xat  àpTTipiSv  àpx^v  Iv  8k  t£  TptTOI  T^Ç  ’ÀvaTOpLTjÇ  t5v 
fXeêcav  à<p’  ^iraToç  àp^apisvoç.  Gai.  t.  i,  p.  50%  Ed.  Basil. 
a  Oribasii  Coram.  in  Aphorismos  Hippocratis,  p.  8,  Basile*, 1555t 

3  Oribasii  Coram.  in  Apborisraos  Hippocratis  ,  p.  10,  Basile*. 
1555. 

4  Galien ,  t.  iv,  p.  370,  Ed.  Basil. 

3  Galien,  t.  xvi j  p.  48U,  Ed.  Kühn. 


TOM.  I. 


8 


INTRODUCTION. 


114 

les  dogmes  du  stoïcisme,  qu’il  embrassa.  Galien1  le  dit  à 
propos  dune  opinion  sur  la  sensation,  qu’un  philosophe 
stoïeien  soutenait,  et  quePhécianus  adopta.  On  trouve  l’in¬ 
dication,  que  Phécianus  expliqua ,  entr’autres ,  le  livre  de 
V Officine  du  médecin ,  et  lui  et  Satyrus  le  traité  des  Humeurs 2 3 4. 

Le  dernier  commentateur,  avant  Galien ,  qui  me  reste  à 
nommer  est  un  médecin  d’Alexandrie  nommé  Julien,  qui 
avait  composé  quarante-huit  livres  contre  les  Aphorismes 
d’Hippocrate.  Nous  avons  de  Galien  un  petit  écrit  polémique 
contre  le  deuxième  livre  de  Julien,  îequellivre  était  tout  entier 
consacré  à  la  réfutation  du  second  aphorisme  de  la  première 
section.  Galien  traite  très  mal  Julien.  «  Je  demande,  dit-il , 
«  la  permission  de  punir  son  ignorance  en  termes  rudes , 
«  dont  je  n’ai  pas  l’habitude  de  me  servir  s.  »  D’abord ,  il 
n’est  pas  vrai  que  Galien  ménage  tant  ses  termes  dans  sa 
polémique;  puis,  à  en  juger  par  les  courts  fragments  que 
Galien  nous  a  conservés ,  Julien  ne  paraît  pas  un  médecin  si 
méprisable.  Il  fait  des  objections  très  fondées  à  la  théorie 
qui  place  la  cause  des  maladies  dans  les  humeurs  :  il  dit  que, 
si  cette  théorie  était  vraie,  on  n’aurait  besoin  contre  toute 
affection  que  de  moyens  évacuants  :  la  saignée,  les  phleg- 
magoguês  et  les  cholagogues  quand  le  mal  serait  dans  le 
sang,  la  pituite  ou  la  bile  *.  «  Us  né  me  persuaderont  ja- 
«  mais ,  ni  à  moi,  ni  à  eux ,  disait-il  en  parlant  des  médecins 
«  ses  adversaires,  qu’ils  savent  ce  qu’est  la  nature,  grand 
«  mot  qu’ils  vont  répétant  de  tous  côtés,  et  dont  ils  font, 

1  Tome  v,  p.  665,  Ed.  Basil. 

*  Gai.  Comm.  in  lib.  de  Hum.  t.  xvi,  p.  484,  Ed.  Kuhn. 

3  Asotxat  oüv  Guy-/<£>priaai  poi  xoXacai  tyjv  dbraiSeuffi'av  aoToiï  Xo- 

yoit;  Tptr/vxipoiç  &v  oux  eï9i<j;xai  T.  v,  p.  5o8,  Ed.  Basil. 

4  ÀitxaToç  uiv  ovtoç  |xo'vv]  apxsïaGat  ©Xsêoropua,  <pXsYp.aTO<;  ce, 

,  XoXyjç  Si,  yolayoiyoi.  Gai.  t.  v,  p.  342,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  115 

«  tantôt  une  substance  simple,  tantôt  un  mélange  de  sub- 
«  stances,  tantôt  une  combinaison  du  froid  et  de  l’air1.  » 

Il  faut  placer  à  une  époque  incertaine ,  mais  avant  Galien , 
qui  le  cite ,  un  médecin  anonyme  qui  avait  composé  un 
Traité  sur  le  régime  suivant  Hippocrate ,  et  qui  l’avait  dédié 
à  Victor,  consul  romain  2 

On  peut  juger,  après  une  si  longue  énumération ,  s’il  est 
vrai  que  l’étude  d’Hippccrate  était  négligée  du  temps  de 
Galien,  et  que  ce  médecin  ait  eu  le  mérite  de  tirer  dé  l’oubli, 
où  ils  étaient  tombés,  les  écrits  de  l’asclépiade  de  Cos. 

Avant  de  quitter  tous  ces  commentateurs  et  de  passer  à 
Galien ,  il  ne  sera  pas  inutile  de  rapporter  le  jugement  que 
le  médecin  de Pergame  a  prononcé  sur  eux  en  masse.En  l’ab¬ 
sence  de  leurs  écrits,  ce  sera  un  renseignement  sur  ce  qu’ils 
ont  pu  être.  Il  est  très  probable  aussi  que  la  liste  de  com¬ 
mentateurs,  que  j’ai  dressée,  ne  contient  pas  tous  ceux  qui 
avaient  travaillé  à  la  critique  des  écrits  hippocratiques. 
Nous  n’avons  là  que  les  noms  qui  se  trouvent  cités  dans 
les  écrivains  qui  sont  parvenus  jusqu’à  nous;  mais  le  nombre 
en  était  sans  doute  plus  _  grand  ;  et  Galien  parle  souvent 
des  commentateurs  en  général ,  sans  en  nommer  un  en  par¬ 
ticulier.  Je  donne  ici  l’avis  de  Galien  sur  eux ,  j’ai  indiqué 
plus  haut,  en  certains  cas,  les  restrictions  qu’il  faut  y  ap¬ 
porter. 

Les  commentateurs  avaient  fait  beaucoup  de  recherches 
sur  les  noms  des  malades  et  sur  leurs  habitations.  Ainsi ,  dans 

1  Ouo’  av  Tisiaetav  ^aaç  te  xai  auxoùç  etc’  ocVjOsta,  on  tdacri  n 
fj  cpuaiç  scr'tv ,  f,v  àvo)  te  xcù  xàxio  ôpuXXoüm  TpaycpSouvTeç-  ^toi 
ÔEpaov  airXouv  xpaiia  xx|  u.t^£toç,  r,  <|u/pou  ooctav  xai  7TVEuu.aTOç. 

Gai.  t.  v,  p.  559,  Ed.  Basil. 

2  To  TOpi  ttîç  xocG’  ‘iTnraxparïjv  OtatTT,Ç.  - BtXTtOpi  ,  TW  PtofMJÇ 

6 rap/w,  t.  v,  p.  86,  Ed.  Basil. 


INTRODUCTION. 


116 

le  Troisième  livre  des  épidémies ,  Hippocrate  ayant  dit  qu  Her- 
mocràte  demeurait  auprès  de  la  nouvelle  muraille,  certains 
commentateurs  prétendaient  que  cette  circonstance  avait  été 
notée  à  dessein,  parce  que  une  nouvelle  construction  est 
malsaine 5  d’autres,  les  contredisant,  voulaient  prouver  que 
ce  n’était  pas  à  cause  de  la  chaux  qu’Hippocrate  avait  fait 
mention  de  la  nouvelle  muraille ,  mais  parce  que  cette  b⬠
tisse  avait  gêné  l’accès  de  l’air  et  du  soleil  à  la  maison  qu’Her- 
mocrate  habitait 4. 

Les  commentateurs  s’attachaient  éprouver  qu’Hippocrate 
avait  bien  fait  de  noter  la  patrie  du  malade  ;  car,  ajoutaient- 
ils,  Asclépiade  a  dit  que  les  habitants  de  Parium  étaient  par¬ 
ticulièrement  soulagés  par  la  saignée  2.  Galienlesblâmebeau- 
coup  de  ces  inutilités.  Plusieurs  des  commentateurs,  négli¬ 
geant  le  point  de  vue  médical  et  ne  s’occupant  que  de  l’in¬ 
terprétation  grammaticale,  vont  au  plus  facile.  Ainsi ,  dans 
un  endroit  du  Sixième  livre  des  épidémies ,  où  les  squames 
du  pityriasis  de  la  tête  sont  mentionnées,  en  même  temps  que 
le  développement  d’air  dans  l’intérieur  du  corps,  ils  ne 
s’inquiètent  nullement  de  ce  qui  se  présente  chez  les  ma¬ 
lades*,  mais,  prenant  lés  mots  tels  qu’ils  sont  donnés,  ils 
s’efforcent  d’expliquer  le  texte,  en  disant  que  les  squames 
sont  engendrées  par  des  humeurs  portées  vers  la  tête,  que 
ces  humeurs  sont  entraînées  vers  les  parties  élevées  par  un 
air  chaud ,  et  que,  pour  cette  raison,  il  s’agit ,  dans  le  passage 
susdit,  d’air  et  de  flatuosités.  Galien  combat  une  telle  inter¬ 
prétation  ,  en  remarquant  qu’il  a  vu  beaucoup  de  personnes 
atteintes  de  pityriasis  du  cuir  chevelu  sans  aucun  dévelop- 

1  Galien,  t.  v,  p.  599,  Ed.  Basil. 

*  Kat  yàp  U7t’  ’AcxXriTciàSou  "kzkér/htxi  iv  Haptco  fxaXtaô’  uiro 
cpXeêorojJLtaç  évivaaô ai.  Gai.  t.  v,  p.  432.  J’ai  i’e'dition  de  Bâle 
sous  les  yeux,  et  je  corrige  oûx  en  utc’. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  117 

pement  de  flatuosités  5  et  il  ajoute,  que  le  passage  en  question 
ne  peut  être  expliqué  que  médicalement ,  et  que  l’interpréter 
ainsi ,  mot  à  mot,  c’est  se  borner  à  lire  les  livres  des  anciens 
médecins  comme  ceux  des  historiens,  Hérodote  et  Cté- 
sias,  et  renoncer  à  y  chercher  des  enseignements  utiles  à 
l’art1. 

Ailleurs  il  dit  :  «  J’admire  les  commentateurs,  ils  préten- 
«  dent  seuls  comprendre  des  passages  énigmatiques  que  pér¬ 
it  sonne  ne  comprend  ;  quant  aux  propositions  qui  sont  claires 
«  pour  tout  le  monde,  ce  sont  les  seules  qu’ils  ne  compre- 
«  nent  pas  2.  » 

Galien,  continuant  ses  reproches  aux  commentateurs, 
dit  :  «  Qu’un  d’eux  ait  à  lire  une  telle  observation  :  le  premier 
«  jour  on  tira  à  la  malade  une  livre  et  demie  de  sang ,  le  troi- 
«  sième  guère  plus  d'une  demirlivré,  car  il  y  avait  huit  onces . 
«  Le  professeur  3  commentateur  expliquera  ce  que  les  Grecs 
«  appelaient  livre  et  once  5  le  médecin  voudra  savoir  quels 
'  <t  signes  indiquaient  la  saignée.  Cela  vaut  mieux  que  de  re- 
«  chercher  duquel  des  Prodicus  Hippocrate  a  entendu  par¬ 
ti  1er  4.  »  Galien  a  raison  à  certains  égards.  Cependant  si  les 
anciens  commentateurs  que  le  médecin  de  Pergame  critique 
ainsi  étaient  arrivés  jusqu’à  nous,  nous  y  trouverions  des 
renseignements  historiques  plus  intéressants  et  plus  utiles 
que  certaines  longues  dissertations  médicales  où  il  ne  fait  que 
développer  ses  hypothèses  favorites.  H  les  blâme  de  rappor¬ 
ter,  à  propos  d’une  proposition,  toutes  les  propositions  sem¬ 
blables  qui  se  trouvent  dans  la  Collection  hippocratique , 

1  Galien,  t.  v,  p.  479,  Ed.  Basil. 

1  Tome  v,  p.  485,  Ed.  Basil. 

3  2ocpt<rofc.  Ce  titre  ou  celui  de  tarpotrocpicrcTjç  fut  souvent  donné 
particulièrement  aux  professeurs  de  l’école  d’Alexandrie. 

4  Tome  v,  p.  486,  Ed.  Basil. 


118 


INTRODUCTION. 


prétendant  qu’il  faudrait  une  année  pour  lire  de  tels  ouvrages 
qui,  ainsi,  restent  sans  utilité1.  Le  blâme  de  Galien  a  pu 
être  juste;  néanmoins  il  ne  serait  pas  indifférent  pour  nous 
de  posséder  les  anciens  commentaires  faits  sur  ce  modèle. 

Certains  commentateurs,  quand  même  ils  le  voudraient,  ne 
pourraient  trouver  les  bonnes  explications,  parce  qu’ils  n’ont 
aucune  expérience  des  choses  elles-mêmes  ;  ils  se  sont  occu¬ 
pés  de  l’interprétation  des  mots,  et  ils  sont  devenus  ce  qu’on 
appelle  médecins  en  paroles  2.  Ce  qu’Hippocrate  a  très  clai¬ 
rement  dit,  les  commentateurs  l’expliquent  mal  à  cause  de 
leur  ignorance  en  médecine;  mais  ils  voient  clair  dans  les 
propositions  obscures ,  et  prennent  sur  eux  d’en  changer  ar¬ 
bitrairement  le  texte,  bien  qu’ils  ne  s’entendent  pas  sur 
l’explication  5.  Ils  n’arrangent  pas  les  interprétations  d’après 
les  textes,  mais  ils  arrangent  les  textes  d’après  les  interpré¬ 
tations  qu’ils  ont  imaginées  K 

Yeut-on  avoir  un  exemple  delà  manière  dont  certains  com¬ 
mentateurs  expliquaient  les  écrits  hippocratiques?  H  est  dit 
dans  le  Sixième  livre  des  épidémies  :  toux  sèche ,  non  férine , 
^  0r(piidS7]ç  Qu’est-ce  qu’une  toux  férine,  se  sont-ils 
demandé?  Les  uns  ont  prétendu  que  c’était  une  toux  pro¬ 
duite  par  des  vers  placés  à  l’orifice  de  l’estomac  (les  Grecs 
appellent  les  vers  ôr.pta)  ;  les  autres  ont  soutenu  qu’il  s’agis¬ 
sait  de  là  toux  des  phthisiques,  dont  les  ongles  se  recourbent 
comme  ceux  des  animaux  5.  ïl  est  certain  que  ce  ne  sont  pas 
ces  explications  alambiquées  et  absurdes  qui  rendent  regret¬ 
table  la  perte  des  anciens  commentaires. 

*  Tome  v,  p.  695,  Ed.  Basil. 

a  Tome  v,  p.  695,  Ed.  Basil. 

3  Galien,  t.  v,  p.  487,  Ed.  Basil. 

4  Galien,  t.  v,  p.  511,  Ed.  Basil. 

5  Galien,  t.  v,  p.  462,  Ed.  Basil. 


SERIE  DES  COMMENTATEURS. 


119 

Le  mot  coma  dont  Hippocrate  se  sert  pour  exprimer  la 
propension  morbide  au  sommeil,  avait  fourni  matière  à  des 
explications  si  longues  qu’elles  formaient,  dans  les  ouvrages 
de  certains  commentateurs,  un  volume  tout  entier  L 

Les  grands  travaux  de  Galien  sur  Hippocrate  ont  été  con¬ 
servés  pour  la  plupart;  aussi  jé  ne  m’y  arrêterai  pas  long¬ 
temps.  Nous  possédons  de  lui  des  commentaires  sur  le  Traité 
de  la  nature  de  V  homme',  sur  le  Régime  des  gens  en  santé 
(ces  deux  n’en  faisaient  qu’un  dans  l’antiquité);  sur  le  Ré¬ 
gime  dans  les  maladies  aiguës  ;  sur  le  Pronostic  ;  sur  le  Pre¬ 
mier  livre  des  prorrhétiques  ;  sur  les  Aphorismes  ;  sur  le  pre¬ 
mier,  le  deuxième ,  le  troisième  et  le  sixième  livre  des  Épi¬ 
démies  ;  sur  le  Traité  des  fractures  ;  sur  le  Traité  des  articu¬ 
lations ;  sur  le  livre  de  V  Officine  du  médecin  ;  sur  le  Traité  des 
humeurs  ;  des  fragments  de  son  commentaire  sur  le  Traité 
des  airs ,  des  eaux  et  des  lieux,  et  sur  le  Traité  de  l’aliment , 
et  un  Glossaire  sur  les  mots  difficiles  de  la  Collection  hippo¬ 
cratique.  Nous  avons  complètement  per.du  les  commentaires 
sur  le  livre  des  Ulcères ;  sur  le  livre  des  Plaies  de  la  tête;  sur 
le  livre  des  Maladies ,  et  sur  celui  des  Affections 1  2 3  ;  un  Traité 
sur  V  anatomie  d’Hippocrate,  en  six  livres  5;  un  Traité  pour 
expliquer  les  caractères  qui  se  trouvent  dans  le  troisième  livre 
des  Épidémies ,  promis,  sinon  exécuté4;  un  Traité  sur  le  dia¬ 
lecte  tf Hippocrate  5  ;  enfin  un  livre  sur  les  véritables  écrits  du 
médecin  de  Cos 6.  L’indication  de  tous  ces  commentaires  se 

1  Galien,  t.  v,  p.  401 ,  Ed.  Basil. 

*  *0<7a  ts  fv  toïç  Hept  vouwv  r,  îcspi  HotGcov  ysypaîTrat,  xarà  ttjv 
i^yrjaiv  auTwv  Irtaxe^opsOa.  Gai.  t.  v,  p.  77,  Ed.  Basil. 

3  Tomev,p.  616,  Ed.  Basil. 

4  Tome  v,  p.  436,  Ed.  Basil. 

5  Tome  v,  p.  525,  Ed.  Basil. 

c  Ed.  Chartier,  t.  vm,  p.  509. 


120  INTRODUCTION. 

trouve  dans  la  notice  que  Galien  a  composée  sur  ses  livres 
propres 4 ,  à  part  ceux  pour  lesquels  j’ai  noté  des  citations 
particulières.  Galien ,  en  différents  endroits  de  ses  commen¬ 
taires,  annonce  qu’il  écrira  un  livre  sur  les  recherches  histo¬ 
riques  auxquelles  donnent  lieu  les  ouvrages  hippocratiques , 
ajoutant  que  de  pareilles  recherches  sont  placées  hors  de  son 
objet  actuel,  et  que  ses  commentaires  sont  tout  entiers  ré¬ 
servés  aux  explications  médicales.  Il  est  certain  qu’une  divi¬ 
sion  ainsi  établie  marque  beaucoup  de  jugement,  et  un  égal 
discernement  de  ce  qui  est  pratique  de  l’art  et  érudition  ;  il 
est  fâcheux  que  ce  traité  ne  soit  pas  arrivé  jusqu’à  nous. 

Il  ne  nous  reste  donc  de  ses  commentaires  que  la  partie 
médicale.  Quoique  son  but  ait  été  presque  uniquement  d’en 
faire  un  enseignement  de  la  médecine,  cependant  il  a  été 
forcé,  par  la  nature  même  de  son  sujet,  d’entrer  dans  des 
détails  philologiques  à  propos  des  différentes  leçons  que  pré¬ 
sentaient,  de  son  temps ,  les  manuscrits,  et  des  différentes 
interprétations  qu’avaient  données  ses  prédécesseurs.  En 
cela,  il  s’est  montré  généralement  critique  habile  et  sensé. 
«  La  règle ,  dit-il ,  qui  m’a  paru  préférable  à  suivre,  a  été 
«  de  conserver  la  leçon  ancienne,  et  de  m’efforcer  de  l’ex- 
«  pliquer;  je  n’ai  essayé  d’y  introduire  une  correction  plau- 
«  sibie ,  que  lorsqu’il  m’a  été  impossible  d’en  tirer  un  sens 3. 
«  Je  préfère  les  leçons  anciennes ,  même  lorsqu’elles  parais¬ 
se  sent  obscures  et  d’une  explication  difficile ,  car  c’est  une 
«  raison  de  croire  qu’elles  sont  véritables  :  les  anciens  corn¬ 
ée  mentateurs  les  admettent  ;  et,  s’ils  avaient  osé  les  changer, 
<e  ils  n  auraient  pas  manqué  de  leur  donner  un  sens  plus 
<e  clair5>  « 

*  Tome  IV,  p.  066,  Ed.  Basil. 

*  Tome  v,  p.  44 %  Ed.  Basil. 

3  Tome  v,  p.  4To,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  I2l 

((  Autre  est  l’enseignement,  dit-il  ailleurs  4,  que  l’on  donne 
«  directement  sur  un  sujet  ;  autre  est  celui  qui  a  pour  objet 
«  l’explication  d’un  texte  :  dans  le  premier  cas,  il  suffit  d’ex- 
«  poser  les  choses  telles  qu’elles  sont  ;  dans  le  second ,  il  faut 
«  d’abord  connaître  l’opinion  de  l’auteur  ancien.  Ce  n’est 
«  donc  qu’après  une  étude  préliminaire  qu’on  peut  écrire  le 
«  commentaire.  Le  sens  du  texte  étant  une  fois  déterminé , 
«  reste  à  examiner  s’il  est  conforme  ou  non  à  la  vérité.  » 

On  voit  par  ces  citations  que  Galien  avait  parfaitement 
compris  les  devoirs  d’un  médecin  critique ,  et  qu’il  avait  fait 
une  part  aux  recherches  historiques  que  réclamaient  la  per¬ 
sonne  et  les  écrits  d’Hippocrate;  une  part  à  la  correction  du 
texte  ;  une  part  enfin ,  et  la  plus  grande ,  à  l’explication  mé¬ 
dicale.  Aussi  ses  commentaires  offrent  une  source  précieuse 
de  renseignements  qui  aident  beaucoup  à  comprendre  les 
écrits  hippocratiques.  On  ne  peut  trop  faire  usage  des  con¬ 
seils,  des  corrections  et  des  explications  d’un  homme  qui  se 
donnait  le  soin  de  consulter  les  manuscrits,  qui  avait  à  sa 
disposition  d  antiques  bibliothèques ,  maintenant  anéanties , 
qui  possédait  de  très  grandes  connaissances  dans  la  philoso¬ 
phie  et  les  sciences ,  et  qui  est  resté  un  maître  dans  la  méde¬ 
cine.  Le  défaut  de  ses  commentaires  est  non  pas  tant  la  pro¬ 
lixité  ,  comme  on  l’a  souvent  dit ,  que  le  désir  de  soutenir 
ses  propres  théories  à  l’aide  des  écrits  hippocratiques.  Aussi 
néglige-t-il,  dans  ces  écrits,  les  théories  qui  ne  concordent 
pas  avec  les  siennes ,  et  il  exalte  outre  mesure  celles  qui , 
comme  la  doctrine  des  quatre  humeurs,  forment  la  base  de 
son  propre  système.  Un  autre  défaut,  c’est  qu’il  est  extraor¬ 
dinairement  avare  d’observations ,  de  faits  particuliers  et  de 
descriptions  de  maladies.  Nous  goûterions  davantage  les  dé- 


1  Tome  v,  p.  597,  Ed.  Basil. 


1NTRODCCTION. 


122 

veloppements  sur  ses  théories,  s’il  y  avait  joint,  comme  Hip¬ 
pocrate  dans  les  Épidémies ,  l’histoire  d’un  certain  nombre 
de  ses  malades. 

Galien  répète  à  diverses  reprises4,  qu’Hippocrate  ne  s’est 
pas  occupé  des  maladies  en  historien,  comme  Thucydide  de 
la  peste  d’Athènes.  Il  assure  que  l’auteur  athénien  n’a  écrit 
que  pour  le  vulgaire,  et  n’a  dit  que  des  choses  sans  portée 
scientifique.  Je  ne  puis  nullement  partager  l’opinion  de  Ga¬ 
lien.  La  description  de  Thucydide  est  tellement  bonne  qu’elle 
suffit  pleinement  pour  nous  faire  comprendre  ce  que  cette 
ancienne  maladie  a  été  5  et  il  est  fort  à  regretter  que  des 
médecins  tels  qu’Hippocrate  et  Galien  n’aient  rien  écrit  sur 
les  grandes  épidémies,  dont  ils  ont  été  les  spectateurs.  Hip¬ 
pocrate  a  été  témoin  de  cette  peste  racontée  par  Thucydide , 
et  il  ne  nous  en  pas  laissé  de  description.  Galien  vit  égale¬ 
ment  la  fièvre  éruptive  qui  désola  le  monde  sous  Marc- 
Aurèle,  et  qu’il  appelle  lui-même  la  longue  peste.  Cependant 
excepté  quelques  mots  épars  dans  ses  volumineux  ouvrages, 
excepté  quelques  indications  fugitives,  il  ne  nous  a  rien 
transmis  sur  un  événement  médical  aussi  important ,  à  tel 
point  que,  si  nous  n’avions  pas  le  récit  de  Thucydide,  il  nous 
serait  fort  difficile  de  nous  faire  une  idée  de  celle  qu’a  vue 
Galien,  et  qui  est  la  même  (comme  M.  Hecker  s’est  attaché  à 
le  démontrer  2)  que  la  maladie  connue  sous  le  nom  de  Peste 
d’Athènes.  C’était  une  fièvre  éruptive,  différente  de  la  va¬ 
riole,  et  éteinte  aujourd’hui.  On  a  cru  en  voir  des  traces 
dans  les  charbons  (ofvôpaxeç)  des  livres  hippocratiques. 

Galien  est  le  dernier  des  grands  médecins  de  l’antiquité  ; 
il  s’en  trouve  après  lui  d’estimables,  mais  ils  ne  sont  plus 

1  Tome  v,  p.  652,  Ed.  Basil. 

1  De  Peste  Àntonianâ. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  123 

créateurs,  et  les  meilleurs  d’entr’eux  luttent  en  vain  contre 
la  décadence  de  la  science.  Les  commentateurs  qui  vien¬ 
nent  après  lui,  nousintéressent beaucoup  moins  que  ceux  qui 
l’avaient  précédé.  D’une  part,  ils  s’éloignent  de  plus  en  plus 
de  l’ancienne  médecine  5  les  livres  disparaissent  par  les  in¬ 
cendies,  par  les  guerres;  on  néglige  de  les  recopier  tous; 
les  sources  deviennent  moins  abondantes ,  les  documents 
moins  authentiques;  de  sorte  que  nous  trouvons  dans  les 
commentateurs  récents  peu  de  renseignements  qui  ne  soient 
pas  déjà  dans  les  commentateurs  anciens,  et  surtout  dans 
Galien.  D’une  autre  part ,  l’originalité  leur  manque  gé¬ 
néralement;  leur  admiration  pour  l’auteur  qu’ils  com¬ 
mentent,  croît  avec  leur  impuissance;  et  les  explications 
médicales  qu’ils  donnent,  sont,  comme  les  renseignements 
historiques  qu’ils  contiennent,  inférieurs  à  ce  qui  provient 
d’une  plus  haute  antiquité.  Je  m’étendrai  donc  peu  sur  ces 
commentateurs ,  qui  d’ailleurs  ne  sont  pas  très  nombreux. 

Nous  ne  savons  rien  sur  Domnus  et  Attalion  cités  comme 
commentateurs  des  Aphorismes  dans  le  commentaire 
attribué  à  Oribase  i.  Ce  dernier  ouvrage ,  comme  on  l’a 
démontré,  porte  à  tort  le  nom  du  célèbre  médecin  de 
l’empereur  Julien;  il  présente  des  traces  évidentes  d’une 
époque  postérieure,  et  n’a  jamais  été  écrit  en  grec.  L’auteur 
réel  en  est  ignoré.  Au  reste  ce  commentaire,  à  part  la  pré¬ 
face  qui  contient  quelques  renseignements  curieux,  est  tout 
entier  consacré  à  des  explications  médicales  dont  la  valeur 
n’est  pas  très  grande. 

D’après  le  témoignage  de  Suidas ,  Philagrius  avait  aussi 
écrit  sur  Hippocrate.  Ce  médecin  fut  connu  par  un  grand 

1  Oribasii  comm.  in  Apborismos  Hippouratis,  p.  8,  Basileæ 
1555. 


124  INTRODUCTION. 

nombre  d’écrits  dont  quelques  fragments  nous  ont  été  con¬ 
servés.  Théophile  cite  deux  passages,  relatifs  aux  Aphoris¬ 
mes,  du  commentaire  de  ce  médecin ,  auquel  il  donne  le  nom 
d’ambulant  ou  de  périodeute i.  Dans  le  premier  il  s’agit  de 
l’aphorisme  relatif  à  l’emploi  du  froid  :  «  J’ai  rencontré ,  dit 
«  à  ce  sujet  Philagrius,  un  malade  ayant  une  intempérie 
«  chaude,  ardente  de  la  tête.  Ayant  employé  plusieurs  re- 
«  mèdes  froids,  je  n’obtins  aucun  amendement;  plus  tard  je 
«  lui  rasai  complètement  les  cheveux,  et  je  lui  appliquai  de  la 
.«  neige  sur  la  tête.  De  cette  façon,  l’intempérie  fut  éteinte , 
«  et  je  le  guéris  de  son  mal.  La  neige  est  un  moyen  que  l’on 
«  peut  employer  dans  ces  cas.  2  » 

Ailleurs  Philagrius,  arrivé  à  l’aphorisme  où  il  est  question 
de  la  guérison  de  l’ophthalmie  par  le  vin  pris  à  l’intérieur , 
s’étend  longuement  sur  les  qualités  que  doit  avoir  le  vin 
employé  contre  les  inflammations  de  l’œil,  indique  qu’on  se 
servira  de  vin  blanc  doux,  jeune,  et  ajoute  que,  si  le  malade 
a  la  tête  susceptible,  on  coupera  le  vin  avec  de  l’eau  3. 

Gésius  est  un  autre  commentateur  des  Aphorismes  d’Hip¬ 
pocrate,  ou  du  moins  il  les  expliquait  à  ses  élèves.  Dans  le 
dernier  aphorisme  de  la  deuxième  section  il  est  dit  :  qu’une 
grande  taille  va  bien  à  la  jeunesse,  mais  se  déforme  dans  un 

1  'O  Ss  <btXaYptoç  ô  TreptoSeu-rrjÇ.  Schol.  in  Hipp.  t.  il,  p.  457, 
Ed.  Dielz. 

2  IlgpLéTuyov  Tivi  lyovxi  xsxàufAsvr,v  xai  cpXoy&>§-/]  xai  Çeoucav 
ûuaxpaatav  Iv  t?)  xeoaXvj ,  xai  TtoXXoïç  ^uypoïç  ^oriô^aact  ypr(<jap.s- 
voç,  ouosv  wcpsXvjsa.  Eixa  ptsTa  xaura  i^upr^a  auxov  xai  açsiXapwjv 
aÙTou  xàç  Tptyaç,  xoti  xarsTraca  aurai!  rry  X£çaXr,v  ytovi,  xai  outwç 
eaésax  xtjV  Suaxpaciav  •  xai  ïacàp.7iv  aurov  tou  voo^ptaTOç.  Kat  sari 
xai  espa-reeia  ix  ywvoç  iv  toutüj.  Schol.  in  Hipp.  t.  n,  p.  457,  Ed. 
Dietz. 

3  Schol,  in  Hipp.,  t.  ii,  p.  501,  Ed.  Dietz. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  125 

âge  avancé.  Gésius,  quand  il  en  venait  là  dans  ses  leçons, 
disait  à  ses  disciples  :  «  Si  vous  voulez  vous  convaincre  de  la 
«  vérité  des  paroles  d’Hippocrate,  vous  n’avez  qu’à  me  con- 
«  sidérer.  »  En  effet,  dans  sa  jeunesse  il  avait  été  d’une  taille 
élevée  et  d’urt  bel  extérieur  5  mais  en  avançant  en  âge  il  était 
devenu  tout  courbé i. 

Asclépius ,  médecin  du  reste  ignoré,  n’est  connu  que  par 
le  scholiaste  que  M.  Dietz  vient  de  publier ,  et  qui  le  cite 
comme  ayant  commenté  les  Aphorismes.  Asclépius,  qui  paraît 
avoir  travaillé  sur  toutes  les  œuvres  hippocratiques  2,  s’était 
imposé  une  bonne  méthode,  c’était  d’expliquer  Hippocrate 
par  lui-même 3 4.  Mais ,  à  en  juger  d’après  le  petit  nombre 
d’exemples  que  Théophile  en  rapporte,  Asclépius  avait  suivi 
cette  méthode  avec  peu  de  jugement  et  avec  un  esprit  étroit; 
ainsi,  plusieurs  commentateurs  ayant  condamné  l’aphorisme 
qui  attribue  de  l’utilité  aux  affusions  froides  dans  les  douleurs 
de  la  goutte  et  des  contractions  musculaires ,  Asclépius  le 
défend  :  «  Le  froid,  dit-il,  est  utile  dans  ces  cas,  non  par  sa 
«  nature  propre,  mais  accidentellement  et  parce  que,  concen- 
«  trant  la  chaleur  innée,  il  la  multiplie  et  dissipe  la  cause  mor- 
«  bifique*.  »  Cette  explication,  si  elle  se  tient  près  des  termes 
d’Hippocrate,  est  éloignée  de  son  esprit.  Ce  même  médecin 
rapporte  une  observation  de  superfétation  dont  je  lui  laisse 
la  garantie  :  «  J’ai  vu ,  dit-il5 ,  une  femme,  qui,  étant  en- 

1  Schol.  in  Hipp.,  t.  ix,  p.  543,  Ed.  Dietz. 

2  'O  Ô7ro[AVï)aaTi<TTriç  tou  TintoxpaTOuç.  Schol.  in  Hipp.  t.  11, 
p.  458,  Ed.  Dietz. 

3  ’Ex  tcSv  el7nroxpdTOuç  Ta  'l7ncoxpdTouç  Ii7iYoup.evoç.  Schol.  in 
Hipp.  1. 11,  p.  458,  Ed.  Dietz. 

4  Sehol.  in  Hipp.,  t.  n,  p.  458,  Ed.  Dietz. 

5  ’Eyà)  lOsaadpWjV  a£Ta  T7,v  <7uXXr,'|iv  xai  xuoçoptav  oti  rnzXiv  <m- 
voufftaae  tw  àvSpi  tu^ov  iv  tw  Ixtw  pwrjvi  tt,;  xuoçopiaç ,  xai  Sri  t o 
uiv  îcpwTov  etxêpuov  ev  tw  IvvaTto  pLr,vt  d'rr£T£Ç£v ,  elra  [Asrà  [Ar,vaç 


introduction. 


126 

<c  ceinte,  eut  des  rapports  aveéson  mari  au  sixième  mois  de 
<(  sa  grossesse;  au  neuvième  mois  elle  accoucha  d’un  pre- 
«  mier  enfant,  et,  six  mois  après cét  accouchement,  elle  en 
«  mit  un  autre  au  monde.  » 

Étienne  d’Athènes  cite,  dans  ses  propres  commentaires  , 
un  auteur  qu’il  désigne  par  le  nom  de  nouveau  commen¬ 
tateur  (Ô  vsoç  ê&iprcfc),  et  qui,  ainsi  que  le  conjecture 
M.  Dietz,  est  sans  doute  Asclépius1.  Ce  nouveau  commen¬ 
tateur  essaie  de  prouver  que  le  siège  de  l’intelligence  est 
dans  le  cœur.  Hippocrate,  dans  le  Pronostic ,  dit  que  l’in¬ 
flammation  de  l’oreille  détermine  par  fois  le  délire;  de  là, 
les  interprètes  ont  tiré  la  conclusion  qu’il  plaçait  le  siège  de 
l’intelligence  dans  la  tête.  Le  nouveau  commentateur  combat 
ce  point  de  doctrine  :  «  Ce  n’est  pas  à  cause  du  cerveau  , 

«  c’est  à  cause  de  la  fièvre  que  le  délire  est  survenu  ;  Hippo- 
«  crate  dit  lui-même  qu’une  fièvre  aiguë  s’était  établie.  La 
«  fièvre  prend  son  origine  dans  le  cœur,  le  délire  est  pro- 
«  duit  par  la  fièvre,  donc  l’intelligence  est  dans  le  cœur  2.» 

Tous  ces  commentaires  ont  péri;  il  n’en  est  pas  de  même 
de  ceux  de  Palladius.  Ce  dernier,  qui  porte  le  nom  d’Iatro- 
sophiste  alexandrin,  et  qui  a  vécu  probablement  dans  le  sep¬ 
tième  ou  le  huitième  siècle  de  l’ère  chrétienne ,  a  composé 
des  explications  sur  le  Traité  des  fractures  et  sur  le  Sixième 
livre  des  épidémies.  Les  premières  ont  été  publiées  en  grec 
par  Foës  dans  son  édition  d’Hippocrate  ;  les  secondes  par 
M.  Dietz  dans  sa  collection  des  scholiastes  grecs.  Ces  com¬ 
mentaires  contiennent  beaucoup  d’emprunts  à  Galien ,  et 

toü  texæïv  aÙTTjV,  et  exe  xat  xo  aXXo  spêpuov.  Schol.  in  Hipp.  t.  II  , 
p.  470,  Ed.  Dietz. 

1  Schol.  in  Hipp.,  t.  ii,  p.  x. 

*  Schol.  in  nipp.,  1. 1,  p.  209,  Ed.  Dietz. 


SÉRIE  DES  COMMENTATEURS.  127 

PaUadius  dit  comme  lui  :  «  Nous  autres  médecins  nous  nous 
«  occupons  des  choses  et  non  des  mots.  »  Malheureusement 
il  a  moins  de  titres  pour  tenir  ce  langage  que  l’illustre  méde¬ 
cin  de  Pergame  ;  et,  après  avoir  lu  les  commentaires  de  ce 
dernier ,  on  ne  retirera  qu’un  médiocre  fruit  de  ceux  du  pro¬ 
fesseur  d’Alexandrie. 

On  peut  placer,  suivant  M.  Dietz  *,  à  peu  près  au  même 
temps  que  Palladius,  Jean  d’Alexandrie,  dont  il  nous  reste 
un  fragment  d’un  commentaire  sur  le  Traité  de  la  nature  de 
V enfant.  Cet  écrit ,  qui  n’est  pas  inutile  à  l’interprétation  de 
l’ouvrage  hippocratique ,  nous  apprend  que  le  Traité  de  la 
nature  de  V enfant  avait  été  commenté  plusieurs  fois.  Au¬ 
cun  de  ces  commentaires  n’est  venu  jüsqu’à  nous;  celui  de 
Jean  est  le  seul  qui  ait  été  conservé,  encore  èst-il  incomplet. 

J  y  remarque  une  citation  deDémocrite,  qui  disait  :  «C’est  Fin¬ 
ie  telligence  qui  voit,  c’est  l’intelligence  qui  entend,  tout  le 
«  reste  dans  le  corps  est  aveugle  et  sourd1  2 3.  »  Jean  commet 
l’erreur  chronologique  de  placer  Hippocrate  après  Platon  5. 

On  manque  de  renseignements  sur  Étienne  d’Athènes.  On 
le  confond  ordinairement  avec  un  autre  Étienne  d’Alexan¬ 
drie;  mais,  suivant  M.  Dietz4,  ce  sont  deux  personnages 
différents;  et  celui  d’Alexandrie  était  un  alchimiste.  On 
ignore  l’époque  où  Étienne  d’Athènes  a  vécu.  M.  Dietz  ne 
serait  pas  éloigné  de  le  faire  contemporain  de  l’empe- 


1  Schol.  m  Hipp.,  1. 11,  p.  vin,  Ed.  Dietz. 

a  Noïïç  yàp  Ôp?)  XOCl  vouç  oxoust ,  T&  8’  aXkcL  TOÜ  ffWfJWCTOÇ  TUCpXà 
xai  p.crraia.  Schol.  in  Hipp.  1. 11,  p.  21 5,  Ed.  Dietz.  Cela  est  attribué 
à  Epicharme  par  Théodoret,-  De  Græc.  affect,  cur.  lib.  1 . 

3  Taura  'Irrrroxpoérr^  Xaéwv  7rapà  IIXdTtovoç.  Schol.  in  Hipp.  t. 
h,  p.  216,  Ed.  Dietz. 

4  Schol.  in  Hipp.,  t  1,  p.  xix. 


128 


INTRODUCTION. 


reur  Héraclius  ;  cependant  il  observe  qu’il  se  trouve* 
dans  le  commentaire  d’Étienne  sur  le  Livre  thérapeutique 
de  Galien  adressé  à  Glaucon ,  des  mots  qui  paraissent 
d’une  grécité  beaucoup  plus  récente  que  cette  époque  4. 
Quoi  qu’il  en  soit,  Étienne  est  certainement  le  plus  impor¬ 
tant  de  tous  ces  commentateurs  modernes  d'Hippccrate. 
Nous  possédons  de  lui  un  commentaire  sur  les  Aphorismes , 
et  un  autre  sur  le  Pronostic,- Ces  deux  ouvrages,  qui  ont  été 
publiés  pour  la  première  fois  en  grec  par  M.  Dietz,  forment 
un  utile  complément  aux  commentaires  de  Galien  lui-même. 
On  y  trouve  des  explications,  des  rapprochements  et  des  ci¬ 
tations  que  l’on  chercherait  vainement  ailleurs.  M.  Dietz  a 
rendu  un  véritable  service  à  l’érudition  médicale  en  don¬ 
nant  une  édition  de  cet  auteur. 

Au  reste,  ce  qui  ajoute  encore  à  l’incertitude  sur  Étienne, 
c’est  que  des  commentaires  qui  sont  identiques  dans  une 
grande  étendue  avec  les  siens  portent  le  nom  de  Mélétius. 
Est-ce  Mélétius  ou  Étienhé  qui  en  est  l’auteur? 

Théophile  ouPhilothée  (car  c’est  probablement  le  même 
nom  et  le  même  personnage)  est  appelé  dans  les  anciens  ma¬ 
nuscrits  médecin,  protospathaire,  ou  chef  des  gardés,  moine 
et  philosophe.  Il  fut  certainement  chrétien,  et  Fabricius  croit 
qu’il  vécut  du  temps  de  l’empereur  Héraclius.  On  prétend  gé¬ 
néralement  qu’il  fut  le  précepteur  d’Étienne,  mais  M.  Dietz 2 
est  contraire  à  cette  opinion,  et  il  montre  que  Théophile  n’est 
qu’un  abréviateur  des  explications  d’Étienne.  Le  commen¬ 
taire  qui  nous  reste  de  Théophile  est  sur  les  Aphorismes.  Ce 
Théophile  ne  fait  pas  preuve  d’indépendance  d’esprit  à  pro¬ 
pos  de  1  aphorisme  :  «  L’afflux  du  sang  dans  les  mamelles 


SERIE  DES  COMMENTATEURS. 


129 

chez  les  femmes  annonce  la  folie.  »  Théophile  remarque 
que  Galien  regarde  cette  proposition  comme  fausse,  puis  il 
ajoute  :  «  Comme  nous  savons  qu’Hippocrate  ne  s’est  jamais 
trompé,  nous  ajouterons,  pour  corriger  Galien,  que  ce 
phénomène  a  été  observé,  mais  rarement,  par  Hippo¬ 
crate.  Quant  à  nous,  nous  n’en  avons  jamais  vu  d’exem- 
«  pie f.  » 

Il  faut  mettre,  à  côté  des  abréviateurs  comme  Théophile, 
Damascius,  dont  M.  Dietz  a  aussi  publié  pour  la  première 
fois  en  grec  le  commentaire  sur  les  Aphorismes.  Après  ces 
écrivains ,  les  travaux  des  Grecs  vont  en  se  ralentissant  de 
plus  en  plus ,  mais  les  Arabes  leur  succèdent  dans  la  culture 
de  la  médecine  5  ils  traduisent  et  commentent  à  leur  tour 
.Hippocrate  jusqu’au  moment  où  l’Occident  reprend  le  sceptre 
des  sciences. 

Là  traduction  latine  que  Pélops  avait  donnée  des  Apho¬ 
rismes  n’est  pas  la  seule  que  l’antiquité  ait  possédée.  Cassio- 
dore,  qui  avait  été  ministre  deThéodoric,  roi  des  Ostrogoths, 
cite  une  traduction  latine  d’Hippocrate,  qu’il  recommande , 
avec  Galien  et  Cœlius  Aurelianus ,  comme  la  source  de  l’in¬ 
struction  médicale 1  2. 

Je  me  suis  attaché,  dans  la  liste  de  commentateurs  que 
le  lecteur  vient  de  parcourir,  à  donner  autant  de  détails  que 
je  l’ai  pu  sur  ceux  dont  les  écrits  ont  complètement  péri  5 
passant  beaucoup  plus  légèrement  sur  ceux  qui  subsistent 

1  AXX’  iiretSri  icjasv  p.r]Ss7roTe  ^eusajxsvov  tov  'iTTroxpar^v ,  7ra- 
paptuOi'aç  evexev  TOuXdyou  IçrjyviatotjLgOa  aùxov  tov  -rpoirov  toutov  •  to 
vûv  Xe'/ôsv  Gromaxiç  Trorè  wçÔtj  «o  'iTnroxpaTSt*  ^atv  os  xat  toîç 
epyotç  toïç t^v7)ç  ou§£7C0Te  a>cp0r)  ytvdpLgvov.  Schol.  in  Hipp.  t.  n, 
p.  465,  Ed.  Dietz. 

2  Post  base  legite  Hippocratem  atque  Galenum  latinâ  linguâ  con- 
versos.  De  Div.  Lect.,  cap.  31,  p.  341,  in-f\,  Parisiis,  1579. 

.  TOM.  1.  9 


|30  INTRODUCTION. 

encore  et  qui ,  étant  entre  les  mains  des  médecins,  peuvent 
être  facilement  consultés. 

Cette  liste ,  outre  les  renseignements  qu’elle  fournit  sur 
l’étude  des  livres  hippocratiques,  sur  les  hommes  qui  s’y  sont 
livrés,  sur  la  transmission  des  doctrines,  cette  liste ,  dis-je , 
donne  une  solution  positive  de  deux  questions  capitales  dans 
toute  la  critique  des  écrits  qui  portent  le  nom  d’Hippocrate. 
Ces  deux  questions  sont  :  la  détermination  de  la  date  la  plus 
ancienne  à  laquelle  on  peut  reporter  la  Collection  hippocra¬ 
tique  telle  que  nous  la  possédons  encore ,  et  l’authenticité 
générale  de  ces  textes  dans  leur  transmission  depuis  cette 
date  jusqu’à  nos  jours. 

Xénocrite  de  Cos  avait  expliqué  les  mots  les  plus  difficiles 
de  cette  Collection  ;  Bacchius,  après  lui ,  en  avait  fait  autant  5 
Philinus  avait  combattu  Bacchius,  et  Philinus  avait  été  au¬ 
diteur  d’Hérophile.  Ce  que  nous  savons  de  ces  explications 
(  on  le  verra  dans  le  chapitre  suivant)  montre  qu’elles  avaient 
porté  sur  l’ensemble  des  livres  hippocratiques.  Ainsi,  Xéno¬ 
crite  étant  antérieur  à  Bacchius ,  non  seulement  les  succes¬ 
seurs  d’Hérophile,  mais  encore  ses  contemporains ,  ont  tra¬ 
vaillé  sur  l’ensemble  des  livres  dits  d’Hippocrate.  Ce  résultat, 
obtenu  par  des  recherches  directes ,  concorde  d’une  autre 
part  avec  une  phrase  jetée  en  passant  par  Galien ,  où  ce 
médecin  dit  que,  dès  l’époque  d’Erasistrate,  la  dernière 
partie  du  traité  du  Régime  dans  les  maladies  aiguës  était 
jointe  à  la  première1.  L’époque  de  là  publication  de  la  Collec¬ 
tion  hippocratique  est  donc  forcément  reportée  au  temps 
même  où  ont  vécu  Hérophile  et  Érasistrate,  c’est-à-dire  à  ce 
qu’il  y  a  de  plus  antique  dans  la  fondation  des  études  de  mé¬ 
decine  et  d’érudition  à  Alexandrie. 

*  T.  v,  p.  89,  Ed.  Basil. 


SÉRIE  UES  COMMENTATEURS.  13 1 

Une  aussi  longue  série  de  commentateurs,  qui  commence 
à  Hérophile,  trois  cents  ans  avant  J.-C. ,  et  qui  se  termine 
plusieurs  siècles  après,  montre  que  l’art  de  la  critique  a  em¬ 
brassé,  dans  l’antiquité,  toutes  les  parties  qui  sont  de  son 
ressort  :  corrections  du  texte  hippocratique  ;  discussions  sur 
l’authenticité  des  écrits;  et  explications  sur  les  théories  mé¬ 
dicales.  A  nous,  qui  venons  si  long-temps  après  eux, 
l’intelligence  des  doctrines  est  plus  facile  que  la  connais¬ 
sance  des  caractères  qui  font  l’authenticité  de  tel  ou  tel 
écrit.  Cette  lacune  dans  nos  moyens  d’exploration  donne 
une  importance  d’autant  plus  grande  à  tout  ce  qui  a  été 
sauvé  de  la  critique  ancienne ,  livres,  jugements,  conjec¬ 
tures,  indices  fugitifs,  mentions  rapides,  allusions  et  cita¬ 
tions  que  l’on  voudrait  plus  développées,  mais  que  l’on 
chercherait  vainement  ailleurs.  Malheureusement  ces  écri¬ 
vains  ne*  nous  ont  mis  que  dans  un  petit  nombre  de  cas  en 
état  d’apprécier  les  motifs  qui  déterminaient  leur  opinion 
sur  la  légitimité  ou  l’illégitimité  des  différents  écrits  de  la 
Collection  hippocratique.  Si ,  dans  ce  qui  nous  reste  d’eux, 
nous  trouvions  leurs  jugements  plus  souvent  motivés,  cela 
seul  nous  communiquerait  une  partie  des  notions  qui  leur 
étaientencore  accessibles,  etquiont  cessé  de  l’être  pour  nous. 
Malgré  cette  insuffisance,  leur  succession  si  bien  suivie,  leurs 
travaux  si  multipliés,  leurs  esprits  si  divers,  leur  polémique 
si  rive ,  sont  autant  de  gages  et  d’assurances  pour  la  critique 
moderne  pendant  toute  la  période  de  temps  qu’ils  embras¬ 
sent.  On  ne  peut  nier ,  après  cet  exposé,  que,  toutes  les  fois 
qu’ils  s’accordent  sur  un  point ,  leur  opinion  devient  d’un 
grand  poids;  car  ils  ont  beaucoup  examiné  et  beaucoup  dé¬ 
battu.  Ilrésulte  encorede  la  suite  non  interrompue  des  com¬ 
mentateurs  dont  je  viens  de  faire  passer  la  revue  au  lecteur, 
que  les  textes  des  livres  hippocratiques  sont  étudiés,  inter- 


132  INTRODUCTION. 

prêtes  et  fixés  dans  leur  ensemble  depuis  une  antiquité  qui 
ne  remonte  pas  à  moins  de  trois  cents  ans  avant  J.-C.  ;  que 
chacun  de  ces  commentateurs  a  donné,  pour  l’époque  où  il 
a  vécu,  une  sorte  de  copie  légalisée  des  livres  hippocrati¬ 
ques  ;  que  par  conséquent  ces  textes ,  sauf  les  erreurs  des 
copistes,  ont  une  incontestable  authenticité,  même  dans  ce 
qu’ils  ont  de  plus  obscur  et  de  plus  incomplet.  Ce  n’est  pas 
la  moins  importante  des  conclusions  que  j’ai  voulu  tirer  de 
l’énumération  exacte  de  tant  de  livres  qui  ont  presque  tous 
péri,  de  tant  d’écrivains  dont  il  ne  nous  reste  que  des  men¬ 
tions  fugitives. 


CHAPITRE  VI. 


SES  DIFFÉRENTES  LISTES  DES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES. 


II  existait  dans  l’antiquité  des  tables  ou  listes  qui ,  soit 
qu’elles  fussent  destinées  à  un  auteur  unique ,  soit  qu’elles 
s’étendissent  à  toute  une  branche  de  littérature,  contenaient 
l’indication  des  livres.  Galien  fait  mention  d’une  liste  sem¬ 
blable,  et  en  parlant  d’un  ouvrage  (le  Traité  des  Glandes  )1, 
que  nous  possédons  encore,  il  ajoute ,  pour  en  confirmer  l’il¬ 
légitimité  ,  que  ceux-mêmes  qui  ont  composé  les  tables  n’en 
ont  pas  parlé  2.  Si  un  de  ces  index  était  parvenu  jusqu’à 
nous,  il  nous  offrirait  certainement  des  renseignements  pré¬ 
cieux-,  et  quand  même  il  se  bornerait  à  une  sèche  nomencla¬ 
ture,  il  nous  apprendrait  encore  quelle  était,  au  moment  où 
il  avait  été  composé ,  la  liste  des  écrits  admis  comme  hippo¬ 
cratiques.  A  défaut  d’un  tel  document ,  il  faut  réunir  et  com¬ 
parer  les  indications  qui  sont  éparses  dans  différents  auteurs. 

Si  l’on  se  rappelle  ce  que  j’ai  dit  dans  le  chapitre  iv ,  où 
j’ai  rassemblé  lesplus  anciens témoignagessur Hippocrate,  on 
comprendra  qu’il  serait  inutile  de  chercher,  dans  l’intervalle 
qui  a  précédé  l’établissement  des  grandes  bibliothèques  et  de 
l’érudition  alexandrine ,  une  trace  suivie  des  écrits  hippo¬ 
cratiques.  Si  l’on  rapproche  de  cette  donnée  celles  qui  ont  été 
fournies  par  le  chapitre  précédent,  où  l’on  a  vu  que  les  tra- 

1  nept  àSsvwv  ou^oueXujç. 

1  OùSs  toÙç  xi'vcKxaç  ■jrô'.vfravteç  ïsact  to  8të).tov.  T.  v,  p.  591. 
Ed.  Basil. 


lNTRODCCflOX. 


134 

vaux  sur  l’ensemble  de  la  Collection  ne  remontent  pas  au- 
delà  deXénocrite  et  d’Hérophile,  on  trouvera,  dans  ce  double 
résultat,  la  preuve  qu’il  n’est  pas  possible  d’étendre,  sur  toute 
la  Collection ,  des  lumières  qui  manquent  absolument  et  qui 
sans  doute  ont  manqué  dès  le  moment  même  où  les  œuvres 
hippocratiques,  multipliées  par  la  copie,  acquirent  beaucoup 
plus  de  publicité  qu’auparavant.Ce  sont  deux  faits  connexes, 
et  sur  l’interprétation  desquels  je  reviendrai  dans  un  des  cha¬ 
pitres  suivants,  à  savoir  que ,  d’une  part,  jusqu’à  un  certain 
moment,  la  plupart  des  écrits  dits  hippocratiques  ont  été  peu 
connus ,  peu  répandus,  n’ont  passé  que  dans  un  petit  nombre 
de  mains ,  ce  qui  est  prouvé  par  la  rareté  des  citations  dans 
les  écrivains  contemporains  ou  immédiatement  subséquents, 
et  que,  d’une  autre  part,  la  Collection  hippocratique  paraît 
subitement,  formée  complètement  et  livrée  à  l’interprétation 
des  commentateurs  avec  toutes  les  incertitudes  qui  régnent 
sur  ses  origines,  et  toute  la  confusion  que  j’y  ai  déjà  signalée 
‘et  que  j’y  signalerai  encore  un  peu  plus  loin.  Laissons  donc 
provisoirement  de  côté  la  première  époque,  qui  embrasse 
environ  cent  trente  ans,  laissons  de  côté  la  recherche  des 
causes  d’incertitude  ,  et  de  l’état  de  confusion  où  cette  Col¬ 
lection  s’est  trouvée  dès  les  premiers  temps,  et  examinons 
à  l’aide  de  l’ancienne  exégèse  dont  les  livres  hippocratiques 
ont  été  l’objet,  quels  parmi  ces  livres  ont  fait ,  dans  l’anti¬ 
quité,  partie  de  la  Collection ,  suivant  quel  ordre  ils  ont  été 
rangés,  combien  nous  en  avons  perdus,  et  combien,  chose 
singulière  !  nous  en  avons  de  plus.  Cette  étude  préliminaire 
est  indispensable  pour  la  solution  des  questions  ultérieures; 
elle  donne  des  renseignements  positifs,  elle  établit  le  canon 
de  la  Collection  hippocratique  pour  une  époque  certaine  ; 
c  est  un  point  fixe  de  plus  dans  une  région  difficile  à  re¬ 
connaître. 


LISTES  DES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES.  135. 

Que ,  dès  l’antique  période  des  premiers  commentateurs , 
les  livres  hippocratiques  aient  existé  sous  forme  de  collec¬ 
tion  ,  c’est  ce  qu’il  est  possible  de  faire  voir.  Quand  Érotien 
et  Galien  nous  apprennent  que  Xénocrite,  que  Bacchius , 
Philinus  et  Glaucias  (ce  sont  là  les  plus  anciens)  ont  expli¬ 
qué  les  mots  obscurs  de  ces  livres,  ils  ne  font  aucune  réserve 
pour  tel  ou  tel  traité  comme  ayant  été  exclus  du  travail  de 
ces  interprètes;  évidemment,  tout  ce  que  Galien  et  Érotien 
connaissaient  y  avait  été  compris.  La  même  remarque  s’ap¬ 
plique  à  Héraclide  de  Tarente  et  à  Zeuxis,  qui  n’avaient  pas 
rédigé  des  glossaires  hippocratiques,  mais  qui  avaient  com¬ 
menté  toutes  les  œuvres  d’Hippocrate.  Toutes  les  œuvres 
d’Hippocrate,  dans  la  bouche  d’Érotien  et  de  Galien ,  signi¬ 
fient  celles  qu’ils  connaissaient,  celles  où  Glaucias,  Philip 
nus,  Bacchius  et  Xénocrite  avaient  déjà  éclairci  certaines 
difficultés  de  langage. 

Il  serait  aisé ,  si  on  avait  sous  les  yeux  les  œuvres  de  ces 
critiques,  de  savoir  quelle  était,  de  leur  temps,  l’opinion  la 
plus  générale  sur  le  canon  hippocratique.  Mais,  de  ces  tra¬ 
vaux,  qui  nous  seraient  si  utiles,  rien  ne  nous  reste  que 
des  lambeaux  épars.  Je  ne  puis  donc  donner  ni  l’avis  de 
Bacchius ,  ni  l’avis  d’Héraclide  ou  de  Zeuxis ,  sur  la  totalité 
delà  Collection.  Seulement  je.  noterai  tout  ce  que,  à  divers 
titres,  nous  savons  sur  l’existence,  sous  le  nom  d’Hippo¬ 
crate  ,  de  tel  ou  tel  traité ,  à  l’époque  reculée  qu’ici  je  con¬ 
sidère. 

Hérophile  avait  commenté  le Pronostic;  c’est  le  plus  an¬ 
cien  commentateur  que  nous  connaissions  ;  je  ne  dis  pas 
glossographe,  car  Xénocrite  est  à  peu  près  son  contempo¬ 
rain.  Pour  cette  date  éloignée,  qui  atteint  les  premières 
années  du  troisième  siècle  avant  J.-C.,  la  liste  se  borne  à 
cet  ouvrage ,  car  du  travail  de  Xénocrite  il  ne  nous  a  été  con- 


136  INTRODtCTIOÎï. 

servé  qu’un  mot,  et  ce  mot,  comme  je  l’ai  déjà  dit  (p.  86),  se 

trouve  appartenir  au  Pronostic. 

Le  choix  fait  par  Hérophile  porterait  à  croire  que  le  Pro¬ 
nostic  jouissait,  dans  les  anciennes  écoles  médicales,  de  plus 
d’autorité  et  de  réputation  que  les  autres  livres  hippocratiques; 
et  je  montrerai  plus  loin  (  remarque  qui  vient  à  l’appui  ) 
qu’Erasistrate  y  a  fait  sans  doute  allusion,  en  disant,  à  propos 
de  l’urine  noire,  qui  est  de  fâcheux  augure,  que  cela  est 
écrit  dans  des  signes.  Quoi  qu’il  en  soit,  il  est  bon  de  noter  , 
pour  l’histoire  de  la  Collection  hippocratique ,  que  le  seul 
livre  qui  ait  été  commenté  au  début  des  commentaires 
médicaux  sur  Hippocrate ,  est  le  Pronostic  :  d’autant  plus 
que  ce  traité  a  des  liaisons  intimes  avec  d’autres  traités  dont 
l’authenticité  sera  démontrée  dans  le  chapitre  xi  ;  de  telle 
sorte  que  la  critique  détermine,  de  différents  côtés  à  la  fois , 
ses  recherches  et  ses  résultats. 

D’après  les  renseignements  fournispar  Érotien  etparGalien , 
on  reconnaît  que  Bacchius  avait  travaillé  sur  le  Pronostic 
sur  la  7e  section  des  Aphorismes  *  et  sans  doute  sur  les 
Aphorismes  tout  entiers-,  sur  le  Ier  livre  des  Prorrhéti- 
ques  3  ;  sur  le  Ier  y  le  me,  le  vie  livres  des  Épidémies 1 * 3  4,  par 
conséquent  sur  les  sept  livres  -,  sur  le  livre  des  Plaies  de  la 
tête  5:  sur  le  traité  de  l’Air,  des  Eaux  et  des  Lieux  (cela  ré¬ 
sulte  d’une  explication  donnée  par  son  abréviateur ,  Épiclès, 


1  Érot.,  Gloss.,  p.  32,  Ed.  Franz. 

1  Érot.,  Gloss.,  p.  54,  Ed.  Franz. — Gai.,  t.  v,  p.  528,  Ed. 
Basil. 

3  Érot.,  Gloss.,  p.  40,  Ed.  Franz. 

4  Érot.,  Gloss. ,-p.  522  et  582,  Ed.  Franz.— Gai.,  t.  v,p.442, 
Ed.  Basil. 

5  Érot.,  Gloss.,  p.  104,  Ed.  Franz. 


LISTES  DES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES.  137 

sur  un  mot  de  ce  traité  4);  sur  le  livre  du  Régime  dans  le s- 
maladies  aiguës  2  5  sur  le  traité  des  Articulations  3  ;  sur  le 
traité  des  Instruments  de  réduction,  avec  Y  Appendice  que 
Galien  appelle  des  Veines  (itspi  çXsëSiv  )  et  qui  figure  aujour¬ 
d’hui  dans  le  prétendu  traité  de  la  Nature  des  os  h  \  sur  le 
livre  de  Y  Officine  du  médecin  5  ;  sur  le  traité  de  la  Maladie 
sacrée  6;  sur  le  traité  de  la  Nature  de  V enfant  \  on  le  conclut 
d’une  explication  de  son  abréviateur  Épiclès)  7;  sur  le 
livre  des  Humeurs  8;  sur  le  livre  de  l'Usage  des  liquides  9; 
sur  le  livre  des  Lieux  dans  l’homme 40  ;  sur  le  premier  livre 
des  Maladies 41 .  Un  mot  pourrait  se  rapporter  à  l’opuscule 
sur  le  Cœur  5  mais  dans  Érotien  et  dans  Bacchius  le  mot 
cité  est  Xccirrouffa ,  et  dans  le  traité  du  Cœur  on  trouve  seu¬ 
lement  Xàirrsi  5  de  sorte  qu’il  est  douteux  que  la  citation  se 
rapporte  réellement  à  ce  petit  livre  sur  le  Cœur 42 .  Ces  indi¬ 
cations  sont  tirées ,  soit  de  l’existence  des  commentaires  de 
Bacchius  sur  certains  traités  (Galien  nous  apprend  qu’il  n’a¬ 
vait  pas  commenté  toutes  les  œuvres  dites  hippocratiques 4S), 
soit  des  explications  qui  faisaient  partie  de  son  Glossaire ,  et 

1  Kavoviat.  Érot.,  Gloss.,  p.  210,  Ed.  Franz. 

2  Érot.,  Gloss.,  p.  o  10,  Ed.  Franz. 

3  Érot.,  Gloss.,  p.  oô4,  Ed.  Franz. 

4  Érot.,  Gloss.,  p.  156  et  242,  Ed.  Franz. 

5  Érot.,  Gloss.,  p.  152,  Ed.  Franz. — Gai.,  t.  v,  p.  662,  Ed. 
Basil; 

6  Érot.,  Gloss.,  p.  62,  Ed.  Franz. 

7  Érot.,  Gloss.,  p.  248,  Ed.  Franz, 

8  Érot.,  Gloss.,  p.  72,  Ed.  Franz. 

9  Érot.,  Gloss.,  p.  64,  Ed.  Franz. 

10  Érot.,  Gloss.,  p.  68,  Ed.  Franz. 

11  Érot.,  Gloss.,  p.  164,  Ed.  Franz. 

12  Érot.,  Gloss.,  p.  242, Ed.  Franz. 

13  Tom.  v,  p.  662,  Ed.  Basil. 


INTRODUCTION. 


138 

que  l’on  reconnaît  appartenir  à  des  livres  déterminés  de  la  Col¬ 
lection.  Mais  Érotien  nous  a  conservé  l’interprétation  de  bon 
nombre  d’autres  mots  qui  sont  communsàplusieurstraitésàla 
fois,  et  dont  je  n’ai  pas ,  en  conséquence,  fait  usage.  Ainsi  il 
ressort  clairement  de  ces  lambeaux  du  Glossaire  deBacchius, 
qu’il  avait  eu,  sous  les  yeux ,  d’autres  livres  hippocratiques 
que  ceux  qui  sont  seuls  mentionnés  dans  le  relevé  ci-dessus. 
C’est  une  remarque  qui  vient  confirmer  directement  l’argu¬ 
ment  indirect  que  j’avais  tiré  du  silence  d’Erotien  et  de  Ga¬ 
lien  pour  prouver  que  Bacchius  avait  connu  tout  ce  qu’ils 
connaissaient. 

Deux  explications  de  Philinus  se  rapportent,  l’une  au 
Pronostic1 * 3  4,  l’autre  au  livre  des  Articulations  2 6, 

On  trouve  la  preuve  que  les  traités  des  Humeurs  5 ,  de 
Y  Usage  des  liquides  *  ,  que  le  Ier  et  le  VIe  livres  des  Épidé¬ 
mies  5  et  le  livre  des  Articulations  6  avaient  fourni  des  con¬ 
tributions  au  Glossaire  alphabétique  composé  par  Glaücias 
sur  l’ensemble  des  livres  hippocratiques.  Glaücias  avait  pro¬ 
bablement  composé,  outre  cet  ouvrage,  des  commentaires 
spéciaux  sur  quelque  traité.  On  peut  le  conjecturer  du  moins 
pour  le  6e  livre  des  Épidémies ,  dont  Galien  dit  que  les  pre¬ 
miers  commentateurs  avaient  été  Zeuxis ,  Héraclide  de  Ta- 
rente,  Héraclide  d’Érythrée,  et,  avant  eux,  Bacchius  et 
Glaücias7.  Il  en  faut  dire  autant  du  livre  de  Y  Aliment, 

1  Érot.  Gloss.,  p.  52,  Ed.  Franz. 

*  Érot.  Gloss.,  p.  86,  Ed.  Franz. 

3  Gai.,  t.  xvi,  p.  1,  Éd.  Külin. 

4  Érot.,  Gloss.,  p.  64-,  Ed.  Franz. 

5  Érot.,  Gloss., p^  322,  Ed.  Franz. —  Gal.,t.  v,  p.  442,  Ed. 
Basil. 

6  Érot.  Gloss.,  p.  72,  Ed.  Franz. 

'  Tom.  v,  p.  422,  Ed.  Basil. 


LISTES  DES  ECRITS  HIPPOCRATIQUES.  139 

auquel  ce  médecin  avait  consacré  un  travail  particulier1. 

Des  citations  prouvent  que  Zeuxis  avait  compris,  dans  son 
commentaire  général,  au  moins  les  me  et  vie  livres  des  Épi¬ 
démies  2 ,  le  traité  des  Humeurs  5 ,  celui  des  Lieux  dans 
F  homme  *,  le  Ier  livre  des  Prorrhé  tiques 5,  la  7e  section  des 
aphorismes*,  le  livre  sur  F  Officine  du  médecin’1. 

Galien  a  conservé  des  traces  des  commentaires  d’Héra- 
clide  d’Érythrée  sur  le  me  et  le  vie  livres  des  Épidémies  8. 

Des  grands  travaux  d’Héraclide  de  Tarente  qui  avaient 
embi-rassé  l’ensemble  de  la  Collection  hippocratique,  j’ai 
relevé  la  mention  de  ses  explications  sur  le  livre  des  Hu¬ 
meurs' 9,  sur  un  aphorisme  qui  est  dans  la  7e  section10,  sur  le 
le  me  et  le  vie  livres  des  Épidémies 11 ,  sur  le  ive  livre  des 
Épidémies 12,  sur  le  Ier  livre  des  Prorrhé  tiques1*,  sur  le  traité 
des  Articulations  u ,  sur  le  livre  de  Y  Officine  du  médecin 15 , 

5  Galien,  t.  vi,  p.  -297,  Ed.  Chartier. 

I  Gai.,  t.  v,  p.  411  et  442,  Ed.  Basil. 

3  Gai.,  t.  xvi,  p.  1,  Ed.  Kiihn. 

Érot..  Gloss.,  p.  214,  Ed.  Franz. 

5  Gai.,  t.  xvi,  p.  636,  Ed.  Kiihn. 

6  Gai.,  t.v,  p.  528,  EJ.  Basil. 

"  Gai. ,  t.  v,  p.  662,  Ed.  Basil. 

8  Tome  v,  p.  412  et  p.  442,  Ed.  Basil. 

9  Gai.,  t.  xvi,  p.  1,  Ed.  Kiihn. 

10  Gai.,  t.  v,  p.  528,  Ed.  Basil. 

II  Gai.,  t.  v,  p.  415  et  p.  442,  Ed.  Basil. 

11  Érct.,  Gloss.,  p.  328,  Ed.  Franz. — Ce  commentaire  e'taitau 
moins  en  deux  livres  ;  car  Erotien  cite  le  second. 

,3  Érot.,  Gloss.,  p.  248,  Ed.  Franz. 

!4  Gai.,  t.v,  p.  655,  Ed.  Basil. — He'raclide,  qui  avait  commenté 
tout  Hippocrate,  avait  cité  ce  traité  dans  son  quatrième  livre  des 
Moyens  thérapeutiques  externes  (  Iv  tco  Tsrdprw  twv  Ixtoç  Ospa- 
TrsuTtxSv)  .C’est  cette  dernière  citation  que  Galien  nous  a  conservée, 

,5  Gai.,  t,  v,  p.  662,  Ed.  Basil. 


}40  INTR0BECS10N. 

sur  l’opuscule  de  l’art  *,  sur  le  livre  de  V Aliment*.  Puisqu'il 
avait  commenté  la  7e  section  des  Aphorismes ,  il  est  bien  en¬ 
tendu  qu’il  avait  commenté'cet  ouvrage  tout  entier.  Au  reste, 
cela  est  dit  formellement  ailleurs.  Galien ,  dans  son  com¬ 
mentaire  sur  le  livre  de  1 ’ Aliment ,  rapportant  un  aphorisme, 
dit  qu’Héraclide  avait  commenté  cet  aphorisme  ainsi  que 
tous  les  autres1 * 3 4  5.  Je  n’insiste  là-dessus  que  pour  montrer  que 
les  lacunes  laissées  entre  les  renseignements  venus  d’une  si 
haute  antiquité  peuvent,  dans  maintes  circonstances ,  être 
comblées  avec  certitude. 

Cydias  de  Mylasa  4  et  Ischomaque  5  s’étaient  occupés  de 
l’ouvrage  sur  les  Maladies  des  femmes. 

Le  traité  des  Plaies  de  la  tête  avait  été  interprété  par  Eu- 
phorion  6  et  par  Lysimaque  de  Cos  7  ;  il  est  question  des  ex¬ 
plications  de  Philonidès  de  Sicile  sur  le  Ier  et  le  vie  livres  des 
Épidémies  8,  qu’il  avait  sans  doute  embrassées  dans  un  travail 
complet. 

Démétrius,  l’épicurien,  avait  commenté  les  Prénotions 
coaques  9. 

Philon-le-J uif  cite  le  traité  des  Semaines. 

Celse.  s’appuie  de  l’autorité  du  ve  livre  des  Épidémies  10  ; 

1  Érot.,  Gloss.,  p.  574,  Ed.  Franz. 

a  Gai.  Comm.  in  lib.  de  Alim.,  t.  vi,  p.  257,  Ed.  Chartier. 

3  Eîç  ôv  (  àcpopi<7uov  )  xaôàirsp  xai  etç  tou ç  aÀÀouç  oaravTaç  ecriv 

aùrou,  t.  vi,  p.  258,  Ed.  Chartier. 

4  Érot.,  Gloss.,  p.  192,  Ed.  Franz. 

5  Érot.,  Gloss.,  p.  192,  Ed.  Franz. 

6  Érot.,  Gloss.-,  p»  104,  Ed.  Franz. 

'  Érot. ,  Gloss.,  p.  104,  Ed.  Franz. 

8  Érot.,  Gloss.,  p,  558  et  144,  Ed.  Franz. 

9  Érot.,  Gloss.,  p.  196,  Ed.  Franz. 

10  Page  495,  Ed.  Targa,  Patav.  1769. 


LISTES  DES  ÉCRITS  HIPFOCRATIQDES.  141 

et,  lorsqu’il  dit  qu’Hippocrate  a  placé  la  cause  de  toute  ma¬ 
ladie  dans  les  esprits  \  il  fait  une  évidente  allusion  à  l’opus¬ 
cule  sur  les  airs  (irspi  7rv£ut/.aT(j)v  ). 

Sans  donner  une  liste  complète  des  ouvrages  que  tel  ou 
tel  critique  a  regardés  comme  faisant  partie  de  la  Collection 
hippocratique,  les  indications  disséminées  et  fugitives  que 
j’ai  rassemblées  sous  les  yeux  du  lecteur,  montrent  que  cette 
Collection  existait  dès  lors  dans  tout  ce  qu’elle  a  d’essentiel. 
Les  titres  de  certains  traités  n’y  figurent  pas  ;  mais  ce  n’est 
point  une  raison  pour  croire  qu’ils  n’aient  été  ni  connus,  ni 
commentés  à  l’époque  deBacchius,  de  Glaucias,  d’Héraclide 
de  Tarente  et  de  Zeuxis;  car  les  listes  complètes  des  ou¬ 
vrages  admis  et  expliqués  par  ces  auteurs,  ne  nous  sont  pas 
arrivées,  et  nous  n’en  possédons  que  des  fragments.  D’ail¬ 
leurs  il  est  facile  de  voir  que  beaucoup  de  traités  se  supposent 
mutuellement.  En  sachant  que  Bacchius,  par  exemple,  a 
commenté  la  7e  section  des  aphorismes ,  nous  pouvons  en 
conclure  évidemment  qu’il  a  commenté  l’ouvrage  tout  en¬ 
tier.  La  certitude  ne  sera  pas  moindre  quand  nous  affirme¬ 
rons  que  ses  travaux  sur  les  traités  que  seuls  nous  trouvons 
cités,  prouvent  l’existence  de  travaux  semblables  sur  la 
plupart  des  traités  qui  sont  mentionnés  par  Érotien  et 
par  Galien.  Un  exemple  montre  clairement  comment  les 
renseignements  que  nous  possédons  démontrent  l’exis¬ 
tence  de  commentaires  sur  un  beaucoup  plus  grand 
nombre  d’ouvrages  que  ceux  qui  ont  été  rapportés  un 
peu  plus  haut.  Un  mot  d’Érotien  nous  apprend  que  Bac¬ 
chius  avait  commenté  le  traité  de  la  Nature  de  l  enfant  ; 
mais  ce  traité  lui-même  est  une  suite  du  traité  de  la  Gé- 

1  Omne  vitium...... 

Targa ,  Patav.  1769. 


si  in  spiritu,  ut  Hippocrati.  p.  4,  Ed. 


INTRODUCTION. 


14*2 

nération ,  et  certainement  Bacchius  avait  connu  l’un  puis¬ 
qu’il  avait  connu  l’autre.  Quand  on  rencontre  la  preuve 
qu’un  commentateur  a  expliqué  une  expression  du  me  livre 
des  Épidémies  et  une  expression  du  vr,  il  est  indubitable 
que  ses  explications  s'étendaient  aux  sept  livres.  Le  même 
raisonnement  s’applique  à  toutes  les  lacunes  importantes 
que  préséntent  les  indications  réunies  sur  les  travaux  cri¬ 
tiques  des  plus  anciens  commentateurs. 

Ainsi,  depuis  l’âge  d’Hérophile  et  d’Érasistrate,  se  déroule 
une  série  non  interrompue  de  travaux  qui  ont  pour  objet 
Hippocrate,  et  la  collection  qui  porte  son  nom.  Elle  est  cons¬ 
tituée  dès  lors;  et  cependant  ses  imperfections ,  son  désor¬ 
dre,  ses  obscurités  et  ses  incertitudes  exercent,  dès  lors 
aussi,  toute  la  sagacité  des  critiques.  Cette  remarque  est 
donc  digne  d’attention,  et  je  la  consigne  ici  comme  une 
date  importante  dans  l’histoire  de  cette  Collection.  Aupa¬ 
ravant  on  connaît,  on  cite  plusieurs  ouvrages  d’Hippocrate, 
et  on  ne  connaît ,  ni  ne  cite  l’ensemble  des  œuvres  qui  ont 
été  rassemblées  sous  cette  commune  appellation.  Depuis , 
elle  est  établie  d’une  manière  irrévocable  dans  ses  parties 
essentielles  ;  les  critiques  y  ajoutent  ou  y  retranchent ,  selon 
leur  propre  jugement,  mais  ils  en  consacrent  en  même 
temps,  par  leurs  travaux,  l’existence,  la  composition  et  la 
tradition.  Visiblement,  elle  a  été  formée,  en  tant  que  Col¬ 
lection  ,  au  moment  où  la  fondation  des  grandes  bibliothè¬ 
ques  publiques  développèrent  le  goût  des  livres  et  de  l’éru¬ 
dition.  Du  reste ,  à  ce  point  d’histoire  littéraire ,  qui  mérite 
plus  qu’une  indication  passagère,  un  chapitre  spécial  est 
réservé. 

Érotien  est  le  premier  dont  il  nous  reste  une  liste  complète. 
Il  importe  de  la  rapporter  ici  puisque  c’est  le  plus  ancien 
monument  de  ce  genre  qui  nous  ait  été  conservé ,  et  de  la 


LISTES  DES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES.  143 

comparer  aux  indications  tirées  des  sources  antérieures.  Il 
y  admet  le  Pronostic  ;  le  1er  et  le  2e  livres  des  Prorrhé tiques, 
en  ajoutant  qu’il  prouvera  ailleurs  que  cet  ouvrage  n’est  pas 
d’Hippccrate  ;  le  traité  des  Humeurs  ;  le  traité  des  Airs  ;  de 
la  Nature  de  l’homme ,  dans  lequel  est  sans  doute  compris , 
comme  c’était  l’usage  dans  les  éditions  de  l’antiquité ,  l’opus¬ 
cule  sur  le  Ré gime  des  gens  en  santé ;  de  la  Maladie  sacrée  ;  des 
Lieux  et  des  Saisons;  des  Fractures  ;  des  Articulations;  des 
Ulcères;  des  Blessures  et  des  traits;  des  Plaies  de  tête;  de 

Y  Officine  du  médecin;  des  Instruments  de  réduction;  des  Hè- 
morrhoîdes'et  des  fistules;  des  Maladies,  deux  livres;  delà  Ti¬ 
sane ,-des  Lieux  dans  l’homme;  d es  Maladies  des  femmes,  deux 
livres-,  de  Y  Aliment;  des  Femmes  stériles;  des  Eaux;  les  Apho¬ 
rismes;  les  Épidémies ,  sept  livres;  le  Serment;  la  Loi;  de 

Y  Art;  de  Y  Ancienne  médecine;  le  Discours  d’ambassade  et 
le  Discours  de  supplication. 

Comparons  cette  liste  avec  ce  que  nous  savons  des  listes 
dressées  par  les  commentateurs  précédents.  Erotien  en  ex¬ 
clut  réellement  les  Prorrhétiques  par  la  remarque  qu’il  joint 
en  les  y  inscrivant;  néanmoins  les  anciens,  Bacchius  en- 
tr’autres ,  connaissaient  les  Prorrhétiques,  du  moins  la  partie 
qui  porte  dans  nos  éditions  le  titre  de  Premier  livre ,  et  qui 
est  très  semblable  aux  Prénotions  de  Cos.  En  second  lieu , 
il  admet,  comme  vraiment  hippocratique,  le  traité  des  Hu¬ 
meurs  contre  l’opinion  de  Glaucias  et  d’Héraclide,  qui  regar¬ 
daient  ce  livre  comme  provenant  di’une  autre  source.  En 
troisième  lieu,  il  exclut  les  Prénotions  coaques,  qui  avaient 
été  admises  par  Démétrius  l’épicurien.  En  quatrième  lieu , 
le  traité  des  Semaines,  cité  par  Philon-le-Juif  comme  une 
autorité  hippocratique ,  ne  figure  pas  dans  le  catalogue 
d’Érotien.  En  cinquième  lieu ,  il  ne  mentionne  pas  le  traité 
qui,  dans  nos  éditions ,  porte  le  dire  de  Premier  livre  des 


INTRODUCTION. 


144 

maladies ,  et  qui  avait  été  cité  par  Bacchius.  Ce  sont  là  les 
seules  différences  que ,  vu  l’insuffisance  des  notions  possé¬ 
dées  sur  les  travaux  des  anciens  commentateurs,  nous  puis¬ 
sions  signaler  avec  certitude.  Il  est  inutile  d’établir  aucune 
comparaison  entre  la  liste  d’Érotien  et  les  listes  précédentes 
dans  le  but  de  voir  ce  que  la  première  a  de  plus  que  les  se¬ 
condes  ,  car  de  celles-ci  nous  ne  possédons  que  des  frag¬ 
ments  qüi  ne  permettent  aucun  rapprochement  de  ce  genre. 

D’Érotien  à  Galien  il  se  trouve  un  grand  nombre  de  com¬ 
mentateurs  dont  les  œuvres  ont  totalement  péri.  Comme 
leurs  témoignages  n’ont  plus  la  même  importance  que  ceux 
des  commentateurs  antérieurs  à  Érotien ,  comme  aussi  leurs 
indications ,  que  j’emprunterais  à  Galien ,  ne  nous  appren¬ 
draient  rien  de  plus  que  ce  que  nous  apprend  cet  écrivain 
lui-même,  je  me  bornerai  à  réunir  les  mentions  que  le  mé¬ 
decin  de  Pergame  a  faites  des  livres  hippocratiques.  Il  avait 
consacré  un  ouvrage  spécial  à  la  critique  de  ces  livres ,  ou¬ 
vrage  qui  a  malheureusement  péri,  et  dont  rien  ne  peut 
compenser  la  perte.  Il  y  avait  sans  nul  doute  donné  le  cata¬ 
logue  de  tous  les  traités  qui  figuraient  dans  la  Collection 
hippocratique  à  un  titre  ou  à  un  autre.  Dans  l’absence  de  ce 
catalogue ,  je  vais  réunir  tout  ce  qui ,  dans  les  volumineux 
écrits  de  Galien,  se  rapporte  aux  recherches  dont  je  m’oc¬ 
cupe  en  ce  chapitre. 

II  est  inutile  que  je  répète  à  propos  de  Galien  la  liste  don¬ 
née  par  Érotien  ;  je  me  contenterai,  pour  abréger,  de  si¬ 
gnaler  les  différences.  Galien  a  cité  tous  les  livres  énumérés 
dans  le  catalogue  d’Érotien,  à  l’exception  d’un  seul,  qui  est 
celui  sur  les  Blessures  et  sur  les  traits.  Il  a  en  sus  (et  c’est 
sans  doute  le  même  sous  un  autre  nom)  il  a  en  sus  un  traité 
sur  les  Blessures  dangereuses'.  Il  a  nommé  de  plus  que  lui  : 
les  Prénotions  de  Cos ,  que  des  critiques  antérieurs  à  Érotien 


LISTES  DES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES.  14;» 

ont  mentioimées ,  mais  que  celui-ci  a  exclues  de  sa  liste  5  le 
traité  des  affections  internes  ;  le  traité  des  Affections  ;  le 
traité  d es  Chairs  ou  des  Principes  ;  le  traité  des  Semaines  -,  le 
traité  du  Cœur ,  ainsi  que  cela  résulte  d’une  citation  où  il  n’en 
rapporte  pas  le  titre ,  mais  où  il  y  emprunte  un  long  passage  ; 
le  traité  des  Glandes ,  qu’il  déclare  apocryphe;  les  opuscules 
sur  la  Naissance  à  sept  mois  et  à  huit  mois-,  le  traité  du  Ré¬ 
gime  -,  le  traité  des  Songes.  Erotien  n’admet  dans  sa  liste  que 
deux  livres  des  Maladies ,  qui  sont  le  second  et  le  troisième 
de  ceux  qui  portent  ce  titre  dans  notre  collection  ;  Galien , 
qui  nous  apprend  que  ce  nom  avait  été  donné  aussi  aux  trai¬ 
tés  sur  les  Affections,  en  cite  trois  qui  répondent  au  premier, 
au  second,  au  troisième  de  ceux  que  nous  possédons.  Je  n’ai 
trouvé  dans  Galien  aucune  trace  de  celui  que  nos  éditions 
appellent  le  quatrième.  En  revanche,  il  nomme  à  diverses 
reprises  un  traité  qu’il  désigne  sous  le  titre  de  livré  des  Ma¬ 
ladies,  le  petit,  et  que  nous  avons  tout  à  fait  perdu. 

On  voit,  par  ce  rapprochement ,  combien  les  auteurs  dans 
l’antiquité  ont  varié  sur  le  catalogue  des  livres  hippocrati¬ 
ques.  Si  nous  avions  conservé  un  plus  grand  nombre  de  ces 
commentaires,  nous  aurions,  sans  aucun  doute,  à  constater 
bien  plus  de  divergences.  Ce  que  je  viens  de  montrer  suffit 
pour  attester  toutes  les  difficultés  qui  entourent  l’histoire  de 
la  collection  dite  des  œuvres  d’Hippocrate.  Erotien  ne  nous 
donne  nulle  part  les  motifs  de  ses  jugements  sur  les  diffé¬ 
rents  livres  de  sa  liste;  Galien  est  un  peu  plus  explicite;  ce¬ 
pendant  il  n’entre  jamais  avec  détail  dans  la  discussion  de 
l’authenticité  de  tel  ou  tel  livre.  Quelquefois  (et  cela  est  déjà 
précieux)  il  constate  l’unanimité  des  critiques  à  admettre  un 
ouvrage  comme  légitime  ou  à  le  rejeter  comme  illégitime. 
Plus  souvent  il  rapporte  les  assertions  des  critiques,  aux¬ 
quelles  il  joint  les  siennes ,  mais  sans  motiver  avec  quelque 
TOM.  1.  10 


INTRODUCTION. 


146 

soin  les  unes  et  les  autres.  Les  indications  de  Galien,  rap¬ 
prochées  de  la  liste  d’Érotien ,  et  placées  en  regard  des  frag¬ 
ments  recueillis  dans  les  œuvres,  aujourd’hui  perdues,  des 
critiques  antérieurs,  tels  que  Zeuxis,  Héraclide  de  Tarente, 
Glaucias  et  Baechius,  ont  du  moins  cela  d’avantageux 
qu’elles  reportent,  toutes,  la  diffusion  des  livres  hippocratiques 
à  l’époque  que  j’ai  déjà  fixée,  c’est-à-dire  à  celle  où  le  zèle 
de  l’érudition  se  développa  à  Alexandrie  avec  la  fondation 
des  bibliothèques.  H  est  même  possible  de  retrouver,  dans  les 
critiques  postérieurs,  des  traces  qui  prouvent  que  les  cri¬ 
tiques  antérieurs  ont  aussi  connu  les  écrits  rejetés  du  canon 
hippocratique  d’Érotien.  Ainsi  ce  dernier  a  admis ,  dans  son 
Glossaire,  des  mots  qui  n’appartiennent  à  aucun  des  traités 
inscrits  dans  sa  liste,  et  qui  se  trouvent  dans  d’autres  trai¬ 
tés  qu’il  en  a  écartés.  Le  mot  ty6ur,v ,  qui  se  lit  dans  le  frag¬ 
ment  sur  Y  Exsection  du  fœtus,  est  dans  le  Glossaire-,  et  deux 
mots  dont  l’un  esL  du  traité  des  affections  internes,  et  l’autre 
de  notre  1er  livre  des  Maladies,  y  sont  expliqués,  quoique  le 
catalogue  d’Érotien  ne  fasse  mention  ni  du  fragment  sur 
Y  Exsection  du  fœtus,  ni  du  livre  des  Jffections  internes,  ni 
de  ce  premier  livre  des  Maladies.  Cela  s’explique  :  Erotien 
puisa  largement  dans  les  ouvrages  de  ses  devanciers,  c’est 
de  ces  ouvrages  que  se  sont  glissées,  dans  son  Glossaire,  des 
explications  qui  appartiennent  à  des  traités  auxquels  il  a  re¬ 
fusé  le  droit  de  bourgeoisie  dans  son  catalogue,  mais  qui 
figuraient  dans  le  catalogue  d’autres  critiques ,  puisqu’eux 
avaient  cru  devoir  en  interpréter  certaines  expressions  dif¬ 
ficiles. 

Ainsi  tout  cela  s’appuie  réciproquement  $  les  commenta¬ 
teurs  se  tiennent-,  et  à  partie  traité  des  Glandes,  que  Galien 
assure  n’être  cité  par  aucun  critique,  par  aucune  table, 
et  que  cependant  il  attribue  aux  hippocratiques  posté- 


LISTES  DES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES.  147 

rieurs1, tous  sont  acceptés  comme  transmis  par  la  tradition,  et 
escortés,  dès  l’origine  que  j’indique ,  de  tous  les  témoignages 
nécessaires.  C’est  à  cette  masse  d’écrits,  venant  tous  d’une 
source  obscure  dont  on  perd  la  trace  en  entrant  dans  les 
temps  antérieurs  à  l’établissement  des  écoles  d’Alexandrie , 
c’est  à  cette  masse  d’écrits,  dis-je,  qu’ensuite  la  critique 
s’applique,  et  sur  l’authenticité  desquels  elle  porte  des  juge¬ 
ments  très  différents.  De  là  les  divergences  dans  les  listes. 
J’insiste  avec  soin  sur  cette  double  circonstance  que ,  d’une 
part,  les  critiques  de  l’antiquité,  les  uns  par  les  autres,  font 
remonter  l’ensemble  de  la  Collection  hippocratique  jusqu’à 
l’intervalle  qui  précède  les  écoles  d’Alexandrie,  et  que,  de 
Fautre  part,  ils  ne  s’en  divisent  pas  moins  sur  l’arrêt  parti¬ 
culier  qu’il  convient  de  rendre  concernant  chacun  de  ces 
livres.  Évidemment  ils  étaient  placés,  au  fond,  dans  la  même 
situation  que  le  critique  qui  vient  si  long-temps  après  eux 
glaner  dans  le  même  champ.  Ils  reconnaissaient  bien  que  la 
Collection  hippocratique  appartenait  à  l’intervalle  de  temps 
que  j’appellerai  anté-alexandrin  ;  mais  quand  il  s’agissait  de 
se  prononcer  sur  l’authenticité  de  chaque  traité  en  parti¬ 
culier  ,  c’était  sur  d’autres  motifs  qu’ils  se  décidaient  5  ce 
sont  aussi  d’autres  motifs  qu’il  faut  chercher  pour  nous  dé¬ 
cider  dans  la  même  question. 

Après  Galien,  les  commentateurs  et  les  témoignages  per¬ 
dent  beaucoup  de  leur  intérêt.  Palladius  et  Étienne,  com¬ 
mentant,  l’un  le  traité  des  Fractures ,  l’autre  le  Pronostic, 
désignent  plusieurs  écrits  qu’ils  regardent  comme  étant 
d’Hippocrate;  mais  ils  ajoutent  qu’ils  ne  savent  de  quel 
Hippocrate,  qu’il  y  en  a  eu  quatre,  l’un  fils  de  Gnosidicus , 
l'autre  fils  d’Héraclide ,  l’autre  fils  de  Dracon ,  l’autre  fils  de 
Thessalus. 

'  Twv  vsWT$ptov  'IinroxpaTsuov.  T.  v,  p.  591, Ed.  Basil. 


introduction. 


148 

Il  est  difficile  île  se  faire  une  idée  de  la  manière  dont  la 
Collection  hippocratique  était  distribuée  du  temps  de  Suidas. 
Yoici  les  paroles  de  cet  écrivain  :  «  Les  livres  d’Hippocrate 
«  sont  connus  de  tous  ceux  qui  s’occupent  de  médecine... 
(c  Nous  citerons  les  principaux.  Le  premier  est  le  Serment  ; 
«  le  second  enseigne  le  Pronostic  -,  le  troisième  contient  les 
«  Aphorismes,  qui  dépassent  la  portée  de  l’esprit  humain  j  le 
«  quatrième  est  Y  Hexacontahiblos  (  appelé  ainsi  parce  qu’il 
((  est  composé  de  soixante  livres) ,  ouvrage  aussi  célèbre 
«  qu’admirable,  et  qui  embrasse  toute  la  science  et  toute  la 
<(  sagesse  médicales.  »  Je  ne  sais  à  quoi  répond  au  juste  cet 
Hexacontahiblos  -,  sous  ce  titre  sont  compris  sans  doute  la 
plupart  des  livres  que  nous  possédons  encore. 

Une  indication  plus  précieuse  est  fournie  par  Démétrius 
Pépagomène  dans  son  petit  traité  de  la  Goutte.  II  y  cite  des 
passages  du  livre  que  nous  appelons  dans  nos  éditions  le  Qua¬ 
trième  des  maladies ,  et  qui,  exclu  de  là  liste  d’Érotien ,  n’est 
pas  non  plus  mentionné  par  Galien. 

H  ne  me  reste  plus,  pour  terminer  ce  travail,  qu’à  comparer 
avec  ces  différentes  indications  fournies  par  les  anciens  le 
canon  hippocratique  tel  qu’il  se  trouve  dans  nos  livres  im¬ 
primés.  Nous  avons  plus  et  nous  avons  moins  que  ces  listes, 
c’est-à-dire  que  des  traités  qui  y  sont  dénommés  ne  sont  pas 
parvenus  jusqu’à  nous,  et  que  d’autres  traités  qui  figurent 
dans  notre  collection  n’y  sont  pas  indiqués. 

Nous  avons  de  moins  (tout  cela  sera  prouvé  dans  l’examen 
particulier  de  chacun  des  livres  hippocratiques)  le  traité  des 
Blessures  et  des  traits ,  le  traité  des  Plaies  dangereuses,  le 
traité  appelé  par  Galien  le  livre  des  Maladies ,  le  petit ,  enfin 
le  traité  des  Semaines.  C’est  là  tout  ce  qui  nous  manque  ;  et 
encore  j’ai  rendu  à  la  lumière  une  traduction  latine  de  ce 


LISTES  DES  ECRITS  HIPPOCRATIQUES.  149 

dernier  traité,  laquelle  pourra,  jusqu’à  un  certain  point, 
suppléer  à  la  perte  de  l’original. 

Nous  ayons  en  plus  :  l’opuscule  Du  médecin -,  celui  sur  Y  Hon¬ 
neur  j  les  Préceptes  ;  le  livre  des  Crises-,  celui  des  Jours  cri¬ 
tiques  j  de  la  Superfétation  $  de  la  Dentition  -,■  de  la  Nature 
des  os  j  des  Maladies  des  jeunes  filles  -,  de  la  Nature  de  la 
femme  ;  de  la  Hue-,  de  V  Exsection  du  fœtus  mort -,  de  Y  Ana¬ 
tomie  -,  la  huitième  section  des  Aphorismes  ;  le  fragment  des 
Médicaments  purgatifs .  Ce  n’est  pas  une  petite  singularité 
que  d’avoir  plus  de  traités  hippocratiques  que  n’en  a  connu 
l’antiquité.  J’y  reviendrai  ailleurs  ;  je  dirai  seulement  d’a¬ 
vance  que  les  uns  sont  des  fragments  d’ouvrages  véritable¬ 
ment  anciens  dont  les  auteurs  sont  tout  à  fait  inconnus ,  et 
que  les  autres  ne  sont  que  des  centons  faits  avec  les  livres 
hippocratiques  à  une  époque  comparativement  très  mo¬ 
derne. 

La  Collection  hippocratique  ayant  prêté  à  tant  de  diver¬ 
gences  dans  les  jugements  que  les  critiques  en  ont  portés,  il 
n’a  pu,  non  plus,  y  avoir  déréglé  fixe  pour  Parrangemenl 
dont  chacun  l’a  crue  susceptible.  Cela  devait  être,  et  cela  est 
en  effet.  Mais  ces  différences  se  sont  étendues  aux  traités 
eux-mêmes  en  particulier  -,  et  ils  ont  été  diversement  coupés, 
et  réunis  dans  les  éditions  qu’en  ont  données  les  critiques  de 
l’antiquité.  Galien  nous  apprend  qu’au  traité  de  la  Nature  de 
l’homme  la  plupart  des  éditions  joignaient  un  opuscule  sur 
le  Régime  des  gens  en  santé  (  -s  pi  StatTr.ç  Syteiv^ç)  *,  et  dans  son 
commentaire  il  se  conforme  à  cet  ordre.  Il  est  tout  à  fait  pro¬ 
bable  que,  dans  la  liste  d’Érotien,  sous  le  titre  de  la  Nature 
de  l’homme,  il  faut  aussi  entendre  le  morceau  sur  le  Régime 
des  gens  en  santé .  Mais  dans  toutes  nos  éditions  (et  elles  ont 
eu  des  manuscrits  pour  modèles)  ces  deux  écrits  sont  séparés 
l’un  de  l’autre.  En  rapportant  plus  haut  que  Bacchius  avait 


150  INTRODCCTION. 

connu  le  livre  de  la  Nature  de  V enfant ,  j’ai  ajouté  que  sans 
doute  il  avait  connu  celui  sur  la  Génération ,  qui  y  tient  5  j’é¬ 
tends  cette  remarque  à  Érotien,  qui,  sous  ce  titre  de  livre  sur 
la  Nature  de  V enfant ,  a ,  je  pense ,  compris  aussi  le  livre  de 
la  Génération.  La  division  de  ces  deux  livres  est  tout  à  fait 
arbitraire. 

Dans  quelques  éditions  de  l’antiquité,  le  livre  des  Frac¬ 
tures  et  celui  des  Articulations  formaient  un  seul  traité,  qui 
portait  le  titre  commun  de  traité  sur  Y  Officine  du  médecin 

(Ka-r’  ÎYJTpetOv). 

Un  morceau  que  Galien  cite  quelquefois  sous  le  nom  de 
Description  des  veines  (Ilspt  çXeêGv)  se  trouvait,  de  son  temps 
et  du  temps  des  commentateurs  les  plus  anciens ,  joint  au 
livre  des  Instruments  de  réduction.  Aujourd’hui  il  est  placé 
à  la  fin  du  livre  qui ,  dans  nos  éditions ,  porte  le  titre  de  livre 
sur  la  Nature  des  os. 

Galien  nous  apprend  que  Dioscoride  fut  le  premier  qui  dé¬ 
plaça  un  morceau  du  3e  livre  des  Épidémies ,  morceau  qui 
jusque-là  avait  été  mis  à  la  fin ,  et  que  cet  éditeur  remit 
avant  la  série  des  seize  derniers  malades.  La  plupart  des  édi¬ 
tions  modernes  ont  suivi  l’ordre  indiqué  par  Dioscoride. 
Dans  les  manuscrits  et  dans  les  premières  éditions,  le  traité 
de  l’^ir ,  des  eaux  et  des  lieux  a  été  l’objet  de  l’erreur  la 
plus  grossière  en  ce  genre.  Il  a  été  coupé  en  deux  parties, 
dont  l’une  porte  le  véritable  nom ,  et  dont  l’autre  est  placée 
à  la  suite  du  traité  sur  les  Plaies  de  tête  ;  dans  quelques  ma¬ 
nuscrits  même ,  cette  dernière  fait  un  livre  à  part  sous  le 
nom  de  traité  du  Pronostic  des  années  (rapt  Trpoyvwaewç  ItSv). 
Je  n’ai  rappelé  ce  fait  que  pour  signaler  l’incroyable  désor¬ 
dre  que  des  copistes  sans  intelligence  introduisaient  souvent 
dans  les  livres,  et  pour  justifier  le  parti  pris  par  Dioscoride. 

Les  titres  des  livres  n’ont ,  de  leur  côté ,  rien  de  fixe.  D’a- 


151 


LISTES  DES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES. 

tord  ils  ne  sont  nullement  le  fait  des  auteurs  qui  ont  com¬ 
posé  l’ouvrage.  Les  écrivains  dont  les  œuvres  entrent  dans 
la  Collection  hippocratique,  n’ont  pas  souvent  nommé  leurs 
propres  livres.  On  a  vu  combien  de  ces  traités  nous  avons 
perdu,  et  il  n’est  plus  possible  de  reconnaître  si  la  citation 
énonçait  un  véritable  titre,  ou  bien  une  indication  du  sujet 
du  traité.  Dans  les  cas  où  les  renvois  se  réfèrent  à  des  trai¬ 
tés  encore  existants,  le  renvoi  désigne  le  livre  tout  autre¬ 
ment  que  par  le  titre  qu’il  porte  aujourd’hui.  Ainsi  l’auteur 
du  traité  sur  les  Maladies  des  femmes ,  y  citant  (page  231, 
éd.  Frob.)  celui  sur  la  Nature  de  l’enfant ,  désigne  ce  der¬ 
nier  sous  le  nom  de  traité  sur  la  Formation ,  ou  ailleurs 
(p.  245)  un  peu  autrement,  sur  la  Nature  de  l’enfant  dans 
la  génération1.  Et  réciproquement  dans  ce  dernier  traité 
(p.  31)  nommant  celui  sur  les  Maladies  des  femmes ,  il  an¬ 
nonce  ce  qu’il  dira  Iv  toïot  yuvaixetotat  voua^jxaci ,  tandis  que 
dans  notre  liste  le  titre  est  seulement  rapt  ^uvat xeuov. 

Ces  faits  prouvent  que  les  titres  des  livres  n’y  ont  pas  été 
mis  parles  auteurs  eux-mêmes.  Il  ne  faut  pas  s’étonner  s’ils 
ont  présenté  tant  de  différences.  Le  traité  que  Galien  cite 
sous  le  nom  de  livre  sur  V Air,  les  Eaux  et  les  Lieux ,  porte , 
dans  Érotien ,  le  titre  de  livre  sur  les  Lieux  et  les  Saisons  , 
et,  dans  Athénée,  le  titre  de  livre  sur  les  Lieux  2.  Ce  que 
Galien  appelle  sur  l’usage  des  Liquides ,  Érotien  et  Athénée 
l’appellent  des  Eaux .  Le  traité  des  Chairs  (  rapt  aapxo.v)  est 
aussi  appelé  des  Principes  (raptàpxSv).  Quelques-uns  avaient 
appeléle  6e  livre  des  Épidémies ,  Constitutions  de  Thessalus  5. 
Le  traité  que  nous  appelons  le  premier  livre  des  Maladies , 

‘  ’Ev  t9j  epuca  ou  h  t^  y evéca  tou  nouMov  tou  iv  to'xw. 

-  Page  46,  Ed.  J.  Casaubon,  1597. 

3  Gai.,  t.  v,  p.  442,  Ed.  Basil. 


152  INTRODUCTION. 

Galien  l’appelle ,  quelquefois,  simplement  livre  des  Maladies: 
d’autres  fois ,  il  ajoute  qu’on  lui  donne  à  tort  le  titre  de  pre¬ 
mier  :  notre  deuxième  est  appelé  premier  par  Érotien ,  et 
par  Galien  premier  livre  des  Maladies ,  le  grand-,  notre  troi¬ 
sième  est  appelé  second  par  Érotien,  et  par  Galien  deuxième 
livre  des  Maladies ,  le  petit.  Notre  livre  des  affections  internes 
porte  les  différents  noms  de  livre  grand  des  Affections ,  livre 
sur  les  Collections  purulentes  de  la  poitrine  ,  deuxième  livre , 
le  plus  grand ,  sur  les  Maladies.  Au  reste,  ces  désignations 
étaient  si  variables  et  si  confuses ,  que,  pour  ces  traités ,  Ga¬ 
lien  transcrit  souvent  la  première  ligne  afin  qu’on  sache 
positivement  celui  qu’il  cite. 

Le  traité  du  Régime  dans  les  maladies  aiguës  est  appelé 
par  Érotien  livre  sur  la  Tisane  -,  par  d’autres,  livre  contre 
les  Sentences  cnidiennes  ,*  par  d’autres ,  livre  sur  le  Régime 
ou,  comme  dit  Cœlius  Aurelianus,  Diæteticus.  Le  traité  que 
nous  appelons  sur  le  Régime  portait,  dans  l’antiquité,  deux 
titres  différents ,  suivant  qu’on  en  considérait  à  la  fois  les 
trois  livres.,  eu  seulement  les  deux  derniers  :  dans  le  premier 
cas,  il  étaitintitulé  livre  sur  la  Nature  de  l’homme  et  sur  le  Ré¬ 
gime,  et,  dans  le  second  cas,  livre  sur  le  Régime  i. 

La  division  en  chapitres  ou  en  livres  est  aussi  l’œuvre  des 
éditeurs  et  non  des  auteurs  eux-mêmes.  Rufus  avait  divisé 
les  Aphorismes  en  trois  sections ,  Soranus  en  quatre,  Galien 
a  suivi  la  division  en  sept,  qui  était  probablement  la  plus 
ancienne.  Etienne  nous  apprend  que  c’est  Galien  qui  a  par¬ 
tagé  le  Pronostic  en  trois  sections.  Apollonius  de  Cittium 
avait  partagé  le  traité  des  Articulations  en  trois  parties;  Ga¬ 
lien  l’a  partagé  en  quatre.  Les  anciens  livres,  tels  qu’ils 
étaient  sortis  des  mains  des  auteurs,  ne  portaient  aucune 


Gai.,  t.  iv,  p.  206,  Ed.  Basil. 


LISTES  DES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES.  153 

de  ces  divisions 5  il  n’y  avait,  comme  dit  Palladius,  que 
celles  qui  résultent  du  sens  et  du  passage  d’un  sujet  à  un 
autre. 

Si  les  titres  des  traités  eux-mêmes  ne  viennent  pas  des 
écrivains  originaux,  à  plus  forte  raison  les  intitulés  des  cha¬ 
pitres  et  des  divisions  ne  sont  pas  non  plus  leur  ouvrage.  Ga¬ 
lien,  arrivant,  dans  son  commentaire  sur  le  3e livre  des  Épi¬ 
démies  ,  au  passage  où  Hippocrate  décrit  une  constitution 
pestilentielle,  dit  que  plusieurs  manuscrits  portaient  en  titre 
seulement  Constitution  ;  que  Dioscoride  avait  mis  dans  son 
édition  Constitution  chaude  et  humide  ,*  et  que  d’autres  exem¬ 
plaires  n’avaient  aucune  espèce  d’intitulé  *. 

Tous  ces  détails,  que  j’ai  réunis  avec  soin,  montrent  que 
la  Collection  hippocratique,  lorsqu’elle  fut  livrée  au  public, 
n’avait  ni  un  ordre  établi,  ni  des  titres  fixes,  ni  des  divisions 
incontestables ,  que  ce  furent  les  éditeurs  qui  successivement 
l’arrangèrent  et  la  distribuèrent  suivant  leur  propre  juge¬ 
ment,  et  que,  dès  lors,  elle  manquait  d’une  authenticité 
suffisante  pour  que  la  main  des  arrangeurs  ne  s’y  immisçât 
pas ,  avec  raison ,  avec  utilité  sans  doute ,  mais  souvent  aussi 
avec  arbitraire. 

1  Gai.,  t.  y,  p.  41  B,  Ed.  Basil. 


CHAPITRE  VII. 


DES  ÉLÉMENTS  DE  LA  CRITIQUE  HIPPOCRATIQUE  DANS  l’aNTIQUITÉ 
ET  DE  LEUR  VALEUR. 


Les  commentateurs  des  œuvres  hippocratiques  ne  remon¬ 
tent  pas ,  on  vient  de  le  voir,  plus  haut  que  le  commence¬ 
ment  des  écoles  à  Alexandrie,  plus  haut  que  Xénocrite  et 
Hérophile.  Avant  eux ,  il  n’y  a  que  des  témoignages  rares  , 
soit  sur  un  petit  nombre  d’écrits  particuliers  d’Hippocrate , 
soit  d’une  manière  générale  sur  les  travaux  de  ce  médecin 
comme  écrivain  et  professeur.  Cependant  les  critiques  an¬ 
ciens,  placés  devant  cette  masse  confuse  de  livres  qui  est  la 
Collection  hippocratique,  se  sont  efforcés  de  trier  le  vrai  du 
faux,  et  de  faire  la  part  d’Hippocrate  et  des  autres  méde¬ 
cins  dont  les  œuvres  sont  cachées  dans  cette  Collection.  Il 
importe  donc  d’examiner  quels  éléments  de  critique  ils  pos¬ 
sédaient  pour  prononcer  un  jugement  sur  la  légitimité  ou  l’il¬ 
légitimité  de  tel  ou  tel  traité.  Car  souvent  je  m’appuierai  de 
ces  jugements ,  et  je  ne  puis  le  faire  avec  sûreté  qu’autant 
-que  j’aurai  déterminé  d’avance  quelle  valeur  ils  ont ,  quelle 
confiance  ils  méritent.  Si  de  cet  examen  il  résulte  qu’ils  ont 
manqué  de  bases ,  et  qu’ils  ne  reposent  que  sur  des  conjec¬ 
tures  sans  consistance ,  il  ne  faudra  pas  y  attacher  plus  d’im¬ 
portance  qu’à  des  hypothèses  qui  laissent  une  pleine  liberté 
aux  appréciations  de  la  critique  moderne.  Si ,  au  contraire  . 
il  est  positif  que  nos  devanciers,  Grecs  et  Latins,  ont  possédé 
des  documents  maintenant  perdus,  propres  à  jeter  de  la  lu¬ 
mière  sur  plusieurs  difficultés  qui  nous  embarrassent  au- 


ÉLÉMENTS  DE  LA  CRITIQUE  ANCIENNE.  155 

jourd’hui ,  il  faudra  accorder  à  leur  opinion  une  grande 
attention. 

Je  montrerai  en  rapportant  l’histoire  du  3e  livre  des  Épi¬ 
démies  que ,  dès  les  temps  les  plus  anciens ,  les  commen¬ 
tateurs  n’avaient  plus  aucune  lumière  à  tirer  de  l’examen 
des  manuscrits  touchant  la  légitimité  ou  l’illégitimité  des 
différentes  parties  de  la  Collection  hippocratique.  Il  n’y 
avait  plus  aucun  autographe  à  consulter.  La  Collection, 
en  bloc,  était  dans  la  circulation  ;  et  il  ne  restait  plus  de  ca¬ 
ractères  d’authenticité  que  pour  les  livres  que  l’on  savait,  de 
science  certaine,  par  une  voie  ou  par  une  autre ,  avoir  été 
publiés  dès  le  temps  môme  d’Hippocrate.  Tout  le  reste  était 
livré  à  la  discussion  des  critiques. 

Les  discussions,  en  effet,  n’ont  pas  manqué,  mais  le 
temps  nous  les  a  toutes  enlevées.  Érotien  avait  discuté  l’au¬ 
thenticité  des  Prorrhétiques ,  et  on  peut  croire  qu’il  avait 
traité  de  chacun  des  écrits  hippocratiques  en  particulier.  C’est 
du  moins  ce  que  donnent  à  entendre  quelques  mots  de  sa  pré¬ 
face,  par  lesquels  il  renvoie  le  lecteur  à  ses  explications  de  cha¬ 
que  partie1,  surtout  si  l’on  rapproche  ces  mots  de.  ce  qu’il 
avait  promis  sur  les  Prorrhétiques,  et  sur  un  autre  point  que 
j’ai  cité  plus  haut  (page  99).  Cette  dissertation  serait  pour 
nous  très  intéressante,  mais  il  n’en  existe  plus  aucune  trace. 

Galien  avait  composé  un  livre  spécial  où  il  examinait  les 
titres  d’authenticité  de  chacun  des  écrits  de  la  Collection 
hippocratique.  Ce  livre  a  complètement  péri.  Dans  ceux  de 
ses  Commentaires  qui  nous  ont  été  conservés,  il  s’occupe 
uniquement  du  coté  médical  des  livres  hippocratiques,  et  ce 
n’est  qu’en  passant  qu’il  nous  parle  des  doutes  exprimés  sur 
tel  ou  tel  livre ,  et  de  l’origine  qu’on  attribuait  à  telle  ou  tclla 

’Ev  trj  xa-à  (xlpoç  IÇïjyV jœi,  p  6,  Ed.  Franz. 


156  INTRODUCTION. 

production.  Son  ouvrage  de  critique  littéraire  sur  la  Collec¬ 
tion  hippocratique  serait  pour  nous  aujourd’hui  une  mine 
précieuse  de  renseignements.  Sa  riche  érudition  s’y  serait 
répandue  avec  abondance  ;  et,  dans  les  cas  mêmes  où  la  cri¬ 
tique  moderne  ne  pourrait  en  adopter  tous  les  jugements  , 
elle  trouverait,  dans  ce  livre,  des  recherches ,  des  citations, 
des  documents  qui  l’éclaireraient  et  lui  permettraient  d’avoir 
une  opinion  indépendante  de  celle  de  l’illustre  médecin  de 
Pergame.  L’histoire  de  la  Collection  hippocratique  n’a  pas 
fait  de  perte  plus  sensible. 

Ainsi  tout  ce  que  l’antiquité  avait  composé  ex-professo  sur 
la  critique  des  œuvres  d’Hippocrate  a  disparu.  Ce  qu’il  faut 
maintenant,  c’est  rechercher,  autant  qu’il  est  possible,  les 
éléments  qu’elle  avait  à  sa  disposition.  Dans  les  écrits  des 
commentateurs,  nous  rencontrons  des  jugements  nombreux, 
souvent  fort  différents-,  mais  ces  jugements  ne  sont  jamais 
motivés,  ou  ils  ne  le  sont  que  très-insuffisamment.  Ces  mo¬ 
tifs,  que  nous  ne  lisons  nulle  part,  nous  en  découvrirons  les 
principales  bases,  si  nous  particularisons  les  documents  que 
les  anciens  ont  pu  et  dû  consulter  pour  se  faire  une  opinion 
sur  la  légitimité  ou  l’illégitimité  des  traités  qui  constituent  la 
Collection  hippocratique. 

Ces  documents  peuvent,  en  ce  qu’ils  ont  d’essentiel ,  être 
rapportés  à  trois  chefs  :  le  premier  est  l’existence ,  soit  de 
traditions,  soit  de  quelques  monuments  qui  constataient 
l’existence  des  fils  et  des  élèves  d’Hippocrate,  et  leur  qualité 
d’auteurs  médicaux  5  le  second  est  la  masse  de  livres  relatifs 
à  la  médecine,  antérieurs  et  postérieurs  à  Hippocrate;  le  troi¬ 
sième  est  un  ouvrage  dans  lequel  un  disciple  d’Aristote  avait 
résumé  l’histoire  médicale  jusqu’à  son  époque. 

Au  temps  des  plus  anciens  auteurs  qui  ont  commencé  à 
écrire  sur  les  œuvres  d’Hippocrate ,  il  restait  certainement 


ÉLÉMENTS  DE  LA  CRITIQUE  ANCIENNE.  157 

des  traditions,  vagues,  il  est  vrai,  et  incertaines ,  sur  les  mé¬ 
decins  qui  avaient  contribué  à  former  cette  Collection.  On 
ne  peut  guère  expliquer  autrement  cette  concordance  des 
critiques  à  donner  comme  auteurs  d’un  certain  nombre  de 
traités,  les  fils,  ou  les  petits-fils,  ou  le  gendre  d’Hippocrate. 
Les  noms  des  fils  d’Hippocrate  et  de  ses  descendants,  que  Sui¬ 
das  et  d’autres  rapportent  avec  l’indication  peu  précise  qu’ils 
avaient  écrit  sur  la  médecine,  ont  été  pris  sans  doute  dans  la 
liste  d’Ératosthène.  Mais  Eratosthène  lui-même ,  ou  les  te¬ 
nait  de  la  tradition,  ou  les  avait  puisés  dans  quelque  docu¬ 
ment  aujourd’hui  détruit.  Quant  aux  renseignements  sur  la 
collaboration  des  fils  et  des  descendants  d’Hippocrate,  je  ne 
puis  les  attribuer  qu’à  des  traditions  qui  s’étaient  conservées 
dans  les  anciennes  écoles  médicales  antérieures  à  celles  d’A¬ 
lexandrie  et  dePergame;  caron  n’en  rencontre  aucune  trace 
écrite  ;  un  manuscrit  latin  (n°  7028)  que  j’ai  déjà  cité  (p.  40), 
dit  que  parmi  les  descendants  d’Hippocrate  il  y  eut  Thessa- 
lus,  Dracon,  Hippocrate  le  jeune,  desquels  les  livres  n’ont  pas 
été  connus  (  quorum  libri  non  apparuerunt  ).  Cela  est  très 
vrai  :  nulle  parties  critiques  n’appuient  leurs  dires  sur  des 
témoignages,  des  citations  ou  des  livres  de  ces  hippocra¬ 
tiques  ;  et  toujours  ils  se  fiornent  à  des  allégations  qu’ils  rap¬ 
portent  sous  la  forme  de  ouï-dires.  Je  pense  donc  qu’il  s’agit 
dans  tout  cela ,  non  pas  de  documents  écrits,  mais  de  tradi¬ 
tions  qui  s’étaient  transmises  aux  plus  anciens  commenta¬ 
teurs,  et  que  leurs  successeurs  avaient  enregistrées  vague¬ 
ment  telles  qu’ils  les  avaient  reçues. 

Uneremarquefortifiesingubèrementcettemanièrede  voir  : 
c’est  qu’en  effet  il  se  trouve,  dans  la  Collection  hippocratique, 
un  morceau  qui,  ainsi  que  nous  l’a  appris  Aristote,  est  vérita¬ 
blement  de  Polybe ,  gendre  d’Hippocrate  ;  et  cependant  les 
critiques  et  Galien  lui-même,  qui  attribuent  certains  écrits  à 


INTRODUCTION. 


158 

Polybe,  n  arguent  jamais  delà  citation  parfaitement  positive 
d’Aristote,  et  semblent  l’ignorer  ou  n’en  pas  faire  compte; 
de  sorte  que  c’est,  à  vrai  dire,  indépendamment  de  l’autorité 
du  chef  du  péripatétisme  qu’ils  assignent  une  certaine  colla¬ 
boration  dans  la  Collection  hippocratique  à  Polybe.  Peut-être 
même,  au  moment  où  Xénocri  te  et  Bacchius  tenaient  la  Col¬ 
lection  hippocratique  et  le  livre  de  la  Nature  de  l’homme  qui 
porte  le  nom  d’Hippocrate ,  et  qui  est  de  Polybe;  peut-être, 
dis-je,  à  ce  moment,  Y  Histoire  des  animaux ,  où  Aristote 
rapporte  la  citation  de  Polybe,  n’était  pas  encore  parvenue 
à  Alexandrie  :  car  la  collection  des  œuvres  du  philosophe 
n’a  été  publiée  que  par  Apellicon,  postérieurement  au 
temps  des  premiers  commentateurs  hippocratiques.  Cette  dé¬ 
monstration  ainsi  donnée  par  un  témoignage  évident  pour 
un  écrit  et  pour  un  auteur,  fortifie  les  autres  assertions 
touchant  la  coopération  des  fils  et  des  petits-fils  d’Hippocrate, 
et  porte  à  croire  que  les  traditions  d’après  lesquellesles  com¬ 
mentateurs  ont  parlé,  reposent  sur  un  fait  très-véritable,  sans 
mériter  peut-être,  dans  le  détail,  une  grande  confiance.  Je 
veux  dire  qu’on  peut  admettre  avec  sûreté  que  des  descendants 
et  des  élèves  d’Hippocrate  ont  certaines  de  leurs  œuvres  ca¬ 
chées  sous  le  nom  de  leur  maître  au  milieu  de  la  Collection , 
mais  qu’on  ne  peut  de  même  admettre  que  tel  ou  tel  écrit  ap¬ 
partient  plus  particulièrement  à  Dracon,  à  Thessalus,  ou  à 
tout  autre  membre  de  la  famille. 

Les  anciens  critiques  ont  émis  des  opinions  très  diverses 
sur  l’attribution,  à  tel  ou  tel  fils  ou  descendant  d’Hippocrate, 
des  différents  écrits  qu’ils  ont  supposé  n’être  pas  de  ce  mé¬ 
decin.  Je  crois  utile  de  rapporter  leurs  principaux  dires  à 
ce  sujet;  car  il  est  certain  qu’au  moins  un  de  ces  hippocra¬ 
tiques  (  Polybe)  a  un  de  ses  livres  cachés  dans  la  Collection, 
et  il  est  extrêmement  probable  qu’il  en  est  de  même  pour 


ÉLÉMENTS  DE  LA  CRITIQUE  ANCIENNE.  159 

plusieurs  autres  médecins  de  la  môme  famille  et  de  la  môme 
école.  Suivant  Galien,  le  5e  livre  des  Epidémies  est,  non  du 
célèbre  Hippocrate,  fils  d’Héraclide,  mais  d’un  Hippocrate 
plus  récent ,  fils  de  Dracon;  le  2e,  le  4e  et  le  6e  sont,  dit-il , 
d’après  les  uns,  de  Thessalus,  d’après  les  autres,  du  grand 
Hippocrate  lui-même,  mais  seulement  un  recueil  de  notes 
non  rédigées ,  que  Thessalus,  voulant  que  rien  ne  se  per¬ 
dît,  réunit  toutes  ensemble,  et  publia  après  la  mort  de  son 
père 1 2 3  4. 

Suivant  Dioscoride,  l’auteur  du  livre  des  Maladies  qui 
dans  nos  éditions  porte  le  titre  de  Premier ,  appartenait  à 
Hippocrate ,  fils  de  Thessalus  2. 

Le  traité  de  la  Nature  de  V enfant  a  été  attribué  à  Polybe, 
disciple  d’Hippocrate  5. 

L’opuscule  du  Régime  des  gens  en  santé  a  été  attribué  à 
Polybe  4 ,  à  Euryphon ,  à  Phaon ,  à  Philistion ,  à  Ariston  5 , 
et  à  Phérécyde  6,  tous  auteurs  ou  plus  anciens  qu’Hippocrate 
ou  ses  contemporains. 

Le  traité  du  Régime  (en  3  livres)  était  refusé  à  Hippocrate, 
et  attribué  aux  mêmes,  Philistion,  Ariston,  Phérécyde  7,  et 
encore  à  Philétas  8. 

Le  livre  des  Jffectionsé tait,  suivant  quelques-uns ,  non 
d’Hippocrate,  mais  de  Polybe,  son  disciple  9. 

1  Tome  ni,  p.  182,  Ed.  Basil. 

2  Galien,  t.  v,  p.  456, 

3  Galien,  t.  i,  p.  214. 

4  Galien,  t.  v,  p.  29. 

5  Galien,  t.  y,  p.  45. 

0  Galien,  t.  v,  p.  302. 

"  Galien,  t.  v,  p.  502. 

s  Galien ,  t.  iv,  p.  206. 

9  Galien,  t.  v,  p.  502. 


INXRODCCTIOjy. 


160 

Glaucias ,  et  Artémidore  Capiton  pensaient  que  le  traité 
des  Humeurs ,  qu’Héraclide  de  Tarente  et  Zeuxis  rejetaient 
complètement  du  catalogue  des  œuvres  hippocratiques,  était 
d’un  des  Hippocrates  postérieurs1. 

Les  anciens  commentateurs  ont  admis  que,  parmi  les  écrits 
de  la  Collection  hippocratique ,  les  uns  sont  des  recueils  de 
notes  (  u7ro!xvr'u.aTa)  prises  par  l’auteur  lui-même  pour  son 
instruction  ou  pour  la  préparation  d’autres  ouvrages,  et  que 
les  autres  sont  des  livres  achevés  et  destinés  à  la  publication 
(«ruYYpauuaxa).  Galien  dit  en  différents  endroits  que  les  nctes, 
les  livres  hypomnématiques ,  pour  me  servir  de  l’expression 
ancienne ,  ayant  été  trouvés  après  la  mort  d’Hippocrate  par 
son  fils  Thessalus,  celui-ci  les  réunit,  les  coordonna ,  et  les 
publia  en  y  ajoutant  du  sien.  Que  certains  livres  soient  un 
recueil  de  notes,  de  souvenirs  non  destinés  à  la  publication, 
c’est  ce  que  prouve  l’examen  le  plus  superficiel  de  la  Collec¬ 
tion  hippocratique-,  quant  au  fait  de  la  publication  par  Thes¬ 
salus  ,  fils  d’Hippocrate,  c’est  ou  une  supposition  des  com¬ 
mentateurs  pour  expliquer  cette  publication ,  ou  une  tradi¬ 
tion  conservée.  Galien  a  énoncé  cette  opinion  particulièrement 
à  propos  du  11e  livre  des  Epidémies ,  du  vie ,  et  du  traité  de 
Y  Officine  du  médecin  ;  et,  rencontrant,  dans  ce  dernier  livre, 
la  répétition  d’un  passage,  il  remarque  que  ce  livre  a  été  pu¬ 
blié  après  la  mort  de  l’auteur,  et  que  les  copistes  ont  l’habi¬ 
tude  de  transcrire,  dans  le  corps  de  l’ouvrage,  ces  répétitions, 
que  l’auteur  n’avait  écrites  que  pour  examiner  laquelle  des 
deux  façons  de  dire  il  préférerait  quand  il  en  viendrait  à  une 
rédaction  définitive  *. 

Par  mes  recherches  sur  les  commentateurs  anciens,  je 

4  Galien,  t.  xvi,  p.  1 ,  Ed.  Kiihn. 

1  Tome  v,  p.  697,  Ed.  Basil. 


ÉLÉMENTS  DE  LA  CRITIQUE  ANCIENNE.  161 

suis  arrivé  à  montrer  d’une  manière  irrécusable  que  la  Col¬ 
lection  hippocratique  existait  dès  le  temps  d’Hérophile ,  et 
qu’il  fallait  par  conséquent  reporter  au-delà  de  cette  époque 
même  la  composition  des  divers  ouvrages  qui  en  font  partie. 
Je  suis  bien  aise ,  puisque  l’occasion  s’en  présente  ici ,  de 
rappeler  que  telle  a  été  aussi  l’opinion  de  Galien  et  des  autres 
critiques  de  l’antiquité.  Ainsi,  le  médecin  de  Pergame ,  an¬ 
nonçant  qu’il  examinera  ce  qui  est  dit  sur  la  dyspnée  dans 
les  livres  hippocratiques ,  déclare  qu’il  n’exclura  pas  de  cet 
examen  les  ouvrages  qui  n’appartiennent  pas  à  Hippocrate, 
attendu  que  ceux-là  mêmes  sont  ou  de  Thessalus ,  ou  de  Po- 
lybe,  ou  d’Euryphon ,  tous  auteurs  qui  ne  sont  éloignés  ni 
du  temps  ni  de  l’école  hippocratiques.  C’est  à  ce  résultat  en 
effet  qu’aboutissent  tous  les  dires  des  critiques  de  l’antiquité  : 
un  livre  qu’ils  refusent  à  Hippocrate  lui-même  est  toujours 
attribué  à  quelqu’un  plus  ancien  que  la  fondation  des  écoles 
à  Alexandrie. 

Soranus  de  Cos ,  nous  dit  le  biographe  d’Hippocrate,  avait 
fouillé  les  bibliothèques  de  cette  île  pour  y  chercher  des  do¬ 
cuments  sur  l’illustre  médecin  dont  il  avait  écrit  la  vie.  Il  y 
trouva  la  date  précise  dè  sa  naissance.  Je  rappelle  ce  fait  uni¬ 
quement  pour  montrer  qu’il  pouvait  y  avoir  là  encore  quel¬ 
ques  traces,  soit  d’Hippocrate  lui-même,  soit  de  sa  famille, 
qui  avait  occupé  un  rang  si  honorable  dans  Cos ,  et  qui  ap¬ 
partenait  au  service  du  temple  d’Esculape.  Mais  nous  savons 
seulement  que  Soranus  y  trouva  une  date.  Un  autre  écrivain 
a  dû  fournir  des  renseignements  sur  Hippocrate ,  sa  famille 
et  ses  ouvrages  :  c’est  Macarée.  Il  avait  composé  une  histoire 
de  Cos,  qu’ Athénée  mentionne  à  diverses  reprises 1 .  Aucun 
auteur  de  l’antiquité  ne  cite,  que  je  sache,  Macarée  au  sujet 

1  Mootapsuç  Iv  Tpmp  Ktoaxwv  ,  p.  262  et  629. 

TOM.  I. 


11 


introduction. 


162 

du  médecin  qui  fut  une  gloire  de  File  de  Cos.  Cependant  on 
ne  peut  guère  douter  qu’il  n’en  ait  parlé. 

Mais  on  a  une  mention  bien  plus  précise  et  bien  plus  au- 
thentique,  sinon  sur  Hippocrate,  du  moins  sur  les  aselé- 
piades  de  Cos  et  de  Cnide.  En  parlant,  dans  le  chapitre  n,  de 
la  généalogie  d’Hippocrate,  j’ai  rappelé  qu’elle  avait  été 
donnée  par  Ératosthène,  le  plus  ancien  auteur,  à  notre  con¬ 
naissance,  qui  eût  écrit  sur  cette  généalogie  5  mais  en  même 
temps  j’ai  fait  remarquer  que,  copiée  par  le  savant  astro¬ 
nome  d’Alexandrie ,  elle  devait  avoir  quelque  fondement. 
Or  Photius,  dans  le  bien  court  extrait  qu’il  nous  a  con¬ 
servé  de  Théopompe,  nous  a  indiqué  une  des  sources  ou 
Ératosthène  a  dû  puiser.  Théopompe,  historien  célèbre  dont 
les  livres  ont  malheureusement  péri,  a  vécu  du  temps  de 
Démosthène  et  d’Aristote;  il  avait  quarante-cinq  ans  vers 
l’époque  de  la  mort  d’Alexandre.  H  est  donc  peu  éloigné 
d’Hippocrate  lui-même.  Or  dans  son  douzième  livre  il  avait , 
en  parlant  des  médecins  de  Cos  et  de  Cnide,  expliqué  com¬ 
ment  ils  étaient  asclépiades,  et  comment  les  premiers  des¬ 
cendants  de  Podalire  étaient  venus  de  Syrnos1.  Cette  indica¬ 
tion  ,  intéressante  pour  l’histoire  de  la  famille  d’Hippocrate , 
montre  que  la  généalogie  copiée  par  Ératosthène  reposait 
sur  des  documents  empruntés  à  des  écrivains  qui  étaient  bien 
plus  voisins  de  l’époque  du  médecin  de  Cos,  et  par  consé¬ 
quent  plus  sûrement  informés. 

La  mention  des  médecins  de  Cos  et  de  Cnide  faite  dans 
une  grande  histoire  comme  celle  de  Théopompe,  témoigne 
de  l’importance  qu’avaient  prise,  et  ces  établissements  mé¬ 
dicaux,  et  les  hommes  qui  y  présidaient. 

1  nepi  fs  twv  b  Kio  xai  Kvtow  larptov,  wç  ’ÀcxÀyi7ctaoai ,  xa'l  wç 
zk  Supvou  ot  TrpSVroi  àcptxovxo  àTcoyovoi  HoSaXstpwu.  Phot. ,  Bibl.  , 
p.  205,  Ed.  Hoeschel. 


ÉLÉMENTS  DE  LA  CRITIQUE  ANCIENNE.  163 

Je  regarde  ce  titre  d’un  chapitre  de  Théopompe  comme 
capital  dans  l’histoire  d’Hippocrate.  Voyez  en  effet  comme 
toute  cette  histoire  s’enchaîne  :  Platon ,  disciple  de  Socrate, 
désignant  Hippocrate,  l’appelle  fils  des  asclépiades  de  Cos  ; 
Théopompe,  historien,  contemporain  d’Aristote,  traite,  dans 
un  paragraphe  spécial,  des  asclépiades,  médecins  de  Cos  et 
de  Cnide *,  Ctésias,  médecin  de  Cos,  asclépiade  aussi,  est 
connu  d’ailleurs;  de  telle  sorte  que  Platon ,  Ctésias  et  Théo¬ 
pompe  forment  une  chaîne,  sans  interruption,  de  témoigna¬ 
ges  qui,  commençant  à  Hippocrate  lui-même ,  vont  jusqu’à 
Àlexandre-le-Grand ,  et  certifient,  pour  toute  cette  période , 
l’existence  des  asclépiades,  médecins  de  Cos,  et  la  place 
qu’occupe  Hippocrate  dans  cette  famille. 

Les  plus  anciens  manuscrits  dont  les  commentateurs  fas¬ 
sent  mention,  sont  ceux  que  renfermait  la  Bibliothèque 
royale  d’Alexandrie.  Galien,  malgré  toutes  ses  recherches, 
n’en  a  jamais  pu  trouver  qui  remontassent  à  cette  époque  ; 
encore  moins  a-t-on  pu  voir  ces  membranes,  ces  feuilles  de 
papyrus,  ou  ces  tablettes1,  sur  lesquelles  on  a  prétendu 
qu’Hippocrate  avait  déposé  ses  pensées,  et  lesquelles,  a-t-on 
dit,  furent  livrées  à  la  publicité  par  ses  descendants. 

On  montrait,  du  temps  de  Pausanias ,  dans  le  temple  d’A¬ 
pollon  à  Delphes,  une  statue  en  bronze  représentant  un  ca¬ 
davre  humain  déjà  ancien,  entièrement  dépouillé  de  chairs, 
et  où  il  ne  restait  plus  que  les  os  5  les  Delphiens  disaient  que 
c’était  une  offrande  d’Hippocrate  le  médecin  2.  Au  reste , 
cette  statue  était  bien  plus  ancienne  que  Pausanias;  car  elle 
joue  un  rôle  dans  l’histoire  de  la  guerre  sacrée,  où  Philippe , 
père  d’Alexandre ,  s’immisça. 

1  AtcpOépaiç  ri  ^dpzctiç  t  SsXtoiç.  Gai.,  t.  v,  p.  461,  et  alibi. 

2  Pausanias ,  Phocic.  22. 


INTRODUCTION. 


164 

Une  autre  source  de  renseignements  précieux  venait  des 
écrits  médicaux  antérieurs  ou  immédiatement  postérieurs  à 
Hippocrate.  Les  écrits  antérieurs  sont  ceux  d’Alcméon ,  de 
Diogène  d’Apollonie,  de  Démocrite,  de  Prodicus,  d’Épi- 
charme,  d’Euryphon.  Toute  cette  littérature  est  anéantie  5 
mais  si  nous  l’avions  encore ,  s’il  nous  était  possible  d’étu¬ 
dier  ces  monuments  plus  anciens  qu’Hippccrate  lui-même  , 
nous  y  trouverions  très  certainement  des  termes  de  compa¬ 
raison  et  des  rapprochements ,  nous  comprendrions  ce  qui  a 
été  imité  par  les  hippocratiques,  et  nous  arriverions  à  fixer 
avec  beaucoup  de  précision  une  généalogie  des  observations 
et  des  théories  médicales  telles  qu’elles  se  comportent  dans 
la  Collection.  Maintenant,  supposons  que  nous  possédons 
tous  les  écrits  composés  dans  l’âge  qui  a  suivi  immédiate¬ 
ment  Hippocrate ,  c’est-à-dire  les  livres  deDicclès,  dePraxa- 
gore,  de  Philotimus ,  de  Dieuchès.  Nous  trouverons,  dans 
cette  nouvelle  série  de  productions ,  des  termes  de  compa¬ 
raison  ,  des  rapprochements,  mais  qui  seront  dans  un  ordre 
inverse  de  ceux  dont  il  a  été  question  pour  l’autre  série , 
c’est-à-dire  que  les  comparaisons  et  les  rapprochements,  au 
lieu  de  descendre  vers  Hippocrate,  remonteront  vers  lui.  De 
cette  façon ,  on  enfermerait,  entre  deux  limites  fixes  et  rap¬ 
prochées,  toutes  les  œuvres  dites  hippocratiques ,  et  on  par¬ 
viendrait,  en  un  bon  nombre  de  cas,  à  porter  un  jugement 
très  précis  à  l’aide  des  lumières  qui  borderaient  les  deux 
côtés  de  la  voie  où  l’on  passerait  en  revue  les  écrits  hip¬ 
pocratiques.  Tour  à  tour  imitateurs  et  imités ,  emprunteurs 
et  prêteurs,  ces  livres  se  trouveraient  naturellement  mis  à 
leur  place;  et  tout  ce  qui,  dans  cette  collection,  échapperait 
a  l’une  ou  à  l’autre  de  ces  limites,  serait  dès  lors  frappé 
d’un  caractère  incontestable  d’illégitimité. 

Nous  n’avons  aucune  preuve  que  les  critiques  et  ccmmen- 


ÉLÉMENTS  DE  LA  CRITIQUE  ANCIENNE.  165 

tateurs  anciens  se  soient  livrés  à  cette  méthode  de  recherches 
et  de  comparaisons  avec  toute  la  rigueur  dont  elle  est  sus¬ 
ceptible,  ni  qu’ils  en  aient  tiré  tous  les  résultats  qu’elle  peut 
fournir.  Mais  toujours  est-il  qu’ils  ont  possédé,  tenu,  cité 
tous  les  livres  tant  antérieurs  qu’immédiatement  postérieurs 
à  Hippocrate ,  que  j’ai  énumérés  plus  haut.  Et  s’il  est  croya¬ 
ble  qu’ils  n’ont  pas  poussé  avec  toute  la  précision  et  la  clair¬ 
voyance  nécessaires  leur  examen  de  la  légitimité  ou  de  l’il¬ 
légitimité  des  livres  hippocratiques  en  particulier,  cependant 
la  présence  des  écrits  médicaux  qui  limitent  la  Collection  en 
arrière  et  en  avant,  étant  un  fait  incontestable,  a  dû  exercer 
de  l’influence  sur  les  jugements  qu’ils  ont  portés.  Quand 
même  ils  n’auraient  pas  étudié  avec  tout  le  soin  possible  les 
termes  de  comparaison  qui  étaient  à  leur  disposition ,  ces 
termes  existaient ,  et  donnaient  aux  opinions  des  critiques 
une  direction  qui ,  pour  être  irréfléchie ,  n’en  a  pas  été  moins 
réelle.  Cette  direction  nous  manque  complètement,  vu  la 
perte  que  nous  avons  faite  de  tant  de  monuments  médicaux  : 
c’est  une  raison  de  plus  pour  peser  avec  attention  les  juge¬ 
ments  des  anciens  commentateurs  ;  car  nousretrouvons,  dans 
les  considérations  que  je  viens  de  rappeler ,  la  preuve  que 
leurs  dires  n’ont  point  été  dénués  d’autorités.  De  ces  auto¬ 
rités  rien  ne  nous  reste,  sinon  la  certitude  qu’elles  ont  existé 
pour  eux ,  qu’elles  ont  été  consultées  par  eux ,  et  qu’elles  ont 
influé  plus  ou  moins  directement  sur  les  opinions  qu  ils  se 
sont  formées  de  l’authenticité  de  tel  ou  tel  livre  hippocrati¬ 
que.  Cela  suffît  pour  assurer  grandement  à  son  tour  la  cri¬ 
tique  moderne,  qui  sait  alors  qu’elle  peut,  au  moins  dans  de 
certaines  limites ,  accorder  créance  à  son  aînée. 

Il  ne  me  reste  plus  qu’à  mentionner  un  seul  livre.  Mais 
ce  seul  livre  est,  par  sa  date  et  par  son  sujet ,  le  complé 
ment  le  plus  précieux  et  le  plus  utile  pour  l’histoire  de 


INTRODUCTION. 


166 

la  Collection  hippocratique,  qu’aient  pu  avoir  les  renseigne¬ 
ments  divers  que  j’ai  énumérés  plus  haut.  Il  a  été  possédé 
par  l’antiquité,  et,  si  nous  le  possédions,  ce  serait  un  tré¬ 
sor  d’éclaircissements  concernant  les  livres  qui  portent  le 
nom  d’Hippocrate.  Galien  ne  nous  en  a  conservé  que  l’indi¬ 
cation  5  mais  cette  simple  indication  mérite  d’être  examinée 
avec  soin.  «  Si  vous  voulez  connaître  les  opinions  des  an- 
«  ciens  médecins,  dit  Galien 1 ,  vous  n’avez  qu’à  lire  les  livres 
«  de  la  Collection  médicale  attribués  à  Aristote,  mais  qui  sont 
«  reconnus  pour  avoir  été  composés  par  Ménon,  son  disciple  ; 
«  aussi  quelques-uns  leur  donnent-ils  le  nom  de  Livres  méno- 
«  niens.  Il  est  évident  que  ce  Ménon,  ayant  recherché  avec 
«  soin  les  anciens  livres  médicaux  conservés  de  son  temps , 
«  y  a  puisé  les  opinions  de  leurs  auteurs  ;  mais  il  n’a  pu  con- 
«  signer,  dans  son  ouvrage ,  les  doctrines  renfermées  en  des 
«  livres  qui  avaient  été  détruits,  ou  qui ,  bien  qu’existant  en- 
«  core,  n’avaient  pas  été  vus  par  lui.  Tous  ne  trouverez,  dans 
«  cet  ouvrage  deMénon,  aucun  médecin  qui,  de  la  bile  jaune 
«  ou  de  la  bile  noire ,  ou  du  phlegme ,  fasse  l’élément  uni- 
«  que  du  corps  humain.  Plusieurs  médecins,  même  après 
«  Hippocrate,  paraissent  admettre,  comme  élément  unique 
«  en  nous,  le  sang,  auquel  ils  attribuent  la  première  forma- 
«  tion  de  l’embryon,  son  accroissement  dans  la  matrice,  et 
«  son  développement  complet  après  la  naissance;  maisHip- 
«  pocrate  a  écrit  que  quelques-uns  pensaient  que  le  corps 
«  humain  était  ou  tout  bile ,  ou  tout  phlegme,  et  il  ne  se  se- 
«  rait  pas  exprimé  ainsi,  s’il  n’y  en  avait  pas  eu  de  son  temps, 

«  ou  avant  lui,  qui  eussent  émis  cette  opinion.  » 

Si  ce  livre  était  parvenu  jusqu’à  nous,  ou  si  Galien  l’avait 
discuté  pour  établir  ce  qui,  en  fait  de  doctrines,  était  le 

1  Tome  v,  p.  4,  Ed.  Basil. 


ÉLÉMENTS  DE  LA  CRITIQUE  ANCIENNE.  167 

propre  d’Hippocrate ,  nous  aurions  certainement  des  rensei¬ 
gnements  d’une  grande  précision  sur  l’antiquité  médicale  en 
général,  etsur  Hippocrate  en  particulier.  Un  livre  aussi  ancien 
que  celui  de  Ménon,  disciple  d’Aristote,  trancherait  un  grand 
nombre  de  questions  sur  l’époque  de  telle  ou  telle  décou¬ 
verte,  de  telle  ou  telle  théorie,  éliminerait  d’un  seul  coup  tout 
ce  qui  est  postérieur  à  ce  philosophe,  et  nous  donnerait  des 
notions  précises  sur  l’intervalle  de  temps  qui  s’est  écoulé 
entre  Hippocrate  et  l’école  péripatéticienne.  Le  sujet  même 
du  livre  de  Ménon  irait  droit  à  notre  but  et  nous  fournirait 
les  plus  précieux  matériaux  pour  une  histoire  de  la  méde¬ 
cine  jusqu’au  temps  d’Aristote,  c’est-à-dire,  pour  une  de 
celles  où  les  documents  sont  les  plus  rares  et  les  plus  incer¬ 
tains. 

J’ai  réuni,  dans  ce  court  aperçu,  ce  que  les  critiques  an¬ 
ciens  possédaient  et  ce  que  nous  ne  possédons  plus,  pour 
la  décision  des  questions  relatives  à  la  légitimité  ou  à  l’il¬ 
légitimité  de  tel  ou  tel  écrit  de  la  Collection  hippocratique. 
Pour  nous ,  en  effet,  les  traditions  recueillies  encore  au  temps 
d'Hérophile ,  de  Xénocrite,  deBacchius,  sont  anéanties,  et 
la  valeur  n’en  peut  plus  être  appréciée*,  lamême  destruction  a 
frappé  la  littérature  médicale  avant  et  après  Hippocrate ,  et 
les  points  les  plus  importants  de  comparaison  nous  ont  été 
enlevés 5  enfin,  un  traité  d’histoire  de  la  médecine,  le  pre¬ 
mier  sans  doute  qui  ait  été  composé  et  qui  remonte  jusqu  à 
un  élève  d’Aristote,  a  disparu  avec  tant  d’autres  monuments 
de  cette  haute  antiquité.  Les  anciens  critiques  ne  nous  ont 
pas  appris  quel  usage  ils  ont  fait  de  ces  éléments  de  discus¬ 
sion  5  mais  j’ai  tenu  à  les  réunir  sous  un  seul  coup-d  œil , 
afin  d’assurer  la  critique  antique  avant  de  passer  à  la  critique 
moderne,  qui,  pouvant  peut-être  plus  que  son  aînée,  ne 
peut  cependant  rien  que  par  elle. 


INTRODUCTION. 


168 

La  mention  du  livre  de  Ménon ,  quoiqu’elle  ne  nous  donne 
aucune  notion  directe,  nous  fournit  un  argument  indirect 
d’une  grande  force  touchant  l’antiquité  des  écrits  hippocrati¬ 
ques.  Tout  ce  que  les  anciens  critiques,  tels  que  Galien,  Éro- 
tien,  et  les  commentateurs  d’Alexandrie,  s’accordent  à  placer 
avant  la  fondation  du  péripatétisme ,  doit  nécessairement 
être  admis  comme  réellement  antérieur  à  Aristote  -,  car  on 
avait,  du  temps  de  ces  différents  critiques,  le  livre  même 
d’un  disciple  de  ce  grand  philosophe  pour  contrôler  les  as¬ 
sertions  qui  auraient  attribué  aux  écrits  de  la  Collection  hip¬ 
pocratique  une  antiquité  trop  reculée.  Ce  n’est  donc  pas 
sur  de  pures  conjectures ,  sur  des  traditions  incertaines ,  sur 
des  données  sans  fondement  que  les  anciens  se  sont  accordés 
à  fixer  l’époque  de  la  composition  des  principaux  écrits  hip¬ 
pocratiques  vers  le  temps  d’Hippocrate  lui-même ,  ou  vers 
celui  de  ses  fils  et  petits-fils 5  ils  avaient,  dans  l’ouvrage  de 
Ménon,  un  point  solide  où  la  critique  pouvait  s’établir.  Quoi¬ 
que  ce  point  nous  manque ,  rappelons-nous  qu’il  a  existé 
pour  eux ,  et  cette  considération ,  digne  de  toute  l’attention 
de  la  critique  moderne ,  jettera  une  certaine  lumière  sur  des 
questions  obscures. 


CHAPITRE  VIII. 


EXAMEN  DES  OUVRAGES  MODERNES  OU  l’oN  TRAITE  EX  PROFESSa 
DE  D’HISTOIRE  DES  LIVRES  DITS  HIPPOCRATIQUES. 


Les  doutes  soulevés  par  les  critiques  anciens  au  sujet  de 
tel  ou  tel  traité,  dit  hippocratique,  ont  été  recueillis  par  les 
critiques  modernes  qui  ont  composé  des  dissertations  spé¬ 
ciales  sur  ce  point  d’histoire  littéraire.  Leurs  travaux  ne 
peuvent  être  négligés  dans  cette  introduction.  Il  faut  que  je 
m’étaye  de  leurs  recherches,  que  je  m’éclaire  de  leurs  idées  i 
que  je  constate  la  méthode  qu’ils  ont  suivie ,  et  la  limite  où 
ils  sont  arrivés,  et  que  j’essaie  d’améliorer  la  méthode  et  de 
reculer  la  limite.  Je  ne  suivrais  pas  la  ligne  la  plus  droite, 
et  le  lecteur  n’aurait  pas  la  vue  la  plus  nette  de  mon  tra¬ 
vail,  si  je  n’exposais  pas  sommairement  ce  qu’ont  fait,  en  ce 
genre,  mes  devanciers. 

Les  deux  premiers  qui  se  soient  occupés  de  ce  point  de 
critique  sont  Lémos  et  Mercuriali.  Louis  Lémos 1  s’appuie 
uniquement  sur  les  dires  de  Galien ,  et  il  n’a  pas  d’autre 
avis  que  celui  du  médecin  de  Pergame  ,•  c’est  là  la  seule 
hase  de  sa  critique.  Le  style  et  la  force  des  pensées ,  qui  sont 
bien  quelquefois  invoquées  par  Lémos ,  ne  sont  qu’un  argu¬ 
ment  très  accessoire  pour  le  médecin  espagnol.  Ce  serait  un 
progrès  pour  lacritique  que  de  quitter  l’appréciation  unique 
du  style  pour  examen  intrinsèque  des  témoignages. 

Alais ,  dans  f^^^de  Lémos ,  ce  n'est  pas  de  propos  dé- 

1  Judicium  operum*tnagni  Hippoeratis.  Salmanticæ,  158-4-.. 


INTRODUCTION. 


170 

libéré  que  cette  règle  de  critique ,  à  laquelle  les  écrivains  pos¬ 
térieurs  se  tiendront  surtout,  est  laissée  de  côté,  mais  c’est 
parce  qu’il  juge  Galien  un  guide  infaillible,  et  qu’il  pense 
que  le  témoignage  de  ce  médecin  suffit  pour  trancher  toutes 
les  questions  que  soulève  l’examen  de  la  Collection  hippo- 
cratiqiie. 

L’ouvrage  de  Lémos  est  un  travail  moins  étudié  et  moins  in¬ 
dépendant  queceluideMercuriali.Ce  dernier4  divise  en  qua¬ 
tre  classes  les  écrits  dits  d’Hippocrate  :  la  première  comprend 
ceux  qui  portent  le  caractère  de  sa  doctrine  et  de  son  style  ; 
la  seconde,  les  ouvrages  qui  ne  sont  composés  que  de  notes 
prises  par  lui  pour  mémoire ,  écrites  sans  correction,  et 
publiées  par  Thessalus,  son  fils,  ou  par  Polybe,  son  gendre,  ou 
par  d’autres  disciples,  et  dans  lesquels  se  trouvent  des  interpo¬ 
lations  étrangères  â  Hippocrate  lui-même  5  la  troisième  classe 
est  celle  des  livres  qui  n’ont  été  pas  été  composés  par  Hi]>- 
pocrate  *  mais  qui  sont  l’œuvre  de  ses  fils  ou  de  ses  disciples, 
et  qui  représentent  plus  ou  moins  exactement  ses  dogmes  et 
sa  doctrine  j  dans  la  quatrième  sont  rangés  les  écrits  qui  sont 
tout-à-fait  en  dehors  de  l’école  hippocratique.  Mercuriali  s’ap¬ 
puie,  avant  toute  chose,  pour  partager  les  livres  hippocrati¬ 
ques  en  classes ,  sur  le  style  d’Hippocrate ,  et  sur  sa  manière 
d’écrire.  Les  anciens  ont  attribué  à  Hippocrate  une  phrase  ho¬ 
mérique,  la  promptitude  à  forger  les  mots  nouveaux ,  et  une 
habileté  particulière  à  approprier  à  son  objet  les  locutions  vul¬ 
gaires.  Mercuriali  reconnaît,  dans  les  œuvres  de  ce  médecin, 
trois  modes  d’exposition  :  l’un  est  une  narration  continue 
comme  dans  le  livre  des  Eaux ,  des  Airs  et  des  Lieux,  dans 
le  traité. du  Régime  des  maladies  aiguës^Ê^œ  consiste  en 
sentences  séparées,  comme  les  Aphor^^^Bt  Pronostic  , 


1  Censura  operum  Hippocratis. 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  171 

le  livre  de  V  Aliment  ;  le  troisième  enfin  tient  des  deux  autres, 
comme  le  livre  de  la  JVature  de  l’homme.  La  première  des  con¬ 
ditions  du  style  d’Hippocrate,  suivant  Mercuriali ,  est  la  briè¬ 
veté  jointe  à  l’obscurité  ;  mais  Mercuriali  se  contredit  immé¬ 
diatement,  car  il  dit  que,  si  Hippocrate  se  montre  clair  et  pro¬ 
lixe  dans  quelques  traités  comme  dans  celui  des  Eaux ,  des 
Airs  et  des  Lieux ,  c’est  parce  que  son  sujet  exigeait  ce 
genre  de  composition.  Ainsi  la  règle  de  critique  de  Mercu¬ 
riali  tombe  de  son  propre  aveu  ;  et  le  signe  donné  pour  dis¬ 
tinguer  les  écrits  authentiques  fait  défaut  dès  le  premier 
abord.  La  seconde  condition ,  c’est  que  les  sentences  d’Hip¬ 
pocrate,  bien  que  concises  et  incomplètes,  n’en  sont  pas 
moins  marquées  du  cachet  de  la  vérité ,  et  qu’il  n’est  pas  un 
mot  de  lui  qui  soit  écrit  en  vain  ;  il  est  évident  qu’une  pareille 
indication  laisse  la  critique  dans  le  plus  grand  vague.  La 
troisième  condition  de  la  composition  d’Hippocrate  est  la 
gravité  qui  se  fait  voir  non-seulement  dans  le  sujet  lui-même, 
mais  encore  dans  les  phrases ,  les  mots  et  leur  arrangement. 

Telles  sont  les  trois  conditions  qui  ont  servi  à  Mercuriali 
pour  distinguer  les  écrits  propres  à  Hippocrate  de  ceux  qui 
lui  sont  étrangers.  Une  pareille  critique  repose  sur  des  fon¬ 
dements  incertains  :  rien  n’est  sujet  à  controverse  comme 
les  arguments  tirés  de  la  gravité  du  style  et  de  sa  concision. 
D’ailleurs,  il  y  a  là  une  pétition  de  principes  ;  car,  avant  de 
de  dire  que  tel  style  appartient  à  Hippocrate ,  il  faut  prouver 
que  les  ouvrages  où  l’on  croit ,  à  tort  ou  à  raison ,  recon¬ 
naître  ce  style,  sont  réellement  de  l’auteur  auquel  on  les 
attribue. 

Yoici  la  liste  écrits  que  contiennent  les  quatre  classes 
de  Mercuriali  %e,  le  traité  de  la  Nature  de  l’homme; 
des  Airs ,  des  EauifceMes  Lieux;  les  Aphorismes  ;le  Pronos¬ 
tic ;  les  Épidémies;  le  traité  du  Régime  dans  les  Maladies  aiguès, 


172 


INTRODUCTION. 


jusqu’à  la  partie  qui  concerne  les  bains;  des  Plaies  de  tête ; 
des  Fractures  ;  des  Articulations  ;  de  V Officine  du  médecin; 
des  Instruments  de  réduction ;  de  V  Jliment-,  des  Humeurs  ;  des 
Ulcères.  2e  classe  :  le  traité  des  Lieux  dans  l’homme;  le  livre 
des  Airs  ;  le  livre  de  la  Naissance  à  sept  mois  et  à  huit  mois  ;  de 
la  Nature  des  os .  3e  classe  :  le  livre  des  Chairs  ou  des  principes  • 
de  la  Génération;  de  la  Nature  de  l’enfant;  des  Affections; 
des  Affections  internes;  des  Maladies;  delà  Nature  de  la 
femme;  des  Maladies  des  femmes  ;  des  Femmes  stériles;  de 
la  Superfétation;  des  Maladies  des  jeunes  filles;  de  la  Ma¬ 
ladie  sacrée ;  des  Hémorrhoïdes  ;  des  Fistules  ;  du  Régime  des 
gens  en  santé  ;  les  trois  livres  du  Régime  ;  de  l’usage  des  Li¬ 
quides  ;  des  Crises  ;  des  Jours  critiques  ;  les  Prorrhétiques . 
les  Prénotions  coaques  ;  le  traité  des  Songes.  4e  classe  :  le 
Serment -,  les  Préceptes ;  la  Loi  ;  de  Y  Art',  de  Y  Ancienne 
médecine  -,  du  Médecin;  de  V Honneur  ;  de  V Exsection  du 
fœtus-,  de  Y  Anatomie  ;  du  Cœur;  des  Glandes  ;de  la  Denti¬ 
tion;  de  la  Vue  ;  les  Lettres. 

Je  joins  ici  un  jugement ,  peu  connu  aujourd’hui ,  qui  fut 
porté  sur  le  livre  de  Mercuriali ,  dans  le  temps  même  où  il 
parut,  par  Jean  Costei,  professeur  au  lycée  de  Bologne. 
Costei  écrit  au  célèbre  Ulysse  Aldrovande 1  :  «  Celui  qui  a 
«  écrit  récemment  Y  Examen  des  livres  d’Hippocrate ,  très 
«  savant  Aldrovande,  reçoit  toute  mon  approbation,  et  je  ne 
«  puis  assez  admirer  avec  quelle  facilité  il  débrouille  une 
«  masse  de  livres  si  confuse  et  si  variée.  D’abord ,  séparer 
«  les  principes  conformes  aux  doctrines  d’Hippocrate ,  de 
<(  ceux  qui  sont  contradictoires,  ce  n’est,  certes,  ni  une 

Joannis  Costei  Laudanensis,  in  lyceoV'Tîbçoniensi  medicina 
piofessoris  clarissimi ,  Miscellanearum  disscptatjonum  decas  prima 
Patavii,  1658. 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  173 

«  petite  entreprise,  ni  l’œuvre  d’un  homme  qui  ne  serait 
«  pas  versé  dans  toutes  les  parties  de  l’art  médical,  et  qui 
«  ne  se  serait  pas  long-temps  familiarisé  avec  les  écrits  de 
«  cet  auteur  ;  puis  comprendre  quels  ouvrages  sortent  de 
«l’école  d’Hippocrate,’  exige  beaucoup  de  travail  ;  enfin 
«  reconnaître  quels  sont  ceux  qui  portent  l’empreinte  de  la 
main  du  maître,  c’est  le  plus  grand  effort  de  l’esprit  le 
«  plus  sagace  et  le  plus  exercé.  Si  j’ai  fait  quelque  progrès 
dans  l’étude  des  livres  hippocratiques ,  j’ose  dire  que  notre 
a  auteur  seul  jusqu’à  présent,  ou  bien  a  touché  le  but  même, 

<  ou  du  moins  en  a  été  le  plus  près. 

«  Mais,  sur  cet  objet,  il  n’est  pas  étonnant  que  les  avis 
«  soient  partagés-, et,  puisque  vous  me  demandez  mon  opi- 
«  nion ,  il  est  un  point  sur  lequel  j’ai  toujours  été  et  je  suis 
encore  en  suspens.  Je  ne  me  souviens  pas  avoir  lu  dans 
«  aucun  auteur  qu’Hippocrate  ait ,  de  son  vivant ,  publié  au- 
«  cun  de  ses  ouvrages  5  entre  les  raisons  qui  portent  à  croire 
c  qu’en  effet  il  n’a  rien  publié  lui-même,  la  plus  forte  est 
«  peut-être  que,  dans  ceux-mêmes  que  tous  regardent  comme 
«  authentiques,  certaines  parties  s’éloignent  de  ses  doctrines, 
«  de  l’aveu  même  de  Galien  5  d’autres  sont  d’une  obscurité 
«  excessive ,  d’autres  sont  répétées  dans  les  mêmes  traités 
«  et  dans  des  traités  différents,  d’autres  enfin  sont  sans  ordre, 
«  sans  lien,  et  composées  tout-à-fait  contre  les  bennes  règles 
«  d’écrire,  qu’un  si  grand  homme  n’a  certainement  pas  igno¬ 
rées.  Il  est  donc  probable  que  des  livres  qui  n’étaient  ni 
convenablement  rédigés,  ni  achevés,  n’ont  pas  été  publiés 
«  par  lui-même. 

((  Ces  raisons  portent  à  conclure  que  les  livres  de  la  pre¬ 
mière  et  de  la  seconde  classe  sont  du  même  ordre.  Je 
donne  un  complet  assentiment  à  la  composition  de  la 
troisième  classe  telle  que  notre  savant  auteur  Fa  présentée 


INTRODUCTION. 


174 

«  avec  une  très  grande  pénétration.  Cependant,  je  consigne- 
«  rai  ici  ce  que  j’ai  pensé,  à  diverses  reprises,  des  Prénotions 
«  coaques.  Que  ce  livre  ne  soit  pas  d’Hippocrate,  c’est  ce  que 
«  prouve  le  témoignage  de  Galien  et  d’autres.  J’ai  souvent 
«  hésité  de  savoir  s’il  est  antérieur  ou  postérieur  à  Hippc- 
«  crate.  Galien  dit,  il  est  vrai,  que  tout  ce  que  les  Préno- 
«  tions  coaques  et  les  Prorrhétiques  contiennent  de  véritable, 
«  a  été  pris  aux  Aphorismes ,  au  Pronostic  et  aux  Épidémies . 
«  Cependant  si ,  comme  la  raison  le  veut,  les  choses  sont  ensei- 
«  gnées  dans  un  meilleur  ordre  par  eelui  qui  écrit  en  dernier 
«  lieu,  l’ordre  qui  règne  en  certains  passages  du  1 Pronostic,  des 
«  Prorrhétiques  et  des  Aphorismes,  meilleur  que  dans  les 
«  Prénotions  coaques,  ferait  croire,  si  l’autorité  de  Galien  ne 
«  s’y  opposait,  qu’elles  sont  plus  anciennes  qu’Hippocrate, 
<c  et  que  ce  médecin  y  a  puisé  abondamment.  Mais,  d’un 
«  autre  côté,  certains  passages  y  étant  mieux  que  dans  les 
«  autres  écrits  dénommés  plus  haut,  il  ne  paraît  pas  impro- 
«  bable  qu’elles  soient  contemporaines  d’Hippocrate,  et  que 
«  l’auteur  des  Coaques  ait  récolté,  comme  lui,  dans  un  champ 
«  déjàfécondé  par  les  travaux etles  observations  des  anciens. 

«  J’ai  encore  un  scrupule  sur  le  livre  de  Y  Aliment.  En 
(c  effet ,  si  la  brièveté,  l’obscurité,  la  gravité  du  style  et  l’a- 
«  bondance  des  pensées  sont  des  indices  de  la  doctrine  hip- 
<c  pocratique,  pourquoi  ne  pas  le  considérer  comme  une 
«  œuvre  émanée  d’Hippocrate  lui-même1;  d’autant  plus  que 
«  ni  Galien,  ni  aucun  autre  bon  auteur ,  ne  nient  qu’il  soit 
«  d’Hippocrate? 

1  Cette  réflexion  de  Coslei  porte  à  croire  que,  lors  de  la  première 
édition  de  son  Examen ,  Mercuriali  n’avait  pas  mis  le  livre  de 
Y  Aliment  dans  la  première  classe.  Je  n’ai  pu  vérifier  ce  fait,  n’ayant 
pas  sous  la  main  cette  première  édition. 


TRAVAUX  MODERNES  SÜR  LES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  175 

k  Quant  aux  livres  rangés  dans  la  quatrième  classe,  je  sais 
«  que  les  opinions  diffèrent ,  et  que  plusieurs  modernes  tâ- 
«  chent  de  prouver  par  de  doctes  arguments  et  par  des  ef- 
«  forts  d’érudition  que  ces  livres  appartiennent  à  la  vraie 
«  doctrine  d’Hippocrate.  Mais  la  grande  dissemblance  qui 
«  règne  entr’eux  montre  qu’ils  ne  sont  pas  du  même  auteur, 
«  et  empêche  qu’on  ne  les  rattache  à  un  plan  commun.  Je 
«  pense  donc  que  la  classe  des  livres  apocryphes  a  été  établie 
«  avec  raison  au  quatrième  rang;  mais  c’est  à  tort  que  tous 
«  ces  écrits  sont  attribués  à  un  seul  homme. 

«  Telles  sont,  très  savant  Aldrovande,  les  réflexions  que 
«  m’a  suggérées  la  lecture  de  Y  Examen  des  livres  d’Hippo- 
«  crate ,  lecture  faite  avec  une  grande  avidité  malgré  les 
«  autres  études  qui  absorbent  mon  temps.  J’ai  voulu  appuyer 
«  mon  approbation,  et  vous  montrer  que  je  tenais  à  sa- 
«  tisfaire  à  votre  demande.  Quant  au  savant  auteur  de 
«  cet  Examen ,  qu’il  soit  persuadé  que  j’ai  pris  le  plus  vif 
«  plaisir  à  la  lecture  de  son  livre,  et  que  j’ai  conçu  la  plus 
<(  haute  opinion  de  ses  efforts  pour  rendre,  par  la  science  et 

le  travail ,  à  l’école  hippocratique,  toute  sa  splendeur.  » 

Cette  lettre  de  Costei,  en  exposant  lejùgement  qu’un  homme 
éclairé  portait  sur  l’ouvrage  de  Mercuriali ,  mérite  aussi 
l’attention  par  quelques  vues  ingénieuses  sur  la  critique  hip¬ 
pocratique.  Telles  sont  ses  remarques  sur  le  désordre  qui  rè¬ 
gne  dans  la  Collection ,  et  qui  empêche  de  croire  qu’elle  ait 
été  publiée,  au  moins  en  totalité,  du  vivant  d’Hippocrate;  sur 
le  livre  de  Y  Aliment,  qui,  rejeté  par  quelques-uns,  porte  ce¬ 
pendant  tous  ces  caractères  de  brièveté  et  d’obscurité  attri¬ 
bués  par  beaucoup  de  critiques  au  style  d’Hippocrate;  telles 
sont  encore  celles  qui  concernent  les  Prénotions  coaques , 
et  où  Costei  observe  avec  beaucoup  de  jugement,  qu’entre 
des  livres  où  le  même  sujet  est  traité  avec  les  mêmes  pen- 


J  76  INTRODUCTION. 

sées  et  les  mêmes  détails,  une  meilleure  rédaction  suppose 
une  postériorité  de  composition.  Le  lecteur  trouvera  déve¬ 
loppées  dans  les  chapitres  suivants  la  plupart  de  ces  indica¬ 
tions  qui  ne  sont  qu’en  germe  dans  la  lettre  de  Costei. 

Gruner 1  a  suivi  à  peu  près  les  mêmes  règles  de  critique 
que  Mercuriali;  il  a  réuni,  dans  une  section2,  les  ca¬ 
ractères  qui  lui  paraissent  distinguer  les  écrits  hippocrati¬ 
ques:  la  brièveté  du  style,  un  dialecte  ionien  approchant 
de  l’ancien  dialecte  attique ,  la  gravité  et  la  simplicité  du 
langage ,  enfin  l’absence  de  raisonnements  théoriques  dans 
ces  écrits.  L’usage  du  dialecte  ionien  ne  prouve  rien  pour 
l’authenticité  de  tel  ou  tel  écrit,  car  l’on  sait  que,  long¬ 
temps  après  le  temps  d’Hippocrate,  des  écrivains  en  ont 
fait  usage,  et  pour  des  médecins  il  suffit  de  citer -Arëtée. 
Quant  à  l’absence  de  toute  théorie,  de  toute  hypothèse , 
les  écrits  qui  sont  donnés  comme  hippocratiques  n’en  sont 
pas  absolument  dépourvus.  Ainsi  les  Aphorismes  contien¬ 
nent,  par  exemple,  des  sentences  appuyées  sur  la  théorie 
de  la  chaleur  innée,  sur  l’orgasme  des  humeurs  et  leur  ten¬ 
dance  à  s’écouler  par  telle  ou  telle  voie.  Représenter  Hip¬ 
pocrate  comme  ennemi  des  doctrines  générales ,  c’est  aller  à 
l’encontre  de  ce  que  Platon  lui-même  en  rapporte.  Le  mé¬ 
decin  de  Cos  pensait,  dit  le.  disciple  de  Socrate,  que  l’on  ne 
peut  connaître  le  corps  humain  sans  connaître  la  nature  de 
l’ensemble  des  choses.  Dans  le  fait,  il  admettait  les  généra¬ 
lisations  familières  aux  philosophes  de  son  temps,  et  de 
grandes  et  belles  théories  sont  dans  ses  livres. 

Gruner,  dont  le  livre  est  érudit,  n’a  changé  notablement  le 
fond  de  la  critique  des  écrits  hippocratiques  qu’en  un  point, 

Censura  librorum  Hippocrateorum,  Vratislaviæ,  1772. 

*  Page  11. 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  177 

c'est  qu’il  a  essayé  d’en  juger  la  légitimité  par  la  nature  des 
notions  anatomiques  qui  y  sont  consignées.  II  regarde  l’ana¬ 
tomie  d’Hippocrate  comme  très  peu  avancée;  il  est  disposé 
à  rejeter  comme  illégitime  tout  écrit  où  les  connaissances  de 
ce  genre  ont  quelque  étendue.  Cependant  il  n’articule  que 
peu  de  faits  spéciaux,  entr’autres  la  connaissance  des  mus¬ 
cles  et  la  distinction  des  artères  et  des  veines,  double  notion 
qu’il  croit  postérieure  à  Hippocrate.  J’examinerai  ailleurs 
la  vérité  de  ces  assertions. 

Son  intention  a  été  de  s’appuyer  sur  les  témoignages  des 
auteurs  anciens ,  et  il  nomme  aussi  les  premiers  commenta¬ 
teurs  des  écrits  hippocratiques ,  mais,  dans  le  fait,  il  se  borne 
presque  uniquement  à  Palladius,  Érotien  et  Galien  ;  et  il  faut 
bien ,  qu'en  réalité,  le  point  de  vue  de  sa  critique  ne  soit  pas 
sorti  de  ce  cercle ,  puisqu’il  dit  :  «  La  bibliothèque  d’Alexan¬ 
drie  ayant  été  brûlée  par  les  soldats  de  Jules-César,  n’a-t-il 
pas  été  facile  à  des  hommes  mal-intentionnés  de  substituer 
des  livres  apocryphes  aux  véritables,  détruits  par  l’incen¬ 
die  1  ?»  Gruner  a  oublié  dans  ces  lignes  que  des  commen¬ 
taires,  antérieurs  de  deux  cents  ans  à  l’incendie  de  la  biblio¬ 
thèque  alexandrine,  témoignent  que  la  Collection  hippocra¬ 
tique  existait  dès  cette  époque  telle  qu’Érotien  et  Galien  la 
connurent  plus  tard. 

Gruner  regrette  à  ce  sujèt  la  perte  des  traductions  latines 
d’Hippocrate  dont  Cassiodore  a  parlé  ;  comme  si  le  témoi¬ 
gnage  d’Héraclide  de  Tarente ,  de  Glaucias  et  de  Bacchius 
n’étaitpas  préférable  à  tout  autre,  puisqu’ils  ont  vécu  environ 
quatre  cents  ans  avant  Galien,  et  six  cents  avant  Cassiodore. 
Au  reste,  Gruner  a  emprunté  cette  grave  erreur  à  Mercuriali, 
qui  dit,  dans  son  Examen,  p.  3  de  l’édition  qu’il  a  donnée 

J  Censura  librorum  Hippoerateorum,  Vratislaviæ,  1772,  p.  5. 

TOM.  i.  12 


INTRODUCTION. 


178 

d’Hippocrate,  que  les  livres  hippocratiques  ontsubi  des  altéra¬ 
tions  au  moment  de  la  dispersion  de  la  Bibliothèque  d’A¬ 
lexandrie.  Il  va  même  plus  loin  :  il  suppose  qu’ Artémidore  Ca¬ 
piton  et  Dioscoride  ont  substitué  des  livres  apocryphes  aux 
vrais  écrits  d’Hippocrate.  C’est  bien  complètement-  oublier  la 
tradition  des  commentateurs:  et  ces  deux  auteurs  ne  se  seraient 
pas  ainsi  mépris  s’ils  avaient  suivi  de  près  la  succession  non 
interrompue  des  écrivains  de  l’antiquité  qui  se  sont  occupés 
des  livres  hippocratiques.  On  comprend  par  cet  exem¬ 
pté  combien  la  critique  s’expose  en  ne  tenant  pas  mi¬ 
nutieusement  compte  des  travaux  anciens  *,  et  l’on  voit 
qu’il  n’a  pas  été  inutile  de  dresser ,  comme  je  l’ai  fait ,  une 
liste  longue,  mais  exacte ,  des  commentateurs  grecs  d’Hip¬ 
pocrate. 

Gruner  regarde  comme  étant  d’Hippocrate  les  livres  sui¬ 
vants  :  le  Serment  ;  les  Aphorismes  ;  le  livre  de  l’Air ,  des 
Eaux  et  des  Lieux ;  le  Pronostic  ;  le  2e  livre  des  Prorrhéti- 
ques  ;  le  livre  de  Y  Officine  du  médecin ;  le  1er  et  le  3e  livre  des 
Épidémies  ;  le  traité  du  Régime  dans  les  maladies  aiguës; des 
Plaies  de  têtes  ;  des  Fractures ,  où  pourtant  il  est  parlé  des 
muscles.  Tout  le  reste,  il  le  rejette  du  canon  hippocratique. 

Il  se  pose,  avec  raison ,  la  question  de  savoir  pourquoi  il 
y  a  eu  tant  de  divergences  dans  les  jugements  sur  les  écrits 
hippocratiques,  mais  il  ne  la  résout  pas.  La  cause  de  ces  di¬ 
vergences  sera  expliquée  dans  le  chapitre  xi,  où  je  montre¬ 
rai  que  la  Collection  hippocratique  a  été  formée  de  pièces 
privées,  la  plupart,  de  tout  témoignage  au  moment  où  elles 
furent  publiées. 

Ackermann ,  dans  sa  notice  sur  l’histoire  littéraire  d’Hip¬ 
pocrate*,  soumettant  à  l’analyse  l’authenticité  des  écrits  hip- 

1  Bibl.  gr.  ed.  Harles.,  t.  n,  p.  555. 


IRAYACX  MODERNES  SUR  LES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  179 

pccratiques,  n’a  ajouté  aux  règles  posées  par  Mercuriali  et 
Gruner  que  la  tradition  et  le  consentement  des  auteurs  an¬ 
ciens  sur  tel  ou  tel  traité.  Ce  consentement  a  un  poids  très 
réel  dans  la  question,  surtout  quand  on  peut  le  rattacher  de 
Galien  à  Bacchius,  ou  à  Hérophile.  C’est  certainement  un 
meilleur  guide  que  les  considérations  tirées  du  style  et  de  la 
phrase;  car  l’incertain  Soranus,  auteur  delà  vie  d’Hippo¬ 
crate  ,  a  eu  toute  raison  de  dire  qu’il  est  possible  d’imiter  le 
style  d’un  écrivain,  et  que  le  même  homme  peut  lui-même 
écrire  de  différentes  manières. 

Grimm ,  qui  a  traduit  les  œuvres  d’Hippocrate  en  alle¬ 
mand  ,  et  dont  la  traduction  est  très  estimée,  s’explique  ainsi 
sur  la  question  de  l’authenticité  des  différents  traités  :  «  Les 
«  interprètes  et  beaucoup  d’autres,  qui  ont  écrit  et  porté  des 
«jugements  sur  les  œuvres  d’Hippocrate,  ont  établi  plu- 
«  sieurs  règles  d’après  lesquelles  on  doit  distinguer  les  écrits 
véritables  des  apocryphes.  Quelques-unes  sont  précises  et 
bonnes;  mais  les  autres  sont  d’une  application  toujours 
«  difficile ,  souvent  impossible ,  ou  soumise  à  une  foule  d’ex- 
«  ceptions  et  de  doutes.  Pour  moi,  la  règle  la  plus  impor- 
«  tante  est  le  témoignage  des  écrivains  postérieurs  à  Hippo- 
«  crate  tels  que  Galien  et  Érotien  ;  témoignage  transmis  par 
une  tradition  orale ,  ou  appuyé  sur  des  documents  qui 
existaient  alors,  et  qui  n’existent  plus  aujourd’hui.  En  se- 
«  cond  lieu ,  le  contenu  des  écrits  doit  être  tel  qu’il  donne  à 
cette  preuve  toute  sa  valeur.  En  conséquence ,  je  ne  cher- 
«  che  dans  les  véritables  écrits  d’Hippocrate  rien  que  la  des¬ 
cription  faite  d’après  nature  des  maladies  avec  leurs  acci- 
«  dents  et  leurs  causes  palpables ,  description  appuyée  de 
«  sentences  générales  qui  en  dérivent ,  qui  ne  se  contredi¬ 
sent  pas ,  et  qui  ne  sont  sujettes  qu’à  de  rares  exceptions. 
«  Tout  cela  doit  être,  comme  l’exposition  elle-même,  con- 


180  INTRODUCTION. 

«  forme  au  temps,  présenté  dans  un  style  simple,  bref  et 
«  expressif,  et  dans  un  langage  qui  s’accorde  avec  celui  de 
«  l’époque.  Aucune  hypothèse,  aucune  subtilité,  quelque 
«  antiques  qu’elles  soient ,  aucun  traitement  et  remède  ex- 
«  traordinaires  ne  doivent  se  trouver  dans  ces  livres 4.  » 

D’après  ces  caractères,  Grimm  reconnaît  comme  authen¬ 
tiques  le  Ier  et  le  me  livre  des  Épidémies,  le  traité  du  Pro¬ 
nostic,  les  Aphorismes ,  une  partie  considérable  du  traité  sur 
le  Régime  dans  les  maladies  aiguës,  et  le  livre  de  Y-Air,  des 
Eaux  et  des  Lieux.  Grimm  a  emprunté  à  Gruner  son  opi¬ 
nion  sur  les  notions  anatomiques  d’Hippocrate,  et,  comme 
lui ,  il  rejette  les  livres  où  les  muscles  sont  nommés ,  où  les 
artères  sont  distinguées  des  veines.  A  part  le  témoignage  tra¬ 
ditionnel,  les  autres  règles  que  le  traducteur  allemand  expose 
prêtent,  comme  celles  de  ses  prédécesseurs,  beaucoup  à  l’ar¬ 
bitraire,  et  sont  surtout  d’un  ordre  très  secondaire.  Il  faut  ar¬ 
river,  s’il  est  possible,  à  quelque  chose  de  moins  vague,  et 
pour  cela  demander  aux  livres  hippocratiques  eux-mêmes, 
aux  écrits  qui  en  sont  les  contemporains,  ou  qui  ne  sont  ve¬ 
nus  que  peu  de  temps  après,  des  renseignements  plus  précis. 

Cette  série  de  censeurs  des  livres  hippocratiques  me  rap¬ 
pelle  l’opinion  qu’un  fameux  philologue  se  faisait  des  juge¬ 
ments  qui  ne  portent  que  sur  le  style ,  l’exposition  et  les  pen¬ 
sées  d’un  auteur.  Lemos,  Mercuriali ,  Gruner  et  Grimm , 
bien  qu’on  reconnaisse  chez  eux  un  développement  progres¬ 
sif  de  la  méthode  critique,  se  sont  principalement  appuyés 
sur  cet  ordre  de  raisons  ;  i’insufiîsance  en  a  été  convenable¬ 
ment  appréciée  par  Richard  Bentley  dans  un  passage  qui 
trouvera  ici  naturellemèntplace  :  «  La  critique  qui  ne  s’exerce 

1  Hippocrates  Werke  aus  dem  Griechisclien  iibersetzt  von  Dr.  J. 
F.  K.  Griiüin  B.  i,  Vorbericht,  Altenburg,  1781. 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  181 

que  sur  le  style  et  le  langage,  dit-il  dans  la  préface  de  la 
«  Dissertation  où  il  a  prouvé  que  les  épîtres  qui  portent  lé  nom 
«  de  Phalaris  sont  apocryphes ,  est  ordinairement  délicate  et 
«  incertaine ,  et  dépend  de  notions  fugitives.  Des  hommes 
«  très  instruits  et  très  sagaces  ont  commis,  dans  ce  genre  de 
«  conjectures,  des  méprises  qui  allaient  jusqu’au  ridicule. 

«  Le  grand  Scaliger  a  publié  quelques  iambes  comme  un 
«  fragment  choisi  d’un  vieil  auteur  tragique,  et  qu’il  tenait 
de  ?rluret;  mais  celui-ci  bientôt  après  avoua  la  plai¬ 
es  santerie,  et  déclara  que  ces  vers  étaient  de- lui.  Boxhor- 
<rnius  écrivit  un  commentaire  sur  un  petit  poème  intitulé 
de  lite ,  qu’il  attribua  à  quelque  ancien  auteur;  mais  ou 
ne  tarda  pas  à  découvrir  qu’il  était  de  Michel  L’Hospital, 
chancelier  de  France.  De  sorte  que,  si  je  n’avais  pas  d’au- 
«  tre  argument  que  le  style  pour  montrer  la  fausseté  des  let¬ 
tres  de  Phalaris,  je  n’espérerais  faire  partager  ma  convic¬ 
tion  par  personne.  » 

Sprengel ,  dans  son  Apologie  d’Hippocrate ,  a  suivi,  il  le 
dit  lui-même,  Gruner  presque  pas  à  pas.  Cependant  il  a 
commencé  à  introduire  dans  la  critique  hippocratique  une 
considération  nouvelle:  à  savoir  la  considération  des  doc¬ 
trines  philosophiques;  essayant  de  contrôler  par  celles-ci  les 
doctrines  médicales  des  livres  hippocratiques ,  et  d’établir 
entre  ces  livres  un  ordre  d’antériorité.  Cette  indication 
de  Sprengel  a  été,  après  lui,  suivie  et  développée  par  un 
autre  critique. 

La  suite  même  des  auteurs  dont  je  viens  d’exposer  très 
sommairement  les  idées ,  montre  que  le  champ  de  la  cri¬ 
tique  hippocratique  s’est  successivement  agrandi.  Mais  ce 
.  genre  de  recherches  est  si  minutieux ,  que'  les  erreurs  pul¬ 
lulent  à  côté  des  meilleures  observations  ;  j’ai  relevé ,  et  je 
rapporte  ici  quelques-unes  de  ces  erreurs. 


182 


INTRODUCTION. 


Suivant  Gruner  (p.  88),  Aristote  attribue  le  traité  des 
Chairs  à  Polybe  :  citation  fausse }  le  morceau  cité  par  Aris¬ 
tote  est  ,  non  dans  le  livre  des  Chairs ,  mais  dans  celui  de  la 
Nature  de  l’homme. 

Sprengel  dit1  qu’il  n’est  question,  chez  aucun  ancien,  du 
livre  appelé  de  Y  Usage  des  liquides  ;  or  il  est  cité  par  Galien 
sous  ce  même  titre,  et  par  Érotien  sous  le  titre  des  Eaux. 

Les  quatre  livres  des  maladies  ont,  dit-il 2 ,  le  témoignage 
d’Erotien  et  de  Galien  ;  or  Érotien  n’en  cite  que  deux ,  et 
Galien  ne  cite  nulle  part  le  quatrième. 

D’après  Sprengel 5 ,  Galien  assure  qu’ Aristote  a  découvert 
l’aorte.  Or  Aristote ,  parlant  de  ce  vaisseau,  dit  lui-même  : 
veine  que  quelques-uns  appellent  aorte.  Il  est  donc  évident 
qu’il  n’a  pas  le  premier  découvert  l’aorte.  D’ailleurs  Galien 
dit  seulement  que  le  vaisseau  appelé  aorte  par  Aristote,  l’est 
par  d’autres  grande  artère4. 

Gruner  et  Sprengel  supposent  que  la  fin  du  traité  des 
Chairs  ou  des  Principes ,  qui,  dans  quelques  éditions,  forme 
un  chapitre  à  part  intitulé  de  la  Fie  (rapt  aîwvoç),  est  le  livre 
que  Galien  et  d’autres  appellent  des  Semaines.  Il  n’en  est 
rien  ;  le  livre  des  Semaines  hq  renferme  pas  la  portion  qui  est 
bien  réellement  la  fin  de  l’opuscule  des  Chairs. 

Sprengel 5  dit  que  le  livre  de  la  Nature  des  os  est  positi¬ 
vement  donné  par  Aristote  à  Polybe.  Or  le  livre  de  la  Nature 
des  os  a  été  composé  avec  des  fragments  divers,  dont  l’un  est 
pris  à  Aristote  lui-même  (celui  de  Syennésis  de  Chypre) $  et 

x  Apologie  des  Hippocrates,  B.  r,  S.  74. 

3  Ibid.  5.  75. 

3  Apologie  des  Hippocrates  ,  B.  1,  S.  9l. 

4  ’AptGrx'oTsÀïjç  piv  aopTYjv,  aXXot  os  àprrçpcav  [xs.yakrt'j . 
ovofxdÇouaiv.  T.  1,  p.  197,  Ed.  Bas. 

5  Apologie  des  Hippocrates,  B.i ,  S.  91 . 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES-  183 

la  citation  d’Aristote  se  rapporte  au  livre  de  la  Nature  de 
V homme*  Ce  sont  là  de  graves  erreurs. 

Gruner 1  et  Sprengel,  après  lui 2 ,  disent  que  le  traité  de 

Y  Ancienne  médecine  répète  plusieurs  passages  du  livre  du 
Régime ,  et  que,  celui-ci  n’étant  pas  d’Hippocrate,  celui-là 
n’en  peut  pas  être  non  plus.  Mais  Gruner  et  Sprengel  n’ont 
pas  fait  attention  que  c’est  avec  le  traité  du  Régime  dans  les 
maladies  aiguës,  et  non  avec  le  tr&tièàu  Régime,  que  celui  de 

Y  Ancienne  médecine  a  des  similitudes.  Or  le  traité  du  Régime 
dans  les  maladies  aiguës  a  tous  les  témoignages  en  sa  faveur. 

Spon,  dans  la  préface  de  ses  Aphorismi  novi,  combat 
Mercuriali ,  et  se  montre  beaucoup  plus  facile  que  ce  dernier 
sur  les  titres  qu’ont  les  différents  livres  à  être  considérés 
comme  appartenant  à  Hippocrate.  Je  remarque  dans  cette 
préface  une  erreur  considérable.  Spon  prétend  que  le  7e  livre 
des  Épidémies  est  placé  au  nombre  des  livres  supposés  (  èm- 
uixtcc  seu  inter polata). Or  Érotien  dit  tout  autre  chose  :  il  fait, 
dans  son  catalogue  des  livres  hippocratiques,  une  classe  de 
Mélanges  (iTriWra),  et  c’est  dans  cette  classe  qu’il  range  les 
sept  livres  des  Épidémies  ,  et  non  le  septième. 

Je  trouve  aussi  (Bib.  Gr.  Ed.  Harles,  t.  2,  p.  524)  une  er¬ 
reur  singulière  dans  Ackermann,  ordinairement  si  exact. 
Parmi  les  commentateurs  du  3e  livre  des  Épidémies ,  il  cito 
un  certain  Philistus  sur  la  foi  de  Galien.  Or  Philistus  ou 
Philistes  est,  non  pas  un  commentateur,  mais  un  malade 
dont  l’histoire  est  rapportée  dans  le  3e  livre  des  Épidémies ; 
c’est  aussi  ce  que  dit  la  phrase  de  Galien  où,  par  inadver¬ 
tance,  Ackermann  a  vu  ce  commentateur  5. 

1  Censura,  p.  79. 

3  Apologie  des  Hippocrates ,  B.  i,  S.  84. 

3  KaQaTrsp ,  ou  os  Ta  d>t7tffxü)  yevotASva  xaxà  to  t(h'tov  twv  Eti- 

OTjaiwv.  T.  v,  p.  174,  Ed.  Bas. 


INTRODUCTION . 


184 

J’ai  signalé  ces  erreurs  de  mes  prédécesseurs  ,'non  pour 
abaisser  leur  travail  et  élever  le  mien mais  pour  montrer 
que  dans  un  champ  neuf  d’observations  tout  est  difficulté. 
Quand  le  eadre  est  tracé  et  rempli,  il  coûte  peu  de  le  rectifier. 

M.  H.  F.  Link1  a  pris,  pour  discuter  l’authenticité  des  écrits 
hippocratiques ,  la  voie  ouverte  par  Sprengel.  La  base  d’où 
part  sa  critique,  est  la  considération  des  théories  que  renfer¬ 
ment  ces  écrits  ;  il  distingue  autant  de  classes  différentes  qu’il 
reconnaît  de  doctrines ,  prétendant  que  des  doctrines  con¬ 
tradictoires  ne  peuvent  appartenir  au  même  écrivain.  De 
plus,  il  les  compare  aux  doctrines  philosophiques  qui  y  cor¬ 
respondent,  et,  de  cette  comparaison,  il  tire  une  sorte  de 
chronologie  relative  d’après  laquelle  il  place  tel  écrit  avant 
tel  autre,  et  après  Platon  ou  Aristote.  Ce  mode  de  critique 
est  certainement  un  point  de  vue  nouveau,  et  il  offre  des 
considérations  qui  ne  doivent  pas  être  négligées.  M.  Link 
se  montre  très  difficile  sur  les  livres  hippocratiques,  et,  au 
contraire  de  ses  prédécesseurs  qui  sont  pleins  d’enthou¬ 
siasme  pour  ces  écrits,  et  qui  accueillent,  avec  une  grande 
facilité,  des  témoignages  incertains  pourvu  qu’ils  soient  favo¬ 
rables,  il  est  animé  d’un  scepticisme  inexorable  devant  le¬ 
quel  la  personne  d’Hippocrate  est  presque  effacée,  ou  qui 
du  moins  ne  lui  laisse  qu’un  vain  nom  sans  une  œuvre  ef¬ 
fective.  «  Quand  on  jette  un  regard  rapide  sur  les  écrits 
«  hippocratiques ,  dit  le  critique  allemand ,  on  se  demande 
«  quel  est  cet  Hippocrate  ?  Si  on  parle  de  l’auteur  du  traité 
<c  des  Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux ,  il  s’agit  d’un  écrivain  clair 
«  et  agréable  $  si  l’on  parle  de  l’auteur  du  Pronostic  et  des 

Ueber  die  Theorien  in  den  Hippocratischen'Schriften,  nebst 
Bemerkungcn  über  die  Aeckdieit  dieser  Schrifien.  (  Abh.  dcr  K. 
Academie  der  Wiss.  in  Berlin  aus  den  Jahren  181 4—1 815.) 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES-  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  185 

aphorismes,  d’an  écrivain  qui  aime  la  brièveté  et  même 
«  l’obscurité;  de  l’auteur  des  Épidémies,  d’un  homme  qui 
«  est  un  excellent  observateur,  mais  qui  laisse  mourir  les 
malades  sans  leur  rien  prescrire;  de  l’auteur  du  Bégime 
<c  dans  les  maladies  aiguës,  d’un  médecin  qui  emploie  beau- 
«  coup  de  médicaments,  quelques-uns  même  fort  actifs.  » 

Si  M.  Link  avait  pénétré  plus  avant  dans  le  système 
d’Hippocratè,  il  aurait  reconnu  que  le  Pronostic,  les  Épidé¬ 
mies  et  le  traité  dû  Régime  dans  les  maladies  aiguës  se  tien¬ 
nent  et  s’expliquent  l’un  par  l’autre  ;  mais  suivons-le  dans 
ses  raisonnements. 

Il  distingue,  dans  la  Collection  hippocratique,  six  théories 
principales,  d’après  lesquelles  il  fait  six  classes  d’écrits ,  et 
admet  au  moins  six  auteurs  différents. 

La  première  est  celle  de  la  bile  et  du  phlegme;  elle  est 
ancienne,  Thucydide  en  parle,  et  Aristote1  dit  que  la  divi¬ 
sion  des  maladies,  suivant  la  bile  et  le  phlegme,  est  familière 
aux  médecins.  Platon,  dans  le  Timée,  attribue  les  maladies 
à  ces  mêmes  humeurs,  d’où  l’on  peut  conclure  que  les  traités 
où  cette  théorie  existe  sont  les  plus  anciens.  L’opposition  de 
la  bile  .et  du  phlegme  a  été  saisie  de  bonne  heure  ;  la  sur¬ 
abondance  de  la  bile  est  la  cause  des  maladies  aiguës  ;  la  sur¬ 
abondance  du  phlegme,  des  maladies  chroniques.  La  pre¬ 
mière  est  caractérisée  par  tout  ce  qui  est  vif  et  incisif  ;  la 
seconde  par  tout  ce  qui  est  mou,  lâche  et  lent. 

Voici  les  traités  dans  lesquels  M.  Link  prétend  que  règne 
la  théorie  de  la  bile  et  du  phlegme,  à  l’exclusion  de  toute 
autre.  Ce  sont  d’abord  les  Épidémies  :  l’auteur  y  parle  de 
vomissements  de  bile  et  de  phlegme,  il  n’y  est  presque  pas 
question  de  traitement,  lacune  que  Galien  explique  très  mal 


1  Natur.-Ausc.  liv.  u,  c.  2. 


186  INTRODUCTION. 

et  qui  forme  contradiction  avec  l’auteur  du  traité  du  Régime 
dans  les  maladies  aiguës ,  lequel  emploie  beaucoup  de  remè¬ 
des.  Celui  qui  a  composé  le  Ier  et  le  111e  livre  des  Épidémies 
a  résidé  long-temps  à  Thasos ,  car  il  y  décrit  la  constitution 
atmosphérique  de  plusieurs  années.  Comment  Hippocrate  se 
trouverait-il  à  Thasos,  qui  avait  un  temple  d’Hercule,  mais 
aucun  temple  d’Esculape,  ni  d’Hygie?  Ces  deux  livres  sont, 
non  pas  d’un  médecin,  mais  d’un  naturaliste  qui  observait 
les  maladies  et  ne  les  traitait  pas.  Ceci  est  une  singulière 
opinion  de  M.  Link  ;  mais  je  ne  m’arrête  pas  à  combattre 
en  détail  des  assertions  dont  la  réfutation  sortira  de  ma 
propre  discussion  sur  l’ensemble  des  écrits  hippocratiques. 

A  la  même  catégorie  appartient  le  Pronostic ,  .livre  clair 
et  précis.  Ce  ne  paraît  qu’un  extrait  des  ouvrages  sémio¬ 
tiques  d’Hippocrate  -,  l’Hippocrate  de  Platon,  dit  M.  Link, 
aurait  donné  quelque  chose  de  plus  scientifique. 

Dans  le.  1er  livre  des'  Pr or rhé tiques,  Galien  relève  un  solé¬ 
cisme.  A  cause  de  cette  faute  de  langue  et  d’autres,' plu¬ 
sieurs  croyaient,  non  sans  raison,  dit  le  médècin  dé  Per- 
game,  que  ce  livre  n’était  pas  d’Hippocrate.  Sa  brièveté 
obscure  et  recherchée,  les  tournures  singulières,  les  épithè¬ 
tes  accumulées,  les  phrases  à  l’infinitif,  mettent  ce  livre  à 
côté  des  Prénotions  de  Cos  et  du  6e  livre  des  Épidémies.  Le 
second  livre  des  Prorrhétiques  a  un  tout  autre  auteur  ;  un 
style  simple  et  clair  le  distingue,  et,  au  début,  la  plainte  sur 
l’exagération  que  l’on  donne  au  Pronostic ,  indique  une  date 
postérieure. 

M.  Link  remarque  que  les  Aphorismes  contiennent  plu¬ 
sieurs  passages  du  traité  de  Y  Air,  des  Eaux  et  des  Lieux-,  que 
plusieurs  autres  se  trouvent  mot  à  mot  dans  le  Pronostic. 
Ainsi  on  pourrait  considérer  cette  collection  comme  lin  ex¬ 
trait  des  écrits  hippocratiques;  mais,  en  les  examinant,  on  y 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  187 

découvre  de  plus  grandes  différences  encore.  Ces  différen¬ 
ces  sont  :  dans  la  lte  section,  où  se  trouve  la  théorie  de  la' 
turgescence  des  humeurs  et  de  leur  écoulement,  ancienne 
idée  de  la  médecine,  suivant  M.  Link  ;  dans  la  2e  sec¬ 
tion  ,  où  se  trouve  une  explication  détaillée  des  jours 
critiques,  indiqués  seulement  d’une  manière  générale  dans 
la  précédente;  danç  la  3e,  qui  renferme,  sur  les  saisons  et  sur 
les  âges,  des  considérations  conformes  avec  la  doctrine  des 
Épidémies  ;  dans  la  4e,  où  l’on  voit  une  distinction  plus  fixe 
entre  les  maladies,  une  division  entre  la  bile  noire,  et  la  bile 
jaune,  et  quelques  expressions  qui  semblent  faire  allusion 
aux  quatre  humeurs;  dans  la  6e  et  la  7e,  qui  renferment  un 
mélange  d’aphorismes  dont  quelques-uns  sonttrès  bizarres  : 
par  exemple,  les  muets  sont  facilement  attaqués  de  diarrhées 
rebelles  ;  et  avec  cette  singularité  que  la  plupart  sont  rangés 
d’après  le  même  mot,  soit  èm,  soit  6-6&oi<ji,  soit  ^v.  Ainsi, 
dans  les  sections  des  Aphorismes,  on  voit  des  différences  qui 
font  penser  qu’elles  ne  sont  ni  du  même  temps,  ni  du  même 
auteur;  on  y  remarque  une  gradation  de  notions  simples  à 
des  notions  plus  exactes;  puis  des  singularités;  puis  enfin 
une  sorte  d’allitération. 

Croire  que  la  distinction  entre  la  bile  jaune  et  la  bile  noire 
soit  la  preuvè  d’une  date  postérieure  à  Hippocrate,  c’est  ne 
pas  tenir  compte  de  textes  positifs.  Platon  parle  de  la  bile 
noire1;  et  j’ai  rapporté  (p.  19)  un  vers  d’Aristophane  où  se 
trouvent  . et  le  nom  de  cette  humeur  et  le  rapport  que  l’an¬ 
cienne  pathologie  avait  supposé  entre  labile  noire  et  la  folie. 

M.  Link  range  encore ,  dans  la  théorie  de  la  bile  et  du 
phlegme,  le  traité  du  Régime  dans  les  maladies  aiguës ,  qui 

1  Mets  /oàtjç  oè  (AeXaivr):  xepaaOÈv  (cpÀÉyaa).Tim.  t.  VU ,  p-  95, 
Ed.  Tauclw. 


188 


INTRODUCTION. 


commence,  comme  on  sait,  par  une  polémique  contre  les 
médecins  de  l’école  de  Cnide.  3VI.  Link  croit  qu’il  n’y  avait 
pas  assez  d’écrivains  médicaux  à  cette  époque  pour  que  la 
lutte  s’engageât.  Ce  doute  lui  est  suggéré  par  l’opinion  où  il 
est  que  les  monuments  hippocratiques  sont  généralement 
plus  récents  que  leur  date  supposée.  Mais  il  est  certain  que 
la  littérature  médicale  était  déjà  riche  ayant  Hippocrate  et 
de  son  temps,  et  rien  dans  l’histoire  littéraire  de  ce  siècle 
reculé  ne  contredit  la  possibilité  d’une  polémique  entre  Hip¬ 
pocrate  et  l’auteur  des  Sentences  cnidiennes. 

M.  Link ,  en  jugeant  le  traité  des  Airs ,  des  Eaux  et  des 
Lieux ,  trouve  que  le  style  est  agréable ,  mais  que  le  sujet  est 
traité  avec  peu  de  profondeur.  Il  suspecte  plusieurs  passages 
qui  font  allusion  à  la  théorie  des  quatre  qualités  élémentaires, 
par  exemple ,  que  la  sécheresse  nuit  aux  constitutions  bi¬ 
lieuses  ,  et  qu’elle  est  utile  aux  constitutions  phlegmatiques , 
d’où  il  résulte  que  la  bile  est  regardée  comme  chaude  et  le 
phlegme  comme  humide.  En  conséquence,  il  pense  que  ce 
traité  doit  être  rangé  dans  la  classe  suivante. 

Cette  deuxième  classe  comprend  les  traités  où  se  trouvent 
la  théorie  des  quatre  humeurs  (sang,  bile  jaune,  bile  noire, 
phlegme),  et  celle  des  quatre  qualités  élémentaires  (le  chaud, 
le  froid,  le  sec,  l’humide).  Suivant  M.  Link,  cette  théorie  ap¬ 
partient  exclusivement  à  Aristote;  de  sorte  que  tous  les  traités 
où  cette  doctrine  se  rencontre  sont  postérieurs  au  chef  de 
l’école  péripatéticienne.  Ce  sont:  les  traités  de  la  Nature  de 
Vhomme,  de  la  Génération ,  de  la  Nature  de  V enfant,  du 
Régime  des  gens  bien  portants ,'  du  Régime  ,  le  premier  livre 
excep Aliment  i  des  Affections  internes,  des  Maladies 
des  Mimes';  d^lji-Nature  de  la  femme ,  de  la  Maladie  sacrée , 
d4  jfiqlàdiesfdçs  jeunes  filles ,  delà  Vue ,  des  Ulcères,  des 
HéhttrJ&tôes  :è t  dek/Fistules.  Galien  ne  cesse  de  répéter 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  189 

qu’Aristote  a  pris  la  théorie  des  quatre  humeurs  à  Hippo¬ 
crate.  «  Soit  que  Ton  admette  comme  Anaxagore,  dit-il  * , 
K  que  le  corps  est  composé  de  parties  similaires ,  soit  qu’on 
<c  le  suppose  constitué  par  le  chaud ,  le  froid,  le  sec  et  l’hu- 
«  mide,  comme  l’ont  pensé  Chrysippe,  tous  les  Stoïciens,  et 
«  avant  eux  Aristote  et  Théophraste,  et  avant  eux  encore 
«  Platon  et  Hippocrate,  la  symétrie  de  tous  les  éléments  cons- 
«  titue  la  santé.»  Et  ailleurs  :  «En  lisant  les  écrits  d’Aristote 
«  et  de  Théophraste ,  on  les  prendrait  pour  des  traités  sur  la 
«  physiologie  d’Hippocrate;  c’est  toujours  le  froid,  le  chaud, 
c  le  sec  et  l’humide,  qui  sont  agents  et  patients.  Le  plus  actif 

est  le  chaud,  puis  le  froid;  tout  cela  a  été  dit  par  Hippo- 
«  crate,  puis  répété  par  Aristote  2.  »  Or,  j’ai  rappelé  (p.  166) 
que  le  médecin  de  Pergame  a  lu  et  consulté  un  livre  où  un 
disciple  d’Aristote  avait  rassemblé  toutes  les  anciennes  théo¬ 
ries  médicales.  H  n’a  donc  pu  se  tromper  sur  la  question  de 
savoir  qui ,  entre  Hippocrate  et  Aristote ,  était  le  prêteur  et 
l’emprunteur.  Mais  ce  qui  est  complètement  décisif  contre  la 
chronologie  que  M.  Link  a  voulu  établir,  c’est  qu’Aristote 
lui-même  cite  un  morceau  de  Polvbe,  et  ce  morceau  se  re¬ 
trouve  dans  le  traité  de  la  Nature  de  l’homme ,  où  la  doctrine 
des  quatre  humeurs  est  complètement  exposée. 

La  troisième  classe  ou  troisième  théorie  renferme  un  seul 
traité ,  celui  de  Y  Ancienne  médecine .  L’auteur  y  plaide  contre 
la  doctrine  des  quatre  qualités  élémentaires,  le  chaud,  le  sec, 
le  froid ,  l’humide ,  et  il  place  la  cause  des  dérangements  de 
la  santé  dans  un  mélange  non  convenable  de  l’amer ,  du 
doux ,  de  l’âcrë ,  de  l’acerbe ,  etc.  Ce  livre ,  du  reste  bien  fait, 
ne  peut  être  d’Hippocrate,  puisqu’il  combat  une  doctrine 
dérivée  de  la  philosophie  d’Aristote. 

*  T.  I,  p.  288,  Ed.  Basil. 

3  t.  t  ,  p.  iûo.  taf  tè 


INTRODUCTION. 


190 

La  doctrine  de  ces  qualités  diverses,  la  doctrine  des 
quatre  qualités  émanées  des  quatre  éléments,  sont  plus 
vieilles  que  ne  le  pense  M.  Link.  Galien  l’a  énoncé  for¬ 
mellement  ;  voici  la  preuve  qu’il  ne  s’est  pas  trompé  :  Platon  a 
dit:  «  Les  contraires  sont  ennemis,  le  froid  du  chaud, -l’amer 
«  du  doux,  le  sec  de  l’humide 1 * 3  4.»  Et  ailleurs2  :  «Notre  corps 
«  est  constitué  par  le  chaud,  par  le  sec ,  par  le  froid  et  par 
«  l’humide.  »  Et  ailleurs  :  «  Notre  créateur  ayant  uni  le  feu, 
«  l’eau  et  la  terre,  fit,  avec  l’humide  et  le  salé,  un  ferment 
«  qu’il  mélangea  à  ces  éléments ,  et  composa  la  chair  molle  et 
«  humide3.  »  Et  ailleurs  :  «De  l’humide  et  du  chaud,  tout  ce 
«  qui  était  à  l’état  de  pureté  s’évapore  4.  »  Mais  à  quoi  bon 
s’arrêter  à  Platon?  Anaxagore ,  plus  vieux  qu’Hippocrate , 
fait  usage  de  la  doctrine  des  qualités  ,  et  il  parle  du  rare  et 
du  dense,  du  froid  et  du  chaud,  de  l’humide  et  du  sec  5. 
Empédocle  en  a  usé  dans  ses  écrits  ;  et  Alcméon ,  dans  un 
passage  que  j’ai  déjà  rapporté  p.  14,  a  fait,  comme  l’auteur 
du  traité  de  Y  Ancienne  médecine ,  de  leur  mélange  conve¬ 
nable  la  condition  de  la  santé.  Sprengel  pense  (Hist.  de  la 

1  vE<m  Ss  f^Ôiora  toc  èvavTitoraxa  •  <j/uypbv  ôsputw,  xtxpov  yXu- 
xeï,  £r,pbv  &Ypw.  Conv. ,  t.  vu,  p.  229,  Ed.  Tauchn. 

*  EvT£Tccp£vou  tou  <ytop,aToç  ^tjuov  xat  Çuve^oiaÉvou  u7Co  Gepptou  xor. 
t^u^pou  xai  Sprjpoïï  xa'i  uypoïï.  Phædon,  t.  r,  p.  147,  Ed.  Tauchn. 

3  Hp.wv  ô  XTjpoTcXctoTTjÇ  88<m  txèv  xat  «upt  xat  ^  cu$q«?;aç  xctl 
cuvappoaaç,  s£  ôljsoç  xat  aXpupou  ijuvQetç  Çufjtoipta,  xat  uiropt^aç 
aùxoîç,  adpxa  xat  p.aXax*?|v  ^uv£crr,(7£.  Tim. ,  t.  vu,  p-  79, 

Ed.  Tauch. 

*  To  piv  5ypov  xat  G£pptbv  &jov  EÎXtxptveç  à7r^£t.  Tim. ,  t.  vu  , 
p.  82, 

5  A~oxptvsxai  axo  te  tou  acpatou  to  xuxvov ,  xat  axo  tou  t|/u- 
^poî»  to  0£p aov,  xat  àxo  toü  St£pcü  to  |r,pôv,  dit  Anaxagore  dans 
Simplicius,  fol.  55.  6. 


TRAVAUX  MODERNES  SCR  LES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  191 

méd. ,  t.  i ,  p.  250)  que  cette  théorie  est  de  beaucoup  posté¬ 
rieure  à  Alcméon;  mais  rien  n’autorise  à  soupçonner  que 
Plutarque  ait  commis  une  erreur  en  rapportant  l’opinion  du 
philosophe  pythagoricien.  Que  l’usage  de  ces  théories  ait  été 
familier  aux  pythagoriciens  età  Alcméon,  c’estce  qui  résulte, 
outre  le  témoignage  de  Plutarque,  du  témoignage  d’Aristote. 
«  Alcméon ,  dit  Aristote ,  assure  que  la  plupart  des  choses 
«  humaines  se  divisent  en  deux,  c’est-à-dire  en  contraires, 
<c  comme  le  noir  et  le  blanc,  le  doux  et  l’amer,  le  bon  et  le 
<c  mauvais,  le  petit  et  lé  grand A.  » 

Dans  le  dialogue  intitulé  le  Sophiste,  où  Platon  fait  in¬ 
tervenir  des  philosophes  de  l’école  d’Élée ,  il  est  remarqué 
qu’un  autre  (  on  a  rapporté  cette  allusion  à  Archélaus,  maî¬ 
tre  de  Socrate  )  attribuait  l’association  et  la  production  des 
choses  à  deux  qualités,  l’humide  et  le  sec ,  ou  le  chaud  et  le 
froid1 2 3 4.  Au  reste,  Archélaus  avait  soutenu  que  le  froid 
et  le  chaud,  séparés  l’un  de  l’autre,  étaient  le  principe  du 
mouvement5.  Parmenide  admettait  deux  qualités,  le  chaud 
et  le  froid  *.  Plutarque  rapporte5  qu’Ànaximène  faisait  jouer 
un  rôle  au  froid  et  au  chaud.  Diogène  d’Apollonie  admettait6 


1  ^r,ct  yàp  sïvai  cuo  Ta  TcoKkk  twv  àv0pt*mvt«>v,  Xsytov  ràç  ivav- 

TtoTr/raç .  oTov  Xeuxov,  piXav*  fXuxi) ,  7rixpov  àyaQov,  xaxov* 

luxpbv,  {xsya.  Metaphys.  i,  5. 

2  Auo  SI  Irspoç  et7tàv,  uypov  xoci  ^r,pov^  Osppibv  xat<l/i%pov,  cuvoi- 
xt'Çst  te  auTa  xal  èxSlStaai.  T.  u,  p.  39,  Ed.  Tauchn. 

3  Ojtoç  e<prj  eîvat  àp^àç  TTjÇXtv^ffEtoç  aTroxpivadôat  (f.  a7roxpivbu.E- 
va  ),  <hc  aklr^km  to  0cpp.bv  xaiTo  <iu^pov.  Orig.  Philosophum.  C.  9. 

4  Theophr. ,  de  Sens. ,  5. 

5  De  primo  Frig.,  t.  v,  p.  402.  Ed.  Tauch. 

6  Tïjv  yr/v  T7jv  cuaraciv  stXr^utav  xaTa  Tr,v  Ix  toi»  Ospfxou  Ttspi- 

cpopàv  xat  Ix  tou  ^/uypou.  Diog.  Laert. ,  lib.  ix.  p.  56o , 

Ed.  H.  Steph. 


INTRODUCTION . 


192 

que  le  froid  et  le  chaud  avaient  contribué  à  la  formation  de 
la  terre.  Enfin  Zénon  d’Élée  supposait  que  la  nature  uni¬ 
verselle  était  composée  du  chaud ,  du  froid ,  du  sec  et  de 
l’humide ,  se  changeant  l’un  dans  l’autre 1 ,  ce  qui  est  juste¬ 
ment  la  théorie  dont  M.  Link  attribue  la  priorité  à  Aristote. 
On  voit  par  cette  énumération,  que  j’ai  à  dessein  faite  si  dé¬ 
taillée,  combien  les  doctrines  que  M.  Link  pense  si  récentes 
étaient  anciennes.  Tantôt  les  quatre  qualités  dérivées  des 
quatre  éléments  (chaud,  froid,  humide,  sec),  tantôt  deux 
seulement  de  ces  qualités,  tantôt  d’autres  qualités  qui  ne 
sont  plus  dérivées  des  éléments  (amer ,  doux ,  dense ,  rare), 
sont  employées  par  des  hommes  ou  contemporains  d’Hippo¬ 
crate  ou  plus  anciens  que  lui.  Tout  cela  forme  un  ensemble 
dont  l’antiquité  est  grande  ;  et  il  serait  même  assez  difficile 
d’en  signaler  l’origine  dans  la  philosophie  grecque. 

Je  viens  de  récapituler  des  opinions  qui  ont  tenu  Une 
grande  place  dans  l’antique  physiologie..  Les  qualités,  les 
noms  qu’on  leur  a  donnés ,  les  rôles  qu’on  leur  a  attribués , 
auront  paru'peut-être  obscurs  au  lecteur,  qui  n’y  aura  vu  que 
des  idées  vagues,  sans  aucun  fondement  réel  dans  l’obser¬ 
vation.  Les  théories  tombées  en  désuétude,  si  on  les  prend 
ainsi  du  côté  de  leur  erreur,  n’ont  aucun  intérêt;  mais, 
si  on  les  prend  du  côté  de  leur  vérité,  elles  méritent  de 
l’attention ,  et  elles  donnent  de  l’instruction;  car  elles  mon¬ 
trent  comment ,  à  une  certaine  époque ,  l’esprit  humain  a 
essayé  de  résoudre  l’éternel  problème  qui  lui  est  proposé. 
Les  qualités,  au  moins  en  physiologie,  sont  une  des  solutions 
de  la  constitution  du  corps  vivant.  Les  anciens  virent,  comme 
les  modernes,  que  le  corps  est  composé  d’éléments  médiats 

1  reyevr^Oai  8k  rJ)v  tmv  -jravTtov  çuatv  ex  ôeppiou  xal  ^jfpou  xal 
£r]pou  xal  ôypoïï,  >ap.êavôvx<ov  aCi-rwv  eïç  aXXrjXa  asTaéo^v.  Diog. 

Laert.,  I.  ix,  p.  555. 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES.  193 

et  immédiats.  Les  éléments  médiats  furent  le  feu ,  l’air,  l’eau 
et  la  terre,  comme  ils  sont,  de  notre  temps,  l’oxygène  , 
l’hydrogène,  le  carbone,  et  les  autres  substances  indécom¬ 
posées  que  la  chimie  a  découvertes.  Les  éléments  immédiats 
furent  le  sang,  le  phlegme ,  la  bile  noire,  la  bile  jaune,  ou 
le  chaud,  le  froid,  le  sec  et  l’humide,  ou  l’amer,  le  doux 
le  salé,  etc. ,  suivant  que  l’on  considérait  plus  particulière¬ 
ment  les  éléments  immédiats  dans  leurs  rapports  avec  les 
quatre  éléments,  ou  dans  leurs  qualités  diverses.  De  telle  sorte 
que  la  conception  des  humeurs  radicales  ou  des  qualités  est 
une  idée  véritable  qui  suppose  le  corps  constitué  des  mêmes 
éléments  que  le  reste  des  choses ,  et  une  hypothèse  qui  cher¬ 
che  à  expliquer  pourquoi  ces  éléments  primitifs  ne  s’y  mon¬ 
trent  pas.  en  nature. 

La  quatrième  théorie,  selon  l’arrangement  de  M.  Link, 
est  celle  qui  considère  le  feu  comme  l’agent  universel  ;  elle  a, 
dans  la  philosophie  grecque,  Héraclite  pour  auteur.  Il  faut  y 
rapporter  le  1er  livre  du  traité  du  Régime  et  le  traité  des 
Principes .  M.  Link  dit  à  tort  que  des  passages  de  ce  dernier 
ouvrage  sont  cités  par  Aristote  5  le  philosophe  cite  un  pas¬ 
sage  qui  se  trouve  dans  le  traité  de  la  Nature  de  Vhomme ,  et 
qu’il  attribue  à  Polybe.  M.  Link  ajoute  que  le  livre  des  Prin¬ 
cipes  n’appartient  pas  à  Hippocrate ,  mais  qu’il  est  très  an¬ 
cien.  C’est  une  erreur;  car ,  relativement,  ce  livre  est  très 
moderne,  puisqu’il  contient  la  connaissance  d’une  théorie 
anatomique  qu’ Aristote  revendique  comme  sienne,  à  savoir 
que  les  vaisseaux  sanguins  ont  leur  origine  dans  le  cœur. 

La  cinquième  théorie  est  celle  qui  regarde  l’air  comme  l’a¬ 
gent  principal.  Le  traité  des  Airs  et  celui  de  la  Nature  des  os 
ont  été  composés  par  des  disciples  de  cette  théorie. 

La  sixième  et  dernière  théorie  est  celle  des  catarrhes  ou 
des  flux.  Elle  est  très  ancienne,  dit  M.  Link ,  mais  aussi  très 

TOM.  I.  13 


194-  INTRODUCTION. 

grossière.  La  matière  morbifique  descend  de  la  tête  et  se  jette 
sur  les  diverses  parties  -,  elle  voyage  d’un  lieu  dans  ïm  autre 
et  sans  s’inquiéter  des  voies  de  communication,  on  la  fait  se 
promener  de  tous  les  côtés.  C’est  la  théorie  la  plus  naturelle, 
c’est  celle  du  peuple.  Deux  traités  y  appartiennent ,  celui  des 
Lieux  dans  Vhomme ,  qui  contient,  en  outre,  des  traces  de 
l’hypothèse  des  quatre  qualités  élémentaires,  et  qui  est  en 
conséquence  postérieur  a  Aristote  5  et  le  traité  des  Glandes  . 
qui  représente  le  cerveau  comme  un  organe  glanduleux 
fournissant  aux  parties  inférieures  les  fluides  de  sept  ca¬ 
tarrhes.  Ceci  est,  selon  M.  Link,  d’une  plus  ancienne  théo¬ 
rie.  Or  les  critiques,  dans  l’antiquité,  ont  regardé  unani¬ 
mement  le  traité  des  Glandes  comme  étant  postérieur  à 
Hippocrate. 

«  Sous  ces  six  divisions  ou  théories ,  dit  M.  Link ,  se  ran- 
«  gentles  plus  grainds,  les  plus  importants  écrits  hippocra- 
«  tiques ,  la  plupart  reconnus  comme  authentiques.  Nous 
«  avons  là  une  collection  d’écrits  composés  avant  le  temps 
«  où  les  sciences,  et  entr’autres  la  médecine,  fleurirent  à 
«  Alexandrie,  et  décorés  du  nom  d’Hippocrate.  Les  doe- 
cc  trines  et  le  style  y  sont  différents  ,  de  sorte  qu’ils  ont  au 
«  moins  six  auteurs ,  parmi  lesquels  on  peut  choisir  celui  à 
<c  qui  on  voudra  accorder  ce  nom.  Il  y  a  encore,  dans  la  Col- 
«  lection  hippocratique,  plusieurs  autres  écrits  qui  ne  rentren  t 
<(  pas  dans  une  de  ces  six  divisions,  mais  ils  sont  parmi  les 
«  moins  importants ,  et  il  n’en  est  aucun  sur  l’authenticité 
<(  duquel  on  n’ait  déjà  élevé  de  grands  doutes.  » 

J’ai  donné  avec  détail  l’opinion  que  M.  Link  s’est  formée 
sur  les  livres  hippocratiques  ;  d’abord  parce  qu’il  a  envisagé 
son  sujet  sous  un  nouveau  point  de  vue  ,  et  qu’il  a  cherché  à 
se  créer  d’autres  bases  de  critique  que  celles  que  ses  devan¬ 
ciers  avaient  admises  ;  ensuite  parce  que  son  Mémoire  est 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES.  195 

très  peu  connu  en  France.  Trois  faits  positifs  rendent  inad¬ 
missible  la  théorie  de  M.  Link  :  1°  le  livre  hippocratique  où 
la  doctrine  des  quatre  humeurs  est  établie,  est  cité  par  Aris¬ 
tote;  par  conséquent  ce  livre  ne  peut  être  postérieur  au  phi¬ 
losophe  de  Stagire;  2°  les  qualités  élémentaires  (  froid,  chaud, 
sec,  humide)  dont  f usage  dans  les  écrits  des  naturalistes , 
est,  suivant  M.  Link,  postérieur  à  Aristote,  se  trouvent  dans 
Platon,  dans  Anaxagore,  dans  Alcméon ,  dans  Archélaus , 
dans  Anaximène,  dansEmpédocle,  dans  Pajrménide ,  dans 
Zénon  d’Élée  *,  les  qualités  diverses  (doux,  amer,  âcre,  etc.), 
que  M.  Link  croit  dérivées  et  d’un  emploi  postérieur  à  Aris¬ 
tote,  font  aussi  partie  des  doctrines  de  Platon,  d’Empédocîe 
et  d’Alcméon.  Les  textes  sont  irrécusables. 

Il  y  a  de  bonnes  réflexions  à  faire  sur  les  oeuvres  des  cri¬ 
tiques  que  je  viens  d’énumérer,  et  ce  n’est  pas  sans  fruit  que 
nous  les  aurons  parcourues.  Tous  ont  professé  l’opinion  que  la 
Collection  hippocratique  provient  de  plusieurs  mains  différen- 
tes;  j’ai  fait  voir  dans  les  chapitres  précédents  qu’il  en  était 
ainsi  ;  et  les  arguments  deLémos,  de  Mercuriali,  de  Gruner,  de 
Grimm ,  d'Ackermann  et  de  M.  Link,.  concourent  également 
à  cette  conclusion ,  soit  qu’ils  invoquent  l’autorité  de  Galien, 
soit  qu’ils  appellent  l’attention  sur  les  diversités  du  style,  soit 
qu’ils  signalent  les  variations  des  anciens  témoignages,  soit 
qu’ils  mettent,  en  lumière  les  doctrines  hétérogènes  qui  y 
figurent.  Ce  sont  autant  de  points  qu’ils  ont  établis,  et  qu’on 
ne  peut  plus  négliger  ;  ce  sont  autant  de  secours  qu’ils  ont 
fournis  d’avance  à  celui  qui  étudiera  après  eux  les  mêmes 
problèmes. 

Je  me  plais  à  reconnaître  les  lumières  que  je  leur  dois  ; 
mais  chacun  d’eux  a  été  exclusif  dans  son  point  de  vue,  et 
né  s’est  pas  assez  inquiété  de  réunir  toutes  les  données  épar¬ 
ses  pour  en  faire  un  corps  de  doctrine  et  de  critique.  Après 


INTRODUCTION. 


196 

les  avoir  lus,  c’est  le  premier  désir  que  j’ai  eu  pour  l’avance¬ 
ment  de  mon  travail. 

Gruner  et  Grimm  ont  dit  que  Hippocrate  n’avait  pas  connu 
la  distinction  des  artères  et  des  veines,  et  que  par  conséquent 
les  traités  où  il  était  question  de  cette  distinction,  devaient 
être  rayés  du  canon  hippocratique.  C’est  ce  que  Grimm 
avait  voulu  exprimer  en  posant  comme  règle  de  critique  que 
le  langage  de  tout  écrit  qu’on  admettait  comme  étant  d’Hip¬ 
pocrate,  devait  être  conforme  à  l’époque  où  avait  vécu  ce 
médecin.  Cette  objection  conduisait  à  une  difficulté  trop 
sérieuse,  à  une  discussion  trop  importante  pour  que  je  ne 
les  y  suivisse  pas.  En  étudiant  ce  que  les  hippocratiques 
avaient  su  concernant  la  distinction  des  artères  et  des  veines, 
j’ai  étudié  en  même  temps  l’antique  doctrine  de  l’origine  des 
vaisseaux  sanguins  dans  le  cœur,  et  quelques  autres  points 
de  l’anatomie  et  de  la  physiologie  anciennes.  Cet  examen  est 
d’un  grand  intérêt  pour  la  critique  de  la  Collection  hippo¬ 
cratique,  et  il  fournit  des  clartés  que  vainement  on  cher¬ 
cherait  ailleurs. 

M.  Lînk,  en  travaillant  à  retrouver  les  anciennes  théories 
des  livres  hippocratiques,  et  à  faire  pour  la  Collection  hippo¬ 
cratique  ce  que  le  disciple  d’Aristote,  Ménon,  avait  fait,  dans 
son  ouvrage  si  regrettable,  pour  toute  l’antiquité  médicale; 
m’a  conduit  à  discuter  des  points  que  je  n’aurais  pas  abordés 
sans  cet  éveil. 

De  tous  ces  critiques,  ceux  qui  ont  été  le  moins  systéma¬ 
tiques,  ont  été  aussi  ceux  qui  ont  commis  le  moins  d’erreurs. 
Ainsi  le  guide  le  meilleur  est  certainement  Ackermann ,  qui 
s’en  est  tenu  principalement  aux  dires  d’Érotien  et  de  Ga¬ 
lien.  Grimm  a  également  de  la  sûreté  dans  ses  détermina¬ 
tions,  mais  il  s’est  arrêté  à  ce  qu’il  y  avait  de  plus  positif,-  et 
par  conséquent  de  plus  facile,  et  il  a  rejeté,  à  tort,  ainsi  que 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES.  197 

je  tâcherai  de  le  démontrer  plus  loin,  des  écrits  qui  doivent 
être  restitués  à  Hippocrate. 

Ceux  qui  ont  consulté  principalement  les  témoignages  des 
anciens  critiques  ont  mis  l’étude  sur  un  terrain  solide,  qu’il 
ne  s’agissait  plus  que  d’étendre,  en  rendant,  s’il  était  possi¬ 
ble,  les  recherches  plus  minutieuses.  C’est  ainsi  que  j’ai  été 
amené  à  réunir  tous  les  témoignages  antiques  de  Platon,  de 
Dioclès,  d’Aristote,  d’Hérophile,  de  Xénophon,  à  en  tirer 
tout  ce  qu’ils  renfermaient,  à  rappeler  l’existence  de  la  Col¬ 
lection  médicale  de  Ménon ,  et  à  constater,  autant  que  faire 
se  pouvait,  les  documents  bons  et  valables  sur  lesquels  les 
anciens  commentateurs  s’appuyaient.  De  cette  étude  est 
sortie  la  conjecture  qu’un  petit  nombre  d’écrits  d’Hippo¬ 
crate  seulement  avaient  vu  le  jour  et  avaient  circulé  de  son 
vivant,  et  que  le  gros  n’en  était  devenu  public  qu’après  la 
fondation  des  grandes  bibliothèques  ;  car  c’est  jusque-là 
que  remonte  la  longue  série  de  commentateurs  que  j’ai  dé¬ 
roulée.  H  a  fallu  alors  se  rendre  compté  de  cette  publication , 
et  rechercher  les  traces  de  la  manière  dont  la  Collection  hip¬ 
pocratique  avait  été  composée.  Les  chapitres  X  et  XT  sont 
consacrés  à  cet  examen. 

En  étudiant  les  recherches  de  M.  Link,  je  ne  tombai  pas 
d’accord  avec  lui  sur  les  bases  qu’il  avait  admises,  et  il  me 
resta  prouvé  que  toutes  les  théories  qu’il  croyait  être  ou  dues 
à  Aristote,  ou  postérieures  même  à  ce  philosophe,  remon¬ 
taient  beaucoup  plus  haut;  j’en  retrouvai  la  trace  du  temps 
d’Hippocrate  et  avant  lui,  et  il  me  devint  clair  que  ces  doc¬ 
trines  avaient  cours  à  l’époque  même  où  vivait  le  médecin 
de  Cos,  et  qu’il  fallait  reporter  plus  loin  dans  l’antiquité  le 
travail  d’idées  qui  les  avait  enfantées.  Étendant  alors  le 
plan  de  M.  Link,  et  suivant  l’exemple  qu’il  m’avait  donné, 
j’ai  essayé  de  me  faire  ùh  tableau  exact  du  système  même 


198  INTRODUCTION . 

d’Hippocrate,  c’est-à-dire  de  la  règle  d’après  laquelle  il  ju¬ 
geait  la  santé  et  la  maladie,  observait  les  malades  et  décri¬ 
vait  leur  histoire,  diagnostiquait  moins  l’affection  particulière 
que  ses  terminaisons  et  ses  crises,  d’après  laquelle  enfin  il 
appliquait  les  remèdes.  Le  chapitre  XHI  est  consacré  à  cette 
étude.  La  lecture  des  ouvrages  où  mes  devanciers  avaient 
adopté  des  points  de  vue  divergents,  m’avait  fait  sentir  la 
nécessité  de  combiner  tous  les  résultats  de  la  critique,  et  de 
les  accepter  comme  conditions  du  problème,  de  manière  que 
les  écrits  qui  échappaient  à  l’une  de  ces  conditions,  se  trou¬ 
vassent,  par  cela  seul,  rejetés  hors  du  catalogue  hippocra¬ 
tique  que  je  travaille  à  dresser.  Il  fallait  donc  que  le  système 
d’Hippocrate  se  montrât,  plus  ou  moins  à  découvert,  dans  les 
écrits  que  je  déclarais  hippocratiques  d'après  des  témoigna¬ 
ges  directs,  ou  d’après  des  conséquences  tirées  des  témoi¬ 
gnages.  Obligé  ainsi  de  contrôler  mes  premières  détermina¬ 
tions,  j'ai  reconnu  qu’elles  recevaient  une  clarté  nouvelle  de 
l’ensemble  même  de  la  doctrine,  ensemble  qui  m’a  aidé  à 
fortifier  quelques  points  faibles  où  la  critique  ne  peut  fournir 
de  documents  bien  certains. 

Les  considérations  sur  le  style  et  sur  les  pensées  ont  été 
invoquées  en  troisième  lieu.  La  méthode  même  suivie  par 
les  critiques  qui  ont  surtout  beaucoup  attribué  à  ce  mode  de 
détermination,  s’est  présentée  alors  à  mon  esprit  d’une  ma¬ 
nière  inverse.  Au  lieu  de  chercher  à  décider  par  l’étude  du 
style  quels  étaient  les  livres  d’Hippocrate ,  j’ai  cherché,  ayant 
déterminé  ces  livres  par  un  autre  moyen ,  à  reconnaître  les 
caractères  du  style  d’Hippocrate.  Il  fallait  qu’entre  ces  livres 
je  ne  trouvasse  aucune  disparate  choquante  dans  le  langage 
et  l’exposition  ;  car  une  telle  disparate  m’aurait  inspiré  des 
doutes  sur  la  valeur  des  arguments  antécédents  qui  m'a¬ 
vaient  décidé.  J’ai  donc  encore  ici  appliqué  là  règle  qui 


TRAVAUX  MODERNES  SUR  LES  ÉCRITS  HIPPOCRATIQUES.  199 

veut  que  pour  un  problème  de  critique,  comme  pour  un 
problème  de  physique,  toutes  les  conditions  soient  satisfaites. 

C’est  ainsi  qu’en  usant  de  tous  les  secours  que  m’avaient 
préparés  mes  devanciers,  qu’en  poursuivant  toutes' les  di¬ 
rections  qu’ils  avaient  suivies,  qu’en  examinant  comment  la 
critique  hippocratique  s’était  successivement  agrandie  entre 
leurs  mains  depuis  Lemos  jusqu’à  M.  Link ,  c’est  ainsi  qu’en 
prenant  leurs  résultats,  une  fois  triés  et  admis ,  comme  des 
conditions  auxquelles  la  solution  du  problème  devait  satis¬ 
faire,  j’ai  pu  rectifier  des  points  de  vue,  et  donner  une  plus 
solide  certitude  aux  déterminations.  J’ai  tenu  à  montrer  que, 
si  quelquefois  j’ai  releyé  leurs  erreurs ,  je  n’ai  pas  dédaigné 
leurs  travaux  :  car ,  je  dois  ie  dire,  le  profit  que  j’en  ai  tiré 
s’est  accru  à  mesure  que  j’ai  moi-même  approfondi  davan¬ 
tage  le  sujet  difficile  dont  ils  s’étaient  occupés  avant  moi. 


CHAPITRE  IX. 

DE  QUELQUES  POINT  a  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE. 


Les  deux  chapitres  précédents  ont  été  consacrés  à  l’exa¬ 
men  des  faits  et  des  principes  qui  ont  servi  de  règle  aux 
critiques  tant,  anciens  que  modernes.  J’ai  montré  les  res¬ 
sources  que  les  premiers  avaient  possédées  ;  et ,  dans  l’ab¬ 
sence  de  leurs  travaux  spéciaux.  J’ai  cherché  à  réunir 
quelques  motifs  qui  ont  été  donnés  de  leurs  jugements ,  et 
qui  sont  disséminés  çà  et  là ,  particulièrement  dans  les  ou¬ 
vrages  de  Galien.  L’ensemble  manque ,  fl  est  vrai  ;  néan¬ 
moins  il  en  résulte  certains  renseignements  Utiles,  soit  sur 
les  auteurs  auxquels  ils  attribuaient  une  collaboration  dans 
la  Collection  hippocratique,  soit  sur  les  remarques  par¬ 
ticulières  d’après  lesquelles  ils  essayaient  de  motiver  leurs 
décisions. 

Les  critiques  modernes  ont  ouvert  des  aperçus  nouveaux. 
J’ai  discuté  incidemment  avec  3YI.  Link  ce  qui,  dans  les  livres 
hippocratiques ,  a  rapport  aux  doctrines  physiologiques  ou 
philosophiques  ;  il  est  resté  positif  que  ces  doctrines  étaient 
plus  vieilles  qu’il  ne  l?avait  supposé 5  et,  de  cette  façon  en¬ 
core,  j’ai  pu  rattacher  les  systèmes  généraux  de  la  Collec¬ 
tion  aux  systèmes  qui  avaient  régné  antérieurement,  et  dont 
j’ai  présenté  une  esquisse  dans  le  chapitre  premier  de  cette 
Introduction .  L’espèce  de  chronologie  que  des  critiques  mo¬ 
dernes  ont  voulu  établir  entre  les  écrits  hippocratiques,  à 
l’aide  de  certaines  découvertes  anatomiques  dont  ils  croyaient 
la  date  fixée,  mérite  une  grande  attention.  Les  bases  en  ont 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  201 

été,  il  est  vrai,  posées  par  eux;  mais  elles  m’ont  paru  avoir 
besoin  et  de  rectification  et  d’extension  ;  et  je  me  suis  engagé 
dans  des  recherches  dont  j’expose  ici  au  lecteur  le  résultat. 

Les  hippocratiques  ont-ils  distingué  les  veines  des  artères  ? 
en  quel  point  du  corps  ont-ils  placé  le  commencement  des 
vaisseaux  sanguins?  ont-ils  connu  l’art  d’explorer  le  pouls 
ou  sphygmologie?  ont-ils  confondu,  sous  le  nom  commun  de 
chairs,  le  parenchyme  des  organes  et  les  musclés  eux-mêmes, 
et  n’ont-ils  jamais  employé  cette,  dernière  dénomination 
pour  désigner  les  organes  qui  servent  à.la  contraction?  ont- 
ils  connu  les  nerfs?  Enfin  doit-on  admettre  qu’ils  n’ont  ja¬ 
mais  examiné,  à  l’aide  de  la  dissection ,  des  parties  du  corps 
humain  ?JDe  ce&  questions  l’une ,  à  savoir  celle  qui  est  rela¬ 
tive  au  commencement  des  vaisseaux  sanguins,  n’a  jamais 
été  complètement  examinée,  elle  n’est  que  touchée  par 
M.  Dietz  dans  son  édition  du  traité  de  la  Maladie  sacrée 1  ; 
les  autres  ont  été  diversement  résolues;  toutes  importent  à 
la  consolidation  delà  critique  des  livres  hippocratiques. 

Les  auteurs  d’histoire  de  la  médecine  ont  généraîemént 
admis  que  la  distinction  des  artères  et  des  veines  avait  été 
faite  très  postérieurement  à  Hippocrate.  Rien  cependant 
n’est  moins  prouvé  que  cette  assertion.  La  discussion  de 
quelques  passages  de  Y  Histoire  de  la  médecine  de  M.  Hecker, 
va  montrer  que  l’anatomie  des  vaisseaux  sanguins  a  besoin, 
quant  à  la  série  de  découvertes  dont  elle  a  été  l’objet,  d’être 
examinée  de  plus  près,  et  surtout  à  l’aide  des  témoignages 
que  nous  fournit  l’antiquité.  Dioclés  de  Caryste ,  qui  vivait 
peu  de  temps  après  Hippocrate ,  avait  connu  le  livre  des  Ar¬ 
ticulations  :  M.  Hecker  en  conclut  que  ce  livre  *  qu’il  dit 
n’être  pas  d’Hippocrate,  avait  été  composé  très  peu  de  temps 

1  P.  155.  Lip.  1827. 


202  INTRODUCTION  • 

après  ce  médecin  *.  Que  ce  livre  soit  ou  ne  soit  pas  d’Hippo¬ 
crate,  c’est  une  question  que  je  laisse  de  côté  pour  le  mo¬ 
ment;  toujours  est-il  que  le  livre  des  Articulations ,  quel 
qu’en  soit  l’auteur,  est  antérieur  à  Dicclès  lui-même.  Cela 
posé,  voyons  les  conséquences  qui  en  découlent,  et  aux¬ 
quelles  M.  Hecker  ne  me  parait  pas  avoir  fait  assez  attention. 
Il  place  Praxagore  de  Cos  après  Dioclès ,  et  avec  raison  ; 
puis  il  attribue  à  Praxagore  d’avoir  découvert  la  distinction 
entre  les  veines  et  les  artères1  2.'  Il  y  a  contradiction  entre  cette 
assertion  et  l’assertion  incontestable ,  selon  M.  Hecker  et  se¬ 
lon  moi ,  que  le  livre  des  Articulations  est  antérieur  à  Dio¬ 
clès;  car  ce  livre  contient,  en  plusieurs  endroits,  la  distinc¬ 
tion  des  artères  et  des  veines.  «  J’expliquerai  ailleurs,  dit 
«  l’auteur  de  ce  traité ,  les  communications  des  veines  et  des 
«  artères  3 4 ;  »  et  ailleurs  :  .«  Les  ligaments ,  les  chairs,  les 
«  artères  et  les  veines  présentent  des  différences  pour  la 
«  promptitude  ou  la  lenteur  avec  laquelle  ces  parties  de- 
«  viennent  noires  et  meurent  *.  »  Ces  citations  montrent  la 
distinction  des  artères  et  des  veines  à  une  époque  antérieure 
à  Dioclès,  et,  à  plus  forte  raison,  à  Praxagore,  auquel  on 
ne  peut  laisser  l’honneur  de  cette  découverte  sans  faire  vio¬ 
lence  à  des  textes  précis.  Dans  tous  les  cas,  il  faut  opter  :  ou 
placer  la  composition  du  traité  des  Articulations  après  Praxa¬ 
gore  ,  ou  admettre  que  les  artères  ont  été  distinguées  des 
veines  avant  ce  médecin.  Mais,  comme,  en  matière  de  cri- 

1  Geschicbte  der  Heilkunde,  B.  i,  S.  217 

*  Geschichte  der  Heilkunde,  B.  i,  S.  219. 

3  At  es  cpXsêwv  xai  àpTTjpiwv  xotvcovtat  Iv  Ixepw  Xoyw  SeSvjXtoGov- 
rai.  P.  485,  Ed.  Froben. 

4  Atîvîyxot. ..  xat  iç  to  Gaccclv  xt  xat  fJpaSutepov  à7CO[i.£Xav9svTa 
àTîoôavsïv  Ta  veupa  xat  xàç  aapxa;  xat  xà<;  àpnrjpi'aç  xa\  tàç  ^Xé^aç. 

Page  497,  Ed.  Froben. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MÉDICALE.  203 

tique  littéraire,  rien  ne  prévaut  contre  un  témoignage  positif, 
je  ne  vois  pas  ce  qu’on  pourrait  opposer  à  ces  deux  faits  que 
j’ai  rapprochés,  la  connaissance  des  artères  et  des  veines 
consignées  dans  le  traité  des  Articulations ,  et  la  date  de  ce 
traité,  placé  sans  contestation  à  une  époque  antérieure  non 
seulement  à  Praxagore,  mais  à  Dioclès  lui-même. 

Je  pourrais  me  contenter  de  cet  argument,  et  regarder 
comme  décidée  par  l’affirmative  la  question  de  savoir  si  la 
distinction  des  veines  et  des  artères  a  été  connue  avant 
Praxagore.  Mais,  dans  une  matière  aussi  peu  connue  que 
l’histoire  médicale  de  cette  période  même  qui  a  précédé 
Praxagore,  je  crois  devoir  réunir  d’autres  faits  non  moins 
probants,  et  donner  quelques  explications  sur  les  confusions 
réelles  qui  ont  existé  dans  l’ancien  langage  anatomique. 

Aristote  parle  delà  distinction  des artèrés  et  des  veines, 
et  il  ne  remarque  pas' que  cette  distinction  soit  récente.  «  La 
«  peau,  dit-il 4 ,  est  composée  de  veines,  de  ligaments  (veopa) 
«  et  d’artères  :  de  veines ,  car  piquée,  elle  fournit  du  sang 5 
«  de  ligaments,  car  elle  possède  de  la  tension;  d’artères, 
«  car  elle  a  une  expiration.  »  Cette  constitution  de  la  peau 
suivant  Aristote  devint  pour  Érasistrate  la  constitution  de 
tous  les  organes.  D’après  le  médecin  alexandrin ,  les  prin¬ 
cipes  constitutifs  de  tout  le  corps  étaient  une  triple  combi¬ 
naison  des  nerfs,  des  veines  et  des  artères  2. 

'  Le  spiritu,  cap.  v.  Ce  traite'  est* regarde'  par  Sprengel  comme 
n  étant  pas  d’Aristote.  Le  sens  du  mot  vsïïpov  (ligament)  est  d’A¬ 
ristote,  et  non  de  l’e'poque  d’Érasistrate  et  d’He'rophile. 

2  Kat  Epasurrpaxoç  SI  àç  ap/àç  xat  c-ror/sta  SXov  ctojxa-roç  uiro- 
xtOîasvoç  'r^v  Tpi7CA0Xtav  xcov  ayys uov,  veïïpa,  xat  cpXsëaç,  xat  ap- 
T/jpiaç.  Galien,  t.  iv,  p  375,  Ed.  Basil.  Dans  Erasistrate,  qui  fit 
faire  de  grands  progrès  à  l’anatomie,  vsüpov  a  le  sens  précis  de  nerf. 
Galien  remarque  que  Erasistrate  oublie,  dans  son  idée  de  la  consti¬ 
tution  du  coips  vivant,  les  liquides  et  les  esprits. 


INTRODUCTION. 


204 

Tout  le  morceau  d’Aristote  est  curieux.  Ce  naturaliste  ne 
paraît  pas  avoir  d’idées  précises  sur  la  distinction  entre  les 
artères  et  les  ramifications  de  la  trachée-artère.  Selon  lui , 
les  artères  sont  pleines  d’air,  les  veines  de  sang*,  l’homme  a 
besoin  d’esprits ,  et  les  esprits  d’humeurs*,. les  artères  s’u¬ 
nissent  aux  veines,  et  cela  est  manifeste  aux  sens1.  Cette 
communication  visible  qui,  d’après  Aristote,  existe  entre  les 
artères  et  les  veines,  est  conforme  au  passage,  cité  plus  haut, 
du  traité  des  Articulations.  On  voit  qu’il  s’agit  là  de  commu¬ 
nications  mal  comprises  entre  les  gros  troncs  des  artères,  des 
veines  et  des  bronches.,  et  non  des  communications  que  les 
modernes  ont  reconnues  entre  les  extrémités  des  veines  et  des 
artères.  Le  passage  d’Aristote  sur  la  communauté  des  artères 
et  des  veines  est  très  important-,  car  il  explique  celui  du  livre 
sur  les  Articulations ,  où  on  aurait  pu  être  tenté  de  voir  une 
anatomie  beaucoup  plus  savante  qu’elle  ne  l’est  réellement. 
C’est  donc  encore  un  second  fait  qui  montre  que  l’on  ne 
peut  accorder  la'  découverte  dé  la  distinction  des  artères 
et  des  veines  à  Praxagore  ;  car  la  voilà  dans  les  écrits 
d’Aristote.  Ce  n’est  pas  tout  :  Aristote  ne  s’en  fait  pas  hon¬ 
neur  ;  il  la  rapporte  comme  un  fait  notoire;  de  sorte  qu’elle 
remonte  encore  au-delà  de  lui.  Ces  renseignements  sont, 
certains;  et  il  est  encore  possible  d’aller  beaucoup  plus 
loin. 

Diogène  d’ApoIlonie ,  qui  est  antérieur  à  Hippocrate,  pla¬ 
çait  l’intelligence  dans  la  cavité  artériaque  du  cœur ,  qui  est 
aussi  la  cavité  pneumatique  2.  Ce  philosophe,  qui  admettait 
que  la  force  gubernatrice ,  soit  dans  l’univers ,  scit^  dans 

1  Tàç  og  tpXgêaç  xai  tàç  àprrçpiaç  cuvaTrrsiv  etç  àXXV)Xaç  ,  xa\  tt 
aÎGÔvfcst  oavspov  slvai.  De  spir.,  cap.  v. 

2  Ev  Tvj  àprr(pLax^  XO'.Àia  ttJç  .xapctaç,  rt~iq  g<m  xaiTr/gup.a'ïixr'. 

Plut.,  De  Plac.  Phil.,  îv,  5, 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MÉDICALE.  205 

l’homme ,  est  l’air,  a  dû  avoir  une  raison  pour  supposer  que 
cette  force  résidait  dans  le  ventricule  gauche.  Or,  il  est  fa¬ 
cile  de  trouver  cette  raison  dans  l’état  des  opinions  anatomi¬ 
ques  et  physiologiques  de  ce  temps.  Diogène,  tenant,  comme 
beaucoup  de  ses  contemporains , 'les  artères  pour  pleines 
d’air,  mit ,  dans  le  ventricule,  le  siège  de  cet  air ,  source  du 
mouvement  et  de  l’intelligence.  Je  ne  doute  pas  que  les  mots 
ventricule  artériaque  (àp-n-ptaxv;  xoiXta)  ne  lui  appartiennent; 
car,  s’il  n’avait  pas  connu  les  artères,  s’il  ne  les  avait  pas 
supposées  pleines  d’air,  comment  aurait-il  été  amené  à  faire 
siéger  l’air  dans  un  ventricule  du  cœur?  et  comment  n’au¬ 
rait-il  pas  appelé  artériaque  le  ventricule  qui  recevait  l’aorte, 
puisque  les  bronches,  c’est-à-dire  les  .vaisseaux  de  Pair, 
s’appelaient  aussi  aortes ,  comme  je  le  dirai  tout  à  l’heure? 
Dans  un  autre  endroit,  Diogène  parle  de  Pair  qui  est  dans 
les  veines 1  ;  c’est  qii’en  effet ,  perpétuellement  veine  s’em¬ 
ployait  pour  artère  ;  et  dans  les  livres  hippocratiques,  on  va 
le  voir,  des  artères ,  suivant  cet  ancien  langage,  donnent 
naissance  à  des  veines,  et  des  veines,  naissance  à  des  ar¬ 
tères. 

Outre  ces  raisons ,  tirées  de  la  physiologie  de  Dio¬ 
gène,  le  contexte  de  la  citation  même  de  Plutarque  indi¬ 
querait  que  les  mots  cavité  pneumatique  sont  ajoutés  par  cet 
auteur  comme  une  explication  des  mots  cavité  artériaque. 
Cela  est  en  effet  :  Érasistrate,  dans  un  passage  conservé  par 
Galien,  désigne  le  ventricule  gauche  du  cœur  par  l’expres¬ 
sion  de  cavité  pneumatique  2  ;  ce  qui  prouve  què  Plutarque 
a  voulu  donner  réellement  une  synonymie. 

1  ’Eàv  Sè  a— av  to  aêpSSSeç  ix  twv  çAsêcov  lxXi7ni.  Plut,  de  Plac. 
Phil.,v, 

2  Iïpoç  xrtv  TrvsupiaTtxrjV  xapotaç  GuvTSTpTfrai  xoiXtav.  Erasist. 
in  Gai.,  t.  i,  p.  456  ,  Ed.  Basil. 


INTRODCCTIOX. 


206 

L’opinion,  que  les  hippocratiques  n’ont  pas  connu  les  ar¬ 
tères,  est  tellement  enracinée  dans  les  historiens  de  la  mé¬ 
decine,  que  j’accumule  sur  ce  point  les  textes  et  les  raison¬ 
nements.  Rien  n’est  plus  encourageant  pour  la  critique  que 
le  concours,  vers  une  sèule  et  même  conclusion,  de  plu¬ 
sieurs  faits  qui  viennent  de  points  trèsrdifférents.  Le  dernier 
de  ces  faits  est  le  témoignage  d’Euryphon ,  le  célèbre 
médecin  cnidien ,  l’auteur  des  Sentences  cnidiennes.  Coelius 
Aurélianus  a  consacré  un  chapitre  à  l’étude  de  l’hémorrha¬ 
gie.  Il  y  rapporte  les  opinions  des  médecins  sur  la  différence 
de  la  perte  de  sang.  Thémison  ne  reconnaissait  qu’une  seule 
espèce  d’hémorrhagie-,  toutes,  suivant  lui,  venaient  d’une 
plaie.  Asclépiade  les  divisait  en  hémorrhagies  par  éruption 
et  par  putréfaction.  Érasistrate  admettait  comme  différences 
l’éruption ,  la  putréfaction  et  l’anastomose.  Bacchius  y  ajou¬ 
tait  l’exsudation.  Dans  ce  chapitre,  Cœlius  Aurélianus  dit  : 
«  Des  médecins,  Hippocrate,  Euryphon,  ont  attribué  l’hé- 
«  morrhagie  à  une  éruption  de  sang  :  Hippocrate  par  les 
«  veines  seulement,  Euryphon  par  les  veines  et  les  artères*.  > 
Hippocrate  appelle  .en  effet  lés  hémorrhagies  éruptions  de 
sang  (  aqxocToç  tsç  )-r  et,  dans  tous  les  passages  où  il  en  in¬ 
dique  l’origine,  il  ne  parlé  que  des  veines,  par  exemple , 
pour  l’hémorrhagie  rénale,  pour  l’hémorrhagie  pulmonaire, 
pour  l’hémorrhagie  anale.  Le  témoignage  de  Cœlius  Aurér- 
lianus  prouve  qu’Euryphon  attribuait  l’hémorrhagie  aussi 
bien  aux  artères  qu’aux  veines.  Cela  montre  encore  qu’Eu¬ 
ryphon  croyait  les  artères  pleines  de  sang ,  et  que  les  hip¬ 
pocratiques  les  croyaient  pleines  d’air. 

1  Alii  verô  eruptiones,  ut  Hippocrates,  Eurypho;  sed  Hippo¬ 
crates,  solarum  venarum  ;  Eurypho  vero,  etiam  arteriarum.  Morb. 
chr- ,  lib.  n,  c.  10. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  207 

Ainsi  yoilà  quatre  faits  qui  se  corroborent  mutuellement , 
et  qui  prouvent  tous  que  la  distinction  des  artères  était  connue 
bien  long-temps  avant  Praxagore ,  car  elle  existe  dans  les 
livres  d’Aristote ,  dans  le  traité  des  Articulations  antérieur 
àDioclès,  dans  Diogène  d’Apollonie,  et  dans  Euryphon , 
antérieurs  à  Hippocrate. 

Le  fait  établi,  il  est  encore  quelques  conséquences  impor¬ 
tantes  à  en  tirer.  La  mention  des  artères  n’est  point  isolée 
dans  le  traité  des  Articulations ,  elle  se  trouve  encore  :  dans 
le  traité  des  Chairs  ou  des  Principes  ;  du  Cœur  ;  dans  la  pre¬ 
mière  partie  du  prétendu  traité  de  la  Nature  des  os  ;  dans  la 
dernière  partie  qui  était  intitulée,  dans  les  éditions  de  l’anti¬ 
quité,  des  Pleines ,  et  qui  faisait  un  appendice  du  livre  des 
Instruments  de  réduction  -,  dans  le  traité  de  Y  Aliment-,  dans 
le  Ie  livre  des  Épidémies  ;  dans  le  4e  livre;  enfin  dans  le  7e. 
Ainsi,  quoiqu’on  en  dise,  cet  emploi  était  fréquent.  Il  faut 
maintenant  rapporter  les  principaux  passages  : 

«  De  la  veine  cave  èt  de  Y  artère ,  dit  l’auteur  du  traité  des 
•  «  Chairs,  sortent  d’autres  veines  qui  se  répandent  dans  tout 
«  le  corps  4.  »  Ainsi  voilà  des  veines  qui  naissent  de  l’artère. 
C’est  de  cette  façon  qu’ Aristote  donne  constamment  le  nom 
de  veine  à  l’aorte  ;  et  l’auteur  du  traité  des  Chairs  dit  de 
même;  «Deux  veines. creuses  sortent  du  cœur,  appelées 
«  l’une  artère ,  l’autre  veine  cave  2.  »  Ce  qu’ Aristote  nomme 
aorte  est  ici  appelé  artère. 

Dans  le  fragment  sur  les  reines,  qui  termine  le  prétendu 
traité  dè  la  Nature  des  os,  on  lit  :•  «  La  veine  principale  qui 

1  ’Àtto  t5Îç  cpXeêoç  xai  â-rb-zr^  aprvjpr/jç  aXXat  f’Xsësç  èayi- 

cuivai  e?ç\  xatà  irav  *co  <7<otaa.  Page  40^  Ed.  Frob. 

*  Auo  yap  sWi  xoîXai  okiëaç  «sbra  tS;ç  xap 8'irfi,  t9î  [xsv  ouvoaa  àp- 
r/ipîr, ,  TTj  os  xo(Xv]  Çkty.  Ibid. 


INTRODUCTION. 


208 

«  longe  l’épine  se  rend  au  cœur;  il  en  naît  une  veine  très 
«  grande  qui  a  plusieurs  embouchures  au  cœur  ,  et  qui 
«  delà  forme  un  tuyau  jusqu'à  là  bouche ,  elle  est  nom - 
«  mée  artère  dans  le  poumon  4.  »  On  voit  la  comment  les  an¬ 
ciens  ont  confondu  la  trachée-artère  avec  les  artères,  com¬ 
ment  ils  ont  étendu  le  nom  de  l’une  aux  autres;  on  y  voit 
encore  comment  l’auteur  du  traité  des  Articulations  entend 
qu’il  y  a  des  communications  entre  les  artères  et  les  veines. 
Tout  cela  se  trouve  non  seulement  dans  les  hippocratiques , 
mais  encore-darîs  Aristote.  Ce  dernier  dit  :  «  Les  dissections 
<c  et  le  livre  de  Y  Histoire  des  animaux  enseignent  de  quelle 
«  manière  le  cœur  a  des  ouvertures  dans  le  poumon 2.  »  Et 
dans  ce  même  livre  de  Y  Histoire  des  animaux  :  <c  La  trachée- 
«  artère  est  attachée  à  la  grande, veine  et  au  vaisseau  appelé 
<c  aorte...  Le  cœur  aussi  est  attaché  à  la  trachée-artère  par 
«  des  liens  adipeux  et  cartilagineux.  Ce  qui  sert  d’attache  au 
«  cœur  est  creux.  La  trachée-artère  ayant  été  gonflée  d’air... 
«  on  voit,  dans  les  grands  animaux,  que  l’air  pénètre  dans 
«  le  cœur  s.  »  Les  opinions  anciennes  se  montrent  clairement 
dans  tous  ces  passages. 

Je  passe  sous  silence  la  mention  des  artères,  laquelle  se 

1  H  8’  àp£cct7]  çXs<J/  yj  vejxopivT)  rapt  ttjv  àxavôav .  suTrgcpu- 

xev  h  Tr,v  xapSirjV  àç’  çXsêa  eâfASyÉôe a,  ttoXugtojxov  xaxà 

ty;v  xapotTjV  •  Ivre Ü0sv  8k  iç  to  croaa  Icupfyywxev,  .^icsp  dprrjptr,  otà 
tou  TO/eupiovo;  ovopt.  ingrat.  Page  6l,  Ed.  Frob. 

2  Ov  §s  Tpo7rov  ■?,  xapSta  rJjv  cuvTpr(fftv  ïyzi  — poç  tov  Trvsutxova 
êsï  ôewpgîv  ex  ts  t5v  dvarspLvopievojv,  xat  lx  tcov  tcroptwv  twv  irepl 
Ta  Çwa  Y£YpafAjjL£V(ov.  De  Respir.,  c.  xvi. 

3  Euvrjpnfjratoà  apTï]pia)  xat  t^  peyaXri  cpXgêt  xat  ttj  dop-nj  xa- 

Xoujxevyj . truv^prr/rat  os.  xat  fj  xapSta  t^  dprrjpta  TCipteXcoSsat  xat 

^ovopwoeci  Ssapto-.ç-  ■})  oscDv^pT/)Tat,xotÀov  Igti.  ^Htatoptivr^  os  -n;; 

dpmptaç . ,  iv  toïç  {xeiÇoct  twv  Çcotov  ov^Xov  8xi  slaépytvai  to 

Tn/eû^a  etç  auTvjv  (  xapot'av).  De  Hist.  Anim.,  i,  16. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  §09 

trouve  dans  la  première  portion  du  prétendu  traité  de  la  Na¬ 
ture  des  os,  dans  le  livre  de  Y  Aliment,  dans  le  livre  du  Cœur, 
et  dans  le  4e  livre  des  Épidémies  ;  je  m’arrête  seulement  sur 
celle  du  7e  livre;  l’auteur,  en  parlant  du  battement  qui  se 
faisait  remarquer  aux  tempes ,  dit  dans  un  endroit  :  «  Les 
<c  artères  des  tempes  battaient  davantage  ;  »  et  dans  un  au¬ 
tre  :  «  Les  veines  des  tempes  battaient1.  »  Ici  veines  et  ar¬ 
tères  sont  prises  indifféremment  l’une  pour  l’autre ,  et  évi¬ 
demment  sans  que  l’usage  du  mot  veine  exclue  la  connais¬ 
sance  des  artères. 

Aristote  nous  apprend  que  quelques-uns  nommaient  aorte 
le  grand  vaisseau  que  les  modernes  appellent  encore  de  ce 
nom.  D’un  autre  côté ,  l’auteur  du  livre  hippocratique  des 
Lieux  dans  l’homme  appelle  les  bronches  aortes  (aoprat)  ;  de 
sorte  que  nous  avons  encore  là  une  preuve  des  rapports  que 
les  anciens  admettaient  entre  les  artères  et  les  ramifications 
de  la  trachée.  Les  bronches  sont  appelées  tantôt  artères, 
tantôt  aortes;  il  y  avait,  dans  le  langage  anatomique,  de  la 
confusion  entre  les  bronches  et  les  artères  comme  entre  les 
artères  et  les  veines. 

Suivant  Empédocle ,  l’inspiration  et  l’expiration  se  produi¬ 
sent  parce  qu’il  y  a  des  vaisseaux  qui  sont  vides  de  sang,  et 
qui  s’étendent,  d’une  part,  jusqu’aux  ouvertures  des  na¬ 
rines,  de  l’autre,  jusqu’aux  dernières  parties  du  corps2. 
C’est  Aristote  qui  nous  a  conservé  ce  passage;  mais,  en  l’a- 

1  At  Ss  (  àprr.piai)  Iv  xpo-raçotci  xat  fxaXXov  Ittt'Sojv.  P.  556  , 
Ed.  Frob.  —  Ai  Iv  xporaçoict  oXs'ëeç  Itt^Swv.  P.  564. 

*  Ilasi  Xtcpatpioi. 

2apxwv  cvptYyeç  iruaarov  xcrrà  Gtdjxa  TcTavtat 
Kat  ETrtGTOUi'oiç  toxvoïç  Texpr^xai  aXoçt 
'Pivôîv  ÎT£ ava  xspOpa  oiatr^cpsç. 

Empcdocles  in  Arist.  De  Resp.,  c.  vu. 

14 


TOM.  I. 


INTRODUCTION. 


210 

nalysant,  il  dit  que,  dans  le  système  d’Empédocle,  la  respira¬ 
tion  se  fait  par  des  veines  qui  contiennent  du  sang ,  mais  qui 
.  n’en  sont  pas  remplies!.  Il  y  a  dans  cette  analyse  deux  in¬ 
exactitudes  :  la  première,  c’est  qu’Empédocle  se  sert,  non  du 
mot  veines ,  mais  d’un  mot  plus  général,  canaux;  au  reste, 
l’emploi  que  fait  Aristote  du  mot  veine  pour  rendre  le  mot 
<ru  ptYs  d’Empédocle,  confirme  mon  opinion  sur  l’emploi  du  mo  t 
veine ,  c?Xs^,  dans  les  anciens  livres  grecs  *,  la  seconde  inexacti¬ 
tude  porte  sur  la  demi-plénitude  des  canaux.  Empédocle  dit 
positivement  qu’ils  sont  vides  de  sang  ;  ce  liquide  n’y  pé¬ 
nètre  ,  dans  son  système ,  qu’au  moment  de  l’expiration ,  et 
pour  chasser  l’air.  Cette  citation  d’Empédocle  montre,  à  une 
époque  bien  reculée,  la  doctrine  physiologique  qui  supposait 
que  l’air  était  conduit  par  des  canaux  vides  de  sang  dans 
toutes  les  parties  du  corps.  Ces  canaux  ont  été ,  dès  les  pre¬ 
miers  temps,  appelés  artères. 

L’appellation  des  artères  et  des  veines  sous  un  nom  com¬ 
mun  n’appartient  pas  aux  seuls  hippocratiques.  Nous  avons 
vu  qu’elle  était  familière  à  Aristote,  à  tel  point  que,  si 
on  lisait  seulement  le  chapitre  de  V Histoire  des  animaux 
et  celui  des  Far  tics  des  animaux ,  dans  lesquels  ce  natura¬ 
liste  traite  des  veines,  il  serait  aussi  impossible,  pour  lui  que 
pour  certains  hippocratiques ,  de  supposer  qu’il  a  connu  les 
artères.  Son  disciple  Théophraste  qui ,  comme  lui ,  savait 
très  bien  distinguer  les  artères  des  veines,  fait  arriver  l’air 
dans  les  veines ,  se  servant  indifféremment  de  ce  mot  pour 
signifier  lesvaisseauxquicontiennentl’air2.  Bien  plus,  Praxa- 

1  TivEo-Cat  Tr,v  avaTTVorjv  xad  ixTcvof,v  '  Stà  vb  çXsêaç  etvatnvaç, 
sv  aîç  I<x ri  otiv  alpa c,  ou  aivTot  TtX^peiç  stotv  afjjtaT oç.  De  Re.spir., 
c.  VII. 

»  cï*7ro  "ou  ■x'jzvu.ol-os  at  cpXsêsç  Iu.cs uawjASvat.  PliOt.  Bibl.,  p.  864, 

Ed.  fiocschel. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  2ll 

gore,  qui  dit  que  les  cotylédons  de  la  matrice  sont  les  bouches 
des  veines  et  des  artères  .qui  s’y  rendent 1 ,  Praxagore  donne 
à  i’aôrte  le  nom  de  veine  épaisse  2 3 4.  II  en  est  de  même  du  livre 
hippocratique  du  Cœur  :  les  artères  y  sont  dénommées  et 
cependant  l’aorte  est  appelée  veine  épaisse  5  ;  tant  il  est  vrai 
que  c’était  une  pure  affaire  de  langage,  qui  était  déterminée 
sans  doute,  par  un  certain  état  des  opinions  physiologiques, 
mais  qui  n’empêchait  pas  qu’on  ne  sût  qu’il  y  avait  des  ar¬ 
tères  et  des  veines.  C’est  exactement ,  pour  en  revenir  aux 
hippocratiques,  comme  dans  le  traité  des  Fractures  et  des 
Articulations;  quoique  ces  deux  traités  soient  évidemment 
la  continuation  l’un  de  l’autre,  dans  le  premier  il  n’est 
question  que  de  veines;  dans  le  second  veines  et  artères 
sont  nommées.  Les  uretères  même  sont  parfois  appelés  vei¬ 
nes:  il  est  dit  dans  le  commencement  du  prétendu  traité  de 
la  Nature  des  os*:  «Du  rein  sortent  les  veines  qui  se  ren¬ 
dent  à  la  vessie.» 

Galien  dit  en  différents  endroits  que  les  anciens  compre¬ 
naient,  sous  le  nom  commun  deveines,  les veines etlesartères. 
Les  interprètes  se  sont  trompés  sur  le  sens  de  ces  passages  de 
Galien.  Ils  ont  pensé  que  le  médecin  de  Pergame  avait  voulu 
dire  que  les  anciens,  ne  faisant  aucune  distinction  entre  les 
artères  et  les  veines,  n’avaient  qu’un  nom  pour  ces  deux 
ordres  de  vaisseaux.  Or,  tous  les  passages  que  j’ai  réunis 

1  Kai  6  npaZayôpaç  iv  -rS  ?rpamj)  twv  <I>u<rixo)v  *  xoruXajSovg*;  ok 
stsi  -rà  crotjurca  tSv  çXsêwv  xai  twv  apT^pitov  twv  sîç  ttjv  pfcpav 
cpepoyffwv.  Gai.,  t.  v,  p.  $95. 

a  «PXs^  TOr/sïa.  Ruf.  Eph.  De  part.  Corp.  hum.,  p.  4$ ,  Ed. 
Paris. 

3  ïlor/cir,  <pXs^.  P.  55,  Ed.  Frob. 

4  a09sv  ix 7rssDxaffiv  sç  suteou  ai  oXsësç,  ai  sç  xucrtv.  P .  o9  , 
Ed.  Frob. 


INTRODUCTION. 


212 

montrent  que  les  anciens  se  servaient  du  mot  veine  ,  à  peu 
près  comme  nous  nous  servons  du  .mot  vaisseau ,  pour  dé¬ 
signer  à  la  fois  les  veines  et  les  artères ,  et  qu’ils  se  servaient 
indifféremment  du  mot  artère  pour  désigner  à  la  fois  les  ar¬ 
tères  proprement  dites  et  les  ramifications  de  la  trachée. 

Dans  ce  système,  les  artères  constituaient  plutôt  un  ap¬ 
pendice  des  voies  aériennes  qu’une  portion  du  système  cir¬ 
culatoire.  Poursuivons  jusqu’au  bout  l’examen  decette  vieille 
doctrine  physiologique  :  il  est  remarquable  que  l’auteur  du 
1er  livre  des  Maladies ,  en  parlant  des  parties  dont  la.  bles¬ 
sure  est  mortelle ,  désigne  une  veine  qui  donne  du  sang 1 . 
C’est  distinguer  les  veines  qui  ont  du  sang,  de  celles  qui  n’en 
ont  pas.  L’auteur  du  livre  des  Articulations ,  qui  a  mentionné 
expressément  les  artères,  parle  de  la  mortification  des  veines 
sanguines  2 ,  les  séparant  ainsi  de  celles  qui  ne  donnent  pas 
de  sang.  Les  veines  sanguines  sont  certainement  opposées 
aux  veines  pleines  d’air. 

Voici  un  exemple  où  le  nom  de  veines  est  donné,  comme 
dans  Théophraste,  à  un  vaisseau  qui  contient  de  l’air-  c’est 
dans  le  traité  de  la  Maladie  sacrée.  «Dans  les  veines,  dit 
«  l’auteur,  nous  introduisons  la  plus  grande  partie  de  l’air,  ce 
«  sont  les  voies  d’aspiration  de  notre  corps  5  .elles  attirent 
«  l’air  dans  leur  intérieur ,  et  le  distribuent  partout  s.  »  Et. 
ailleurs  :  «  L’air  va  en  partie  au  poumon,  en  partie  aux  vei- 
«  nés,  qui  le  répandent  dans  le  reste  du  corps  »  Ainsi  ce 

<pXsêa  atfxop^oov.  P.  219,  Ed.  Frob. 
a  d>Àeéwv  atixop^oïscüv  -jrsXtwatsç.  P.  502,  Ed.  Frob. 

3  Karà  rauraç  os  tocç  çXsêaç  xat  Icayoasôa  ro  irouXu  tou  7rvsuaatoç. 
aurai  yàp  ruuswv  elctv  àvaîcvoal  tou  ocopiaTOç,  rov  r,£pa  iç  aoaç 
sXxouoat,  xai  èç  ro  cwtxa  ro  Xoitcov  ô^sTsuouffai.  P.  124,  Ed.  Basil. 

^  To  Trvsuu.a....  Epysrai....  ro  £s  lui  rov  7rvsuuov<fc ,  ro  os  Itci  ràç 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  213 

sont  ici  les  veines  qui  contiennent  l’air ,  et  qui  le  reçoivent 
des  poumons.  Les  veines  sont  évidemment  mises  pour  les 
artères;  et  cet  exemple  achève  de  prouver  pourquoi  les  an¬ 
ciens  disent  quelquefois  veines  pleines  de  sang  ,•  c’était  pour 
les  distinguer  des  veines  pleines  <Tair. 

L’idée  que  les  veines  sont  pleines  de  sang  et  les  artères 
pleines  d’air  se  trouve  implicitement  exprimée  par  ces 
distinctions  entre  les  veines  pleines  d’air  et  les  veines  pleines 
de  sang.  Mais  elle  y  est  aussi  en  termes  formels;  on  lit  dans 
le  livre  de  Y  Aliment  :  «  L’enracinement  des  veines  est  au 
«  foie,  celui  des  artères  est  au  cœur;  de  là  se  répandent 
«  dans  tout  le  corps  le  sang  et  l’air i.  » 

On  apprend  par  une  expression  d’Érasistrale  que  les  ra¬ 
mifications  de  la  trachée  s’appelaient,  dans  ce  système ,  les 
premières  artères  ,•  car  ce  médecin ,  qui  a  soutenu  que  les  ar¬ 
tères  sont  pleines  d’air,  a  dit  que  cet  air  provient  de  celui  qui 
nous  entoure,  qu’il  entre  d’abord  dans  les  premières  artères 
du  poumon ,  et  que  de  là  il  passe  dans  le  cœur  et  dans  les  au¬ 
tres2.  Ces  paroles  d’Érasistrate  servent  de  complément  , 
d’explication,  de  preuve,  à  tout  ce  que  j’ai  dit  plus  haut. 
Dans  cette  ancienne  physiologie ,  ce  que  nous  appelons  ar¬ 
tères  étaient  les  secondes  artères,  celles  qui  recevaient,  de 
.seconde  main,  l’air  fourni  par  les  premières  artères,  par  les 
ramifications  de  la  trachée. 

cpXsëaç  •  Ix  toutÉiov  (rxiovarai  êç  zk  Xoarà  ptipsa  xazà.  zaç  $Xs- 
faç.  P.  125. 

1  ’Ex  toutswv  œjroTcXava'cat  slç  irdvTa  alaa  xat  irvsü[x.a.  P.  111, 

Ed.  Frob. 

2  rfvcTat  xa-rà  tov  ’EpastarpaTov  èx.  tou  rcsptsr/ovzoç  f.aaç  aepoç 
sfo(û  tou  ucoaaTOç  ,  siç  j/iv  tocç  xata  xvsuaova  xpwTaç  ap-r/^ptac; , 
IraiT*  o’  eîç  tt)v  xapStav  xa\  zccç  aXXaç.  Gai.,  t.  i ,  p.  ^22  ,  Ed. 
Basil. 


INTRODUCTION. 


214 

Ainsi  de  cette  discussion  résulte  que  la  distinction  des  ar¬ 
tères  et  des  veines  a  été  connue  dès  avant  Hippocrate  5  qu'on 
les  désignait  communément  sous  le  nom  commun  de  veines*, 
que  les  artères  ont  été  généralement  considérées  comme 
appartenant  plutôt  aux  voies  aériennes  qu’aux  voies  du  sang; 
que  l’opinion  des  hippocratiques  était  que  de  l’air  était  con¬ 
tenu  dans  les  artères,  que  cependant  Euryphon  croyait 
qu’elles  donnaient  du  sang ,  et  que  c’était  peut-être  là  un 
des  points  sur  lesquels  l’école  de  Cnide  différait  de  celle  de 
Cos.  H  en  résulte  encore  qu’on  n’est  nullement  autorisé  à 
enlever  à  Hippocrate  un  des  livres  de  la  Collection ,  par  cela 
seul  que  ce  livre' contient  là  mention  des  veines  et  des  ar¬ 
tères. 

Galien  dit  •  «  La  respiration  sert-elle  à  fortifier  l’âme, 
«  comme  le  pense  Praxagore,  eu  à  rafraîchir  la  chaleur  in- 
«  née ,  comme  le  veulent  Philistion  et  Dioclès ,  ou  à  alimen- 
«  ter  et  animer  cette  même  chaleur ,  comme  le  dit  Hippo- 
<<■  crate1?  )>  C’est  là  le  dernier  terme  de  cette  doctrine  sur 
les  communautés  de  la  trachée,  du  cœur,  des  artères  et  des 
veines.  Les  uns  pensaient  que  l’air  allait  rafraîchir,  les  au¬ 
tres,  qu’il  allait  entretenir  la  chaleur  innée. 

Des  opinions  pareilles  peuvent  surprendre  quand  on 
ne  se  reporte  pas  à  l’époque  où  elles  ont  été  conçues. 
Pourtant  elles  méritent  plus  d’être  comprises  qu’on  ne  le 
croirait  d’abord;  elles  ne  sont  point  fondées  en  fait,  il  est 
vrai ,  et  ne  dérivent  point  d’une  observation  rigoureuse  des 
phénomènes ,  mais  elles  ont  leur  origine  dans  une  sorte 
d’intuition  qui  manque  rarement  de  profondeur  ;  et ,  à  cet 
égard ,  il  y  a  une  grande  distinction  à  faire  entre  ces  idées 
en  tant  qu’elles  sont  primitives,  ou  qu’elles  sont  reçues  de 

1  T.  iii,  p.  155,  Ed .  Basil. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CH  UON'OLOGIE  MEDICALE.  2 15 

seconde  main.  Primitives,  elles  ont  l’intérêt  d’indiquer  la 
première  impression  que  fit  sur  l’esprit  humain  une  certaine 
observation  de  la  nature.  Secondaires,  cet  intérêt  est  perdu, 
et  il  n’y  reste  plus  ordinairement  que  ce  qu’elles  contenaient 
d’erroné.  Ainsi,  que  les  anciens  philosophes  et  médecins  de 
la  Grèce,  sanspresqu’aucune  physiologie,  conçoivent  d’une 
certaine  façon  l’usage  de  l’air  dans  la  respiration ,  c’est  un 
point  de  vue  qu’il  faut  chercher  à  comprendre.  Mais  qu’É- 
rasistrate,  savant  anatomiste,  défende  leur  opinion,  et  em¬ 
ploie,  pour  la  soutenir,  une  science  qui  du  moins  leur  man¬ 
quait,  on  ne  peut  plus  y  voir  qu’une  erreur  sans  portée  et 
sans  instruction.  L’idée  primitive  des  philosophes  et  méde¬ 
cins  grecs  se  réduit  à  ceci  :  L’air  est  nécessaire  à  la  vie,  et 
l’animal  le  respire  sans  cesse;  cet  air,  pour  que  la  vie  se 
maintienne,  doit  être  incessamment  porté  dans  toutes  les 
parties  du  corps  par  les  vaisseaux.  Les  anciens  se  sont  trom¬ 
pés  sur  le  mécanisme  de  ce  transport;  mais  se  sont-ils  beau¬ 
coup  trompés  sur  le  fond  même  de  la  question?  n’est-il  pas 
vrai  qu’avec  le  sang,  un  élément  de  l’air,  sinon  l’air  tout 
entier ,  est  sans  cesse  distribué  à  toutes  les  portions  de  l’or¬ 
ganisme?  et  n’a-t-il  pas  pour  objet  d’alimenter  la  chaleur 
innée ,  comme  le  voulait  Hippocrate? 

Il  est  un  autre  point  de  l’histoire  médicale  qui  peut  servir 
à  la  critique  des  écrits  hippocratiques  :  c’est  l’opinion  que 
les  anciens  se  sont  faite  de  l’origine  des  vaisseaux  sanguins. 
Cette  question  a  beaucoup  occupé  l’antiquité;  elle  avait ,  en 
effet ,  une  grande  importance  dans  l’ancienne  physiologie. 
La  circulation  n’était  pas  découverte;  quelques  esprits  seu¬ 
lement  la  pressentaient;  et,  de  toute  part,  les  natura¬ 
listes  s’efforçaient  de  désigner  le  lieu  précis  d’où  les  veines 
devaient  provenir.  Galien  avait  placé  l’origine  des  veines 
dans  le  foie,  des  artères  dans  le  cœur ,  et  celle  opinion  pré- 


INTRODUCTION. 


216 

valut  long-temps  après  lui  ;  mais  elle  fut  un  choix  que  fit  le 
médecin  de  Pergame  entre  plusieurs  hypothèses  qui  avaient 
été  proposées;  le  foie,  le  cœur,  les  méninges,  la  tête,  le 
ventre,  une  grosse  veine,  avaient  été,  à  différentes  reprises 
et  par  différents  auteurs,  considérés  comme  le  point  de  dé¬ 
part  des  vaisseaux  sanguins;  et  même  une  idée  bien  plus 
profonde  et  bien  plus  juste  avait  été ,  dès  une  antiquité 
très  reculée,  consignée  dans  quelques-uns  des  écrits  hip¬ 
pocratiques  ,  à  savoir  que  les  vaisseaux  sanguins  forment 
un  cercle,  et  n’ont  point  de  commencement;  mais  cette 
grande  et  belle  idée  avait  été  repoussée  dans  l’ombre,  à  la 
fois  par  les  hypothèses  diverses  qui  supposaient  un  com¬ 
mencement  aux  veines  (je  me  sers  du  langage  ancien),  et 
par  les  travaux  anatomiques  plus  exacts  qui  avaient  mieux 
montré  le  tracé  des  vaisseaux  sanguins. 

Dionysius  d’Ægée ,  dans  son  livre  intitulé  les  Filets  (  A.- 
xTuaxa),  où,  en  cent  chapitres,  il  exposait  le  pour  et  le  contre 
des  doctrines  médicales,  donne  un  résumé  des  opinions  sur 
l’origine  des  vaisseaux  sanguins.  Ce  résumé,  dont  je  me" 
sers  d’autant  plus  volontiers  qu’il  provient  d’un  écrivain  an¬ 
cien,  mettra  le  lecteur  au  courant  de  cette  discussion.  Yoici 
le  titre  des  chapitres  qui  sont  relatifs  à  ces  questions,  seule 
chose  que  nous  ayons  conservée  de  son  ouvrage.  «  Le  cœur 
«  est  le  commencement  des  veines.  —  Le  cœur  n’est  pas  le 
«  commencement  des  veines.  —  Le  foie  est  le  commence- 
<c  ment  des  veines.— Le  foie  n’est  pas  le  commencement  des 
«  veines. — Le  ventre  est  le  commencement  des  veines.  —  Le 
«  ventre  n’est  pas  le  commencement  des  veines.  —  La  mé- 
«  ninge  est  le  commencement  de  tous  les  vaisseaux.  —  La 
«  méninge  n’est  pas  le  commencement  de  tous  les  vaisseaux. 
«  Le  poumon  est  le  commencement  des  artères.  —  Le  pou- 
«  mon  n’est  pas  le  commencement  des  artères.  —  L’artère 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  217 

«  qui  longe  le  rachis  est  le  commencement  des  artères.  — 
«  L’artère  qui  longe  le  rachis  n’est  pas  le  commencement 
«  des  artères. —Le  cœur  est  le  commencement  des  artères. 
«  —  Le  cœur  n’est  pas  le  commencement  des  artères  4.  » 

Ce  que  Dionysius  rapporte  embrasse  toutes  les  opinions 
anciennes  sur  cette  question  que  les  physiologistes  s’étaient 
posée.  Mais  je  dois  me  borner  aux  seuls  écrits  de  la  Collec¬ 
tion  hippocratique*,  et,  dans  cette  Collection,  les  hypothèses 
smToriginè  des  vaisseaux  sanguins  sont  moins  nombreuses. 
Elles  se  réduisent  à  quatre  :  Le  cerveau  est  l’origine  des 
veines  (Polvbe,  dans  le  traité  de  la  Nature  de  V homme):  la 
grosse  veine  qui  longe  la  colonne  vertébrale  est  l’origine  des 
veines  (l’auteur  du  2e  livre  des  Épidémies)  ,*  le  cœur  est  l’o¬ 
rigine  des  vaisseaux  sanguins  (  l’auteur  du  livre  des  Prin¬ 
cipes  ou  des  Chairs ,  l’auteur  de  l’opuscule  sur  le  Cœur)  ,*  le 
fôie  est  l’origine  des  veines,  le  cœur,  des  artères  (l’auteur 
du  livre  de  YÆmetit).  On  voit ,  par  le  rapprochement  des 
opinions  contenues  dans  les  livres  hippocratiques,  comme 
par  îe  résumé  de  Dionysius  d’Ægée ,  ce  qu’il  faut  entendre 
par  le  problème  de  l’origine  des  vaisseaux  sanguins,  tel  que 
se  le  sont  posé  les  anciens  physiologistes.  Ce  ne  sont  pas 
d’extravagantes  erreurs  d’anatomie;  mais  c’est  une  hypo¬ 
thèse  que  faisaient  les  médecins ,  ignorant  la  circulation  et 
voulant  concevoir  la  source  du  sang. 

La  Collection  hippocratique  offre  donc  quatre  opinions  très 
distinctes  sur  l’origine  des  vaisseaux  sanguins.  Ces  opinions 
représentent-elles  des  époques  différentes  de  la  physiologie, 
et  est-il  possible  d’en  reconnaître  la  chronologie?  c’est  ce 
qu’il  importe  d’examiner. 

Ce  point  d’histoire  médicale  a  été  discuté  avec  un  soin 


1  Phot.  13ibl.?  p  .  219,  Ed.  Hoeschel. 


218  INTRODCCTIOX. 

tout  particulier  par  un  homme  dont  les  vastes  connaissances 
en  toute  chose  et  la  date  reculée  rendent  le  jugement,  pour 
ainsi  dire,  sans  appel  en  pareille  matière  :  je  veux  parler 
d’Aristote.  Sa  science  et  son  érudition  le  mettent  à  l’abri  d’une 
erreur  ;  son  époque,  si  rapprochée  de  celle  d’Hippocrate,  éli¬ 
mine,  d’un  seul  coup,  une  masse  immense  de  travaux ,  de 
livres  et  d’opinions ,  et  ne  laisse  aucune  place  à  une  confu¬ 
sion  entre  ce  qui  est  antérieur  et  ce  qui  est  postérieur.  Je 
résumerai  la  discussion  d’Aristote  ;  car,  outre  l’intérêt  qu’elle 
a  pour  la  distinction  des  livres  hippocratiques,  il  est  curieux 
de  voir  comment  le  philosophe  de  Stagire  traitait  un  point 
de  critique  et  une  question  de  priorité. 

Aristote  est  d’opinion  que  les  vaisseaux  sanguins  ont  une 
origine ,  et  que  le  cœur  est  cette  origine  même.  Yoici  ses 
principales  raisons  :  Le  sang  étant  liquide,  il  faut  un  vaisseau 
pour  le  contenir,  et  à  cela  la  nature  a  pourvu  par  la  fabrica¬ 
tion  des  veines  ;  ces  veines,  à  leur  tour,  doivent  avoir  une 
seule  origine;  car,  là  où  une  origine  est  nécessaire,  une 
seule  vaut  mieux  que  plusieurs.  Or ,  c’est  le  cœur  qui  est  le 
point  de  départ  des  veines  ;  car  on  voit  qu’elles  en  naissent, 
et  non  qu’elles  le  traversent 1.  De  plus ,  la  texture  du  cœur 
est  veineuse,  ce  qui  est  nécessité  par  sa  similarité  avec  les 
veines.  Cet  organe  occupe  une  position  d’origine  et  de  com¬ 
mencement;  car  il  est  situé  au  milieu ,  et  plus  en  haut  qu’en 
bas,  en  avant  qu’en  arrière  ;  car  la  nature,  à  moins  d’em¬ 
pêchement  ,  place  la  partie  la  plus  noble  dans  la  position  la 

1  'baîvovTai  yàp  ex  rauTrçç  ousai ,  xat  ou  ôià  Taur/jç.  De  part. 
Anim.,  1.  m,  c.  4.  Dans  P  édition  de  Durai  le  traducteur  a  mis  : 
Es.  hoc  cnim  renæ  et  per  hoc  esse  videntur.  Ce  qui  est  un  contre¬ 
sens.  Ne  comprenant  pas  la  question  anatomique  ici  débattue,  le 
traducteur  a  effacé  la  négation. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  219 

plus  noble.  Le  milieu  est  le  point  le  plus  convenable;  car  il 
est  unique  ,  et  il  se  trouve  à  égale  distance  du  reste.  Ceux 
qui  placent  l’origine  des  veines  dans  la  tête  se  trompent  : 
d’abord  ils  supposent  des  origines  multiples  et  séparées  ;  puis 
ils  les  mettent  dans  un  lieu  froid.  Tous  les  autres  organes 
sont  traversés  par  des  veines;  seul,  le  cœur  n’est  traversé 
par  aucune.  Il  est  plein  de  sang  comme  les  veines  elles- 
mêmes^  et  c’est  encore  le  seul  viscère  du  corps  où  ce  liquide 
se  trouve  sans  veines;  ailleurs,  le  sang  est  toujours  contenu 
dans  les  veines.  Le  cœur  est  creux  pour  recevoir  le  sang , 
dense  pour  conserver  le  principe  de  la  chaleur.  Du  cœur  ce 
liquide  s’écoule  dans  les  veines;  mais  il  ne  vient  de  nulle 
autre  part  dans  le  cœur  même  ;  car  ce  viscère  est  le  principe, 
la  source,  lé  premier  réceptacle  du  sang.  Cela  est  risible  par 
l’anatomie;  mais  cela  l’est  aussi  par  l’étude  de  l’embryon, 
car ,  de  tous  les  organes ,  c’est  le  premier  où  l’on  aperçoit  du 
sang1. 

Les  raisons  que  donne  Aristote  pour  soutenir  son  opinion 
sont,  les  unes  anatomiques,  les  autres  physiologiques,  et 
les  autres  métaphysiques.  Pour  lui,  c’est  donc  une  doc¬ 
trine  arrêtée  :  le  sang  et  les  veines  doivent  avoir  et  ont  une 
source,  une  origine;  et  cette  source,  cette  origine  est  dans 
le  cœur. 

Toici  maintenant  comment  il  établit  ses  droits  à  la  priorité 
de  cette  doctrine  anatomico-physiologique.  Après  avoir  ex¬ 
posé  les  difficultés  qui  empêchent  de  discerner  l’origine  des 
veines,  origine  qu’on  ne  peut  voir  que  sur. les  animaux 
morts,  ou  très  imparfaitement  sur  l’homme,  il  rapporte  des 
passages  de  Syennésis  de  Chypre,  de  Diogène  d’Apollonie  et 
de  Polybe.  Puis  il  ajoute  :  «  Ce  que  les  autres  écrivains  ont 

*  De  part.  anim.  Lib.  ni,  c.  4,  passira. 


INTRODUCTIOÏÎ. 


220 

«  dit  ressemble  beaucoup  aux  passages  qui  ont  été  cités.  Il 
«  est  en  outre  d’autres  auteurs  qui  ont  écrit  sur  la  nature,  et 
«  qui  n’ont  pas  décrit  les  veines  aussi  exactement.  Mais  tous 
«  en  ont  mis  l’origine  dans  la  tête  et  dans  le  cerveau  4. 
C’est  donc  de  la  manière  la  plus  positive,  c’est-à-dire  en 
citant  les  auteurs  qui ,  avant  lui ,  avaient  écrit  sur  ce  sujet , 
qu’ Aristote  établit  ce  que  les  autres  ont  pensé  et  ce  qu’il 
pense  lui-même,  sur  le  point  d’anatomie  en  question. 

Il  résulte  clairement  de  ce  qui  précède ,  qu’Àristote  a  mis 
l’origine  des  vaisseaux  sanguins  dans  le  cœur ,  qu’il  a  re¬ 
gardé  cette  opinion  comme  importante,  et  qu’il  a  voulu 
constater  qu’elle  lui  appartenait.  Je  relèverai  seulement  une 
inexactitude  :  il  dit  que  tous  les  physiologistes,  avant  lui, 
placent  dans  la  tête  le  commencement  des  vaisseaux;  or, 
dans  le  passage  de  Diogène  d’ApolIonie,  que  lui-même  rap¬ 
porte,  le  commencement  des  vaisseaux  est  placé,  moins  dans 
la  tête ,  que  dans  les  grosses  veines  qui  longent  le  rachis. 
Cela  n’empêche  pas  que  ce  point  d’histoire  anatomique  ainsi 
décidé  par  Aristote  ne  fournisse  un  terme  de  comparaison  très 
instructif  pour  plusieurs  des  écrits  hippocratiques.  H  devient 
évident  que,  là-dessus,  les  différences  d’opinions  que  l’on  re¬ 
marque  dans  la  Collection  hippocratique  indiquent  des  diffé¬ 
rences  de  temps  et  d’auteur  :  tous  les  livres  où  l’origine  des 
vaisseaux  sanguins  est  placée  dans  le  cœur ,  appartiennent 
à  une  époque  postérieure  à  l’enseignement  d’Aristote. 

Ca  règle  de  critique  que  j’établis  ici  est  positive,  car  elle 
se  fonde  sur  le  témoignage  d’Aristote.  Au  reste,  comme  rien 
ne  doit  être  négligé  dans  de  pareilles  recherches ,  je  ferai 
remarquer  qu’en  réalité  la  Collection  hippocratique  porte  à 
son  tour  témoignage  en  faveur  d’Aristote.  Les  écrits  qui  sont 

De  Hist,  anim.  Lib.  ni,  c.  2  et  5. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  2*21 

réellement  d’Hippocrate  ne  contiennent  rien  qui  y  soit  con¬ 
traire,  et  l’Impuissance,  qui  suit  la  section  de  la  veine  der¬ 
rière  les  oreilles,  est,  dans  le  traité  de  Y  Air,  des  Eaux  et  des 
Lieux ,  un  indice  de  cette  anatomie.  Polybe,  gendre  d’Hip¬ 
pocrate  ,  dont  le  morceau  cité  par  Aristote  se  retrouve  tex¬ 
tuellement  dans  le  traité  de  la  Nature  de  V homme,  ne  décrit 
pas  autrement  les  veines  -,  dans  le  2e  livre  des  Épidémies,  la 
description  se  rapproche  de  celle  de  Diogène  d’Apollonie. 
Ainsi,  tout  ce  qui  est  notoirement  le  plus  ancien  dans  la 
Collection  hippocratique,  confirme  le  dire  d’Aristote.  II  faut 
donc  voir  un  caractère  de  modernité  relative  dans  le  petit 
nombre  d’écrits  qui  portent  la  trace  d’opinions  qu’Aristote  a 
expressément  revendiquées  comme  siennes. 

Érasistrate  avait  embrassé  l’opinion  d’Aristote,  car  il  avait 
dit  dans  le  1er  livre  de  son  traité  sur  les  Fièvres  que  le  cœur 
est  l’origine  à  la  fois  des  artères  et  des  veines 4.  Et  ailleurs  : 
«  La  veine  naît  là  où  les  artères,  s’étant  distribuées  à  tout  le 
«  corps,  ont  leur  commencement,  et  elle  s’abouche  dans  le 
«  ventricule  sanguin. du  cœur;  l’artère ,  de  son  côté ,  naît  là 
«  où  les  veines  commencent,  et  elle  s’abouche  dans  le  ven- 
«  tricule  pneumatique  du  cœur  2.  »  Ainsi ,  Érasistrate  était 
bien  près  anatomiquement,  bien  loin  physiologiquement,  de 
la  découvérte  de  la  circulation  du  sang  ;  car  si ,  d’une  part , 

1  ’Epafficrpaxou  xa6’  sv  BiêXtov  xo  Trpwxov  ïïspl  TrupsxSSv  écua 
uiv  ap^Tjv  aTrcxpTjvapLsvou  xai  dpxijptGv  xai  çXsêwv  elvat  zry  xapoiav . 
Gai.,  t.  i,  p.  504,  Ed.  Basil. 

*  ’Epaciffxpaxoç  OTjSiv  •  ^  jjlsv  olty  Ixxsçuxev,  o6$v  rap  etç  SXov 
xo  oS| xa  âtavEuousvai  xr,v  apyr,v  lyouciv  àpxrjptat*  cuvxsxpv;xat  oè 
sic,  rry  xou  aitxaxoç  xoiXtav.  'H  $’  dpXTjpia  toxXiv,  oôsv  at  çXsësç  ap- 
yo vxai  irsouxuta,  îrpoç  xtjv  7vjzou.ccz1x.ry  xr,ç  xapoiaç  oryvxsxp7]xai 
xoiXiav.  Gai. ,  1. 1,  p.  456;  Ed.  Basil. 


222  INTRODUCTION . 

il  admettait  que  les  veines  naissent  là  où  les  artères  com¬ 
mencent  ,  de  l’autre ,  il  croyait  les  artères  pleines  d’air. 

Hérophile,  le  célèbre  contemporain  d’Érasistrate ,  dé¬ 
clarait  ne  pas  savoir  où  était  l’origine  des  veines1.  Il  fau¬ 
drait  avoir  sous  les  yeux  le  texte  même  d’Hérophile  pour 
reconnaître  s’il  prétendait  simplement  s’abstenir  de  toute 
opinion  sur  l’origine  des  vaisseaux,  ou  s’il  admettait,  comme 
il  est  dit  dans  quelques  livres  hippocratiques ,  que  les  vais¬ 
seaux,  étant  constitués  eirculairement,  n’ont  réellement 
pas  de  commencement.  En  effet,  Fauteur  de  l’opuscule,  des 
Veines ,  réuni  dans  nos  éditions  au  prétendu  traité  de  la  Na¬ 
ture  des  os,  et  jadis  réuni  au  livre  des  Instruments  de  réduc¬ 
tion  ,  dit  ;  «  Les  veines  se  développent  d’une  seule  ;  mais 
«  où  commence  et  où  finit  cette  veine  unique?  je  ne  le  sais  ; 
«  un  cercle  étant  accompli,  le  commencement  n’en  peut  être 
«  trouvé  2.  »  L’auteur  du  traité  des  Lieux  dans  l’homme  dit , 
de  son  côté  :  «  Selon  moi,  il  n’y  a  aucun  commencement 
«  dans  le  corps  5  tout  est  également  commencement  et  fin  ; 
«  car,  un  cercle  étant  décrit,  le  commencement  n’en  peut 
«  être  trouvé  3.  »  De  telles  idées,  dans  l’ignorance  où  l’on 
était  des  conditions  anatomiques  et  physiologiques  delà  cir¬ 
culation  ,  sont  certainement  d’une  haute  portée.  C’est  la  dé¬ 
couverte  deHarvev,  pressentiede  la  manière  la  plus  formelle. 

1  Etr’  dropsîv  u—sp  àp-^ç  (  tcüv  cpXsëwv  )  eç^trsv  <oç  ^HpoaiXoç- 
Gai.,  t.  r ,  p.  502 ,  Ed.  Basil. 

*  Â.~o  [xi^ç  -oXXoù  SiaêXa<7xdvouc7at  •  xoc't  aurr,  piv  ■?)  pua  89îv 
•rçpTai  xai  TSTeXeuTTjXEv,  oux  ot 5a  *  xuxXou  yàp  yeyEVïjpsvou  àçrp \ 

où-£  sôpsOrj.  P.  61 ,  Ed.  Frob. 

3  Epoi  uev  ooxseï  ap^  piv  oüvoùSspta  stvai  xoü  ffwaaToç'  «XXà 
■xavra  op.ow*)ç  ap^yj ,  xai  xavra  teXsut^  *  xwxXou  yàp  ypaçsvTOç  dp yrt 
où'l  sôpsfoj.  P.  65,  Ed.  Frob. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  223 

Il  n’est  pas  un  développement,  le  plus  avancé  de  la  médecine 
contemporaine,  qui  ne  se  trouve  en  embryon  dans  la  méde¬ 
cine  antérieure. Les  connaissances  antiques  et  les  nôtres  sont 
identiques  au  fond,  en  tant  que  composées  des  mêmes  élé¬ 
ments  ;  ce  qui  n’était,  qu’un  bourgeon  est  devenu  un  robuste 
rameau  ;  ce  qui  était  caché  sous  l’écorce  s’est  développé  à  la 
lumière  du  jour.  En  science,  comme  en  tout  autre  chose, 
rien  n’est  qui  n’ait  été  en  germe. 

Tout  prouve  que  les  idées  de  cercle  et  de  circulation  n’ont 
été  ni  comprises  ni  poursuivies  par  les  anciens  physiologistes. 
Ils  se  sont  obstinés  à  vouloir  trouver  une  origine  aux  vais¬ 
seaux.  Plus  mêmel’anatomie  est  devenue  exacte  et  areconnu 
le  trajet  des  veines  et  des  artères  et  leur  rapport  avec  le 
cœur,  plus  ils  se  sont  confirmés  dans  l’opinion  que  les  vais¬ 
seaux  devaient  avoir  un  commencement.  Il  arrive ,  on  le 
voit,  que.le  progrès  même  de  la  science  et  les  découvertes 
réelles  ont  pour  effet  de  détruire  des  idées  scientifiques  d’une 
grande  valeur.  La  pensée  delà  circulation  est  dans  les  livres 
hippocratiques  5  on  l’y  laisse  pour  poursuivre  une  théorie  qui 
détourne  évidemment  les  esprits  de  la  recherche  de  la  véri¬ 
table  condition  des  vaisseaux,  du  cœur  et  du  sang.  D’exem¬ 
ples  semblables,  qui  ne  sont  pas  rares,  proviennent  ces 
plaintes,  souvent  répétées,  que  la  science  rétrograde  quand 
des  faits  de  détail  nouvellement  aperçus  brisent  d’anciennes 
conceptions  qui  ont  de  la  grandeur ,  et  font  perdre  de  vue 
des  doctrines  qui,  nées  d’une  sorte  d’intuition,  et  vraies 
dans  le  fond ,  manquent  de  toute  démonstration.  Aristote , 
qui  avait  beaucoup  disséqué,  fut  conduit  à  faire  partir  du 
cœur  les  veines ,  mais  en  même  temps  il  abandonna  l’idée 
primitive  de  la  constitution  circulaire  du  corps  animal.  L’a¬ 
natomie  moderne  n’admet  pas,  comme  Aristote,  que  le  cœur 
soit  l’origine  des  vaisseaux  sanguins,  mais  elle  admet, 


224  INTBODCCTÏON. 

comme  les  hippocratiques,  que  le  corps  organisé  est  un 
cercle  sans  commencement,  ni  fin. 

Quoique  cette  dissertation  soit  déjà  longue,  je  ne  yeux 
pas  cependant  la  terminer  sans  essayer  de  pénétrer  le  sens 
de  l’opinion  d’Aristote,  et  de  lui  rendre  pleine  justice.  Ana¬ 
tomiquement  il  a  tort-,  mais  plaçons-nous  avec  lui  au  point 
le  plus  élevé  de  sa  biologie  :  suivant  lui ,  le  cœur  est  le  siège 
du  principe  de  vie,  de  la  sensibilité,  de  l’essence  de  l’animal  ; 
car  l’animal  est  caractérisé  par  la  sensibilité,  dit  Aristote. 
Faut-il  donc  s’étonner  qu’il  y  ait  mis  la  source  du  sang  et 
l’origine  des  vaisseaux?  Son  idée  n’a-t-elle  pas  été  de  ratta¬ 
cher  à  un.  viscère  où  il  faisait  résider  le  moteur  suprême  de 
l’organisation ,  le  fluide  et  les  canaux  qui  portent  partout  la 
vivification?  et  ne  faut-il  pas,  pour  bien  comprendre  son 
idée,  la  comparer  à  celle  que  la  physiologie  moderne  se  fait 
du  principe  de  vie,  qui,  réveillé,  de  son  sommeil  dans  l’o¬ 
vule,  par  la  fécondation,  édifie  peu  à  peu  tout  l’édifice  de 
son  corps? 

Cela  encore  me  ramène  à  ceux  des  hippocratiques  qui 
plaçaient  l’origine  des  vaisseaux  dans  la  tête.  Ils  admet¬ 
taient  que  toute  la  sensation ,  toute  l’intelligence,  toute  l’hu¬ 
manité,  en  un  mot,  est  dans  le  cerveau.  De  là  le  motif 
qu’ils  ont  eu ,  dans  leur  ignorance  de  la  circulation ,  d’a¬ 
dopter  la  tête  comme  le  point  de  départ  des  vaisseaux 
et  la  source  du  fluide  vivificateur.  C’est,  au  fond,  la  même 
pensée  qu’Aristote,  à  savoir  que  le  sang  et  ses  canaux  doi¬ 
vent  être  mis  sous  la  dépendance  du  principe  même  de  la 
vie5  et  Ü  faut  l’expliquer  de  même.  Seulement  je  me  trouve 
de  nouveau  amené  à  ce  résultat,  que  je  ne  cherchais  pas 
mais  que  je  rencontre  encore,  à  savoir  que  les  intuitions  sont' 
en  general,  d’autant  plus  justes  qu’elles  sont  plus  anciennes. 
L  origine  des  vaisseaux,  si  elle  n’est  pas  dans  le  cœur,  est 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MÉDICALE.  225 

encore  moins  dans  le  cerveau;  mais,  s’il  s’agit  du  moteur 
primordial  de  la  vie,  il  est  bien  plus  attaché  au  système 
nerveux,  comme  l’ont  pensé  les  hippocratiques,  qu’au 
système  sanguin ,  comme  l’a  pensé  Aristote. 

La  sphygmologie,  ou  l’art  de  tirer  du  pouls  des  indications 
sur  le  diagnostic,  sur  le  pronostic  et  le  traitement  delà  mala¬ 
die  ,  n’est  point  une  découverte  qui  remonte  jusqu’aux  pre¬ 
miers  temps  de  la  médecine.  Il  faut  donc  en  examiner  le 
détail  pour  savoir  si  la  chronologie  -  des  écrits  hippocratiques 
en  peut  recevoir  quelque  lumière. 

Les  critiques  anciens  ont  généralement  pensé  qu’à  l’épo¬ 
que  d’Hippocrate  la  sphygmologie  était  ignorée.  Palladius 1 
dit  qu’alors  la  théorie  du  pouls  était  inconnue,  et  que  les 
médecins  s’assuraient  de  la  fièvre  en  apposant  les  mains  sur 
la  poitrine  du  malade.  «Au  temps  d’Hippocrate,  dit  encore 
«  Étienne  2 ,  l’observation  du  pouls  n’était  pas  l’objet  d’une 
«  connaissance  exacte;  ce  n’était  pas  à  l’aide  de  ce  .signe 
«  qu’on  reconnaissait  les  fièvres ,  mais  on  appliquait  la  main 
«  sur  les  différentes  parties  du  corps,  et  en  particulier  sur  la 
«  poitrine ,  où  est  logé  le  coeur ,  siège  spécial  de  la  fièvre.  » 

Ce  que  dit  Galien  diffère  peu  de  ce  que  je  viens  de  citer  de 
Palladius  et  d’Étienne.  Dans  un  endroit  on  lit 3 4  :  «  Hip- 
«  pocrate  n’a  pas  traité  du  pouls,  SGit  qu’il  ne  le  connût 
«  pas,  soit  qu’il  n’en  crût  pas  la  mention  importante.  »  Et  ail¬ 
leurs  *  :  «  Hippocrate  a  donné  tous  les  signes  des  crises ,  ex- 
«  cepté  le  pouls.  »  Et  ailleurs  5  :  «  Si  Hippocrate  avait  expli- 

1  Schol.  in  Hipp.,  t.  n,  p.  52,  Ed.  Dietz. 

2  Schol.  iû  Hipp.,  t.  i,  p.  255,  Ed.  Dietz. 

3  Tonie  ni,  p.  422,  Ed.  Basil. 

4  Tom.  ni,  p.  422,  Ed.  Basil. 

5  Tome  v,  p.  401,  Ed.  Basil. 

TOM.  i. 


15 


INTRODUCTION.  ’ 


226 

«  qué  l’état  du  pouls  (il  s’agit  des  malades  du  3e  livre  des 
«  Épidémies  ) ,  nous  saurions  mieux  les  accidents  qu’ils  ont 
«  éprouvés.  »  Et  ailleurs  /1  :  «  Dans  le  Pronostic ,  Hippocrate 
«  a  exposé  tous  les  signes,  excepté  ceux  qui  sont  tirés  du 
«  pouls.  » 

Dans  d’autres  passages ,  Galien  modifie  son  opinion ,  mais 
non  d’une  manière  essentielle.  «  Les  anciens,  dit-il,  ne  don- 
(c  naient  pas  le  nom  de  pouls  (orçuYjwç)  à  tous  les  mouvements 
«  des  artères,  mais  ils  ne  nommaient  ainsi  que  les  mouve- 
«  ments  violents ,  sensibles  au  malade  lui-même.  Hippocrate 
«  le  premier  a  dit  que  le  pouls  >  quel  qu’il  fût,  ap- 

«  partenait  à  toutes  les  artères  2.  »  Et  ailleurs  5  :  «  Le  pre- 
«  mier  de  tous  ceux  que  nous  connaissons,  Hippocrate,  a 
«  écrit  le  nom  du  pouls,  et  il  ne  paraît  pas  avoir  ignoré; l’art 
«  de  s’en  servir;  mais  il  n’a  pas  généralement  cultivé  cette 
'c  partie  de  l’art.  » 

Ainsi  l’opinion  de  Galien  est  que ,  si  Hippocrate  a  eu  la 
notion  du  trouble  qu’éprouve  le  pouls  dans  les  maladies ,  il 
n’en  a  eu  qu’une  connaissance  bornée,  et  n’en  a  fait  presque 
aucun  usage. 

Consultons  maintenant  la  Collection  hippocratique ,  et 
voyons  si  les  détails  qu’elle  fournit  coïncideront  avec  ces 
dires  des  anciens  critiques.  Les  passages  qui  se  rappor¬ 
tent  aux  pulsations  des  vaisseaux  y  sont  peu  nombreux. 
En  voici  les  plus  importants  :  «  Les  veines  présentent  des 
battements  autour  de  l’ombilic  ;  dans  les  fièvres  les  plus  ai¬ 
guës,  les  pulsations  sont  les  plus  fréquentes  et  les  plus  for¬ 
tes  Chez  Zoïle,  le  charpentier,  les  pulsations  furent  trem- 

1  Tome  v,  p.  164,  Ed.  Basil. 

*  Tome  xvi,  p.  503,  Ed.  Kuhn. 

3  Tome  m,  p.  8,  Ed.  Basil. 

4  Epid.,  4,  p.  550,  Ed.  Froben. 


de  quelques  points  de  chronologie  médicale.  227 
blantes  et  obscures 1 11.— Si  les  veines  des  mains  battent ,  si 
le  visage  est  plein  et  les  hypochondres  tendus ,  la  maladie 
dure  long-temps  2. — Chez  Pythodore ,  les  pulsations  ne  ces¬ 
sèrent  pas  de  se  faire  sentir  3.  —  Les  veines  des  tempes  bat¬ 
taient  4. — Les  artères  des  tempes  battaient 5.  —  Le  vin  pur, 
bu  en  plus  grande  quantité  que  d’habitude,  produit  le  batte¬ 
ment  des  veines  (tcxXuo'v)  ,  la  pesanteur  de  tête  et  la  soif  6.  — 
Pulsations  qui  viennent  frapper  la  main  avec  faiblesse  7.  — 
Il  faut  brûler  les  veines  derrière  les  oreilles  jusqu’à  ce  qu’elles 
cessent  de  battre  8.  —  Les  veines  se  soulèvent.et  battent  dans 
la  tête9.  —  Les  veines  se  tendent  et  battent 10.— Les  tempes 
sont  le  siège  de  pulsations  “.—Deux  veines,  qui  battent  tou¬ 
jours,  traversent  les  tempes  *2. — Dans  les  fièvres,  les  batte¬ 
ments  de  la  veine  située  au  col  et  la  douleur  en  ce  point  se 
terminent  par  la  dysenterie  “.—Les  fébricitants  qui  ont  de  la 
rougeur  au  visage,  une  forte  douleur  de  tête,  et  un  battement 
dans  les  veines,  sont  pris  le  plus  souvent  d’hémorrhagie  u.  » 

Toutes  ces  citations  montrent  que  les  hippocratiques  ont  su 

1  Epid.,  4,  p.  550,  Ed.  Froben. 

2  Epid.,  %  p.  518. 

3  Epid.,  7,  p.  552. 

4  Epid.,  7,  p.  564. 

5  Epid.,  7,  p.  356. 

6  De  Diæt.  in  acut.,  p.  572. 

7  DeMorb.  mtil.,2,  p.  268. 

8  De  Morb. .  2,  p.  142. 

9  DeMorb., 2, p.  145. 

10  De  Morb.  5,  p.  158. 

11  De  Morb.,  5,  p.  159. 

12  De  Loc.  in  bom.,  p.64. 

13  Præn.  coac.,  p.  427. 

*4  Præn.  coac.,  p.  427. 


INTRODUCTION. 


228 

quelesveines,  comme  ils  disaient  ordinairement,  battaient,  et 
qu’ils  ontexaminé  quelquefois  ces  pulsations;  mais  elles  mon¬ 
trent  en  même  temps  que  ces  observations  étaient  dans  l’en¬ 
fance  ;  et  il  n’v  a  rien  là  qui  offre  l’indice  d’une  sphyg- 
mologie  quelque  peu  étudiée.  Galien  a  parfaitement  re¬ 
présenté  cet  état  des  connaissances  médicales  en  disant 
qu’Hippocrate  ne  paraît  pas  avoir  ignoré  l’art  de  se  servir  du 
pouls ,  mais  qu’il  ne  l’a  pas  cultivé. 

Un  seul  passage,  que  je  vais  citer,  doit  sans  doute  faire 
exception.  H  est  dit  dans  le  2e  livre  des  Prorrhétiques  :  «  On 
«  se  trompe  moins  en  tâtant  le  ventre  et  les  veines  qu’en  ne 
«  les  tâtant  pas  *.  »  Il  est  difficile  de  ne  pas  voir ,  dans  cet  at¬ 
touchement  des  veines,  une  indication  de  l’habitude  de  con¬ 
sulter  le  pouls  dans  les  maladies,  et  par  conséquent  de  la 
sphygmologie.  Et,  chose  remarquable,  cet  argument,  qui 
signale ,  dans  un  traité  de  la  Collection ,  un  fait  étudié  après 
le  temps  d’Hippocrate,  tombe  sur  un  livre  que  tous  les 
critiques  de  l’antiquité  se  sont  accordés  unanimement  à  re¬ 
garder  comme  n’étant  pas  du  célèbre  médecin  de  Cos.  Le 
2e  livre  des  Prorrhétiques  est  déclaré  étranger  à  Hippocrate 
par  Galien ,  par  Érotien ,  et,  disent-ils,  par  tous  les  autres  : 
ils  ne  nous  ont  pas  donné  les  motifs  de  ce  jugement  ;  il  n’en 
est  que  plus  intéressant  de  trouver ,  par  une  voie  indépen¬ 
dante  ,  des  motifs  qui  confirment  leur  arrêt. 

Quelques  mots  me  suffiront  maintenant  pour  achever 
cette  question  de  la  sphygmologie.  Hérophile  avait  écrit  un 
livre  sur  le  Pouls  2  ,•  et  il  contribua  beaucoup  à  développer 

T  *E7tstTa  TTjct  jrspci  ^auffavxa  t5;ç  yasxpoç  te  xat  xwv  <pXeêco> 
'facov  sgtiv  s^araTÔctTÔat  vj  jxrj  ^aucavxa.  P.  414,  Ed.  Frob. 

’Ev  apx,?  '"K  HeplcçoypwSv  TtûaypLaTSiaç.  Gai.,  t.  in,  p.  50, 

Ed.  Basil. 


DE  QCELQOES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  229 

cette  étude.  Ce  fut  lui  qui,  donnant  un  sens  fixe  au  mot  acpuy- 
;jl  oç,  et  appliquant,  sans  équivoque,  ce  nom  aux  battements  qui 
se  font  sentir  dans  les  artères  durant  tout  le  cours  de  la  vie1, 
mit  un  terme  à  la  confusion  dans  les  termes  et  dans  les  cho¬ 
ses.  Praxagore,  son  maître,  à  qui  on  attribue  l’invention  de 
la  sphygmologie,  avait  pensé  que  la  pulsation  (ffcpuyprfç),  la 
palpitation  (rafyîo'ç),  le  spasme  et  le  tremblement  étaient  des 
affections  des  artères ,  et  ne  différaient  que  çar  la  force  2 3  ; 
doctrine  erronée  qu’Hérophile  combattit  au  début  de  son 
livre  sur  le  Pouls  5  ;  ainsi  il  s’était  occupé  de  la  recherche  du 
pouls,  mais  en  y  mêlant  des  choses  hétérogènes.  Praxagore 
avait-il  été  précédé  dans  cette  étude?  Voici  ce  que  dit  Ga¬ 
lien  :  <(  Ægimius  d’Élée  a  écrit  un  livre  sur  les  palpitations 
«  (ïlepi  xaXjjwôv),  où  il  traite  du  pouls.  Ce  livre  est-il  d’Ægi- 
«  mius?  Ægimius  est-il  le  premier  qui  ait  écrit  sur  le  pouls? 
«  Ce  sont  des  questions  dont  je  laisse  la  discussion  à  ceux  qui 
«  veulent  s’étendre  sur  de  pareilles  recherches4.  »  Ainsi,  dans 
l’antiquité,  des  critiques  donnaient  à  Ægimius  la  priorité 
touchant  la  composition  d’un  livre  sur  le  pouls,  que  ce  mé¬ 
decin  appelait  palpitation ,  comme  Hippocrate  dans  le  traité 
du  Régime  des  maladies  aiguës  ;  mais  la  chose  était  douteuse. 
En  résumé,  ce  n’est  guère  au-delà  de  Praxagore  qu’on 
peut  faire  remonter  le  premier  traité  de  sphygmologie.  Ce¬ 
pendant,  nous  l’avons  vu,  Hippocrate  avait  remarqué  le 
pouls  avant  Praxagore,  et  il  n’est  pas  le  seul.  Aristote  l’a 
connu  :  «  Toutes  les  veines ,  dit-il ,  battent  ensemble,  parce 

1  d>cavsrat  yip  ô  avr,p  oôtoç  &ra<jav  àpT7]piwv  xmjfftv ,  ôpwpsv 
èl  àpyrjç  lioç  TgXoyç  u-rràp^ouffav ,  ovoaâÇwv  ccpyyaoy.  Gai., 

t.  ni,  p.  44,  Ed.  Basil. 

2  Gai.,  t.  m,  p.  564,  Ed.  Basil. 

3  Gai.,  t.  m,  p.  45,  EJ.  Basil. 

4  Tome  m,  p.  50,  Ed.  Basil. 


230 


INTRODUCTION. 


«  qu’elles  ont  leur  origine  dans  le  cœur1.  «  Et  ailleurs  :  «  Le 
«  pouls  n’a  aucun  rapport  avec  la  respiration-,  qu’elle  soit 
«  fréquente,  égale ,  forte  ou  douce,  il  n’en  reste  pas  moins 
«  le  même.  Mais  il  devient  irrégulier  et  tendu  dans  certaines 
«  affections  corporelles ,  et  dans  les  craintes,  les  espérances 
«  et  les  angoisses  2 3.  » 

Démocrite  a  connu  aussi  le  pouls ,  et  il  l’appelait  palpita¬ 
tion  des  veines  5.. 

Ainsi  en-dehors  d’Hippocrate  et  jusqu’à  une  époque  même 
plus  ancienne  que  lui,  nous  trouvons  la  mention  du  pouls , 
mais  non  la  théorie  de  la  sphygmologie. 

Quelques  critiques  modernes  ont  encore  prétendu  que  le 
mot  muscle  (4uüç)  était  d’un  emploi  postérieur  à  Hippocrate, 
qu’anciennement  on  se  servait  du  mot  chair ,  et  que  ce  sont 
les  anatomistes  alexandrins  qui ,  les  premiers,  ont  distingué 
des  chairs  les  muscles.  Si  cette  règle  de  critique  était  admise, 
elle  reporterait  à  une  date  bien  postérieure  un  grand  nom¬ 
bre  d’écrits  de  la  Collection  hippocratique.  En  effet ,  le  mot 
muscle  se  trouve  :  dans  le  4e  livre  des  Épidémies ,  page  333, 
Ed.  Frob.  -,  dans  le  traité  de  Y  Art,  page  3  ;  dans  le  traité  du 
Cœur ,  page  55  -,  dans  l’opuscule  des  reines,  page  61  ,  62  -, 
dans  le  traité  du  Régime ,  livre  ii,  page  94,  pour  signifier 
la  chair  musculaire  des  animaux  que  l’on  mange;  dans  le 
traité  de  Y  Aliment,  pages  110  et  111;  dans  le  1er  livre  des 
Maladies,  page  129,  où  il  est  parlé  des  têtes  des  muscles 
(twv  {luwv'xEçaXoç)  ;  dans  le  traité  des  Affections-  inter- 
nes  5  page  195,  où  l’auteur  parle  des  muscles  des  lombes; 
dans  les  traités  des  Fractures ,  des  Articulations ,  de 

1  De  Respir.,  c.  20. 

2  De  Spiritu  ,  c.  4. 

3  «bXs&wroMov ,  Érot.,  Gloss.,  p.  582,  Ed.  Franz. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  231 

Y  Officine  du  médecin ,  des  Instr  uments  de  réduction ,  où  le 
mot  muscle  est  fréquemment  répété  5  dans  les  Aphorismes , 
vne  section ,  où  il  est  parlé  des  muscles  du  rachis.  On  voit 
combien  de  traités  se  trouveraient  placés  après  les  travaux 
des  écoles  alexandrines  ;  traités  dont  plusieurs  sont  nomina¬ 
tivement  cités  par  les  plus  anciens  critiques ,  et  ces  citations 
suffisent  seules  pour  détruire  toute  argumentation  de  ce 
genre,  fondée  sur  la  présence  du  mot  muscle  dans  tel  ou  tel 
écrit 

On  peut  encore  en  montrer  la  fausseté  d’une  autre  ma¬ 
nière.  Il  en  était  du  mot  chair  comme  du  mot  veine ,  c’était 
un  terme  général  qui  n’excluait  pas  la  connaissance  d’une 
désignation  plus  particulière.  Dans  le  même  traité,  chair  et 
muscle  se  trouvent  indifféremment  employés;  cela  est  dans 
le  1er  livre  des  Maladies )  cela  est  encore  dans  le  traité  des 
Fractures  ,*  et,  à  ce  sujet,  Galien  dit  :  «  Ce  qui  a  été  appelé 
«  muscle  précédemment,  Hippocrate  l’appelle  chair  ici,  se 
«  servant  de  la  locution  vulgaire 1.  »  Dans  des  traités,  par 
exemple,  le  1er  livre  des  Maladies  et  l’opuscule  des  Veines , 
le  mot  muscle  est  fréquemment  employé ,  et  le  mot  artère  ne 
l’est  jamais,  ce  qui  formerait  une  contradiction  dans  l’opi¬ 
nion  dés  critiques  modernes  qui  ont  admis  que  l’usage  des 
mots  muscles  et  artères  indiquait  une  date  post-alexandrine. 
Au  contraire ,  le  traité  des  Chairs  fait  un  usage  fréquent  du 
mot  artère*,  mais  jamais  il  n’emploie  le  mot  .muscle,  qu’il 
remplace  toujours  par  le  terme  de  chair. 

Enfin,  et  c’est  la  dernière  preuve  que  j’apporterai,  Cté- 
sias,  presque  contemporain  d’Hippocrate ,  s’est  servi  (j’en 
ai  déjà  parlé  p.  69)  de  ce  mot  muscle  ;  et,  chose  qui  vaut  la 
peine  d’être  notée,  la  manière  dont  s’exprime  l’auteur  de  1  o- 
puscule  sur  Y  Art,  qui  a  employé  le  mot  muscle ,  est  tout  à  fait 

1  Tome  v,  p.  556,  Ed.  Basil. 


INTRODUCTION. 


-232 

semblable  à  celle  de  Ctésias.  «  Les  membres ,  dit-il  9.  ont  une 
<c  chair  enveloppante  qu’on  appelle  muscle*.  »  Ctésias  dit  de 
son  côté  :  «  Cambyse  se  blessa  à  la  cuisse  dans  le  muscle , 
phrase  que  l’on  remplacerait  très  facilement  par  le  mot  de 
l’auteur  hippocratique,  chair  enveloppante  (sapxa  repupeps'o-  ;. 
L’auteur  de  l’opuscule  sur  Y  Art  ajoute  :  «  C’est  ce  que  sa¬ 
ie  vent  ceux  qui  s’occupent  de  ces  objets  2.  »  Cela  prouve  des 
travaux  anatomiques. 

Les  critiques  modernes  qui  se  sont  livrés  à  l’examen  des  li¬ 
vres  hippocratiques,  au  moins  ceux  qui  n’ont  pas  suivi  aveu¬ 
glément  Galien,  se  sont  fait  une  certaine  idée  de  la  médecine 
hippocratique;  et  c’est  sur  cette  idée  préconçue  qu’ils  ont  jugé 
s’il  fallait  assigner  tel  ou  tel  traité  à  Hippocrate,  ou  le  ranger 
parmi  les  écrits  faussement  attribués  à  ce  médecin.  Certes , 
il  ne  fallait  pas  procéder  ainsi  :  la  première  chose  à  faire  était 
de  réunir  et  de  rapprocher  tous  les  textes  qui  peuvent  nous 
éclairer  sur  l’état  de  cette  antique  médecine,  dont  tant  a 
péri-,  et  de  cette  réunion  et  de  ces  rapprochements  serait 
née  une  appréciation  des  choses  moins  arbitraire. 

On  a  été  généralement  porté  à  rapprocher  du  temps  de 
l’école  d’Alexandrie  les  livrés  hippocratiques,  parce  que, 
selon  moi ,  on  s’était  fait  une  fausse  opinion  de  la  position 
d’Hippocrate.  Le  nom  de  père  de  la  médecine  avait  trompé 
les  esprits-,  on  le  croyait  créateur  de  toute  la  science  médi¬ 
cale  ;  on  oubliait  un  principe  fécond  de  la  philosophie  de 
l’histoire,  c’est  que  rien,  dans  les  sciences ,  pas  plus  que  dans 
le  reste,  n’est  un  fruit  spontané  qui  germe  sans  préparation  et 
mûrisse  sans  secours;  on  oubliait  le  fait  incontestable  qu’une 
masse  imposante  de  travaux  très  divers  avait  été  léguée 

2àpx«  îceptçspea  viv  jjlüv  xaXsousi.  P.  5,Ed.  Frob. 

3  Taî>Ta  isolgi  ol  IiriueXouusvot. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  *233 

par  lés  âges  antérieurs  à  Hippocrate;  que  la  physiologie  gé¬ 
nérale,  que  l’anatomie,  que  la  pathologie ,  que  l’hygiène 
avaient  été  cultivées  long-temps  avant  lui  5  qu’ Alcméon,  Em- 
pédoele,  Anaxagore,  Diogène,  Démocrite  avaient  écrit  sur 
la  nature que  les  écoles  médicales  de  Crotone  et  de  Çyrène 
étaient  célèbres  quand  celle  de  Cos  ne  l’était  pas  encore  -, 
qu’une  énumération  des  maladies  avait  déjà  été  tentée  par 
les  médecins  de  Cnide;  qu’Eiiryphon  traitait  la  pleurésie  par 
la  cautérisation  avant  Hippocrate  ;  qu’avant  lui  encore,  Hé- 
rodicus  avait  exposé  avec  détail  le  traitement  des  maladies 1  ; 
enfin  y  et  c’est  peut-être  ce  qu’il  y  a  de  plus  fort  à  dire  en 
faveur  de  l’antiquité  de  la  médecine  grecque ,  que  la  langue 
technique  était  déjà  créée,  et  que  le  médecin  de  Cos  n’y  a 
rien  innové. 

Il  en  est  de  la  connaissance  des  nerfs  comme  de  celle  du 
pouls.  Les  hippocratiques  les  ont  indiqués  vaguement,  sans 
se  rendre  un  compte  exact  de  la  nature  de  ces  organes.  Ils 
confondaient ,  il  est  vrai ,  sous  le  nom  de  nerfs  (vsûpa) , 
la  plupart  des  parties  alongées  en  forme  de  cordes ,  quoi¬ 
qu’ils  eussent  aussi  le  mot  tendon  (tevcov)  5  mais  ils  avaient 
remarqué  d’autres  parties  très  sensibles  auxquelles  ils 
avaient  donné  un  nom  analogue  à  celui  des  tendons  (to'voi  2). 
Yoici  les  passages  :  «  Les  canaux  étendus  dans  la  concavité 
<c  de  chaque  côté  de  la  poitrine ,  et  les  tovoi  prennent  là  leur 
«  origine  aux  parties  les  plus  dangereuses  du  corps  3.  »  En 
commentant  ce  passage ,  Galien  dit  -  que  les  canaux  sont  les 
artères  et  les  veines,  que  les  tovoi  sont  les  nerfs,  et  que  les 

1  la  Cæl.  Aurel.  Chr.  lib.  5,  c.  8. 

2  To'voç  et  -tsycov  viennent  également  du  radical  tsivoj  (étendre  )? 
et  signifient  par  conséquent  des  parties  étendues,  aloDgées. 

3  De  Artic.  ,  p.  38 8.  Ed.  Froben. 


INTRODUCTION. 


234 

parties  voisines  d’où  ils  naissent  sont  les  organes  principaux 
de  la  poitrine  *.  Le  meme  livre  présente  encore  deux  ou 
trois  autres  fois  l’emploi  du  mot  tovoi.  Dans  le  traité  des 
Instruments  de  réduction ,  il  est  dit1  2 3  :  «  Il  y  a  à  craindre 
«  la  rétention  d’urine  dans  la  luxation  de  la  cuisse  en 
«  avant;  car  l’os  appuie  sur  des  tovoi,  qui  sont  dangereux.  » 
Dans  le  2e  .livre  des  Épidémies ,  il  est  dit 3  :  <c  Les  dépôts  se 
«  font  par  les  veines,  les  tovoi,  les  os,  les  ligaments  (vsïïpa),  la 
«  peau ,  ou  d’autres  voies.  »  Et  plus  loin  :  «  Deux  tovoi  des- 
«  cendent  du  cerveau  sous  l’os  de  la  grande  vertèbre,  le 
«  long  de  l’œsophage  4.  »  Telles  sont  les  notions  que  la  Col¬ 
lection  hippocratique  contient  sur  les  nerfs*,  évidemment  ils 
ont  été  entrevus  ;  mais  leurs  fonctions  et  leurs  relations  res¬ 
tent  tout  à  fait  ignorées.  Platon  s’est  servi  aussi  du  même 
mot  et  à  peu  près  avec  le  même  sens  dans  un  passage  qui , 
venant  en  confirmation  des  conclusions  générales  de  ce  cha¬ 
pitre,  doit  être  ici  rapporté  :  «  Un  état  se  dissout  comme  un 
«  vaisseau  ou  un  animal,  dont  les  nerfs  (tovoi),  les  ligamens 
«  et  les  tenseurs  des  tendons,  organes  de  même  nature, 
«  quoique  disséminés,  ont  reçu  des  noms  divers  5.  ».  Ainsi, 
on  voit  dans  ce  passage,  1°  que  les  tovoi  sont  nommés; 
2°  qu’il  est  parlé  de  parties  qui  servent  à  tendre  les  tendons . 
ce  qui  prouve  la  connaissance  des  muscles,  et  il  n’est  plus 

1  Tome  v,  p.  624,  Ed.  Basil. 

*  Page  508,  Ed.  Frob. 

3  Page  512,  Ed.  Frob. 

4  Page  31 7,  Ed.  Frob. 

5  KaOcnrep  vstoç  r\  Çcoou  Ttvoç,  ooç  tovovç  t*  y.a'i  uroÇwaa-ra  xat 
vêupwv  IxtTovouç,  fuav  ouoav  çuoiv  oiecrrapuiv^v,  ToXXayotî  7roXXotç 
ovo[xact  TrpocaYopeuoj/ev.  De  leg.  xii  ,  t.  vi,  p.  440,  Ed.  Tauchn. 
Platon  se  sert  de  termes  qui  conviennent  aussi  bien  à  un  vaisseau 
qu’à  un  animal. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  235 

étonnant  que  la  chose ,  étant  connue ,  ait  reçu  un  nom ,  que 
l’on  trouve  dans  Ctésias  et  les  hippocratiques;  3°  enfin,  que 
Platon  assure  que  ces  trois  choses ,  nerfs,  ligamens  et  mus¬ 
cles,  sont  des  organes  identiques  au  fond,  quoique  dispersés 
dans  le  corps  et  diversement  dénommés. 

On  a  là  un  nouvel  exemple  de  ces  confusions  de  la  vieille 
anatomie  :  de  même  que,  veine,  artère,  bronche ,  uretère 
même,  tout  cela  a  eu  le  nom  commun  de  veine ,  sans  exclu¬ 
sion  d’un  nom  particulier,  deinême,  nerfs,  tendons,  muscles, 
tout  cela  a  été  considéré  comme  de  même  nature.  Ici  même 
se  présente  un  rapprochement  tout-à-fait  inattendu ,  c’est 
que,  dans  un  passage  du  livre  II  du  Régime ,  les  muscles 
sont  rangés  parmi  les  parties  dépourvues  de  sang.  «  Parmi 
«  les  chairs  dépourvues  de  sang,  dit  l’auteur  hippocratique , 
«  les  plus  substantielles  sont  le  cerveau  et  la  moelle  ;  les  plus 
«  légères  sont  les  intestins,  les  muscles ,  les  parties  génitales 
«femelles,  les. pieds  *.  »  Le  passage  seul  de  Platon  m’a 
expliqué  comment  l’auteur  hippocratique  plaçait  les  mus¬ 
cles  parmi  les  parties  dépourvues  de  sang. 

Les  anciens  physiologistes,  ni  Hippocrate,  ni  ses  disciples, 
ni  Aristote  même,  n’ont  pu  se  faire  aucune  idée  complète  des 
fonctions  du  cerveau,  attendu  qu’ils  ne  connaissaient  pas  les 
fonctions  des  nerfs.  Les  hippocratiques  placent ,  il  est  vrai , 
l’intelligence  dans  la  tête;  mais  ils  n’en  savent  pas  davan¬ 
tage.  Aristote,  ayant  combattu  l’opinion  de  ceux  qui  pen¬ 
sent  que,  chez  les  animaux,  le  siège  de  l’intelligence  est  dans 
le  cerveau  2 ,  met  ce  siège  dans  le  cœur ,  et ,  comme  dit  Ga¬ 
lien  3,  ne  sait  à  quoi  sert  l’encéphale.  C’est  aux  anatomistes 

1  Twv  Ss  àvatjAcov  (capxSv)  iyxscpxAoç  xai  jjlusXoç  ,  toyupoxaTa- 
xoiKporct-ra  os.  Ta  u7roya<rrpta,  fjiüeç,  xtsvsç,  mosç.  P.  94,  Ed.  Frob. 

-  De  Sen.  et  juv.,  c.  3. 

3  Tomei,  p.  318,  Ed.  Basil. 


236 


INTRODUCTION. 


alexandrins  qu’est  due  la  connaissance  exacte  des  nerfs.  Sui¬ 
vant  Rufus,  Érasistrate  distingue  deux  espèces  de  nerfs, 
ceux  de  la  motilité  et  ceux  de  la  sensibilité 4  -,  suivant  Galien, 
Hérophile  et  Eudème,  qui,  les  premiers  dans  les  temps  pos¬ 
térieurs  à  Hippocrate,  écrivirent  sur  l’anatomie  des  nerfs, 
ne  déterminèrent  pas  l’origine  des  nerfs  qui  se  rendent  à 
chaque  organe,  et  les  médecins  eurent  beaucoup  de  peine  à 
comprendre  pourquoi  certaines  paralysies  portent  sur  le 
mouvement,  et  d’autres  sur  le  sentiment;  mais,  du  temps 
de  Galien,  on  était  allé  plus  loin,  et  il  dit  positivement  que  les 
nerfs  qui  se  distribuent  aux  téguments  de  la  main  et  qui  leur 
donnent  leur  sensibilité,  ont  des  racines  particulières,  et 
que  celles  des  nerfs  qui  meuvent  les  muscles  sont  autres 2. 

L’examen  que  je  viens  de  faire  des  connaissances  des  hip¬ 
pocratiques  sur  les  nerfs,  prouve  encore  que  la  Collection  est 
antérieure  aux  travaux  des  anatomistes  alexandrins ,  d’Éra- 
sistrate  et  d’Hérophile. 

Les  anciens  hippocratiques  n’ont-ils  jamais  ouvert  de  corps 
humains,  n’enont-ilsjamais  examiné  quelques  parties?  je  sais 
que  la  négative  est  généralement  soutenue.  Cependant,  je  ne 
puis  me  persuader  qu’ils  aient  été  à  cet  égard  dans  une  igno¬ 
rance  complète.  Voici  très  brièvement  quelques-uns  de  mes 
motifs  :  Aristote  est  supposé  n’avoir  jamais  vu  des  organes 
du  corps  humain ,  et  lui-même  dit  que  les  organes  des  hom¬ 
mes  sont  surtout  ignorés ,  et  que ,  pour  s’en  faire  une  idée , 

Atsctov  ovtwv  Ttov  vsupcov  aiaôrjT  txwv  xa't  xtvr/rixwv.  Ruf.,Dc 

hom.  part.,  p.  49,  Paiisiis,  1554. 

r5v  siç  to  Séptxa  vr£  ye.i poç  Sta<77rstpouivcov  vsuptov,  i; 
wv  syst  T7)v  aifrô^ffiv  ,  toiaî  xtvsç  eiciv  at  pitai ,  tcov  Bï  touç 
xivouvtmv  £Tsp«î  YiyvttaxovTai  toïç  îaTpotç.  T.  ni,  p.  282,  Ed. 
Basil. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MEDICALE.  237 

il  faut  recourir  aux  animaux  qui  offrent  des  ressemblances i. 
Cependant  le  même  Aristote  dit  que  l’homme  a  proportion¬ 
nellement  le  plus  de  cervelle,  que  son  cerveau  a  deux  mem¬ 
branes,  l’une  adhérente  fortement  à  l’os ,  l’autre  plus  mince 
qui  touche  le  cerveau  même  2-,  que  le  cœur  de  l’homme  est 
incliné  à  gauche  3 4  ;  que  la  rate  de  l’homme  est  semblable  à 
celle  du  cochon,  mais  étroite  et  longue*;  que  le  foie  de 
l’homme  est  rond  et  semblable  à  celui  du  bœuf  ;  que  les  reins 
de  l’homme  ressemblent  aux  reins  des  bœufs ,  étant  comme 
composés  de  plusieurs  petits  reins,  et  n’étant  pas  unis  comme 
ceux  des  moutons  5  *,  et  enfin  il  termine  son  premier  livre  de 
Y  Histoire  des  Animaux  en  disant  qu’il  a  exposé  l’état  des 
parties  tant  internes  qu’externes  du  corps  humain.  Réfu¬ 
tant  l’opinion  d’Anaxagore,qui  attribuait  l’origine  des  mala¬ 
dies  au  transport  de  la  bile,  il  ajoute  que,  si  cela  était,  on 
s’en  apercevrait  dans  les  dissections  6. 

Dioclès ,  qui  avait  publié  un  traité  d’anatomie ,  savait  que, 
dans  la  pleurésie ,  c’est  la  plèvre  qui  est  le  siège  du  mal. 

H  est  dit  dans  le  livre  de  la  Nature  de  l’enfant 7  :  «  L’enfant 
<c  dans  la  matrice  a  les  mains  près  des  joues  et  la  tête  près 

des  pieds;  mais  on  ne  peut  exactement  juger,  même  en 
«  voyant  l’enfant  dans  la  matrice ,  s’il  a  la  tête  en  haut  ou 
«  en  bas.  » 

1  De Historia  anim.,  1.  i,  c.  15. 

2  De  Historia  anim.,  1.  i,  c.  1 6. 

3  Ibid. y  c.  17. 

4  Ibid. 

5  Ibid .,  c.  5  et  9. 

6  *Ev  te  totïç  dv  atout  aïç  dv  lyiveto  toïïto  tpavepov.  De  part.  anim. 
1.  IV,  c.  9. 

: .  Page  57,  Ed.  Frob. 


INTRODUCTION. 


'238 

Il  est  dit  dans  le  livre  des  Chairs  *  :  «  Les  humeurs  de  l’œil 
«  sont  semblables  chez  l’homme  et  chez  les  animaux.  » 

Il  est  dit  dans  le  traité  des  Articulations  2  :  «  Si  Ton  dé- 
«  pouille  de  chairs  le  bras  là  où  le  muscle  s’étend,  on  verra 
«  que  la  tête  de  l’humérus  y  est  saillante.  » 

Ces  passages  réunis  d’Aristote ,  de  Dioclès  et  des  hippo¬ 
cratiques,  me  font  croire  que  des  corps  humains  ont  été 
examinés  plus  ou  moins  exactement  avant  les  anatomistes 
alexandrins. 

En  général,  je  remarque  dans  la  Collection  hippocratique 
que  l’anatomie,  développée  et  traitée  avec  soin  dans  les  livres 
purement  chirurgicaux,  s’efface  singulièrement  dans  les  li¬ 
vres  où  il  s’agit  spécialement  de  pathologie  interne. 

Après  avoir  établi  quelques  règles  de  critique  qui  me  ser¬ 
viront  ultérieurement,  il  ne  sera  pas  hors  de  propos  de  rap¬ 
procher  un  petit  nombre  de  remarques,  tendant  au  même 
but ,  qui  sont  disséminées  dans  les  ouvrages  des  critiques 
de  l’antiquité. 

D’abord  il  faut  observer  que  ni  Galien,  ni  Érotien ,  ni  les 
autres  n’ont  contesté  l’authenticité  d’un  écrit  parce  qu’il  y 
était  fait  mention  des  artères.  Galien ,  Érotien ,  Héraclide  de 
Tarente  ont  admis,  comme  étant  d’Hippocrate,  le  traité  de 
Y  Aliment,  où  cette  notion  est  exprimée  de  la  manière  la 
plus  formelle.  Galien,  Érotien,  Bacchius,  Philinus  ont  éga¬ 
lement  admis  le  traité  des  Articulations ,  où  les  artères  sont 
nommées.  Us  n’ont  pas  vu,  dans  ce  fait,  un  motif  d’ex¬ 
clusion. 

Il  faut  en  dire  autant  de  l’emploi  du  mot  muscle. 

Quant  au  pouls,  Galien  paraît  être  disposé  à  s’en  servir 

1  Page  45,  Ed.  Frob. 

2  Page  47 %  Ed.  Frob. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHKONOLOGIE  MEDICALE.  239 

comme  d’un  critérium,  et  il  remarque  que  l’usage  du  mot 
(rçuY.uoç  dans  le  sens  de  pouls  est  dePraxagore  et  d’Hérophile , 
et,  danslesens  de  pulsation  violente  des  artères,  d’Érasistrate 
et  d’Hippocrate  . 

Galien  prétend  que  l’anatomie  des  veines  qui  se  trouve 
dans  le  livre  de  la  Nature  de  l’homme  est  une  interpolation 
et  n’est  ni  d’Hippocrate  ni  de  Polybe  2.  On  sait  qu’Aristote 
la  cite  textuellement  dans  son  Histoire  des  animaux ,  elle 
est  donc  de  Polybe  très  certainement  5  l’on  sait  encore  que 
la  collection  des  livres  aristotéliques  n’est  devenue  publique 
que  par  Apellicon,  qui  vivait  après  Hérophile  et  Érasistrate, 
c’est-à-dire  après  le  temps  ou  la  Collection  hippocratique  était 
déjà  formée  et  publiée.  L’interpolation  d’un  morceau  dû  à 
Polybe  dans  un  livre,  déjà  public,  d’Hippocrate,  n’est  pas  pos¬ 
sible  :  ce  morceau  n’a  pas  été  pris  aux  œuvres  d’Aristote, 
puisque  ces  œuvres  n’étaient  pas  encore  publiques  ;  il  n’a  pas 
pu  davantage  être  pris  aux  œuvres  de  Polybe,  puisque  ces 
œuvres,  qui  étaient  dans  la  bibliothèque  d’Aristote,  depuis 
n’ont  plus  été  ni  vues  ni  retrouvées,  et  n’existaient  plus  sous 
le  nom  de  Polybe  au  temps  de  la  publication  de  la  Collection 
hippocratique  5  je  dirai  dans  le  chapitre  XI  comment  la 
chose  a  pu  se  faire. 

Ici  Galien  est  donc  en  défaut  ;  il  ne  s’est  pas  souvenu  de 
la  citation  d’Aristote,  et  il  s’est  vainement  débattu  contre  un 
.  fait  parfaitement  positif. 

Souvent  il  prend  texte  de  quelques  mauvaises  expressions 
ou  vices  de  langage,  pour  accuser  un  écrit  de  n’être  pas 
d’Hippocrate  5. 

1  IlaXaiorepa  xpîfctç,  $  xàv  toïç  ’Epaatcrcparoo  xat  'l7nroxpaTouç 
supiffxsTat  Ypa[A[Aaciv.  T.  i,  p.  m,  Ed.  Basil. 

*  Tome  1,  p.  500,  Ed.  Basil. 

3  nups-roç  Çuvo xoç ,  oup^fjLaxa ,  'kvzvu.cc  ôoXspov  et  quelques  autres. 


240  INTRODUCTION. 

Galien ,  Érotien ,  et  tous  les  autres,  regardaient  le  2e  livre 
des  Prorrhétiques  et  le  traité  des  Glandes  comme  posté¬ 
rieurs  à  Hippocrate;  ils  ne  donnent  pas  leurs  raisons.  Galien 
avait  la  meme  opinion  du  7e  livre  des  Épidémies  ,•  il  le  .trou¬ 
vait  fait  de  pièces  et  de  morceaux,  et  manifestement  posté¬ 
rieur.  Quant  aü  5e,  il  pensait  que  ce  livre  s’écartait  delà 
doctrine  propre  d’Hippocrate 1  ;  c’était  le  même  motif  qui  lui 
faisait  rejeter  le  1er  livre  du  traité  du  Régime ,  tandis  que  les 
autres  lui  paraissaient  conformes  à  la  pensée  du  médecin  de 
Cos2 3 4. 

Galien  a  dit  aussi  que,  manifestement,  le  traité  des  Se¬ 
maines  n’est  pas  d’Hippocrate  5. 

La  discussion  ne  va  pas  loin  avec  certains  critiques.  Ainsi 
Jean,  dans  son  commentaire  sur  le  traité  de  la  Nature  de 
V en  fant,  se  posant  la  question  de  savoir  si  ce  traité  est  d’Hip¬ 
pocrate,  répond  :  «Tous  le  diriez  à  la  fois  authentique  et 
«  apocryphe,  authentique  pour  les  recherches  sur  les  femmes 
<c  stériles,  recherches  dignes  de  la  pensée  d’Hippocrate,  et 
«  aussi  pour  l’abondance  des  propositions;  apocryphe,  parce 
«  qu’il  contient  beaucoup  de  choses  fausses,  (et  l’erreur  es': 
«  reconnue  étrangère  à  Hippocrate),  et  parce  que  l’auteur  se 
<c  sert  d’un  grand  nombre  d’exemples  contrairement  à  la 
«  brièveté  et  à  la  concision  du  médecin  de  Cos  *.  » 

Les  remarques  touchant  la  chronologie  des  livres  hippo¬ 
cratiques,  remarques  bien  brèves  qui  nous  sont  arrivées 
avec  les  restes  des  œuvres  des  anciens  critiques,  auront  eu 
du  moins  cela  d’important  qu’elles  n’auront  pas  contredit 

1  Tome  iii,  p.  187,  Ed.  Basil. 

a  Tome  îv,  p.  206,  Ed.  Basil. 

3  Tome  ni,  p.  574,  Ed.  Basil. 

4  Schol.  in  Hipp.,  t.  ii,  p.  207,  Ed.  Dietz. 


DE  QUELQUES  POINTS  DE  CHRONOLOGIE  MÉDICALE.  24  i 

les  résultats  que  j’ai  obtenus  par  des  voies  différentes,  et 
qu’elles  les  auront  même  fortifiés  en  plusieurs  points. 

En  résumé,  les  connaissances  médicales  contenues  dans 
les  livres  hippocratiques  ont  un  caractère  qui  leur  est  pro¬ 
pre.  L’anatomie  y  est  peu  développée  et  peu  étudiée ,  ex¬ 
cepté  pour  quelques  points  sur  lesquels  la  chirurgie  avait 
jeté  déjà  de  grandes  lumières.  Les  artères  sont  supposées 
pleines  d’air,  ou  portent,  avec  d’autres  canaux,  un  nom  com¬ 
mun,  gui  accroît  encore  la  confusion;  les  relations  des  vais¬ 
seaux  sanguins  avec  le  cœur  sont  considérées  comme  peu 
importantes;  l’application  de  la  spbygmologie  est  tout  à  fait 
ignorée;  les  nerfs  sont  l’objet  de  quelques  vagues  désigna¬ 
tions;  la  polémique  se  dirige  soit  contre  l’école  deCnide, 
soit  contre  l’emploi  des  doctrines  de  la  philosophie  éléatique 
dans  la  médecine  ;  nulle  trace  ne  s’y  fait  voir  des  doctrines 
d’Érasistrate ,  à  plus  forte  raison  des  sectes  médicales  pos¬ 
térieures;  tout  le  développement  qu’on  y  trouve  dérive  sans 
peine  de  l’état  antérieur  des  connaissances  médicales.  Ainsi 
on  est  autorisé  parla  composition  seule  des  écrits  hippocra¬ 
tiques  à  les  reporter  dans  l’âge  qui  a  précédé  les  grands  tra¬ 
vaux  d’Erasistrate ,  d’Hérophile  et  de  l’école  d’Alexandrie. 
C’èst  un  résultat  auquel  j’arrive  toujours,  de  quelque  côté 
que  je  considère  la  Collection  hippocratique. 


CHAPITRE  X. 


DtS  RAPPORTS  QUI  UNISSENT  CERTAINS  LIVRES  DE  LA  COLLECTION 
HIPPOCRATIQUE. 


J’ai,  dans  le  chapitre  IV,  essayé  de  combler  l’intervalle 
qui  sépare  Hippocrate  des  premiers  commentateurs  de  ses 
écrits,  et  de  renouer  une  chaîne  que  j’ai  montrée  n’être  in¬ 
terrompue  nulle  part.  Maintenant ,  je  vais  essayer  de  faire, 
pour  la  Collection  hippocratique ,  ce  que  j’ai  fait  pour  Hip¬ 
pocrate  lui-même,  et  rechercher  si  l’on  peut  trouver  quel¬ 
que  renseignement  sur  les  divers  rapports  qui  en  unissent 
les  parties  isolées.  Plusieurs  des  livres  hippocratiques  pré¬ 
sentent  entre  eux  des  similitudes  qui  ont  été  le  plus  souvent 
considérées  comme  des  redites.  Ce  sont  des  redites  en  effet, 
mais  non  pas ,  suivant  moi,  en  ce  sens  que  ce  soient  des 
passages  que  l’auteur  a  transcrits  d’un  de  ses  livres  dans  un 
autre.  Je  crois  que  ces  répétitions  annoncent  autre  chose  5  je 
crois  qu’elles  indiquent  que,  parmi  ces  livres  ainsi  copiés, 
les  uns  ont  servi  de  matériaux  à  des  ouvrages  plus  parfaits , 
que  les  autres  ont  fourni  matière  à  des  extraits ,  obscurs  le 
plus  souvent  par  leur  brièveté  extrême ,  quelquefois  par  la 
négligence  avec  laquelle  l’abréviateur  a  fait  l’analyse  ; 
je  crois  encore  que  cette  succession ,  que  cette  repro¬ 
duction  de  livres  sous  des  formes  diverses,  prouvent  que  ces 
livres  sont  restés  long-temps  à  la  disposition ,  soit  d’une  fa¬ 
mille,  soit  d’une  école  de  médecins.  Les  résultats  que  j’ai 
obtenus  de  cette  façon  correspondent  à  ceux  du  chapitre  où 


RAPPORTS  ENTRE  CERTAINS  LIVRES  HIPPOCRATIQÙES.  243 

j’ai  montré  combien  les  hippocratiques  avaient  composé  de 
livres,  tous  perdus.  Cette  masse  d’écrits  médicaux  est  allée 
s’amoindrissant  et  se  détruisant;  c’est  à  l’effet  de  cette  des¬ 
truction  qu’il  faut  attribuer  la  présence  de  fragments  et 
d’extraits  dans  la  Collection  hippocratique. 

Il  ne  s’agit  pas  ici  de  réunir  et  de  comparer  les  proposi¬ 
tions,  énoncées  dans  des  termes  plus  ou  moins  analogues,  qui 
expriment  la  même  pensée,  mais  il  s’agit  de  rassembler  l’in¬ 
dication  des  principaux  passages  qui  sont  textuellement  copiés 
les  uns  sur  les  autres.  Les  propositions  qui,  dans  la  Collection 
hippocratique,  renferment  des  pensées  identiques ,  sont  en 
très  grand  nombre;  cela  se  conçoit  sans  peine  :  ces  livres 
sont  à  peu  près  de  la  même  époque,  dérivent  d’écoles  mé¬ 
dicales  qui  étaient  en  contact,  et  sont  l’œuvre  de  médecins, 
ou  descendants ,  ou  disciples,  ou  voisins  les  uns  des  autres. 
Il  ne  faut  donc  pas  s’étonner  d’y  voir  de  fréquentes  con¬ 
formités,  lesquelles  ne  prouvent  pas  autre  chose  que  la 
simultanéité  de  travaux  exécutés  dans  une  même  sphère 
d’idées. 

Mais  il  n’en  est  plus  de  même  quand  des  passages  sont 
copiés  textuellement,  et  reproduits  dans  les  mêmes  termes. 
Le  hasard  ne  peut  produire  ces  similitudes  absolues;  la  con¬ 
formité  de  doctrines  ne  peut  pas  les  expliquer  davantage.  Il 
faut  nécessairement  admettre  une  communication  plus  im¬ 
médiate  ;  et  il  devient  certain  par  là  que  les  auteurs  des  trai¬ 
tés  où  des  passages  textuellement  identiques  se  retrouvent , 
ont  connu ,  ont  tenu ,  ont  copié  les  livres  les  uns  des  autres. 
C’est  là  une  preuve  indubitable  de  la  transmission ,  de  main 
en  main,  de  ces  livres  ;  et  ici  je  parle  à  la  lettre  et  sans  au¬ 
cune  métaphore. 

Costei ,  dans  sa  lettre  sur  Y  Examen  de  Mercuriali ,  a  émis 
l’opinion  que  les  Prénotions  de  Cos  étaient  antérieures  à  cer- 


244  INTRODUCTION. 

laines  autres  parties  de  la  Collection  hippocratique,  qui 
contiennent  une  foule  de  passages  très  semblables  au  plus 
grand  nombre  des  Prénotions.  Le  fond  est  semblable,  la 
forme  diffère.  Les  Prénotions  sont  des  notes  où  la  rédaction 
manque.  Or ,  d’écrits  dont  le  style  et  l’enchaînement  sont 
excellents ,  on  ne  fait  pas,  dit  Costei,  par  un  travail  postérieur, 
une  série  de  notes  décousues;  mais  de  notes  décousues,  on 
fait  très  bien  des  livres  où  tout  se  lie ,  et  où  le  style  a  reçu 
l’élaboration  nécessaire.  L’observation  de  Costei  est  très 
ingénieuse ,  et  la  règle  qu’il  en  tire  est  certaine. 

Cette  considération  a  été  développée  avec  tout  le  soin 
qu’elle  mérite  par  M.  Ermerins,  médecin  hollandais,  dans 
une  excellente  thèse  intitulée  :  Specimen  historico-medicum 
inaugurale  de  Hippocratis  doctrina  a  prognostice  oriunda , 
Lugduni  Batavorum ,  1832.  M.  Ermerins  ne  paraît  pas  avoir 
eu  connaissance  de  l’idée  émise  par  Costei;  car  il  ne  cite  pas 
le  médecin  italien.  D’ailleurs  il  se  l’est  appropriée  par  le  dé¬ 
veloppement  qu’elle  a  pris  sous  sa  plume ,  et  par  les  nom¬ 
breuses  preuves  dont  il  l’a  appuyée.  Je  me  contenterai  ici 
d’analyser  la  thèse  de  M.  Ermerins  ;  car  j’en  adopte  pleine¬ 
ment  toutes  les  conclusions  ;  et  si  je  voulais  faire  autrement 
que  lui ,  je  ne  ferais  certainement  pas  aussi  bien. 

Le  1er  livre  des  Prorrhétiques  et  les  Prénotions  de  Cos  som 
une  collection  de  notes,  la  plupart  relatives  aux  présages 
dans  les  maladies.  Ces  notes  n’ont  aucun  lien  entre  elles  : 
elles  se  suivent,  mais  elles  ne  tiennent  pas  les  unes  aux  au¬ 
tres.  Elles  renferment  des  propositions  plus  ou  moins  détail¬ 
lées,  des  fragments  d’observations,  des  doutes  que  soulève 
l’auteur,  des  questions  qu’il  se  pose.  M.  Ermerins  pense 
qu’elles  ont  été  recueillies  dans  le  temple  des  asclépiades  à 
Cos;  cela  est  très  probable  ;  dans  tous  les  cas ,  des  notes  très 
brèves  prises  sur  les  malades  nombreux  qui  venaient  s’y 


«APPORTS  ENTRE  CERTAINS  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  245 

faire  soigner,  et  jointes  bout  à  bout,  n’auraient  pas  une 
autre  forme. 

Les  Prénotions  de  Cos  sont  beaucoup  plus  considérables 
que  le  1er  livre  des  Prorrhétiques  ;  elles  contiennent  envi¬ 
ron  un  nombre  triple  de  propositions.  Ce  qu’il  faut  remar¬ 
quer ,  c’est  que  toutes  les  propositions  du  1er  livre  des  Pror¬ 
rhétiques  ,  à  très  peu  d’exceptions  près ,  se  trouvent  dans  les 
Prénotions  de  Cos.  Je  ne  dis  pas  seulement  que  le  sens,  que 
l’idée  sont  semblables.  Non  ;  l’identité  va  beaucoup  plus  loin; 
les  expressions  sont  les  mêmes,  et,  dans  la  plupart  des  cas,  les 
différences  ne  valent  pas  la  peine  d’être  notées 1.  M.  Ermerins 
a  mis  les  propositions  du  1er  livre  des  Prorrhétiques  sur  une 
colonne ,  et ,  sur  une  autre  colonne  en  regard, celles  des  Pré¬ 
notions  de  Cosqui  y  correspondent.  De  cette  manière,  on  voit 
sans  peine  jusqu’où  s’étendent  les  conformités  textuelles  des 
deux  livres.  M.  Ermerins  en  conclut  qu’ilspro viennent  d’une 
source  commune;  cela  est  incontestable  ;  ou  l’un  a  été  copié 
sur  l’autre ,  ou  tousdeux  ontcopié  des  passages  d’un  original 
commun.  M.  Ermerins  ajoute  que  les  Prénotions  de  Cos  sont 
postérieures  au  1er  livre  des  Prorrhétiques ,  attendu  qu’elles 
sont  beaucoup  plus  volumineuses ,  et  que  plusieurs  des  pro¬ 
positions  correspondantes  dans  les  deux  livres  sont  plus 
développées  dans  les  Prénotions.  Il  regarde  les  Prénotions 

1  J’eo  cite  ici  en  note  un  seul  exemple,  afin  que  l’on  comprenne 
bien  quelles  sont  ces  similitudes  : 

IlXeupoü  aXpifxa  iirt  Trrutjefft  ^oXtooeciv ,  àXoywÇ  àcpaviaôèv,  il|t- 
CTavrai.  Prorrb.  97e  prop. 

IIXsopoo  aXyyjjjLa  Iv  xruaei  yoXwoet  àX<>Y<*>ç  acpaviaôsv,  lijurcaTcu. 
Coac.  4-18  prop. 

Ces  termes,  on  le  voit,  sont  identiques.  Cette  identité'  se  reproduit 
très  souvent  ;  dans  quelques  cas  exceptionnels  il  y  a  des  différences 
notables,  qui  consistent  surtout  en  additions  et  développements. 


246 


INTRODUCTION. 


de  Cos  comme  un  recueil  dont  le  fond  a  été  formé  par  le 
1er  livre  des  Prorrhètiques ,  et  que  des  observations  subsé¬ 
quentes,  plus  nombreuses  et  plus  détaillées,  sont  venues 
grossir. 

Quoi  qu’il  en  soit,  les  passages  répétés  textuellement  dans 
l’un  et  l’autre  de  ces  livres ,  prouvent  que  l’auteur  de  l’un  a 
eu  l’autre  sous  les  yeux  ç  cela  est  incontestable. 

Maintenant,  dans  quel  rapport  les  Prénotions  de  Cos  (je 
ne  parlerai  que  d’elles,  puisqu’elles  renferment  presque  en¬ 
tièrement  le  1er  livre  des  Prorrhétiques )  se  trouvent-elles 
avec  d’autres  livres  de  la  Collection  hippocratique  ?  Ce  rap¬ 
port,  très  singulier ,  a  été  mis  dans  tout  son  jour  par  M.  Er- 
merins.  Il  résulte  manifestement  des  comparaisons  établies 
par  le  médecin  hollandais  que  l’auteur  du  Pronostic  a  con¬ 
sulté  les  Prénotions  de  Cos ,  et  qu’elles  forment  la  base  prin¬ 
cipale  de  son  livre.  L’identité  des  principes,  la  similitude  des 
propositions,  et  la  conformité  des  expressions,  ne  laissent  au¬ 
cun  doute  à  cet  égard.  Mais  d’un  autre  côté ,  comme  le 
Pronostic  est  un  traité  accompli,  où  toutes  les  règles  de  la 
composition  sont  observées,  comme  les  différentes  parties 
du  sujet  sont  enchaînées  l’une  à  l’autre ,  et  forment  un  tout, 
comme  le  livre  a  un  préambule  qui  y  introduit  et  une  péro¬ 
raison  qui  le  clôt ,  il  est  impossible  de  ne  pas  admettre  que 
l’auteur  qui  l’a  composé  se  soit  servi  des  Prénotions  de  Cos 
comme  de  matériaux.  En  effet,  de  propositions  décousues , 
on  peut  faire  un  livre,  en  remplissant  les  lacunes,  en  élaguant 
l’inutile,  en  coordonnant  l’ensemble;  mais  d’un  livre  bien 
fait ,  on  n’ira  jamais  tirer  des  propositions  décousues,  établir 
des  lacunes ,  détruire  l’arrangement,  intervertir  l’ordre  des 
idées,  et  mutiler  la  rédaction.  Les  Prénotions  de  Cos  ne  sont 
Pas  un  extrait  du  Pronostic  ;  car  elles  n’en  suivent  pas  l’ordre . 
et  enferment  une  foule  de  choses  étrangères,  à  ce  traité. 


RAPPORTS  ENTRE  CERTAINS  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  247 

Elles  sont  une  composition  tout  à  fait  indépendante,  dont  le 
caractère  est  la  réunion  d’une  série  de  propositions  qui  sont 
relatives  aux  présages  dans  les  maladies,  mais  qui  ne  sont  pas 
rangées  systématiquement.  Au  contraire,  l’auteur  du  Pro¬ 
nostic  a  systématisé  son  sujet,  et  il  a  pris,  dans  ces  proposi¬ 
tions,  ce  qu’il  a  jugé  convenable,  élaguant  le  resté,  ajou¬ 
tant  du  nouveau,  et  disposant  le  tout  suivant  un  plan 
régulier.  En  un  mot,  ce  qui  prouve  que  les  Prénotions  de 
Cos  ne  sont  pas  extraites  du  Pronostic ,  c’est  qu’elles  con¬ 
tiennent  plus  de  choses  et  des  choses  différentes;  ce  qui 
prouve  qu’elles  ont  servi  de  matériaux  au  Pronostic ,  c’est 
que  les  propositions  particulières  des  Prénotions  de  Cos ,  qui 
n’en  ont  point  de  générales,  sont  les  éléments  des  proposi¬ 
tions  générales  du  Pronostic ,  qui  n’en  a  pas  de  particulières. 
Ce  rapport  du  particulier  au  général  entre  les  Prénotions  et 
le  Pronostic  est  très  remarquable,  et  il  est  décisif  dans  la 
question  de  savoir  lequel  de  ces  deux  livres  est  postérieur  à 
l’autre.  ' 

Tel  n’a  pas  été,  je  le  sais,  l’avis  de  Galien,  qui  a  dit  : 
«  Celui  qui  prendra  toutes  les  propositions  des  Prorrhétiques 
«  comme  des  règles  générales,  tombera  dans  de  graves  er- 
«  reurs.  Il  en  est  de  même  de  la  plupart  des  propositions  que 
«  contient  le  livre  des  Prénotions  de  Cos.  Quelques  passages 
«  des  Aphorismes ,  du  Pronostic  et  des  Épidémies ,  y  sont  in- 
<c  tercalés;  et  ce  sont  les  seules  propositions  véritables  qui 
«  soient  dans  les  Prorrhétiques  et  les  Prénotions  de  Cos *.  » 

Mais  en  ceci  Galien  évidemment  s’est  trompé;  il  a  pris 
pour  une  preuve  de  postériorité  ce  qui  est  une  preuve  d  an¬ 
tériorité,  ou  plutôt  il  n’a  pas  approfondi  cette  question ,  et  a 
prononcé  rapidement  un  jugement  où  domine  surtout  son 

1  Galien,  t.  v,  p.  407,  Ed.  Basil. 


248  introduction. 

admiration  exclusive  pour  les  œuvres  véritables  d’Hippo¬ 
crate. 

Des  rapports  bien  plus  étroits  unissent  le  traité  des  Instru¬ 
ments  de  réduction  et  le  traité  des  Articulations.  Us  contien¬ 
nent  simultanément  :  la  luxation  de  la  mâchoire,  de  l’é¬ 
paule,  du  coude ,  du  poignet,  de  la  cuisse,  du  genou ,  du 
pied;  l’exposition  de  plaies  qui  coupent  les  membres  dans 
l’articulation  ou  dans  la  continuité;  les  gangrènes  qui  survien¬ 
nent;  les  déviations  de  l’épine.  Le  traité  des  Instruments  de 
réduction  et  le  traité  des  Articulations  ne  renferment  en 
dehors  de  cé  cadre  qu’un  petit  nombre  de  parties  qui  ne  sont 
pas  communes  à  l’un  et  à  l’autre.  Le  sujet  dont  l’un  et  l’autre 
s’occupent  est  donc  le  même  ;  mais  cela  ne  prouverait  pas 
un  rapport  entre  ces  deux  livres  ;  car,  dans  une  matière  pu¬ 
rement  chirurgicale  comme  un  traité  sur  les  Luxations ,  le 
fond  sera  toujours  identique;  il  est  déterminé  par  la  nature 
des  choses 

Aussi  n’aurais-je  pas  parlé  de  ces  similitudes ,  si  elles  n’é¬ 
taient  pas  allées  plus  loin  ;  mais  elles  sont  telles  que  visi¬ 
blement  le  traité  des  Instruments  de  réduction  est  un  abrégé 
du  traité  des  Articulations. 

On  jugera  qu’un  passage  est  un  abrégé  d’un  autre,  quand 
on  verra  que  l’abréviateur  supposé  a  conservé  l’ordre  des 
pensées  de  l’original,  supprimé  les  développements,  et  co¬ 
pié  ,  dans  ce  qu’il  a  gardé ,  les  expressions  même  de  son 
auteur.  Or,  c’est  ce  dont  il  est  facile  de  s’assurer  en  compa¬ 
rant  ,  dans  les  deux  traités,  les  différentes  sections  que  je 
viens  d  énumérer.  De  peur  de  trop  alonger  ce  chapitre ,  je 
n’en  rapporterai,  qu’un  exemple  pour  que  le  lecteur  se  con¬ 
vainque  par  lui-même  que  le  traité  des  Instruments  de  ré¬ 
action  est  réellement  un  extrait  du  grand  traité  des  Arti- 
culaltùns.  Il  est  dit  dans  le  traité  des  Articulations  :  «  Le 


RAPPORTS  ENTRE  CERTAINS  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  249 

«  sphacèle  des  chairs  survient  :  dans  les  plaies  avec  hémor- 
«  rhagie  sur  lesquelles  on  exerce  une  forte  constrietion  ; 
«  dans  les  fractures  des  os  qüe  Ton  serre  trop  ;  en  général , 
«  dans  les  parties  qui  sont  étreintes  dans  des  liens  trop  étroits. 
«  Beaucoup  de  blessures  pareilles  guérissent  chez  ceux 
«  qui  perdent  une  portion  des  chairs  et  de  l’os  ,  soit  à  la 
«  cuisse  ,  soit  au  bras  ;  la  guérison  est  plus  difficile  à  l’avant- 
«  bras  et  à  la  jambe;  mais  des  blessés  supportent  encore  cet 
«  accident,  et  survivent.  Dans  les  cas  de  fracture  où  la  livi- 
«  dité  et  la  gangrène  s’établissent  aussitôt  ,  la  séparation  se 
«  fait  promptement  avec  le  corps;  et  les  parties  qui  doivent 
<c  tomber,  tombent  bientôt ,  attendu  que  les  os  ont  déjà 
«succombé  à  l’influence  de  la  lésion.  Quand  la  lividité 
«  survient,  les  os  étant  sains,  les  chairs  meurent  prompte- 
«  ment,  il  est  vrai ,  mais  les  os  se  détachent  lentement  là  où 
«  s’établit  la  limite  de  la  lividité  et  de  la  dénudation  de  l’os. 
«  Les  parties  situées  au-dessous  de  la  lividité ,  quand  elles 
«  sont  complètement  mortes  et  insensibles,  doivent  être  re- 
«  tranchées  dans  l’articulation ,  et  le  médecin  aura  soin  de 
«  ne  pas  blesser  les  parties  saines.  Car,  si  l’opéré  ressent  de 
«  la  douleur,  et  si  les  parties  ne  sont  pas  mortes  là  où  la  ré- 
«  section  se  pratique ,  il  est  à  craindre  que  la  douleur  ne 
«  cause  une  défaillance;  et  beaucoup  de  malades  ont  péri 
«  soudainement  dans  de  telles  syncopes.  J’ai  vu  l’os  de  la 
«  cuisse,  ainsi  dénudé,  se  détacher  le  quatre-vingtième  jour. 
«  A  ce  même  malade,  la  jambe  avait  été  enlevée,  dans  l’ar- 
«  ticulation  du  genou,  le  vingtième  jour.  On  aurait  pu,  je 
«  pense ,  l’enlever  plus  tôt;  mais  je  voulus  que  rien  ne  se  fit 
«précipitamment,  et  que  la  prudence  réglât  l’opération. 
«  Dans  un  cas  semblable  de  gangrène  où  le  mal  s’étendait 
«  jusqu’au  milieu  de  la  jambe,  j’ai  vu  tomber,  vers  le  soixan- 
«  tièmë jour,  tout  ee  qui  des  deux  os  était  dénudé.  Le  trai- 


ÏA’TRODCCTIO.V. 


250 

«  tement  diffère  du  traitement  pour  amener  plus  vite  ou 
«  plus  lentement  la  séparation  des  os  dénudés 4.  » 

Yoici  maintenant  le  passage  correspondant  du  traité  des 
Instruments  de  réduction  :  «  Sphacèle  des  chairs  :  constric- 
«  tion  dans  les  plaies  avec  hémorrhagie  ;  bandages  serrés 
<<  dans  les  fractures  des  os*,  lividité  survenue  sous  des  liens 
<c  qui  étreignent.  De  ceux  chez  qui  se  détache  une  por- 
«  tion  de  la  cuisse  et  du  bras,  chez  qui  tombent  des  os  et  des 
«  chairs,  beaucoup  guérissent,  attendu  que ,  du  reste,  leurs 
<t  forces  se  soutiennent.  Dans  les  cas  de  fracture ,  la  sépara- 
«  tion  se  fait  promptement.  Autrement,  les  os  se  détachent 
«  sur  la  limite  de  la  dénudation,  mais  plus  lentement.  B  faut 
«  enlever,  au-dessous  de  la  blessure  et  des  parties  saines, 
«  les  parties  qui  sont  déjà  mortes  :  éviter  la  douleur  5  car  les 
«  blessés  meurent  dans  la  défaillance.  L’os  de  la  cuisse  s’est 
<(  détaché  le  quatre-vingtième  jour  dans  un  sphacèle  sem- 
<(  blable.  La  jambe  fut  enlevée  le  vingtième.  Les  os  d’une 
«  jambe’  vers  le  milieu  du  membre  se  sont  détachés  au 
«  soixantième  jour.  Dans  de  telles  blessures,  promptitude  et 
«  lenteur ,  suivant  les  déligation's  médicales  2.  » 

Après  la  lecture  et  la  comparaison  de  ces  deux  passages , 
on  reconnaît  évidemment  que  l’un  est  un  extrait,  une  ana¬ 
lyse  de  l’autre  :  même  ordre  dans  l’exposition  des  pensées  ; 
mêmes  exemples;  mêmes  expressions.  Seulement  ce  qui  a 
reçu  son  développement  dans  l’un ,  n’est  plus  qu’en  sub¬ 
stance  dans  l’autre  ;  et  ce  résumé  est  même  si  bref,  qu’il  y  a 
des  membres  de  phrases  qui  seraient  très  obscurs  si  le  com¬ 
mentaire  n’en  était  pas  dans  les  passages  correspondants  du 
traité  des  Articulations.  Les  ressemblances  entre  ce  livre  et 

1  Page  497,  Ed.  Frob. 

*  Page  510,  Ed.  Frob. 


RAPPORTS  ENTRE  CERTAINS  LIVRES  HIPPOCRATIQCES.  25 1 

celui  des  Instruments  de  réduction  sont  aussi  frappantes ,  et 
♦ont  le  même  caractère  dans  tous  les  articles  dont  j’ai  indiqué 
un  peu  plus  haut  la  correspondance  dans  ces  deux  traités. 

H  est  donc  certain  que  le  livre  des  Instruments  de  réduc¬ 
tion  est,  en  grande  partie ,  un  extrait  fait  sur  les  passages 
analogues  du  livre  des  Articulations.  Je  dis  passages  ana¬ 
logues j  car  une  observation  non  moins  digne  d’être  notée 
que  le  rapport  entre  ces  deux  livres,  s’est  présentée  dans 
l’examen  comparatif  auquel  je  me  suis  livré  :  c’est  que  l’ex¬ 
trait  qui  porte  le  titre  de  livre  des  Instruments  de  réduction 
présente  un  arrangement  plus  régulier  que  le  livre  même 
des  Articulations  ;  par  conséquent  on  peut  supposer  que  ce 
dernier  traité,  au  moment  où  l’extrait  appelé  livre  des 
Instruments  de  réduction  a  été  fait ,  avait  les  matières  autre¬ 
ment  distribuées  qu’elles  ne  l’ont  toujours  été  depuis  la  pu¬ 
blication  (car  les  premiers  commentateurs,  Philinus  et 
Bacchius,  l’ont  connu  tel  que  nous  le  connaissons  encore  au¬ 
jourd’hui),  qu’il  contenait  plus  et  contenait  moins,  et  avait, 
en  un  mot,  une  disposition  toute  différente. 

Le  tableau  suivant ,  qui  donne  un  index  des  matières  com¬ 
prises  dans  l’un  et  l’autre  traités ,  en  montrant  les  parties 
communes,  montrera  aussi  les  différences  dans  l’arran¬ 
gement. 


252 


INTRODUCTION. 


TRAITÉ  DES  ARTICULATIONS. 

Luxation  de  l’humérus  et  réduction. 
Luxation  non  réduite  de  l’humérus. 
Fracture  de  la  clavicule. 

Luxation  du  coude. 

Diastase  des  os  du  coude. 

Luxation  du  poignet. 

—  des  doigts. 

—  de  la  mâchoire. 

Fracture  de  la  mâchoire  inférieure. 

—  des  os  du  nez. 

—  des  cartilages  de  l’oreille. 
Déviation  de  l’épine. 

Contusion  de  la  poitrine. 

Luxation  de  la  cuisse. 

Luxation  congénitale  de  la  cuisse. 
Luxation  du  pied. 

—  tibio-tarsienne  avec  issue 

des  os. 

— •  radio-carpienne  avec  issue 

des  os. 

—  fémoro  -  tibiale  avec  issue 

des  os. 

— ■  huméro-cubitale  avec  issue 

des  os. 

—  des  phalanges  avec  issue 

des  os. 

Sections  dans  les  articulations  ou 

dans  la  continuité  des  os. 
Gangrène. 

Réduction  de  la  cuisse  luxée. 
Réduction  des  doigts. 

—  du  genou. 

—  de  l’articulation  tibio  -  tar¬ 

sienne. 

Diastase  de  l’articulation  tibio-tar¬ 
sienne. 


TRAITÉ  DES  INSTRUMENTS  DE  Rɬ 
DUCTION. 

Préambule  anatomique. 

Fracture  du  nez. 

—  des  cartilages  de  l’oreille. 
Luxation  de  la  mâchoire. 

—  de  l’épaule. 

—  du  coude. 

—  de  la  main. 

« —  de  la  cuisse. 

—  du  genou. 

— •  de  l’astragale. 

—  du  pied. 

Pied-bot. 

Luxation  du  pied  avec  issue  des  os. 
Sections  dans  les  articulations  ou  dans 
la  continuité  des  os. 

Gangrène. 

Déviation  de  l’épine. 

Règles  générales  de  réduction. 
Instruments  de  réduction, 
j  Têtes  de  chapitres  de  chirurgie. 

;  Remarques  sur  les  fractures  avec 
i  plaies. 


Ce  tableau  suffit  pour  faire  voir  que  l’ordre  ne  règne  pas 
dans  les  matières  qui  constituent  le  livre  des  Articulations  ; 
que ,  dans  un  traité  où  il  s’agit  surtout  de  luxations,  l’histoire 


RAPPORTS  ENTRE  CERTAINS  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  253 

de  certaines  fractures  est  intercalée  5  que  les  diverses  luxa¬ 
tions  ne  se  suivent  pas  d’après  un  arrangement  régulier. 
Tout  cela  était  ainsi  dans  le  traité  des  Articulations  tel  que 
Galien  l’a  commenté,  tel  que  Philinus  et  Bacchius  l’ont 
connu.  Au  contraire ,  l’arrangement  est  beaucoup  plus  mé¬ 
thodique  dans  le  livre  des  Instruments  de  réduction.  Je  pense 
donc  qu’au  moment  où  l’extrait  qui  porte  ce  titre  a  été  fait,  le 
traité  des  Articulations  existait  sous  une  forme  beaucoup 
meilleure,  qu’il  a  été  considérablement  dérangé  plus  tard  dans 
les  mains  de  ceux  qui  le  conservaient,  et  que  c’est  dans 
ce  désordre  définitif  qu’il  a  été  publié. 

Galien  est  d’avis  (et  beaucoup  de  commentateurs  l’avaient 
dit  avant  lui  )  que  le  traité  des  Fractures  et  celui  des  Ar¬ 
ticulations  ,  ne  formaient  qu’un  seul  traité  coupé  en  deux ,  à 
tort,  par  les  premiers  éditeurs  de  la  Collection  hippocrati¬ 
que.  Je  pense,  en  effet,  que  ces  deux  traités  sontun  fragment 
considérable  d’un  grand  livre  où  cette  partie  de  la  chirurgie 
était  traitée  avec  autant  de  développement  que  de  talent. 

Le  traité  des  Instruments  de  réduction  est,  on  vient  de  le 
voir,  un  résumé,  un  abrégé  du  traité  des  Articulations. 
Supposons  maintenant  que  le  traité  des  Articulations  ne 
fût  pas  arrivé  jusqu’à  nous,  et  que  celui  des  Instruments  de 
réduction  fût  seul  entre  nos  mains.  Évidemment,  nous  si¬ 
gnalerions  la  singularité  d’un  livre  où  des  choses  si  savantes 
seraient  dites  en  extrait  seulement  ;  nous  sentirions  qu’une 
telle  forme  est  contraire  à  toutes  les  lois  de  la  composition 
littéraire,  et  nous  serions  tout  naturellement  amenés  à  soup¬ 
çonner  la  vérité,  à  savoir  que  le  traité  des  Instruments  de 
réduction  n’est  qu’un  raccourci  de  quelque  grande  œuvre. 

Le  traité  du  Régime  des  gens  en  santé  (repi  ôiai'rr^  vytet vîfc  ) 
présente  une  particularité  très  singulière.  Il  se  termine  par 
deux  phrases  qui -n’ont  aucun  rapport  avec  le  sujet  traité 


254-  .  INTRODUCTION. 

dans  cet  opuscule.  Les*  voici  :  Première  phrase  :  «  Ceux  à 
«  qui  des  maladies  proviennent  par  le  cerveau ,  sont  pris 
«  d’abord  d’engourdissement  dans  la  tête.  Le  malade  urine 
«  fréquemment,  et  éprouve  les  mêmes  accidents  que  dans  la 
a  strangurie.'  Ces  symptômes  se  prolongent  pendant  neuf 
«  jours ;  et  s’il  s’échappe,  par  les  narines  eu  par  les  oreil¬ 
le  les,  de  l’eau  ou  du  phlegme,  la  maladie  guérit;  lastran- 
«  gurie  cesse  ;  le  malade  rend  sans  douleur  une  urine  abon¬ 
ni  dante,  blanche,  jusqu’à  ce  que  vingt  jours  se  soient 
«  écoulés,  et  que  la  douleur  de  tête  ait  disparu;  lorsqu’il 
«  regarde,  la  vue  lui  est  enlevée.  )>  Deuxième  phrase  :  «  Celui 
«  qui  est  capable  de  concevoir  de  quel  prix  la  santé  est  pour 
«  les  hommes,  doit  savoir  se  secourir  dans  ses  maladies  par 
«  son  propre  jugement1.  »  Ces  deux  phrases  n’ont,  comme 
on  voit,  aucun  rapport  entre  elles;  la  première  décrit  une 
certaine  affection  du  cerveau;  la  seconde  contient  un  conseil 
aux  gens  éclairés  sur  la  nécessité  d’apprendre  à  se  donner 
eux-mêmes  quelques  secours  dans  leurs  maladies.  Ces  deux 
phrases  n’ont  aucun  rapport,  non  plus ,  avec  ce  qui  les  pré¬ 
cède,  et  elles  terminent  ainsi  brusquement  l’opuscule  du 
Régime  des  gens  en  santé.  Galien ,  qui  l’a  commenté ,  arrivé  à 
ce  passage  dit  :  «  On  a  soupçonné,  avec  raison ,  l’authen- 
«  ticité  de  ces  deux  phrases;  quelques-uns  même  les  con- 
«  damnent  absolument,  et  assurent  qu’elles  ne  sont  pas  de 
«  Polybe,  et  encore  moins  d’Hippocrate.  Le  commencement, 

«  où  l’auteur  dit  que  les  maladies  qui  proviennent  du  cer- 
«  veau  amènent  l’engourdissement  et  la  strangurie  ,  est  tout 
«  à  fait  confus.  Ce  ne  serait  pas  plus  véritable  quand  même 
u  l’on  penserait  qu’il  s’agit ,  non  dé  toutes  les  maladies 
«  du  cerveau,  mais  de  celles-là  seules  qu’un  écoulement 


1  Page  27,  Ed.  Frob. 


RAPPORTS  ENTRE  CERTAINS  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  255 

v  d’eau  et  de  phlegme  par  les  oreilles  et  les  narines  ferait 
«  cesser.  Car  cela  n’arrive  ni  toujours  ,  ni  môme  le  plus 
«  souvent1.  »  J’ai  rapporté  le  commentaire  de  Galien  pour 
montrer  que  ces  deux  phrases,  quelque  incohérentes  qu’elles 
soient  ,  ont  la  même  place  et  la  même  rédaction  depuis  la 
plus  haute  antiquité.  Car  Galien ,  en  en  signalant  les  vices , 
ne  dit  pas  qu’elles  soient  une  interpolation  faite  depuis  le 
commencement  des  commentaires  sur  la  Collection  hippo¬ 
cratique.  Elles  existaient  dans  les  mêmes  termes  dès  le 
temps  de  Bacchius.  J’ai  encore  rapporté  le  passage  de  Ga¬ 
lien  pour  un  autre  motif,  c’est  pour  faire  voir  qu’il  n’a  pas 
indiqué  la  particularité  la  plus  remarquable  de  ces  deux 
phrases. 

La  première  se  trouve  textuellement  dans  l’intérieur  du 
2e  livre  des  Maladies 2;  et,  ce  qui  prouve  qu’elle  a  été  copiée 
sur  le  2e  livre  des  Maladies ,  c’est  que,  dans  ce  livre,  elle 
est  suivie  d’autres  phrases  qui  complètent  le  tableau  de  la 
maladie  en  question. 

La  seconde,  qui  commence  par  ces  mots  :  l'homme  qui 
est  capable ,  etc. ,  est  la  première  phrase  du  traité  des  affec¬ 
tions  3. 

Ainsi  voilà  deux  phrases  sans  liaison  l’une  avec  l’autre , 
sans  liaison  avec  ce  qui  les  précède,  lesquelles  se  trouvent 
appartenir  à  deux  traités  différents.  Comment  expliquer 
une  telle  singularité?  Est-ce  le  commencement  d’une  table 
où  l’on  indiquait  les  ouvrages  par  leurs  premières  lignes  ? 
cela  veut-il  dire  que  le  2e  livre  des  Maladies  et  le  traité  des 
affections  sont  du  même  auteur  que  l’opuscule  sur  le  Régime 

1  Tome  v,  p.  37,  Ed.  Basil. 

*  Page  142,  Ed.  Frob.  . 

3  Page  179,  Ed.  Erob. 


INTRODUCTION. 


256 

des  gens  en  santé?  n’y  faut-il  voir  qu’un  indice  de  cette  opi¬ 
nion  qui  se  confirme  de  plus  en  plus  dans  mon  esprit,  à  sa¬ 
voir  que  nous  n’avons  dans  la  Collection  hippocratique ,  à 
part  quelques  livres  bien  conservés,  que  des  débris,  des  ex¬ 
traits  ,  des  fragments  de  grands  travaux  sur  la  médecine? 

Le  deuxième  livre  des  Maladies  a.  un  double  commence¬ 
ment.  Après  une  exposition  d’un  certain  nombre  de  maladies 
de  la  tête 4 ,  le  même  sujet  est  repris  avec  le  titre  :  Maladies 
qui  naissent  de  la  tête  2,  à  peu  près  dans  les  mêmes  termes, 
mais  avec  un  peu  plus  de  développement,  et  c’est  au  début 
de  ce  second  commencement  que  se  trouve  la  phrase  qui  est 
placée  à  la  fin  de  l’opuscule  du  Régime  des  gens  en  santé. 
N’est-ce  pas  là  encore  une  preuve  de  ces  destructions  que 
j’ai  signalées ,  un  reste  de  ces  ruines  devant  lesquelles  je  suis 
demeuré  bien  des  heures  en  contemplation  assidue,  espérant 
qu’un  détail  inaperçu  me  révélerait  l’ordonnance  de  l’édi¬ 
fice  auquel  elles  ont  appartenu? 

Je  ne  parlerai  pas  ici  des  nombreux  passages  qui  sont  si¬ 
multanément  répétés  avec  les  mêmes  termes  dans  les  diffé¬ 
rents  livres  des  Épidémies;  je  ne  parlerai  pas  non  plus  de 
répétitions  analogues,  mais  moins  nombreuses,  qui  sont 
entre  ces  mêmes  livres  des  Épidémies  et  les  Prénotions  de 
Cos.  Je  me  bornerai  à  quelques  exemples. 

H  est  dit  dans  le  traité  de  la  Nature  de  l'homme  5  «  Les 

<(  maladies  qu’engendre  la  plénitude  sont  guéries  par  l’éva- 
«  cuation-,  celles  qu’engendre  l’évacuation,  par  la  pléni- 
«  tude.  »  Cela  se  trouve  avec  les  mêmes  termes  dans  les 
Aphorismes ,  uc  section  4. 

1  Page  UO,  Ed.Frob. 

Nouffot  at  à-ro  tt-ç  xeoaXî;;  yivouevcu.  P.  142,  Ed.  Frob. 

3  Page  22,  E<1.  Frob. 

4  Page  591,  Ed.  Frob. 


RAPPORTS  ENTRE  CERTAINS  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  257 

Dans  le  morceau  qui,  portant  autrefois  le  titre  de  Ilspl 
oldwj ,  faisait  partie  du  traité  des  Instruments  de  réduction , 
et  est ,  dans  les  éditions  modernes ,  placé  à  la  fin  de  la  com¬ 
pilation  intitulée  de  la  Nature  des  os,  on  lit#en  parlant  des 
yeines  :  «.  Dans  un  cercle  tracé,  un  commencement  ne  se 
«  peut  trouver 1 * 3  4.  »  La  même  phrase  est  dans  le  traité  des 
Lieux  dans  l’homme  2.  • 

Il  est  dit  dans  le  traité  des  Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux  : 
«  Le  sperme  provient  de  toutes  les  parties  du  corps ,  sain  des 
«  parties  saines.,  malade  des  parties  malades  3.  »  Cette  phrase 
est  textuellement  reproduite  dans  le  livre  de  la  Maladie 
sacrée*. 

On  lit  dans  l’opuscule  sur  YUsage  des  liquidçs  :  «  L’eau 
«  chaude  a  les  inconvénients  suivants  pour  ceux  qui  en  usent 
«  souvent  :  elle  produit  le  relâchement  des  chairs ,  l’impuis- 
«  sance  des  ligaments ,  l’engourdissement  de  la  pensée ,  des 
«  hémorrhagies,  des  syncopes;  et  ces  accidents  vont  jusqu’à 
a  la  mort;  l’eau  froide  produit  des  convulsions,  des  té- 
«  tanos,  des  lividités  et  des  frissons  fébriles  5.  »  Tout  cela  se 
troiive  dans  les  Aphorismes ,  section  y  6.  De  même  on  lit 
également,  dans  l’opusculé  sur  V  Usage  des  liquides  et  dans  la 
même  section  des  Aphorismes ,  les  lignes  suivantes  :  «  Le 
«.froid  est  l’ennemi  des  os,  des  dents,  des  tendons,  du  cer¬ 
veau  ,  de  la  moelle  épinière;  le  chaud  èn  est  l’ami.  » 

1  Page  61 ,  Ed.  Frob. 

’  Page  65,  Ed.  Frob. 

3  'O  yàp  yo'voç  TtavVa^o'ÔEv  IpysTai ,  â~6  te  twv  uytvipwv  oyi-^po; 
tou  scüxaTo;,  dhcd  te  twv  vos spwv  voscpoç.  P.  77,  Ed.  Frob. 

*  'ûç  ô  yovoç  Ipyerai  7ravTO0sv  tou  gwu.«to<;,  â~6  ts  twv  uyi^pwv 
,  aTo  te  TWV  vocspwv  vosepo;.  P.  1 25,  Ed.  Frob. 

5  PageUp  Ed.  Frob. 

«  Page  596,  Ed.  Frob. 


TOM.  I. 


17 


258 


INTRODUCTION. 


«  Dans  les  tumeurs  désarticulations,  dans  les  tumeurs 
«  goutteuses  sans  plaies,  et  la  plupart  des  convulsions spas- 
<(  modiques ,  l’eau  froide  jetée  en  abondance  fait  suer ,  atté- 
(c  nue  et  endort  la  douleur,  un  engourdissement  léger  est  un 
«  remède  à  la  douleur.  »  Cela  se  trouve  dans  l’opuscule  de 
T  Usage  des  humides ,  p.  1 1 3,  et  dans  les  Aphorismes,  sect.  v, 
p.  396.*' 

Toute  la  fin  de  ce  même  opuscule,  à  part  les  deux  der¬ 
nières  lignes  (p.  1 14  ),  se  trouve  dans  les  A phorismes,  sect.  v. 
p.  396. 

Un  long  morceau  commençant  par  ces  mots  :  toîîiy  !v 
Tîiat  irsptoSoifft,  et  finissant  par  ceux-ci  :  *a\  <?%  su^opo*;,  se 
trouve  dans  le  traité  des  Humeurs  (p.  115,  Ed.  Frob.),  et 
dans  les  Aphorismes ,  p.  390. 

Un  long  passage  commençant  par  of  atuoppotSaç  I^ovra;,  est 
textuellement  copié  dans  les  Épidémies ,  lib.  vi,  p.  346,  et 
dans  le  livre  des  Humeurs ,  p.  117.  Ce  qu’il  y  a  de  singulier, 
c’est  qu’au  milieu  de  ce  passage,  qui  est  continu  dans  le 
traité  des  Humeurs ,  tombe  la  section  ive  du  6e  livre  des 
Épidémies . 

«  Les  vents  du  midi  rendent  l’ouïe  obtuse,  la  vue  trouble, 
«  la  tête  pesante ,  le  corps  lent ,  et  sont  dissolvants.  Quand 
«  ce  vent  règne,'  des  accidents  analogues  doivent  être  at- 
«  tendus  dans  les  maladies.  Quand  le  vent  du  nord  domine,  il 
«  règne  des  toux,  des  angines,  des  constipations,  des  dysu- 
«  ries  avec  frissons,  des  douleurs  de  côté,  de  poitrine.  » 
Tout  cela  est  dans.le  traité  des  Humeurs ,  p.  1 16 ,  et  dans  les 
Aphorismes  ,  p.  392. 

Une  particularité  est  à  relever  dans  le  traité  des  Humeurs ; 
car  elle  peut  nous  instruire  de  la  manière  dont  cet  opuscule 
a  été  composé.  Hyest  dit,  p.  116,  «que  le  vent  du  midi 
«  produit  certains  accidents;  que  le  vent  du  nord  en  produit 


RAPPORTS  ENTRE  CERTAINS  LIVRES  HIPPOCRATIQUES.  259 

«  d’autres;  que,  si  ce  vent  prédomine  encore  davantage,  les 
«  fièvres  suivent  les  chaleurs  et  les  pluies.  »  Cela  est  évidem-  * 
ment  mal  arrangé;  les  fièvres  ne  peuvent  suivre  les  cha¬ 
leurs  et  les  pluies  qu’autant  que  le  vent  du  midi  règne,  et 
non  le  vènt  du  nord.  On  a  la  clef  de  ces  erreurs  si  l’on  se  y 
reporte  aux  Aphorismes ,  p.  392.  Là,  en  effet,  est  détaillé 
ce  qui  n’est  qu’en  extrait  dans  le  traité  des  Humeurs  ,  et 
Ton  y  trouve  T  exposition  nette  des  différents  vents.  Ga¬ 
lien,  dans  son  Commentaire  sur  le  traité  des  Humeurs,  re¬ 
marque,  de  son  côté,  que  la  chose  est  mieux  dans  les 
Aphorismes  l 

On  peut  conclure  de  ce  fait  que  la  compilation  appelée  des 
Humeurs  a  été  faite  après  les  Aphorismes,  et,  en  partie  du 
moins,  sur  les  Aphorismes. 

Nous  n’avons  guère,  je  l’ai  déjà  dit,  que  les  jugements 
des  critiques  anciens  sur  l’authenticité  de  tel  ou  tel  écrit 
hippocratique,  mais  nous  n’avons  pas  leurs  motifs.  Néan¬ 
moins,  dans  le  courant  de  la  discussion  se  sont  présentés 
certains  faits  qui,  d’eux-mêmes,  sont  venus  concorder  avec 
ces  mêmes  jugements,  et  qui  ont  rattaché  l’une  à  l’autre  l’an¬ 
cienne  et  la  moderne  critique.  Ici  encore  le  même  résultat  est 
obtenu,  et  les  recherches  consignées  dans  ce  chapitre  expli¬ 
quent  les  opinions  des  commentateurs  de  l’antiquité  sur  quel¬ 
ques-uns  des  livres  hippocratiques.  Le  traité  des  Humeurs 
avait  été  absolument  rejeté  parHéraclide  de  Tarente  et  par 
Zeuxis,  attribué  à  un  Hippocrate  postérieur  par  Glaucias. 

Or  il  est  évident,  d’après  la  comparaison  que  j’ai  établie,  que 
ce  traité  renferme  des  passages  textuellement  copiés  sur 
d’autres  ouvrages,  et  que,  par  conséquent  -,  il  a  été  rédigé 
après  ces  mêmes  ouvrages. 


*  Tome  xvi,  p.  117,  Ed.  Kuhn. 


INTRODUCTION . 


260 

Je  n’ai  pas  exposé  le  détail  des  passages  qui  sont  identi¬ 
ques  dans  le  7e  livre  des  Épidémies  et  les  autres;  mais  ces 
passages  sont  extrêmement  nombreux.  Galien  a  donc  eu 
toute  raison  de  dire  que  ce  7e  livre  est  manifestement'dénué 
d’authenticité ,  d’une  date  postérieure ,  et  composé  de  pièces 
et  de  morceaux.1. 

Il  est  possible,  et  c’est  un  des  résultats  de  ce  chapitre , 
d’établir ,  entre  un  certain  nombre  d’écrits  hippocratiques, 
trois  classes  :  la  première  comprend  des  livres  qui  sont  an¬ 
térieurs  aux  écrits  appartenant  à  Hippocrate  lui-même;  la 
seconde,  des  ouvrages  qui  sont  réellement  de  ce  médecin; 
la  troisième,  des  opuscules  qui  sont  postérieurs,  puisque, 
en  grande  partie ,  ce  sont  des  extraits  et  des  copies. 

L’examen  de  ces  particularités  nous  reporte  à  l’époque 
même  qui  a  précédé  la  publication  de  la  Collection  hippocra¬ 
tique.  Car ,  ainsi  que  je  l’ai  remarqué  à  diverses  reprises , 
tout  cela  existait  dès  les  premiers  temps;  extraits,  frag¬ 
ments,  notes,  passages  copiés,  tout  cela  se  trouvait  dès  les 
plus  anciens  travaux  de  Bacchius,  de  Philinus,  de  Xéno- 
crite.  Ainsi,  quand  nous  voyons  que  des  livres  sont  des  ex¬ 
traits  les  uns  des  autres,  nous  pouvons  admettre  que  ces 
extraits  ont  été  faits,  que  ces  notes  ont  été  compilées,  après 
Hippocrate,  il  est  vrai,  mais  avant  les  premiers  travaux  des 
écoles  alexandrines;  d’autant  plus  que  ces  extraits  repré¬ 
sentent  quelquefois  une  rédaction  plus  régulière ,  un  état 
plus  complet  des  livres  même  d’où  ils  proviennent,  et  que 
nous  possédons  encore.  Tel  est  le  cas  du  livre  des  Instru¬ 
ments  de  réduction  par  rapport  au  livre  des  Articulations. 
Xous  assistons,  pour  ainsi  dire  ,  à  la  formation  de  la 
■Collection  hippocratique;  et,  comparant  tout  ce  que  les  hip- 

'  Tome  ni,  p.  182,  Ed.  Basil. 


rapports  entre  certains  livres  hippocratiques.  261 
pocratiques  avaient  fait  avec  le  peu  qui  nous  reste  d’eux , 
nous  voyons  cette  masse  de  livres  s’amoindrir ,  se  détério¬ 
rer ,  se  réduire  en  extraits  et  en  notes ,  jusqu’au  moment  où 
la  publicité  des  grandes  bibliothèques  commence ,  et  où  les 
livres  hippocratiques  se  trouvent  irrévocablement  sauvés , 
mais  sauvés  avec  toutes  les  traces  de  dommages  irrépa¬ 
rables. 


CHAPITRE  Xf. 

DE  LA  PUBLICATION'  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE. 


Je  né  veux  pas  entrer  dans  l’examen  particulier  de  chacun 
des  écrits  hippocratiques  sans  consacrer  quelques  pages  à 
rechercher  de  quelle  manière  on  peut  concevoir  que  la  Col¬ 
lection  entière  s’est  formée.  On  a  vu,  dans  les  chapitres  pré¬ 
cédents,  qu’elle  a  des  incohérences,  du  décousu,  des  falsifi¬ 
cations  dans  les  noms  d’auteurs,  des  négligences  de  rédaction 
qui  ne  permettent  de  reconnaître  ni  l’œuvre  d’un  seul 
homme,  ni  la  production  d’une  seule  époque,  ni  la  publica¬ 
tion  volontaire  et  soignée  d’un  écrivain  qui  achève  et  polit  ses 
livres  avant  de  les  mettre  au  jour.  Là,  est  une  difficulté  qu’il 
faut  essayer  de  résoudre,  sinon  par  des  certitudes  absolues, 
bu  moins  par  des  conjectures  très  probables.  H  s’agit  de 
comprendre  comment  des  fragments,  comment  de  simples 
notes  ont  été  insérés  dans  une  Collection  qui  contient  des 
parties,  si  excellentes,  si  travaillées,  si  achevées;  il  s’agit  d’ex¬ 
pliquer  comment  des  noms  ont  été  changés,  et  comment  ce 
qui  était  l’œuvre  de  Polybe,  par  exemple,  y  a  été  introduit 
sous  le  titre  d’œuvre  d’Hippocrate.  Ce  sont  des  questions 
que  les  critiques  n’ont  jamais  abordées  ex  professo. 

On  ne  peut  en  espérer  la  solution  que  de  l’examen  de  tous 
les  caractères  que  la  Collection  hippocratique  présente  en 
tant  que  Collection.  Or,  huit  circonstances  principales  s’y 
font  remarquer.  En  .les  réunissant  toutes  et  en  les  compa¬ 
rant,  on  entrevoit  comment  cette  Collection  s’est  formée. 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  263 

1°  La  Collection  hippocratique  n’existe  d’une  manière 
authentique  que  depuis  le  temps  d’Hérophile  et  de  ses  élèves, 
Philinus  et  Bacchius. 

2°  Elle  renferme  des  portions  qui  (on  le  sait  par  des  té-  . 
moignages  positifs)  appartiennent  à  d’autres  médecins 
qu’Hippocrate. 

3°  Elle  contient  des  recueils  de  notes  qu’un*  écrivain  n’au¬ 
rait  jamais  publiés  lui-même  dans  cet  état  d’imperfection. 

4°  Elle  contient  des  compilations  qui  sont  ou  des  analy¬ 
ses,  ou  des  extraits,  textuellement  copiés,  d’autres  livres  qui 
existent  encore  aujourd’hui  dans  cette  même  Collection. 

5°  Les  traités  qui  la  composent,  de  même  qu’ils  iie  sont 
pas  d’un  seul  auteur,  ne  sont  pas  non  plus  d’une  seule  épo¬ 
que;  il  en  est  de  plus  récents  les  uns  que  les  autres. 

6°  On  y  voit  la  preuve  que  les  Hippocratiques  avaient 
composé  une  foule  d’ouvrages  qui  sont  perdus,  et  qui  l’é¬ 
taient  dès  le  moment  de  la  publication  de  la  Collection. 

7°  Les  plus  anciens  critiques  ont  hésité  et  varié  lorsqu’ils 
ont  voulu  déterminer  à  quels  auteurs  il  fallait  attribuer  les 
ouvrages  qui  forment  la  Collection  hippocratique. 

8°  Il  faut  excepter  un  petit  nombre  d’écrits  sur  lesquels, 
ô  un  titre  ou  à  un  autre,  les  critiques  anciens  se  sont  accor¬ 
dés  unanimement  pour  en  regarder  Hippocrate  lui-même 
comme  l’auteur. 

Revenons  sur  chacune  de  ces  huit  circonstances  caracté¬ 
ristiques,  et  examinons  les  conclusions  qui  en  découlent 
naturellement. 

En  premier  lieu,  la  Collection  hippocratique  n’existe  d’une 
manière  authentique  que  depuis  le  temps  d’Hérophile  et  de 
ses  élèves,  Philinus  et  Bacchius  :  c’est  un  fait  que  j’ai  dé¬ 
montré;  les  commentaires  et  les  renseignements  s’arrêtent 
là  pour  la  Collection  en  bloc;  dans  l’époque  antérieure  ou  ne 


264  INTRODUCTION, 

trouve  la  mention  que  d’un  très  petit  nombre  d’écrits.  On  est 
autorisé  à  conclure  de  ce  fait  que  la  Collection  n’a  été  formée 
et  publiée  qu’à  ce  moment,  et'qu’auparavant  il  n’y  a  rien 
eu  de  semblable  au  recueil  qui  a  été  connu  plus  tard  sous  le 
titre  commun  d’œuvres  d’Hippocrate. 

En  second  lieu,  il  est  constant  qu’un  passage  de  Polybe  se 
trouve  dans  la 'Collection  hippocratique.  Examinons  attenti¬ 
vement  cette  circonstance  :  Aristote  a,  dans  sa  bibliothèque, 
les  livres  du  médecin  Polybe-,  il  y  emprunte  un  long  morceau 
qu’il  rapporte  textuellement  5;  voilà  un  premier  fait  positif. 
Mais  voici  un  second  fait  qui  est  singulier  et  qui  n’est  pas 
moins  positif,  c’est  que  le  morceau  rapporté  par  Aristote  se 
trouve  tout  au  long  dans  le  livre  de  la  Nature  de  F  homme, 
non  plus  sous  le  nom  de  Polybe,  mais  sous  celui  d’Hippo¬ 
crate.  Comment  s’est  faite  cette  métamorphose  ?  On  n’a  pas 
pu,  je  l’ai  déjà,  dit,  transporter  le  morceau  en  question  des 
œuvres  d’Aristote  dans  celles  d’Hippocrate,  caria  publica¬ 
tion  de  la  Collection  aristotélique  est  postérieure  à  celle  de  la 
Collection  hippocratique.  D’un  autre  côté ,  les  livres  de  Po¬ 
lybe  n’ont  pü,  non  plus,  le  fournir  5  car,  si  ces  livres  avaient 
existé  au  moment  où  la  Collection  hippocratique  fut  publiée, 
les  premiers  commentateurs  qui  ont  travaillé  sur  les  œuvres 
d’Hippocrate  auraient  signalé  l’emprunt,  et  nul  d’entre  eux 
n’a  parlé  des  livres  de  Polybe,  qui,  dans  le  fait,  avaient  dès 
lors  péri. 

Ainsi  un  livre  de  Polybe  (car  en  cela  le  témoignage  d’A¬ 
ristote  est  décisif)  se  trouve  postérieurement  changé  en  un 
livre  d  Hippocrate.  Un  pareil  changement  n’a  pu  se  faire  que 
sciemment  ou  insolemment,  je  veux  dire  que,  ou  bien  le  nom 
de  Polybe  a  été  effacé  et  celui  d’Hippocrate  substitué,  ou  bien 
lelivren  avait  pas  de  nom  d’auteur,  et  ceux  qui  l’ont  mis  alors 
dans  la  publicité,  l’ayant  trouvé  avec  d’autres  qui  portaient 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  265 

le  titre  d’Hippocrate,  Font  décoré  du  même  titre.  Cette  der¬ 
nière  opinion  est  la  plus  probable,  et  elle  l’est  d’autant  plus 
que  le  livre  de  la  Nature  de  l'homme  est  évidemment  com¬ 
posé  d’extraits  et  de  fragments  d’un  ou  plusieurs  ouvrages. 
Cet  extrait  a  pu,  par  cette  raison,  n’avoir  plus  de  nom  d’au¬ 
teur,  et  l’inscription  du  nom  d’Hippocrate  a  été  moins  une 
fraude  qu’une  erreur. 

Ce  fait  prouve  irréfragablement,  1°  que  la  publication  de  la 
Collection  est  postérieure  non  seulement  à  Hippocrate,  mais 
à  Polybe *,  2°  que,  du  temps  d’Aristote,  les  livres  de  Polybe 
existaient  avec  le  nom  de  cet  auteur  -,  3°  que,  comme,  dans  la 
CcDection  hippocratique,  ces  livres  ont  perdu  le  nom  de  leur 
véritable  auteur,  et  ne  sont  plus  qu’en  extraits  très  mutilés, 
la  publication  de  la  Collection  hippocratique  ne  peut  pas  ne 
pas  être  postérieure  à  Aristote.  J’ai  donc  eu  raison  de  regar¬ 
der  la  cessation  des  commentaires  et  des  renseignements 
vers  le  temps  d’Hérophile  et  de  ses  élèves  comme  une  preuve 
que  la  publication  de  la  Collection  était  voisine  de  leur 
époque. 

En  troisième  lieu,  la  Collection  hippocratique  contient  des 
recueils  de  notes  qu’un  écrivain  n’aurait  jamais  publiés  lui- 
même  dans  un  pareil  état  d’imperfection.  Cette  vérité  a  été 
sentie  par  tous  les  critiques  de  l’antiquité  $  aussi  ont-ils  re¬ 
gardé  comme  posthume  la  publication  de  ces  notes.  Je  rap¬ 
pelle  ici  ce  genre  de  considérations  non  pas  tant  pour,  dé¬ 
montrer  que  la  Collection  hippocratique  est  une  publication 
postérieure  à  Hippocrate  (cela  est  établi  d’ailleurs  d’une 
manière  incontestable)  que  pour  montrer  que  les  livres 
hippocratiques ,  tels  qu’on  les  a  eus  depuis  Hérophile  jus¬ 
qu’à  nos  jours,  provenaient,  en  partie  du  moins,  de  papiers 
long-temps  gardés  dans  une  famille  ou  une  école  médicale. 

C’est  ce  qui  ressort  encore  plus  évidemment  du  quatrième 


INTRODUCTION. 


266 

fait,  à  savoir  que  la  Collection  hippocratique  renferme  plu¬ 
sieurs  morceaux  qui  sont  ou  un  recueil  de  passages  textuel¬ 
lement  copiés,  ou  une  analyse  abrégée,  faite  sur  des  traités 
encore  existants  dans  la  Collection.  En  effet ,  on  assiste,  là, 
au  travail  même  qui  a  produit  ce  grand  nombre  de  pièces  de 
la  Collection  hippocratique  5  on  voit  que  des  morceaux  ont 
été  copiés  çà  et  là  dans  d’autres  livres  hippocratiques,  parce 
que  celui  qui  les  copiait  les  voulait  ou  conserver ,  ou  arran¬ 
ger  dans  uii  autre  ordre  ;  on  voit  encore  que  d’autres  livres 
ont  été  abrégés  et  analysés  dans  un  but,  soit  d’étude,  soit 
d’enseignement;  et  ces  fragments,  ces  copies,  ces  analyses 
ont  été  gardés  et  publiés  dans  la  Collection,  avec  les  pièces 
originales  ;  ce  qui  est  la  preuve  la  plus  manifeste  que  les  livres 
hippocratiques  sont  long-temps  demeurés  entre  des  mains 
médicales  qui  les  ont  feuilletés,  transcrits,  abrégés,  usés, 
perdus  ;  et  c’est  ce  reste  qui,  tardivement  publié,  a  constitué 
la  Collection  hippocratique  :  dénomination  d’ailleurs  méritée; 
car  la  présence,  dans  cette  Collection,  de  livres  qui  sont 
vraiment  d’Hippocrate,  et  d’extraits  faits  sur  ces  livres,  mon¬ 
tre  qu’elle  est  provenue,  ou  de  descendants  d’Hippocrate 
même,  ou  de  gens  qui  la  tenaient  de  ces  descendants. 

J’ai  rapporté  dmis  le  chapitre  précédent,  p.  253,  que  deux 
phrases  sans  liaison  entre  elles  et  avec  ce  qui  les  précède, 
lesquelles  terminent  l’opuscule  du  Régime  des  gens  en  santé 
(  7rep\  oiaiT/jÇ  uyisivî-ç),  se  trouvent ,  l’une  dans  l’intérieur  du 
2e  livre  des  Maladies ,  l’autre  au  début  du  livre  des  affec¬ 
tions.  Un  pareil  désordre  prouve  que,  lorsque  la  Collec¬ 
tion  hippocratique  a  été  mise  en  circulation,  on  a  publié 
pêle-mêle  tous  les  papiers  (je  me  sers  de  ce  met  mo¬ 
derne)  qui  provenaient  de  la  bibliothèque  ou  d’un  médecin, 
ou  d’une  famille  de  médecins.  Il  faut  en  dire  autant  de  ce 
double  préambule ,  le  premier  en  abrégé ,  le  second  plus 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  267 

étendu,  qui  se  trouve  au  commencement  du  2*  livre  des 
Maladies. 

En  cinquième  lieu,  parmi  les  traités -qui  forment  la  Col¬ 
lection,  il  en  est  de  plus  récents  les  uns  que  les  autres.  Cela 
est  encore  un  argument  en  faveur  de  l’opinion  qui  admet 
que  la  Collection  est  restée ,  avant  sa  publication ,  entre  les 
mains  d’une  famille  eu  d’une  école  médicale.  Car,  autre¬ 
ment,  comment  concevoir  que  des  traités  d’époques  diffé¬ 
rentes  eussent  été  réunis  en  un  seul  corps?  Mais  cela  se 
conçoit,  du  moment  que  l’on  suppose  que  ces  livres  se  sont 
accumulés,  pendant  un  long  intervalle  de  temps,  dans  une 
famille  ou  une  école.  Remarquons  en  outre  qu’il  a  dû  exister 
des  motife  pour  que  ces  livres  fussent  dits  hippocratiques  ; 
ces  motifs  sont  :  1°  que  ces  livres  étaient  restés  ignorés  du 
public  médical ,  ignorance  qui  a  permis  de  leur,  donner  le 
nom  d’Hippocrate ,  ce  qui  n’aurait  pu  se  faire  s’ils  avaient 
déjà  circulé  sous  un  autre  nom;  et,  en  effet,  les  ouvrages 
dePraxagore,  de  Dioclès  et  d’Euryphon,  composés  pen¬ 
dant  le  même  laps  de  temps ,  n’ont  point  été  appelés  hippo¬ 
cratiques  ;  leur  publicité  eût  rendu  impossible  tout  change¬ 
ment  de  ce  genre  ;  2°  que  ces  livres  ont  d’autant  plus  natu¬ 
rellement  porte  le  nom  d'Hippocrate  qu’ils  sortent  d’une 
source  hippocratique,  c’est-à-dire  des  mains  de  gens  qui  les 
avaient  reçus,  par  héritage  ou  tradition,  de  quelque  famille 
médicale  ayant  des  liaisons  avec  celle  du  célèbre  médecin  de 
Cos.  Et  ici  un  rapprochement  me  frappe,  c’est  que,  parmi 
les  livres  hippocratiques  d’époques  diverses ,  les  plus  récents 
atteignent  seulement  le  temps  d’Aristote  et  de  Praxagore  ; 
pas  un  ne  va  jusqu’à  Érasistrate  et  HéropTiile  ;  je  l’ai  montré 
dans  îe  chapitre  consacré  à  l’examen  de  quelques  points  de 
chronologie  médicale.  L’examen  intrinsèque  de  la  Collection 
n’est  donc  nulle  part  en  contradiction  avec  l’examen  extrin- 


INTRODUCTION'. 


268 

sèque;  car  si,  d’une  part,  les  renseignements  extérieurs 
sur  la  Collection  ne  remontent  pas  au-delà  d’Hérophile, 
d’autre  part,  la  date  des  compositions  les  plus  moderne^  de 
ce  recueil  ne  descend  pas  au-delà  d’Aristote  ét  de  Praxa- 
gore.  Il  y  a  entre  ces  deux  époques  un  intervalle  dans  lequel 
1a  Collection  a  été  publiée.  Les  hippocratiques  ont  travaillé 
jusqu’à  la  première,  époque  5  puis  leur  famille  s’est  éteinte-, 
leur  héritage  est  passé  à  d’autres  mains-,  et,  peu  de  temps 
après ,  l’ouverture  de  la  Bibliothèque  de  Ptolémée  Lagus 
sollicitant  la  vente  des  livres ,  ce  qui  restait  de  leurs  œuvres 
a  été  mis  au  jour  sous  le  nom  du  plus  célèbre  d’entre  eux ,  et 
sans  indice  qui  pût  faire  connaître  les  véritables  auteurs  de 
cette  masse  d’écrits.  C’est  de  cette  façon  que  l’extrait  qui 
subsistait  seul  encore  du  livre  de  Polybe ,  gendre  d’Hippo¬ 
crate  et  appartenant  par  conséquent  à  cette  famille,  a  été 
publié  dans  la  Collection  avec  le  nom  d’Hippocrate.  Le  livre 
de  Polybe  avait  été  dans  cette  bibliothèque  ;  il  y  avait  péri , 
et  là  même  il  n’en  demeurait  plus  qu’un  extrait  $  il  avait  été 
aussi  dans  la  bibliothèque  d’Aristote;  il  y  avait  également 
péri  ;  et  la  seule  trace  qu’il  y  ait  laissée ,  est  la  citation  con¬ 
servée  dans  Y  Histoire  des  animaux. 

En  sixième  lieu ,  la  Collection  hippocratique  renferme  la 
mention  d’une  foule  de  livres  composés  par  les  hippocra¬ 
tiques  ,  livres  qui  sont  perdus  et  qui  l’étaient  dès  le  moment 
de  la  publication  de  la  Collection  elle-même.  Cette  mention 
est  très  importante  ici:  en  effet,  j’y  vois  la  meilleure  preuve 
qui  se  puisse  donner,  que  les  premiers  publicateurs  delà 
Collection  hippocratique  ont  été ,  non  point  des  faussaires 
qui  auraient  composé  de  toutes  pièces  les  livres,  mais  des 
gens  qui,  eux-mêmes,  avaient  perdu  la  notion  exacte  des 
volumes  qu’ils  possédaient ,  et  qui  se  défirent  de  tout  sans 
plus  s’en  inquiéter.  Car,  autrement,  comment  trouverait-on, 


P  OBLIGATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  269 

dans  la  Collection  hippocratique,  l’indication  de  livres  déjà 
perdus  quand  la  première  publication  s’en  opérait?  Un  faus¬ 
saire  n’aurait  pas  manqué  de  compléter  la  collection ,  ou 
plutôt  il  n’aurait  jamais  mis  ces  renvois  à  des  traités  perdus. 
Au  reste ,  c’est  revenir  à  une- démonstration  qu’on  obtient 
par  une  autre  voie ,  à  savoir  qu’un  faussaire  n’aurait  jamais 
publié  des  notes  sans  forme,  sans  rédaction,  sans  cohé¬ 
rence.  Il  aurait  plus  soigné  ce  qu’il  voulait  vendre.  Rien  ne 
me  parait  mieux  établi  que  ces  deux  faits  contradictoires  au 
premier  abord  :  i°  que  dans  la  Collection  hippocratique  en¬ 
trent  bon  nombre  de  livres  qui  ne  sont  pas  d’Hippocrate  $ 
2°  que  ces  livres  sont  très  sincères,  en  ce  sens  qu’ils  sont 
l’œuvre  de  médecins  qui  ont  vécu  depuis  le  temps  d’Hippo¬ 
crate  jusqu’à  celui  de  la  fondation  des  bibliothèques.  Il  faut 
admettre  ensemble  ces  deux  faits-,  et  leur  admission  simul¬ 
tanée  jette  un  jour  tout  nouveau  sur  le  mode  de  formation 
de  la  Collection  hippocratique  elle-même.  A  cette  époque , 
les  monuments  littéraires  étaient  facilement  anéantis.  Des 
livres  renfermés  dans  une  maison  particulière ,  et  dont  il  n’y 
avait  peut-être  qu’une  seule  copie,  étaient  sujets  à  une  foule 
de  chances  de  destruction.  Aussi  ont-ils  péri  en  grand  nom¬ 
bre.  Et  cela  n’est  pas  arrivé  seulement  aux  œuvres  hippo¬ 
cratiques  :  Aristote  cite  les  œuvres  du  médecin  Syennésis  de 
Chypre,  de  Léophanès  et  de  bien  d’autres-,  tout  cela  n’a  plus 
été  cité  par  personne,  tout  cela  avait  péri  avant  d’acquérir 
une  publicité  étendue,  avant  d’être  déposé  dans  les  biblio¬ 
thèques  publiques.  Quand  donc  elles  s’ouvrirent,  quand  elles 
offrirent  un  prix  élevé  aux  vendeurs ,  ceux  qui  se  trouvaient 
les  derniers  nantis  de  tous  ces  monuments  médicaux,  les 
rassemblèrent  et  les  portèrent  en  bloc  à  ceux  qui  recher¬ 
chaient  cette  marchandise.  Mais  dès  lors  ils  n’avaient  plus 


INTRODUCTION. 


270 

que  des  débris  de  tous  les  travaux  des  hippocratiques  ;  une 
portion  très  considérable  en  était  anéantie. 

«  Des  auteurs ,  dit  Galien,  n’ont  pas  publié  leurs  écrits  de 
«  leur  vivant,  et,  après  leur  mort,  il  ne  restait  plus  qu’une  ou 
«  deux  copies,  qui  ont  péri.  D’autres  fois,  des  écrits  ont  peu 
«  de  faveur  $  on  ne  les  recopie  plus,  et  ils  disparaissent.  Enfin 
«  il  y  a  des  gens  qui ,  par  pure  jalousie,  cachent  et  détruisent 
«  les  livres  des  anciens  ;  d’autres  enfin  en  font  autant  pour 
«  s’approprier  ce  qui  a  été  dit 4.  »  Indépendamment  des 
causes  que  signale  Galien,  cette  perte  des  livres  a  été  parti¬ 
culièrement  considérable  dans  l’intervalle  qui  a  précédé  l’é¬ 
tablissement  des  grandes  bibliothèques  publiques.  Gela  a  dû 
être  5  car,  dans  cette  période  de  l’antique  librairie,  le  papyrus 
n’était  pas  aussi  commun  qu’il  le  fut  après  la  conquête  de 
l’Égypte  par  les  Grecs ,  et  le  parchemin  n’était  pas  inventé. 
H  était  donc  fort  difficile  de  se  procurer  des  matières  propres 
à  copier  les  livres,  et  le  nombre  des  exemplaires  ne  pouvait 
qu’être  extrêmement  restreint.  On  cite  à  cette  époque  (tant 
ils  sont  rares!)  les  particuliers  et  les  princes  qui  ont  eu  des 
bibliothèques. 

Aristote  fut  au  nombre  de  ceux  qui  se  firent  une  biblio¬ 
thèque,  et,  à  en  juger  par  les  auteurs  qu’il  cite  dans  ses  ou¬ 
vrages,  il  est  certain  qu’il  fut  riche  en  livres.  Mais  quiconque 
lira  ses  œuvres  avec  quelque  attention  verra  que,  parmi  ces 
livres  qu’il  cite ,  beaucoup  n’ont  plus  été  cités  par  personne. 
Ils  ont  péri  avant  de  recevoir  une  publicité  véritable,  et 
d’être  inscrits  au  catalogue  des  grandes  bibliothèques  qui  se 
fondèrent  plus  tard  en  Égypte,  à  Pergame  et  ailleurs:  Quel¬ 
ques  hommes  jaloux  de  la  gloire  d’Àristcte  ont ,  dans  l’anti¬ 
quité,  prétendu  qu’il  avait  détruit  volontairemént  les  livres 


1  T.  v,  P.  4;  Ed.  Basil. 


PDBLICATION  DE  LA  COLLECTIO.V  HIPPOCRATIQDE.  271 

qu’il  avait  ramassés,  afin  d’augmenter  ses  mérites,  et  de 
s’attribuer  des  travaux ,  des  découvertes  et  »ine  gloire  qui 
auraient  dû  appartenir  à  d’autres.  Je  ne  donne  aucun  crédit 
à  cette  calomnie;  et  cependant  je  crois  qu’il  y  a  quelque 
chose  de  fondé  en  ce  bruit,  qui  a  couru  dans  les  temps  an¬ 
ciens  ;  je  crois  qu’Aristote  a  été  la  cause,  non  pas  volontaire, 
mais  innocente,  de  la  destruction  de  beaucoup  de  livres;  sa 
bibliothèque  passa  dans  Tes  mains  de  Théophraste,  delà 
dans  celles  de  Néîée ,  puis  des  héritiers  de  Nélée,  gens  igno¬ 
rants  qui  enfouirent  les  livres,  et  les  laissèrent  long-temps  ex¬ 
posés  à  l’humidité  et  àla  moisissure.  C’est  dans  cette  transmis¬ 
sion  que  des  livres  dont  souvent  Aristote  possédait  l’unique 
exemplaire,  se  détruisirent  :  c’est  ainsi,  pour  rester  dans 
mon  sujet ,  que  périt  le  livre  de  Polybe,  qu’Âristote  avait 
dans  sa  bibliothèque,  et  dont  les  hippocratiques  ne  conser¬ 
vèrent  qu’un  extrait. 

En  général ,  on  pourrait  dire  que  les  collecteurs  delivres, 
avant  la  période  alexandrine  si  florissante  pour  la  librairie 
antique,  ont  été  des  artisans  de  la  perte  des  livres ,  c’est-à- 
dire  pendant  tout  le  temps  où  les  matériaux  pour  copier  ont 
été  rares,  et  les  exemplaires  de  chaque  ouvrage  très  peu 
nombreux.  Us  les  achetaient  fort  cher,  retiraient  des  mains 
des  détenteurs  la  seule  copie  qui  souvent  en  existait  ;  il  ne 
s’en  faisait  plus  de  transcription  ;  et,  si  quelque  malheur  frap¬ 
pait  la  bibliothèque ,  le  livre  était  perdu  sans  retour. 

C’est  de  cette  manière  qu’on  peut  concevoir  aussi  que 
beaucoup  de  livres  des  hippocratiques  ont  disparu.  Ces  li¬ 
vres  se  sont  accumulés  dans  le  sein  d’une  famille  ;  ils  ont 
peu  circulé  au  dehors,  ils  ont  formé  une  bibliothèque  privée  ; 
la  destruction  a  agi  là  comme  ailleurs ,  et  une  multitude 
d’ouvrages  était  détruite,  ou  réduite  à  des  fragments  au  mo¬ 
ment  où  les  immenses  dépôts  d’Alexandrie  les  recueillirent. 


272 


INTRODUCTION. 


Galien  rapporte  un  exemple  curieux  qui  prouve  à  la  fois 
quelle  passion  Ptolémée  Evergète  avait  pour  les  vieux  livres, 
quelle  munificence  il  déployait  pour  s’en  procurer,  et  combien 
les  exemplaires  des  plus  fameux  ouvrages  étaient  peu  mul¬ 
tipliés.  Ptolémée  n’avait  sans  doute  dans  sa  bibliothèque  que 
des  copies,  incomplètes  ou  infidèles,  des  tragédies  d’Eschyle , 
de  Sophocle  et  d’Euripide  ;  il  demanda  aux  Athéniens  l’exem¬ 
plaire  qu’ils  possédaient  des  œuvres  de  ces  poètes,  afin  d’en 
faire  prendre  seulement  copie,  promettant  de  le  leur  rendre 
intact 5  et,  pour  gage,  il  déposa  entre  leurs  mains  quinze 
talents  d’argent  (ce  qui  fait  64,680  fr.  de  notre  monnaie ,  si 
l’on  suppose  qu’il  s’agit  seulement  du  petit  talent  attique  , 
lequel  vaut  4,312  fr. ,  d’après  le  calcul  de  M.  Saigey  *  Métro¬ 
logie  ,  pag.  42.  ).  Après  avoir  fait  copier  les  tragédies  avec 
luxe,  sur  le  plus  beau  papyrus,  il  retint  l’ancien  exem¬ 
plaire  et  envoya  aux  Athéniens  le  nouveau ,  leur  disant 
qu’ils  n’avaient  qu’à  garder  l’argent  en  compensation  de 
ce  que  lui  gardait  la  copie  confiée.  «  Quand  même,  dit  Ga- 
(c  lien ,  il  aurait  retenu  l’ancien  exemplaire  sans  en  remet- 
<c  tre  un  nouveau ,  les  Athéniens,  qui  avaient  reçu  le  dépôt 
«  d’argent  à  condition  de  se  l’approprier  si  le  roi  ne  leur 
«  rendait  pas  les  livres  de  leurs  poètes,  n’auraient  rien  eu  de 
«  mieux  à  faire.  Aussi  ils  prirent  la  riche  copie  faite  par  l’cr- 
«  dre  de  Ptolémée,  et  ils  gardèrent  les  quinze  talents1.  » 
L’on  voit,  par  ce  récit,  combien  les  livres  étaient  peu  répan¬ 
dus  5  la  bibliothèque  d’Alexandrie  n’avait  pas  un  exemplaire 
authentique  des  trois  tragiques  grecs  5  il  n’y  en  avait  de  copie 
certaine  qu’à  Athènes ,  et ,  si  un  incendie  avait  dévoré  le  lieu 
où  les  Athéniens  conservaient  ces  monuments  du  génie  de 
leurs  concitoyens ,  la  perte  eût  peut-être  été  irréparable.  H 


J  Tome  y,  p.  412,  Ed.  Basil. 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  273 

serait  arrivé  aux  grands  tragiques  d’Athènes  ce  que  Galien 
nous  apprend  être  arrivé  à  plusieurs  poètes  comiques  et  tra¬ 
giques:  «  On  trouve,  dit-il ,  chez  les  Athéniens ,  le  nom  de 
«  poètes  comiques  et  tragiques  qui  ont  glorieusement  rem¬ 
et  porté  les  prix  du  théâtre  et  dont  les  pièces  ont  péri  *.» 
Rapprochons  ce  fait  d’un  autre  fait  plus  ancien,  il  est  vrai , 
mais  également  significatif.  Les  Athéniens  pris  dans  la  mal¬ 
heureuse  expédition  de  Sicile  et  réduits  en  esclavage,  adou¬ 
cirent  singulièrement  leur  sort  en  répétant  des  fragments  de 
leurs  grands  poètes  à  leurs  maîtres,  qui,  émus  d’une  aussi 
belle  poésie,  allégèrent  les  chaînes  des  captifs.  Hais  cela 
même  montre  que  les  vers  de  Sophocle  et  d’Euripide  étaient 
nouveaux  pour  les  Siciliens ,  que  les  œuvres  de  ces  tragi¬ 
ques  n’étaient  connues  que  par  les  représentations  scéni¬ 
ques,  et  que  les  exemplaires  n’en  circulaient  que  peu  dans 
la  Grèce. 

En  septième  lieu,  les  plus  anciens  critiques  ont  hésité  pour 
décider  à  quels  auteurs  on  devait  attribuer  lesouvragesqui  for¬ 
ment  la  Collection  hippocratique.  Il  ne  faut  pas  croire,  en  ef¬ 
fet,  que  l’impossibilité  de  reporter  cette  Collection  au-delà  du 
temps  de  Philinus  et  d’Hérophile  n’existe  que  pour  nous , 
critiques  modernes  qui  examinons  ce  point  d’histoire  litté¬ 
raire,  privés  d’une  foule  de  documents,  de  pièces  et  de  li¬ 
vres  qui  abondaient  dans  l’antiquité.  Galien  n’y  a  pas  réussi  5 
et ,  toutes  les  fois  qu’il  se  trouve  en  face  des  difficultés  que 
présente  l’explication  de  la  Collection  hippocratique,  il  hé¬ 
site,  il  attribue  au  gendre,  aux  fils ,  aux  petits-fils  d’Hippo¬ 
crate  les  traités  qui ,  évidemment,  ne  peuvent  appartenir  à 
Hippocrate  lui-même  5  il  assure  que  ceux  qui  manquent  de 
tout  ordre,  de  toute  rédaction,  ont  été  publiés,  après  sa  mort, 

■  Tome  v,  p.  4. 

TOM.  1. 


18 


274 


INTRODUCTION. 


par  ses  descendants,  dans  l’état  où  il  les  avait  laissés;  mais 
nulle  part  il  n’articule,  aucun  fait  positif,  aucun  témoignage 
qui  prouvent  que  cette  Collection  existât  avant  L’époque  que 
j’ai  indiquée.  Il  importe  de  se  rappeler  en  même  temps  que, 
dès  cette  époque  aussi,  elle  avait  toutes  les  incohérences , 
tout  le  désordre  qui  y  ont  été  remarqués  plus  tard.  Un  récit 
conservé  par  Galien  servira  à  comprendre  comment  les  plus 
anciens  critiques  n’ont  pu  aller  au-delà  du  terme  fixé  plus 
haut. 

Le  même  Ptolémée  avait  donné  l’ordre  qu’on  deman¬ 
dât  à  tous  les  .marchands  et  navigateurs  qui  affluaient  à 
Alexandrie  les  livres  qu’ils  avaient  avec  eux.  On  en  prenait 
copie  ;  on  rendait  cette  copie  au  possesseur ,  et  l’original 
était  déposé  dans  la  Bibliothèque  avec  cette  inscription  : 
Livre  des  navires  (xà  !x  « Aptwv).  On  y  ajoutait  le  nom  de  celui 
qui  l’avait  apporté. 

Ces  détails  s’appliquent  immédiatement  à  un  des  livres  de 
la  Collection  hippocratique.  Certaines  histoires  de  malades , 
dans  le  3e  livre  des  Épidémies,  sont  terminées  par  des  carac¬ 
tères  dont  l’interprétation  et  l’origine  ont  beaucoup  exercé 
les  commentateurs  anciens  ;  je  ne  m’occuperai  ici  que  de 
l’origine.  Les  uns  prétendaient  que  le  3e  livre  des  Épidémies 
avait  été  apporté  par  Mnémon,  de  Sida  en  Pamphylie ,  mé¬ 
decin  attaché  à  la  doctrine  de  Cléophante,  aVec  les  carac¬ 
tères',  ils  disaient  que  cet  exemplaire  portait  la  susçription 
de  Livre  des  navires ,  d’après  la  correction  de  Mnémon  (  xax« 
oiooOwTr.v  Mv^ova)  ;  mais  il  y  avait  divergence  à  cet  égard , 
et  quelques-uns  assuraient  que  le  nom  seul  de  Mnémon  était 
inscrit  sur  le  livre  suivant  l’usage  signalé  plus  haut.  Les  au¬ 
tres  soutenaient  que  Mnémon  avait  emprunté  l’exemplaire 
de  la  Bibliothèque  royale  d’Alexandrie,  et  l’avait  rendu  après 
y  avoir  inscrit  les  caractères  qui  ont  tant  tourmenté  les  cri- 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  275 

tiques.  Cette  dernière  version  est,  comme  le  remarque  Ga¬ 
lien,  très  peu  probable;  car  quelle  foi  de  tels  caractères  au¬ 
raient-ils  méritée,  s’ils  avaient  été  ajoutés  par  un  médecin 
inconnu,  et  s’ils  n’avaient  été  attachés  primitivement  au 
livre?  Zénon  avait  composé  un  livre  sur  ces  caractères ,  et  il 
s’attifa  de  vives  contradictions.  Zeuxis  soutint  contre  lui 
qu’ils  ne  venaient  pas  d’Hippocrate  lui-même,  et  il  les  attri¬ 
bua  à  Mnémon ,  soit  que  celui-ci  eût  apporté  le  livre  avec  les 
caractères ,  soit  qu’il  les  eût  ajoutés  à  l’exemplaire  de  la  Bi¬ 
bliothèque.  Mais  un  autre  adversaire  de  Zénon ,  Apollonius 
Biblas ,  voulant  montrer  que  ce  commentateur  avait  changé 
arbitrairement  les  caractères  pour  les  expliquer  plus  com¬ 
modément,  cite  trois  exemplaires  du  3e  livre  des  Épidémies 
comme  d’une  autorité  à  peu  près  égale,  et  qui  tous  présen¬ 
taient  les  caractères  autrement  que  Zénon  ne  les  avait  ex¬ 
posés.  Ce  sont  :  1°  l’exemplaire  trouvé  dans  la  Bibliothèque 
royale;  2°  l’exemplaire  des  Navires ;  3°  l’édition  deBacchius 1 . 
On  peut  affirmer  qu’Àpollonius  Biblas  nous  a  instruits  du 
véritable  état  des  choses.  II  y  avait  dans  la  Bibliothèque 
royale  un  exemplaire  qui  y  était  arrivé  d’une  façon  ou  d’une 
autre;  un  second,  apporté  ou  non  par  Mnémon,  était  venu 
par  les  Navires ,  et  en  avait  reçu  la  dénomination  ;  enfin 
l’édition  de  Bacchius  prenait  rang  à  côté  de  ces  exem¬ 
plaires.  Remarquez  que  ces  trois  exemplaires  portaient  les 
caractères;  ce  qui  détruit  complètement  l’opinion  de  ceux 
qui  prétendaient  qu’ils  avaient  été  ajoutés  par  Mnémon.  Du 
temps  de  Galien ,  aucun  de  ces  exemplaires  ne  subsistait 
plus  ;  lui-même  témoigne  que ,  dans  ses  recherches  actives 


:  Oute  to  xa'ti'rJjv  jîa<7iXixr,v  pt€Xto(bix)|v  eopsQÈv ,  outs  to  ex  twv 
■tcXomov,  ovts  T7jv  înro  Baxystou  y£vou.svt,v  exôoatv.  Gai.,  tome  v ,  p. 
413,  Ed.  Basil. 


INTRODUCTION. 


276 

pour  remonter  aux  sources  et  aux  vieux  manuscrits ,  il  n’en 
put  trouver,  soit  à  Rome,  soit  à  Pergame ,  qui  eussent  plus 
de  trois  cents  ans  de  date 1 . 

Apollonius  Biblas  nous  apprend  par  ce  peu  de  mots  que 
dans  la  bibliothèque  d’Alexandrie  il  pouvait  y  avoir ,  pour  le 
même  ouvrage,  deux  sortes  d’exemplaires ,  l’un  venu  di¬ 
rectement,  l’autre  venu  par  les  Navires.  En  effet ,  la  biblio¬ 
thèque  fondée  par  Ptolémée  fils  de  Lagus  et  agrandie  par  Pto- 
lémée  Philadelphe,  son  successeur,  contenait  déjà  un  grand 
nombre  de  livres,  avant  que  Ptolémée  Evergète ,  qui  fut  le 
troisième  roi  grec  de  PEgypte ,  eût  eu  l’idée  d’intéresser  à  son 
goût  les  navigateurs  qui  abordaient  à  Alexandrie  5  et  c’é¬ 
taient  ces  premiers  livres  qui  avaient  formé  le  fond  de  la  bi¬ 
bliothèque  alexandrine ,  et  dont  les  doubles  avaient  souvent 
été  apportés  par  les  Navires.  Quant  à  la  Collection  hippo¬ 
cratique  ,  le  fait  est  établi  pour  le  3e  livre  des  Épidémies  : 
une  copie  provenait  des  Navires ,  une  autre  n’en  provenait 
pas.  Il  y  a  plus  :  cette  Collection  existait  dans  la  bibliothè¬ 
que  avant  l’arrivée  des  livres  des  Navires  ,*  car  Bacchius  et 
Philinus ,  disciples  d’Hérophile,  et  un  peu  antérieurs  à  Pto¬ 
lémée  Evergète ,  en  avaient  expliqué  les  mots  difficiles,  sans 
parler  d’Hérophile,  qui  avait  commenté  le  Pronostic ;  sans 
parler  de  Xénoçrite ,  qui ,  avant  Bacchius ,  avait  expliqué 
certains  mots  hippocratiques  ;  sans  rappeler  que  la  partie  du 
livre  du  Régime  dans  les  maladies  aiguës  que  Galien  regarde 
comme  ajoutée  par  une  màin  étrangère  au  livre  d’Hippo¬ 
crate  ,  y  était  réunie  dès  le  temps  d’Érasistrate  2.  Ainsi  il  est 

‘  Tome  v,  p.  661 ,  Ed.  Basil. 

’  Touto  to  ptéXtov,  s?  xal  p.7]  'I-jcroxpaToui;  ecrt  5uyypau.Lia5  ttcc- 
Xatov  yoüv  sàriv  wç  xa-rà  zoùç  ’EpaaiffTpaîo'j  ^povouç  rfît]  7cpo<r xeîc- 
ôat  tw  yvTjfftw.  Gai.  tome  v,  p.  89,  Ed.  Basil. 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  277 

vrai  de  dire  que  la  Collection  hippocratique  est  antérieure  à 
Ptolémée  Evergète  et  à  l’arrivée  des  livres  des  Navires 
dans  la  bibliothèque  d’Alexandrie. 

Le  récit  que  j’ai  transcrit  plus  haut,  nous  fournit  donc 
quelques  notions  sur  les  plus  anciens  manuscrits  connus  du 
3e  livre  des  Épidémies.  Si  l’on  met  de  côté  l’édition  de  Bac- 
chius,  on  voit  que  la  Bibliothèque  royale  en  avait  deux 
exemplaires.  Ce  fait  est  important  :  en  effet,  s’il  n’y  avait  eu 
du  3e  livre  des  Épidémies  que  l’exemplaire  apporté  par 
Mnémon,  on  pourrait  supposer  que  les  six  autres  livres  exis¬ 
taient  isolément,  et  que  des  arrangeurs  postérieurs  l’ont 
intercalé  à  la  place  qu'il  occupe  encore  aujourd’hui  :  mais 
si,  les  six  autres  livres  des  Épidémies  existant  déjà ,  celui 
que  nous  appelons  le  3e  eût  été  intercalé  postérieurement, 
les  commentateurs  auraient  signalé  une  circonstance  aussi 
singulière  touchant  les Épidémies ,  qui,  ne  comptant  d’a¬ 
bord  que  six  livres,  auraient  été  portées  au  nombre  de 
sept,  et  cela  par  une  intercalation  entre  le  2e .et  le  4e  livre. 
Ainsi  rien  de  plus  certain ,  par  cette  raison  et  par  la  citation 
d’Apollonius  Biblas ,  que  Inexistence  des  sept  livres  dans  la 
Bibliothèque  avant  l’arrivée  de  l’exemplaire  de  Mnémon. 

Ces  détails ,  curieux  en  eux-mêmes ,  je  ne  les  ai  pas  tant 
rapportés  pour  les  caractères  ajoutés  au  3e  livre  des  Épidé¬ 
mies ,  que  pour  l’intérêt  même  de  la  question  que  je  discute 
touchant  la  formation  de  la  Collection  hippoeratique.  Les 
exemplaires  avaient  afflué  dans  la  Bibliothèque,  mais  c’était 
marchandise  mêlée  ;  tellement  qu’on  ne  les  y  déposait  qu’a- 
près  un  examen ,  et  que  des  bibliothécaires  appelés  sépara - 
teurs  (  x“>p£ovteç  )  les  révisaient  et  en  donnaient  leur  opi¬ 
nion.  Les  livres  jugés  bons  étaient  mis  à  part  avec  le  titre  de 
livres  de  la  petite  table1.  Il  est  fâcheux  que  nous  ne  sachions 

1  Ta  tx  tou  [xixpou  rivaxiStou.  Gai.,  tome  m,  p.  1 81 ,  Ed.  Basil. 


278  INTRODUCTION. 

pas  quels  étaient  les  ouvrages  de  la  Collection  hippocratique 
auxquels  les  honneurs  de  la  petite  table  avaient  été  accordés. 

Rien  de  plus  ancien  n’est  su  touchant  les  manuscrits 
d’Hippocrate.  On  voit  donc  sans  peine  maintenant  ce  qui 
embarrassa  les  critiques ,  même  les  premiers  venus  et  les 
plus  voisins  des  sources.  Car  ce  qui  était  arrivé  pour  le  3e 
livre  des  Épidémies ,  était  aussi  arrivé  pour  les  autres  traités 
de  la  Collection  hippocratique  :  on  les  trouva  dans  les  biblio¬ 
thèques  ,  comme  dit  Apollonius  Biblas.  Quand  il  fallut 
trier  cette  masse  de  livres ,  il  advint  que  pour  quelques-uns, 
soit  qu’ayant  circulé  antérieurement,  ils  eussent  été  cités, 
soit  que,  de  toute  autre  façon ,  leur  authenticité  fût  recon¬ 
nue  ,  on  eut  la  certitude  qu’ils  appartenaient  véritablement 
à  l’auteur  dont  ils  portaient  le  nom.  Ainsi,  pour  n’en  donner 
qu’un  exemple,  l’exemplaire  que  les  Athéniens  remirent  à 
Ptolémée  de  leurs  trois  tragiques,  était  manifestement  au¬ 
thentique  ,  et  là-dessus  il  ne  pouvait  y  avoir  le  plus  léger 
nuage.  Mais  quand  quelqu’une  des  marques  décisives  qu’il 
est  facile  de  supposer,  faisait  défaut,  la  critique  n’avait  plus 
que  des  conjectures  pour  se  guider. 

Finalement,  en  huitième  lieu,  quelques  écrits  hippocra¬ 
tiques  ,  écrits  en  très  petit  nombre  autant  que  nous  pouvons 
le  savoir,  avaient  eu  une  publicité  avant  la  formation  de  la 
Collection  elle-même.  Le  chapitre  IY,  où  j’ai  réuni  tous  les 
témoignages  sur  Hippocrate,  le  montre;  Platon,  Ctésias, 
Dioclès,  Aristote,  ont  tenu,  consulté,  cité  des  livres  d’Hip¬ 
pocrate  lui-même  ;  Aristote  a  cité  un  livre  de  Polvbe.  Le  fait 
est  donc  incontestable;  et  aussi  c’est  dans  ce  fait,  c’est-à- 
dire  dans  la  publicité  d’un  certain  nombre  d’écrits  du  vivant 
même  d  Hippocrate  et  de  Polybe ,  ou  immédiatement  après 
leur  mort,  que  l’antiquité  a  vu  la  meilleure  preuve  de  l’au¬ 
thenticité  de  certains  ouvrages  contenus  dans  la  Collection. 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION'  HIPPOCRATIQUE.  279 

«  j\T,y  a-t-il  pas  eu,  dans  les  lettres  profanes,  dit  Saint-Au- 
((  gustin1,  des  auteurs  très  certains  sous  le  nom  desquels  des 
ouvrages  ont  été  publiés,  puis  rejetés,  soit  parce  qu’ils  ne 
«  concordaient  pas  avec  les  ouvrages  qui  leur  appartenaient 
incontestablement ,  soit  parce  qu’ils  n’ont  pas  mérité,  dans 
«  le  temps  où  ces  auteurs  ont  écrit ,  d’être  répandus  et  d’être 
transmis  à  la  postérité,  ou  parles  auteurs  eux-mêmes,  ou  par 
leurs  amis  ?  Et ,  pour  omettre  les  autres,  n’est-il  pas  vrai 
que,  sous  le  nom  d’Hippocrate,  médecin  très  célèbre,  des 
livres  ont  paru  qui  n’ont  pas  été  reçus  par  les  médecins?  Il 
«  ne  leur  a  servi  de  rien  d’avoir  une  certaine  ressemblance 
K  dans  les  choses  et  dans  les  mots  avec  les  écrits  véritables  5 
«  car,  comparés  avec  ces  écrits,  ils  ont  été  jugés  inférieurs , 
et  ils  n’avaient  pas  été  reçus  comme  siens  dès  le  temps 
même  où  ses  autres  livres  devenaient  publics.  »  Tout  le 
reste  demeure  frappé  d’un  caractère  d’incertitude. 

Un  livre  de  l’antiquité  prend  une  complète  authenticité  sur¬ 
tout  du  moment  où  il  est  cité  et  commenté.  Or,  les  grandes 
bibliothèques  publiques,  avec  leurs  catalogues ,  avec  l’érudi¬ 
tion  qu’elles  favorisèrent,  avec  les  commentaires  qu’elles  fi¬ 
rent  naître ,  furent  une  nouvelle  ère  pour  la  consécration 
des  livres.  Galien  accuse  parfois  les  faussaires  d’Alexandrie 
d’avoir  altéré  les  œuvres  hippocratiques:  Galien  se  trompe  5 
c’est  auparavant  qu’elles  ont  été  altérées ,  si  vraiment  elles 
font  été,  et  c’est  depuis  la  fondation  des  bibliothèques 
qu’elles  ont  été  mises  à  l’abri  des  interpolations  et  des  sub¬ 
stitutions  de  noms. 

En  effet ,  du  moment  qu’un  livre  fut  déposé  dans  une  bi¬ 
bliothèque  où  chacun  pouvait  le  consulter,  du  moment  qu  il 

1  Contra  Faustum  Manichæum  ,  1.  xxxm,  G ,  p.  *9ô ,  t.  vi , 
Ed.  Frob.  1556. 


INTRODUCTION. 


280 

eut  été  le  sujet  de  commentaires,  il  se  trouva  bien  mieux  ga¬ 
ranti  contre  des  altérations  préméditées.  Et  Galien  lui- 
même  le  constate  dans  sa  polémique  contre  les  éditeurs  qui 
changeaient  témérairement  les  vieilles  leçons  qu’ils  ne  pou¬ 
vaient  interpréter;  il  ne  manque  pas  de  leur  objecter  qu’il 
faut  bien  reconnaître  l’authenticité  du  texte,  puisque  ce 
texte  a  été  lu  delà  même  façon  par  Héraclide,  par  Glaucias, 
par  Apollonius ,  par  Bacchius.  En  un  mot ,  tant  que  les  livres 
restaient  cachés ,  hors  de  la  circulation ,  il  était  facile  d’en 
changer  le  titre ,  d’y  ajouter  des  portions  hétérogènes,  de 
substituer  un  nom  d’auteur  à  un  autre  ;  et  c’est  ce  qui  arriva 
sans  nul  doute  lorsque  les  grandes  bibliothèques  publiques 
s’ouvrirent,  et  appelèrent  de  toutes  parts  les  livres  qu’elles 
payaient  fort  cher.  On  se  mit  à  l’œuvre  :  les  uns  forgèrent 
des  livres ,  les  autres  effacèrent  les  véritables  noms  et,  à  la 
place,  en  inscrivirent  d’autres  qui  se  vendaient  à  un  plus  haut 
prix.  Mais  il  n’est  pas  moins  vrai  que ,  du  moment  que  ees 
livres,  tels  quels,  furent  arrivés  dans  ces  bibliothèques,  ils 
ne  furent  plus  sujets  ni  à  changements,  ni  à  substitutions. 
Etre  placés  dans  ces  dépôts  publics,  ce  fut  pour  eux  un  cer¬ 
tificat  d’authenticité,  qui  se  transmit  de  siècle  en  siècle ,  de 
catalogue  en  catalogue ,  de  commentaire  en  commentaire. 
Cela  est  tellement  positif,  que  la  Collection  hippocratique 
(puisqu’ici  il  n’est  question  que  d’elle)  ne  subit  pas  une  seule 
altération  depuis  cette  époque,  et  que  Galien  l’a  connue  telle 
que  l’avaient  connue  les  plus  vieux  commentateurs ,  tandis 
que,  durant  les  temps  antérieurs  au  premier  dépôt  dans  les 
bibliothèques  d’Alexandrie,  elle  avait  été  manifestement 
interpolée,  puisqu’on  y  trouve  un  écrit  qui  est  de  Polybe, 
suivant  le  témoignage  d’Aristote,  seul  décisif  en  ceci.  Je  ne 
prétends  pas  dire  que ,  du  moment  que  les  bibliothèques  pu¬ 
bliques  furent  ouvertes ,  les  apocryphes  devinrent  impossi- 


•  PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  281 

blés  5  l’histoire  littéraire  serait  là  pour  me  réfuter  5  et  ils  ne 
sont  pas  impossibles  même  aujourd’hui,  bien  qu’ils  soient 
rendus  bien  plus  difficiles  par  tous  les  moyens  de  vérification 
que  nous  possédons.  Je  veux  seulement  dire  que  le  dépôt 
dans  les  grandes  bibliothèques  mit  des  entraves  à  ce  genre 
de  contrefaçon  ;  que  la  circonstance  que  des  livres  restent 
long-temps  célés  au  public ,  et  entre  les  mains  d’une  famille, 
d’une  école ,  d’une  secte ,  est  la  circonstance  la  plus  favora¬ 
ble  pour  qu’on  les  interpole ,  pour  qu’on  y  ajoute,  pour  qu’on 
en  retranche ,  pour  qu’on  change  les  noms  5  et  le  fait  est , 
pour  la  Collection  hippocratique,  qu’elle  ne  changea  plus  de¬ 
puis  le  premier  moment  où  elle  fut  formée,  jusqu’à  Galien. 
J’ai  montré  qu’elle  a  changé  un  peu  de  Galien  jusqu’à  nous, 
c’est-à-dire  qu’il  y  est  entré  un  certain  nombre  de  morceaux 
peu  importants  et  inconnus  à  l’antiquité  :  c’est  qu’en  effet , 
dans  cet  intervalle,  les  bibliothèques  brûlèrent  bien  des  fois, 
les  livres  redevinrent  rares,  la  culture  des  sciences  s’affaiblit 
notablement,  et  alors  il  s’introduisit ,  sans  autorité,  dans  la 
Collection  hippocratique,  des  morceaux  dont  nous  consta¬ 
terons  aujourd’hui  l’illégitimité,  justement  parce  qu’ils  n’ont 
pas  figuré  dans  les  anciens  dépôts  publics ,  parce  qu’ils  n’ont 
pas  été  expliqués  par  les  commentateurs  ,  parce  qu’ils  n’ont 
pas  été  mentionnés  par  les  auteurs  qui  se  sont  succédé  dans 
l’intervalle. 

Ainsi  donc ,  résumant  tout  ce  qui  vient  d’être  dit ,  rappe¬ 
lant  que  la  Collection  hippocratique  ne  remonte  pas ,  dans 
sa  forme  actuelle ,  au-delà  d’Hérophile ,  qu’elle  présentait 
dès  lors  tout  le  désordre  qu’elle  a  présenté  plus  tard ,  que  les 
premiers  critiques  n’ont  pas  pu  mieux  que  les  autres  assigner 
la  part  de  chaque  auteur  dans  cette  masse  de  livres-,  que  par 
conséquent  la  publication  s’en  était  faite  sans  qu’il  restât  des 
indices  suffisants  pour  décider  ces  questions  5  qu’elle  porte , 


282  INTRODUCTION. 

en  elle-même,  la  preuve  que  les  traités  qui  la  composent- ne 
sont  pas  contemporains,  et  embrassent  un  laps  de  temps 
assez  considérable  ;  qu’elle  contient  des  livres  qui  sont  de 
Polybe  et  non  d’Hippocrate-,  qu’elle  renferme  des  notes,  des 
extraits,  des  fragments  que  nul  auteur  n’aurait  publiés-de 
son  vivant;  je  conclus  1°  que  cette  Collection,  après  être  res¬ 
tée  long-temps  dans  des  mains  médicales,  était  tombée  en 
la  possession  de  gens  qui  n’avaient  plus  connaissance  ni 
de  l’origine  détaillée  des  livres,  ni  de  ;leur  valeur;  2°  qu’ils 
savaient  seulement  qu’elle  provenait  des  hippocratiques; 
3°  que  la  publication  s’en  est  faite  peu  de  temps  après  l’ou¬ 
verture  des  grandes  bibliothèques  à  Alexandrie. 

Les  résultats  auxquels  j’arrive  paraîtront  peut-être  bien 
précis  sur  un  sujet  qui  est  enveloppé  de  tant  d’obscurité. 
Mais  il  faut  considérer  qu’ils  sont  donnés  par  l’examen  com¬ 
paratif  de  toutes  les  circonstances,  auxquelles  on  ne  peut  sa¬ 
tisfaire  que  de  cette  façon.  J’ai  marché  pas  à  pas,  et  j’ai  tenu 
à  montrer  que  la  liaison  des  faits  et  une  induction  attentive 
pouvaient  mener  fort  loin  dans  la  recherche  de  détails  dont 
l’ensemble  a  péri ,  mais  dont  il  reste  çà  et  là  quelques  traces. 
Maintenant  cette  méthode  rigoureuse  n’acquerra-t-elle  pas 
quelque  force ,  si  je  montre  qu’en  faisant  ainsi ,  d’après  un 
petit  nombre  de  données  éparses  et  fugitives,  l’histoire  de  la 
Collection  hippocratique,  j’ai  reproduit,  dans  tout  ce  qu’elle  a 
d’essentiel,  l’histoire  de  la  publication  d’une  autre  collection 
non  moins  fameuse,  de  celle  des  œuvres  aristotéliques?  Ceci 
vaut  la  peine  d’être  exposé  de  plus  près  ;  car  il  y  a  là  une 
comparaison  qui  aide  à  tout  comprendre. 

«  Nélée,  dit  Strabon *,  hérita  de  la  bibliothèque  de  Théo- 
«  phraste,  où  se  trouvait  aussi  celle  d’Aristote.  Aristote  l’a- 

!  LibAin,  p.  60S. 


PUBLICATION  DK  LÀ  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  283 

a  vait  léguée  à  Théophraste,  comme  il  lui  confia  la  direction 
t(  de  son  école  $  Aristote ,  à  notre  connaissance ,  est  le  prê¬ 
te  mier  qui  ait  rassemblé  des  livres ,  et  il  apprit  ainsi  aux  rois 
u  d’Égypte  à  composer  une  bibliothèque.  Théophraste  trans- 
«  mit  sa  bibliothèque  à  Nélée,  qui  la  fit  porter  à  Scepsis ,  et 
«  la  laissa  à  ses  successeurs,  gens  sans  instruction,  qui  gar- 
«  dèrent  les  livres  renfermés  sous  clef,  et  n’y  donnèrent  au- 
ic  cun  soin.  Plus  tard ,  quand  on  apprit  avec  quel  empresse¬ 
ment  les  rois  descendants  d’Attale  et  maîtres  de  Scepsis 
«  faisaient  rechercher  des  livres  pour  former  la  Bibliothèque 
de  Pergame,  les  héritiers  de  Nélée  enfouirent  les  leurs 
dans  un  souterrain.  L’humidité  et  les  vers  les  y  avaient 
«gâtés,  lorsque,  long-temps  après,  la  famille  de  Nélée 
«  vendit  à  un  prix  fort  élevé  tous  les  livres  d’Aristote  et  de 
Théophraste  à  Apellicon  de  Téos;  mais  Àpellicon  était 
«  plus  bibliomane  que  philosophe.  Aussi,  dans  les  copies  nou- 
«  velles  qu’il  fit  faire  pour  réparer  tous  les  dommages.que 
u  ces  livres  avaient  soufferts ,  les  restaurations  ne  furent  pas 
heureuses,  et  son  édition  fut  remplie  de  fautes.  Les  an- 
«  ciens  péripatéticiens ,  successeurs  de  Théophraste ,  n’a- 
«  vaient  eu  à  leur  disposition  qu’un  petit  nombre  d’ouvrages 
«  d’Aristote ,  et  principalement  les  exotériques;  ils  ne  purent 
«  donc  travailler  sur  les  textes  eux-mêmes,  et  furent  réduits 
«  à  des  déclamations  sur  des  propositions.  » 

Remarquez  combien  ces  détails  coïncident  minutieuse¬ 
ment  avec  ceux  auxquels  je  suis  arrivé  sur  la  Collection 
hippocratique  par  la  seule  voie  de  conséquence  et  de  raison¬ 
nement  La  masse  des  livres  aristotéliques ,  comme  la  masse 
des  livres  hippocratiques,  a  été  complètement  ignorée  du 
public  pendant  un  laps  de  temps  ;  un  petit  nombre  de  livres 
aristotéliques,  comme  un  petit  nombre  de  livres  hippocra¬ 
tiques,  ont  été  dès  l’origine  dans  la  circulation  et  y  sont  res- 


284 


INTRODCCTIOÏ*. 


tés.  La  Collection  aristotélique ,  comme  la  Collection  hippo¬ 
cratique  ,  a  fait  soudainement  son  apparition  au  jour  de  la 
publicité.  Celle  d’Aristote  était  restée  enfouie  entre  les  mains 
de  gens  ignorants  à  qui  ces  livres  étaient  arrivés  par  la  cir¬ 
constance  fortuite  d’un  héritage  ;  ils  n’avaient  aucune  notion 
détaillée  de  ces  livres  5  ils  ne  connaissaient  pas  l’origine  pré¬ 
cise  de  chacun  d’eux  ;  ils  ne  savaient  s’ils  étaient  tous  d’A¬ 
ristote,  ou  si  quelques-uns  étaient  l’œuvre  de  Théophraste , 
de  Nélée,  de  tel  autre  disciple  inconnu  du  chef  de  l’école 
péripatéticienne.  Néanmoins  ils  ont  tout  vendu  au  riche 
Apellicon  sous  l’appellation  commune  d’Aristote,  sans  s’in¬ 
quiéter  des  apocryphes  qui  pouvaient  s’y  trouver,  et  sans  se 
soucier  des  embarras  qu’ils  allaient  donner  aux  critiques. 
Qu’ai-je  dit  pour  Hippocrate  ?  la  Collection  hippocratique , 
quoique  composée  de  parties  hétérogènes,  n’a-t-elle  pas 
reçu  un  nom  commun  ?  cette  collection  n’a-t-elle  pas  paru 
tout  à  coup  dans  le  monde  littéraire?  avant  elle,  n’est-ce  pas 
un  fait  que  peu  de  livres  hippocratiques  seulement  étaient 
connus  du  public?  quelle  ressemblance  plus  minutieuse  peut- 
on  trouver?  et  les  circonstances  de  la  formation  de  la  col¬ 
lection  aristotélique  coïncidant  si  exactement  avec  les  circon¬ 
stances  de  la  formation  de  la  Collection  hippocratique ,  ne 
confirment-elles  pas  tout  ce  que  j’ài  cherché  à  établir  dans 
ce  chapitre? 

Qu’on  suppose  un  moment  que  le  récit  que  nous  a  trans¬ 
mis  Strabon  ne  fût  pas  arrivé  jusqu’à  nous ,  et  que  nous  fus¬ 
sions  sans  renseignement  sur  le  mode  de  publication  des 
œuvres  aristotéliques.  En  voyant  qu’un  petit  nombre  de  ces 
livres  seulement  est  cité  avant  le  temps  d’ Apellicon ,  n’au¬ 
rions-nous  pas  conclu  que  la  collection  dès  lors  n’était  pas 
publique?  En  la  voyant  constituée  immédiatement  après  cette 
époque,  n’aurions-nous  pas  conclu  que  c’était  alors  qu’elle 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  285 

était  entrée  dans  le  domaine  public?  En  l’étudiant  et  en  re¬ 
connaissant  qu’elle  contient  des  livres  qui  ne  sont  pas  d’A¬ 
ristote,  d’autres  qui  sont  dans  le  plus  étrange  désordre, 
n’aurions-nous  pas  conclu  qu’elle  n’avait  pas  été  livrée  telle 
qu’elle  était  sortie  des  mains  du  philosophe,  et  que  les  dé¬ 
tenteurs,  à  quelque  titre  qu’ils  le  fussent,  avaient  vendu  un 
fonds  de  bibliothèque,  et  non  l’œuvre  d’un  homme?  et  en 
apprenant  que  les  plus  anciens  critiques  hésitaient  sur  les 
caractères  d’authenticité ,  n’aurions-nous  pas  conclu  que 
l’incertitude  tirait  sa  source  du  fait  même  qui  avait  donné 
publicité  à  la  collection,  sans  donner,  en  même  temps,  sur 
les  divers  écrits,  des  renseignements  que  les  derniers  pro¬ 
priétaires  n’avaient  plus  ? 

De  ce  fait  que  la  formation  de  la  Collection  hippocratique 
est  postérieure  à  Aristote,  de  cet  autre  fait,  qu’elle  est  anté¬ 
rieure  à  Hérophile,  je  suis  autorisé  à  placer  cette  formation 
dans  l’intervalle  qui  sépare  Aristote  d’Hérophile ,  et  proba¬ 
blement  au  moment  où  le  premier  Ptolémée  fonda  la  biblio¬ 
thèque  d’Alexandrie,  bibliothèque  qui  prit  de  si  grands  ac¬ 
croissements  sous  Ptolémée  Philadelphe  et  sous  Ptolémée 
Évergète ,  et  qui,  excitant  la  rivalité  des  rois  de  Pergame , 
fut  cause  de  l’invention  du  parchemin.  C’est  vers  l’an  320 
avant  J.-C. ,  que  Ptolémée  fils  de  Lagus  établit  sa  bibliothè¬ 
que  $  c’est  vers  l’an  300  qu’Hérophile  a  particulièrement  fleuri 
comme  médecin  et  comme  écrivain  ;  et  de  son  temps  la  Col¬ 
lection  était  formée  et  publiée.  Cés  deux  faits  établissent , 
avec  une  approximation  suffisante,  la  date  delà  publication 
de  la  Collection  hippocratique.  D’un  autre  côté ,  si  l’on  se 
rappelle  que  l’examen  intrinsèque  de  la  Collection  nous  a 
conduitsà  placer  la  composition  des  plus  récents  traités  vers  le 
temps  d’Aristote  et  de  Praxagore ,  si  l’on  se  rappelle  encore 
que  les  derniers  hippocratiques  ont  pratiqué  la  médecine 


INTRODUCTION. 


286 

auprès  de  Roxane,  d’Antipater  et  de  Cassandre,  on  sera 
porté  à  admettre  que  cette  illustre  famille  s’est  éteinte  vers 
cette  époque  même-,  que  les  débris  de  sa  bibliothèque  ont 
été,  peu  d’années  après ,  vendus  par  ceux  qui  en  étaient 
devenus  possesseurs  ;  et  que  c’est  ainsi  que  la  Collection  hip¬ 
pocratique  est  entrée  dans  la  publicité,  avec  toutes  les  traces 
du  désordre  et  de  la  mutilation ,  et  sans  critérium  qui  pût 
assigner  à  chaque  livre  l’auteur  dont  il  émanait. 

Ce  n’est  pas  une  date  positive  que  je  fixe  ici  ;  c’est  une 
date  approximative.  Les  derniers  hippocratiques  sont  du 
temps  d’Alexandre  et  d’Antipater*,  les  derniers  livres  de  la 
Collection  sont  du  temps  de  l’enseignement  d’Aristote: 
et  la  Collection  apparaît  formée  du  temps  d’Érasistrate, 
d’Hérophile ,  de  Xénocrite ,  de  Bacchius.  Par  conséquent 
on  a  un  intervalle  que  l’on  peut  alonger  ou  rétrécir  , 
et  qui  comprend  soixante ,  cinquante  ou  quarante  ans.  Il  y 
a  donc  ici  une  double  approximation  :  celle  où  je  suppose 
que  les  travaux  des  hippocratiques  se  sont  arrêtés ,  et  que 
leur  famille  s’est  éteinte ,  et  celle  où  je  suppose  que  la  Col¬ 
lection  a  été  publiée,  et  connue  dans  son  état  actuel.  Ni 
l’une  ni  l’autre  date  n’est  fixée  ;  mais  l’une  et  l’autre  ont  des 
limites  au-delà  desquelles  on  ne  peut  les  porter.  Ainsi  la  pu¬ 
blication  de  la  Collection  ne  peut  être  dite  plus  moderne 
qu’Hérophile ,  Érasistrate  et  Philinus  ;  la  composition  de 
certains  écrits,  et  l’époque  de  certains  hippocratiques  ne 
peuvent  être  plus  anciennes  qu’ Aristote. 

Je  prie  le  lecteur  de  bien  distinguer  ici  entre  ce  qui  estfait 
positif  et  ce  qui  est  hypothèse  de  ma  part.  Il  est  certain  que  la 
Collection  comprend  des  écrits  d’Hippocrate,  dePolybe  et 
d’autres  hippocratiques  postérieurs  ;  il  est  certain  que  cette 
Collection  renferme  en  elle-même,  soit  par  la  mention  d’ou¬ 
vrages  qui  n’existent  plus ,  soit  par  la  présence  d’extraits , 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  287 

de  notes  et  d’abrégés  ,  la  preuve  qu’elle  a  subi  une 
longue  élaboration  et  des  remaniements  qui  coïncident 
avec  l’existence  d’une- série  dé  médecins  hippocratiques  ;  il 
est  certain  que,  par  une  troisième  coïncidence,  les  notions 
anatomiques  et  physiologiques  qui  y  sont  consignées  mon¬ 
trent  un  développement  et  embrassent  un  laps  de  temps  qui 
va  depuis  Hippocrate  et  Polybe  jusqu’à  l’époque  de  l’ensei¬ 
gnement  d’Aristote  et  de  Praxagore  5  il  est  certain  que  les 
commentaires  s’arrêtent  à  Bacchius ,  Philinus ,  Xénocrite  et 
Hérophile,  et  que  par  conséquent  là  aussi  s’arrête  la  con¬ 
sécration  de  l’existence  de  cette  Collection  dans  son  ensem¬ 
ble;  il  est  certain  encore  que  dès  lors  le  désordre  qu’elle 
présente  existait,  et  que  ces  premiers  commentateurs  avaient 
perdu  les  moyens  de  reconnaître  le  véritable  auteur  de  cha¬ 
cun  des  traités. 

Yoilà  les  faits  positifs.  Yoici  l’hypothèse  :  j’ai  supposé , 
pour  expliquer  ces  faits,  qui  doivent  être  tous  admis  simulta¬ 
nément,  que  la  bibliothèque  des  hippocratiques,  dont  la  fa¬ 
mille  était  venue  à  s’éteindre,  avait  passé,  mutilée,  tronquée, 
dépareillée ,  dans  les  mains  de  possesseurs  qui  n’en  avaient 
pas  la  connaissance  détaillée ,  et  de  là  dans  le  domaine  pu- 
blic.  Comme  les  derniers  hippocratiques  et  leurs  derniers 
livres  atteignent  l’époque  d’Alexandre  et  d’Antipater,  d’A¬ 
ristote  et  de  Praxagore ,  j’ai  supposé  que  la  publication  de  la 
Collection  devait  être  postérieure.  Comme  elle  est  connue , 
citée,  commentée  par  Hérophile,  Xénocrite,  Philinus  et 
Bacchius,  il  a  fallu  non  plus  supposer,  mais  admettre  qu’elle 
leur  était  antérieure;  c’est  ainsi  que  j’ai  déterminé  les  deux 
limites  entre lesquellesj’ai placé lapublication.  Enfin,  comme 
à  ce  même  temps  les  grandes  bibliothèques  d’Alexandrie  se 
sont  ouvertes ,  comme  Ptolémée  filsdeLagus,  peu  après  la 
mort  d’Alexandre ,  a  fondé  la  sienne,  beaucoup  augmentée 


INTRODUCTION. 


288 

par  son  successeur  Ptolémée  Philadelphe,  et  comme  cette 
fondation  et  cet  agrandissement  des  bibliothèques  sont  jus¬ 
tement  du  temps  d’Hérophile,  de  Xénocrite,  de  Philinus  et 
de  Bacchius,  j’ai  pensé  que  la  publication  avait  été  déter¬ 
minée  par  l’ouverture  de  ces  grands  dépôts  de  livres. 

C’est  là  une  hypothèse ,  je  le  sais,  et  je  la  donne  aussi 
pour  telle  -,  cependant  elle  me  paraît  approcher  beaucoup  de 
la  certitude.  Elle  résulte  tellement  de  la  nature  des  choses, 
que  Galien ,  sans  en  faire  un  système  explicite  comme  je 
l’ai  fait  moi-même ,  en  a  cependant  admis  toutes  les  données 
fondamentales.  11  pense  que  certains  livres  de  la  Collection 
sont  de  Thessalus,  de  Polybe,  d’Hippocrate,  fils  de  Dracon, 
et  de  ceux  qu’il  appelle  les  asclépiades  postérieurs  5  c’est  ad¬ 
mettre  ,  comme  j’ai  fait ,  dans  cette  Collection ,  une  collabo¬ 
ration  d’auteurs  qui  sont  postérieurs  les  uns  aux  autres  ;  il 
pense  que  certains  traités  ont  été  augmentés,  arrangés  par 
les  descendants  d’Hippocrate  ;  c’est  admettre,  comme  j’ai 
fait,  des  remaniements  dans  ces  traités  restés  entre  les 
mains  des  médecins  héritiers  de  leur  illustre  aïeul  ;  enfin  il 
pense  que  le  zèle  des  Ptolémée  pour  les  livres  a  déterminé , 
non  seulement  la  publication  des  livres  hippocratiques,  mais 
encore  les  additions,  aux  vrais  traités  d’Hippocrate,  de  ces 
parties  qu’il  regarde  généralement  comme  dues  à  quelqu’un 
des  hippocratiques  5  c’est  admettre  que  les  publicateurs  pos¬ 
sédaient  ces  fragments  des  livres  des  hippocratiques.  Ainsi 
Galien  a  été  tellement  dominé  par  les  conditions  du  pro¬ 
blème,  qu’à  son  insu,  pour  ainsi  dire,  il  a  posé  toutes  les 
bases  de  la  solution. 

En  effet,  il  n’y  a ,  ce  me  semble,  que  deux  manières  de 
concevoir  la  formation  de  la  Collection  hippocratique  :  l’une 
est  celle  que  je  viens  de  proposer  j  l’autre,  qui  n’en  est 
qu’une  modification ,  consisterait  à  supposer  que  les  livres 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION'  HIPPOCRATIQUE.  289 

qui  la  constituent  étaient  épars  dans  diverses  mains ,  qu’ils 
sont  arrivés  de  différents  côtés  dans  les  bibliothèques  avec 
le  nom  d’Hippocrate ,  lequel  y  avait  été  mis  par  les  vendeurs 
pour  que,  le  prix  fut  meilleur,  et  que  là  ils  ont  formé 
cette  collection  considérable  où  les  critiques  ont  ensuite  es¬ 
sayé  de  porter  l’ordre.  Ce  qui  m’empêche  d’adopter  cette 
opinion,  ce  sont  les  rapports  qui  unissent  ces  livres  entr’eux, 
les  communautés  de  doctrines ,  les  passages  copiés  l’un  sur 
l’autre,  les  citations  de  livres  perdus,  la  présence  de  frag¬ 
ments,  de  notes,  d’extraits  :  toutes  choses  qui  me  paraissent 
exclure  la  dissémination  dé  ces  livres  entre  des  mains  di¬ 
verses.  Avec  ces  conditions,  on  doit  admettre  qu’ils  ont  été 
élaborés  dans  un  même  foyer;  car,  on  n’y  reconnaîtrait  pas 
toutes  ces  liaisons ,  s’ils  provenaient  de  médecins  qui  n’au¬ 
raient  pas  eu  des  rapports  et  d’enseignement  et  de  tradition 
les  uns  avec  les  autres;  on  n’y  trouverait  pas  non  plus  des 
notes  décousues  et  des  morceaux  sans  rédaction  véritable , 
siThessalus,  Dracon,  Hippocrate  IH,  Hippocrate  IY  et  les 
autres  les  avaient  composés  pour  les  publier  ;  et  il  n’a  guère 
été  possible  d’y  inscrire  le  nom  du  grand  Hippocrate,  que 
parce  que  les  pièces  qui  sont  dépourvues  de  toute  rédaction 
étaient  des  papiers  conservés  sans  nom  d’auteur.  C’est  ainsi 
que  les  extraits  du  livre  de  Polybe  ont  été  gardés,  puis  ont 
été  publiés  comme  appartenant  à  Hippocrate ,  le  livre  lui- 
même  ne  s’étant  conservé  nulle  part ,  pas  même  dans  la  bi¬ 
bliothèque  d’Aristote.  On  est  donc  toujours  forcé  d’en  re¬ 
venir  à  ce  point,  à  savoir  que  la  publicité  des  livres  hip¬ 
pocratiques,  à  part  sans  doute  quelques  traités,  a  été  ex¬ 
cessivement  restreinte  avant  la  fondation  des  bibliothèques , 
et  que  le  désordre  primitif  où  s’est  trouvée  cette  Collection 
dès  le  temps  des  plus  anciens  critiques ,  annonce  bien  plutôt 
une  réunion  de  livres  et  de  papiers  qui ,  étant  restés  long- 

19 


TOM.  I. 


INTRODUCTION. 


290 

temps  dans  l’usage  d’une  famille,  y  ont  été  plus  ou  moins 
abrégés,  dépareillés  et  mutilés,  que  la  réunion ,  dans  la  bi¬ 
bliothèque  d’Alexandrie ,  de  traités  qui ,  ayant  été  publiés 
au  fur  et  à  mesure  de  leur  composition ,  se  seraient  ainsi 
trouvés  entre  les  mains  de  possesseurs  divers. 

Si  l’on  avait,  d’une  part,  la  liste  exacte  des  livres  hippo¬ 
cratiques  compris  dans  l’exemplaire  de  la  Collection  qui , 
suivant  Apollonius  Biblas,  se  trouvait  dans  la  Bibliothèque 
royale  d’Alexandrie,  et,  d’autre  part,  la  liste  exacte  des 
livres  hippocratiques  apportés  par  les  Navires ,  on  pourrait 
avec  probabilité  considérer  ceux-ci  comme  représentant  les 
traités  qui  avaient  joui  d’une  certaine  publicité,  et  ceux-là 
comme  représentant  les  livres  venus  directement  de  la 
famille  des  hippocratiques. 

En  définitive,  tout  ce  qui ,  de  la  Collection  hippocratique, 
se  trouve  authentiquement  consacré  par  les  travaux  des 
anciens  critiques ,  réunit  un  tel  ensemble  de  conditions  qu’il 
est  difficile  d’en  concevoir  la  publication  autrement  que 
d’une  manière  analogue  à  celle  dont  Strabon  nous  a  con¬ 
servé  le  récit  pour  la  collection  aristotélique. 

Prosper  Martian  dit,  dans  la  préface  de  son  Commentaire 
sur  Hippocrate  :  «  Si  tous  les  livres  appéiés  hippocratiques  ne 
«  sont  pas  d’Hippocrate ,  par  quel  hasard  ont-ils  reçu  son 
<c  nom?  j’en  assignerai  deux  causes  :  la  première,  qu’aprèsla 
«  mort  d’Hippocrate,  tous  les  livres  qui  ont  été  trouvés  dans 
«  sa  bibliothèque  sans  nom  d’auteur,  ont  été  publiés  avec  le 
«  sien  5  la  seconde ,  que  le  nom  d’Hippocrate  peut  avoir  été 
«  appliqué  justement  à  des  œuvres  de  divers  auteurs,  attendu 
«  qu’il  y  a  eu  plusieurs  Hippocrate.  » 

Mercuriali  suppose  que  les  livres  hippocratiques  ont  pu, 
comme  ceux  d’Aristote ,  rester  inconnus  pendant  quelque 
temps.  Sa  remarque,  on  le  voit,  est  vraie  5  mais  il  en  abuse 


PUBLICATION  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE.  291 

parce  qu’il  prolonge,  ce  semble ,  cette  ignorance  jusqu’au 
temps  de  Galien  $  le  défaut  de  publicité  n’a  duré  que  jus¬ 
qu’au  temps  d’Hérophile  et  d’Érasistrate.  J’ai  voulu  rap¬ 
porter  ces  opinions  de  Mercuriali  et  de  Prosper  Martian , 
pour  montrer  que  je  n’ai  guère  fait  que  développer  et 
appuyer  de  raisonnements  et  de  preuves  l’idée  émise , 
pour  ainsi  dire  en  passant,  par  ces  deux  savants  médecins. 

J’ai  satisfait  à  toutes  les  conditions  du  problème  que  j’ai 
énumérées  en  tête  de  ce  chapitre  ;  et  c’est  parce  que  je  me 
les  suis  posées,  que  j’ai  pu  essayer  de  le  résoudre.  Ainsi 
s'explique  la  présence  de  fragments  tronqués,  de  livres  sans 
commencement  ou  sans  fin,  de  notes  sans  liaison.  Ainsi 
s’explique  l’introduction,  dans  la  Collection  hippocratique , 
de  plusieurs  traités  qui  ne  sont  certainement  pas  d’Hippo¬ 
crate  ,  et  qui  cependant  ne  sont  pas  dus  à  un  faussaire.  Après 
Hippocrate,  les  médecins,  ses  successeurs,  écrivent,  et 
augmentent  le  fond  qui  leur  a  été  légué.  Mais,  d’un  autre 
côté,  les  causes  de  destruction  agissent:  des  livres  dont  il 
n’existait  qu’un  ou  deux  exemplaires  disparaissent  sans  re¬ 
tour  ;  et,  quand  la  publication  littéraire  est  sollicitée  par  la 
formation  des  bibliothèques  et  la  multiplication  des  lecteurs , 
les  derniers  détenteurs  réunissent  tout  ce  qu’ils  ont ,  bon  ou 
mauvais,  livres  entiers  et  fragments,  traités  faits  avec  soin 
et  notes  jetées  pour  un  usage  personnel  *,  et  iis  publient  cette 
masse  sous  le  nom  commun  du  grand  homme  dont  Platon 
avait  vanté  la  science  et  le  génie. 


CHAPITRE  XII. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE 
EN  PARTICULIER. 


Quatre  règles  ont  présidé  à^la  classification,  que  je  fais, 
dans  ce  chapitre,  des  écrits  hippocratiques. 

La  première  prend  son  autorité  dans  les  témoignages  di¬ 
rects,  c’est-à-dire  dans  ceux  qui  précèdent  la  formation  des 
bibliothèques  publiques  d’Alexandrie. 

La  seconde  est  tirée  du  consentement  des  anciens  criti¬ 
ques.  Ce  consentement,  ainsi  que  je  l’ai  fait  voir,  étant  d’un 
grand  poids  à  cause  des  documents  qu’ils  possédaient,  mé¬ 
rite  beaucoup  d’attention  de  la  part  des  critiquas  modernes. 

La  troisième  dérive  de  l’application  de  certains  points  de 
l’histoire  de  la  médecine,  points  qui  me  paraissent  offrir  une 
date,  et  par  conséquent  une  détermination  positive. 

:  La  quatrième  résulte  de  la  concordance  qu’offrent  les  doc¬ 
trines,  de  la  similitude  que  présentent  Ies  écri ts,  et  du  ca-> 
ractère  du  style. 

J’ai  rangé  ces  quatre  règles  d’après  l’importance  que  je 
leur  attribue.  La  première  dépasse  toutes  les  autres  en  auto¬ 
rité;  j’y  subordonne  les  trois  dernières.  Ces  règles  ainsi  po¬ 
sées,  ce  n’est  plus  mon  propre  jugement ,  ce  sont  elles  qui 
décident  si  un  livre  doit  être  considéré  comme  appartenant 
à  Hippocrate.  Mon  goût  particulier  n’a  plus  rien  à  faire  dans 
cette  détermination  ;  mon  choix  est  contraint.  Il  y  a  tel  écrit 
que  volontiers  j’aurais  attribué  à  Hippocrate,  par  exemple, 
le  traité  du  Régime  (  -epl  oiai-r/^,  en  trois  livres);  mais  tous 


DE  CHACUN  DES  ÉCRITS  DE  LA  COLLECTION  HIPPOCRATIQUE  29$ 

les  critiques  anciens  l’ayant  rejeté,  je  me  suis  vu  obligé,  par 
la  règle  même  que  j’ai  posée,  de  le  rejeter  aussi. 

Je  partage  tous  les  écrits  de  la  Collection  hippocratique  en 
onze  classes. 

ln  classe.— Écrits  qui  sont  véritablement  d’Hippocrate. 

IIe  classe. — Écrits  de  Polvbe. 

IIIe  classe.— Écrits  antérieurs  à  Hippocrate. 

IYe  classe.— Écrits  qui ,  dépourvus  d’une  autorité  suf¬ 
fisante  pour  être  attribués  à  Hippocrate,  portent  le  cachet 
dô  l’école  à  laquelle  il  appartenait. 

Ve  classe.— Livres  qui  ne  sont  qu’un  recueil  de  notes, 
d’extraits. 

YIe  classe.— Livres  qui,  étant  tous  d’un  même  auteur, 
forment  une  série  particulière  dans  la  collection  hippocra¬ 
tique.  Cet  auteur  n’est  pas  connu. 

Ync  classe.— Un  seul  traité  auquel  un  témoignage 
d’Aristote  s’applique  peut-être. 

YHIe  classe. — Traités  postérieurs  à  Hippocrate,  com¬ 
posés  vers  le  temps  d’Aristote  et  de  Praxagore. 

IXe  classe.— Série  de  traités,  de  fragments,  de  compi¬ 
lations,  qui  n’ont  été  cités  par  aucune  critique  de  l’antiquité. 

Xe  classe.— Notice  des  écrits  que  nous  avons  perdus, 
et  qui  faisaient  partie,  dans  l’antiquité,  de  la  Collection  hip¬ 
pocratique. 

XIe  classe.— Pièces  apocryphes. 

PREMIÈRE  CLASSE. 

livres  qui  sont  d’Hippocrate  :  De  Y  Ancienne  médecine  ;  le 
Pronostic  ;  les  Aphorismes  ;  les  Épidémies,  1er  et  3e  livres  ; 
du  Régime  dans  les  maladies  aiguës  ,*  des  Airs,  des  Eaux  et 
des  Lieux;  des  Articulations  ;  des  Fractures  -,  des  Instruments 
de  réduction;  des  Plaies  de  tête ;  le  Serment  ;  la  Loi. 


TOM.  I. 


JNTRODOCTIOX. 


294 

De  l’ancienne  médecine1.  Quoique,  par  toutce  qui  pré¬ 
cède,  j’aie  préparé  des  ressources  pour  la  discussion  de  cha¬ 
cun  des  écrits  de  la  Collection  hippocratique  en  particulier, 
cependantil  me  reste  quelques  questions  épineuses  à  traiter; 
je  commence  immédiatement  par  la  plus  laborieuse  de  tou¬ 
tes.  La  solution  que  j’en  donne  est  un  des  résultats  nouveaux 
de  mon  travail  d’introduction,  et  un  de  ceux  qui  ont  vive¬ 
ment  excité  mon  intérêt.  Car,  croyant  retrouver  ici  ce  que 
Platon  avait  admiré  dans  Hippocrate,  je  me  suis  complu  à 
rechercher  la  trace  d’une  communication  entre  ces  deux 
grands  esprits,  presque  contemporains. 

La  plupart  des  critiques  modernes,  Mercuriale  Gruner, 
s’accordent  à  regarder  le  traité  de  X Ancienne  médecine 
comme  n’appartenant  pas  à  Hippocrate ,  et  comme  étant 
postérieur  à  ce  médecin.  Au  contraire,  Erotien,  parmi 
les  critiques  de  l’antiquité,  attribue  cet  écrit  à  Hippocrate 
lui-même.  Mais  son  témoignage  est  le  plus  ancien  que 
nous  possédions  à  cet  égard,  et  l’assertion  d’un  écrivain 
qui  a  vécu  plus  de  quatre  siècles  après  le  médecin  de  Cos 
ne  suffirait  pas,  en  l’absence  de  toute  autre,  pour  entraî¬ 
ner  la  conviction.  Aussi,  manquant  de  renseignements 
qui  dépassent  l’époque  d’Erotien,  et  ébranlé  par  les  objec¬ 
tions  des  critiques  modernes  qui  rejettent  du  canon  hip¬ 
pocratique  le  traité  de  X Ancienne  médecine ,  j’étais  long¬ 
temps  resté  dans  le  doute  ;  et,  quoiqu’une  lecture  attentive 
et  répétée  me  prouvât  que  ce  traité  renfermait  une  doctrine 
identique  à  celle  de  l’école  de  Cos,  et  tenait  par  une  foule  de 
points  à  plusieurs  autres  écrits  véritablement  hippocratiques, 
quoique  j’y  retrouvasse  les  préceptes  les  plus  dignes  d’admi¬ 
ration  sur  1  art  d’observer  en  médecine,  et  les  principaux 

1  Hepi  àpyatr<;  Vptx^ç. 


DE  chacun  des  livres  hippocratiques  en  particulier.  295 
traits  du  système  d’Hippocrate  lui-même,  je  n’osais ,  sur  de 
pareilles  présomptions ,  me  mettre  au-dessus  de  l’avis  de  mes 
prédécesseurs,  ni  prendre ,  sans  une  plus  ample  certitude , 
un  parti  qui  aurait  toujours  pu  être  taxé  de  conjecture  ha¬ 
sardée.  D’ailleurs,  il  entre  dans  les  règles  de  critique  que  je 
me  suis  faites ,  de  chercher  d’autres  preuves  d’authenticité 
que  celles  qui  résultent  de  l’examen  du  style ,  ou  même  de 
l’examen  des  pensées  et  des  doctrines ,  et  d’être  surtout  sa¬ 
tisfait  lorsque  j’ai  rencontré  quelque  témoignage  qui  se  rap¬ 
proche  du  temps  même  où  a  vécu  Hippocrate. 

Or,  j’ai  découvert ,  je  pense ,  en  faveur  du  traité  de  V  An¬ 
cienne  médecine ,  un  de  ces  témoignages  décisifs  qui,  une 
fois  reconnus ,  ne  laissent  plus  de  place  pour  aucun  doute  : 
c’est  celui  de  Platon.  Ce  philosophe  cite ,  à  différentes  re¬ 
prises  et  toujours  avec  éloge ,  Hippocrate  nominativement  ; 
et  le  soin  même  qu’il  a  d’invoquer  l’autorité  du  médecin  de 
Cos,  montre  qu’il  était  familier  avec  ses  écrits.  On  lit  dans 
le  Phèdre  :  «  Socrate.—  Penses-tu  qu’on  puisse  compren- 
«  dre,  jusqu’à  un  certain  point,  la  nature  de  l’àme,  sans  étu- 
tc  dier  la  nature  de  l’ensemble  des  choses?  Phèdre.  —  Si 
l’on  en  croit  Hippocrate,  le  fils  des  Asclépiades,  on  ne  peut 
«  comprendre  même  la  nature  du  corps  sans  celte  méthode. 
<(  Socrate. —  C’est  très  bien,  mon  ami,  qu’Hippocrate  s’ex- 
«.  prime  ainsi.  Mais ,  outre  Hippocrate ,  il  faut  interroger  la 
«  raison ,  et  examiner  si  elle  s’accorde  avec  lui.  Phèdre. — 
Sans  doute.  Socrate.  —  Yois  donc  ce  que  Hippocrate  et 
c  la  raison  pourraient  dire  sur  la  nature.  Quel  que  soit  1  ob- 
«  jet  dont  on  s’occupe ,  n’est-ce  pas  de  la  manière  suivante 
<(  qu’il  faut  procéder  :  examiner  d’abord  si  l’objet  sur  lequel 
«  nous  voulons  nous  instruire  et  instruire  les  autres,  est  sim- 
«  pie  ou  composé  ;  ensuite,  dans  le  cas  où  ü  serait  simple , 
«  considérer  quelles  sont  ses  propriétés ,  quelle  action  il 


296 


INTRODUCTION. 


«  exerce  sur  les  autres  substances ,  ou  quelle  action  il  en  re- 
«  çoit $  enfin,  dans  le  cas  où  il  serait  composé ,  en  compter 
«  les  éléments ,  et  faire ,  pour  chacun  de  ces  éléments,  ce 
«  qui  avait  été  fait  pour  l’objet  simple,  c’est-à-dire,  l’étu- 
«  dier  à  l’état  actif  et  à  l’état  passif K .  » 

J’ai  transcrit  ce  long  morceau  de  Platon  parce  qu’il  est 
indispensable  pour  juger  la  discussion  dans  laquelle  je  vais 
entrer.  Pesons  d’abord  exactement  les  éléments  de  la  ques¬ 
tion  ,  et  voyons  ce  que  comportent  les  termes  dont  s’est  servi 
le  philosophe  athénien.  Platon  ne  nous  donne  pas  le  titre 
d’un  écrit  d’Hippocrate  ;  il  ne  dit  ni  ne  fait  entendre  que  son 
allusion  soit  tirée  de  quelque  livre  qui  ait  été  intitulé  sur  la 
Nature  de  V homme  ;  il  se  borne  à  rappeler  qu’Hippocrate  a 
exprimé  l’opinion  qu’on  ne  peut  bien  étudier  le  corps ,  sans 
embrasser  l’étude  de  la  nature  dans  sa  généralité.  H  ne  faut 
donc  pas  chercher,  dans  le  passage  de  Platon,  l’indication 
d’un  titre  d’ouvrage. 

Je  ne  connais,  sur  ce  point  littéraire,  que  deux  opinions , 
celle  de  Galien ,  qui  assure  que  Platon  a  voulu  citer  le  traité 
de  la  Nature  de  Vliomme ,  et  celle  de  quelques  modernes  qui 

1  XQ  :  ty’ujfTj!;  ouv  tpuatv  açttoç  Xdvou  xaTavor;<7ai  otei  ouvaTov  et- 
vai  avsu  t 5;?  tou  é>Xou  «puascoç  *  <1>AI  :  Et  uiv  ‘IirrroxpaTSt  ts  tw  twv 
AcxX/yrctaotov  ôsï  Tnrs(6sa6at ,  oùSs  ttsoi  GwpiaTOç  avsu  t9;ç  ulsôooou 
rauTTjÇ.  XQ  :  KaXcoç  yàp,  to  ÉTatpSjXéyst.  Xpvj  jisvrot,  -rcpo;  tw 
xparst  tov  Xdvcv  IçeTaÇovTa,  cxoxeetv  sï  ouptîpcovsï.  d>AI  :  dE»vîjxt.  XQ  : 
f°  "°'-vuv  ^£Pl  çdaswç  cncdrsi  t(  ttots  Xsyst  ‘iTTroxpa-r/jç  ts  xat  6  aXrr 
ÔTjçXoyoç.  Ap  ouX  Sos  jrpv)  otavosïaôai  rspl  ôtououv  ousswçj  TîpSxov 
f/iv ,  a-Xouv  r,  iroXustoéç  i<mv ,  o&  Ttépt  ^ouXr^oaeQa  sîvat  autoi  ts- 
/;nxo\,  xat  àXXouç  ouvaTOt  Trotstv,  s-st~a  os,  sàv  asv  a~Xoïïv  r„  cxoreïv 
''y  °’jvaia''v  auxou,  Ttva-jrpoç  tixsçuxsv  stç  to  opav  ïyo'J ,  r(  riva  elç 
.o  ..aôwtv  u7ro  tou,  lav  os  icXemd  tiôr\  s^r, ,  TauTa  àpiôjr/jaàftevoç , 
07:sp  S?’  Ivoç,  TOUT’  ’tSsiv  |?’  ?X3(TT0V ,  TO,  Tl  TCOtSÏV  a^>  «épuxCV,  % 

-0  Tt  xaOstv  &7ro'  tou.  Platon  ,  tome  vin,  p.  62 ,  Ed.  Tauchn. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  297 

pensent  que  le  livre  d’Hippocrate  auquel  le  philosophe  athé¬ 
nien  fait  allusion,  est  perdu ,  et  l’est  depuis  une  époque  an¬ 
térieure  à  Galien.  Cette  discussion  est  de  la  plus  haute  im¬ 
portance  dans  l’histoire  littéraire  d’Hippocrate;  en  effet,  il 
s’agit,  dans  la  liste  fort  restreinte  des  écrits  authentiques,  de 
retrouver  un  traité  dont  Platon  a  invoqué  l’autorité. 

Galien  a  prétendu  que  le  passage  du  Phèdre  se  rapportait 
au  traité  de  la  Nature  de  V homme,  et  c’est  son  grand  argu¬ 
ment  pour  soutenir  l’authenticité  de  cet  écrit.  «  Tous  les  mé- 
«  decins ,  dit-il ,  excepté  un  petit  nombre ,  croient  que  le 
<  raité  de  la  Nature  de  l’homme  est  d’Hippocrate.  Platon 
«  lui-même  a  connu  ce  traité.  Car  on  lit  dansle  Phèdre:  Pen- 
<(  ses-tu  qu’on  puisse  connaître  quelque  peu  la  nature  de 
Vâme  sans  connaître  celle  de  Vuniversalité  des  choses  ?  s’il 
«  faut  croire  Hippocrate ,  fils  des  Asclèpiades ,  on  ne  peut 
«  pas  même  connaître  le  corps  sans  cette  méthode.  Après  ce 
«  passage ,  ceux  qui  parlent  au  hasard ,  doivent  rechercher 
dans  quel  livre  d’Hippocrate  est  consignée  la  méthode  que 
<(  loue  Platon  ;  et  ils  verront  qu’elle  ne  se  rencontre  dans 
«  aucun  autre  livre  que  dans  celui  sur  la  Nature  de  Vhom- 
me*.  »  On  voit  quel  est  l’argument  de  Galien  :  la  méthode 
attribuée  par  Platon  à  Hippocrate  ne  se  trouve  dans  aucun 
livre  de  la  Collection ,  excepté  ce  traité  ;  donc  il  est  celui  au¬ 
quel  Platon  fait  allusion.  D’abord  remarquons,  ainsi  que  je 
l’ai  déjà  dit  plus  haut ,  qu’il  ne  s’agit  pas  dans  le  passage  du 
Phèdre  d’un  titre  de  livre.  Par  conséquent  il  importe  peu 
que  le  traité  où  Galien  croit  retrouver  l’allusion  de  Platon, 
soit  intitulé  sur  la  Nature  de  Vhomme. 

Le  médecin  de  Pergame  ajoute  que  la  méthode  louée  par 
Platon  est  observée  dans  ce  traité  ;  cela  est  vrai  jusqu’à  un 


1  Gai.,  tome  v,  p.  2,  Ed.  Basil. 


29S  iMKODücriox. 

certain.point-,  mais,  n’en  déplaise  à  Galien,  cela  est  vrai  aussi 
pour  d’autres  traités,  où  l’auteur  énumère  les  éléments  con¬ 
stitutifs  du  corps  humain.  Et  d’ailleurs ,  il  ne  s’agit  pas  uni¬ 
quement  dans  le  passage  du  Phèdre  de  cette  méthode  ;  mais 
il  s’agit  aussi  de  l’opinion  d’Hippocrate  sur  la  nécessité  d’em¬ 
brasser  la  généralité  de  la  nature  pour  étudier  convenable¬ 
ment  le  corps.  Or,  rien  de  cela  ne  se  lit  dans  le  traité  que 
Galien  avait  pris  sous  sa  protection  -,  et  la  seule  phrase  un 
peu  générale  que  ce  traité  renferme  est  celle  où  l’auteur 
dit  :  «  Ceux  qui  sont  habitués  à  entendre  sur  la  nature  de 
«  l’homme  des  raisonnements  qui  dépassent  les  relations  de 
«  cette  étude  avec  la  médecine ,  ne  seront  pas  satisfaits  de 
«  mon  discours  *.  »  Or,  il  n’v  a  rien  là  qui  rappelle ,  même 
de  loin,  le  passage  de  Platon. 

Parmi  les  critiques  modernes,  ceux  qui,  ne  suivant  pas 
aveuglément  Galien ,  ont  voulu  comparer  eux-mêmes  le 
Phèdre  et  le  traité  de  la  Nature  humaine ,  se  sont  convain¬ 
cus  que  ce  passage  et  ce  traité  n’ont  rien  de  commun.  Mais 
ils  n’ont  pas  étendu  plus  loin  leurs  recherches,  et  ils  ont  ad¬ 
mis  que  le  livre  d’Hippccrate  auquel  Platon  faisait  allusion , 
avait  péri  dès  avant  Galien.  Mais  cette  conséquence  est-elle 
juste  ?je  ne  le  pense  pas  ;  et  je  vais  essayer  de  le  démontrer 
au  lecteur.  On  voit  que ,  depuis  Galien ,  ce  point  d’histoire 
littéraire  n’a  point  sérieusement  occupé  les  critiques;  c’est 
une  raison  de  plus  pour  que  j’en  discute  minutieusement 
tous  les  éléments  *,  et  peut-être  en  résultera-t-il  la  preuve 
qu’une  étude  attentive  des  textes  peut  encore ,  même  après 
les  excellents  travaux  de  nos  devanciers,  jeter  un  jour  inat¬ 
tendu  sur  des  questions  qui  avaient  été  abandonnées. 

OffTiç  t/.sv  suoQsv  àxousiv  Xe yovtwv  apupl  tt;ç  <pu<noç  tt'ç  avôpw- 
tuvyjç  7rpoff(OTépco  r,  6xo<jov  auTgïjç  iç  Î7]TptX7jV  açr'xEi,  toute»  piv 
oOx  Ittitt'^eio?  ô  Xoyoç  éxoustv.  De  Nat.  hum.,  p.  19,  Ed.  Basil. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  299 

U  y  a,  dans  la  Collection  hippocratique,  deux  passages 
relatifs  à  la  nature  de  l’homme  et  à  la  nature  des  choses  : 
c’est  avec  ces  deux  passages  qu’il  faut  confronter  le  texte  de 
Platon.  En  effet,  le  philosophe  athénien  n’a  point  cité  les 
propres  paroles  d’Hippocrate;  mais  il  s’est  inspiré  d’une 
pensée  qu’il  avait  rencontrée  dans  les  écrits  du  médecin , 
qui  l’avait  frappé,  et  qu’il  avait  retenue.  C’est  donc  unique¬ 
ment  de  cette  pensée  qu’il  s’agit;  c’est  elle  qu’il  faut  retrou¬ 
ver;  et,  s’il  y  a  des  passages  dans  la  Collection  hippocratique 
qui  renferment  une  idée  analogue ,  c’est  là  seulement  qu’on 
peut  espérer  de  reconnaître  l’allusion  de  Platon.  Le  cercle  de 
toute  recherche  y  est  strictement  limité. 

Le  premier  de  ces  passages  est  dans  le  traité  sur  le  Régime ; 
on  y  lit  :  «  Celui  qui  veut  écrire  convenablement  sur  le  ré¬ 
gime  doit,  avant  tout ,  connaître  et  discerner  la  nature  de 
«tout  l’homme,  c’est-à-dire,  connaître  de  quels  éléments 
«  l’être  humain  a  été  formé  d’abord ,  et  discerner  quelles 
parties  y  dominent.  Car,  s’il  n’apprend  pas  la  composition 
primordiale  du  corps  et  les  parties  qui  y  dominent ,  il  ne 
«  pourra  pas  donner  de  directions  utiles.  Après  avoir  appro- 
«fondi  ces  connaissances,  l’écrivain  étudiera  les  proprié¬ 
tés,  tant  naturelles  que  produites  par  la  force  de  l’art,  des 

«  aliments  et  des  boissons _ Cela  fait,  le  soin  de  la  santé 

«de l’homme  n’est  pas  encore  complet;  car  l’homme  ne 
«  peut  pas,  en  mangeant,  se  bien  porter,  s’il  ne  s’exerce  en 
«  même  temps.  La  nourriture  et  l’exercice  ont  des  proprié¬ 
tés  opposées . Ce  n’est  pas  tout  :  il  faut  apprendre  le  rap- 

«  port  exact  des  exercices  avec  la  quantité  des  aliments,  avec 
<  la  nature  de  l’individu ,  avec  l’âge,  avec  la  saison ,  avec 
«  les  changements  des  vents,  avec  la  situation  des  localités, 
«  avec  la  constitution  de  l’année.  On  observera  aussi  le  lever 
«  et  le  coucher  des  constellations ,  afin  de  savoir  se  prému- 


INTRODUCTION. 


300 

v  nir  contre  lès  mutations  et  les  influences  quelquefois  ex- 
«  cessives  de  la  nourriture ,  de  l’exercice,  des  vents  et  du 
«  monde  entier  5  mutations  et  influences  qui  engendrent  les 
«  maladies  L  » 

J’ai  dit  un  peu  plus  haut,  mais  sans  en  apporter  immédia¬ 
tement  la  preuve,  que  la  méthode  attribuée  par  Platon  à 
Hippocrate ,  où  Galien  n’a  vu  que  l’étude  des  objets  dans 
leurs  éléments ,  et  qu’il  dit  ne  se  trouver  que  dans  le  traité 
sur  la  Nature  de  l’homme ,  se  rencontrait  dans  d’autres 
écrits  de  la  Collection  hippocratique.  Le  passage  que  je 
viens  de  transcrire  du  livre  du  Régime  en  offre  un  exemple 
entre  plusieurs  autres  ;  et  ainsi ,  en  cela  même ,  l’argument 
de  Galien  n’est  pas  concluant. 

1  <&7)pt  OS  SsÏV  XOV  psXXoVXZ  OpQtOÇ  ^Uf^pà^SlV  TOpl  ÛiatTTjÇ  àvôpw- 
7T tvrjç,  -nrpwxov  piv  oravxoç  çùatv  àvôpworou  yvwvat  xat  otafi/covai  • 
yvwvxt  psv  ,  arro  xtvwv  auvscrx7ixsv  l£  ap yvjç  -  otoYvwvat  os ,  utto  x(- 
vwv  pspâiv  xsxpàxx.xat.  Et  pà]  yàp  X7}v  Iç  dcpyjjç  cutjxactv  iirtYVC&orcai, 
xat  xo  eTxixpaxsov  Iv  tw  cwpaxt ,  obj  oïoç  xs  etr,  xà  çupcpspovxa  xw 
àvQpwrw  irpousvsyxsîv  *  xaüxa  psv  oùv  yprt\  yivwffxsiv  xov  Jjuyypà- 
oovxa  •  psxà  os  xaûxa,  tjtxtov  xat  ttoxwv  obravxtov  ,  olci  StatxwpsOx , 
Suvau.iv  v;v  xtva  sxacrxa  êyei,  xat  xr,v  xaxà  cpuatv,  xat  xf,v  ot’  àvày- 

X7]v  xat  ’zsyyrp  àtvôpw7ri'v7]v . Tvovxt  SI  xà  sîp7]piva  oùxw  aù- 

xapx^çfj  OspaTStr,  xou  àvôpwrou,  otoxtoù  oùvaxa»  loôtwv  ô  àvôpM7rsç 
uytatveiv ,  r,v  p-))  xat  orovsr,-  ùxrsvavxtaç  psv  *fàp  àXXiXotO'iv  iyst  xà? 
euvapstç  ctxta  xat  7rôvot....  Kat  où  povov  xaùxa ,  àXXà  xat  xàç  oup- 
psxptaç,  xâxs  psxpa  xwv  -î:ovwv  irpoç  to  TrXvjôo-  xwv  arxttov  xai  rr. 
9u5tv  xou  avôpcoTüou,  xat  xàç  ^Xtxtaç  xwv  cojpàxwv,  xat  xrpoç  xàç 
wpac  xou  Ivtauxou,  xat  ~poç  xàç  psxaêoXàç  xwv  orvsupàxwv  ,  xat 
orpoç  xaç  ôsaetç  xwv  ^ wptwv  Iv  otci  Statxéovxat ,  orpoç  xs  XTjV  xaxx- 
oxaxtv  xou  Ivtauxou.  ^AcTxpwv  xs  l~ txoXàç  xat  oùotaç  yivwaxstv  c:î 
&«oç  STTtox^xat  xaç  psxaêoXàç  xat  6— spêoXàç  cpuXàaffstv  ,  xat  ctxîwv, 
xal  ttovwv,  xat  7rvsupaxwv,  xat  xou  #Xou  xoopou  ,  s£  tbv  xrsp  at  voû- 
crot  xototv  avOpwTïoiut  çùovxat.  Du  Régime,  lîv.  I,  au  commence¬ 
ment. 


de  chacun  des  livres  hippocratiques  en  particulier.  301 
L’auteur  de  ce  morceau  expose  des  idées  générales  sur  la 
i:  dure  de  l’homme ,  sur  les  rapports  qu’elle  a  avec  les  sub- 
'  ances  extérieures  et  avec  les  influences  du  monde  entier; 
et  en  cela  il  est  conforme  à  ce  qui  en  est  dit  dans  le  Phèdre  ; 
niais  on  n’y  trouve  pas  énoncée  la  nécessité  d’études  dont  la 
généralité  ait  pour  termel’étudedu  corps,  cc  Pour  établir  le  ré¬ 
gime ,  dit  l’auteur  hippocratique ,  il  faut  connaître  l’homme, 
'es  éléments  qui  le  composent  et  les  influences  qu’il  su¬ 
bit.  »  Mais,  suivant  Platon ,  Hippocrate  a  dit  :  «  Pour  con- 
aître  V homme ,  il  faut  embrasser  l’uhiversalité  des  choses 
qui  l’entourent.  »  C’est,  là  la  méthode  attribuée  par  Phèdre 
Hippocrate ,  et  cette  méthode  ne  se  trouve  pas  dans  le  pas- 
y  ge  du  traité  du  Régime.  Dans  ce  passage ,  l’idée  est  juste, 
elle  exprime  que  l’étude  du  régime  ne  peut  se  séparer  de  la 
connaissance  de  l’homme  et  des  choses  extérieures.  Or,  sui¬ 
vant  Platon,  Hippocrate  a  dit  que  Y  étude  de  Yhomme  ne  peut 
s  ?  passer  de  la  connaissance  de  l’universalité  des  choses  ;  pen- 
s  ée  toute  différente  et  plus  profonde.  La  ressemblance  entre 
!  ?  passage  du  traité  du  Régime  et  la  citation  de  Platon ,  est 
u  ne  plus  dans  les  mots  que  dans  le  sens;  je  l’abandonne 
complètement. 

Le  second  passage  qui  me  reste  à  confronter  avec  le 
Phèdre ,  se  trouve  dans  le  traité  de  Y  Ancienne  médecine.  Le 
ici  textuellement  traduit  :  «  Quelques-uns  disent,  sophistes 
et  médecins ,  qu’il  n’est  pas  possible  de  savoir  la  médecine 
sans  savoir  ce  qu’est  l’homme ,  et  que  celui  qui  veut  pra¬ 
tiquer  avec  habileté  l’art  de  guérir ,  doit  posséder  cette 
connaissance.  Mais  leurs  discours  ont  la  direction  philo¬ 
sophique  des  livres  d’Empédocle  et  des  autres  qui  ont 
écrit  sur  la  nature  humaine,  et  exposé  dans  le  principe  ce 
qu’est  l’homme ,  comment  il  a  été  formé  d’abord ,  et  d’où 
provient  sa  composition  primordiale.  Pour  moi ,  je  pense 


INTRODUCTION. 


302 

«  que  tout  ce  que  sophistes  ou  médecins  ont  dit  ou  écrit  sur 
«.  la  nature,  est  moins  relatif  à  l’art  de  la  médecine  qu'«' 

<c  Part  du  dessin.  Je  pense  encore  que  c’est  par  la  médecine 
<c  seule  que  l’on  arrivera  à  quelques  connaissances  positives 
«  sur  la  nature  humaine;  mais  à  condition  d’embrasser 
<(  la  médecine  même  dans  sa  véritable  généralité  ;  sans  cela , 
«  il  me  semble  qu’on  est  bien  loin  de  telles  connaissances , 
«je  veux  dire  de  savoir  ce  qu’est  l’homme,  par  quelles 
«  causes  il  subsiste,  et  le  reste  exactement.  Ainsi ,  je  crois 
«  fermement  que  tout  médecin  doit  étudier  la  nature  hu- 
«  maine,  et  rechercher  soigneusement,  s’il  veut  pratiquer 
«  son  art  convenablement,  quels  sont  les  rapports  de  l’homme 
«  avec  ses  aliments,  avec  ses  boissons,  avec  tout  son  genre 
«  de  vie,  et  quelles  influences  chaque  chose  exerce  sur 
«  chacun1.  » 


*  ÀÉyouct  Si  tivêç  xal  Hycpol  xai  cocpiffrat  wç  oux  evi  SuvaTov  rr- 
Tpixyjv  stosvat  ocrtç  oit Sev  S  Tt  Icrtv  àvSpwiroç  *  aXXà  touto  oeî  xa- 
TajxaOstv  tov  [xsXXovTa  opQwç  OspaTTEucsiv  touç  àv6pto7rouç.  Tstvet  ci 
auroïç  à  Xoyoç  Iç  (ptXocoçiav  ,  xaôàrsp  ’EtxrsSoxXrjÇ  aXXot  oî  rsp 
5’jffio;  yeypaçafftv  Iç  ap^ç  o  rt  la rlv  àvôpwTroç,  xaitfmoç  lyévsTo 
~pcÜTOv  ,  xal  Ô7ro0ev  cuvsTtay7!*  ’Eyw  ûs  tout«ov  jxsv  8aa  Tivi  £tpr-a 

IT0Çl(5T7Î  T,  tTjTptp  ,  Tj  ysyparTat  Trspl  CpUfflOÇ  ,  ^ff(TOV  VOfJuÇtO  TT)  tT^pUCT 

T£^vr)  Trpoor'xEtv  tj  T7]  ypacptxr;.  Nou.{^b)  8s  crépi  çuatoç  yvwvat  Tt  02- 
çsç  o'jQaaoôsv  aXXoOsv  sîvat  r(  Iç  îrjTptx^ç*  touto  es  olov  te  xaca- 
[xaôsîv,  8r av  aùrrçv  tiçt rjv  îr^ptxr.v  opOwç  Trâaav  reptXâër,-  txsyp  •.  ci 
toutsou,  roXXoîî  jxoi  ooxesi  Seîv*  Xéyw  os  TYjv  tarroptVjV  TauTr(v  eîosva- 
avôptoîroç  ti  sort ,  xal  St’  ofaç  aîrtaç  ytvsTai ,  xal  TaXXa  àxptêÉwç. 
Etei  toi  yé  jxot  ooxsst  àvayxaîov  eTvat  cravrl  tr]Tpw  xepl  cpuctoç  stos- 
vat,  xai  cravu  Grrouoacrai,  cbç  stcerai,  stersp  ti  p.ÉXXet  tmv  Sso'/toj- 
TTOt^cEtv ,  8  ti  Icrtv  avôpcoroç  irpoç  Ta  IcôtoptEva  xal  cnvdjxeva ,  xal  c 
rt  ~poç  TaXXa  InTY.osuaara,  xal  8  ti  dep’  sxdcrou  Ixetcrw  cuaér'csrat. 

Ceux  qui  compareront  ce  texte  avec  le  texte  ordinaire  y  trouve¬ 
ront  de  très  grandes  différences.  Je  ne  l’ai  admis  tel  qu’il  est  là  que  sur 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  303 

Comprenons  bien  le  sens  de  ce  morceau  d’Hippocrate  : 
certains  médecins  et  sophistes  prétendant  qu’on  ne  peut  sa- 
■v  oir  la  médecine  sans  connaître  la  nature  de  l’homme  5  Hip¬ 
pocrate  retourne  cette  pensée,  et  dit  qu’on  ne  peut  connaître 
la  nature  de  l’homme ,  si  l’on  ne  sait  pas  la  médecine.  Pour 
y  arriver ,  il  faut  embrasser  cette  science  dans  sa  véritable 
généralité.  Cette  généralité,  c’est  l’étude  de  l’homme,  en  ce 
sens  que  c’est  l’étude  de  ses  rapports  avec  ce  qui  l’entoure , 
et  que  c’est  de  cet  ensemble  que  le  médecin  doit  tirer  les 
détails  d’application,  c’est-à-dire  apprendre  comment  le 
corps  humain  se  comporte  à  l’égard  des  aliments ,  par 
exemple,  et  quel  effet  il  reçoit  de  chaque  substance.  Phèdre 
donne  le  nom  de  méthode  à  la  doctrine  d’Hippocrate  sur  ce 
point.  Une  méthode  est  en  effet  tracée  dans  le  passage  pré¬ 
cédemment  cité  de  Y  Ancienne  médecine.  Hippocrate  se  met 
au  point  de  vue  des  connaissances  qu’embrasse  cette  science, 
et  des  rapports  qu’elle  observe  entre  l’homme  et  le  reste  des 
choses ,  pour  considérer  le  corps,  et  déclarer  qu’on  n’ob¬ 
tiendra  sur  cet  objet  des  notions  positives  que  par  la  mé¬ 
thode  qu’il  indique.  Et  c’est  si  bien  une  méthode,  qu’il  ne  la 
trace  que  pour  l’opposer  à  celle  des  anciens  philosophes. 
Eux  ont  pris  l’homme  et  ont  essayé  d’en  expliquer  la  com¬ 
position  à  l’aide  des  principes  qu’ils  admettaient  comme 
causes  de  toutes  choses  5  lui ,  demande  qu’on  procède  autre¬ 
ment,  qu’on  embrasse,  dans  sa  véritable  généralité,  la  mé¬ 
decine  ,  c’est-à-dire  la  science  des  rapports  du  corps  humain 
vec  les  objets  qui  l’entourent,  et  que,  de  cette  comparaison, 

l'autorité  d’un  manuscrit.  La  lacune  très  importante  et  non  soup¬ 
çonnée  que  ce  manuscrit  m’a  permis  de  faire  disparaître ,  est  une  des 
bonnes  fortunes  qui  ont  récompensé  le  labeur,  continué  pendant 
plusieurs  années,  de  la  collation  de  tous  les  manuscrits  hippocrati- 
qnes  que  renferme  la  Bibliothèque  royale  de  Paris. 


IXTRODECTIO>\ 


304 

on  tire  les  conséquences  scientifiques  qui  en  découlent  :  as¬ 
surant  que  c’est  là  la  seule  voie,  la  seule  méthode,  comme 
dit  Platon,  qui  puisse  donner  des  notions  positives  sur  le 
corps. 

Toute  la  portée  de  la  pensée  d’Hippocrate  est  dans  son 
opposition avecla  doctrine  des  philosophes  qui  voulaient  qu’on 
étudiât  l’homme  en  soi ,  pour  en  déduire ,  dans  le  cas  particu¬ 
lier  de  la  médecine ,  les  règles  de  l’art.  Hippocrate  s’arrache 
à  cette  doctrine;  et  il  demande  que  les  études,  au  lieu  de  par¬ 
tir  de  l’homme,  y  aboutissent.  La  différence  est  capitale; 
elle  a  frappé  Platon.  Aussi  il  répète ,  à  son  tour ,  qu’il  faut 
étuçlier  l’âme  dans  tous  ses  rapports  avec  le  reste  de  la  na¬ 
ture  pour  en  avoir  une  conception  juste  et  complète ,  et  il 
ajoute  que  cette  méthode  doit  d’autant  plus  être  suivie  à  l’é¬ 
gard  de  l’àme ,  que  le  corps ,  moins  difficile  à  connaître,  ne 
peut  cependant ,  au  dire  d’Hippocrate,  être ,  sans  elle ,  ni 
étudié  convenablement,  ni  connu,  ni  apprécié.  Le  philosophe 
a  appliqué  à  la  psychologie  l’idée  profonde  et  étendue  à  la 
fois  que  le  médecin  s’était  faite  de  l’étude  de  la  physiologie. 

Et  dans  Hippocrate ,  ce  n’est  pas  une  pensée  fortuite , 
jetée  en  passant  dans  le  cours  d’un  livre,  car  ce  livre 
tout  entier  est  une  longue  polémique  contre  les  philo¬ 
sophes  et  les  médecins  de  son  temps.  H  met  sa  doctrine 
en  relief,  et  l’on  conçoit  d’autant  mieux  qu’elle  ne  soit 
pas  restée  inaperçue  de  Platon;  car  elle  est  fondamen¬ 
tale,  exprimée  avec- gravité,  et  d’un  ton  propre  à  attirer 
l’attention.  Elle  secoue  tout  le  dogmatisme  qui  reposait  sur 
la  considération  de  la  composition  hypothétique  du  corps 
humain ,  et  déclare  hardiment  qu’il  faut  renoncer  à  étudier 
le  corps  en  lui-même;  qu’il  faut  y  voir,  non  un  point  de  dé¬ 
part,  mais  un  centre,  et  en  chercher  la  connaissance  aussi 
bien  dans  l’action  du  reste  des  choses  que  dans  sa  propre 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  305 

constitution.  C’est  une  pensée  analogue  à  celle  que  Bacon  a 
exprimée  en  disant  que  personne  ne  peut  découvrir  la  nature 
d’une  chose  dans  cette  chose  elle-même,  mais  que  la  re¬ 
cherche  doit  s’étendre  à  des  objets  plus  généraux. 

Il  y  a  en  outre,  dans  ce  passage,  un  sentiment  profond  de 
la  réalité  des  choses,  et ,  par  conséquent,  la  haine  des  hy¬ 
pothèses  gratuites.  Evidemment,  Hippocrate  a  compris  que 
les  propriétés  du  corps  vivant  ne  pouvaient  être  déduites,  à 
priori ,  des  suppositions  qui 'avaient  été  faites  sur  la  consti¬ 
tution  présumée  de  ce  même  corps,  mais  qu’elles  devaient 
être  trouvées ,  expérimentalement,  à  posteriori,  par  l’exa¬ 
men  des  actions  que  chaque  chose  produit  en  Iui(S,Tt  *©’ 
iy.Ssrou  sxacro)  GuaSr'aîTat).  Il  ne  veut  pas  que,  pour  appren¬ 
dre  la  médecine,  on  apprenne  ce  qu’est  l’homme  suivant  la 
érection  philosophique  d’Empédocle  et  des  autres  5  mais  il 
veut  que,  pour  apprendre  ce  qu’est  l’homme,  on  étudie 
quels' sont  les  rapports  du  corps  vivant  avec  les  aliments,  les 
boissons,  et  tout  le  genre  de  vie 5  et  c’est  de  cette  façon  , 
dit-il ,  qu’on  apprendra  ce  qu’est  l’homme ,  et  par  quelles 
causes  il  subsiste  (avôpcoTroç  ri  è( rct,  xal  81  o?aç  atxtaç  ytvsTai). 
Fermeté  et  rectitude  admirables  d’un  grand  esprit  qui  ne  se 
laisse  séduire  par  aucune  fausse  hypothèse,  et  qui ,  captivé 
par  la  contemplation  delà  nature,  recommande  de  l’inter¬ 
roger,  et  non  de  la  deviner. 

J’ai  prévenu,  dès  le  commencement,  en  disant  que  la  cita- 
tion  de  Platon  n’est  pas  textuelle,  une  objection  que  l’on  est 
disposé  à  faire  en  voyant  que  les  expressions  du  philosophe  : 
la  nature  de  V ensemble  des  choses  tou  #Xou  çusew;)  ne  se 
trouvent  pas  dans  le  passage  du  livre  de  l 'Ancienne  médecine 
auquel,  suivant  moi ,  le  Phèdre  fait  allusion.  C’est  ici  le  mo¬ 
ment  d’y  revenir;  car,  au  point  où  la  discussion  est  arrivée, 
on  comprendra  sans  peine  que  Platon  n’a  nullement  cité  les 

20 


TOM. 


INTRODCCTIOX. 


30G 

propies  termes  d’Hippocrate.  Dans  le  Phèdre ,  Socrate,  après 
avoir  dit  que  Périclès  devait  sa  supériorité  comme  orateur 
aux  leçons  d’Anaxagoré ,  qui  l’avait  entretenu  des  phéno¬ 
mènes  de  la  nature,  ajoute  que  la  haute  éloquence  ne  peut 
guère  se  passer  de  la  contemplation  de  ces  merveilles.  Il 
compare  alors  l’art  de  la  parole  à  la  médecine,  disant  que , 
de  même  que  la  nature  du  corps  doit  être  connue  du  méde¬ 
cin  ,'  de  même  la  nature  de  l’âme  doit  l’être  de  l’orateur ,  si 
l’un  et  l’autre  veulent  exercer  leur  art  avec  des  lumières 
meilleures  que  celles  de  l’empirisme  et  de  la  routine.  Puis  i! 
demande  à  son  interlocuteur  si  l’on  peut  comprendre  la  nature 
de  l’àme  sans  celle  de  l’ensemble  des  choses.  On  voit  que  ses 
idées  se  suivent,  et  que  ce  sontAnaxagore  et  Périclès  qui  lui 
ont  suggéré  son  opinion  sur  l’éloquence,  et,  par  un  enchaî¬ 
nement  naturel,  sur  l’étude  de  l’âme.  Phèdre  lui  répond  que 
l’étude  même  du  corps  n’est  possible  que  d'après  cette  mé¬ 
thode ,  si  l’on  en  croit  Hippocrate.  C’est  donc  une  méthode 
seulement,  et  non  une  expression  du  médecin  de  Cos ,  que 
Platon  cite,  méthode  qui  consiste  à  ramener  l’étude  de  toute 
chose  vers  le  corps  humain  pour  en  comprendre  la  nature. 
Or  que  trouvons-nous  dans  le  passage  de  Y  Ancienne  méde¬ 
cine?  une  méthode,  et  justement  la  méthode  indiquée  par 
Platon.  Ainsi  le  philosophe  athénien  n’a  pas  emprunté  ces 
mots  :  la  nature  de  Y  ensemble  des  choses ,  à  Hippocrate-,  le 
texte  même  le  montre;  et  les  propres  paroles  de  Platon ,  et 
le  sens  qu’elles  renferment,  tout  concourt  pour  rapporter  le 
passage  du  Phèdre  au  traité  de  Y  Ancienne  médecine. 

Une  difficulté  reste  encoreàlever  dansle  passage  de  Platon. 
Il  en  est  des  recherches  delà  critique  comme  des  recherches 
de  la  médecine  légale.  Il  faut  noter  toutes  les  circonstances: 
les  plus  petites,  les  plus  insignifiantes  au  premier  abord ,  <  ; 
même  les  plus  inexplicables,  donnent,  si  l’on  parvient  à  en 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER:  307 

déterminer  avec  exactitude  les  tenants  et  les  aboutissants , 
des  clartés  tout  à  fait  inattendues  sur  l’objet  caché  que  l’on 
essaye  de  découvrir.  J’ai  donc  pensé  que  ce  qui ,  dans  le 
texte  de  Platon,  faisait  difficulté,  devait  non  seulement  s’ex¬ 
pliquer,  mais  encore  tourner  à  la  confirmation  du  point 
d’histoire  littéraire  que  j’avais  établi  plus  haut. 

La  difficulté  gît  dans  ces  paroles  de  Platon  :  vois  donc  ce 
qu’ Hippocrate  et  la  raison  ‘pourraient  dire  sur  la  nature 
(  2xorst  zi  ttot£  Xéyet  'iTTroxpa-rz-ç  zz  xai  ô  àX7)0r,ç  )  :  à  la 
suite  de  quoi ,  Platon  expose  comment  on  doit  étudier  la  na¬ 
ture  d’un  objet  quelconque.  Or  ce  détail  n’est  pas,  textuelle¬ 
ment  du  moins,  dans  le  traité  de  F  Ancienne  médecine ;  c’est 
un  fait,  et  loin  de  le  nier ,  je  le  constate.  Si  donc  ces  mots  : 

ixo— £i  zi  —ors  Xfj'ct  'IirjroxpaTTjÇ  zz  xai  ô  aXr,0-/jç  Xayoç  )  annon¬ 
cent  une  citation  textuelle  d’Hippocrate,  comme  cette  citation 
ne  se  trouve  ni  dans  le  traité  de  V Ancienne  médecine  ni  ail¬ 
leurs,  tout  ce  que  j’ai  établi  tombe,  et  nous  avons  perdu 
le  livre  auquel  Platon  fait  allusion.  Mais  je  maintiens  que 
ce  n’est  pas  une  citation  textuelle,  et  je  vais  le  démontrer 
par  le  passage  même  de  Platon. 

Il  y  a  dans  ce  passage  trois  points  :  1°  la  méthode  d’Hip- 
p  :crate;2°  l’intention  de  soumettre  cette  méthode  au  juge¬ 
ment  de  la  raison  -,  3°  l’annonce  de  ce  que  diront  Hippocrate 
et  la  raison.  Ainsi  ce  que  vont  dire  Hippocrate  et  la  raison  , 
est  ce  jugement  même  porté  sur  la  méthode.  Par  là  Platon 
indique  que  ce  développement,  qu’il  attribue  simultanément 
à  Hippocrate  et  à  la  raison ,  n’est  pas  du  médecin  de  Cos, 
mais  que  c’est  lui,  Platon,  qui  examine  et  juge  la  valeur  de 
la  proposition  d’Hippocrate. 

C’est  pour  répondre  à  cette  pensée  de  Platon  que  j’ai  tra¬ 
duit  :  vois  donc  ce  qu’ Hippocrate  et  la  raison  pourraient 
'ire  sur  la  nature.  Cette  traduction  fait  sentir  que  ce  qui  va 


INTRODUCTION. 


308 

être  dit  est,  non  pas  une  citation  d’Hippocrate ,  mais  un  dé¬ 
veloppement  de  sa  pensée. 

Tous  les  traducteurs  que  j’ai  consultés  ont  rendu  autre¬ 
ment  ce  membre  de  phrase  $  ils  ont  mis  :  vois  ce  que  disent 
Hippocrate  et  la  raison.  Cette  traduction  ne  répond  pas  au 
sens  même  du  texte,  et  donne  du  louche  à  tout  le  morceau  ; 
en  effet ,  elle  porte  à  croire  que  ce  qui  va  être  dit  est  tex¬ 
tuellement  emprunté  à  Hippocrate*,  alors  il  est  impossible  de 
comprendre  comment  Platon  ,  qui  veut  soumettre  une  pro¬ 
position  d’Hippocrate  au  jugement  de  la  raison,  cite  Hippo¬ 
crate  lui-même  en  garantie. 

En  effet,  on  a  négligé  une  petite  observation  grammati¬ 
cale  qui  aurait  pu  remettre  sur  la  bonne  voie.  Le  Grec  ne  dit 
pas  :  Tl  Xéyst  'I^TTroxpaT^ç  xz  xai  5  àXrfir^  Xôyoç ,  mais  :  xi  xzoxz 
Xeyet.  Il  y  a  là  une  nuance  qui  n’a  pas  été  saisie.  La  particule 
explétive  n’est  jamais  inutile  ;  parfois,  il  est  vrai ,  la  distinc¬ 
tion  est  si  fugitive,  qu’une  traduction  l’omettra  sans  incon¬ 
vénient,  mais  d’autres  fois  elle  ne  peut  être  négligée  impu¬ 
nément  ;  ici  elle  donne  à  la  phrase  une  signification  dubitative 
dont  il  faut  tenir  compte,  et  que  j’ai  indiquée  dans  ma  tra¬ 
duction  en  disant  :  vois  donc  ce  qu>  Hippocrate  et  la  véritable 
raison  pourraient  dire  sur  la  nature.  De  cette  façon ,  ce  qui 
va  être  dit  est  simplement  un  développement  de  la  proposi¬ 
tion  d’Hippocrate,  une  explication  de  la  méthode,  explication 
que  la  raison  approuve  et  confirme.  La  nuance  que  je  si¬ 
gnale  ici  n’est  même  pas  aussi  délicate  qu’elle  le  paraît  au 
premier  abord.  En  effet,  du  moment  que  l’attention  est  ap¬ 
pelée  sur  ce  point,  on  reconnaît  qu’il  y  a  une  difficulté  in¬ 
aperçue  des  traducteurs,  mais  difficulté  réelle,  pour  savoir 
comment  Platon  entend  soumettre  la  méthode  d’Hippocrate 
au  jugement  de  la  raison ,  tout  en  invoquant  simultanément 
le  témoignage  d’Hippocrate  et  de  la  raison.  Mettez  :  vois  ce 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  309 

que  disent  Hippocrate  et  la  raison,  Ja  difficulté  est  palpable,  et 
le  sens  est  troublé.  Mettez  :  vois  ce  que  pourraient  dire  Hip¬ 
pocrate  et  laraison,  le  sens  est  net,  et  tout  se  lie  et  s’explique. 

Ce  n’est  pas  tout  :  le  passage  de  Platon  ne  devient  clair  et 
intelligible  que  par  le  passage  d’Hippocrate.  En  effet ,  écar¬ 
tons  pour  un  moment  le  souvenir  de  la  doctrine  du  médecin, 
et. considérons  en  lui-même  le  raisonnement  du  philosophe. 
Il  commence  par  poser  qu’on  ne  peut  connaître  l’àme  ou  le 
corps  sans  l’étude  de  l’ensemble  des  choses.  H  faut  s’arrêter 
à  cette  pensée,  qui  est  pleine  de  grandeur,  et  essayer  de  la 
comprendre ,  sans  tenir  aucun  compte  du  commentaire  qu’y 
joint  Platon.  Le  sens  le  plus  naturel  qu’elle  comporte  paraît 
être  que,  l’âme  et  le  corps  étant  des  parties  d’un  grand  tout, 
la  connaissance  du  tout  est  indispensable  à  la  connaissance 
des  parties.  C’est  la  première  interprétation  qui  se  présente  à 
1  esprit.  Mais  de  quelle  manière  Platon  commente-t-il  lui- 
même  cette  pensée?  Suivant  lui,  cela  veut  dire  que,  pour 
étudier  la  nature  d’une  chose,  du  corps  ou  de  l’âme,  par 
exemple ,  il  faut  rechercher  si  elle  est  simple  ou  composée , 
et  quelles  sont  les  actions  qu’elle  exerce  ou  qu’elle  reçoit.  La 
pensée  et  le  commentaire  sont  fort  éloignés  l’un  de  l’autre  ; 
étudier  l’ensemble  des  choses  pour  connaître  la  nature  d’un 
objet,  et  étudier  les  actions  que  cet  objet  exerce  ou  reçoit , 
ne  semblent  pas  deux  propositions  dérivées  l’une  de  l’autre 
par  un  enchaînement  immédiat.  L’étude  de  l’ensemble  des 
choses  ne  peut  signifier  l’étude  des  actions  qu’exerce  ou  que 
reçoit  un  objet ,  qu’autant  que  cette  doctrine  est  expliquée. 
Or,  rien  de  plus  clair  que  cette  explication,  du  moment 
qu’on  a  lu  le  livre  de  Y  Ancienne  médecine.  Du  temps  d’Hip¬ 
pocrate  ,  on  prétendait  qu’il  n’était  pas  possible  de  connaître 
la  médecine  sans  savoir  ce  qu’était  l’homme.  Hippocrate  ré¬ 
pond  à  ceux  qui  avaient  cette  opinion  :  «  Je  pense ,  au  con- 


INTRODUCTION. 


310 

<c  traire,  qu’on  ne  peut  savoir  ce  qu’est  l’homme  sans  cou¬ 
rt  naître  la  médecine.  L’homme  est  composé  d’humeurs  mul- 
«  tiples  et  d’organes;  chaque  humeur ,  chaque  organe  a  son 
<c  action  particulière,  et  est  en  outre  en  relation  avec  les 
«  influences  très  diverses  des  aliments,  des  boissons,  et  de 
«  tout  ce  qui  entoure  l’homme.  Ainsi,  pour  connaître  la 
«  nature  de  l’homme ,  étudiez  tout  ce  qui  a  action  sur  lui. 
Yoilà  comment  Hippocrate  entend  que  l’étude  du  corps  est 
fondée  sur  l’étude  de  l’ensemble  de  la  nature  ;  voilà  aussi 
(  rapprochement  frappant)  de  quelle  manière  l’entend  Pla¬ 
ton.  Il  est,  certes,  impossible  d’obtenir  une  plus  juste  con¬ 
cordance,  et  de  jeter  plus  de  lumière  sur  un  raisonnement 
peu  développé.  Le  texte  d’Hippocrate  est  le  meilleur  com¬ 
mentaire  du  texte  de  Platon. 

Ainsi,  non  seulement  j’ai  expliqué  les  difficultés  qui  nais¬ 
saient  des  paroles  mêmes  du  Phèdre,  mais  encore  j’ai  éclairci 
le  texte  du  philosophe  athénien ,  et  j’ai  dissipé  l’obscurité 
qu’y  présentait  le  raisonnement  philosophique.  Les  diffi¬ 
cultés  se  sont  donc  tournées  en  éclaircissements  nouveaux 
et  inattendus  d’un  passage  de  Platon;  et  c’est  de  toutes  les 
preuves  la  meilleure  peut-être  à  donner,  que  j’ai  rencontré 
juste  en  rapportant  l’allusion  de  Platon  au  traité  de  Y  An¬ 
cienne  médecine . 

Si  la  pensée  à  laquelle  Platon  se  réfère  n’était  pas  attri¬ 
buée  par  lui  nominativement  à  Hippocrate ,  on  pourrait  hé¬ 
siter  ,  en  la  rètrouvant  dans  les  écrits  du  médecin ,  à  y 
reconnaître  l’original  que  le  philosophe  athénien  a  eu  sous 
les  yeux.  Hais  Platon  est  explicite  :  c’est  bien  dans  Hippo¬ 
crate  qu’il  a  lu  que  la  bonne  méthode  pour  étudier  le  corps 
est  d  étudier  l’ensemble  des  choses  ;  Or  c’est  aussi  dans  un 
écrit  considéré  par  l’antiquité  comme  appartenant  à  Hippo¬ 
crate  ,  que  nous  retrouvons  une  pensée  identique. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  311 

Il  est  possible  d’ajouter  quelques  remarques  qui  complè¬ 
tent  l’intelligence  des  rapports  qu’a  le  livre  de  Y  Ancienne 
médecine  avec  les  doctrines  de  ee  temps.  Platon  dit  dans  le 
Sophiste  :  «  Tous  qui  dites  que  le  froid  et  le  chaud,  ou  deux 
agents  semblables,  constituent  l’ universalité  des  choses...1.» 
Dans  Hippocrate  on  lit  :  «  Ceux  qui  prennent  pour  hypo¬ 
thèse  le  chaud ,  le  froid,  l’humide  ou  le  sec,  ou  tout  autre 
agent,  attribuent  la  cause  des  maladies  et  de  la  mort  à  un 
ou  deux  de  ces  agents  comme  à  une  cause  première  et 
toujours  la  même  2.  »  Je  n’insisterai  pas  sur  la  similitude 
des  expressions,  quoiqu’il  fût  possible  que  Platon  les  eût  co¬ 
piées  dans  un  livre  qu’il  avait  entre  les  mains*,  je  ne  m’atta¬ 
cherai  pas  à  d’autres  locutions  identiques  ,  Platon  disant 
dans  ce  même  dialogue  (t.  2,  p.  42,  Ed.  Tauch.)  tô>  zaûrr^  tt,v 
j-o'9sgiv  uTToOepivcp,  comme  Hippocrate  dit  uttoôhgiv  gçuhv  aù- 
teo'.Giv  uttoGsjasvoi  ;  mais  je  ferai  remarquer  que  la  polémique 
instituée  par  Hippocrate  contre  les  sophistes  et  les  médecins 
est  bien  véritablement  relative  aux  questions  qui  s’agitaient 
de  son  temps.  Il  combat,  on  vient  de  le  voir,  quelques  points 
de  philosophie  que  Platon  fait  combattre  à  Socrate  dans  le 
Sophiste.  De  plus  il  attaque  l’application,  dans  la  médecine , 
des  doctrines  de  l’école  d’Élée  ,  et  plus  particulièrement  de 
Zénon ,  qui  supposait  que  toutes  choses  étaient  constituées 
par  le  chaud,  le  froid,  le  sec  et  l’humide.'Le  dialogue  le  So¬ 
phiste  a  quelques  analogies  avec  le  traité  de  Y  Ancienne  mé- 

’  Otto  (roi  6spptov  xat  pov  r(  ttvs  ouo  toioutm  tsc  ~avr  sïvaî 
iXT£.....  Tome  ii,  p.  41 ,  Ed.  Tauch. 

*  'Oxogoi. ...  uro'Osctv  otptctv  aursotatv  ôitoOep.evot  iw  xô^tù  6sp- 
aov,  r,  -huypov  ,  r,  6ypov,  vi  ^pbv,  rt  akX  8  xt  av  êÔî'Atootv....  vr.v 
ioyry  zîr^  cthlr^  toîgiv  àv&p«7:otGi  xwv  vo-jawv  zt  xat  tou  6«va'xou 
xat  tzôîgi  rr,v  aùxr|V,  tv  rt  Svo  7tpo9su.6vot.  De  \  et.  Med.,  p-  4  ,  Ed. 
Frob. 


INTRODUCTION. 


312 

decine;  et  je  suis  porté  à  croire  qu’Hippocrate  a  été,  ici,  mis 
à  contribution  par  Platon. 

Dans  ce  traité,  Hippocrate  dit  qu’il  faut  expliquer  aux 
gens  ignorants  en  médecine  les  maladies  qu’ils  éprouvent , 
et  qu’on  s’écarte  de  la  réalité  quand  on  ne  sait  pas  se  faire 
comprendre  d’eux  4.  Cette  idée  est  certainement  singulière. 
Mais  Platon ,  en  plusieurs  endroits  de  ses  ouvrages ,  dit  la 
même  chose  :  «  Le  médecin,  s’enquérant  auprès  du  malade 
<c  et  de  ses  amis ,  apprend  du  patient  certains  détails ,  et 
«  l’instruit  sur  sa  maladie  autant  que  cela  est  possible.  Il  ne 
«  lui  fait  une  prescription  qu’après  l’avoir  persuadé  2.  »  Ail¬ 
leurs,  il  représente  le  médecin  conversant  avec  son  malade . 
allant  dans  ses  explications  jusqu’à  la  philosophie ,  repre¬ 
nant  la  maladie  dès  son  origine ,  et  développant  toute  la  na¬ 
ture  du  corps5.  On  voit  que  ce  que  le  livre.de  Y  Ancienne 
médecine  expose  touchant  le  rapport  des  médecins  et  des 
malades,  a  son  fondement  dans  des  usages  établis,  qui  ont 
été  mentionnés  par  Platon. 

La  comparaison  dont  je  viens  de  soumettre  les  éléments 
au  lecteur,  prouve,  ce  me  semble,  que  Platon  avait  en  vue 
le  passage  pris  dans  le  traité  de  Y  Ancienne  médecine  et  tout 
ce  traité  lui-même,  lorsqu’il  citait  Hippocrate  dans  le  Phèdre. 


1  El  os  xtç  TUV  tSiwTêtov  àTîoxsû'sxai ,  xai  ar,  ôiathfcct  tou; 

àxouovxaç,  oùxoç  tou  Iovxoç  à7roTsù;sxat.  P.  5,Ed.  Frob. 

Tw  xaavovxt  xotvoûuevoç  aùxÔ)  xs  xat  xoïç  cptXotç,  apa  aiv  aùxo; 
aavôavct  zi  -txpà  xiov  votrouvriov,  apa  os  xaOo'aov  oTo'ç  x£  êarl  otûa <rxs. 
tov  àffOsvoûvxa  •  xat  où  Tcpo'xepov  STrsxa^e  irptv  av  mj  Çup; rewç.  Dr 
Leg.,  4 ,  tome  vi,  p.  134,  Ed.  Taucb. 

Nooouvti  otaXeYopEvov  taxpov,  xat  xoû  çtXoçotpew  iyyùç  /  poyju- 
vov  {X£V  xotç  Xoyotç,  s|  ip/^zz  âirxo'pevov  xoû  vo^aaxoç, «pusEo; 
^«vtovxa  xr(ç  xwv  awp&wv.  De  Leg.,  9,  tome  vi,  n.  51  T, 
Ed.  Taucb. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  E>'  PARTICULIER.  313 

lien  résulte  que  ce  livre  est  un  des  plus  authentiques  que 
nous  possédions  ;  la  citation  de  Platon  étant  rapportée  à  sa 
véritable  place,  il  ne  reste  plus  aucun  doute  sur  un  écrit  que 
le  disciple  de  Socrate  a  tenu  dans  ses  mains,  a  lu  et  a  loué. 
Platon  n’a  pu  en  cela  ni  se  tromper,  ni  être  trompé. 

Gruner  a  remarqué  que  l’auteur  du  traité  de  Y  Ancienne 
Idecine  s’appuyait,  dans  toute  son  argumentation,  sur  une 
d  ctrine  qui  admettait  des  humeurs  multiples  dans  le  corps 
humain,  telles  que  l’amer,  le  doux,  l’acide,  le  salé,  l’astrin¬ 
gent  ,  etc. ,  et  que  cette  doctrine  était  celle  d’Alcméon,  phi¬ 
losophe  pythagoricien  qui  a  fleuri  au  moins  70  ans  avant 
Hippccrate  4.  «  Alcméon ,  dit  Plutarque 2,  attribue  la  con¬ 
servation  de  la  santé  au  mélange  égal  des  qualités,  l’hu¬ 
mide,  le  chaud,  le  sec,  le  froid,  l’amer,  le  doux ,  etc.  ;  la 
maladie ,  à  la  domination  d’une  d’entre  elles  5  car  il  pense 
que  la  prépondérance  exclusive  de  l’une  d’elles  détruit  la 
santé.  »  La  doctrine  et  lés  mots  d’Alcméon  se  retrouvent 
dans  le  traité  de  Y  Ancienne  médecine  ;  c’est  au  juste  mélange 
de  ces  qualités  que  l’auteur  de  ce  traité  attribue  la  conser¬ 
vation  de  la  santé  ;  c’est  dans  la  prédominance  de  l’une  qu’il 
[  ice  la  cause  des  maladies  -,  il  se  sert,  comme  Alcméon,  du 
mot  ouvctjueç  pour  les  dénommer.  Gruner,  qui  regarde  le  traité 
de  Y  Ancienne  médecine  comme  n’appartenant  pas  à  Hippo¬ 
crate  et  comme  lui  étant  très  postérieur,  voit,  dans  cet  em- 
1  :  unt  de  doctrine  et  de  langage,  fait  à  un  auteur  aussi  ancien 
qu’ Alcméon ,  un  moyen  pris  par  le  pseudo-Hippocrate  pour 

1  Vers  l’an  500  avant  J.-C. 

VXxaattov  t5;ç  fiiv  vyzictç  gtvai  (ruvsxTiXTjV  tsovoixiav  twv  ouvâ- 
-'-ov,  Gy  pou ,  ôspjAOu,  Sjvjpou ,  ,  îrtxpou,  yXuxg'oç ,  xalxwv  Xoi- 

~~v  •  TT(v  5’  Iv  aüxotç  aovapyt'av,  vo'ffou  -otr,Tixr'v  •  cpOopOTTOiov  yàp 
:/.rc£po’j  (Aovap/tav.  Plut.  DePlac.  Philos.,  tome  Y,  p.  514,  Ed. 
Tauclin. 


INTRODUCTION. 


314 

se  donner  un  yemis  d’antiquité.  Mais  il  était  bien  plus  na¬ 
turel  de  croire  qu’un  écrivain  qui  empruntait  ainsi  au  phi¬ 
losophe  pythagoricien  sans  le  nommer,  était  lui-même  fort 
ancien,  et  qu’Hippocrate  s’autorisait  d’Alcméon  comme  Pla¬ 
ton  s’autorisait  d’Hippocrate  lui-même.  Au  reste,  en  démon¬ 
trant  que  Platon  avait  connu  le  traité  de  X Ancienne  méde¬ 
cine  ,  j’ai  expliqué  la  conformité  qui  se  trouve  entre  ce  traité 
et  des  livres  antérieurs ,  et  je  lui  ai  rendu  sa  place  entre  Alc¬ 
méon  et  Platon. 

Je  viens,  par  des  témoignages  extrinsèques,  au  milieu 
desquels  domine  celui  de  Platon ,  de  défendre  l’authenticité 
du  livre  de  Y  Ancienne  médecine  ;  mais  ce  livre  ne  doit  pas 
être  considéré  isolément;  il  faut  maintenant  l’examiner 
du  point  de  vue  du  reste  de  la  Collection;  car,  si,  comme 
je  le  crois,  les  témoignages  que  j’ai  réunis  sont  assez  puis¬ 
sants  pour  décider  la  question  d’authenticité ,  ce  livre  doit , 
à  son  tour,  porter  des  caractères  intrinsèques  qui  le  met¬ 
tent  en  accord  avec  d’autres  livres  que  l’antiquité  a  regardés 
comme  étant  véritablement  d’Hippocrate. 

Je  ne  parlerai  ici  ni  de  la  doctrine  de  la  coction,  ni  de  celle 
des  crises,  ni  de  celle  des  jours  critiques,  doctrines  dont 
l’auteur  du  livre  de  Y  Ancienne  médecine  fait  la  base  de  la 
science  et  qui  sont  fondamentales  dans  tout  le  système 
d’Hippocrate;  elles  ont  été  professées  depuis  lui  par  ses 
disciples.  Mais  j’insisterai  sur  des  connexions  plus  étroites. 
Ainsi  il  est  dit  dans  le  livre  de  Y  Ancienne  médecine  :  <c  Ees 
«  gens  qui  ont  l’habitude  de  faire,  le  matin  ,  un  repas  que 
«  leur  santé  exige,  viennent-ils  à  omettre  ce  repas,  ils  sont 
w  pris,  dès  que  l’heure  est  passée,  d’une  débilité  générale: 
<(  les  yeux  jaunissent;  l’urine  devient  épaisse  et  chaude;!. 
h  bouche  amère  ^tiraillements  dans  les  entrailles,  vertigo. 
«  mauvaise  humeur,  inhabileté  au  travail;  et  avec  tout  cci  . 


DE  CHACUN  DÛS  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  315 

quand  ils  essayent  de  manger  à  l’heure  du  second  repas , 
les  mets  leur  paraissent  moins  agréables ,  ils  ne  peuvent 
achever  ce  qui  faisait  auparavant  leur  second  repas  quand 
ils  avaient  pris  le  premier  5  les  aliments,  descendant  avec 
des  tranchées  et  des  gargouillements,  échauffent  le  ven¬ 
tre  ;  et  le  sommeil  de  la  nuit  est  pénible  et  plein  de  rêves 
agités  et  fatigants  K  » 

Maintenant  on  lit  dans  le  traité  du  Régime  des  maladies 
iguës:  «  Ceux  qui  ont  l’habitude  de  faire  deux  repas  dans 
la  journée,  s’ils  ne  font  pas -celui  du  matin,  sont  faibles, 
débiles  et  mous  pour  tout  travail.  Ils  souffrent  de  l’esto¬ 
mac  5  ils  éprouvent  des  tiraillement  d’entrailles  ;  l’urine 
devient  chaude  et  foncée  5  le  ventre  se  resserre  ;  chez 
quelques-uns  même  la  bouche  devient  amère ,  les  yeux 
deviennent  creux,  lés  tempes  battent ,  et  les  extrémités  se 
refroidissent.  La  plupart  de  ceux  qui  ont  omis  leur  repas 
1  habituel  du  matin ,  ne  peuvent  même  manger  leur  repas 
du  soir  ;  et  s’ils  le  prennent,  ils  sentent  leur  estomac  chargé, 

•  et  le  sommeil  est  bien  plus  pénible  que  s’ils  avaient  mangé 
«  le  matin  2.  »  . 

Tout,  dans  ces  deux  passages,  est  semblable,  l’exemple, 

!  Toïïxo  SI ,  TjV  àpKTT7;v  fAeaaÔTjXté;  xtç ,  xat  ouxioç  auxew  Çujxçg- 
-  ,  dtp isvrjqfi,  oxav  xaytcxa  TrapgXOr,  wpr, ,  £Ù0ùç  àSuvapxr, 

,  cpouoç ,  •  i-rri  xouxota-tv  SçÔaXfxot  yJXopoyrepot ,  oûpov 

~x/y  xat  ôgpjxov  ,  crxoua  -xtxpov ,  xat  -roc  ot  Soxset  xpspa- 

:  n  •  oxoToSm-yj ,  ouaGupur, ,  ouaspytr,.  Tauxa  SI  Tràvxa,  xat  Sx av  Set- 
-rvîtv  i~ tystpr'cr,,  araser repoç  txlv  ô  ci'xoç,  àvaXtcxstv  cl  o-j  Suvaxat  ôaa 
:  :  .mÇdasvoç  ~pdx£pov  IcstTrvîi.  T aura  SI  auxà  ptsxà  cxpoooo  re  xat 
Itçc-j  xaxaëatvo vxa  auyxaui  xry  xotAt ,  SuaxotxÉo’jet  xe  xat  Svu- 
xvtaSovxai  rsxapayfiéva  xat  Gopuêwosa.  Page  7,  Ed.  Froben.  Seule¬ 
ment  j’ai  corrige,  d’après  les  manuscrits,  les  fautes  énormes  qui  dé- 
rent  ce  passage  dans  toutes  les  éditions. 

J  ’AXXà  tx-J-jV  xat  ot  |A£jxaôr,xox£ç  Stç  «rtxssaôat  rrt<;  r.txeprjç,  t,v  ur, 


1NTRODCCTIOX. 


316 

l’observation,  les  expressions  ;  et  les  légères  différences  qu’on 
remarque  dans  les  mots  prouvent  que  c’est  non  pas  un  homme 
qui  en  copie  un  autre ,  mais  un  auteur  qui  reproduit,  avec 
toute  liberté  de  rédaction,  une  pensée  qui  lui  appartient. 

A  la  suite  de  ce  morceau ,  l’auteur  du  traité  du  Régime 
dans  les  maladies  aiguës ,  dit  :  «De  telles  incommodités  sur- 
«  viennent  chez  les  gens  bien  portants  pour  un  changement 
«  de  régime  qui  n’embrasse  qu’une  demi-journée 1 .  »  De 
môme  on  lit  dans  F  Ancienne  médecine  :  «  Un  changement  de 
«  régime,  pour  une  seule  journée,  pas  même  entière ,  pro- 
«  duit  de  graves  incommodités  2.  » 

«Je  sais,  dit  l’auteur  de  Y  Ancienne  médecine ,  qu’il  est,  pour 
<(  le  corps ,  une  grande  différence  entre  un  pain  de  farine 
«  pure  et  un  pain  de  farine  non  blutée ,  entre  un  pain  de 
-■<  farine  bien  moulue  et  un  pain  de  farine  mal  moulue ,  entre 

•apuTTjfccoatv ,  àoGîvssç ,  xat  afôuxszot ,  xat  osiXot  èç  —  av  &pyov ,  xat 
xapStaXyeeç1  xpsaaoôai  yàp  Soxm  Ta  cnrXay/va  aùreot «•  xat  où- 
psobtjt  ôsptxov  xat  ylcapo'v  *  xat  7)  acsoooç  ^uyxatSTat  *  sert  o’  oîei  xat 
to  (TTOtxa  7ctxpatvsTat ,  xat  ot  ôçpOaXtxol  xotXatvovTat  *  xat  ot  xpôzzz:: 
~ aXXovxat  *  xat  ta  axpa  Sta^ujrovxat  •  xat  ot  piv  tcXeîtcoi  twv  avr,- 
ptOTïixo'TWv  ou  oùvavrat  xarsoOutv  to  Seîrvov  •  SsnnnfcavTeç  os  £apù- 
vouat  vijv  xotXir,v,  xat  SuaxotTeouat  -ttoXÙ  jxaXXov  $  et  îrporjOtoTr'xit- 
aav.  Page  571,  Ed.  Frob. 

‘  Tauxa  ToiavÎTa  ytverat  Tototv  uytatvouatv  éfvsxsv  jjpttosoç  r.ptipv; 

otatTTjÇ  {AcxaêoXîiç.  Page  571,  Ed.  Frob. 

iujxêatvet. . . .  ~ap’  yjpiepTjV  pttrjV,  xat  Tauxr,v  où/  5Xrtv  jxexaêa/.- 
Xouotv,  ÔTrepcpurjÇ  xaxorcadsfrj.  Page  7,  Ed.  Froben.  Celte  édition, 
comme  toutes  les  autres  sans  exception  ,  a  où  cyoXri  au  lieu  de  où/ 
oXr,v.  Ou  0/0X3  ne  peut  se  comprendre  ;  cette  leçon  vicieuse  est 
aussi  dans  tous  les  manuscrits,  excepté  dans  2255  ,•  et  il  est  remar¬ 
quable  combien  cette  restitution  si  heureuse  concourt  avec  le  texte 
du  livre  sur  le  Régime  des  maladies  aigues,  qui ,  au  lieu  de  cù/ 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  317 

un  pain  pétri  avec  beaucoup  d’eau  et  un  pain  pétri  avec 
peu  d’eau,  entre  un  pain  pétri  beaucoup  et  un  pain  peu 
pétri ,  entre  un  pain  bien  cuit  et  un  pain  mal  cuit.  Il  en  est 
de  meme  de  la  farine  d’orge  4.  »  L’auteur  du  traité  du  Ré¬ 
gime  dans  les  maladies  aiguës ,  dit  de  son  côté  :  «  Quels 
différents  effets  ne  produit  pas  du  pain  fait  avec  de  la 
farine  fine,  ou  dû  pain  fait  avec  la  farine  non  blutée, 
quand  on  change  celui  dont  on  use  habituellement;  de  la 
pâte  d’orge  ou' sèche ,  ou  humide  ou  compacte,  quand  on 
change  la  préparation  à  laquelle  on  est  accoutumé  2?  » 
N’est-ce  pas  le  même  auteur  qui  poursuit,  dans  deux 
Tits  différents,  le  même  ordre  de  pensées  ? 

Veut-on  des  exemples  où  les  habitudes  de  l’écrivain  se 
anifestent?  il  est  dit  dans  le  traité  du  Régime  des  mala¬ 
des  aiguës  :  «  Supposons  un  homme  ayant  reçu  à  la  jambe 
une  plaie  qui  ne  soit  pas  très  grave,  mais  qui  ne  soit  pas, 
non  plus,  insignifiante5.»  L’auteur,  cette  supposition  faite , 
xamine  ce  qui  arrivera  à  cet  homme,  il  dit  que  la  guérison 
-  ra  prompte  s’il  ne  marche  pas,  mais  que,  si,  après  s’être 
reposé  pendant  quatre  ou  cinq  jours ,  il  se  met  à  marcher 
ensuite ,  la  plaie  guérira  moins  promptement  que  s’il  avait 
marché  toujours  depuis  le  premier  moment  de  la  blessure. 
L’auteur  de  V Ancienne  médecine  dit  de  la  même  façon  : 
Supposons  un  homme  affecté  d’une  maladie  qui  n’est  ni 

~:.ry ,  a  fjaicsoç.  Ce  qui  en  est  l’exacte  reproduction,  avec  cette  dif- 
r  rence  que  c’est  un  auteur  qui  répète  sa  pense'e ,  sans  la  recopier 
textuellement. 

1  Page  8,  Ed.  Frob. ,  sauf  les  corrections  que  m’ont  données 
les  manuscrits. 

1  Page  372,  Ed.  Frob. 

3  Et  yap  tiç  £Xxo;  Xaétov  ev  xv^ur, ,  Xfr,v  iTrtxatpov  ,  ut.te 

.  'V  gJrjôsç  ov.  Page  573,  Ed.  Frob. 


INTRODUCTION . 


318 

<c  des  plus  graves  et  des  plus  insupportables,  ni,  non  plus , 
«  des  plus  bénignes  A.  »  Puis  il  suppose  un  homme  qui  est 
d’une  constitution  ni  très  robuste ,  ni  très  faible ,  et  il  achève 
la  comparaison  de  la  môme  manière  que  l’auteur  du  Ré  gin  ? 
des  maladies  aiguës  a  achevé  là  sienne. 

Ge  sont  là  des  habitudes  de  raisonner  et  de  s’exprimer, 
dont  la  conformité  est  si  frappante,  qu’évidemment  c’est  le 
môme  homme  qui  a  écrit  les  traités  de  Y  Ancienne  médecine 
et  du  Régime  des  maladies  aiguës. 

Il  est  dit  dans  le  livre  de  Y  Ancienne  médecine  que  les  con¬ 
stitutions  les  plus  faibles  sont  celles  qui  se  ressentent  le  plus 
de  leurs  écarts  de  régime ,  que  le  faible  est  celui  qui  se  rap¬ 
proche  le  plus  du  malade ,  et  que  le  malade  est  encore  plus 
faible.  Puis  l’auteur  ajoute  qu’il  est  difficile,  l’art  ne  poss  é¬ 
dant  pas  une  exactitude  correspondante,  d’atteindre  tou¬ 
jours  le  plus  haut  degré  de  précision,  et  que,  cependant, 
beaucoup  de  cas,  dont  il  sera  parlé,  ne  réclament  rien 
moins  que  ce  degré  2.  Ces  mots  :  dont  il  sera  parlé ,  je  les 
avais  laissés  long-temps  comme  une  indication  incertaine  de 
quelque  travail  qu’il  était  imposible  de  retrouver  dans  la  Col¬ 
lection  hippocratique  ;  mais  aujourd’huijenedoute  plus  qu'ils 
ne  se  rapportent  au  traité  du  Régime  des  maladies  aiguë. <. 
Il  est,  dans  ce  traité ,  une  phrase  qui  correspond  tout-à-fait 
à  ce  qui  est  annoncé  dans  Y  Ancienne  médecine;  la  voici: 
«  Je  ne  vois  pas  que  les  médecins  sachent  comment  il  faut 
«  distinguer,  dans  les  maladies,  la  faiblesse  qui  provient  de 
«  la  vacuité  des  vaisseaux ,  celle  qui  est  causée  par  quelque 

Avyjp  yàp  xâavoiv  voa^fMtTi  j uryzz  zZy  y  a Xejcwv  ts  xal  aepopt  . , 
jatjX  ai»  twv  iravrcnraatv  euTjôsctiv.  Page  6,Ed.  Frob. 

üoXXà  os  Etosa  xar*  b\xpvxfo  èq  -rosauT r,v  àxptêwjV  ^xet  r.i  :\ 
tov  s  ipv- orrai.  Page  7,  Ed.  Frob. 


:  e  chacun'  des  livres  hippocratiques  ex  particulier.  319 
autre  irritation ,  celle  qui  est  le  résultat  de  la  souffrance  et 
de  Facilité  du  mal  i.  »  Ce  point  de  doctrine  est  un  de  ceux 
qui  ont  occupé  particulièrement  l’auteur  du  traité  du  Régime 
ns  les  maladies  aiguës ,  et  il  forme  aussi  l’idée  principale 
du  livre  de  Y  Ancienne  médecine.  Il  serait  trop  long  d’exposer 
ici  tous  les  rapports  qui  rattachent  l’un  à  l’autre  ces  deux 
ouvrages.  Je  me  contenterai  donc ,  après  les  passages  cor¬ 
respondants  que  j’ai  mis  sous  les  yeux  du  lecteur ,  de  dire 
que  ces  deux  traités  ne  concordent  pas  moins  dans  l’idée 
générale  qui  les  a  inspirés,  que  dans  ces  détails  de  compo¬ 
sition  et  de  rédaction,  et  qu’ils  appartiennent,  l’un  et  l’autre, 
à  la  même  philosophie  médicale  ;  de  telle  sorte  que  le  livre 
du  Régime  dans  les  maladies  aiguës  est  véritablement  une 
application  de  la  grande  pensée  qui  domine  tout  le  livre  de 
l' Ancienne  médecine ,  et  qui  est  que,  pour  devenir  savant  dans 
ht  science  de  la  vie,  il  importe ,  non  pas  d’étudier  le  corps 
en  soi  et  d’après  une  hypothèse  telle,  quelle ,  mais  de  re¬ 
chercher  tous  les  rapports  qu’il  a  avec  les  choses  qui  l’entou¬ 
rent. 

U  est  important  de  faire  remarquer  ici  à  quelles  concor¬ 
dances  la  critique  arrive,  et,  par  conséquent,  quelle  sûreté 
•  "e  obtient.  D’une  part ,  en  examinant  en  soi  le  livre  de  Y  An¬ 
cienne  médecine ,  je  le  rapproche  d’un  passage  de  Platon  où 
le  philosophe  invoque  l’autorité  et  le  nom  d’Hippocrate;  et 
ce  rapprochement  me  décide  à  croire  que  Platon  a  fait  allu¬ 
sion  à  ce  livre  même;  opinion  qui  ne  repose  que  sur  ce  té- 
)ignage,  et  qui  est  indépendante  de  tous  les  rapports  que 

1  O'JOS  ‘fCLO  TWV  TOlOUTElOV  OpZOi  IjATTSipOUÇ  TO’JÇ  IVjTfOUÇ,  l')Ç  '/p^ 
v.rfiveosxEiv  tok;  xxdsvslxç  iv  tt-ti  voucotciv  ,  a?  T£  oix  xe'ssxyyzirlv 
âTvesXoîîvTat,  ai  ts  Six  aXÀov  nvà  Ipsôitrjxov,  ai  te  oia  rcovov  xai  u7ro 
^vTr/roç  t voutou.  Page  575,  Ed.  Frob. 


320  introduction', 

ce  traité  peut  avoir  avec  certains  ouvrages  de  la  Collection 
hippocratique.  D’une  autre  part,  je  m’isole  de  ce  témoi¬ 
gnage,  et  je  cherche,  par  voie  de  comparaison,  quelle  opi¬ 
nion  on  pourrait  se  former  de  l’authenticité  du  livre  de  Y  An¬ 
cienne  médecine ,  si  la  mention  faite  par  Platon  n’existait 
pas,  et  si  l’on  n’avait,  pour  résoudre  cette  question,  que  l’exa¬ 
men  des  analogies  que  ce  livre  aurait  avec  les  autres  livres 
d’Hippocrate.  Or,  il  se  trouve  que  le  traité  de  Y  Ancienne  mé¬ 
decine  a  d’étroites  connexions  avec  un  traité  dont  l’antiquité 
a  admis  l’authenticité.  De  sorte  que  deux  modes  de  déter¬ 
mination  ,  aussi  indépendants  l’un  de  l’autre  que  les  témoi¬ 
gnages  extrinsèques  et  les  rapports  intrinsèques,  aboutissent 
au  même  résultat  et  donnent  la  même  solution. 

Ainsi ,  tout  considéré ,  je  crois  ne  pas  me  servir  d’une  ex¬ 
pression  qui  dépasse  le  résultat  obtenu  et  qui  en  exagère  la 
valeur,  en  disant  que  j’ai ,  dans  cette  discussion ,  démontré 
que  le  traité  de  Y  Ancienne  médecine  est  d’Hippocrate. 

Pronostic  *.  XJn  témoignage  décisif  assure  l’authenti¬ 
cité  de  ce  traité  :  Hérophile  l’a  commenté  et  critiqué  en  quel¬ 
ques  points.  Une  telle  autorité  ne  peut  laisser  aucun  doute 
sur  la  véritable  origine  du  Pronostic.  Au  reste ,  l’antiquité 
tout  entière  et  les  critiques  modernes  ont  été  d’accord  pour 
placer  ce  livre  au  rang  des  légitimes  productions  du  chef  de 
l’école  de  Cos. 

Aphorismes  a.  H  n’est  pas  besoin  de  dire  que  toute  l’an¬ 
tiquité  a  reconnu  ce  livre  comme  authentique  5  et,  dans  ce 
mot  d’antiquité ,  je  comprends  non  seulement  Palladius . 
Galien  et  Érotien ,  mais  les  premiers  commentateurs ,  Glau- 
cias  et  Bacchius.  La  collection  des  Aphorismes  remonte  donc 


*  npOYVOXÎTIXOV. 

*  ’Acpoptfffiot. 


E  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  321 

une  époque  qui  précède  les  plus  anciens  critiques  de  la  lit¬ 
térature  médicale;  mais  est-elle  d’Hippocrate,  comme  l’ont 
s  ntenu  tous  les  critiques  anciens  ?  J’ai  souvent  dit  dans  cette 
:  troduction  que  rien  n’était  plus  regrettable  pour  la  con- 
:  issance  des  véritables  livres  hippocratiques  que  la  perte 
des  écrits  de  Dioclès,  de  Ctésias ,  de  Praxagore ,  de  Chry- 
sippe,  et  de  tant  d’auteurs  qui  ont  fleuri  entre  Hippocrate  et 
Erasistrate.  En  voici  une  nouvelle  preuve  :  «  Hippocrate , 
dit  Étienne,  dans  son  Commentaire  sur  les  Aphorismes  i, 
pense  que  toutes  les  maladies  conformes  aux  circonstances 
qui  ont  des  affinités  avec  elles,  présentent  un  moindre 
danger  ;  et  Dioclès  adresse  une  objection  à  Hippocrate 
lui-même  :  Que  dis-tu ,  Hippocrate?  la  fièvre  ardente,  qui, 
en  raison  delà  qualité  de  la  matière ,  est  suivie  d’ardeur, 
d' une  soif  intolérable ,  d’insomnie  et  de  tout  ce  qu'onobserve 
dans  l’été  même ,  sera  plus  bénigne  à  cause  de  la  saison 
conforme,  lorsque  par  elle  toutes  ces  souffrances  s’aggra¬ 
vent,  que  dans  Vhiver,  qui  diminue  l’intensité  du  mouve¬ 
ment,  adoucit  l’âcreté,  et  rend  moins  fâcheuse  la  maladie 
tout  entière .»  Ce  passage  décisif,  puisque  le  nom  d’Hippo¬ 
crate  y  est  cité  et  un  aphorisme  combattu,  est  d’accord  avec 
un  passage  moins  explicite  de  Galien.  Celui-ci ,  en  commen- 
tant  l’aphorisme  en  question,  ajoute  :  «  Le  contraire  est 
soutenu  par  Dioclès  et  par  l’auteur  du  livre  des  Semaines. 

Àéyst  8ti  éfsa  vocrrçtxaxa  xotç  îôtoiç  aupupcova  xucxotyotç  ^xxova 
i/v.  xtvSovov  •  xat  àropsï  6  AtoxX^ç ,  rpoç  xov  'l7rxoxpaxr4v  Xéytov  • 
T’.'  -Jrt,  d>  *l7rnoxpxT£ç  ;  ô  xaïïxoç  Stivi  Ït.z-zxi  Çéc iç,  oià  xr4v  roidxr4Tâ 
r~;  SÀTjÇ,  xat  ctyoç,  açopr4xov ,  xat  ày  pur  via,  xat  xi  xoiauxa,  oxa  ev 
piièxxtv,  Insixsxxepoç  Stà  xr4v  xwv  auxxoïytov  wpav  Ixxtv,  &zt  tzxvtx 
"2  xocxà  eTTixeivsxai ,  Tj  £v  xâ>  yetgMVi ,  r4vixa  xo  cçoSpov  xyç  xtvr'- 
;  xoXaÇexat,  xai  xo  opiu.lt  àaêXuvExai ,  xai  xo  Sko v  voxr,aa  rtméy- 
xtpov  xaOtcxaxai,  Schol.  in  Hipp.,  Ed.  Dietz,  t.  il,  p.  526. 

TOM.  I.  21 


INTRODUCTION. 


322 

<(  Ces  écrivains  pensent  que  les  maladies  sont  aggravées  par 
<(  les  circonstances  semblables ,  amoindries  par  les  circon- 
((  stances  contraires ,  d’autant  plus  qu’Hippocrate  a  dit  lui- 
(c  même  que  les  contraires  se  guérissent  par  les  contraires. 
«  Jls  pensent  que  la  fièvre  ardente  qui  naît  dans  l’hiver  est 
«  plus  facile  à  guérir  que  celle  qui  naît  dans  l’été  *.»  Le  traité 
des  Semaines,  dont  j’ai  exhumé  une  vieille  traduction  latine, 
et  dont  un  fragment  est  inséré  dans  le  livre  prétendu  hip¬ 
pocratique  des  Jours  critiques  (  p.  388,  Ed.  Frob.) ,  a  cette 
phrase  :  «  Le  signe  le  plus  important  de  guérison  est  que 
«  la  fièvre  ardente,  ainsi  que  les  autres  maladies,  ne  soit  pas 
<(  contre  la  nature  5  le  second ,  c’est  que  la  saison  elle-même 
«  concourre  à  combattre  la  maladie;  car,  en  général,  la 
«  constitution  de  l’homme  ne  surmonte  pas  la  puissance  de 
«  l’ensemble  des  choses 1  2.  » 

L’aphorisme  en  question,  qui  est  le  33e  de  la  11e  section,  esl 
ainsi  conçu  :  «  Dans  les  maladies,  le  danger  est  moins  grand 
«  pourceux  chez  qui  la  maladie  a  des  conformités  avec  la  n;;- 
«  ture  du  corps,  avec  l’âge,  avec  la  constitution,  avec  la  saison, 
«  que  pour  ceux  chez  qui  la  maladie  n’a  aucune  conformité 
«  de  ce  genre3.  »  Dans  la  proposition  d’Hippocrate,  il  n’est  pa< 

1  To  S’ IvavTtov  utto  AtoxXiouç  EiprjTat  xàv  tm  Ilspt  lëcotxac:  , 
UTroXaëo'vTwv ,  ô;  E?pr-ai,?wv  ypx-iavTwv  àvSpSv,  aura  îrapoluVEcOz: 
ptsv  u— 0  twv  ôaouov  Ta  yoar'aaxa ,  Xuscôat  ck  utto  twv  Ivavr'oov, 
E7TE10T,  irpoç  aùxou  to~  'ErTroxparouç  xà  Ivav-ia  twv  Ivavxtwv  lâuxra. 
Noai'souaiv  oOv  èy  ystjuSvt  cuaravra  xauaov  euiaroTspov  eTvat  toj 
xaTa  to  espoç.  Tome  v,  p.  247,  Ed.  Basil. 

1  aVIsyidrov  Totvuv  cr^oslov  Iv  tcioi  {jleaXodsi  twv  xaavoVrwv 
cacôat,  eav  pr,  Trapà  tpuaiv  r,  6  xaû<roç,  xat  -taXXa  èï  vousr'aaT: 
ojaauT toc  SsuTspov  SI,  sàvp.7;  aurr;  te  wpr,  voug-rçaaTi  auet^r' rrr, *  0  ; 
yap  £~t  to  ttoXu  ci  vixâ  r,Tou  àvôpto— ou  çpuffiç  Tr,v  tou  SXc-j  Suvautv. 

3  Ev  T^at  vouoourtv  xtvSuveuouatv  olciv  av  o’xsér,  t9;ç  z  - 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  323 

question  de  fièvre  ardente  ;  mais  Galien  nous  apprend  que, 
dans  le  traité  des  Semaines ,  l’exemple  de  la  fièvre  ardente 
était  cité;  le  morceau  que  je  rapporte  de  ce  traité  montre  que 
Galien  a  fidèlement  rapporté  le  sens  de  l’auteur  du  livre  des 
Semaines  ;  et,  soit  dit  en  passant,  l’aphorisme  d'Hippocrate 
sert  à  bien  comprendre  un  mot  de  ce  livre  des  Semaines  on 
pourrait  douter  du  sens  précis  qu’il  faudrait  donner  au  mot 
ç-jffiç  là  où  il  est  dit  que  le  signe  le  plus  important  est  que  la 
fièvre  ardente  ne  soit  pas  contre  la  nature  mais  la  signi¬ 
fication  en  est  déterminée  par  l’aphorisme,  où  çuat?  signifie 
clairement  nature  du  corps. 

D’un  autre  côté,  Galien  nous  apprend  encore  que  Dioclès, 
en  disant  le  contraire  de  l’aphorisme  en  question ,  avait  aussi 
rapporté  l’exemple  de  la  fièvre  ardente.  C’est  ce  qu’on  re¬ 
trouve  en  effet  dans  la  citation  d’Étienne;  et  même  il  est 
évident  par  cette  citation  que,  lorsque  Galien  a  dit  que  l’au¬ 
teur  du  livre  des  Semaines  et  Dioclès  pensaient  que  la  fièvre 
rdente  se  guérissait  mieux  dans  l’hiver  que  dans  l’été,  il 
n’a  eu  présent  à  l’esprit  que  les  expressions  de  Dioclès,-  car 
il  est  question  de  l’hiver  et  de  l’été,  non  dans  le  livre  des 
Semaines ,  mais  dans  le  passage  du  médecin  de  Caryste. 

De  là  résulte  la  preuve  que  les  Aphorismes  ont  été  publiés 
antérieurement  à  Dioclès.  Cela  établi ,  tout  porte  à  croire 
qu’ils  ont  été  écrits  par  Hippocrate ,  et  qu’ils  ne  sont  pas  un 
extrait  de  ses  œuvres  fait  par  un  autre,  comme  quelques, 
modernes  l’ont  pensé. 

Les  Aphorismes  ont  été  divisés  par  Galien ,  et  probable¬ 
ment  long-temps  avant  lui,  en  sept  sections,  par  Rufus  en 


5105  xoù  TT-ç  f(Xixtr(ç  xat  t9)ç  eçio ç  xat  ty;;  wpr,;  voucoç  rj  jaïXàov, 
r  o’.civ  av  ar,  olxstr,  xa Ta  ti  toutwv. 

’Eàv  ur,  wap»  ouctv  f(  ô  xaôso;. 


INTRODUCTION. 


3*24 

quatre ,  et  par  Soranus  en  trois.  Malgré  ces  coupures  diffe¬ 
rentes,  l’ordre  des  propositions  aphoristiques  n’en  a  pas  moins 
toujours  été  le  même ,  ainsi  que  je  l’ai  fait  yoir  dans  le  cha¬ 
pitre  consacré  à  la  série  des  commentateurs.  Cependant,  ce 
livre ,  que  l’antiquité  a  tant  estimé ,  n’a  point  échappé  à  des 
altérations,  au  moins  dans  la  rédaction  et  la  disposition , 
altérations  qui  remontent  jusqu’à  l’époque  des  premiers 
commentateurs ,  tels  que  Bacchius.  Galien  en  cite  un  bon 
nombre. 

La  huitième  section  que  présentent  quelques  manuscrits 
et  quelques  imprimés,  est  une  addition  toute  récente.  Ces 
prétendus  aphorismes  sont  des  fragments  du  livre  des  Se¬ 
maines  ;  je  le  prouverai  en  parlant  de  ce  traité. 

Épidémies  I  et  III L  Les  Épidémies ,  on  le  sait ,  sont  com¬ 
posées  de  sept  livres  ;  cette  disposition  remonte  (  je  l’ai  fait 
voir  chap.  xi,  pag.  276)  jusqu’au  temps  de  Bacchius,  el 
l’exemplaire  trouvé,  comme  le  dit  Apollonius  Biblas,  dans  la 
Bibliothèque  royale  d’Alexandrie,  les  avait  tous  lesseptdans 
le  même  ordre.  On  peut  d’autant  plus  sûrement  penser  que 
cette  division  en  sept  livres ,  et  l’ordre  dans  lequel  ces  livres 
se  suivent,  sont  le  fait  delà  publication  primitive,  que  les 
critiques  anciens  se  sont  élevés  contre  un  pareil  arrange¬ 
ment  ,  sans  jamais  cependant  signaler  le  moment  où  il  se  se¬ 
rait  fait,  s’il  s’était  fait  postérieurement  à  la  première  publi¬ 
cation.  En  effet,  Galien,  rapportant  les  opinions  diverses  sur 
les  auteurs  des  sept  livres ,  dit  que  presque  tous  conviennent 
que  le  premier  et  le  troisième  sont  du  grand  Hippocrate  2. 
Lesbibliothécaires  d’Alexandrie  en  avaient  eu  la  même  idée, 

1  EttiS^uicov  a  xa\  y'. 

I.-.-oxpaTo-jç  eivat  -rot»  [xsyaXou  cyeoo'j  airaaiv  &uoXdyr,Tai  rd  t: 
Trpwrov  X«'t  TO  TpiTOv.  Tome  m ,  p.  181 ,  Ed.  Basil.' 


DE  CHACCN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  325 

et  ils  avaient  inscrit  le  premier  et  le  troisième  sous  le  titre 
delivres  de  la  petite  table  4.  On  voit  par  ces  détails  qu’en 
réunissant  le  premier  et  le  troisième ,  si  je  contredis  l’arran¬ 
gement  du  publicateur  primitif  des  œuvres  hippocratiques , 
je  me  conforme  à  l’opinion  de  toute  l’antiquité,  qui  a  tou¬ 
jours  admis  que  le  troisième  livre  est  la  suite  du  premier.  Il 
est  même  probable  que  des  manuscrits  les  ont  présentés  dans 
cet  ordre  :  en  effet  M.  deMercy  a  déjà  fait  remarquer  que  le 
n°  2253  de  la  Bibliothèque  royale  a ,  à  la  suite  du  premier 
livre ,  les  premiers  mots  du  troisième.  On  lit  dans  ce 
manuscrit ,  après  âvosxd-rr,  qui  est  le  dernier  mot  du  pre¬ 
mier  livre,  à  la  suite  et  même  sans  changement  de  ligne  : 
ILO’tovtoç  (  sic  )  wx£i  racpà  ystctpov  (  sic  pour  'p\<;  îspov  )  vjpljaTO 
-rpopLoç  ac.-7:b  xsipwv.  Ce  sont  les  premiers  mots  du  troisième  li¬ 
vre  ;  le  reste  manque.  Enfin,  le  contexte  de  ces  deux  livres 
est  si  semblable,  qu’il  est  impossible ,  en  les  lisant,  de  ne  pas 
être  persuadé  qu’ils  sont  la  suite  l’un  de  l’autre. 

C’est  donc  le  consentement  des  critiques  de  l’antiquité  qui 
m’a  déterminé  d’un  côté  à  admettre  que  ces  deux  livres 
proviennent  d’Hippocrate  lui-même;  d’un  autre  côté,  à  les 
séparer  des  cinq  qui  portent  le  même  titre ,  et  à  en  faire  un 
ouvrage  à  part.  Mais  il  faut  ajouter  que  les  témoignages  en 
faveur  de  l’authenticité  de  ces  livres  ne  vont  pas  au  delà  de 
Bacchius  et  des  bibliothécaires  d’Alexandrie;  dans  l’inter¬ 
valle  des  temps  antérieurs,  aucune  mention  n’est  faite  ni 
de  l’un  ni  de  l’autre.  Cependant  je  crois  que  l’antiquité  ne 
s’est  pas  trompée, et  qu’on  peut  les  compter  parmi  les  plus  au¬ 
thentiques.  En  effet,  ils  tiennent,  par  les  liens  les  plus  étroits, 

1  Auo  S1  eivat  tou  pieyàX ou  'IinroxpdTouç ,  xa\  s~lY£TPa?fjlt  T- 
tou  otot  touto  Ta  Ix  tou  utxpoô  TîivaxtSiou.  Gai.,  t.  ni,  p.  181  ,  ' 
Ed.  Basil. 


INTRODUCTION. 


326 

aux  plus  essentielles  parties  de  la  médecine  d’Hippocrate ,  et* 
s’il  est  vrai  (  ce  qui  ne  peut  pas  être  révoqué  en  doute  ),  que 
le  Pronostic  est  du  chef  de  l’école  de  Cos ,  le  premier  et  le 
troisième  livre  des  Épidémies  ne  peuvent  pas  ne  pas  lui  ap¬ 
partenir;  car  l’histoire  particulière  des  malades  y  est  expo¬ 
sée  d’après  la  doctrine  qui  constitue  le  Pronostic. 

Ces  livres  n’ont  pas  échappé  aux  altérations  qui  ont  frappé 
tant  d’autres  traités  de  la  Collection  hippocratique,  et  qui 
sont  toutes,  j’ai  soin  de  le  remarquer  à  chaque  fois ,  le  fait 
de  la  publication  primitive.  «  Je  ne  sais,  dit  Galien,  quel 
«  malheur  est  arrivé  à  ce  livre  (  le  troisième  ) ,  comme  à  plu¬ 
sieurs  autres  d’Hippocrate,  où  l’on  remarque  tantôt  des 
<(  dérangements  dans  leur  ordre,  tantôt  des  additions  à  ce 
«  qu’il  avait  lui-même  écrit1.  »  C’est  à  propos  des  Caractères 
dont  j’ai  déjà  parlé  p.  274 ,  que  Galien  fait  cette  observa¬ 
tion  ,  et  il  ajoute  :  «  Les  caractères  ont  sans  doute  été  inscrits 
«  par  quelqu’un  qui ,  pour  son  instruction  ,  a  résumé  de 
«  la  sorte  les  résultats  de  chaque  histoire  2.  »  Ces  caractères 
existaient  dans  l’exemplaire  primitif  que  possédait  la 
Bibliothèque  royale  d’Alexandrie;  ils  auront  été,  en  effet, 
inscrits ,  comme  le  pense  Galien,  par  quelqu’un  des  élèves 
ou  des  descendants  d’Hippocrate  pour  son  instruction. 

Une  autre  altération  plus  considérable  a  été  signalée  par 
Dioscoride ,  et  reconnue  comme  réelle  par  Galien  r  c’est  le 
déplacement  d’un  assez  long  passage  qui ,  dans  tous  les  an¬ 
ciens  manuscrits ,  était  placé  à  la  fin  du  3e  livre ,  et  que  Dio- 

OüX  O’.o  SOyaru^TjOi  XOCt  TOUTO  TO  jïlëXtOV  ,  üJSTTSp  XX'. 

aXXa  twv  hrsoxpaTouç  ,  là  ptiv  aXXtoç  Stsoxeuaffusva,  tx  c: 

toïç  ur  aurou  v£Ypxu.a£V0iç  Trxpaxst asvo'v  Tt  syov-a.  Tome  v,  p. 
399,  Ed.  Basil. 

Iecoç  ts.  tivo^  xuTto  p.ovw  xcTrof/jusvou  Trjv  xxô’  Ixacnov  «ppw- 
5T0V  JxpsXsiaç  iTTvcop^v.  Tome  v ,  p.  599,  Ed.  Basil. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  327 

.•coride  (voy.  p.  109),  mit  avant  l’histoire  des  seize  der¬ 
niers  malades;  Galien  adopte  cette  transposition,  tout  en 
pensant  que  le  morceau  en  question  n’est  pas  d’Hippocrate  , 
mais  a  été  ajouté  par  quelqu’autre K. 

Du  Régime  dans  les  maladies  aigues  2. —  Examinons 
d’abord  les  témoignages  relatifs  à  ce  livre.  Galien  le  regarde 
comme  étant  d’Hippocrate,  excepté  la  fin  dont  il  dit  ce  qui 
suit  :  te  Dans  le  livre  du  Régime ,  bon  nombre  de  médecins  ont 
soupçonné,  non  sans  motif,  que  ce  qui  suivait. le  chapitre 
des  Bains  n’était  pas  d’Hippocrate  ;  car  la  force  de  l’expo¬ 
sition  et  l’exactitude  des  préceptes  sont  de  beaucoup  infé¬ 
rieures  au  reste  ;  cependant  d’autres  ont  été  déterminés  à 
attribuer  ce  passage  à  Hippocrate  lui-même,  attendu  que 
tantôt  la  pensée  en  est  conforme  à  sa  doctrine,  de  sorte 
qu’on  pourrait  croire  qu’il  est  l’œuvre  de  quelqu’un  de  ses 
disciples,  et  tantôt  la  réaction  et  la  pensée  y  sont  telle¬ 
ment  irréprochables  qu’elles  semblent  venir  d’Hippocrate, 
qui  se  préparait  à  composer  un  livre  où ,  comme  il  l’a 
promis  dans  le  courant  de  cet  ouvrage  même ,  il  parlerait 
du  traitement  de  chaque  maladie  en  particulier.  Mais  évi¬ 
demment  ce  morceau  contient  des  phrases  qui  ne  sont  pas 
dignes  d’Hippocrate ,  et  il  faut  croire  qu’elles  ont  été  ajou¬ 
tées  à  la  fin ,  comme  cela  est  arrivé  pour  les  Aphorismes  ; 
car,  les  écrits  du  médecin  de  Cos  étant  dans  la  mémoire  de 

1  Tosoutov  xposwrovreç  tu;  çatvîtai  tu.oi  xat  rxuzcc  -^pouysyp^i.- 
vxi  tiç  grspoç,  oùx  auTOç  6  ‘iTnroxpairr^  yzypaQVJZi-  Tome  V,  p.  451 , 
Ed.  Basil. 

»  Hep!  StatT7jç  oi-eW  —  Ce  livre  a  porté  plusieurs  titres  :  Hpoc 
TXÇ  Kvtotocç  yvw[Aaç  suivant  quelques-uns,  d’après  Galien  ,  t.  m  , 
p.  188;  Hep!  Truffàvriç  dans  la  liste  d’Érotien;  Uzp\  toivrfi,  Atben. 
Deipnos.  Il,  16,  p.  57,  Ed.  Casaub.,  et  Gai.  in  Comm.  de  hum., 
t.  xvi,  p.  169,  Ed.  Kuhn. 


INTRODUCTION. 


328 

«  beaucoup  d’hommes,  ceux  qui  ont  fait  des  additions,  le< 
«  ont  faites  à  la  fin1.  '>  Erotien  regarde  ce  livre  comme  étant 
d’Hippocrate,  et  fine  fait  aucune  distinction.  Athénée  as¬ 
sure  que  plusieurs  en  regardaient  la  moitié  comme  illégi¬ 
time,  et  quelques-uns  même  le  tout 2.  Bacchius  en  avait  ex¬ 
pliqué  des  mots  dans  son  lexique  ;  par  conséquent,  dès  lors, 
ce  traité  était  considéré  comme  hippocratique  ;  mais  on  peut 
remonter  encore  plus  haut.  En  effet,  Galien ,  parlant  de  la 
partie  qu’il  regarde  comme  illégitime,  dit  :  «  Si  ce  morceau 
«  n’est  pas  d’Hippocrate ,  il  est  cependant  fort  ancien  5  car , 
«  dès  le  temps  d’Erasistrate ,  il  était  réuni  à  la  partie  légi- 
<t  time  3.  » 

Ce  qu’il  y  a  peut-être  de  plus  difficile  à  concevoir  dans 
l’histoire  du  livre  touchant  le  Régime  des  maladies  aiguës , 
c’est  comment  Galien  entend  qu’Érasistrate  en  a  fait  la  cri¬ 
tique.  Je  vais  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur  les  passages 
à  ce  relatifs,  afin  qu’il  puisse  contrôler  lui-même  les  consé¬ 
quences  que  j’en  tire  : 

«  Les  sectateurs  d’Erasistrate  accusent  Hippocrate  de  faire 
«  mourir  ses  malades  d’inanition  ;  car  ce  qu’Érasistrate  dit 
«  dans  son  premier  livre  des  Fièvres  contre  Apollonius  et 
«  Dexippe ,  disciples  du  médecin  de  Cos ,  fait  remonter  jus- 
«  qu’à  Hippocrate  lui-même  le  reproche  d’une  sévérité  ex- 
«  cessive  dans  la  diète  *.  » 

«  Érasistrate,  dans  son  traité  sur  les  Fièvres ,  attaque 
<(  Hippocrate  avec  malveillance,  accusant,  il  est  vrai,  ses 

■  Tome  v,  p.  87,  Ed.  Basil. 

1  Deipnos,  II,  16,  p.  57, Ed.  Casaub. 

Touto  -0  fitêXiov,  et  xai  ptr,  'iTnroxpaTO’jç  la ri  cu^Ypau-ax  ■>  ~*~ 
Xxtov  Youvecrtv,  to;  xa-ra  touç  Epastcrparou  ypôvouç  750?)  irpo ax.zï'sbv’. 
tco  vvr^up.  Tome  v,  p.  89,  Ed.  Basil. 

4  Galien,  t.  v,  p.  47,  Ed.  Basil. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  329 

disciples  Apollonius  et  Dexippe ,  qu’il  dit  avoir  fait  fabri¬ 
quer  des  vases  de  la  contenance  de  la  sixième  partie  d’une 
cotvle ,  et  de  n’en  avoir  accordé  qu’un  ou  deux  aux  ma¬ 
lades . Pour  confondre  la  malveillance  qui  cite  Apollo¬ 

nius  et  Dexippe  sans  avoir  un  écrit  d’eux  à  montrer ,  et 
qui  n’écoute  pas  Hippocrate  lui-même,  il  suffit  de  citer 
quelques  phrases  du  traité  du  Régime  dans  les  maladies 
aiguës  4.  »  (Le  sixième  d’une  cotyle  est  un  cyathe ,  xûaôo? , 
et  représente  0,045  du  litre  (Voyez  Saigey,  Métrologie, p. 34). 
Dans  la  pharmacie,  une  cuillerée  à  bouche  représentant  une 
demi-once  de  liquide,  la  sixième  partie  d’une  cotyle  équi¬ 
vaudra  à  un  peu  moins  de  trois  cuillerées). 

La  dernière  portion  de  ce  traité  est  une  composition 
ancienne  ;  car ,  dès  le  temps  d’Érasistrate ,  elle  était  réunie 
à  la  première,  qui  est  authentique.  On  ne  peut  donc  con¬ 
cevoir  comment  Érasistrate  a  osé  se  moquer  d’Apollonius 
et  de  Dexippe,  et  de  leurs  vases  de  cire  (  T.  v,  p.  89  ).  » 
Ces  passages  seraient  sans  doute  fort  clairs ,  si  nous  avions 
>  us  les  yeux  ceux  du  livre  d’Érasistrate  auxquels  ils  font 
allusion.  Mais,  les  œuvres  du  médecin  d’Alexandrie  étant 
perdues,  ils  deviennent  très  obscurs,  car  ils  sont  pour  nous 
ce  qu’est  une  conversation  dont  on  n’entend  qu’un  des  inter¬ 
locuteurs  ,  l’autre  étant  hors  de  la  portée  de  notre  oreille. 

Ce  qui  ressort  des  citations  précédentes ,  c’est  que  Galien , 
accusant  Érasistrate  d’avoir  fait  un  reproche  injuste  à  Hip¬ 
pocrate  ,  ne  rapporte  les  reproches  que  comme  adressés  à 
Apollonius  et  à  Dexippe.  Si  Érasistrate  n’avait  parlé  que  de  ces 
deux  médecins,  comment  Galien  se  serait-il  imaginé  que  ces 
deux  noms  n’étaient  qu’un  couvert  sous  lequel  l’illustre  mé¬ 
decin  d’Alexandrie  dirigeait  ses  attaques  contre  Hippocrate? 


Galien,  t.  v,  p.  85,  Ed.  Basil. 


330  INTRODUCTION. 

Et  non  seulement  Galien  avait  cette  opinion ,  mais  elle  était 
partagée  par  les  érasistratéens  et  par  ceux  qui  disaient 
qu’Hippocrate  faisait  mourir  ses  malades  de  faim4.  Évidem¬ 
ment  il  y  avait,  dans  le  traité  sur  les  Fièvres,  quelque  chose  de 
plus  que  la  mention  d’Apollonius  et  de  Dexippe.  Hippocrate 
y  a  dû  être  désigné  nominativement ,  ainsi  que  le  traité 
du  Régime  dans  les  maladies  aiguës.  Voici  comment  je 
conçois  que  cette  désignation  y  était  exprimée  :  Érasistrate, 
passant  en  revue  les  médecins  qui ,  dans  les  fièvres ,  avaient 
conseillé  les  régimes  les  plus  opposés ,  depuis  ceux  qui  con¬ 
damnaient  leurs  malades  à  une  abstinence  complète,  jusqu';! 
Pétronas,  qui  les  gorgeait  devin  et  de  viande  2 ,  a  dû  dire , 
en  parlant  d’Apollonius  et  de  Dexippe,  qu’ils  étaient  les  dis¬ 
ciples  d’Hippocrate  et  imbus  des  préceptes  contenus  dans  le 
traité  du  Régime  dans  les  maladies  aiguës  ;  il  a  ajouté  qu’ils 
faisaiènt  mourir  leurs  malades  d’inanition,  et  s’est  moqué 
des  petites  mesures  qu’ils  avaient  imaginées ,  et  qu’ils  pres¬ 
crivaient  si  parcimonieusement  dans  les  affections  fébriles. 
C’est  ainsi  que  Galien  a  pu  dire  qu’Érasistrate,  tout  en  atta¬ 
quant  Apollonius  et  Dexippe ,  avait  réellement  attaqué  Hip¬ 
pocrate  lui-même,  et  le  traité  du  Régime  dans  les  maladies 
aiguës.  C’est  ainsi  que  les  érasistratéens  ont  pu  accuser  le 
médecin  de  Cos  de  tourmenter  ses  malades  par  une  absti¬ 
nence  trop  dure.  Avec  cette  explication,  tout  devient  clair. 
Erasistrate  dénigre  Hippocrate,  mais  il  ne  fait  de  reproche 
direct  qu’à  Apollonius  et  à  Dexippe-,  il  n’a  aucun  livre  de  ces 

1  'DoTTcp  raXiv  oi  Xiuoxtoveïv  auTov  etîrovTsç.  Galien,  t.  v,  p.  50. 
Ed.  Basil. 

AlsXôcOV  Yocp  £V  TW  TTpOîlpTj USVO)  {îléXuo  TOUÇ  EVOCVTttoTaTOUÇ  OC^Oi- 
Yaïç  èir\  to>v  TrupsTrovxwv  ^pwaevouç  îaxpouç,  touç  te  aaxpaîç  àffi- 
Tiaiç  xoera~ovoùvTaç  tovjç  xaavovraç ,  xat  üsTpwvav  tov  xpsa  te  xat 
oTvov  otSovra.  Galien,  t.  v,  p.  40,  Ed.  Basil. 


I>E  CHACUN  DES  UVKES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  331 

médecins  à  montrer,  et  cependant  il  les  représente  comme 
’  s  disciples  fidèles  de  leur  maître,  et  ridiculise  leur  pratique. 
Au  lieu  de  citer  Hippocrate  lui-même,  il  les  cite,  et  ici  Galien 
joute  qu’il  suffit,  pour  le  confondre,  de  recourir  au  traité 
même  d’Hippocrate  $  ce  qui  n’aurait  aucun  sens ,  si  ce  traité 
et  Hippocrate  n’étaient  pas  compris,  d’une  façon  ou  d’autre, 
dans  la  censure  dirigée  contre  les  deux  disciples.  Plus  loin , 
il  remarque  que  la  fin,  apocryphe  suivant  lui,  du  livre  du 
Régime  dans  les  maladies  aiguës ,  était,  du  temps  d’Érasis- 
irate ,  jointe  à  la  partie  authentique ,  et  après  cette  remarque 
s’écrie  :  On  ne  peut  concevoir  V audace  d’ Érasistrate ,  qui  se 
^ que  des  petites  mesures  d? Apollonius  et  de  Dexippe. 
Quelle  liaison  y  a-t-il  entre  ces  deux  phrases,  à  moins  qu’on 
ne  suppose,  comme  je  l’ai  fait  plus  haut,  un  passage  d’Éra- 
■-  strate  où  il  était  dit  que  ces  deux  médecins  observaient  les 
maximes  du  traité  du  Régime  dans  les  maladies  aiguës. 
Alors  Galien  a  raison  d’accuser  de'  mauvaise  foi  Érasistrate, 
qui  s’obstinait  à  faire  remonter  à  Hippocrate  la  responsabilité 
de  la  pratique  de  deux  disciples ,  et  ne  voulait  pas  discuter  le 
texte  même  du  médecin  de  Cos. 

Quoiqu’il  en  soit  à  cet  égard,  il  demeure  constaté  que  non 
seulement  ce  traité  a  été  connu  comme  hippocratique  par 
Bacchius,  mais  encore  qu’il  existait  à  Alexandrie  dès  le 
temps  d’Érasistrate ,  et  que  ce  médecin  l’avait  critiqué  d’une 
façon  ou  d’autre.  Les  témoignages  antérieurs  manquent,  il 
est  vrai;  mais  ceci  admis,  allons  plus  loin.  L’auteur  de  ce 
traité  ne  combat-il  pas  pas  les  médecins  cnidiens  qui  don¬ 
nent  un  nom  de  maladie  à  chaque  symptôme?  l’auteur  du 
Pronostic  ne  déclare-t-il  pas  formellement  s’abstenir  d’énu¬ 
mérer  des  noms  de  maladie,  disant  que  les  signes  généraux 
de  pronostic  suffisent  à  son  but?  n’est-ce  pas  une  polémique 
cachée  contre  les  Cnidiens?  et  les  deux  livres  n’appartien- 


ISTRODCCTIO»'. 


332 

nent-ils  pas  à  la  même  pensée  et  à  la  même  main?  n'y  a-t-il 
pas,  comme  je  l’ai  remarqué  au  sujet  du  traité  de  F  Ancien  ; 
médecine ,  des  conformités  frappantes  entre  ce  livre  et  celui 
du  Régime  dans  les  maladies  aiguës  ?  Tout  cela  ne  forme-t-il 
pas  un  corps  de  doctrine,  un  ensemble  où  les  choses  se 
tiennent,  et  qui,  s’appuyant,  par  le  livre  de  V Ancienne  méde¬ 
cine,  sur  Platon,  acquiert,  de  la  sorte,  la  plus  incontestable 
authenticité? 

Quant  à  la  partie  que  Galien  juge  apocryphe ,  il  faut  auss: 
la  considérer,  sinon  comme  telle,  du  moins  comme  des  notes 
non  rédigées.  Dans  tous  les  cas,  ces  deux  portions,  unies 
ensemble  depuis  une  si  haute  antiquité ,  ne  peuvent  pas  être 
séparées ,  et  je  les  publierai  comme  on  les  trouve  dans  toutes 
les  éditions. 

Des  Airs,  des  Eaux  et  des  Lieux  i.  Ayant  montré  par 
tant  de  témoignages  concordants  que  les  Aphorismes,  le  Pro¬ 
nostic,  et  le  {eet  le  3e  livre  des  Épidémies,  sont  des  livres  vrai¬ 
ment  hippocratiques ,  j’ai  établi  un  point  de  départ  fixe ,  un 
terme  de  comparaison  qui  nous  donnera  plus  de  certitude  là 
où  les  renseignements  seront  plus  vagues.  Le  traité  des  Airs, 
des  Eaux  et  des  Lieux  est  dans  ce  cas;  toute  l’antiquité  le  recon- 
naîtpour  authentique;  Galien  et Érotien  l’affirment;  et,  comme 
Épiclès ,  abréviateur  de  Bacchius ,  en  explique  un  mot,  ce 
livre  a  été  connu  aussi  des  plus  anciens  critiques  d’Alexan¬ 
drie.  Mais  à  ce  terme  les  témoignages  nous  abandonnent  ; 
je  crois  cependant  que  l’examen  intrinsèque  prouve  que  ce 
livre  appartient  réellement  à  Hippocrate.  L’auteur  du  Pro¬ 
nostic  dit  que  les  remarques  qu’il  fait  sont  applicables  à  la 

Hspt  aspojv,  uoartov  xat  tottcov .  —  Autres  titres  de  ce  livre  : 
Ilîpt  roriov  xat  wpwv ,  Érotien  ;  Ilspt  to~mv  ,  Athénée,  p.  46,  Ed. 
Casaab.  ;  Iïspt  yocrnov  xat  totciov,  Palladius,  Coinm.  in  Libr.  de 
Fract.  ap.  Focs. ,  p.  147,  Scc{.  vi. 


DU  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN'  PARTICULIER.  333 

Scythie,  à  la  Lybie  et  à  Délos.  L’auteur  du  traité  des  Airs , 
7  es  Eaux  et  des  Lieux  a  recueilli  ses  observations  dans  la 
Scythie,  la  Lybie,  et  dans  la  Grèce,  tant  asiatique  qu’euro¬ 
péenne.  Or,  comme  le  Pronostic  est  d’Hippocrate,  le  traité 
des  Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux  est  sans  doute  de  lui.  De 
plus  les  concordances  de  ce  livre  avec  les  Aphorismes  et  les 
Tr  et  3e  livres  des  Épidémies  sont  si  nombreuses,  que  évi¬ 
demment  tous  ces  ouvrages  appartiennent  au  même  auteur. 
On  trouve  dans  Aristote  un  véritable  résumé  de  ce  traité  : 
Les  peuples  qui  habitent  les  climats  froids,  les  peuples 
d’Europe  sont  en  général  pleins  de  courage-,  mais  ils  sont 
certainement  inférieurs  en  intelligence  et  en  industrie  5  et , 
s’ils  conservent  leur  indépendance,  ils  sont  politiquement 
indisciplinables,  et  n’ont  jamais  pu  conquérir  leurs  voisins. 
En  Asie,  au  contraire ,  les  peuples  ont  plus  d’intelligence, 
d’aptitude  pour  les  arts  ,  mais  ils  manquent  de  cœur ,  et 
ils  restent  sous  le  joug  d’un  esclavage  perpétuel.  La  race 
grecque,  qui,  topographiquement,  est  intermédiaire,  réunit 
toutes  les  qualités  des  deux  autres.  Elle  possède  à  la  fois 
l’intelligence  et  le  courage4.))  On  est  disposé  à  croire 
qu’ Aristote  avait  sous  les  yeux  le  traité  des  Airs ,  des  Eaux 
et  des  Lieux,  quand  il  écrivit  ce  passage. 

Des  Articulations  2.  Voyons  quels  sont  les  témoigna¬ 
ges  sur  ce  livre.  Galien  n’élève  aucun  doute  sur  son  au¬ 
thenticité  j  Érotien  l’a  inscrit  dans  sa  liste  5  Bacchius  et  Phi- 
linus,  élèves  d’Hérophile,  en  avaient  expliqué  des  expres¬ 
sions  dans  leurs  commentaires.  Ainsi,  dès  l’origine ,  il  figure 
dans  la  Collection  hippocratique.  Mais,  plusieurs  critiques 

•  Pol.,  t.  11,  p.  41 ,  trad.  de  M.  Barthele'my-Saint-Hilaire.  Pa¬ 
ris,  1857. 

»  ITepl  apOptov. 


IN'TRODCCTION'. 


334 

modernes  en  ayant  attaqué  la  légitimité,  cela  ne  suffirait  pas 
pour  les  convaincre,  et  il  faut  chercher  des  preuves,  s’il  en 
est,  qui  se  rapportent  à  une  période  antérieure. 

Ctésias,  dans  un  passage  que  j’ai  cité  plus  haut,  p.  70, 
blâme  une  pratique  chirurgicale  d’Hippocrate  ,  prati¬ 
que  qui  se  trouve  dans  le  traité  des  Articulations.  Les 
termes  même  dont  se  sert  Galien  sont  significatifs.  Il 
dit  que  le  premier  qui  critiqua  Hippocrate  au  sujet  de  la 
réduction  de  la  cuisse,  fut  Ctésias  ;  ce  mot  le  premier 
prouve  que  sa  remarque  n’est  pas  faite  à  la  légère ,  et  que 
Ctésias  avait  été  explicite.  Ainsi  il  est  certain  que  Ctésias 
avait  censuré  un  précepte  de  la  chirurgie  d’Hippocrate,  que 
ce  précepte  se  trouve  dans  le  traité  des  Articulations ,  et  que 
les  critiques  anciens  ont  rapporté  la  censure  à  ce  même 
traité.  Yoilà  un  premier  point  important  pour  l’histoire  litté¬ 
raire  d’Hippocrate.  Second  point,  qui  ne  l’est  pas  moins  : 
on  lit  dans  le  traité  des  Articulations  :  attacher  V échelle  à 
une  tour  ou  au  toit  d'une  maison  L  «  Dioclès,  copiant  ce 
«  passage,  dit  Galien ,  a  écrit  dans  son  livre  des  Bandages  : 
«  attacher  l'échelle  à  une  tour  ou  toit  d’une  maison  2.  »  Galien, 
on  le  voit,  pènse  que  Dioclès  a  copié  sa  phrase  sur  celle 
d’Hippocrate,  et  remarquons  qu’il  avait  sous  les  yeux  et  le 
livre  d’Hippocrate  et  celui  de  Dioclès ,  ce  qui  donne  un  grand 
poids  à  son  opinion.  Cette  comparaison  nous  manque ,  il 
est  vrai  $  cependant,  en  rapprochant  les  deux  phrases  l’une 
de  l’autre,  on  reconnaît  sans  peine  qu’elles  sont  calquées 

Av  saxe  iv  rr(v  xXijxaxa  y,  Trpcç  Tupaiv  -riva  u'i/r^v  y,  Trpoç  eti- 

rwfia  oucou.  P.  485,  Ed.  Basil. 

2  Kat  ô  A-.oxXr.ç  Kapusrioç,  tocuttjV  T7]v-vûv  stprJtuivr4v  Xs|iv  rrapa- 
opaÇwv  Iv  tw  Hep!  êiziSaeptov  (StêXtw ,  xcct3c  tovoe  tov  Tp&rov  eypa- 
<|/£v  avsXxeiv  Se  t r(v  xXtjxaxa  ?rpoç  Trupyov  y,  oîxtaç  asro'v.  T. 

v,  p.  61 5,  Ed.  Basil. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  335 

Tune  sur  l’autre,  et  de  plus  il  est  visible  que  celle  de  Dioclès 
est  postérieure  à  celle  du  traité  des  Articulations.  En  effet, 
Hippocrate  s’est  servi  d’un  mot  devenu  obscur  Tupciç,  telle¬ 
ment  que  les  commentateurs  ont  cru  devoir  l’expliquer.  Ainsi 
Bacchius  avait  dit  dans  le  premier  livre  de  son  ouvrage  in¬ 
titulé  les  Dictions,  que  ce  mot  signifiait  une  tente,  une  tour, 
■:i  créneau 4.  Or,  Dioclès  remplace  le  mot  rupctç  par  le  mot 
rrjp yoç,  plus  usité  ;  et  cette  remarque,  toute  délicate  qu’elle 
est,  ne  laisse,  ce  me  semble,  aucun  doute  sur  la  question 
de  savoir  si  Dioclès  a  emprunté  sa  phrase  au  traité  des  Ar¬ 
ticulations. 

Ainsi  voilà  une  phrase  que  Galien  assure  avoir  été  copiée 
par  Dioclès  dans  le  traité  des  Articulations ;  voilà  de  plus 
un  précepte  chirurgical  qui,  imputé  comme  une  erreur  à 
Hippocrate  par  Ctésias ,  se  trouve  dans  ce  même  traité.  En 
outre,  toute  l’antiquité  l’a  regardé  comme  authentique,  et 
deux  disciples  immédiats  d’Hérophile  l’ont  commenté.  H  est 
certes  difficile  de  renverser  un  pareil  ensemble  d’arguments 
qui  tous  reposent  sur  des  témoignages  directs,  et  de  ne  pas 
croire  que  le  livre  des  Articulations  est  vraiment  d’Hippo¬ 
crate. 

Il  ne  faut ,  en  effet ,  rien  moins  que  de  tels  arguments  pour 
dissiper  les  préjugés  soulevés  par  plusieurs  critiques  mo¬ 
dernes,  entre  autres  par  Gruner,  par  Sprengel  et  par  Grimm2. 

On  a  assuré  que  la  connaissance  des  artères  et  des  veines 
impliquait  une  date  postérieure  à  Hippocrate  ;  j’ai  rappelé  (p. 
205)  que  les  artères  avaient  été  nommées  par  Euryphon  plus 
vieux  que  lui;  on  a  prétendu  que  le  mot  muscle  était  des 


1  ’Ev  a,  cxt^vt,  ,  r,  rupYoç,  $1  irpoua^wv.  Érot.,  Glossaire ,  p.  364, 
Ed.  Franz. 

*  Bd.  111 ,  S.  565. 


336  INTRODUCTION. 

écoles  anatomiques  d’Alexandrie  ;  j’ai  fait  voir  qu’il  était  dans 
Ctésias.  Gruner,  dans  sa  Censure  des  livres  hippocratiques , 
p.  181,  et  Sprengel,  dans  son  Apologie  d’Hippocrate,  ont 
cru  trouver  une  contradiction  entre  un  passage  du  traité  des 
Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux  où  l’auteur  parle  des  femmes 
guerrières  des  Sauromates,  et  un  passage  du  traité  des 
Articulations  où  l’auteur  traite  de  fable  le  récit  des  Ama¬ 
zones.  Le  fait  est  qu’entre  ces  deux  passages  il  n’y  a  aucune 
contradiction ,  car  il  n’v  a  aucun  rapport.  Le  livre  des  Airs , 
des  Eaux  et  des  Lieux  parle  des  femmes  sauromates  qui  vont 
à  la  guerre  et  qui  s’atrophient  une  des  mamelles ,  afin  d’avoir 
les  mouvements  plus  libres  1  -,  ce  que  l’auteur  rapporte 
comme  une  observation  véritable  ;  et  le  livre  des  Articula¬ 
tions  parle  des  Amazones,  qui  désarticulent  les  membres  in¬ 
férieurs  des  hommes,  dans  leur  enfance,  afin  de  prévenir 
toute  révolte  de  leur  part  ;  ce  que  l’auteur  rapporte  comme 
un  récit  fabuleux  2.  On  voit  donc  que  celui  qui  cite  l’obser- 
vati  üi  des  femmes  sauromates,  a  bien  pu  traiter  de  fable  le 
conte  des  Amazones.  M.  Lebas  (  Monuments  d’antiquité  fi¬ 
gurée  recueillis  en  Grèce  par  la  commission  de  Morée,  l 
cahier,  p.  65)  dit  en  expliquant  les  détails  du  bas-relief 
qui ,  dans  le  temple  de  Phigalie,  représentait  la  défaite  des 
Amazones  :  «  Le  plus  grand  nombre  ont  la  poitrine  entière- 
«  ment  cachée,  quelques-unes  ont  le  sein  droit  découvert: 
«  aucune  ne  l’a  mutilé,  bien  qu’on  ait  prétendu  que  l’un  et 
«  l’autre  usage  était  propre  aux  Amazones,  en  ce  qu’il  per- 
«  mettait  de  se  servir  plus  facilement  de  l’arc.  Cette  mutiii- 
«  tion  n’a  pour  elle  que  l’autorité  de  quelques  auteurs  au 
«  nombre  desquels  on  est  surpris  de  rencontrer  Hippocrate 


1  Page  78,  Ed.  Frob. 

1  Page  490,  Ed.  Frob. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  337 

{De  Aere  et  Lotis).  Elle  n’est  indiquée  par  aucun  des  nom¬ 
breux  monuments  d’antiquité  figurée  que  j’ai  vus.  »  Or, 
Hippocrate  attribue  cette  mutilation ,  non  aux  Amazones, 
mais  aux  femmes  sauromates.  Je  suis  satisfait  d’avoir  lu, 
dans  3M.  Lebas,  que  les  anciens  monuments  (le  temple  de  Phi- 
galie  avait  été  bâti  430  ans  avant  J.-C.)  ne  représentaient 
pas  les  Amazones  avec  la  mutilation  du  sein  ;  Hippocrate  n’est 
pas  en  désaccord  avec  eux  là-dessus.  Seulement  il  est  proba¬ 
ble  que  le  passage  du  livre  des  Articulations  où  il  est  parlé  des 
Amazones  qui  luxent  les  membres  des  garçons ,  et  le  passage 
du  livre  des  Airs,  des  Eaux  et  des  Lieux ,  où  il  est  dit  que  les 
femmes  sauromates  s’atrophient  une  mamelle,  ont  été  con¬ 
fondus  et  ont  donné  lieu  à  l’erreur  de  croire  que  les  mytho¬ 
logiques  Amazones  se  mutilaient  ainsi  ;  erreur  dont  les  écrits 
d'Hippccrate  ont  été  peut-être  l’occasion ,  mais  dont  ils  sont 
aussi  exempts  que  le  temple  antique  de  Phigalie. 

De  plus,  en  admettant  avec  les  critiques  modernes  nommés 
plus  haut,  que  le  traité  des  Articulations  contient  des  no¬ 
tions  anatomiques  plus  avancées  qu’on  ne  peut  le  supposer 
pour  le  temps  d’Hippocrate ,  à  quelle  époque  placer  la  com¬ 
position  d’un  tel  livre  ?  Ces  notions  anatomiques  si  avancées, 
on  les  attribue  à  l’école  d’Alexandrie;  et  cependant  deux  dis¬ 
ciples  d’un  chef  de  cette  école,  Philinus  et  Bacchius ,  n’hé¬ 
sitent  pas  à  regarder  le  traité  des  Articulations  comme  l’œu¬ 
vre  d’Hippocrate.  Si  ce  livre  renferme  des  notions  qui  ne  peu¬ 
vent  appartenir  qu’aux  anatomistes  alexandrins ,  Philinus 
et  Bacchius  se  sont  laissé  tromper  par  un  ouvrage  qui  a  été 
fabriqué,  pour  ainsi  dire,  sous  leurs  yeux.  On  ne  peut  donc, 
en  aucun  cas ,  le  regarder  comme  post-alexandrin. 

Tout  cela  constitue  un  ensemble  de  preuves  qui  me  pa¬ 
raissent  valoir  une  démonstration;  et,  conformément  aux 
règles  que  je  me  suis  faites,  et  d’après  lesquelles  je  regarde 
TOM.  I.  22 


INTRODUCTION. 


338 

comme  prépondérants  les  témoignages  plus  anciens  que  la 
fondation  des  écoles  alexandrines,  je  n’ai  pu  m’empêcher 
d’attribuer  à  Hippocrate  le  traité  des  Articulations. 

Des  Fractures  j.  Quoique  je  regarde  le  traité  des  Ar¬ 
ticulations  comme  la  suite  de  celui  des  Fractures ,  j’ai  d’a¬ 
bord  parlé  de  celui-là ,  parce  que  Galien  nous  a  conservé  des 
témoignages  qui  manquent  sur  celui-ci.  Maintenant,  pour 
montrer  l’authenticité  du  traité  des  Fractures ,  il  suffira  de 
faire  voir  qu’il  forme  un  tout  avec  celui  des  Articulations. 
Galien  s*est  chargé  de  ce  soin,  aussi  je  me  contenterai  de  le 
traduire  2  :  «  J’ai  dit  dans  le  commentaire  sur  le  traité  des 
«  Articulations  qu’il  est  une  suite  de  celui  des  Fractures; 
<c  ici,  je  vais  rappeler  brièvement  les  raisons  qui  le  prouvent. 
«  D’abord  cela  est  évident  par  le  début  de  l’un  et  l’autre 
«  traité*,  celui  des  Fractures  commence  par  ces  mots  :  Il  faut 
«  que  le  médecin  fasse  V extension  le  plus  directement  qu’il 
«  est  possible  dans  les  luxations  et  les  fractures  ;  l’auteur 
<c  annonce  clairement  par  là  qu’il  traitera  des  fractures  et  des 
<(  luxations.  Celui  des  Articulations  débute  par  la  parti- 
«  cule  U ,  particule  qui  indique  toujours  une  suite  et  jamais 
<c  le  commencement  d’un  traité.  Cependant,  quelques-uns 
«  poussent  l’habileté  et  l’érudition  jusqu’à  citer  les  OEconoi  i- 
«  ques  de  Xénophon,  croyant  prouver  par  là  que  les  anciens 
«  avaient  la  coutume  de  se  servir  de  la  particule  Sê  au  début 
<c  d’un  livre,  et  ils  rapportent  la  première  phrase  de  l’ouvrage 
«  de  Xénophon,  qui  est  ainsi  conçue  :  rfr ovcx  Si  tzoxs.  aù-co~  v.v. 
k  rapt  obcovotMccç  ToiaoE  taoi  StaXeyotxtvou  (  Je  l’ai  entendu  me 
«  donner  les  instructions  suivantes  sur  l’économie  ).  Ils  ne 
«  saventpasque  ce  livre  des  OEconomiques  est  le  dernier  des 

1  Hept  àypLwv. 

1  Tome  v,  p.  578,  Ed.  Basil. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  339 

Mémorables  de  Socrate.  En  outre,  l’exposition  même  des 
choses  montre  que  le  traité  des  Articulations  est  la  suite 
de  celui  des  Fractures.  En  effet ,  l’auteur,  ayant  promis, 
dans  celui-ci,  de  parler  des  luxations  et  des  fractures,  a 
ajouté  dans  le  livre  des  Articulations  ce  qu’il  n’avait  pas 
exposé  dans  l’autre  *,  de  sorte  que  le  sujet  est  traité  complè¬ 
tement.  Aussi  ai-je  rappelé  que  quelques-uns  pensaient 
qu’Hippocrate  n’avait  pas  divisé  lui-même  l’œuvre  entière 
en  deux  livres,  qu’il  avait  composé  un  seul  livre  intitulé  de 
F  Officine  du  médecin  (  Kax’  tr^pstov  ) ,  et  que,  plus  tard,  ce 
livre  unique  avait  été,  à  cause  de  sa  longueur,  partagé  en 
deux  par  quelque  autre.  Hippocrate  n’a  omis  aucune  es¬ 
pèce  de  luxations  ni  de  fractures,  excepté  les  fractures  du 
crâne,  attendu  qu’il  se  réservait  d’en  traiter  à  part;  pour 
s’en  convaincre ,  il  ne  faut  que  se  rappeler  les  objets  qu’il 
a  exposés  dans  les  traités  des  Articulations  et  des  Fractu¬ 
res  :  dans  ce  dernier,  il  parle  des  fractures  de  l’avant-bras, 
du  bras ,  de  la  jambe  et  de  la  cuisse,  puis  de  celles  du  pied 
et  de  la  main ,  ensuite  de  celles  qui  sont  accompagnées  de 
plaies  et  de  dénudation  des  os ,  enfin  des  fractures  des  ar¬ 
ticulations  du  genou  et  du  coude.  H  ne  restait  plus  à  parler 
que  des  articulations  de  l’épaule ,  de  la  hanche  et  du  ra¬ 
chis,  et ,  en  fait  de  fractures,  de  celles  des  côtes,  de  la 
mâchoire,  du  nez  et  des  oreilles;  il  en  traite  dans  le  livre 
des  Articulations.  En  outre ,  ayant  exposé  la  diastase 
des  os  et  les  contusions  des  articles  dans  l’un  et  l’autre  li¬ 
vre,  il  complète,  dans  celui  des  Articulations ,  ce  qu’il  n’a 
pas  achevé  dans  celui  des  Fractures ,  de  sorte  qu’il  n’o¬ 
met  aucune  espèce  de  luxation,  ni  de  fracture,  ni  de 
diastase  des  os.  H  y  est  parlé  aussi  de  la  contusion  des 
muscles,  des  veines  et  des  ligaments.  Tout  ceia  prouve 
que  le  livre  des  Articulations  est  la  suite  du  livre  des 


INTRODUCTION. 


340 

*  Fractures.  Enfin,  ayant  conseillé ,  dans  ce  dernier,  aux 
-tt  médecins  qui  doivent  pratiquer  dans  une  grande  ville , 
<c  d’avoir  une  machine  de  réduction ,  il  en  donne  la  descrip- 
«  tion  détaillée  dans  le  livre  des  Articulations  ;  c’est  ce  que 
«  depuis  on  a  appelé  le  banc  d’Hippocrate.  » 

Je  n’ai  rien  à  ajouter  aux  arguments  de  Galien.  Il  a  dé¬ 
montré  que  les  deux  traités  ne  font  qu’un  -,  et ,  dès  lors ,  au 
traité  des  Fractures  appartient  le  même  degré  d’authenti¬ 
cité  qu’au  traité  des  Articulations. 

Quelques  critiques  anciens,  au  dire  de  Galien,  attri¬ 
buaient  l’un  et  l’autre  à  Hippocrate ,  fils  de  Gnosidicus,  et 
grand-père  du  célèbre  Hippocrate;  ce  qui  est  d’autant  plus 
singulier  que  plusieurs  critiques  modernes  ont  soutenu,  au 
contraire,  que  ces  deux  livres  étaient  d’une  date  relative¬ 
ment  récente. 

Des  Instruments  de  réduction4.  Ce  traité  est  cité 
par  Galien  comme  un  livre  dont  les  critiques  s’accordent  à 
reconnaître  l’authenticité  2.  Erotien  l’a  placé  dans  sa  liste,  et 
dès  le  temps  de  Bacchius  il  figurait  dans  la  Collection  hippo¬ 
cratique.  Ce  ne  sont  cependant  pas  les  dires  des  anciens  cri¬ 
tiques  qui  seuls  m’ont  déterminé  à  ranger  ce  livre  à  côté  de 
ceux  que  je  regarde  comme  étant  véritablement  d’Hippo¬ 
crate.  Mais  dans  le  chapitre  X ,  p.  248 ,  j’ai  montré  que  le 
livre  des  Instruments  de  réduction  était  un  abrégé  de  celui 
des  Articulations  ;  en  conséquence,  je  n’ai  pas  voulu  sépa¬ 
rer  l’abrégé  de  l’original ,  quel  que  soit  celui  des  hippocra¬ 
tiques  qui  ait  fait  cette  analyse.  Il  faut  remarquer  en  outre 
que  cet  opuscule  est  précédé  d’une  introduction  anatomique 

1  M<%Xixôv. 

1  Tou  MoyÀixou  ovtoçtwv  ôuoXoYOuuévtov  TTrroxoaxou;  Q'.o/J. 

T.  v,  p.  170,  Ed.  Basil. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  34 1 

qui  est  très  courte ,  et  qui  est  sans  doute  aussi  un  abrégé. 
On  peut  supposer  que  cette  introduction ,  dans  ses  propor¬ 
tions  primitives,  servait  de  préambule  aux  traités  des  Frac¬ 
tures  et  des  Articulations,  qui ,  alors ,  ne  formaient  qu’un 
seul  livre-,  supposition  d’autant  plus  admissible  que  le  traité 
des  Fractures  commence  brusquement  et  d’une  manière  qui 
semble  indiquer  que  quelque  chose  avait  précédé. 

Au  livre  des  Instruments  de  réduction  était  joint,  dans 
Pantiquité,  un  fragment  que  Galien  cite  sous  le  titre  de 
livre  sur  les  Veines  i.  Ce  fragment  fait,  dans  nos  éditions, 
partie  de  la  compilation  intitulée  :  de  la  Nature  des  os  (  Hepl 
ostswv  ©veto? );  c’est  là  (Neuvième  classe)  qu’il  en  sera  ques¬ 
tion. 

Des  Plaies  de  tête  2.  Le  plus  ancien  témoignage  que 
nous  possédions  sur  ce  livre  est  celui  de  Bacchius.  Cepen¬ 
dant  personne  dans  l’antiquité  ne  paraît  avoir  douté  de  l’au¬ 
thenticité  du  traité  des  Plaies  de  tête.  Il  est  d’autant  moins 
permis  de  résister  à  cette  unanimité ,  que  rien  dans  le  traité 
lui-même  ne  la  contredit  :  seulement  quelques  courts  frag¬ 
ments  ont  été  signalés  comme  apocryphes  et  ajoutés  5. 

Semient*.  Plusieurs  critiques  modernes  ontdouté  del’au- 
thenticité  de  cet  écrit.  Cependant  il  a  été  cité  plusieurs  fois 
dans  l’antiquité  5  Érotien  l’a  inscrit  dans  sa  liste ,  et  cer¬ 
tainement  Érotien  avait  puisé  cette  indication  chez  les 
commentateurs  antérieurs.  Ainsi  l’on  ne  peut  douter  que 
le  Serment  n’ait  fait  partie  de  très  bonne  heure  de  laCoI- 

1  üapacTaTaç  *  t5iç  iîciSiSufAfôotç  sv  tco  Hepi  cpXeêcov  S  TrpocxtiTai 
tco  Mc-^Xixw.  Glossaire,  au  mot  -apacrarac. 

1  Ilepi  tcov  ev  xe^oXt]  Tpcoucrrcov. 

3  Gai.,  tome  v,  p.  #7. 

*  "Opxoç. 


INTRODUCTION. 


342 

iection  hippocratique.  J’ai  dit  plus  haut  (chap.  II,  pag.  31  ), 
qu’une  citation  d’Aristophane  semblait  ne  pouvoir  se  rap¬ 
porter  qu’au  Serment .  Déplus ,  en  l’examinant  en  lui-même, 
on  est  porté  à  lui  accorder  une  haute  antiquité.  Evidemment  il 
se  rapporte  à  une  corporation  constituée  comme  celle  que 
formaient  les  Asclépiades  -,  et,  si  on  en  plaçait  la  composition 
après  la  fondation  de  l’école  d’Alexandrie,  on  ne  compren¬ 
drait  plus  à  quel  état  de  choses  il  pourrait  s’appliquer.  La 
gravité  du  langage,  le  sentiment  positif  delà  responsabilité 
médicale  qui  y  est  consigné ,  tout  empêche  d’y  voir  l’œuvre 
postérieure  d’un  faussaire.  Ce  qui  l’a  fait  suspecter ,  c’est  la 
mention  de  la  lithotomie,  opération  qui,  dit-on,  ne  se  prati¬ 
quait  pas  dans  ces  temps  reculés.Mais  c’est  une  assertion  toute 
gratuite  5  et  il  est  très  probable,  qu’à  l’exemple  delà  médecine 
égyptienne ,  il  y  avait  ën  Grèce  des  médecins  pour  les  yeux, 
pour  les  dents,  etc* ,  et  pour  la  lithotomie.  Sprengel  (Apol. 
des  Hippocrates,  Bd.  I,  S.  77)  dit  que  certains  passages, 
entr’autres  celui  qui  est  relatif  à  la  taille ,  ont  été  ou  ajoutés, 
ou  falsifiés  par  les  Alexandrins ,  et  que  Celse,  autorité  irré¬ 
cusable  en  ceci ,  désigne  Àmmonius  d’Alexandrie ,  avec  le 
surnom  de  lithotomiste,  comme  le  principal  chirurgien.  Or, 
voici  ce  que  dit  Celse  :  «  Si  le  calcul  paraît  trop  gros  pour 
k  pouvoir  être  retiré  sans  la  rupture  du  col  de  la  vessie ,  il 
«  faut  diviser  ce  calcul,  opération  dont  Ammonius  a  été 
«  l’inventeur,  surnommé  à  cause  de  cela  lithotomiste 4. 
Puis  Celse  décrit  l’instrument  et  explique  le  procédé  à  l’aide 
duquel  Ammonius  brisait  le  calcul.  On  voit  donc  que ,  d’a¬ 
près  Celse  lui-même,  la  taille  se  pratiquait  avant  Ammonius, 

Si  <juando«autem  is  (  calculas )  major  non  videtur,  nisi  rupta 
cervicc,  extra  hi  posse,  fîndendus  est  :  cujus  repertor  Ammonius 
ob  id  XtOoro'f/.oç  cognominatus  est.  L.  vn, 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  343 

quel’on  ne  saitrien  sur  l’origine  de  cette  opération, et  que  rien 
n’empêche  de  croire  qu’elle  ait  été  en  usage  dès  le  temps 
des  hippocratiques  et  avant  eux.  Il  est  probable  que  le  mot 
de  lithotomie ,  expression  si  vicieuse  pour  désigner  la  taille, 
mais  si  juste  de  la  manière  que  Celse  l’emploie,  provient, 
dans  l’usage  médical ,  de  quelque  confusion  née  du  passage 
môme  de  l’auteur  latin.  Remarquons,  en  confirmation  de 
tout  ce  qui  vient  d’être  dit,  qu’il  est  question,  dans  un  livre 
qui  fait  partie  de  la  Collection  hippocratique ,  des  moyens  de 
reconnaître,  à  l’aide  du  cathéter,  la  présence  du  calcul  dans 
la  vessie.  Enfin  (  ce  qui  peut  ajouter  quelque  poids  en  faveur 
de  l’authenticité  de  cet  écrit) ,  Platon  nous  apprend ,  comme 
il  est  dit  dans  le  Serment ,  que  les  médecins  instruisaient 
leurs  enfants  dans  la  médecine  *. 

La  Loi  2.  Ce  petit  morceau ,  qui  est  rédigé  avec  beaucoup 
de  soin,  est  mis  par  Érotien  dans  la  liste  des  écrits  qui  ap¬ 
partiennent  à  Hippocrate.  La  plupart  des  critiques  moder¬ 
nes,  au  contraire,  le  regardent  comme  apocryphe;  sur  quels 
motifs  ?  c’est  ce  qu’il  ne  serait  pas  très  facile  de  dire.  Cepen¬ 
dant  la  Loi  tient  de  très  près  au  Serment ,  et,  si  l’on  accepte 
l’un  comme  véritable ,  l’autre  ne  peut  guère  passer  pour  il¬ 
légitime.  Comme  le  Serment ,  elle  admet,  dans  l’étude  de  la 
médecine,  des  initiés  et  des  profanes,  et  elle  parle  aussi  des 
mystères  de  la  science.  A  quel  temps  reporter  la  composi¬ 
tion  de  cet  écrit,  si  ce  n’est  au  temps  des  Asclépiades,  cor¬ 
poration  de  prêtres  qui  initiaient  véritablement  les  adeptes 
en  leur  distribuant  renseignement?  De  plus,  la  Loi  repré¬ 
sente  ces  médecins  ambulants  ou  périodeutes  qui  allaient  de 

1  KaOaTrep  oi  èXevÔ£pot(îarpo't),  «Oto {  ts  ^aOr'xaaiv  oStw,  vfii 
tî  xutwv  SiSaor.ouffi  tmcîoxç.  De  Leg.,  IV,  t.  \i,  p.  1o4. 

•*  Nopwç. 


introduction. 


344 

ville  en  ville  exercer  leur  art.  C’est  encore  un  trait  qui  n’est 
pas  en  désaccord  avec  l’époque  d’Hippocrate.  En  un  mot,  le 
Serment  me  paraît  entraîner  avec  lui  la  Loi ,  et,  sans  avoir  la 
certitude  absolue  que  cette  dernière  pièce  appartienne 
à  Hippocrate,  on  peut  l’attribuer  à  son  époque  et  à  son. 
école. 

Je  viens  de  passer  en  revue  tous  les  écrits  que  je  re¬ 
garde  comme  étant  d’Hippocrate  lui-même  5  et  j’ai  exposé  les 
motifs  qui  m’ont  déterminé.  Maintenant ,  si  ces  motifs  sont 
fondés,  si  je  n’ai  pas  erré  dans  mes  déterminations ,  il  doii 
se  manifester,  entre  tous  ces  écrits  que  je  suppose  provenus 
d’une  même  tête  et  d’une  même  main,  des  rapports  qui  achè¬ 
vent  de  démontrer  la  communauté  d’origine,  et  dont  l’absence 
serait  uneobjection  contre  la  critique.  Or,  remarquez  combien 
tous  ces  écrits  ont  entre  eux  de  liaisons  étroites.  Le  livre  de 
Y  Ancienne  médecine  a  des  passages  entiers  qui  se  trouvent 
reproduits  dans  le  traité  du  Régime  des  maladies  aiguës;  ce 
traité,  à  son  tour,  contient,  contre  les  médecins  cnidiens, 
une  polémique  où  Hippocrate  leur  reproche  leur  soin  de 
compter  et  de  nommer  les  maladies  ;  et  dans  le  Pronos¬ 
tic  il  dit  expressément  qu’il  n’a  pas  voulu  nommer  les  ma¬ 
ladies,  attendu  que  cela  est  inutile  pour  l’intelligence  des 
symptômes  généraux.  Les  observations  particulières  des 
Épidémies  sont  tracées  dans  le  même  esprit ,  les  maladies 
sont  rarement  dénommées ,  et  tout  est  rapporté  à  la  seule 
description  des  symptômes  généraux.  Le  même  livre  du  Pro¬ 
nostic  déclare  que  les  principes  médicaux  qui  viennent  d'ê¬ 
tre  exposés  sont  valables  pour  la  Scythie,  la  Lybie  et  Délos; 
et,  dans  le  traité  des  Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux ,  l’auteur 
expose  les  conditions  des  habitants  de  la  Scythie,  de  la  Ly¬ 
bie  et  des  Grecs  tant  européens  qu’asiatiques.  Les  Aphoris- 


DE  CHACUX  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EX  PARTICULIER.  345 

mes  forment  un  lien  entre  tous  ces  livres  et  les  traités  chi¬ 
rurgicaux  *,  de  sorte  que  Ton  a  véritablement,  dans  cet  en¬ 
semble  d’écrits ,  un  ensemble  de  doctrine  où  l’on  reconnaît 
partout  la  trace  visible  d’une  même  pensée  et  d’une  même 
main.  Si  nous  demandons  aux  plus  anciens  témoignages 
quel  est  cet  auteur,  Platon,  Ctésias,  Dicclès,  Hérophile 
nous  indiquent  Hippocrate.  Les  mentions  qu’ils  font  de  son 
nom ,  se  complètent  et  se  confirment  l’une  par  l’autre  ;  et , 
tandis  que  l’on  voit,  dans  la  Collection  hippocratique,  un 
certain  nombre  de  livres  marqués  d’un  même  caractère  et 
liés  par  d’incontestables  rapports,  on  voit,  dans  l’histoire , 
un  médecin  cité  par  des  écrivains  célèbres  qui  ont  vécu  ou 
avec  lui  ou  peu  après  lui  :  citations  que  l’on  rapporte  à 
quelques-uns  de  ces  ouvrages  qu’une  tradition  de  vingt-deux 
siècles  nous  a  transmis.  Ainsi,  malgré  un  si  long  intervalle 
de  temps ,  malgré  les  nuages  qui  toujours  s’amoncellent  sur 
le  passé,  on  discerne  visiblement  la  grande  figure  d’Hippo¬ 
crate,  on  aperçoit  la  trace  de  ses  travaux ,  on  peut  poser  le 
doigt  sur  ce  qui  a  été  son  œuvre.  Ici,  la  critique  touche  de 
toute  part  à  des  réalités  5  et  c’est  dans  la  concordance  des 
témoignages  intrinsèques  et  des  témoignages  extrinsèques, 
des  livres  et  des  citations ,  qu’elle  trouve  sa  plus  grande  sû¬ 
reté. 

DEUXIÈME  CLASSE. 

La  série  des  écrits  qui  manifestement  n’appartiennent 
pas  à  Hippocrate ,  est  naturellement  ouverte  par  ceux  qui 
sont  dus  à  Polybe  ,  son  gendre.  Le  traité  de  la  Nature  de 
rhomme,  et  peut-être  celui  du  Régime  des  gens  en  santé , 
sont  de  ce  médecin. 

De  la  nature  de  l’homme1.  Aristote  (Histoire  des 

’  IIîp:  ousio;  àvOpco-CJ. 


346  IÎÎTBODÜCTIOJÎ. 

animaux,  liv.  m,  ch.  3  )  cite  un  long  morceau  sur  les  veines 
qu’il  attribue  à  Polybe  en  termes  exprès;  car,  après  avoir 
rapporté  les  opinions  de  Syennésis  de  Chypre  et  de  Diogèn  * 
d’Apollonie,  il  ajoute:  Polybe  s’ exprime  ainsi  :  (IloXuêoç  cl 
)  ;  et,  après  avoir  fini  la  citation,  il  la  clôt  en  ces  termes  : 
ce  que  disent  les  autres  est  à  peu  près  semblable  (  xi  ur, 
ouv  u-JTO  TWV  O XXwv  sipyjtxsva  o^eSov  Taux’  icrctv).  Or ,  tout  œ  long 
morceau  se  retrouve  textuellement  dans  le  traité  delà  Na¬ 
ture  de  Vhomme  4.  Cela  est  absolument  incontestable. 

Cependant  Galien  a  essayé,  avec  une  insistance  toute 
particulière,  de  faire  prévaloir  l’opinion  que  ce  traité  ap¬ 
partenait  à  Hippocrate,  opinion,  du  reste,  fort  contestée, 
comme  il  nous  l’apprend  lui-même,  par  d’autres  critiques. 
Son  grand  argument  est  le  passage  de  Platon  que  j’ai  lon¬ 
guement  discuté  au  sujet  de  Y  Ancienne  médecine.  Je  n’y  re¬ 
viendrai  pas. 

H  va  jusqu’à  dire  que  l’anatomie  des  veines ,  telle  qu’e’t 
est  dans  le 'livre  de  la  Nature  de  Vhomme ,  n’est  ni  d’Hippo¬ 
crate,  ni  de  Polybe2 ,  et  que  cela  a  été  démontré  par  d’au¬ 
tres,  et  sera  démontré  par  lui  dans  l’ouvrage  qu’il  consa¬ 
crera  ,  si  Dieu  lui  en  accorde  le  temps,  à  l’examen  des  livres 
qui  sont  véritablement  d’Hippocrate.  Entre  l’assertion  de 
Galien,  vivant  plus  de  500  ans  après  Polybe,  et  qui  n’en  ; 
jamais  vu  les  écrits,  et  l’assertion  d’Aristote,  presque  con¬ 
temporain  de  ce  même  Polybe,  et  qui  a  eu  ses  livres  entre 

*  Page  23,  Ed.  Frob. 

1  AXX’  Sri  jxèv  oux  sari  yvvfcioç  ou 9  'Ir^roxparouç  ,  ours  HoXJ  ;  ;  j 
xcov  stpTjuivcov  ©XeêSv  ^  àvaroa7),  xai  îrpo  fjawv  Irspoiç  aïcoSéSeccrat, 
xai  ■fjjxetç  S’av  (si  6ôoç  Soit]  rore  rapt  twv  yvr^îoiv  'Irrroxparou?  cuy- 
Ypafxfxartov  TpaYp.aT£uxaff6ai  )  oià  rXstôvwv  £7aSet^o[x£v  îjrtç  Irrlv 
Inroxparouç  Yvcoixy]  rapt  çXsêwv  àpyrj^.  Tomei,. p.  500,  Ed. 
Basil. 


LE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  347 

'  .“S  mains ,  il  ne  peut  pas  y  avoir  la  moindre  hésitation  ;  c’est 
Aristote  qui  est  seul  croyable  en  ceci.  Aristote  ne  cite  pas,  il 
est  vrai,  le  titre  de  l’ouvrage  de  Polybe  ;  mais  il  ne  cite  pas, 
non  plus,  le  titre  du  livre  de  Diogène  d’Apollonie,  qui  avait 
intitulé  le  sien,  comme  nous  l’apprend  Simplicius,  de  la 
Nature, ni  celui  du  livre  deSyennésis  de  Chypre.  Quanta  ce 
dernier,  son  livre  ayant  péri  avant  d’être  recueilli  dans  les 
grandes  bibliothèques  publiques,  nul  ne  sait  quels  en  étaient 
le  titre  et  l’objet. 

Je  pense  donc  qu’il  est  impossible  de  ne  pas  regarder  le 
traité  de  la  Nature  de  l’homme  comme  étant  de  Polybe.  U 
est  bien  vrai ,  comme  le  dit  Galien ,  que  ce  livre  est  composé 
de  pièces  et  de  morceaux.  L’inspection  la  plus  superficielle 
suffit  pour  le  démontrer  ;  mais  c’est  du  livre  de  Polybe  que 
ces  fragments  ont  été  pris. 

En  voici ,  ce  me  semble,  une  preuve  :  l’auteur  dit  que  les 
maladies  se  guérissent  par  les  contraires,  dans  une  phrase 
qui  tient  peu  à  ce  qui  précède.  Douze  lignes  plus  loin ,  ex- 
1  isant  comment  il  faut  combattre  les  maladies  épidémiques, 

ajoute  que  le  traitement  doit  être  le  contraire  de  la  cause , 
i  si,  dit-il,  que  je  l’ai  expliqué  ailleurs i.  Une  telle  expres- 
s:  n  indique  ce  qui  vient  d’être  énoncé  quelques  lignes  plus 
haut,  ou  plutôt  ce  qui  a  été  exposé  dans  un  autre  traité  ou 
dans  un  autre  chapitre  résumé  dans  ces  quelques  lignes.  Je 
regarde  le  court  passage  où  il  explique  que  le  traitement  doit 
Üre  basé  sur  les  contraires ,  comme  l’idée  d!un  livre  ou 
chapitre  particulier,  et  le  passage  où  il  explique  le  diagnos- 
t’  des  maladies  épidémiques ,  comme  appartenant  à  un  au¬ 
tre  livre  ou  chapitre. 

Immédiatement  après,  et  sans  aucune  transition ,  il  passe 


1  Pages  22  et  25,  Ed.  Frob. 


INTRODUCTION. 


348 

à  la  description  des  veines  du  corps,  fragment  anatomi¬ 
que  du  livre  de  Poîybe. 

Puis  viennent  encore  sans  transition  quelques  considéra¬ 
tions  sur  les  urines. 

Enfin  il  termine  par  quelques  mots  très  brefs  sur  les  fiè- 
vres ,  sujet  qui  n’est  pas  plus  amené  que  les  autres. 

Tout  cela  prouve  que  ce  sont,  il  est  vrai,  des  fragments 
mais  on  voit  en  même  temps  qu’il  est  resté,  entre  ces  fr; 
ments ,  une  trace  qui  indique  qu’ils  ont  tenu  l’un  à  I’autru 

Il  ne  serait  même  pas  impossible  de  se  faire  une  idée  df 
livre  de  Polybe  tel  qu’ Aristote  l’avait  dans  sa  bibliothèque 
Ce  livre  commençait  par  des  considérations  générales  ; . 
l’homme,  où  l’auteur  essayait  de  faire  voir  que  le  corps  i 
pouvait  pas  être  simple ,  comme  quelques-uns,  disciples  d. 
v3Iélissus,  le  soutenaient*,  que  quatre  humeurs  le  constituaien 
essentiellement,  le  sang,  la  pituite,  la  bile  jaune  et  la  1'! 
noire;  et  que  ces  humeurs  prédominaient  dans  la  saison  ; 
laquelle  chacune  était  conforme. 

De  là  l’auteur  passait  à  son  principe  que  les  contrair  e 
doivent  être  combattus  par  les  contraires,  et  il  énumérai 
toutes  les  conditions  de  régime ,  de  saison ,  d’âge ,  où  a 
principe  était  applicable. 

Puis  il  examinait  les  causes  des  maladies,  attribuait  Ici 
maladies  épidémiques  à  l’air,  les  sporadiques  au  régime. 

Cet  examen  le  conduisait  à  la  considération  des  maladie, 
selon  les  organes;  examen  dont  l’abréviateur  a  consent 
une  trace  dans  la  phrase  où  il  est  dit  que  les  maladies  son 
les  plus  fortes  ou  les  plus  faibles  selon  que  la  partie  affecté? 
est  plus  ou  moins  importante. 

De  là  transition  naturelle  à  des  explications  anatomi  ;r:  . 
où  prenait  place  la  description  des  veines  qui  est  conservé» 
et  qu’Aristote  a  citée. 


DE  chacun  des  livres  hippocratiqces  en  particulier.  340 

L’auteur  entamait  des  recherches  sur  certaines  disposi- 
t:  ns  qui,  existant  dans  l’enfance,  amènent  à  l’âge  adulte, 
par  une  suite  nécessaire ,  des  états  particuliers. 

Il  essayait  d’expliquer  pourquoi  les  enfants  et  les  vieillards 
sont  plus  sujets  que  les  adultes  à  la  pierre. 

H  y  avait  quelques  mots  sur  les  affections  des  voies  urinai¬ 
res-,  enfin,  l’ouvrage  était  clos,  autant  qu’on  en  peut  juger , 
d’après  ce  que  nous  en  a  donné  l’abréviateur ,  par  des  no¬ 
tions  sur  les  fièvres. 

Tel  est  le  résumé  que  l’on  peut  concevoir  de  l’ouvrage  de 
Polybe.  Ce  livre,  réduit  à  quelques  fragments  et  conservé 
seulement  sous  cette  forme ,  a  été  publié  plus  tard  sous  le 
nom  d’Hippocrate.  Mais  rappelons-nous  qu’ Aristote  a  eu  ce 
livre  dans  sa  bibliothèque,  et  qu’il  en  a  cité  un  long  passage  ; 
et  nous  ne  serons  pas  étonnés  de  trouver,  entre  le  livre  de 
Polybe  et  les  écrits  du  chef  du  péripatétisme ,  certaines  res¬ 
semblances  qui  ne  peuvent  être  fortuites,  et  dont  je  citerai 
ici  un  seul  exemple.  Polybe  dit  que,  dans  des  abcès  qui  se 
forment  vers  la  grosse  veine  et  qui  ne  s’ouvrent  pas  promp¬ 
tement,  le  pus  se  transforme  en  concrétions4.  Aristote  dit 
de  son  côté  .-  «  Le  sang  qui  se  putréfie  dans  le  corps  devient 

pus,  et  le  pus  devient  concrétion 2  ». 

Du  Régime  des  gens  en  santé  5.  Ce  traité  était,  comme 
.  :  us  1’apprend  Galien ,  réuni,  dans  la  plupart  des  anciennes 
éditions,  au  traité  de  la  Nature  de  l'homme ,  et,  dans  ce 
cas,  il  portait  le  titre  de  livre  sur  la  Nature  de  V homme  et  sur 

’  ‘Axe,  ■ou  Tcryswç  Expayevrcov  xwv  ouadcxtov ,  TOopoi  ffuvrcpaor,- 
cav  Ix  tou  TCuou.  Page.  24,  Ed.  Frob. 

3  Stjtojievov  8s  ytvETat  to  aTua  Iv  tw  cwfAaTt  ~uov  ,  èx  8s  tou 
~dou  rrwpoç.  Hist.  Anim.,lib.  m,  c.  19. 

•  IIspi  oiatTT,?  •jyiEtvîjç. 


INTRODUCTION. 


35a 

le  Régime  *.  C’est  cette  circonstance  qui  fait  que  je  le  joins  ici 
au  traité  avec  lequel  il  était  joint  jadis,  sans  avoir  d’autr 
preuve  que  Polybe  en  soit  l’auteur.  Il  est  très  probable  qu  i; 
appartient  à  celui  qui  a  composé  le  livre  sur  la  Nature  de 
V homme.  Cependant  l’opinion ,  dans  l’antiquité,  a  beaucoup 
varié  sur  cet  opuscule,  que  l’on  a  attribué  à  Euryphon,  à 
Phaon ,  à  Philistion ,  à  Ariston,  et  à  d’autres  encore 

TROISIÈME  CLASSE.- 

Une  troisième  série  est  formée  par  des  écrits  que  plu¬ 
sieurs  critiques  modernes  ont  regardés  comme  antérieur; 
à  Hippocrate  lui-même,  et  comme  provenant  directement 
des  temples  des  Asclépiades.  Ce  sont  les  Prénotions  de  Cos 
et  le  1er  livre  des  Prédictions. 

Prénotions  de  Cos. —  Prédictions,  livre  1er3.  Ces 
deux  livres  ont  la  plus  grande  ressemblance  dans  la  forme 
et  ont  été  tous  deux  rejetés  du  catalogue  hippocratique  par 
la  plupart  des  critiques  anciens.  Érotien  ne  fait  aucune  men¬ 
tion  des  Frénotions  coaques  ;  et  les  Prédictions ,  qu’il  cite. 
déclare  expressément  qu’elles  ne  sont  pas  d’Hippocrate. 
Galien  ne  parle  qü’en  passant  des  Prénotions  de  Cos ,  il 
en  explique  quelques  mots  dans  son  Glossaire ,  et,  quant  au 
1er  livre  des  Prédictions ,  qu’il  a  commenté ,  il  le  regarde 
comme  une  compilation  du  Pronostic ,  des  Aphorismes  e! 
des  Épidémies  ,*  compilation  au  milieu  de  laquelle  beaucoup 
de  choses  fausses  ont  été  intercalées.  La  lecture  même  do 
ces  deux  écrits  ne  permet  pas ,  non  plus ,  d’v  voir  une 
composition  régulière  :  ce  sont  des  notes ,  des  fragments 

1  Hspl  çpuTioç  àvOpwrou  xai  Starojç.  Tome  v,  p.  447,  Ed.  Bas. 

1  Gai.,  t.  v,  p.  29,  Ed.  Bas. 

5  Kwaxai  ^poyvwaetç —  npop^Ttxov ,  a  . 


DE  CHACUN  UES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  351 

d’observation,  descasparticuliersoù  quelquefois  le  nommême 
du  malade  est  rapporté.  En  plusieurs  endroits  on  trouve  des 
points  d’interrogation,  questions  que  l’auteur  a  laissées  sans 
solutions.  Que  ces  livres  soient  antiques ,  c’est  ce  dont  il  est 
impossible  de  douter  -,  qu’ils  présentent  une  grande  confor¬ 
mité  de  doctrines  et  d’observations  avec  les  livres  les  plus 
authentiques  d’Hippocrate,  c’est  ce  dont  on  acquiert  facile¬ 
ment  la  preuve  en  les  comparant  avec  le  Pronostic  et  les 
Aphorismes.  Plusieurs  modernes,  et  entre  autres  Grimm  1 , 
ont  pensé  avec  une  grande  apparence  de  raison  que  ces  li¬ 
vres  contiennent  les  notes  prises  par  les  Asclépiades  dans  le 
temple,  et  qu’à  ce  titre  ils  présentent  un  spécimen  de  la 
médecine  antérieure  à  Hippocrate  lui-même.  D’un  autre 
côté,  la  comparaison  entre  le  Pronostic  et  ces  deux  livres, 
faite  avec  beaucoup  de  soin  par  M.  Ermerins 2 ,  prouve  jus¬ 
qu’à  l’évidence  que,  si  1  os  Prénotions  coaques  sont  antérieu¬ 
res  à  Hippocrate,  il  en  a  usé  largement  pour  la  composition 
de  ce  traité.  Or,  je  l’ai  déjà  dit,  entre  le  Pronostic  et  les 
Prénotions  de  Cos ,  il  n’y  a  pas  à  hésiter ,  celles-ci  sont  in¬ 
contestablement  les  plus  anciennes. 

M.  Ermerins ,  par  des  raisons  ingénieuses ,  cherche  à  dé¬ 
montrer  que  le  1er  livre  des  Prédictions  est  à  son  tour  anté¬ 
rieur  aux  Pré  notions  coaques  ,*  1°  parce  que,  dans  ce  livre,  le 
rom  des  malades  est  plus  souvent  ajouté  à  la  proposition; 
•2  parce  que  les  questions  et  les  doutes  y  sont  en  plus  grand 
nombre  que  dans  les  Prénotions  de  Cbs,  proportionnellement 

la  longueur  des  traités  ;  3°  parce  que  le  nombre  des  proposi¬ 
tions  y  est  de  beaucoup  inférieur  à  celui  que  renferment  les 

*  Tome  ii ,  pag.  508. 

*  Specimen  historico-medicum  inaugurale  de  Hip pochais  doc- 
trina  a  prognostice  oriunda.  Leyde  1832. 


INTRODUCTION. 


352 

Prénolions  de  Cos  ;  4°  parce  que  les  énonciations  prognosti¬ 
ques  y  ont  beaucoup  moins  d’étendue  et  de  généralité ,  et 
que  pour  cette  raison  elles  paraissent  tirées  d’une  moins  ri¬ 
che  collection  d’observations. 

Il  n’est  presque  aucune  des  propositions  du  1er  livre  des 
Prédictions  qui  ne  se  retrouvent  dans  les  Prénotions  de  Cos; 
mais  celles-ci  en  offrent  un  grand  nombre  d’autres  neuves 
et  originales.  Il  semblerait  que  ce  recueil,  dont  le  point  de 
départ  serait  le  1er  livre  des  Prédictions ,  est  allé  se  grossis¬ 
sant,  et  s’enrichissant  de  propositions  nouvelles  et  plus  éten¬ 
dues  5  et  l'on  pourrait  presque  considérer  les  Prénotions  ’ 
Cos  comme  une  édition ,  considérablement  augmentée  et 
changée,  du  1er  livre  des  Prédictions. 

Cela  étant  établi ,  il  est  inutile  de  chercher  l’auteur  de  ces 
recueils  qui  n’appartiennent  en  propre  à  personne, 

QUATRIÈME  CLASSE. 

Une  nouvelle  série  est  formée  par  les  écrits  qui,  dépour¬ 
vus.  de  témoignages  suffisants  pour  être  attribués  à  Hip¬ 
pocrate,  portent  cependant  le  cachet  de  l’école  de  Cos,  à 
doivent  être  considérés  comme  l’ouvrage  des  disciples  de 
cette  école  qui  lui  ont  prochainement  succédé.  Ce  sont  :  le 
traité  des  Ulcères  ;  celui  des  Fistules  et  des  Hêmorrhoïdes , 
celui  de  la  Maladie  sacrée ,  celui  des  Airs ,  celui  des  Lie  u 
dans  l’homme ,  le  traité  sur  Y  Art ,  le  traité  du  Régime  et  des 
Songes ,  le  traité  des  Affections ,  le  traité  des  Affections  in¬ 
ternes  ,  les  trois  premiers  livres  des  Maladies ,  les  opuscules 
de  la  Naissance  à  sept  mois ,  de  la  Naissance  à  huit  mois. 

Des  ulcères  *.  Ce  traité  est  attribué  à  Hippocrate  d’une 
manière  positive  par  Galien  et  par  Érotien.  Des  critiques 


nept  éXxôiv. 


E  CHACUN  des  livres  hippocratiques  EN  PARTICULIER.  353 

modernes,  Haller,  Gruner  et  Grimm,  ont  contesté  ce  juge¬ 
ment,  et,  sous  prétexte  qu’il  régnait  dans  ce  traité  du  dés- 
dre ,  et  qu’il  y  était  question  de  médicaments  variés  et  com- 
ses,  ils  l’ont  jugé  indigne  du  médecin  de  Cos  5  Gruner 
même  l’attribue  à  quelque  médecin  cnidien.  Ces  raisons ,  à 
vrai  dire,  me  paraissent  peu  concluantes ,  et,  en  l’absence 
de  meilleurs  arguments  qui  constatent  que  ce  livre  est  réel¬ 
lement  apocryphe,  le  plus  sûr  serait  de  ne  pas  s’écarter  de 
l  avis  des  anciens,  et  de  le  ranger,  avec  Galien  et  Erotien  , 
parmi  les  productions  d’Hippocrate,  si  l’on  avait  plus  de 
moyens  d’en  discuter  l’authenticité. 

Des  Fistules  *.  —  des  Hémorrhoïdes 1  2 3 *.  Galien,  l’au¬ 
teur  de  Y  Introduction ,  et  Erotien  n’hésitent  pas  à  compter 
ces  deux  traités  parmi  ceux  qui  appartiennent  à  Hippocrate. 
Ces  deux  morceaux  sont  évidemment  du  même  auteur  et 
même  la  suite  l’un  de  l’autre.  Certains  critiques  modernes 
ontfait  contre  ces  opuscules  les  mêmes  objections  que  contre 
livre  des  Ulcères .  Comme  le  traité  des  Ulcères ,  ces  deux 
opuscules  ne  contiennent  rien  qui  démente  ou  fortifie  l’asser- 
3n  d’Érotien  et  de  Galien ,  et  le  doute  est  ce  qui  convient 
!  ?  mieux  ici  où  les  éléments  de  discussion  manquent  com¬ 
plètement. 

De  la  maladie  sacrée  5.  Connu  de  Bacchius,  dont  une 
1  explication  relative  à  ce  livre  nous  a  été  conservée ,  placé  par 
Erotien ,  Cœlius  Aurelianus  et  Galien  au  nombre  des  œu- 
NTes  d’Hippocrate  lui-même,  le  traité  de  la  Maladie  sacrée 
r.  :  us  arrive  entouré  de  témoignages  imposants.  Cependant 
plupart  des  critiques  modernes  ont  cru  devoir  le  ranger 

1  nepi  cupi'YYwv. 

3  ÎTcpi  atuLo^oicoiv. 

3  ÏTepl  voyffou. 


TOM.  I. 


23 


354  INTRODUCTION', 

au  nombre  des  livres  apocryphes.  Une  des  principales  causes 
de  ce  jugement  a  peut-être  été  une  glose  que  d’on  trouve 
dans  quelques  manuscrits ,  et  que  l’édition  de  Froben  a  re¬ 
produite.  Il  y  est  dit  que  le  traité  de  la  Maladie  sacrée  d' 
pas  du  véritable  Hippocrate,  mais  que,  suivant. Galien , 
c’est  l’ouvrage  d’un  homme  de  mérite 1.  Gette  opinion  ne  ,~ 
trouve  dans  aucun  des  écrits  de  Galien,  et  la  citât:  es', 
fausse ,  à  moins  qu’elle  n’ait  été  empruntée  à  quelqu’un  d 
ses  ouvrages  perdus.  Les  critiques  modernes  prétendent  que 
le  style  du  traité  de  la  Maladie  sacrée  ne  répond  ni  à  ! 
brièveté,  ni  à  la  simplicité  du  style  d’Hippocrate,  et  que  ce 
livre  porte  tous  les  caractères  du  temps  où  l’école  dogma¬ 
tique  était  déjà  complètement  formée  ;  ils  y  signalent  au*' 
l’abondance  des  raisonnements  et  une  observation  anatomi¬ 
que  trop  avancée ,  selon  eux ,  pour  l’époque  hippoeratiq;:  ■. 
La  plupart  se  sont  donc  accordés  pour  le  regarder  comme 
postérieur  5  cependant  quelques-uns  (Cæsalpin  et  Ponce  de 
Sancta-Cruce)  l’ont  attribué  à  Démocrite.  D’autres  re¬ 
donné  à  Philotimus  ;  il  y  a  trop  de  distance  entre  ce  derrd  : 
et  Démocrite  pour  que  la  critique  qui  reste  incertaine  entre 
ces  deux  auteurs ,  ne  soit  pas  vicieuse  en  soi.  M.  Dietz ,  q  d 
a  publié  une  édition  de  ce  traité,  remarque ,  avec  toute  r  :- 
son,  que  le  style,  la  doctrine,  et  une  conformité  éviden  1 
avec  des  livres  reconnus  comme  l’œuvre  d’Hippocrate,  1. 
permettaient  pas  de  douter  que  le  traité  de  la  Maladie  sau¬ 
ne  fût  sorti  de  l’école  de  Cos.  Il  incline  à  penser  que  ce  livre 
est  du  même  auteur  que  le  livre  sur  la  Nature  humaine. 

Si  donc,  en  acceptant  comme  véritablement  de  Galien 

1  Où  yvi-diov  ThcrcoxpaTOUç  ,  àçtoXôyou  Ss  àvèpoç  çr^tv  ô  Ta/.r 
xal  xa va  tJjv  ippLr,vsiav  xai  xaxà  ttjv  otavotav.  'IxsoJtpcrro’j;  es 
osv  Iv  aùrôi ,  ours  xarà  zbv  toottov  tt;ç  Ipu'/jvstaç ,  ours  xxxàt  rb  r' : 
Siavotaç  àxptësç. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  355 

jugement  que  rapporte  la  glose  citée  plus  haut,  on  se  refuse 
donner  à  Hippocrate  lui-même  cette  composition,  il  faudra 
du  moins  L’attribuer  à  quelqu’un  de  ses  disciples,  les  meil- 
’  ’irs  et  les  plus  immédiats. 

Des  Airs  ou  plutôt  du  Pkeuma4.  Ce  traité,  cité  par  Celse , 
parErotien,par  Galien,  a  en  sa  faveur  les  mêmes  autoritésque 
1  traité  de  la  Maladie  sacrée ,  mais  il  est  sujet  aux  mêmes  ob- 
jections.Il  paraît  appartenir  à  une  école  dogmatique  plus  dé¬ 
veloppée  qu’au  temps  même  d’Hippocrate  ;  mais  les  analogies 
qu’il  présente  avec  la  plupart  des  autres  livres  de  la  Collection , 

:  :  permettent  pas  qu’on  l’attribue  à  quelque  médecin  de  la 
secte  bien  plus  récente  des  pneumatiques.  C’est  une  produc- 
t::n  de  l’école  de  Cos,  étrangère,  si  on  veut,  à  Hippocrate 
lui-même,  mais  appartenant  à  quelqu’un  de  ceux  qui  avaient 
reçu  leur  instruction  dans  cette  école,  d’où  il  était  sorti. 

Des  Lieux  dans  l’hojdie  2.  La  plupart  des  auteurs  an¬ 
ciens,  Bacchius,  Lycus  de  Naples,  Érotien,  Rufus  d’É- 
phèse ,  attribuent  formellement  ce  traité  à  Hippocrate.  Ga- 
r.'D  ne  le  nomme  qu’en  passant  dans  son  Glossaire ,  et  il  ne 
s’explique  ni  pour  ni  contre.  En  général ,  ces  opuscules,  tels 
que  celui  sur  la  Maladie  sacrée ,  sur  le  Pneuma ,  des  Lieux 
lu  (S  l'homme ,  de  XArt,  se  trouvent  trop  peu  discutés  dans  ce 
qui  nous  reste  des  livres  des  critiques  anciens ,  pour  qu’il 
sait  possible  d’avoir ,  sur  le  compte  de  ces  ouvrages,  une 
epinion  arrêtée  ,  et  peut-être,  dans  un  pareil  doute,  vaut-il 
mieux  s’abstenir. 

De  l’Art  5.  Ce  traité  a  pour  lui  le  témoignage  d’Érotien, 
et  même  le  témoignage ,  beaucoup  plus  ancien ,  d’Héraelide 
de  Tarente  5  car  Érotien  rapporte  l’explication  donnée  par 

1  Ut?\  7n/su;AdtT(ov. 

3  IR  pl  TOTTtOV  TWV  Xiz’  OtvOpiOTTOV. 

3  flspi  TSyVT,Ç. 


356  INTRODUCTION. 

Héraclide  sur  un  mot  qui  se  rencontre  dans  ce  traité.  Il  est 
donc  évident  que  l’opuscule  sur  XArt  a  fait,  dès  les  premiers 
temps ,  partie  de  la  Collection  hippocratique  ;  mais  il  n’en 
résulte  pas ,  d’une  manière  incontestable ,  que  cet  opuscule 
appartienne  à  Hippocrate.  Ce  traité  présente  quelques  sin¬ 
gularités  de  rédaction  5  le  préambule  où  l’auteur  remarc; 
qu’il  y  a  un  égal  mérite  à  faire  des  découvertes  ou  à  perfec¬ 
tionner  des  découvertes  déjà  faites,  a  une  ressemblance 
frappante  avec  le  préambule  du  1er  livre  du  Régime ;  plus 
loin ,  il  recommande  aux  médecins  de  ne  pas  donner  leurs 
soins  aux  malades  incurables ,  et  cette  recommandation  se 
lit  aussi  dans  le  Pronostic ;  vers  la  fin  il  se  trouve,  sur  le 
souffle  vital ,  des  idées  fort  analogues  à  celles  qu’on  lit  dans 
le  traité  du  Pneuma.  Enfin,  une  phrase  remarquable  présente 
une  singulière  analogie  avec  une  phrase  de  Platon i.  Ces 
considérations  réunies  ne  permettent  pas  de  rejeter  l’opus¬ 
cule  sur  Y  Art  hors  de  l’ancienne  école  de  Cos. 

DuRégime,  ek  trois  LiVRES2.Sijen’avaisconsultéque  h 
valeur  intrinsèquede  ce  livre  et  mon  goût  particulier,  j’aurais 
eu  une  grande  inclination  à  l’attribuer  à  Hippocrate  5  mais  les 
critiques  anciens  ont  été  très  partagés  au  sujet  de  ce  traité. 
Les  uns  l’ont  donné  à  Hippocrate  lui-même  5  d’autres  à  Phi- 
listion  de  Locres,  à  Ariston,  àEuryphon,  à  Philetès,  tous  mé¬ 
decins  ou  contemporains  d’Hippocrate  ou  mêmeplus  anciens 
que  lui.  On  voit  donc  que  ce  n’est  pas  sur  l’antiquité  de  ce  li¬ 
vre,  mais  sur  son  authenticité  que  l’on  a  eu  des  avis  différents. 
Erotien  n’en  fait  pas  mention  dans  son  catalogue  ;  Galien  s  • 

*  Ti  fxivfàp  8vojxaxa  (puffio?  voiAOÔsT^jxaTa  ssrt.P.1  ,Ed.  Frob. — 
Kac  oüSaarj  ouvaaeôa  supsîv  eç’  tcots  twv  ovtcov  S  vopto Ô/rr; 
toüto  Touvofwc  eOsto,  TTjV  ccocppoouvTjV.  Plat.  Charm. ,  tom.  iv,  p. 
102,  Ed.  Tauch. 

1  mp\  ^latTTjÇ,  a' ,  |î%  y. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  35/ 

prononce  contre  la  légitimité  de  ce  traité,  et,  tout  en  admet- 
hnt  qüe'le  second  livre  est  digne  d’Hippocrate ,  il  repousse 
le  premier  comme  s’éloignant  complètement  de  la  doctrine 
du  médecin  de  Cos  Vil  est  certain  que  le  traité  à\i  Régime 
présente  des  traces  d’une  haute  antiquité  ;  ses  conformités 
avec  les  théories  d’Héraclite,  dont  le  style  et  quelquefois  les 
mots  s?y  trouvent  reproduits,  sesYapports  avec  les  préceptes 
d'Hérodicus  de  Selymbrie,  le  font  remonter  à  une  époque 
peut-être  aussi  Ancienne  que  celle  d’Hippocrate.  La  seule 
chose  qui  m’empêche  d’admettre  ce  livre  pour  authentique, 
c’est  que  les  anciens  critiques  l’ont  rejeté.  Car,  du  reste ,  il 
porte  des  traces  évidentes  et  nombreuses  de  conformité 
avec  les  écrits  vraiment  hippocratiques. 

Il  y  avait  des  éditions  différentes  de  ce  traité  dans  l’anti- 
quité.Quand  les  trois  livres  étaient  réunis  ensemble,  ils  étaient 
intitulés  de  la  Nature  de  Vhomme  et  du  Régime  ;  quand  le 
le  second  était  jseul ,  on  lui  donnait  le  titre  de  Livre  sur  le 
Régime.  Une  autre  particularité  de  ce  second  livre,  c’est 
qu’il  y  en  avait  deux  éditions  notablement  différentes:  L’une 
contenait  un  long  morceau  de  plus  que  l’autre  ;  la  première 
commençait  par  ces  mots  :  Xwptwv  SI  ôéciv,  qui  sont  les  pre¬ 
miers  de  nos  éditions,  l’autre  par  ceux-ci  :  Svrtwv  te  xat  m- 
;j.a-oy> 1  2 3,  qui  se  trouvent  soixante  et  une  ligne  plus  bas  dans 
l'édition  in-folio  de  Froben.  Cette  différence  vient-elle  de  la 
volonté  des  éditeurs  postérieurs ,  ou  bien  du  fait  même  de 
la  publication  primitive  ? 

Des  Songes  s.  Cet  opuscule  est  évidemment  la  suite  du 
traité  du  Régime ,  par  conséquent  tout  ce  qui  a  été  dit  de  l  un 

1  Tome  iv,  p.  506,  Ed.  Bas. 

-  Gai.,  t.  iv,  p,  506,  Ed.  Bas. 

3  lïspl  evyTtvtwv. 


358  INTRODUCTION. 

s’applique  à  l’autre.  Le  traité  du  Régime  est  un  de  ceux  d 
la  Collection  où  la  fin  est  le  mieux  marquée.  La  portion  qui 
est  relative  aux  songes  (  Hsp'i  Ivurvwov)  se  termine  par  ime 
formule  qui  est  réellement  la  clôture  de  toutle  traité.«  Celui. 
«  dit  l’auteur,  qui  observera  ce  qui  est  écrit,  jouira  de  L 
«  santé  pendant  tout  le  cours  de  sa  vie  5  car  j’ai  tracé,  au- 
«  tant  qu’un  homme  peut  le  faire,  les  règles  du  régime, 
«  avec  le  secours  des  dieux  L  » 

Des  affections 1  2.  Érotien  ne  cite  pas  ce  traité  5  Galien 
en  parle  quelquefois,  mais  il  dit  qu’il  n’est  pas  digne  d’Hip¬ 
pocrate  ;  cependant  il  ajoute  qu’il  contient  beaucoup  de  choses 
utiles  3.  Ainsi ,  le  seul  témoignage  explicite  de  l’antiquité  qui 
soit  arrivé  jusqu’à  nous  est  défavorable  à  l’authenticité  de  ce 
livre.  Remarquons  en  outre  que  le  silence  d’Érotien  est  aussi 
une  condamnation  ;  et  cependant  ce  critique  a  été  bien  plus 
facile  que  sévère  dans  l’appréciation  des  titres  de  chacun  des 
écrits  qu’il  a  admis  dans  sa  liste.  Après  ces  préliminaires,  il 
est  évidemment  impossible  que  nous  reconnaissions  le  livre 
des  Affections  comme  une  production  d’Hippocrate  lui- 
même,  quoique  ce  soit  un  abrégé  bien  fait  et  rapide  d'un? 
foule  de  notions  médicales. 

Des  Affections  internes4.  Ce  traité,  qui  n’est  pas  cité 
par  Erotien,  l’est  plusieurs  fois  par  Galien,  qui  nous  apprend 
qu’il  portait  différents  titres 5,  et,  pour  qu’il  n’y  ait  aucune 

1  louTotct  xsvoç ,  wç  YsypaTTra* ,  uyicdvst  tov  (8tov  *  x*\  îÜpr- 
TQtl  JAOt  OtaiTOC,  OUVOTOV  S’jpstV  avôstOITOV  OVTSC,  TOÏCt  0zr~7'  ‘ 

P- 100,  Ed.  Frob. 

2  Iïcp'i  Tradwv. 

3  T.  V,  p.  64,  Ed.  Bas. 

4  Ilspt  TGÙV  SVTOÇ  Tza Q5v. 

5  To  fttyccXov  —gpt  îraôtôv  *  to  asT^ov  Trspi  rraGcov ,  Trsp't  ia—J.  .. 
Tomev  .p.  cOôet  p.  614,  Ed.Bas.  En  outre,  dans  son  GÏossair > . 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  359 

confusion  sur  des  livres  qui  ont  des  titres  analogues,  Galien 
en  cite  la  première  ligne,  laquelle  est  en  effet  le  commence¬ 
ment  du  traité  que  nous  possédons  aujourd’hui.  L’absence 
du  témoignage  d’Érotien,  l’affirmation  de  Galien  que  ce  livre 
n’est  pas  d’Hippocrate,  nous  empêchent  également  d’hésiter 
sur  le  rang  où  nous  devons  mettre  le  traité  désaffections  in¬ 
ternes ;  Foes  l’a  attribué  à  Euryphon,  médecin  cnidien.  Au¬ 
cun  renseignement  n’autorise  à  en  indiquer,  d’une  manière 
aussi  précise,  l’auteur. 

Des  Maladies  ,1,2,  3  4.  Nous  possédons  quatre  livres 
des  Maladies ,  mais  ils  ne  font  pas  tous  les  quatre  suite  l’un 
à  l’autre,  ils  n’ont  pas  été  admis  dans  leur  ordre  actuel 
par  les  critiques  anciens,  et  le  quatrième  appartient  mani¬ 
festement  à  une  série  différente,  ainsi  que  je  le  dirai  plus 
'  m.  Érotien  n’en  cite  que  deux  ;  Cœlius  Àurelianus  n’en 
aimet  aussi  que  deux.  Galien  en  nomme,  non-seulement 
quatre,  mais  cinq  ;  et  les  quatre  qu’il  nomme  ne  répondent 
pas  à  ceux  qui  sont  arrivés  jusqu’à  nous.  Là  est  la  difficulté, 
examirions-la  de  plus  près. 

D’abord  quels  sont  les  deux  livres  des  Maladies  qu’Ero- 
tien  a  insérés  dans  son  catalogue  des  livres  hippocratiques  ? 
Ce  sont  ceux  qui,  dansnos  éditions,  sont  appelés  le  deuxième 
et  le  troisième.  Cela  résulte  de  différentes  preuves.  Cœlius 
Aurelianus  cite  deux  fois  le  2e  livre  2  :  or  ses  deux  citations 
se  trouvent  dans  notre  troisième  ;  Érotien  explique  des  mots 
pris  dans  notre  deuxième  et  notre  troisième;  cette  circon-. 
'stance,  rapprochée  des  témoignages  de  Cœlius  Aurelianus, 

Galien  le  cite  souvent  sous  le  titre  de  To  Ssu-rspov.  xspi  voucwv  to 
uaÎ^ov  ,  aux  mots  aXotra,  avO(vr,v  ,  aviopvt<iu.EVOv ,  etc. 

1  ILpi  voucrwv,  a',  S',  •/. 

*  Lib.  III,  Chron.,  cap.  iv,  p.  191  —  Lib.  III ,  Acut.  morb. , 
c.  xvii ,  p.  240. 


INTRODUCTION. 


360 

ne  permet  pas  de  douter  que  les  deux  livres  des  Maladie . 
nommés  dans  le  catalogue  des  œuvres  hippocratiques  dressé 
par  Érotien,  ne  soient  le  deuxième  et  le  troisième  de  e:s 
éditions.  Mais  comment  s’est  opéré  ce  changement?  il  date 
de  loin  certainement ,  et  il  y  avait  dans  l’antiquité  d’autres 
éditions  où  celui  que  nous  connaissons  comme  le  1er  livre 
des  Maladies ,  était  bien  réellement  intitulé  ainsi.  En  effet . 
Galien  le  citant,  dit  :  «  Le  1er  livre  des  Maladies,  qui  porte  à 
«  tort  ce  titre  *.  »  Ces  paroles  semblent  indiquer  que  Galien 
désapprouvait  cette  appellation.  Il  faut  remarquer,  en  outre, 
qu’il  cite  la  première  ligne  de  ce  livre  ;  ce  qui ,  d’une  part , 
nous  montre  qu’il  n’y  a  aucune  erreur  sur  le  livre  lui-même; 
et,  d’autre  part ,  que  la  confusion  était  fréquente ,  dans  les 
anciennes  éditions ,  entre  les  différents  livres  des  Maladies , 
celui  des  affections ,  et  celui  des  Affections  internes  ;  ausîï 
Galien,  pour  éviter  toute  méprise,  rapporte-t-il  en  quelques 
endroits ,  lorsqu’il  cite  notre  2e  livre  des  Maladies  et  le  traité 
des  Affections  internes ,  les  premiers  mots  de  ces  ouvrages. 

Il  nomme  cinq  traités  sur  les  Maladies ,  à  titres  différents, 
qui  sont  r  1°  le  1er  livre  des  Maladies  le  grand ;  2°  le  2e  livre 
des  Maladies  le  grand  ;  3°  le  1er  livre  des  Maladies  le  petit  : 
4°  le  2e  livre  des  Maladies  le  peiit 2  ;  5°  le  1er  livre  des  Mala¬ 
dies.  A  quoi  répondent ,  dans  la  collection  telle  que  nous 
l’avons  aujourd’hui,  ces  indications  de  Galien? 

1°  Le  1er  livre  des  Maladies  le  grand  est  notre  2-  livre; 
parmi  les  mots  expliqués  dans  le  Glossaire  de  Galien  et  cités 
comme  appartenant  au  traité  en  question ,  les  uns  s’y  re- 

’  Ev  tco  ~ptoTw  Hepc  voyffcov  o&x  ôpôcoç  £7tcypaç.au£vco.  T.  v,  p. 
614,  Ed.  Basil. 

TÔ  TCpCOTGV  rap\  VO'JGCOV  TO  fiSÎÇoV  —  TO  OîUTEpOV  TTSpt  VO'JCCOV 

~°  ,ae'-£0v  7rpcoTov  TTÊpl  vouccov  to  atxporepov  —  to  oîjth;' 

îrspt  vouctov  to  [Aixporepov.  Dans  son  Glossaire ,  passim. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  361 

trouvent  sans  peine ,  les  autres  ont  besoin  de  quelques  cor-, 
rections,  soit  dans  le  texte  hippocratique,  soit  dans  celui  du 
Glossaire  .Deux  mots  foét  exception4  ;  Foes  trouve,  à  la  vérité, 
le  premier  dans  le  2e  livre  des  Maladies  ;  mais  comme  le  se¬ 
cond  ne  s’y  rencontre  pas,  etqu’onle  lit,  avec  le  premier,  dans 
le  traité  des  affections,  il  faut  croire  que  Galien ,  qui  hésite 
quelquefois  au  milieu  des  désignations  diverses  de  livres 
portant  à  peu  près  le  môme  titre,  a  donné  fortuitement  au 
traité  des  affections  l’appellation  qu’il  appliquait  ordinaire¬ 
ment  à  un  autre.  H  n’en  reste  pas  moins  établi  que  celui 
qu’il  appelle  le  1er  livre  des  Maladies  le  grand  est  le  pre¬ 
mier  d’Érotien  et  le  second  de  nos  éditions. 

2°  Le  deuxième  livre  des  Maladies  le  grand  est  le  traité 
désaffections  internes.  Tous  les  mots  du  Glossaire  de  Galien 
qui  sont  empruntés  à  l’un  se  retrouvent  dans  l’autre. 

3°  Le  premier  des  Maladies  le  petit  est  sans  doute  un  livre 
perdu ,  du  moins  on  ne  découvre  dans  aucun  des  ouvrages 
hippocratiques  les  trois  mots  que  Galien  explique  dans  son 
Glossaire  2. 

4°  Le  deuxième  livre  des  Maladies  le  petit  est  celui  qui 
porte  dans  nos  éditions  le  titre  de  troisième  ;  c’est  le  second 
d'Érotien  et  de  Cœlius  Aurelianus.  Galien  n’en  cite  qu’un 
mot  5.  Ce  mot  s’y  retrouve  avec  sa  signification  ;  et  il  est 
interprété  aussi  dans  le  lexique  d’Érotien. 

5°  Galien  cite  encore  sous  le  titresimple  de  livre  des  Mala¬ 
dies  ou  de  1er  livre  des  Maladies,  un  ouvrage  qui  est  notre  pre¬ 
mier  livre.  J’ai  déjà  rapporté  un  passage  où  il  blâme  ce  titre 
de  1er livre;  il  le  blâme  aussi  dans  un  autre  qui  me  semble 

1  MsXtTjSsa  et  asXtypo’jv. 

1  ’AvsKpgpsiv  —  Kaujcojxa  —  Mr,Xtàoa. 

5  ’Aôr'p. 


INTRODUCTION. 


362 

révéler  la  trace  de  quelque  interversion *.  Ce  passage  est 
ainsi  conçu  :  «  Dans  le  préambule  du  livre  intitulé  à  tort  pre- 
«  mier  des  Maladies ,  il  est  dit  que  la  fièvre  suit  nécessaire- 
<c  ment  le  frisson.  »  Or  la  phrase  citée  par  Galien  se  trouve, 
non  pas  dans  le  préambule ,  mais  à  la  fin  de  ce  traité. 

On  lit,  dans  un  ancien  manuscrit  du  Glossaire  de  Galien, 
un  article  qui  manque  dans  tous  les  autres  manuscrits  et 
dans  les  éditions ,  et  qui  indique  un  certain  mot  comme  se 
trouvant  dans  le  1er  et  le  2e  livres  des  Maladies  2.  Ce  mot  se 
trouve,  en  effet,  dans  ces  livres. 

Ainsi  voilà,  de  compte  fait,  cinq  livres  portantle  titre  surles 
Maladies ,  cités  par  Galien;  ils  répondent  aux  1 er  ,2e, 3e  livres  des 
Maladies  de  nos  éditions,  et  au  traité  des  affections  internes. 
Un  cinquième  ne  se  retrouve  pas  ;  et,  d’un  autre  côté,  nous 
ne  voyons ,  dans  les  citations  de  Galien ,  aucune  trace  de 
celui  qui,  aujourd’hui,  est  appelé  le  quatrième  livre.  Tel 
est  le  dernier  résultat  de  cette  discussion  difficile. 

Quels  sont  les  auteurs  des  quatre  livres  des  Maladies  con¬ 
servés  dans  la  collection  actuelle  des  œuvres  hippocratiques1 
Le  premier  porte,  dans  l’édition  de  Froben  (p.  129),  une  note 
prise  à  quelque  manuscrit ,  dans  laquelle  il  est  dit  qu’Hip- 
pocrate  en  est  véritablement  l’auteur.  Malgré  cette  asser¬ 
tion  ,  on  ne  peut  en  admettre  l’authenticité.  Érotien  l’a  rej< 
de  son  catalogue,  et  Galien,  exprimant  son  jugement  en 
masse  sur  les  livres  des  Maladies ,  déclare  qu’ils  ne  sont  pas 
d’Hippocrate.  Ce  livre  est  très  bien  fait ,  et  il  est  difficile  de 

*  ’Ev  youv  tw  icpootaiw  tou  xaXwç  lîctypacpouivou  Trpw.Tr,v  IL: 
voùswv,  coç  àvàyxTjÇ  sttojxsvo’j  tm  ££ysi  tou  TiupsToû  ysypa— ai.  T. 
v,  p.  o87,  Ed.  Basil.  Il  faut  lire  où  xaÀcoç  et  xpcoTou. 

1  TO  aXaupov  oléyaa  Trap’  'lîrrroxpaTsi  tv  tco  rpwrw  ~:r 

Ncùotov  xai  ev  tw  Ssurlpw.  Erot. ,  Gai.  et  Herod.  ,  Glossaria,  p. 
422,  Ed.  Franz. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  363 

comprendre  pour  quelle  raison  les  critiques  anciens  l’ont 
rejeté  5  mais  le  rejet  est  certain.  On  peut  dumoins  rappro¬ 
cher  ce  livre  des  autres  écrits  de  l’éçole  qui  a  succédé  à 
Hippocrate. 

Galien 1  nous  apprend  que  Dioseoride ,  l’éditeur  d’Hippo¬ 
crate,  attribuait  notre  2e  livre  dés  Maladies  à  Hippocrate , 
fils  de  Thessalus.  Lui-même  doute  de  l’authenticité  de  ce 
livre.  Quelques  caractères  intrinsèques  porteraient  à  l’attri¬ 
buer  à  un  médecin  cnidien  -,  de  plus  (  chose  assez  remar¬ 
quable)  ,  un  passage  copié  dans  un  ouvrage  d’Euryphon , 
auquel,  dans  l’antiquité,  on  attribuait  généralement  les 
Sentences  cnidiennes,  s’y  retrouve  textuellement.  Cette  cir¬ 
constance  fortifie  les  conjectures  de  ceux  qui  y  voient  une 
œuvre  de  l’école  de  Cnide. 

Le  troisième  livre  ne  peut  guère  être  séparé  du  second. 

Quant  à  notre  quatrième,  bien  qu’il  ne  se  trouve  cité  ni 
par  Erotien,  ni  par  Galien,  néanmoins  il  ne  doit  pas  être 
exclu  de  la  Collection  hippocratique ,  car  il  appartient  à  l’au¬ 
teur  des  traités  de  la  Nature  de  l’enfant ,  de  la  Génération , 
et  des  Maladies  des  femmes.  Il  est  cité  par  Démétrius  Pepa- 
gomène. 

De  la.  Naissance  a  sept  3101s.  — De  la  Naissance  a 
huit  3101s  2.  Ces  deux  petits  traités  font  évidemment  suite 
l’un  à  l’autre.  Érotien  ne  les  admet  pas  dans  son  catalogue 
des  livres  hippocratiques  5  mais  Galien  les  cite  comme  une 
œuvre  qui  appartient  réellement  à  Hippocrate.  Clément 
d’Alexandrie  attribue  le  traité  de  la  Naissance  à  huit  mois  à 
Polybe  3.  Plutarque  cite  le  même  médecin  comme  auteur  de 

’  Tome  v,  p.  456,  Ed.  Basil. 

-  Hepi  éTrraa'^vo’j —  Hspl  oxxau.r'vou. 

5  Lib.  vi,  Stromat.,  p.  756,  trad.  lat.  Paris,  1566. 


INTRODUCTION. 


364 

l’opuscule  sur  la  naissance  à  sept  mais  *.  Dans  cette  incer¬ 
titude  ,  ces  deux  opuscules ,  quoique  certainement  fort  an¬ 
ciens  ,  ne  peuvent  être  considérés  que  comme  un  débris  mal 
connu  de  l’antique  médecine. 

CINQUIÈME  CLASSE. 

Je  range  dans  cette  série  tous  les  livres  qui  ne  sont  qu’un 
recueil  de  notes,  d’extraits,  etqui  évidemment  n’ont  pas  reçu 
une  rédaction  définitive,  mais  qui  ont  figuré  dans  la  C  - 
lection  hippocratique  dès  les  premiers  temps.  Ce  sont  le  2% 
le  4e ,  le  5e ,  le  6e  et  le  7e  livres  des  Épidémies ,  le  traité  de 
Y  Officine  du  médecin,  le  traité  des  Humeurs ,  et  celui  sur 
V Usage  des  liquides.  L’état  informe  de  tous  ces  écrits  est  la 
preuve  manifeste  que  la  main  des  faussaires  n’est  pour  rien 
dans  la  composition  de  la  Collection  hippocratique;  car 
quel  homme  occupé  à  fabriquer  ces  livres  pour  les  bi¬ 
bliothèques  de  l’Égypte ,  aurait  songé  à  jeter  pêle-mêle 
des  notes  décousues  ?  qui  aurait  vu ,  dans  cet  artifice ,  un 
moyen  de  recommander  le  livre  qu’il  voulait  vendre?  Ces 
notes  proviennent  incontestablement  de  l’héritage  de  quel¬ 
que  médecin  et  de  quelque  école. 

Épidémies  ,  2e ,  4e,  5e ,  6e,  7e  livres  2.  Tous  les  anciens 
critiques  ont  connu  ces  cinq  livres  des  Épidémies;  mais  ils 
ont  été  loin  de  s’accorder  sur  l’auteur  auquel  il  faut  les  at¬ 
tribuer. 

Le  2e  livre  est  une  collection  de  remarques  sur  une  foule 
de  sujets  divers,  écrites  d’un  style  obscur,  sans  liaison  les 
unes  avec  les  autres;  l’opinion  de  Galien  est  que  Thessalus 
a  trouvé  ces  fragments  après  la  mort  de  son  père,  et  y  a  fii' 

1  De  Plac.  pbil.v,  lib.  v,  p.  507. 

3  ’E^iSrjüiiwv  P',  o  ,  b,  Vf. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  365 

quelques  additions  accrues  encore  par  d’autres  médecins i. 
Tel  était  l’avis  qui  prévalait  dans  l’antiquité  sur  l’origine  du 
2'  livre  des  Épidémies ,  et  les  modernes  ne  peuvent  que  le 
recevoir  avec  tous  les  doutes  dont  cet  avis  était  dès  lors  en¬ 
vironné. 

Le  6e  livre  des  Épidémies ,  qui  est  très  semblable  au  2e, 
doit  être,  pour  les  mêmes  raisons,  mis  à  côté  de  ce  dernier, 
et  retranché  du  catalogue  des  écrits  authentiques  d’Hippo¬ 
crate.  Haller  2  a  cru  trouver  la  preuve  que  le  6e  livre  des 
Épidémies  était  de  beaucoup  postérieur  à  Hippocrate,  dans 
un  passage  où  il  était  question  d’un  philosophe  cynique  5. 
Mais  rien  n’est  plus  incertain  que  la  valeur  d’une  telle  con¬ 
clusion,  car  les  imprimés  et  les  manuscrits  écrivent  très  di¬ 
versement  le  mot  dont  il  s’agit ,  et  on  lit  tantôt  Cyniscus, 
tantôt  Cyriscus,  de  telle  sorte  qu’il  n’y  a  rien  à  conclure  d’un 
mot  ainsi  isolé. 

Quant  au  4e ,  Galien  ne  le  croit  ni  d’Hippocrate,  ni  même 
de  Thessalus ,  et  il  affirme  que»la  composition  de  ce  livre  a 
une  date  plus  récente  que  ces  deux  médecins.  Cependant, 
dans  un  autre  passage,  il  le  range  dans  la  même  catégorie 
que  le  2e  et  le  6e  livres.  Érotien  rapporte  une  explication 
d’Héraclide  de  Tarente  relative  à  ce  livre  \  ce  qui  prouve 
(chose,  du  reste,  prouvée  surabondamment)  son  ancienneté 
dans  la  Collection  hippocratique.  Le  style  y  est  à  peu  près  le 
même  que  dans  le  2e  et  le  6e;  et  on  y  trouve  une  fouie  de  pas¬ 
sages  tirés  des  autres  livres  d’Hippocrate. 

Le  5e  livre  des  Épidémies ,  quoiqu’il  contienne  des  obser¬ 
vations  plus  détaillées  et  d’un  mérite  incontestable ,  est  ce- 

■  Tome  ni,  p.  187,  Ed.  Basil. 

J  Bibl.  med.  pf.  1. 1,  p.  77. 

i  IIpo;  8v  6  Kuvocoç  si^vove  os.  P.  o50,  Ed.  Frob. 

*  Page  323 ,  Ed.  Franz. 


INTRODUCTION. 


366 

pendant  comme  les  autres,  un  recueil  de  notes  et  de  frag¬ 
ments.  Celse 1 ,  Quintilien  2  et  Plutarque  5  le  citent  comme 
parfaitement  authentique.  Galien,  au  contraire,  dit  que 
l’opinion  presque  générale  est  que  ce  livre  porte  un  nom  qui 
ne  lui  appartient  pas,  et  il  l’attribue  à  Hippocrate,  petit-CIs 
du  grand  Hippocrate.  J’ajouterai  une  remarque,  c’est  que, 
suivant  le  même  Galien ,  le  mot  diaphragme  a  été  introduit 
par  Platon ,  et  ce  mot  se  trouve  dans  le  5e  livre  des  Épidé¬ 
mies.  Une  telle  observation  ne  tendrait  qu’à  confirmer  l’opi¬ 
nion  que  le  5e  livre  des  Épidémies  a  été  composé  à  une  épo¬ 
que  postérieure  à  Hippocrate. 

Le  7e  livre  offre,  dans  sa  contexture  et  sa  rédaction ,  les 
mêmes  caractères  que  les  précédents.  H  faut  remarquer 
que  la  dernière  partie  de  ce  livre  se  retrouve  à  la  fin  du  6e  li¬ 
vre.  Galien  dit  que  le  5e  et  le  7e  sont  manifestement  d’un 
autre  Hippocrate  4,  et  ailleurs,  que  le  7e  paraît  à  tous  plus 
récent  et  composé  de  pièces  et  de  morceaux  3. 

La  lecture  attentive  de  ces  cinq  livres  porte  à  penser . 
comme  Galien,  qu’ils  n’ont  jamais  été  destinés  à  une  publi¬ 
cation  régulière,  et  que  ce  sont  des  notes,  des  fragments, 
des  observations  cousues  ensemble ,  sans  aucun  art,  et  pri¬ 
ses  à  des  sources  diverses. 

Les  répétitions  fréquentes  que  l’on  trouve  de  l’un  à  l’au¬ 
tre  de  ces  livres ,  les  emprunts  faits  à  d’autres  ouvrages  hip¬ 
pocratiques,  confirment  encore  cette  manière  de  voir,  et,  s’il 
reste  la  plus  grande  incertitude  sur  l’auteur  ou  les  auteurs 
de  cette  composition ,  la  chose  en  soi  importe  peu.  Des  notes 

‘  De  re  med.,  liv.  vin,  chap.  4. 

.  *  Institut. orat.,  liv.  ni,  c.  6. 

3  De  profecî.  in  virt.,  c.  xi,  1. 1 ,  p.  189,  Ed.  Tauch. 

*  Tome  v,  p.  442,  Ed.  Basil. 

*  Tome  m  ,  p.  182  ,  Ed.  Basil. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  367 

venues  d’Hippocrate  lui-même  seraient  sans  doute  intéres¬ 
santes  et  curieuses;  peut-être  y  en  a-t-il,  en  effet,  dans  ces 
cinq  livres,  quelques-unes  qui  lui  appartiennent.  Mais  quand, 
à  une  si  grande  distance  de  temps ,  et  dans  le  dénûment  où 
l’en  est  de  la  plupart  des  documents  positifs ,  on  hésite  sur 
l’authenticité  de  traités  entiers ,  quels  moyens  aurait-on  de 
reconnaître  des  phrases  isolées  et  des  passages  dépareillés  ? 

De  L’Officine  du  3iédecin  L  Bacchius,  Héraclide  de 
Tarente  et  Zeuxis  ont  connu  ce  livre,  et  cela  suffit  pour 
prouver  que  le  traité  de  V Officine  du  médecin  a  été  rangé, 
dès  les  premiers  temps,  dans  la  Collection  hippocratique.  Les 
critiques  ont  varié  sur  l’authenticité  de  ce  livre.  Érotien 
l’attribue  à  Hippocrate  ;  mais  Galien ,  qui  semble  partager 
cet  avis,  remarque  en  d’autres  endroits  que,  suivant  quel¬ 
ques-uns,  ce  livre  est  de  Thessalus,  fils  d’Hippocrate,  ou 
bien  d’un  Hippocrate  plus  ancien,  fils  de  Gnosidicus;  ailleurs 
enfin  il  avance  quece  traité  n’a  été  corrigé  pour  la  publication 
ni  par  Hippocrate,  ni  par  ses  fils  (tom.  Y,  pag.685,Ed.  Bas.). 
Dans  le  préambule  de  son  commentaire  sur  ce  livre,  Galien 
rapporte  que  Mantias,Philotimus  etDioclès  avaient  composé 
un  ouvrage  sur  le  même  sujet  avec  le  même  titre.  Les  compa¬ 
raisons  des  traités  faits  par  ces  anciens  médecins  avec  le  traité 
hippocratique,  nous  apprendraient-elles  si  celui-ci  est  anté¬ 
rieur  à  ceux-là  ?  Galien  le  pense,  lui  qui  avait  les  uns  et  les 
autres  sous  les  yeux  ;  mais  pour  nous  ce  n’est  qu’une  conjec¬ 
ture.  La  rédaction  même  du  traité  de  l 'Officine  du  médecin 
indique  que  ce  n’est  qu’un  extrait ,  une  analyse.  En  effet, 
j’ai  montré  que  le  traité  des  Instruments  de  réduction  était 
un  abrégé  du  grand  traité  des  Articulations.  Or,  la  compo¬ 
sition  du  livre  de  l’ Officine  du  médecin  a  de  grands  rapports 


*  K  a?’  ÏT(TpSÏOV 


368  INTRODUCTION. 

avec  celle  du  livre  des  Instruments  de  réduction.  Il  est  donc 
permis  de  croire  que  le  premier  est,  comme  le  second,  l’ana¬ 
lyse  très  succincte  de  quelque  travail  étendu  sur  la  chi¬ 
rurgie,  qui  n’existe  plus. 

Des  Humeurs  *.  Galien ,  dans  son  Commentaire  du  traité 
des  Humeurs1  2 ,  dit  :  «  Dioclès  de  Carvste  n’a  pas  bien 
«  compris  le  mot  ëpftÿiç  ;  il  a  cru  que  c’était ,  non  un  sym- 
«  ptôme  relatif  aux  forces  et  corporel,  mais  un  symptôme 
«  relatif  à  l’âme  et  intellectuel.  »  Le  mot  dont  il  s’agit  ici  se 
trouve  dans  le  traité  des  Humeurs  ;  en  lisant  dans  Galien  que 
Dioclès  ne  l’a  pas  bien  compris ,  on  pourrait  croire  que  le 
médecin  de  Caryste  en  avait  donné  une  interprétation,  et 
inférer  de  là  que  Dioclès  avait  composé  un  commentaire  sur 
cet  écrit.  Il  n’en  est  rien  ;  Glaucias,  Zeuxis  et  Héraclide  de 
Tarente  s’accordaient  pour  nier  que  le  traité  des  Humeurs 
fût  d’Hippocrate  ;  et  une  pareille  négation  n’eût  pas  été  pos¬ 
sible  si  Dioclès  l’eût  commenté.  ’Ep^iç  est  un  mot  que  Dio¬ 
clès  a  défini ,  mais  sans  aucune  relation  à  un  écrit  d’Hippo¬ 
crate.  jNous  trouvons,  dans  les  Glossaires  médicaux ,  de  sem¬ 
blables  définitions  de  mots  communs  à  Dioclès  et  aux  hippo¬ 
cratiques.  Érotien  cite  trois  explications  du  médecin  de  Ca¬ 
ryste  sur  des  mots  qui  sont  dans  Hippocrate  :  1°  Dio¬ 

clès  dit  qu’on  appelle  ainsi  l’hellébore  noir  3 4;  2°  <jr,xaao3ics;, 
Dioclès  dit  qu’on  appelle  ainsi  l’hellélore  d’Anticyre 3°  oôî- 
Ssç ,  pour  expliquer  ce  mot ,  Érotien  rapporte  une  phrase  de 
Dioclès,  où  il  est  employé  :  Quelquefois ,  avait  dit  Dioclès,  des 
éruptions  rouges  semblables  à  des  rougeurs  causées  par  la 

1  Ue?\  yyuMv. 

1  Tom.  xvi,  p.  198,  Ed.  Külin. 

*  P.  166,  Ed.  Franz. 

4  P.  546,  Ed.  Franz 


DE  chacun  des  livres  hippocratiques  en  particulier.  369 
brûlure  (  çcSosç  )  se  montrent  sur  la  poitrine  4.  Ces  citations 
d'Érotien ,  touchant  Dioclès,  sont  semblables  à  celle  de  Ga¬ 
lien  5  et,  si  les  deux  premières  peuvent  faire  croire  à  un  com¬ 
mentaire  ,  la  dernière  ne  le  permet  plus  ;  car  c’est ,  on  le  voit, 
dans  une  phrase  môme  d’un  livre  de  Dioclès,  sans  rapport 
avec  aucun  texte  hippocratique,  qu’Érotien  a  pris  l’explication 
du  mot  obscur.  De  la  môme  façon ,  Dioclès  avait  défini  le  mot 
crise ,  disant  que  la  crise  n’était  pas  autre  chose  que  la  solu¬ 
tion  2.  H  ne  s’agit  donc  pas  de  commentaire,  comme  on  au¬ 
rait  pu  le  croire ,  si  cette  explication  avait  été  rapportée  sans 
aucun  détail.  J’ai  consigné  ici  ces  remarques ,  afin  qu’on  ne 
se  fit  pas  une  fausse  idée  d’une  citation  de  Galien.  Dioclès,  si 
souvent  nommé,  ne  l’est  jamais  comme  commentateur  d’Hip¬ 
pocrate,  et  cela  seul  aurait  suffi  pour  faire  reconnaître  que, 
dans  l’explication  du  mot  eppt^tç ,  il  ne  s’agissait  pas  de  com¬ 
mentaire,  quand  bien  même  cette  conclusion  ne  serait  pas 
ressortie  du  rapprochement  d’autres  citations  d’Érotien  et 
de  Galien. 

En  lisant  ce  livre,  on  s’explique  difficilement  la  fa¬ 
veur  dont  il  a  joui  dans  l’antiquité.  Palladius  le  regarde 
comme  authentique-,  Galien,  qui  l’a  commenté,  déclare 
qu'il  appartient  légitimement  à  Hippocrate,  sauf  quel¬ 
ques  passages  réduits  à  une  excessive  brièveté  et  quelques 
autres  alongés  plus  qu’ils  ne  devraient  l’ôtre  $  Dioscoride  et 
Artémidore  Capiton  attribuaient  à  Hippocrate  de  Cos  tout  ce 
qui,  dans  ce  livre ,  est  d’un  laconisme  extrême,  et  à  d’autres 
médecins  les  parties  plus  développées.  Thessalus  et  Polybe 
en  ont  été  regardés  comme  les  auteurs  par  quelques  autres 

1  30"c  os  xal  IçavO^txœTa  cpotvtxa  ,  oTov  owosç,  Trspt  Gcopaxa  tïou 
•  ivoasva.  P.  008,  Ed.  Franz. 

1  aXXo  -rr/v  xptsiv,  on  ur(  TrjvXuTiv  ovouaÇsi  tou  vo^p-ato^ 

Gai.  t  111,  p.  459,  Ed.  Basil. 

tom.  1.  2*1 


370  introduction. 

critiques.  Les  anciens,  interprètes  d’Hippccrate  avaient  été 
moins  indulgents  pour  cette  composition  ;  Zeuxis  et  Héra- 
clide  de  Tarente  la  rejetaient  complètement  comme  apo¬ 
cryphe  ;  Glaucias  l’attribuait  à  un  autre  Hippocrate. 

De  tels  jugements  ne  nous  permettraient  pas  de  ranger  le 
traité  des  Humeurs  parmi  les  livres  d’Hippocrate,  quand 
bien  même  nous  n’aurions  pas  reconnu,  par  l’examen  mC;r 
de  ce  livre  (p.  259),  qu’il  est  composé  de  morceaux  emprun¬ 
tés  à  plusieurs  autres  écrits  hippocratiques. 

De  l’Usage  des  liquides  *.  Foes  (  sept.  IV,  p.  13  '  dit 
que,  bien  que  Galien  et  Érotien  en  tirent  quelques  mots  el 
des  témoignages ,  ils  n’en  ont  cependant  énoncé  nulle  part 
le  titre.  Gruner  0 Censura  librorum  hippocraticorum ,  p.  I5r 
répète ,  d’après  Foes ,  que  ni  Galien ,  ni  Erotien ,  à  part  quel¬ 
ques  mots  (si  paucas  voculas  exceperis),  n’en  ont  f  il 
mention.  C’est  une  erreur  échappée  à  la  recherche  si  vi¬ 
gilante  de  Foes;  Galien  et  Erotien  ont  cité  le  livre  de  1T- 
sage  des  liquides.  Gaiien  dit  :  «  L’action  du  froid  a  été  ex- 
«  pliquée.  dans  le  livre  de  Y  Usage  des  liquides  et  dans  les 
te  Aphorismes*.»  Ainsi,  on  le  voit,  c’estsousle  titre  même  qua 
cet  opuscule  dans  nos  éditions,  que  le  médecin  de  Persan: 
le  cite.  Le  titre  a  varié  dans  l’antiquité  ,  et  j’ai  déjà  eu  occa¬ 
sion  de  dire  (p.  151),  que  ce  livre  avait  aussi  été  intitulé 
des  Eaux  (  Dspl  uoaxwv).  Ce  que  je  n’avais  fait  qu’énonc 
alors,  je  vais  le  prouver  maintenant.  Érotien (  p.  64,  E  l. 


1  m?\  uypwv  ypr(<rioç. 

*  Eipr/rat  {JLSV  £7Tt  ttXsov  Iv  ts  tm  II  s  ft  uypiov  ^pVjfftoç  xrv  T-": 
AcpopKTfxotç,  ôxoïd  tiç  I<jtiv  vj  Suvauuç  tou  -|u^pou.  Tome  v,  p.  47  v. 
Ed.  Basil.  —  Galien  le  cite  encore  (  p.  287  du  meme  tome  ),  avec 
cette  seule  différence  que  l’ionisme  n’est  pas  conserve'  :  nsp\  Cyp 
ypvicret»;. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  371 

Franz.)  cite  deux  mots  (  atovr^tç  et  a’.OôXwsç)  qui  se  trouvent 
i  :ns  le  livre  de  Y Usage  des  liquides ,  p.  112  et  113,  Ed.  Fro- 
l:nj  d’un  autre  côté,  ce  titre  ne  figure  pas  dans  sa  liste; 
mais,  dans  cette  liste  (  pag.  22),  on  voit  un  traité  appelé  des 
Eaux  (  ïlsp't  ôoàxaiv  ) ,  dont  le  nom  ne  se  rencontre  ni  dans 
nos  éditions ,  ni  dans  Galien.  Il  en  résulte  que  certainement 
Érotien  a  eu  sous  les  yeux  le  livre  de  V  Usage  des  liquides , 
puisqu’il  en  a  consigné  certains  mots  dans  son  Glossaire , 
et  que  probablement  ce  livre  est  contenu  dans  sa  liste 
>  us  le  titre  de  livre  des  Eaux.  Mais  cette  probabilité  est  une 
certitude.  En  effet ,  Athénée  dit  :  «  Dans  le  livre  des  Eaux , 
Hippocrate  appelle  eau  potable  la  bonne  eau  * .»  Le  traduc¬ 
teur  latin  de  l’édition  d’ Athénée  que  j’ai  sous  les  yeux  a 
a  rendu  cette  phrase  par  ces  mots  :  «  Libro  de  aquis  opti- 
mam  esse,  statuit  multo  exercitatam.  »  Je  ne  sais  d’où  il 
a  pu  tirer  un  pareil  sens.  Mais  le  fait  est  que  le  texte  d’ Athé¬ 
née  est  altéré,  et  qu’il  faut  lire  totiixov  au  lieu  de  TOXyxip.ov. 
En  effet,  ce  passage  se  rapporte  à  la  première  ligne  du  livre 
de  Y  Usage  des  liquides ,  où  il  est  dit  sous  une  forme  très  con¬ 
cise  :  «  Eau  potable.  Eau  salée,  la  mer.  L’eau  potable  est  la 
meilleure  pour  tous  les  usages  d’une  officine  de  médecin 1  2.  » 
Ainsi  la  correction  du  texte  d’ Athénée  3  montre  que  le  livre 
appelé  par  quelques-uns,  dans  l’antiquité,  des  Eaux ,  est  le 
même  que  le  livre  que  d’autres  intitulaient  et  que  nos  édi- 


1  Ev  tw  flapi  uoàxojv  'Irrroxpax?;?  xaÀsï  xo  Octop  ttoXu- 

T'.aov  (rroTtiiov  ).  Deipo. ,  u,  p.  46,  Ed.  Casaub. 

:  "Vcwp  ttotov  aXuupov  ,  QaXasca  •  ttotov  usv  xax’  ïr^petov  xpa- 
x.rrov.  P.  1 12,  Ed.  Frob. 

3  La  correction  de  twXuxiuov  ne  m’appartient  pas.  Elle  est  due  à 
Casaubon ,  et ,  depuis  lui,  elle  a  cté  introduite  dans  les  éditions 
d’Athénée. 


XKTBODCCTXON. 


372 

tions  intitulent  encore  de  Y  Usage  des  liquides.  Il  en  résulte 
aussi  que  les  mots  expliqués  par  Érotien  que  nous  retrt  i- 
vons  dans  le  traité  de  Y  Usage  des  liquides  appartiennent  l  - 
réellement  à  ce  livre. 

J’ai  fait  voir  (  p.  257  )  que  cet  opuscule ,  de  même  que  ce¬ 
lui  des  Humeurs ,  est  composé  en  partie  de  fragments  pris  à 
différents  livres ,  encore  existants,  de  la  Collection  hippo¬ 
cratique.  C’est  donc  une  compilation,  mais  c’est  du  moins  une 
compilation  fort.ancienne.  Érotien  nous  a  conservé  l'explica¬ 
tion  d’un  mot  par  Glaucias  (  aîôoXixeç  ) ,  d’un  autre  mot  per 
Bacchius  (aldvr^iç),  et  ces  deux  mots  ne  se  trouvent  que  dans 
ce  traité  ;  ainsi  le  livre  de  Y  Usage  des  liquides  a  figuré  dans  la 
Collection  hippocratique  dès  le  temps  des  premiers  commen¬ 
tateurs,  et  il  nous  reste  comme  une  de  ces  anciennes  compi¬ 
lations  qui  ont  précédé  même  rétablissement  des  écoles 
alexandrines. 


Les  écrits  qüe  j’ai  réunis  ici  à  cause  de  la  similitude  J 
leur  composition,  et  dont  j’ai  fait  une  classe  à  part ,  ne  sont . 
il  est  vrai,  que  des  notes ,  des  extraits  et  des  abrégés;  m,  is 
ils  sont  particulièrement  intéressants,  parce  qu’ils  nous  < 
conservé  des  traces  des  anciens  travaux  de  l’école  de  Cos  et 
d’Hippocrate.  En  effet,  en  les  comparant  avec  d’autres  éeri:> 
de  la  Collection  hippocratique,  il  a  été  facile  de  s’assurer 
qu’ils  contenaient  beaucoup  de  passages  textuellement  co¬ 
piés  sur  d’autres  livres  que  cette  Collection  renferme;  et  cela 
même  a  été  de  quelque  utilité,  car  on  a  pu  entrevoir  com¬ 
ment  une  portion  de  cette  Collection  s’est  formée.  Jlais  ces 
opuscules  de  la  Cinqu  ième  classe  ne  con  tiennent  pas  seulem  e  : 
des  passages  copiés  sur  d’autres  livres;  ils  contiennent  aussi 
de  longs  morceaux  qui  ne  se  trouvent  pas  ailleurs,  et  des 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  373 

extraits  d’ouvrages  qui  n’existent  plus.  J’ai  rassemblé,  dans 
le  chapitre  3e  de  cette  Introduction ,  l’indication  de  tous  les  tra¬ 
vaux  qui  sont  mentionnés  dans  la  Collection  hippocratique  et 
qui  avaient  péri  dès  avant  l’établissement  des  bibliothèques 
alexandrines.  Si  maintenant  on  rapproche  ces  pertes  nom¬ 
breuses  que  l’antique  littérature  médicale  a  faites,  des  opus¬ 
cules  mutilés  et  des  fragments  qui  constituent  cette  cinquiè¬ 
me  série ,  et  dont  la  composition  appartient  justement  à  une 
époque  que  j’appellerai,  pour  abréger,  anté-alexandrine,  on 
pensera  sans  peine  que  ces  opuscules,  ces  fragments,  nous 
représentent  quelques,  débris  d’une  médecine  qui  avait  oc¬ 
cupé  un  grand  nombre  d’intelligences  et  produit  une  masse 
considérable  d’ouvrages  importants. 

SIXIEME  CLASSE. 

Je  place  ici  une  série  de  traités  qui  sont  du  même  auteur, 
et  cet  auteur  est  antérieur  à  Aristote  :  de  la  Génération  ; 
de  la  Nature  de  l'enfant  $  des  Maladies  (  4e  livre  )  ;  des  Ma¬ 
ladies  des  femmes  ;  des  Maladies  des  jeunes  filles  ;  des  Fem¬ 
mes  stériles  *. 

Ces  six  traités  sont  du  même  auteur,  et  ils  forment  ainsi  une 
série  spéciale  de  la  Collection  hippocratique.  C’est  ce  qu’il  est 
très  facile  de  démontrer.  D’abord  il  est  évident,  à  la  simple  lec¬ 
ture,  non  seulement  que  les  traités  de  la  Génération  et  de  la 
Nature  de  l'enfant  sont  du  même  auteur,  mais  encore  qu’ils 
ne  forment  qu’une  seule  et  même  composition ,  et  qu’ils  sont 
la  suite  l’un  de  l’autre.  Ce  traité  de  la  Génération  n’est  pas 
fini,  puisqu’il  s’arrête  à  ces  mots:  «  Je  reviens  au  sujet 

1  Ils  pi  yovv-ç. —  üep'i  ousio;  •rcatStou.—  Ilsp'i  vouûwv  to  tstzotov. 
—  ITspl  *jvwaix£twv  a  ,  8'.  —  Hep!  -apOeviwv.  —  ITspi  àçdpwv. 


INTRODUCTION. 


374 

«  qu’une  digression  m’avait  fait  quitter1.  »  Et  ce  sujet  es  . 
repris  dans  le  traité  de  la  Nature  de  V enfant.  L’auteur  d  * 
ces  deux  traités  y  annonce  qu’il  expliquera  dans  son  livre 
sur  les  Maladies  des  femmes ,  comment  la  suppression  des 
règles  dérange  la  santé  des  personnes  du  sexe.  Cela  serait 
une  indication  déjà  suffisante.  Mais,  en  lisant  les  Maladies 
des  femmes ,  on  y  trouve  trois  renvois  au  traité  de  la  Nature 
de  F enfant ,  deux  sur  la  sécrétion  du  lait ,  et  un  sur  l’écoule¬ 
ment  des  règles.  Ces  trois  passages  sont  dans  le  traité  auquel 
l’auteur  se  réfère,  de  sorte  qu’il  ne  peut  rester  aucun  doute 
sur  l’origine  de  ces  compositions  médicales.  On  y  apprend 
en  même  temps  que  l’auteur  avait  donné  au  traité  sur  la  Na¬ 
ture  de  V enfant  mi  autre  titre.  Car  ce  livre  est  cité  ,  par 
l’auteur  lui-même,  de  la  façon  suivante:  Sur  la  Nature 
ou  sur  la  formation  de  F  enfant  dans  la  naissance  2.  C’est  le 
titre  que  les  Arabes  lui  donnaient 3,  ce  qui  montre  de  l’exac¬ 
titude. 

A  la  fin  du  4e  livre  des  Maladies ,  on  trouve  un  passage 
d’où  il  résulte  que  l’auteur  de  ce  livre  est  aussi  celui  des 
Maladies  des  femmes.  On  lit  dans  ce  quatrième  livre  :  «  Une 

«  hydropisie  se  forme  dans  la  matrice . J’en  ai  parlé  dans 

<c  les  Maladies  des  femmes  4.  »  Et ,  en  effet ,  dans  le  1er  livre 


Ava&rçaofiat  S’  auôtç  oTrtato  etç  tov  Xofov  2v  ekzyo'j.  P.  30,  E<I. 

Frob. 

’Ev  tÎ]  ouast  ou  Iv  tv]  ÿevscra  tou  vraioi'ou  toû  Iv  toxw.  Ces  deux 
dénominations  se  trouvent  dans  le  1 er  livre  des  Maladies  des  fem¬ 
mes  ,  la  première,  p.  251,  Ed.  Froben ,  la  seconde,  p.  245. 

*  Arabica  philosopborum  bibliotbeca  recense!  Hippocratis  libres 
àe  Fœtu  et  de  Natura  pueri  in  partu .  Casiri,  t.  i,  p.  258. 

4  TtvsTat  os  xai  Tv;at  yuvadjiv  ô  uSpw}  Iv  T5]ai'[MjTpr4ci....  à-o- 
ïrsoxvTato z  fxot  Iv  xotat  Yuvatxsiotat  vouovfutaai  vrspt  aïnou.  P.  178, 
Ed.  Frob. 


DE  CHACGN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  375 

des  Maladies  des  femmes ,  l'bydropisie  de  la  matrice  est  ex¬ 
pliquée  A.  Quant  au  traité  sur  les  Femmes  stériles ,  c’est  évi¬ 
demment  un  appendice  au  traité  des  Maladies  des  femmes. 
Ces  témoignages  intrinsèques  sont  positifs  ;  il  n’y  a  rien 
à  y  opposer. 

Ces  écrits  forment  une  masse  considérable  et  une  sec¬ 
tion  naturelle  dans  la  Collection  hippocratique.  J’exami¬ 
nerai  à  part  la  doctrine  qui  y  est. contenue,  et  les  faits  qui  y 
sont  rapportés  5  pour  les  attribuer  à  Hippocrate/,  il  faudrait 
eu  avoir  un  témoignage  de  la  haute  antiquité,  ce  qui  serait 
décisif,  ou  le  consentement  de  tous  les  critiques  anciens , 
preuve  plus  faible  mais  encore  forte;  or,  rien  de  tout  cela 
n’apparfiéht  à  la  série  d’écrits  dont  il  s’agit  ici  :  les  témoi¬ 
gnages  antérieurs  à  l’école  d’Alexandrie  manquent  absolu¬ 
ment.  Quant  aux  opinions  des  commentateurs  qui  ont  suivi 
celte  époque ,  elles  varient.  Érotien  range  ces  écrits  parmi 
les  écrits  hippocratiques,  excepté  le  4e  livre  des  Maladies , 
qui,  cependant  ne  peut  être  enlevé  à  Hippocrate  sans  que 
tuus  les  autres  ne  lui  soient  également  enlevés.  Il  est  certain 
que  d’anciens  critiques,  tels  que  Bacchius,  les  connaissaient. 
Leur  antiquité  n’est  pas  douteuse;  ce  qui  est  incertain ,  c’est 
leur  origine.  Galien  croit  que  Polybe,  gendre  d’Hippocrate, 
en  est  l’auteur  2.  Cette  opinion ,  à  cause  des  variations  des 
anciens  critiques  sur  ce  sujet,  n’est  pas  mieux  assurée  que 
celle  qui  les  attribue  à  Hippocrate. 

Dans  tous  les  cas ,  rien  n’empêche  de  placer  la  composi¬ 
tion  de  ces  écrits  avant  Aristote.  Aristote,  contrairement  aux 
naturalistes  qui  l’avaient  précédé ,  a  posé  comme  principe 
d’anatomie  et  de  physiologie,  que  les  veines  ont  leur  origine 

:  "llv  uSf wji  YÉvviTat  h  TÎjct  P.  247,  Ed.  Frob. 

J  Tome  i,  p.  21 4;  Ed.  Frob. 


376  INTRODUCTION. 

au  cœur.  Or,  voici  sur  ce  point  l’opinion  de  l’auteur  inconnu 
dont  il  s’agit  ici  :  H  est  dit  dans  le  traité  de  la  Nature  de  V en¬ 
fant  ,  que  toutes  les  veines  se  terminent  dans  les  doigts  des 
pieds  et  des  mains,  et  que  les  plus  grosses  veines  du  corps 
sont  dans  la  tête  4  5  il  est  dit  dans  le  4e  livre  des  Maladies  que 
le  cœur  est  la  source  du  sang  2  ;  il  est  dit  dans  ce  même  4e  li¬ 
vre  des  Maladies, que  des  veines  appelées  jugulaires  naissent 
du  cœur,  et  qu’elles  distribuent  le  sang  à  la  tête,  et  à  tout 
le  corps  5.  Quoique  dans  ces  diverses  propositions  une  doc¬ 
trine  ne  soit  pas  véritablement  formulée,  cependant  on  y  voit 
que  l’auteur  admet ,  comme  Polybe  et  comme  Syennésis  de 
Chypre ,  que  les  plus  grosses  veines  sont  dans  la  tête ,  et  que 
de  là  elles  vont  en  diminuant  jusqu’aux  doigts  des  pieds  et 
des  mains  ;  qu’il  admet ,  comme  Platon ,  que  le  cœur  est  la 
source  du  sang;  qu’il  admet  enfin  que  les  veines  jugulaires 
partent  du  cœur  pour  se  rendre  à  la  tête.  Cet  ensemble  d’o¬ 
pinions  anatomiques  tient  beaucoup  plus  à  celles  de  Polybe 
et  des  anciens  hippocratiques  qu’à  celles  d’Aristote.  Rien 
donc  n’empêche  de  placer  cet  auteur  avant  Aristote,  confor¬ 
mément  à  l’opinion  de  Galien  et  d’Érotien ,  qui  attribuent 
ces  livres ,  le  premier  à  Polybe  ,’le  second  à  Hippocrate. 

Erasistrate ,  en  combattant  l’opinion  de  Plàton ,  qui  sou¬ 
tenait  qu’une  partie  des  boissons  passe  dans  les  poumons, 
avait  demandé  comment,  si  cela  était  vrai,  il  se  faisait  que 
la  farine  avalée  avec  le  cycéon  (sorte  de  breuvage  en  usage 


TeXeuTwsi  yotp  atçXsêsçat  zoZ  àvôp<*>7to’j  ziacai  iç  robe  Sauru- 
Xo’jç  twv  ttocojv  xat  twv  ysipwv,  xat  —ayvzarai  pt Jv  etatv  al  iv  z~ 
cwaaxt  oXsëeç ,  aî  Iv  xvj  xsoaX^.  P.  oo,  Ed.  Frob. 

*  Ttp  uiv  cri  ziu-zzi  f,  xapSt7]  Trriyr,  izzi  P.  166,  Ed.  Frob. 

3  Ei  autr(ç  (  xopoiTjÇ  )  ezaysïai  cpXiêeç  xstvouartv ,  xat  crpcr/iat  xz- 

Xeotxsvat .  xat  x:tu.rXaa£vat  xeïvat  ty;  xecpaXîj  xott  x«  Gtoaaxi  ct- 

ooaciv  Iv  zdy_ei.  Page  168,  Ed.  Frob. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  UIPPOCRATIQCES  EN  PARTICULIER  377 

dan9  la  cuisine  grecque),  traversait  le  poumon  et  ne  l’obs¬ 
truait  pas  *.  Or,  cette  même  objection  contre  l’opinion  du 
passage  des  boissons  dans  le  poumon ,  opinion  qui  appar¬ 
tient  non  seulement  à  Platon,  mais  aussi  à  Dioxippe  l’hippo- 
cratique,  à  Philistion  de  Locres ,  et  qui  était  vulgaire  dans  la 
haute  antiquité,  cette  objection,  dis-je ,  se  trouve  avec  des 
termes  semblables  dans  Je  4e  livre  des  Maladies.  On  y  lit  : 
Un  homme  buvant  du  cycëon,  ou  une  bouillie  faite  avec  la 
farine ,  ou  tout  autre  chose  semblable ,  s’il  en  arrivait  une 
partie  dans  le  poumon,  nous  pensons  qu’il  ne  survivrait  que 
bien  peu  de  temps2.»  Il  y  a,  entre  le  passage  de  l’auteur  hip¬ 
pocratique  et  celui  d’Érasistrate ,  une  ressemblance  éviden¬ 
te  ,  qui  ne  me  paraît  pas  pouvoir  tenir  à  une  coïncidence  for¬ 
tuite;  et,  comme  les  livres  que  je  considère  en  ce  moment , 
ont  été  attribués  par  l’antiquité  à  Hippocrate  ou  à  Polybe,  et, 
par  conséquent,  placés  d’un  commun  accord  bien  avant  Éra- 
sistrate  ,  il  faut  admettre  que  le  médecin  alexandrin  a  eu 
sous  les  yeux  les  livres  de  l’auteur  hippocratique. 

Les  questions  qui  touchent  à  la  critique  littéraire  des  œu¬ 
vres  dites  d’Hippocrate ,  sont  enveloppées  de  tant  d’obscuri¬ 
tés  et  de  doutes  que  je  ne  néglige  aucune  occasion  de  faire 
remarquer  tout  ce  qui,  par  des  concordances  tout-à-fait 
inattendues ,  donne  un  haut  degré  de  sûreté  aux  détermina¬ 
tions  essentielles  de  mon  travail.  Or,  ce  rapprochement  d’E- 
rasistrate  avec  l’auteur  hippocratique  fournit  deux  de  ces 

1  Tôt»  7rX.supt.ovoi;  Xswu  xcci  tojxvou  TtavTGnratn  ysyovotoç  ,  ttmç  tc 
cov  xuxemvi  îrtvojxevov  ocXoitov  ôiéieurt,  xai  oùx  ivia/srat}  tout*,  yàp 
’EpzsiGTpaTOç  àpOcoç  rrpoç  aù-ov  (IIXaTWva)  ^Trop^as.  Plutar.  Symp. 
lib.  Yn,  quæst.  1,  t.  iv,  p.  545,  Ed.  Tauch. 

*  El  TIÇ  XUXSÜSva  "17-57}  7}  aXrçTOV  IcpOoV  £o<pOt1),  7}  Tl  «xXXo  TOIOÜTO, 
xai  sXGoi  iç  tov  TrXsuuova  toüto,  Soxeoasv  av  autov  o y§s  £wstv  ouOc. 
oXfyov  ypôvov.  P.  178,  Ed.  Frob. 


INTRODUCTION. 


378 

concordances  importantes.  En  premier  lieu,  j’ai  observé  que. 
bien  que  le  4e  des  Maladies  ne  fût  mentionné  ni  par  Galien, 
ni  par  Érotien ,  ni  par  aucun  critique  antérieur,  et  bien  que 
le  premier  qui  le  citât  fut  Démétrius  Pépagomène,  qui  ap¬ 
partient  aux  bas  siècles,  cependant  il  était  constant  par  des 
preuves  intrinsèques,  que  ce  4e  livre  appartenait  à  la  Collec¬ 
tion  hippocratique;  et  maintenant  on  voit  ces  preuves  rece¬ 
voir  du  témoignage  d’Érasistrate  une  confirmation  irréfra¬ 
gable:  En  second  lieu ,  j’ai  montré  (et  c’est  un  des  plus  im¬ 
portants  résultats  de  mon  travail)  que  la  certitude  de  l’exi¬ 
stence  de  la  Collection  hippocratique,  dans  son  ensemble, 
remontait,  par  les  anciens  critiques,' jusqu’à  Erasistrate et 
Hérophile  ;  Galien  avait  dit,  je  l’ai  rappelé ,  que ,  dès  le  temps 
d’Érasistrate,  la  dernière  partie  du  traité  du  Régime  dans 
les  maladies  aiguës  était  jointe  à  la  première;  et  maintenant, 
en  confirmation  de  ce  qu’avait  dit  Galien ,  en  confirmation 
de  ce  que  j’avais  établi  moi-même,  je  trouve  la  trace  de  la 
connaissance  qu’Erasistrate  a  eue  d’un  des  livres  de  cette 
même  Collection  hippocratique.  Ce  sont,  là  des  concordances 
qu’il  m’importait  de  ne  pas  laisser  inaperçues. 

L’auteur  des  livres  de  cette  Sixième  classe  annonce  en  deux 
endroits  différents  4 ,  qu’il  a  traité  des  maladies  des  jeunes 
filles.  Comme  ce  qu’il  en  annonce  ne  se  trouve  pas  dans  le 
petit  morceau  qui ,  dans  nos  éditions ,  porte  le  titre  de  IL: 
-sapOsvitov ,  et  que  ce  morceau  est  évidemment  tronqué,  tout 
porte  à  croire  que  c’est  un  fragment  et  le  commencement 
d’un  traité  étendu  sur  cette  matière. 

Cet  auteur  avait  aussi  fait  un  travail  sur  la  péripneumonie. 
Il  dit  dans  le  4e  livre  des  Maladies  :  «  Je  me  suis  mieux 

fioirep  fAot  stpr,Tat  h  tv-ci  ^apOeviVjGi  vouaoiat.  De  Morb.  i .  ; 
2oo,  Ed.  Frob. —  OxoTa  eipr(Tat  TYje  7rap6évoy.  P.  244. 


DE  CHACEN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EX  PARTICULIER.  379 

<(  expliqué  dans  la  péripneumonie* .»  Il  y  revient  encore  dans 
le  1er  livre  des  Maladies  des  femmes 1  2.  Ce  traité  s’est  perdu 
avant  le  temps  des  plus  anciens  critiques. 

Telles  sont  les  seules  notions  que  j’aie  pu  réunir  sur  l’au¬ 
teur  inconnu  des  livres  qui  forment  la  sixième  classe. 

SEPTIÈME  CLASSE. 

Je  sépare  du  reste  de  la  Collection  hippocratique  un  frag¬ 
ment  assez  mal  en  ordre  qui  peut  être  attribué  à  Léoplianès, 
ou  qui  du  moins  renferme  des  opinions  professées  par  ce 
personnage.  Léophanès  a  précédé  Aristote  ;  c’est  pour  cela 
que  j’intercale  ici  l’opuscule  en  question. 

De  la  Süperfétatiox  3 4.  Ce  traité  n’est  cité  par  aucun 
des  anciens  ;  seulement  Mercuriali  a  fait  remarquer  qu’un 
mot  expliqué  par  Galien  dans  son  Glossaire  se  rapporte  très 
probablement  à  ce  livre  A.  Cette  citation  fait  remonter  le  li¬ 
vre  delà  Superfétation  (  ce  que  la  rédaction  et  la  contexture 
indiquent  assez  )  à  une  époque  ancienne.  Quant  à  l’auteur, 
tout  reste  dans  le  vague,  en  l’absence  de  renseignements 
précis.  Cependant  je  crois  pouvoir  hasarder  ici  une  conjec¬ 
ture.  Nous  savons  que  beaucoup  de  livres  ont  péri  avant  la 
formation  des  grandes  bibliothèques  d’Alexandrie;  ainsi, 
pour  ne  rappeler  qu’un  exemple  pris  dans  la  médecine ,  nul 

1  KaPaov  8s  u.01  rspt  toutou  SsS^Xiotoci  sv  t5;  rsptTrvsuaoviTj.  P. 

177,  Ed.  Frob.  * 

•  '’Oxwç  xa\  sç  tov  TüXeufJiova,  tb;  sïpr,Tai,  r,v  rt  xxGxpoiç  Tpa- 

-rr-ai.  P.  24-5,  Ed.  Frob.  - 

Ils  pi  I— uanfctoç. 

4  ’Expuaivsrat,  àxroxplvsi  to  <nrspu.a.  On  lit  dans  le  traité  de  la 
Superfétation  Ixixaiysrat  ;  il  est  infiniment  probable  qu’il  faut  lire 
SXJAlXtVSTŒl. 


380  INTRODUCTION. 

dans  l’antiquité  n’a  cité,  après  Aristote ,  les  écrits  du  méde¬ 
cin  Svennésis  de  Chypre,  elles  quelques  lignes  qu’en  a  con¬ 
servées  le  philosophe  sont  tout  ce  qui  reste  des  œuvres , 
quelles  qu’elles  aient  été ,  de  cet  écrivain.  Un  autre  auteur, 
médecin  ou  philosophe,  est  nommé  par  Aristote ,  c’est  Léo- 
phanès,  sur  lequel  nous  n’avons ,  je  crois,  aucun  autre  dé¬ 
tail.  Aristote  réfute  l’opinion  de  ceux  qui  prétendent  que  le 
fœtus  mâle  est  toujours  placé  à  droite  dans  la  matrice  et  le 
fœtus  femelle  à  gauche;  opinion  qui,  au  reste,  est  plusieurs 
fois  répétée  dans  la  Collection  hippocratique ,  et  il  ajoute  : 
«  C’est  par  une  même  analogie  que  quelques-uns  prétendent 
«  que  la  ligature  du  testicule  droit  ou  du  testicule  gauche 
«  détermine  la  procréation  d’enfant  mâle  ou  d’epfant  fe- 
«  melle,  c’est  du  moins  ce  queLéophanès  a  dit1.  r>  Je  n’ai 
pas  besoin  de  faire  remarquer  que  les  mots  dans  la  phrase 
d’Aristote  sont  mal  arrangés,  et  que  la  génération  d’un  en¬ 
fant  mâle  est  due  à  la  ligature  du  testicule  gauche ,  et  vice 
versa.  Au  reste,  Plutarque  a  entendu  ce  passage  comme  je 
l’entends;  il  appelle  l’auteur  Ciéophanès,  et  il  le  cite  d’après 
Aristote  2.  Un  passage  tout  semblable  se  trouve  dans  le 
traité  de  la  Superfétation  ,*  on  y  lit  :  «  Si  l’on  veut  engendrer 
«  un  enfant  femelle ,  il  faut  lier  le  testicule  droit  aussi  forte- 
ci  ment  qu’on  pourra  l’endurer  ;  si ,  un  enfant  mâle ,  le  tes- 
«  ticule  gauche  3.  »  Ce  rapprochement  autorise  à  croire  que 

1  IlapaTîXr^twç  os  Tweç-raraiffusvoiTOurotç  état  xai  Xé^ouatv  to;  t;  . 
ôsljiov  opyiv  aTroSouasvoiç  tj  tov  àpccrspov  «ruuêacvet  toïç  éyeuouttv 
ap^evoroxeîv  r\  OrjXuTOxeîv  *  outco  vàp  5  Ascocpàvr,;  eXsy ev.  De  Gener. 
anim.  L.  IV,  c.  i. 

KXsoOavTjÇ ,  ou  ptiavr/rai  ’Api<7TorsXr,ç,  toc  jj.sv  (ap£eva)  ex  ~:Z 
Seçtou  ôic  jptou,  Ta  §’  ix  àpiorepou.  De  Placit.  pliilos.,  lib.  v,  t.  v, 
p.  501 ,  Ed.  Tauch. 

Oxav  Se  OîjXu  pouXrjTat  yeveaGai ,  tov  opyiv  tov  oeçtov  chiooî 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  38l 

le  traité  de  la  Superfétation  est  de  Léophanès  lui-même ,  ou 
tout  au  moins  qu’il  contient  un  fragment  de  cet  écrivain, 
antérieur  à  Aristote.  C’est  par  Aristote  que  nous  savons 
qu’un  livre,  attribué  à  Hippocrate  par  les  écrivains  posté¬ 
rieurs,  appartient  à  Poïybe.  Pourquoi  une  même  erreur 
n’aurait-elle  pas  été  commise?  et  pourquoi  ce  qui ,  au  té¬ 
moignage  du  même  Aristote ,  est  de  Léophanès,  n’aurait-il 
pas  aussi  reçu  ce  nom  d’Hippocrate,  père  commun  de  tant 
d'oeuvres  médicales  ? 

H  y  a,  dans  ce  même  opuscule,  un  passage  où  l’auteur 
conseille  une  expérience  pour  savoir  si  une  femme  pourra 
concevoir,  expérience  qui  consiste  à  placer  au  col  de  la  ma¬ 
trice  un  pessaire  odorant,  et  à  constater,  au  bout  d’un  cer¬ 
tain  temps,  si  l’odeur  est  parvenue  jusqu’au  haut  du  corps  *; 
si  l’odeur  y  vient ,  la  femme  est  apte  à  concevoir.  Aristote , 
de  son  côté ,  dit  qu’on  reconnaît  la  fécondité  des  femmes 
par  des  pessaires  odorants ,  dont  l’odeur  s’élève  dé  bas  en 
haut  jusqu’à  l’haleine  2.  Bien  d’autres  rapprochements 
pourraient  être  faits  entre  cet  opuscule  et  les  livres  d’Aris¬ 
tote,  rapprochements  d’autant  plus  permis  que  le  philosophe 
a  consulté  et  cité  les  écrits  de  Léophanès. 

Au  reste ,  je  n’ai  tenu  à  mettre  en  relief  la  citation  de 
Léophanès  par  Aristote,  et  à  lui  attribuer  un  livre  de  la  Col¬ 
lection  hippocratique,  que  pour  mieux  montrer  combien  il 
y  a  de  rapports  entre  cette  Collection  et  les  œuvres  d’Aris¬ 
tote;  car,  même  en  laissant  de  côté  cette  conjecture  au  su- 

u>;  av  iLolirrca  xa\  ârii'/s<J Oat  Suvr,-ai  r  îtzt^  os  aposv  ÔouXtjtcci  çu- 
tsusiv,  tov  apurrepov  opytv  àroo^oai.  Page  51 ,  Ed.  Frob. 

*  Page  49,  Ed.  Frob. 

5  Tàç  Os  yuvaïxas  SaoavtÇouot  toIç  ts  TipooOsToîç,  iàv  Suxvwvrac 
a*,  oo ital  Trpdî  to  Tcvîtjixa  to  QvpxQsv  xocTtoQsv  avw.  De  Gener.  anim., 
liv.  h,  c.  7. 


INTRODUCTION. 


382 

jet  de  Léophanès  ,  il  est  certain  qu’une  opinion  assez  singu¬ 
lière  de  physiologie  qui  a  appartenu  à  cet  auteur ,  connu 
par  le  seul  témoignage  d’Aristote,  se  retrouve  identique¬ 
ment  dans  l’opuscule  de  la  Superfétation. 

HUITIÈME  CLASSE. 

Je  range  à  part  tous  les  traités  qui  contiennent,  soit  l’in¬ 
dication  formelle  que  les  vaisseaux  sanguins  ont  leur  ori¬ 
gine  dans  le  cœur,  soit  la  connaissance  de  la  sphygmôlogie. 
La  composition  n’en  peut  pas  être  placée  avant  Aristote  et 
Praxagore.  Ce  sont  les  traités  du  Cœur ,  celui  sur  Y  Aliment, 
celui  sur  les  Principes  ou  les  Chairs ,  celui  sur  les  Semaines , 
le  2e  livre  des  Prédictions ,  un  fragment  du  traité  de  la 
Nature  des  os. 

Traité  du  coeur  4.  Érotien  ne  le  compte  pas  dans  la 
liste  des  ouvrages  qu’il  attribue  à  Hippocrate;  mais  Galien 
en  a  copié  textuellement  un  passage ,  sans ,  il  est  vrai ,  en 
prévenir  le  lecteur.  L’auteur  du  traité  du  Cœur  dit,  en  vou¬ 
lant  prouver  qu’une  portion  des  boissons  passe  dans  la  tra¬ 
chée-artère  :  «  Si  vous  teignez  de  l’eau  avec  du  bleu  ou  du 
«  vermillon ,  et  que  vous  la  donniez  à  boire  à  un  animal  très 
«  altéré,  vous  trouverez ,  en  lui  ouvrant  la  gorge  pendant 
«  qu’il  boit ,  qu’elle  est  teinte  par  la  boisson  2.  »  Galien  dit 
de  même  :  «  Si  vous  faites  endurer  la  soif  à  un  animal  quel¬ 
le  conque ,  de  telle  sorte  qu’il  se  décide  à  boire  une  eau  co- 
«  lorée,  soit  en  bleu,  soit  en  vermillon ,  vous  trouverez,  en 
«  l’égorgeant  sur-le-champ ,  que  la  teinture  a  pénétré  jus- 

1  IIspl  xapoîrjç. 

Hv  yap  ti ç  xuavco  r(  luXtw  çopuçaç  Soiv)  osot^xon  ttovd 

£77£tTa  OS  ,  £l  STI  TTtVOVTOç  àvaTSJXVOtÇ  TOV  XatlAOV,  SOpOtÇ  CIV  TOU  T  G',  Y.l- 

xpwsfiévo V  tS  wtS.  nep'i  xap$i\jç.  Page  55 ,  Ed.  Frob. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  383 

.  qu’aux  poumons  K  »  Ainsi,  il  est  bien  évident  que  le  traité 
du  Cœur  est  un  livre  ancien,  consulté,  copié  même  par  Ga¬ 
lien,  mais  il  est  impossible  d’en  attribuer  la  composition  à 
Hippocrate  *,  car  on  ne  le  trouve  pas  mentionné  dans  la  liste 
d’Érotien;  c’est  un  de  ces  livres  que  les  anciens  critiques  se 
sont  accordés  à  rejeter,  du  canon  hippocratique.  De  plus , 
quoique  la  doctrine  qui  place  l’origine  des  veines  dans  le 
cœur  n’y  soit  pas  expressément  exposée,  cependant  une 
phrase  porte  à  croire  que  l’auteur  admettait  cette  doctrine. 
Près  de  l’origine  des  veines,  des  corps  moüs  et  creux , 
qu’on  appelle  oreillettes,  entourent  les  ventricules 1  2 * *.  » 
Cela,  joint  au  rejet  des  critiques  anciens,  ne  permet  pas  de 
placer  ce  livre  avant  Aristote. 

De  l'Aliment  5.  Ce  traité  est  fort  ancien  ;  car  Glaucias , 
l’un  des  premiers  commentateurs  d’Alexandrie,  l’a  connu , 
ainsi  que  le  prouve  le  témoignage  de  Galien *.  Il  a  donc  ap¬ 
partenu  ,  dès  les  premiers  temps ,  à  la  Collection  hippocra¬ 
tique;  et  il  a  été  cité  par  beaucoup  d’auteurs  comme  un 
livre  de  grande  autorité.  Mais  il  n’en  faut  pas  conclure  qu’il 
soit  d’Hippocrate.  Galien,  qui  l’a  commenté,  et  qui  quel¬ 
quefois  l’a  attribué  à  Hippocrate  lui-même,  l’attribue ,  dans 
d’autres  endroits,  à  Thessalus,  à  Philotimus,  à  Philistion. 

1  ’AÀX’  si  xa't  Ç5ov,  S  xi  av  lÔîXr'caç ,  roir'ffstç,  wç  xe/po>- 

çaévov  SSwp  uxotxetvat  îrteîv  (  pro  Troieîv  )  et  Bo'.rfi,  cite  xuavôi 
ypwarct  ÿjxocaç ,  etxs  fxtX-ctp ,  evr’  eù0 ioiç  cçài-aç  àvorcejxotç,  eupr'ceiç 
xe^pwcpivov  xov  Trveujxova.  De  Dogra.  Hipp.  et  Plat.  lib.  IX  ,  1. 1, 
p.  529,  Ed.  Basil. 

*  ’Af/oü  Bï  xt^  exouc toç  twv  tpXeêtov  atopLaxcc  t^cti  xoiXit^iv  aa- 

v'.oî6î”xactv,  [LoXOaxà,  çrlpa'r((oûsz  ,  â  xXr(i'ïxexai  oèv  ouaxoc.  Page 
55,  Ed.  Frob. 

5  nsplxpoaîiç. 

*  In  Lib.  de  Aliment.  Comm.  IY,  56,  p.  297,  t.  vi,  Ed.  CbarL 


INTRODÜCTIOX. 


384 

Les  témoignages  antiques  sont  donc  incertains;  mais  l’exa¬ 
men  intrinsèque  du  livre  suffit  pour  montrer  qu’il  a  été 
composé  à  une  époque  postérieure  à  Hippocrate.  Le  cœur  y 
est  indiqué  comme  la  racine  des  artères;  le  foie,  comme  celle 
des  veines.  Cette  anatomie  ne  permet  pas  de  placer  la  com¬ 
position  de  ce  livre  avant  Aristote  ;  d’est  un  livre  à  mettre  à 
côté  du  traité  du  Cœur. 

Des  Chairs  *.  Ce  traité,  qu’Érotien  n’a  pas  cité  dans  son 
catalogue,  est  mentionné  à  diverses  reprises  par  Galien, 
et  avec  des  jugements  divers  ;  mais  on  ne  peut  douter  qu’il 
ne  soit  postérieur  à  Hippocrate.  En  effet ,  il  y  est  dit  positi¬ 
vement  que  deux  veines,  appelées  l’une  artère,  l’autre 
veine  cave  2,  naissent  du  cœur;  proposition  qui  empêche 
d’en  supposer  la  composition  antérieure  à  Aristote. 

Dans  quelques  éditions,  on  en  met  à  part  la  fin  sous  le 
titre  de  traité  sur  la  Vie  humaine  (  ILpl  aïwvoç  ) 

Il  est  une  circonstance  particulière  à  noter,  c’est  que 
l’auteur  raconte,  dans  des  termes  à  peu  près  semblables , 
une  histoire  touchant  une  courtisane,  qui  se  trouve  déjà 
dans  le  livre  de  la  Génération  $  seulement  il  l’amplifie,  et 
ajoute  qu’il  a  été  très  fréquemment  témoin  d’observations 
pareilles;  il  a  donc  copié  cette  histoire,  et  il  est  postérieur  à 
l’auteur  du  livre  de  la  Génération . 

Des  Semaines  3.  Philon  le  juif,  Galien,  Pollux  et  quel¬ 
ques  autres  citent  un  traité  sur  les  Semaines,  Ils pl  Igoo, aac  , 
qui  faisait  partie  de  la  Collection  hippocratique  telle  qu’on  la 
possédait  depuis  l’école  d’Alexandrie ,  et  qui  ne  se  trouve 
plus  dans  la  collection  telle  que  nous  la  possédons.  C'es! 

3  mpl  capxSv. 

1  Auo  ystp  sïci  xoîXat  oliësç  utzo  t5;ç  xapStr,ç,  t?)  uev  ou  voua  ip- 
&,  xo&ri  fXèl.  P.  40,  Ed.  Frob. 

3  ffepl  lêoouaccov. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  385 

un  livre  perdu  comme  tant  d’autres;  cependant  on  lit , 
dans  le  catalogue  des  manuscrits  latins  de  la  Bibliothèque 
royale,  l’indication  d’un  volume  qui  renferme  entre  autres 
choses  le  traité  en  question,  indication  répétée  par  la  Bi¬ 
bliothèque  grecque  de  Fabricius,  édition  de  Harles,  tom. 
2,  p.  595.  Ce  volume ,  tout  en  latin  ,  est  le  n°  7027;  il  est 
in-8°,  intitulé  De  physicâ  (de  la  médecine ),  sur  parchemin , 
d’une  écriture  fort  ancienne ,  sans  pagination.  Il  con¬ 
tient  :  - 

1°  Un  fragment  du  traité  sur  la  Nature  de  Vhomme.  A  la 
fin  on  lit  :  Explicit  Ypocratis  de  natura  humana. 

2°  Incipit  liber  Ypocratis  ad  Mœcenatem  salutem.  A  la  fin 
on  lit  :  Explicit  de  natura  generis  humani.- 

3°  Incipit  liber  Ypocratis  de  aeribus  et  de  locis  et  de  aquis. 

4°  Incipit  Ypocratis  de  septemmadis.  A  la  fin  on  lit  :  Ex¬ 
plicit  Ypocratis  de  septimadis. 

5°  Lib.  Y.  Incipit  liber  Péri  diatis  (  üepl  oia frçç  )  ipsius 
Ypocratis.  C’est  la  traduction  du  premier  livre  de  la  Diète. 

6°  Commentaria  Jporismorum. 

Le  livre  Péri  diatis  est  indiqué  comme  le  cinquième  mor¬ 
ceau.  Ainsi  il  ne  manque  dans  ce  volume  que  le  commence¬ 
ment  du  traité  de  la  Nature  de  Vhomme.  Je  n’ai  à  m’occuper 
ici  que  du  traité  des  Semaines. 

Il  est  écrit  dans  un  latin  extrêmement  barbare  et  à  peine 
intelligible,  ainsi  qu’on  en  jugera  par  quelques  citations  que 
j’en  donnerai  plus  loin.  La  première  chose  à  faire  était  de  sa- 
v;  ir  si  le  texte  que  j’avais  sous  les  yeux  était  bien  la  traduc- 
iion  du  traité  perdu.  Pour  cela  je  n’avais  qu’à  vérifier  si  les 
citations  qu’en  rapportent  les  anciens  auteurs  s’y  retrouvent. 
Cette  vérification  démontre  l’authenticité  de  cette  traduction 
ignorée.  Je  vais  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur,  en  suivant 
l'ordre  chronologique,  les  passages  des  auteurs  de  l’anti- 
TOM.  I.  25 


ljNïAODüCXlON . 


386 

quité  qui  ont  cité  le  traité  des  Semaines ,  et  les  passages  cor¬ 
respondants  du  manuscrit  7027. 

Le  premier  est  Philon  le  juif,  qui  vivait  au  commence¬ 
ment  du  premier  siècle  de  l’ère  chrétienne.  Cet  auteur,  après 
avoir  résumé  l’opinion  d’Hippocrate  sur  la  vie ,  cite  textuel¬ 
lement  le  passage  du  livre  où  cette  opinion  est  consignée. 
«  Dans  la  nature  humaine,  il  y  a  sept  saisons  que  l’on  appelle 
«  âges  :  le  petit  enfant,  l’enfant,  l’adolescent,  le  jeune  homme, 
«  l’homme  fait,  l’homme  âgé,  le  vieillard.  L’âge  du  petit  en- 
«  fant  est  jusqu’à  sept. ans,  époque  d’une  dentition  nouvelle 5 
«  de  l’enfant,  jusqu’à  la  production  de  la  liqueur  spermatique, 

(c  deux  fois  sept  ans  5  de  l’adolescent ,  jusqu’à  la  naissance 
«  de  la  barbe,  trois  fois  sept  *,  du  jeune  homme,  jusqu’à  Pac¬ 
te  croissement  de  tout  le  corps,  quatre  fois  sept  ;  de  l’homme 
«  fait,  jusqu’à  quarante-neuf  ans,  sept  fois  sept  5  de  l’homme 
«  âgé,  jusqu’à  cinquante-six,  sept  fois  huit.  A  partir  de  là 
«  commence  la  vieillesse  *.» 

Voici  maintenant  le  texte  du  manuscrit  7027  :  «  Sic  au- 
«  tem  et  in  hominis  natura  septem  tempora  sunt,  ætates 
«  appellantur  :  puerulus,  puer,  adulescens,  juvenis,  vir, 

«  junior  senex.  (  H  faut  lire  :  junior  senex,  senex*,  le  tra¬ 
ct  ducteur  n’a  pas  su  rendre  autrement  irpzaëurr^ ,  yspwv). 

«  Hæc  sunt  sic  :  puerulus  usqué  ad  septem  annos  in  dentium 

1  Aî'ysi  8’  outcoç  *  Iv  àvQpwxou  çutjgt  êxrà  Itaftv  tSpai,  aç 
xaXsouai,  xaiSi'ov,  iraîç,  ustpaxiov  ,  veaviaxoç,  àvrtp ,  xpsGêuTY.ç, 
yéptov.  Kal  77a  10 10  v  jxev  itrriv  a y  pic,  î~rà  stûv  ,  oâovxtov  IxêoXrç  • 
7raîç  o’à^pi  yovîjç  extpuàioç ,  irrzà  (Il  faut  lire  Iç  roc,  comme  je  le  di¬ 
rai  plus  bas  )  8tç  h rra-  jxsipaxiov  S’a^pt  ysvstou  "Xocjyca crtoç,  Iç  xarpiç 
STira*  veavtdxoç  8’a^ptç  auç7;crioç  oXou  tou  owtxaroç  Iç  rà  rszpdxi; 
S7rr a*  àW;p  8’à^ptç  ivoç  8sovtoç  xsvrrçxovTa,  Iç  roc  sxraxiç  Irrâ  * 
xpsaêuTTjÇ  o’ay  pi  xsvT7jxovTa  ,  Iç  Ta  Ixraxiç  ôxtco.  T<>  8’  IvtsuÔsv 
ylpwv.  Philon,  ïlspt  Kocaôxouaç ,  p.  17. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EX  PARTICULIER.  387 

<(  inûmitationëm  -,  puer  autem  usque  ad  seminis  emissionem, 
«  quatuor  decim  annorum ,  ad  bis  septem.  Adulescens  au- 
«  tem  usque  ad  barbas ,  unum  et  viginti  annorüm ,  ad  ter 
«  septem  usque  ad  crementum  corporis.  Juvenis  autem  con- 
<(  summatus  in  XXXV.  annorum,  quinque  septenos;  vir 
«  autem  usque.  ad  XL  et  YIIII  ad  septies  septem  5  junior 
«  vero  senex  LX  et  ÏII  et  in  YIIÎI  ebdômadis.  Exinde 
«  senex.  » 

Ces  deux  passages  ont  été  évidemment  pris  au  même 
traité.  Les  différences  qu’ils  présentent  dérivent  surtout  des 
erréurs  du  copiste  du  manuscrit  latin,  peut-être  aussi  de 
leçons  diverses  d’un  même  texte-,  et  l’on  peut  penser  que  le 
traducteur ,  qui  fait  commencer  la  vieillesse  à  la  63e  année, 
a  eu  so üs  les  yeux  .un  meilleur  exemplaire  que  Philon ,  qui 
la  fait  commencer  à  la  56e  année. 

Pollux,  qui  cite  ce  morceau,  s’éloigne  également  de  la 
traduction  latine  que  je  viens  de  rapporter,  et  de  la  citation 
de  Philon.  Pollux  vivait  sous  Commode  et  était  à  peu  près 
contemporain  de  Galien.  Il  ne  reproduit  pas  le  texte  hippo¬ 
cratique  ;  il  eh  donne  seulement  le  sens.  Il  dit  que,  suivant 
Hippocrate ,  le  cinquième  âge  est  de  28  à  35  ;  le  sixième , 
de  35  à  45  ;  le  septième,  de  42  à  49  (  Onomast .  II.  1.  ).  Ce 
qui,  dans  la  citation  de  Philon,  est  appelé  TrpscêuTjqç,  est 
appelé  ysfwv  dans  Pollux,  et  vice  versâ.  Au  reste ,  il  est  évi¬ 
dent  que  ce  dernier  a  mal  rapporté  les  paroles  de  l’auteur 
hippocratique;  car  la  vieillesse  ne  peut  commencer  à  la 
42e  année ,  ainsi  que  Pollux  le  fait  dire ,  par  son  arrange¬ 
ment,  à  l’auteur  du  traité  des  Semaines. 

Galien  pensait  que  le  traité  des  Semaines  n’appartenait 
pas  à  Hippocrate-,  cependant  il  le  cite  plusieurs  fois.  Yoyons 
si  les  citations  de  Galien  se  retrouvent  dans  le  traducteur 
latin  :  «  Ceux  qui  partagent  l’année  en  sept  saisons,  dit  le 


INTRODUCTION’ . 


388 

«  médecin  de  Pergame,  étendent  l’été  jusqu’au  lever  de  Si- 
«  rius,  et ,  de  là  jusqu’au  lever  d’Arcturus,  ils  font  la  saison 
«  des  fruits.  Les  mêmes  autéurs  divisent  l’hiver  en  trois  par- 
«  ties  :  la  partie  intermédiaire  enferme  le  solstice  ;  en  deçà 
-<(  se  trouve  le  temps  de  l’ensemencement  ;  au-delà  celui  de 
.«  la  plantation  :  car  ce  sont  là  les  noms  qu’ils  donnent  à  la 
«  première  et  à  la  troisième  parties  de  l’hiver.  Dans  le  traité 
«  des  Semaines ,  qui  est  attribué  à  Hippocrate,  on  trouve 
«  l’année  partagée  en  sept;  l’automne  et  le  printemps  n’ont 
«  subi  aucune  division  ;  mais  l’hiver  est  coupé  en  trois ,  et 
«  l’été  en  deux4.  » 

On  lit  dans  le.  manuscrit  7027  :  «  T-empora  autem  annua- 
«  lia  septima  :  sunt  autem  hæc,  sementatio,  hiems ,  plan¬ 
te  tatio,  vera- estas,  autumnus,  post  au.tumnus.  »  Ce  texte 
se  rapporte  évidemment  à  la  division  de  l’année  en  sept 
parties,. dont  parle  Galien,  Mais  deux  fautes,  dues,  l’une  au 
copiste,  l’autre  au  traducteur,  l’obscurcissent.  Il  faut  le  res¬ 
tituer.  D’abord,  il  est  clair  qu’au  lieu  de  vera  estas ,  on  doit 
lire  :  ver ,  æstas.  C’est  là  une  faute  de  copiste.  Quant  au 
traducteur ,  voici  ce  qui  l’a  embarrassé  :  dans  cette  division 
de  l’année  en  sept,  l’été  était  partagé  en  deux  saisons.  Ga¬ 
lien  a  dit  le  nom  de  ces  deux  saisons  dans  le  passage  que  je 

1  Kat  osoi  tov  iviau-ov  stç  £'  Tsavouotv  wpaç,  a/ pi  jjlsv  invzolr^ 
tou  xuvoç  ixTstvouffc  to  ôspoç,  IvtsûQsv  os  pij^ptç  àp/.TOu^ou  t ry  oerto- 
pav.  Ot  o’auTOt  xat  tov  ysiutova  Tpiy?)  Tepivouat,  ascov  [xsv  aurov 

TTOtOUVTSÇ  TOV  TTcpt  TOCÇ  TpOTtàç  ypOVOV  *  TOUÇ  S’IxaTSptoôSV  TOuSs,  G7Z0- 

pTjTOv  pLsv  7rpo56sv  ,  ©uxaMav  os  tov  Irspov  *  auTOt  yàp  outwç  ovoaa- 
souot*  xat  jxsvtoi  xàv  tw  Hspt  'EêooptaScov  'LrjroxpaTouç  S7TtYpacpo- 
[xsvw  ^léÀtü)  Sivjpr^jLsvov  Iotiv  supsîv  tov  Ivtauxov  sïç  il rrà,  tou  piv 
<pOtvo7T(6pou  xat  tou  Tjpoç  aTpfrcov  TrsçuXayptsvtûv ,  TgT{jtrnusvcov  tou 
txèv  ysiawvoq  etç  TpCa  pipr, ,  tou  os  ôlpouç  eîç  ouo.Tome  v,  p.  547, 
Ed.  Basil. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  389 

viens  de  citer,  et  on  le  trouve  aussi  dans  la  suite  du  traité 
des  Semaines  que  le  manuscrit  7027  contient.  Elles  s’appe¬ 
laient  été  et  saison  des  fruits ,  ôspo;,  <W>pa.  Or,  l’automne  se 
dit  en  grec  <pôivo7rc*>pov.  Cette  coïncidence  a  embarrassé  le 
traducteur,  qui  a  mis  grossièrement  autumnus ,  post  au- 
tumnus.  Il  faut  donc  lire  tout  ce  passage  de  la  manière  sui¬ 
vante  :  «  L’année  est  divisée  en  sept  parties,  qui  sont  :  l’en- 
«  semencement,  l’hiver,  la  plantation ,  le  printemps,  l’été, 

«  la  saiscn  des  fruits  et  l’automne.»  Ce  qui  est,  en  tout  point, 
concordant  avec  le  passage,  cité  plus  haut,  de  Galien. 

Hippocrate  ayant  dit,  dans  un  aphorisme,  que  les  ma¬ 
ladies  sont  moins  dangereuses  lorsque  la  nature  en  est 
conforme  à  la  saison,  Galien  observe  dans  son  Commentaire , 
t.  v ,  p.  247 ,  Ed.  Bas. ,  que  :  «  le  contraire  est  soutenu  par 
«  Dioclès  et  par  l’auteur  du  traité  des  Semaines ,  qui  pré- 
a  tendent  que  les  maladies  sont  aggravées  par  les  circon- 
«  stances  conformes  à  leur  nature,  et  diminuées  par  les 
«  circonstances  contraires.  »  Ceci  est  un  peu  obscur;  je 
vais  l’éclaircir.  La  fièvre  ardente  ou  causus ,  par  exemple  , 
était,  d’après  la  doctrine  hippocratique,,  une  maladie  moins 
dangereuse  ên  été ,  où  la  saison  était  conforme  aux  symp¬ 
tômes  mêmes  qui  la  caractérisent ,  qu’èn  hiver.  Dioclès  de 
Caryste'et  l’auteur  du  traité  des  Semaines  professaient  une 
doctrine  opposée  :  suivant  eux ,  la  fièvre  ardente  était  plus 
facile  à  guérir  en  hiver  qu’en  été,  parce  que,  dans  cette 
dernière  saison,  elle  empruntait  des  forces  aux  circonstances 
atmosphériques.  Cette  dernière  opinion  est  textuellement 
dans  le  manuscrit  7027.  On  y  lit  :  «  Nihil  molestum  si  non 
te  tempus  ipsum  ipsis  ægritudinibus  colluctetur.  Plerumque 
«  enim  non  obtinet nalura  hominis  mundi  virtutem.  »  C’est-, 
à-dire  :  <(  Bien  ne  sera  fâcheux  si  la  saison  ellermême  n’est 
«  pas  l’auxiliaire  des  maladies.  Car,  en  général ,  la  consti- 


INTRODUCTION.  . 


390 

«  tutioû  humaine  ne  peut  triompher  de  la  force  de  l’en- 
«  semble  des  choses.  »  On  voit  que  Galien  a  bien  cité ,  et 
que  notre  traducteur  a  reproduit ,  dans  son  latin  barbare,  le 
texte  de  son  auteur  d’une  manière  reconnaissable. 

Il  avait  même  un  texte  correct  sous  les  yeux ,  ainsi  que 
je  vais  le  faire  voir.  La  phrase  citée  plus  haut  a  été,  avec 
un  autre  long  morceau  du  traité  des  Semaines,  insérée  (je 
le  dis  ici  par  anticipation  )  dans  le  livre  des  Jours  critiques , 
compilation  formée  avec  des  lambeaux  d’ouvrages  hippo¬ 
cratiques,  et  entr’autres  de  celui-là  -,  mais  elle  y  a  été  in¬ 
sérée  différemment  suivant  les  différentes  éditions.  Dans 
quelques-unes,  celle  deFroben  entr’autres,  p.  388,  elle  est 
ainsi  imprimée  :  làv  a?jrzri  ts  rL  wp'/j  -zoi  vQU<sàrçfJt.aTi 
Leçon  fautive;  une  négation  est  omise ,  il  faut  lire  :  làv  ur) 
wrzri  ts.  Le  sens  l’indique;  la  citation  de  Galien  le  prouve , 
et  d’ailleurs,  ce  qui  ôte  à  cette  correction  l’apparence  même 
d’une  conjecture ,  plusieurs  manuscrits ,  entr’autres  ceux  du 
Vatican  et  le  n°  2l4l  de  la  Bibliothèque  royale  de  Paris , 
présentent  la  négation.  Fces,  iVIack,  Kühn  ont  bien  vu 
qu’elle  était  nécessaire  ;  et ,  sans  l’admettre,  dans,  leur  texte 
grec,  ils  l’ont  admise  dans  leur  traduction.  IP  est  facile  de 
s’expliquer  comment  cette  négation  a  disparu  dans  plu¬ 
sieurs  manuscrits  :  comme  la  phrase  en  question  était  con¬ 
traire  à  un  aphorisme,  un  copiste ,  se  croyant  fort  habile, 
l’y  a  rendue  conforme  en  supprimant  le  Mais  notre  tra¬ 
ducteur  latin,  qui,  lui,  traduisait  sur  le  texte  même  du 
traité  des  Semaines ,  n’a  pu  commettre  une  pareille  erreur  ; 
et  le  non  occupe ,  dans  sa  phrase ,  la  même  place  que  le  pi 
dans  la  phrase  grecque: 

.  Galien,  cherchant  à  expliquer  un  passage  difficile  du 
6e  livre  des  Épidémies  :  l’âme  de.  Thomme  se  produit  sans 
Cesse  jusqu  à  la  mort  (  avOpw-rrou  <pjyv;  àçl  çusrat  aypt  Oivaro'.  ; . 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  391 

dit  :  «  Si  l’on  trouvait,  dans  quelqu’un  des  véritables  écrits 
«  d’Hippocrate,  une  explication  sur  l’essence  de  l’âme,  ainsi 
«  que  Fauteur  du  traité  des  Semaines  en  a  donné  une,  je- 
«  pourrais  essayer  d’interpréter  le  mot  çuscai  (T.  v,  p.  509, 

«  Ed.  Bas.  ). .»  Ce  passage  apprend  que  le  traité  des  Se¬ 
maines  contenait  une  explication  sur  l’essence  de  l’âme.  Or, 
notre  traducteur  latin  dit  :  «  Ubi  dico  hominis  animam,  dico 
«  originale  calidum  frigido  consitum.  Quand  je  dis  l’âme  de 
«  l’homme,  je  dis  le  chaud  élémentaire  mêlé  au  froid.  » 

Il  explique  un  peu  plus  bas  ce  qu’il  entend  par  là.  A  cette 
explication  se  .rapporte  une  autre  citation  de  Galien.  Celui-ci 
dit,  t  v,  p.  510  :  «  Les  stoïciens  prétendent  que  l’âme,  pour 
«  persister,  a  besoin  non  seulement  d’aliments,  mais  aussi 
«  d’air-,  et  il  y  en  a  qui ,  d’après  çe  qu’on  lit  dans  le  traité 
des  Semaines ,  assurent  qu’Hippocrate  est  Fauteur  de  cette 
«  opinion.  »  Il  faut  donc  que  nous  trouvions,  dans  notre 
traduction  latine,  un  passage  où  l’âme  soit  entretenue,  non 
seulement  par  la  nourriture ,  mais  encore  par  l’air.  Le  pas¬ 
sage  s’y  trouve  en  effet  ;  mais  la  barbarie  du  traducteur  l’a 
tellement  obscurci ,  qu’on,  y  voit  seulement  qu’il  s’agit  de 
ràme,  de  la  chaleur  primitive,  de  la  nourriture  et  de  l’air. 

On  lit  dans  le  Glossaire  des.  mots  hippocratiques,  composé 
par  Galien  :  «  Au-ccopov.ov ,  qui  se  meut  de  soi-même,  auxo yJ.~ 
«  v/i'ov  ,  ainsi  qu’il  est  dit  dans  le  traité  des  Semaines .  »  Le 
manuscrit  latin  donne  per  se  transeuntia  qui ,  se  rapportant 
aux  astres,  est  bien  la  traduction  d’aùTo§pop.ov. 

On  trouve  un  peu  plus  loin  dans  le  même  Glossaire  : 
t  ’AxptTov  Trdqoç,  comme  àSiaxptTov.  Ce  mot  se  lit  dans  le  traité 
«  des  Semaines ,  et  est  dit  de  l’espace  au-delà  du  monde,  de 
«  l’infini ,  du  vide  sans  forme.  (  EïprjTai  oè  h  tw  ITsp\  'Eê&oaa- . 

U  OOÇ  £7t\  TOU  U.ETOC  TOV  X0(7«.0V ,  7]T0t  aTEf'p OU,  %  0T0V  ÀS'.XTUTtiOT OJ 

«  xevot».  )»  Le  manuscrit  latin  a  traduit  ces  mots,  certaine- 


I>TR01>üCTION. 


392 

ment  difficiles,  par  inseparabilis  solitas  ;  la  traduction  n’est 
pas  élégante ,  mais  elle  est  fidèle. 

Il  y  a  encore  deux  passages  où  Galien  ,  sans  citer  le  traité 
des  Semaines ,  y  fait  cependant  allusion.  On  ne  pouvait  s’en 
apercevoir  qu’en  ayant  le  traité  sous  les -yeux.-  <c  II  n’est  pas 
«  besoin ,  dit-il,  de  démonstration  pour  établir  que  l’être 
«  vivant  jouit  de  la  santé  quand  il  deméure  dans  les  limites 
«  de  la  composition  des  qualités  élémentairës ,  c’est-à-dire, 
«  quand  le  chaud  et  le  froid,  comme  dit  Hippocrate,  sont 
«  dans  des  rapports  convenables  de  mélange  l’un  avec  l’au- 
r  tre.  Mais  si  l’un  l’emporte  sur  l’autre,  il  survient  des  ma- 
«  ladies  conformes  à  la  nature  de  la  cause  qui  prédomine  ;  des 
«  inflammations,  des  érysipèles,  des  affections  cutanées  ron¬ 
ce  géantes, des  anthrax, des  fièvres  ardentes  et  inflammatoires, 
«  et  toutes  les  maladies  fébriles,  quand  c’est  le  chaud  élé- 
«  mentaire  qui  a  la  prépondérance  *,  des  convulsions,  des  téta- 
cc  nos,  des  palpitations,  des  engourdissements,  des  paralysies 
«  et  des  épilepsies,  quand  c’est  le  froid  élémentaire  qui  est  en 
ce  excès  (  Du  tremblement ,  des  convulsions  et  des  frissons,  t 
cc  3,  p.  369,  Ed.  Bas.  ).  »  C’est  le- développement  de  ce  pas¬ 
sage  du  livre  des  Semaines  où  l’auteur  dit  :  «  Quand  le  chaud 
cc  et  le  froid  élémentaires  qui  constituent  le  principe  vital, 
cc  sont  en  parties  égales ,  l’homme  demeure  en  santé  :  mais 
cc  si  le  chaud  l’emporte  sur  le  froid,  le  corps  devient  d’au- 
cc  tant  plus  malade  que  l’inégalité  est  plus  grande.  » 

Galien  a ,  dans  son  opuscule  sur  le  Marasme  i  une  citation 
qu’il  faut  aussi  rapporter  au  traité  des  Semaines .  La  voici  : 
cc  Hippocrate  a  dit  :  le  chaud  qui  a  produit  nos  corps  est  aussi 
cc  pour  nous  une  cause  de  destruction.  »  (’Dncoxperrrçç  û~z  •  xsl 

CMCOXTSIVSI  TÔtVUV  TO  ÔspfAOV  OTCSp  SCpiKTS  là  GWfiaTS,  t.  3  ,  p. 

374  ).  D’abord  il  faut  remarquer  que  Galien  ajoute  ‘que  ce 
passage  est  emprunté  à  un  livre  faussement  attribué  à  Hip- 


j)JE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  393 

pocrate.  Mais  ce  qui  lève  toute  difficulté  pour  savoir  ce  qu’est 
ce  livré,  c’est  que  je  retrouve  ce  passage  dans  le  traité  des 
Semaines .  Le  Yoici  tout  entier,  Galien  n’en  a  cité  qu’une 
partie  :  «  Le  chaud  fait  croître  les  corps  et  les  altère ,  guérit 
<c  les  maladies  et  engendre  les  fièvres ,  et  il  cause  la  mort  des 
«  êtres  dont  il  a  organisé  le  corps.  » 

Yoiîà  tous  les  renseignements  fournis  par  Galien  sur  le 
traité  des  Semaines .  Ils  concordent  minutieusement  avec  la 
traduction  ignorée  qui  se  trouve  dans  le  manuscrit  7027. 
Ces  preuves  suffiraient  pour  montrer  que  nous  avons  réelle¬ 
ment  sous  les  yeux  le  traité  des  Semaines  attribué  dans  l’an¬ 
tiquité  à  Hippocrate.  Mais  d’autres  auteurs  ont  aussi  parlé 
de  ce  livre  5  et  leurs  citations  se  retrouvent  également. 

Censorin ,  qui  vivait  sous  Gordien  dans  la  première  moitié 
du  troisième  siècle  après  Jésus-Christ,  cite  Hippocrate  et  la 
division  de  la  vie  en  semaines  :  «  Hippocrates  medicus  in 
«  septem  gradus  ætates  distribué  5  finem  primæ  putavit  sep- 
«  timum  ;  secundæ  decimum  quartum  ;  tertiæ  vigesimum 
«  octavum quartæ  trigesimum  quintum;  quintæ  quadrage- 
«  simum  secundum  ;  sextæ  quinquagesimum  secundum  ; 
«  septimæ  novissimum  annum  vitæ  humanæ  (  De  Die  na- 
tali ,  p.  98).»  Macrobe,  venu  un  peu  après  Censorin,  ne  cite 
paSj  il  est  vrai,  le  livre  des  Semaines ;  mais  il  y  fait  d’é¬ 
vidents  emprunts  sur  la  vie  de  l’homme ,  sur  les  sept  voyel¬ 
les  ,  les  sept  organes  des  sens  (  In  somnium  Scipionis ,  lib.  I, 
cap.  6). 

Saint  Ambroise,  célébrant  la  semaine  (  Epist.  YH ,  39) , 
ne  manque  pas  de  citer  Hippocrate  :  «  Celebretur  itaque 
«  hebdomas ,  eo  quod  per  septem  ætates  vita  hominum  us- 
«  que  ad  senectutemtranscurritur,  sicut  Hippocrates  medi- 
«  cinæ  magister  scriptis  explicuit  suis.  Prima  ætas  infantia 
«  est,  secunda  pueritia ,  tertia  adolescentia,  quartajuven- 


394  INTRODUCTION. 

«  tus,  quinta  virilis  ætas,  sexta  ævi  maturitas,  septima  se- 
«  nectus.  Est  ergo  infans,  puer,  adolescens,  juvenis,  vir, 
«  veteranus,  senex.  Ergo  Hippocrates  vel  septem  ætates  vel 
<c  hebdomadas  ætatum  norit;  in  illis  se  hebdomas  præferet.» 
On  voit  combien  cette  division  de  la  vie  en  semaines  avait 
plu  aux  écrivains  de  l’antiquité. 

Chailcidius,  qui  vivait  sous  ArcadiuS,  consacre  un  assez  long 
paragraphe  aux  propriétés  du  nombre  sept  :  «  Ce  nombre 
<(  est  regardé  comme  le  meilleur,  parce  qu’on  a  observé  qu’il 
«  était  la  règle  de  beaucoup  de  phénomènes  produits  par  les 
«  lois  naturelles.  D’abord,  les  naissances  à  sept  mois  sont, 
«  dans  l’espèce  humaine,  légitimes  avant  toute  autre.  En- 
«  suite,  c’est  après  le  septième  mois  que  les  dents  poussent , 
«  après  la  septième  année  qu’elles  changent.  Le  mêmenom- 
«  bre,  au  bout  de  la  seconde  semaine  d’années,  apporte  aux 
«  deux  sexes  la  puberté ,  époque  où  ils  sont  aptes  à  se  repro-' 
«  duire  ;  à  la  troisième  semaine  se  montre  un  duvet  naissant 
«  sur  les  joues.  La  quatrième  termine  l’accroissement  de  la 
«  stature  5  la  cinquième  donne  toute  sa  perfection  à  l’âge  de 
«  la  jeunesse.  L’expérience  a  fait  voir  que ,  dans  les  mala  - 
<c  dies,  les  mouvements  se  faisaient  suivant  lé  même  nom- 
«  bre  j  et  Hippocrate ,  qui  traite  de  ces  faits  dans  la  plupart 
«  de  ses  livres,  compte,  dans  ceiui  qu’il  a  particulièrement 
«  consacré  aux  semaines. ,  sept  ouvertures  des  sens  placées 
«  dans  la  tête,  les  yeux,  les  oreilles,  les  narines  et  la  bouche. 
«  Les  parties  vitales  sont  en  même  nombre,  la  langue,  le  pou¬ 
ce  mon ,  le  cœur,  la  rate,  le  foie ,  les  deux  reins.  On  compte 
<c  autant  de  voyelles  qui  adoucissent  la  rudesse  des  çorïson- 
«  nés  ;  et  les  phases  diverses  sous  lesquelles  se  montre  la  lune 
«  croissante  et  décroissante,  .sont  réglées  de  la  même  ma- 
«nière.  »  (  Commentaire  sur  le  Timëe  de  Platon  ,  p.  -U  1  et 
11*2,  Ed. Meursius,  Lugd.  Bat.,  1617.) 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  395 

Ce  que  Chalcidius  dit  sur  la  division  de  la  vie  de  l’homme , 
est  emprunté  au  traité  des  Semaines.  Le  reste  Test  égale¬ 
ment.  La  phrase  relative  aux  mouvements  critiques  qui  sont 
réglés  par  les  septénaires,  en  dérive.  «  Solvuntur  febres,  dit 
«  le  manuscrit  7027,  septima  autnona ,  aut  undecima,  aut 
«  quarta  décima  in  secunda  hebdomada,  aut  una  et  vigesima 
«  in  tertia  hebdomada,  aut  vigesima  octava  in  quarta  hebdo- 
«  mada.  »  Les  passages  relatifs  aux  sens,  aux  parties  vita¬ 
les,  aux  phases  de  la  lune ,  y  sont  également  ;  et  quant  aux 
voyelles,  on  y  lit  :  «  Et  ipsius  quidem  vocis  septem  vocalium 
inarticulatio.  » 

Favonius-Eulogius,  rhéteur  carthaginois  ,  cite  le  traité  des 
Semaines  :  «  Hippocrates  Cous ,  naturæ  serutator  egregius , 
«  hune  numerum  septenarium  in  libris ,  quos  Hep*  éocoudco» 
«.  appellat ,  ait  creandis  inesse  corporibusj  nam  semen  fu- 
«  sum  et  fomite  matris  exceptum  septimo  die  in  sanguinem 
«commutari,  septimo  mense  perfici,  ac  plerumque  nasci 
«  legitimam  partûs  dinumerationem  mansurum  (  au  lieu  de 
«  mansurum  qui  ne  fait  aucun  sens ,  je  propose  de  lire  emen- 
«  sum),  infantiumque  dentes  a  septimo  mense  prorumpere, 
«  septimo  mutari  anno ,  bis  septimo  incipere  pubertatem, 
«  ter  septeno  florern  barbæ  juvenilis  absolvi,  quatuor  autem 
«  annorum  hebdomadibus  evolutis  statûræ  creseeo.tis  terrni- 
«  num  fieri ,  nec  ultra  proceritatem  posse  prccedere  (  In  Ci- 
«  ceronis  somnium  Scipionis  disputatio  ad  V.  C.  Superium 
«  cos.  provinciæ  Bizacenœ,  p.  17,  Antv,  1613).  »  La  fin  re¬ 
lative  à  la  division  de  la  vie  de  l’homme  en  semaines  d’an¬ 
nées  est  conforme  aux  citations  qui  ont  été  rapportées  plus 
haut.  Le  commencement  est  aussi  dans  le  manuscrit  7027  : 
«  Is'ecesse  est  septenario  haberi  definitionem  septem  dierum 
«  in  coagulationem  seminis  humani ,  et  inde  fbrmationem 

naturæ  hominis;  însuper  perfici  prôpter  hoc  partus.  » 


396 


INTRODUCTION. 


Nous  rencontrons  un  médecin  qui  s’appuie  du  témoignage 
de  l’auteur  dont  la  traduction  latine  est  restée  ignorée  dans 
la  Bibliothèque  royale.  Aétius  (  Tetrab.,  sermo  i ,  cap.  83) 
dit  :  «La  fièvre  quarte. exquise  attaqué  tous  les  âges.  Hippo- 
«  crate,  dans  son  livre  du  Nombre  septénaire ,  signale  depré- 
«  féjrence  la  vigueur  de  l’âge  :  il  paraît  assurer  que  la  même 
«  personne  n’est  pas  atteinte  deux  fois  par  cette  maladie.  Il 
«  s’exprime  ainsi  :  D'abord ,  la  fièvre  quarte  ri  attaque  pas 
«  deux  fois  le  même  homme  ;  elle  ne  Va  jamais  attaqué  et  ne 
«  V attaquera  jamais  une  fois  qu’il  aura  été  guéri.  ». 

Ce  passage ,  cité  par  Aétius,  ne  se  trouve  dans  aucun  des 
traités  que  nous  possédons  aujourd’hui  sous  le’nom  d’Hip- 
pocrâte  j  mais  il  est  tout  entier  dans  le  manuscrit  7027.  On  y 
lit  :  ((  Primum  quidem  quartana  febre  bis  idem  neque  exa- 
«  gitatus  est ,  née  de  cætero  exagitabitur,  si  semel  salvus 
«  fuerit.  Secundum  uniuscujusque  hominum  matura  ætas 
«  necessario  et  stabilita  natura  hominis.  »  Rejes  (  Camp. 
Elys.  qùœst. ,  quæstio  71,  p.  954),  rapportant  cette  citation 
d’ Aétius,  dit  que  nous  devons  croire  cet  auteur  assurant 
avoir  pris  le  texte  sur  la  fièvre  quarte  dans  un  écrit  attribué 
à  Hippocrate.  La  traduction  latine  que  je  viens  de  rapporter 
ne  laisse  aucun  doute  sur  la  fidélité  d’ Aétius,  qui,  à  son  tour, 
prouverait  l’authenticité  de  la  traduction ,  si  celte  authenti¬ 
cité  n’était  pas  d’ailleurs  surabondamment  établie  par  tous 
les  témoignages  que  j’ai  réunis. 

Un  commentateur  d’Hippocrate,  Etienne,  met  en  regard 
la  division  de  la  vie  en  sept  qu’on  lit  dans  le  traité  des  Semai¬ 
nes  ,  de  la  division  en  quatre  que  présentent  les  Aphorismes , 
et  il  attribue  ces  deux  livres  au  même  auteur.  «  Hippocrate, 
«  dit-il  dans  son  commentaire  sur  les  Aphorismes,  partage 
«  diversement  les  âges,  tantôt  en  sept ,  comme  dans  le  traité 
«  des  Semaines ,  tantôt’ en  quatre,  qui  sont  l’enfance,  la  jeu- 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN'  PARTICULIER.  397 

«  nesse ,  le  déclin  et  la  vieillesse  (  Schol.  in  Hipp. ,  t.  n , 
«  p.  276,  Ed.  Dietz).  »  Plus  Ioin.(p.  373),  il  revient  sur  le 
même  sujet  ;  ((.Suivant  Hippocrate,  il  y  a  sept  âges  :  l’en- 
«  fance,  qui  est  aussi  appelée  l’âge  de  l’allaitement,  la  pousse 
«  des  dents ,  l’adolescence,  la  jeunesse ,  l’âge  viril ,  le  dé- 
((  clin ,  la  vieillesse.'  » 

L’ouvrage  intitulé  Theologoumena  arithmetices  (p.  43)  et 
Moschopouios  (Hspl  2/sâcov,  p.  m.  134)  citent  le  même  pas¬ 
sage  quePhilon  le  juif,  avec  de  très  légères  différences  que 
je  signale  pour  la  comparaison  des  textes.  On  y  lit  Itc'wv  au 
lieu  d’sTwv;  lç  Ta  SU  lirra ,  qui  est  la  vraie  leçon ,  au  lieu  de 
Éirri  SU  ê-nzà,  qui  ne  vaut  rien-,  S’sct’,  après  vsavi'cxoç;  et 
etcüv  est  ajouté  avant  le  second  -sv-fc ovxa. 

Là  se  bornent  les  témoignages  de  l’antiquité  sûr  ce  traité. 
On  voit  qu’il  a  été  fréquemment  cité,  et,  après  cette  accu¬ 
mulation  de  preuves,  il  ne  reste  plus  aucun  doute  sur  ce 
point  ,  que  nous  possédons,  du  traité  des  Semaines ,  dont 
l’original  est  perdu,  une  traduction  latine  qui,  bien  que 
barbare  au  dernier  degré ,  peut  nous  en  donner  une  idée 
suffisante.  Le  hasard  rend  ainsi  à  la  lumière  un  ouvrage  qui 
a  eu  une  certaine  autorité  parmi  les  anciens ,  et  qui ,  s’il 
n’est  pas  d’Hippocrate ,  a  du  moins  été  placé  de  très  bonne 
heure  à  côté  de  tant  d’autres  ouvrages  parmi  la  collection 
qui  porte  le  nom  du  Père  de  la  médecine. 

Il  est  étonnant  combien  l’exhumation  d’un  livré  regardé 
comme  perdu  jette  de  lumières  inattendues.  Dans  cette 
traduction  latine ,  je  n’ai  pas  trouvé  seulement  la  reproduc¬ 
tion  du  traité  que  Philon  et  Galien  avaient  eu  sous  les  yeux  ; 
il  en  est  résulté  pour  moi  la  preuve  que  nous  possédions  en 
grec ,  sans  nous  en  douter,  deux  morceaux  assez  longs  du 
livre  des  Semaines ,  l’un  qui  est  inséré  dans  le  prétendu 
livre  des  Jours  critiques  ,  et  l’autre  qui  constitue  ce 


INTRODUCTION. 


398 

qu’on  appelle  la  huitième  section  des  Aphorismes  /  et  que 
certains  traités ,  qui  portent  aujourd’hui  le  nom  d’Hippo¬ 
crate  -,  et  qui  sont  une  compilation  de  fragments  d’autres 
traités ,  ont  été  compilés  à  une  époque  où  l’original  grec 
du  livre  des  Semaines  existait  encore  -,  de  telle  sorte  que 
nous  voyons' démontré  clairement  par  là  comment  il  se  fait 
que  nous  avons  aujourd’hui  plus  de  traités  hippocratiques 
que  n’en  connurent  l’école  d’Alexandrie  et  Galien. 

On  a ,  dans  toutes  les  éditions  d  Hippccrate ,  un  traité  in¬ 
titulé  des  Jours  critiques  (IIspi  xpiuipnov  ).  Le  commencement 
est  un  fragment  du  premier  livre  des  Épidémies ,  le  reste  se 
retrouve  dans  les  autres  traités ,  excepté  un  long  morceau 
dont  voici  la  traduction  :  «  C’est  le  présage  le  plus  favorable 
«  pour  le  salut  des  malades  que  le  causus  ne  soit  pas  contre 
«  nature.  La  môme  règle  s’applique  aux  autres  maladies  ; 
cc  car  rien  de  funeste ,  rien  de  mortel  nie  survient  quand  les 
«  choses  sont  conformes  à  la  nature.  Une  seconde  circon- 
«  stance  heureuse,  c’est  que  la  saison  elle-même  ne  soit  pas 
«  l’auxiliaire  de  la  maladie  ;  car,  en  général ,  la  force  de  la 
«  constitution  humaine  ne  triomphe  pas  de  la  force  de  i’en- 
«  semble  des  choses.  Ensuite  l'amaigrissement  de  la  face  et 
le  repos  dans  les  veines  des  bras,  des  coins  des  yeux  et 
«  sourcils,  si  elles  battaient  auparavant,  est  d’un  bon  augure. 
«  Dans  ce  cas,  si  la  voix  devient  plus  faible  et  plus  douce,  la 
«  respiration  plus  rare  et  plus  légère,  il  faut  attendre  une 
«  amélioration  de  la  maladie  pour  le  lendemain.  Il  est  des 
«  signes  qui  doivent  être  examinés  pour  les  crises,  à  savoir 
«  si  la  base  de  la  langue  est  enduite  d’une  salive  blanche ,  et 
«  si  l’extrémité  de  cet  organe  en  est  également  recouverte , 
«  mais  à  un  moindre  degré.  Si  cet  enduit  est  peu  épais,  le 
«  mal  s’amendera  le  troisième  jour;  s’il  l’est  davantage,  le 
«  second  jour;  s’il  l’est  encore  davantage,  le  jour  même.  Le 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  399 

blanc  des  yeux  prend  nécessairement  une  teinte  livide  au 
début  delà  maladie,  quand  elle  est  violente.  Si  donc  le 
«  blanc  devient  pur,  c’est  un  signe  de  guérison,  plus  lente , 
«  si  la  blancheur  vient  lentement;  plus  prompte,  si  elle  p⬠
te  raît  promptement.1-  » 

Voici  le  morceau  correspondant  dans  le  manuscrit  7027  : 
«  Maximum  autem  signum  ægrotantium  qui  evasuri  sunt , 
«  est  si  secundum  naturam  fuerit  causus;  sed  aliis  quidem 
«  morbis  similiter  ;  nihil  enim  molestum  secundum  naturam 
c  nasceritibus  malis  neque  mortiferum.*  Secundo  autem ,  si 
«  non  tempus  ipsum  ipsi  ægritudirii  colluctetur  ;  plerumque 
«  enim  non  obtinet  natura  hominis  mundi  virtutem.  Deinde, 
«  si  quæ  sunt  circa  faciem  extenuantur,  et  venæ  quæ  in  ma- 
nibus  et  in  angulis  oculorum  et  superciliis,  tranquillitatem 
habeant,  in  præterito  non  tranquillæ.  Vox  autem  et  imbe- 

1  Meyierrov  totvjv.  CTjfxstov  fv  toïct  u.sXXouct  ’z&v  xau-vovrcov  8icd- 
çacQat ,  sàv  ptr,  tapa  ©ùatv  f  ê  xauooç*  xat  TaXXa  8k  vouavqaaTa 
wtauTooç*  oùos  yàp'ostvov  t£5v  xat  à  oùatv  ytvstat ,  ouSs  ôavatwosç. 
Asutepov  os,  soev  (uty;)  aü-nq  ts  f  wprf  tw  voutnqjjtaTt  çupLULayjqarj  *  wçyàp 
sort  to  oroXù  où  vota  f|  tou  àvOpcoîTOU  cpùotç  tTjv  tou  éiXou  Sùvapttv  • 
|-£ita  os,  f,v  ta  rapt  to  Trpoooj—ov  ic^vatv/j-at ,  xat  ai  cpXsêsç  at  sv 
trot  ’/spet  xat  Iv  totet  xavôoïotxat  Ira  T/jotv  cfepucrtv.fGuyaiv  sytoci, 
orporspov  pefj  uaujraÇouaat  *  toutco  os  fv  f  ©oovfj  vj  aaôsvs<rrspr,  xat 
XstoTspv)  ymjTat,  xat  to  Trvsupta  ptavoTspov  xat  Xsôctorspov ,  Iç  tf-v 
Iraouaav  fptspvjv  avsotç  t9;ç  vougou.  Tau  ta  oùv  ypf  .gxo— sstv  trpoç  tocç 
xptGtxç,  xat  st  to  Trapaotxpoüv  t9;ç  yXcomqç  ojgtc sp  GiaXcp  XsuxS  Irax- 
Xs testât,  xat  sv  axpr,  tt)  yXtoTrr,  txÙto  touto  ysysvoqTat.  cHggov  os  st 
af  ({xsv ?)  oùv  outxpà  taÛTa  si*/),  iç  Tf,v  Tptnqv  avsGtç  T7)ç  vougou* 
fv  os  Tt  Trayutspov  ,  auptov  *  fjv  Ss  Tt  xocyutspov ,  aù0r1asptvdv  *  touto 
os  ôxorav  twv  oçOaXatov  ta  Xsuxà  Iv  ccpyyi  uiv  tt)ç  vougou  avdyxv) 
asXatvsGÔat ,  iotv  toyur,  fj  vougoç*  TauTa  ouv  xaôapà  ytvoasvx  teXsiyjv 
uystTjV  CTjXoî  *  aTpspea  asv  SpaouTSpov  •  atpoopa  os  ytvdasvov,'  ôacGOV. 

Page  588,  Ed.  Frob. 


400  INTRODUCTION. 

«  cillior  et  lenior  facta  et  anhelitus  remollitus  et  tenuis  factus 
«  ad  supervenientem  diem  solutionem  morbi  (promittit). 
«  Hæc  ergo  oportet  ccntemplari  ad  crises ,  et  si  circa  sum- 
«  mam  linguam  veluti  saliva  illinitur  et  si  in  summa  lingua 
«  hoc  idem  fit,  minus  quidem;  si  tenue  hoc  fuerit.,  in  ter- 
«  tiiim  solutio  ægritudinis  ;  si  adhuc  grossiora  fuerint ,  cras- 
«  tino*,  si  adhuc  grossiora,  ipsa  die.  Hoc  autem,  oculorum 
«  albida  in  initio  ægritudinis  necesse  est  nigrescere ,  cum 
«  invaluerit  morbus.  Hæc  autem  munda  facta  sanitatem  os- 
«  tendunt ,  mediocriter  qui.dem  tardiorem ,  fortius  cele- 
«  riorem.  » 

De  là  résulte  que  la  compilation  qui  porte,  dansla  Collection 
hippocratique ,  le  nom  de  traité  des  Jours  critiques  et  qui  est 
inconnue  à  Galien,  a  été  faite  à  une  époque  où  le  texte  grec 
du  livre  sur  les  Semaines  existait  encore.  Rien  que  la  tra¬ 
duction  latine  enfouie  dans  le  manuscrit  7027  pouvait  faire 
reconnaître  la  présence  de  ce  fragment  emprunté  à  un  livre 
perdu.  Seulement  je  remarque  qu’en  comparant  le  court  pas¬ 
sage  où  Galien  dit  que  l’auteur  du  traité  des  Semaines  pense 
que  la  conformité  de  la  saison  aggrave  la  maladie,  avec  la 
compilation  des.  Jours  critiques ,  on  aurait  pu  naturellement 
penser  qu’au  moins  une  phrase  du  livre  des  Semaines  était 
incorporée  dans  ce  recueil  informe  de  fragments.  Plusieurs 
traités  que  l’antiquité  n’a  pas  connus  et  qu’il  est  impossible 
d’attribuer  ni  à  Hippocrate  ni  à  aucun  auteur  connu ,  sont 
certainement  dés  débris  de  livres  que  la  main  des  compila¬ 
teurs  a  mutilés.  Nous  possédons  tous  les.  écrits  hippocrati¬ 
ques  que  l’école ;d’ Alexandrie  et  Galien  connaissaient ,  ex¬ 
cepté  le  traité  des  Traits  et  des  Blessures  (  nspl  Tpacypumov  xat 
) ,  mentionné  par  Erotien,  le  traité  des  Blessures  gra¬ 
ves  (  nspl  oXsdpuav  TpaujjLaTtov  ) ,  cité  par  Galien*  un  livre  des 
Maladies ,  enfin  le  traité  des  Semaines.  Tout  le  reste ,  notre 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  401 

collection  actuelle  le  renferme ,  à  part  quelques  lacunes  et 
quelques  dérangements  dans  la  distribution.  Mais  il  s’y 
trouve  en  outre  plusieurs  livres  tels  que  ceux  sur  les  Jours 
critiques ,  sur  Y Anatomie ,  sur  la  Dentition ,  etc. ,  dont  nulle 
mention  n’est  faite  ni  dans  les  commentateurs  alexandrins, 
ni  dans  Érotien,  ni  dans  Galien.  Ces  livres  sont  ou  des  fra¬ 
gments  d’ouvrages  perdus  d’auteurs  ignorés ,  ou  une  réu¬ 
nion  de  passages  pris  dans  d’autres  livres  hippocratiques. 

L’emprunt  au  livre  des  Semaines  que  je  viens  de  signaler 
dans  le  livre  des  Jours  critiques ,  n’est  pas  le  seul  qui  se 
trouve,  sans  qu’aucun  éditeur  s’en  soit  encore  douté,  dans 
la  Collection  hippocratique.  Les  Aphorismes  sont  terminés 
par  une  huitième  section  que  l’on  désigne  dans  les  éditions 
sous  le  nom  à’ Aphorismes  faux.  Galien ,  en  mettant  fin  à 
son  commentaire ,  qui  s’arrête  au  dernier  aphorisme  de  la 
septième  section,  dit  :  «  Cet  aphorisme  est  le  dernier  dans 
la  plupart  des  manuscrits ,  mais  certains  exemplaires  con¬ 
tiennent  quelques  aphorismes  de  plus  CT.  V,  p.  329,  Ed. 
«  Bas.  ).  »  Ces  aphorismes,  signalés  par  Galien,  font  partie 
de  la  huitième  section  ;  le  reste  est  pris  dans  le  traité  des 
Semaines ,  ainsi  que  je  vais  le  montrer.  En  voici  la  tra¬ 
duction  : 

«  1°  Il  faut  faire  les  observations  suivantes  pour  savoir 
quand  un  malade  doit  succomber  ou  vivre.  » 

«  2°  Le  froid  et  la  rétraction  du  testicule  droit  sont  des 
«  signes  funestes.  » 

«  3°  Les  ongles  livides,  les  doigts  des  mains  et  des  pieds, 
froids,  rétractés  ou  relâchés,  annoncent  que  la  mort  est 
«  prochaine.  » 

«  4°  Les  lèvres  livides ,  pendantes,  renversées,  froides, 
«  sont  d’un  fâcheux  augure.  >> 

5°  Le  vertige,  la  crainte  de  la  lumière,  une  somno- 
tom.  i.  26 


INTRODUCTION. 


402 

«  lence  profonde  avec  une  grande  chaleur ,  indiquent  que 
«  tout  espoir  est  perdu.  » 

«  go  Le  malade  qui  ne  connaît  pas,  ni  n’entend,  ni  ne 
«  comprend  ,  est  perdu.  » 

«  7°  Tous  ces  signes  deviennent  manifestes  chez  ceux 
«  qui  vont  mourir;  et  le  ventre  se  gonfle  et  se  remplit 
«  d’air.  » 

«  8°  Le  terme  fixé  pour  la  mort  arrive  quand  le  feu ,  qui 
«  constitue  l’âme,  monte  au-dessus  de  l’ombilic  et  dans  les 
«  régions  supérieures  au  diaphragme ,  et  quand  tout  l’fiu- 
«  mide  est  consumé.  La  chaleur  étant  accumulée  dans  les 
«  organes  nécessaires  à  la  vie,  et  le  poumon  et  le  cœur 
«  ayant  perdu  toute  leur  humidité,  l’air  de  la  respiration 
«  entraîne  en  abondance  la  chaleur  qui  avait  consolidé  tou - 
«  tes  choses  ensemble.  L’âme,  en  partie  par  les  chairs ,  en 
«  partie  par  les  ouvertures  de  la  tête  qui  nous  font  vivre, 
«  s’échappe  du  domicile  du  corps ,  et  abandonne  ce  simu- 
«  lacre  froid  et  mortel  à  la  bile,  au  sang,  à  la  pituite  et  à  la 
«  chair.  » 

Ces  propositions  sont  dans  le  traité  des  Semaines  ;  elles  y 
sont  même  rangées  dans  le  même  ordre  ;  mais  elles  n’y  sont 
pas  tout-à-fait  contiguës,  et  sont  plus  ou  moins  séparées 
par  d’autres  phrases. 

«  1°  Hæc  quidem  in  febribus  et  in  acutis  morbis  ostenr 
«  dunt  mortem  et  vitam.  » 

«  2°  Testis  dexterinfrigida tus,  introretractus,  mortale. 

«  3°  Ungues  curvati  et  lividi  facti,  aut  nigri  aut  russaei , 
«  valde  mortale  5  et  digiti  frigidi  et  nigri  facti  et  curvati  valde 
“  maxime  mortem  ostendunt.  » 

«  4°  Hoc  autem,  labia  frigida  et  pendentia,  propinquat 
«  mori.  » 

«  5°  Hoc  autem,  quod  tenebras  appetunt  et  hommes 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  403 

aversati,  et  non  patientiam  sustinens,  sed  silentium 
«  appetens,  et  vigilans  labore  multo  et  gravide  possessus, 
«  sine  spe.  « 

Ce  passage  s’éloigne  davantage  du  passage  correspondant 
dont  j’ai  donné  la  traduction  plus  haut.  Cependant  on  trouve 
dans  le  grec  et  le  latin  la  preuve  qu’ils  se  rapportent  au 
•  même  original.En  effet,  «toxoomwv ,  répond  à  tenebras  appé¬ 
tit •  aTOGvpscpotAsvQç ,  à  homines  aversati  ;  xocts^ojasvqî,  à  gravide 
possessus,  et  àvsXirtsTo;,  à  sine  spe.  Le  texte  grec,  tel  qu’il  a 
été  conservé,  est  un  abrégé,  un  extrait,  où  des  mots  de 
l’original  ont  été  retranchés;  cela  est  évident  par  les  phra¬ 
ses  qui  se  trouvent  entre  ces  soi-disant  aphorismes  dans  la 
traduction  latine,  et  qui  ont  été  omises. 

«  6°  Hoc  autem ,  non  agnoscens,  neque  audiens,  neque 
«  intelligens,  valde  mortale  est.  » 

«  7°  Morituris  autem  omnibus  hæc  manifesta  fiunt  om- 
«  nia  5  et  ventres  dissolvuntur,  distenduntur  et  inflantur.  » 
«  8e  Definitio  autem  mortis  hæc  est  ;  cum  enim  calor  ani- 
«  mæ,  undique  ex  corpore  adducens  humorem,  ascenderit 
«  ad  superiora  thoracis,  et  exusserit  quod  omne  humoris 
«  constitutum  est  5  non  enim  aliud  corpus  frigidat;  et  pulmo 
«  et  cor  humorem  consumpserit ,  de  vapore  infusione  facta 
mortalibus  îoeis ,  exhalat  caloris  spiritus  et  pergit  illuc 
«  unde  constitit ,  in  aerem  ,■  aliud  per  ea  quæ  in  capite  sunt 
«  respiramina  quæ  de  vita  yocantur.  » 

Certes,  le  traducteur  latin  s’est  très  mal  tiré  de  tout  ce  pas¬ 
sage  »  à  la  vérité ,  assez  difficile  ;  mais  il  n’en  est  pas  moins 
eertain  qu’il  a  donné  assez  exactement,  quoique  sans  y  rien 
comprendre ,  la  traduction  du  texte  grec ,  sauf  les  dernières 
lignes.  Elles  manquent  dans  le  texte  latin,  soit  qu’elles 
n’appartiennent  pas  à  l’original  grec,  soit,  ce  qui  est  plus 
probable,  que  le  traducteur  ou  le  copiste  les  ait  omises. 


INTRODUCTION. 


404 

Parmi  les  aphorismes  de  la  huitième  section,  ceux  que 
j’ai  cités  sont  les  seuls  qui  se  retrouvent  dans  le  traité  des 
Semaines.  Les  autres  aphorismes  de  cette  section  proviennent 
d’une  source  qui  m’est  inconnue ,  et  qui  l’était  aussi  à  Ga¬ 
lien;  car  c’est  indubitablement  à  ceux-ci  qu’il  a  fait  allusion 
dans  le  passage  rapporté  un  peu  plus  haut.  Ces  aphorismes 
ajoutés,  qu’il  avait  vus  dans  quelques  exemplaires,  étaient 
les  aphorismes  qui  n’ont  pas  été  pris  dans  le  traité  des  Se¬ 
maines  ;  car,  s’ils  eussent  été  ceux  que  j’ai  cités  et  qui  font 
partie  de  ce. dernier  traité,  il  n’eût  pas  gardé  le  silence  sur 
cette  circonstance  5  il  eût  remarqué  qu’ils  n’étaient  qu’un 
centon  d’un  livre  connu-,  que,  par  cette  raison ,  ils  ne  pou¬ 
vaient  être  considérés  comme  des  aphorismes ,  et  que  cette 
addition  était  le  fait  de  quelque  copiste  maladroit.  Une 
considération  peut  encore  appuyer  ce  que  je  viens  de  dire  : 
c’est  que  les  aphorismes  empruntés  au  traité  des  Semaines 
ne  se  rencontrent  que  dans  un  très  petit  nombre  des  manu¬ 
scrits  grecs  qui  se  trouvent  dans  les  bibliothèques ,  tandis 
que  les  autres  aphorismes  de  la  huitième  section  ont  été  ad¬ 
mis  généralement  par  les  copistes.  De  ce  fait  il  faut  con¬ 
clure  ,  d'abord  que  les  copies  que  nous  avons  des  œuvres 
d’Hippocrate,  ont  été  faites,  pour  la  plupart ,  sur  les  exem¬ 
plaires  qui,  comme  nous  l’apprend  Galien,  présentaient 
l’addition  de  quelques  aphorismes;  en  second  lieu,  que 
cette  addition  a  été  plus  tard  augmentée  de  quelques  cen- 
tons  pris  dans  le  traité  des  Semaines  ;  ce  qui  a  produit  dans 
les  manuscrits  deux  éditions  du  texte  hippocratique,  l’une, 
plus  ancienne  et  plus  multipliée ,  ne  contenant  que  les  apho¬ 
rismes  surnuméraires  déjà  connus  de  Galien  ;  i’autre,  plus 
moderne  et  plus  rare,  enrichie,  dans  la  pensée  du  compi¬ 
lateur,  d’un  fragment  du  traité  des  Semaines. 

Aucun  éditeur  n’a  pu  dire  ce  qu’étaient  ces  aphorismes 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  405 

faux;  car  l’explication  manquait,  et  elle  ne  pouvait  être 
fournie  que  par  un  hasard  qui  ferait  retrouver  le  texte  ori¬ 
ginal  ou  une  traduction  comme  celle  que  renferme  le  ma¬ 
nuscrit  7027.  Gorter  (  Medicina  Hippocratica ,  p.  886)  dit 
qu’on  ne  sait  si  ces  aphorismes  appartiennent  à  Hippocrate 
ou  ont  été  supposés  par  quelque  autre;  mais  que,  comme 
les  anciens  ont  été  attachés  superstitieusement  au  nombre 
sept,  il  est  probable  qu’un  huitième  livre  des  Aphorismes 
n’a  pas  été  composé  par  Hippocrate.  D’abord,  rien  n’autorise 
à  croire  que  la  division  des  Aphorismes  en  livres  remonte 
jusqu’à  Hippocrate  lui-même  ;  ensuite  il  est  prouvé  par  le 
fait  que  le  plus  grand  nombre  de  ces  aphorismes  faux  a  été 
extrait  d’un  autre  traité.  Lefebvre*  de  Yillebrune,  dans  son 
édition  des  Aphorismes ,  les  omet  complètement ,  se  con¬ 
tentant  de  remarquer,  p.  343,  qu’il  les  a  négligés  comme 
inutiles  et  absurdes,  avecMeletius,  Philotheus,  les  Arabes 
et  plusieurs  Grecs.  Cependant  il  a  examiné  le  manuscrit 
7027,  mais  il  n’a  pas  regardé  le  traité  des  Semaines.  «  Les 
«  aphorismes  renfermés  dans  la  huitième  section ,  dit  Bos- 
quillon  dans  son  édition  française,  p.  201 ,  sont  la  plu¬ 
part  ou  faux,  ou  écrits  d’une  manière  inintelligible,  ou 
«  ils  sont  la  répétition  de  sentences  qui  se  trouvent  expri- 
«  mées  beaucoup  plus  clairement  dans  les  autres  ouvrages 
«  du  père  de  la  médecine  ;  ils  manquent  dans  les  manu- 
«  scrits  les  plus  anciens  ;  ceux  dans  lesquels  ils  se  trouvent 
«  paraissent  être  du  commencement  du  xve  siècle.  Sur 
vingt  que  j’ai  collationnés,  un  seul  donne  dix-huit  apho- 
«  rismes  à  cette  section.  »  La  remarque  de  Bosquillon  est 
juste  5  le  seul  manuscrit  qui  contienne,  parmi  les -apho¬ 
rismes  faux ,  ceux  qui  sont  empruntés  au  traité  des  Semai¬ 
nes ,  est  le  numéro  2146  de  la  Bibliothèque  royale.  Aussi  je 
pense  que  ces  aphorismes  ont  été  ajoutés  à  une  époque  ré> 


40Ô  INTRODUCTION. 

cente ,  et  que  le  texte  grec  du  traité  des  Semâmes  a  été 
perdu  depuis  peu  de  temps,  et,  pour  ainsi  dire,  au  moment 
ou  il  touchait  au  port ,  et  où  il  allait ,  pour  ne  plus  périr , 
être  recueilli  par  l'imprimerie.  Berends  ( Lectiones  in  Hip - 
pocratis  Aphorismos ,  p.  7  )  attribue  les  aphorismes  faux  à 
un  imposteur  du  nombre  des  sophistes.  Le  fait  est  que  l’im¬ 
posteur  n’est  qu’un  compilateur  maladroit  qui  a  extrait , 
sans  en  avertir,  quelques  sentences  d’un  livre  aujourd’hui 
perdu ,  et  que  le  sophiste  prétendu,  c’est-à-dire  l’auteur  du 
traité  des  Semaines,  t st  un  médecin  postérieur  à  Hippo¬ 
crate  ,  mais  assez  ancien  pour  avoir  été  cité  comme  une  au¬ 
torité  par  Philon  le  Juif.  Enfin ,  le  dernier  traducteur  des 
Aphorismes ,  M.  Dézeimeris,  qui  les  a  rangés,  avec  beau¬ 
coup  de  sagacité  ,  dans  un  ordre  méthodique,  reconnaît,  à 
la  vérité,  que  la  huitième  section  tout  entière  est  une  addi¬ 
tion  moderne  mais  il  n’a  aucune  donnée  sur  l’origine  des 
aphorismes  qui  la  composent. 

Ainsi  l’examen  de  la  traduction  latine  que  renferme  le 
manuscrit  70*27,  restitue  à  un  ancien  livre  hippocratique  des 
fragments  qu’on  rejetait  comme  sans  valeur  et  venant  d’une 
source  ignorée,  et  fournit  un  nouvel  exemple  de  la  ma¬ 
nière  dont  les  copistes  de  manuscrits  faisaient  des  compila¬ 
tions. 

Galien,  qui,  ainsi  que- je  l’ai  rapporté  plus  haut,  cite  plu¬ 
sieurs  fois  ce  traité,  ne  manque  jamais  de  déclarer  qu’il  le 
regarde  comme  faussement  attribué  à  Hippoerate.  Je  ne  sais 
pas  si,  pour  prononcer  ce  jugement,  Galien  avait  d’autres 
raisons  que  l’examen  des  pensées,  des  doctrines  philosophi¬ 
ques  et  médicales ,  et  du  style  qu’on  remarque  dans  le  livre 
des  Semaines.  Toujours  est-il  que  ce  seul  examen  suffirait 
pour  faire  suspecter  grandement  l’authenticité  de  ce  traité. 
En  effet ,  l’hypothèse ,  si  opiniâtrément  poursuivie ,  de  l’in-* 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  407 

fluence  du  nombre  sept  5  des  exemples ,  ou  subtils  ou  insi- 
gnifians ,  invoqués  en  faveur  de  cette  opinion  ;  une  théorie 
philosophique  qui  fait,  du  principe  vital,  un  mélangedu  chaud 
élémentaire  et  du  froid  élémentaire  *,  une  doctrine  médicale 
qui  applique  à  la  génération  des  fièvres  la  théorie  philoso¬ 
phique  ,  et  rattache  toutes  ces  maladies  à  des  changements 
primordiaux  survenus  dans  la  constitution  du  principe  vital; 
une  vue  toute  contraire  à  la  vue  d’Hippocrate ,  concernant 
l’influence  des  saisons  sur  les  maladies;  tout  cela  confirme 
ce  que  Galien  a  dit  du  traité'  des  Semaines ,  et  ne  permet 
guère  de  douter  que  ce  livre  ne  soit  la  production  d’un  au¬ 
teur  autre  qu’Hippocrate ,  et  de  plus,  beaucoup  postérieur 
à  ce  médecin.  C’est  ce  que  je  vais  essayer  de  montrer  par 
quelques  arguments  qui  fortifieront  l’assertion  de  Galien , 
mais  qui  seront  pris  à  des  considérations'autres  que  cel¬ 
les  qui  résultent  de  l’examen  des  doctrines  et  du  style. 
Je  veux  dire  que  je  vais  essayer  d’entrer  un  peu  plus  avant 
dans  cette  discussion  de  critique  et  d’histoire  littéraires. 

L’auteur  du  livre  des  Chairs  (  IIspl  capxwv  ) ,  après  avoir 
dit  que  les  enfants  changent  de  dents  à  sept  ans,  ajoute  : 

C’est  une  nécessité  de  la  nature  ;  j’expliquerai  ailleurs 
«  pourquoi  ces  phénomènes  sont. régis  par  le  nombre  sept.  » 
T9-ç  Sè  çucioç  t>jV  àvayx-/;v  ,  Sion  Iv  liera  roursuv  Ixacra  Stotxeirat, 

iyà  çp&rw  Iv  <&Wv  (  Hipp.,  Ed-  Froben,  pag.  44).  Ce  pas¬ 
sage  me  paraît  contenir  une  allusion  au  traité  des  Semaines , 
qui,  en  effet ,  explique  comment  la  nature  impose  à  toute 
chose  la  règle  du  nombre  sept  :  allusion  qui  devient  incon¬ 
testable  par  le  rapprochement  de  la  citation  suivante.  Après 
avoir  parlé  de  l’âge  de  sept  ans  et  de  celui  de  quatorze, 
l’auteur  ajoute  que  le  corps  croît  jusqu’au  troisième  septé¬ 
naire,  dans  lequel  commence  l’adolescence,  et  jusqu’au 
quatrième  et  au  cinquième,  et  que,  dans  le  quatrième  sep- 


408  INTRODUCTION. 

ténaire ,  naissent ,  à  la  plupart  des  hommes ,  les  deux  dents 
qu’on  appelle  dents  de  sagesse  (P.  42,  Ed.  Frob.).  La  divir 
sion  de  la  vie  en  semaines  d’années,  admise  ici,  est  la 
même  que  celle  du  livre  des  Semaines.  Si,  cette  indication 
première  étant  donnée ,  on  examine  les  deux  traités ,  on  y 
trouve  développée  une  théorie  toute  semblable.  Dans  les 
deux,  le  nombre  sept  joue  un  rôle  principal  ;  dans  les  deux, 
le  chaud  élémentaire  est  considéré  comme  le  grand  auteur 
de  toute  chose  ;  dans  le  traité  des  Chairs ,  cette  théorie 
est  appliquée  à  la  production  -des  parties  et  des  organes  du 
corps;  dans  le  traité  des  Semaines ,  à  la  production  des  fiè¬ 
vres.  Donc  ce  dernier  livre  est,  comme  celui  des  Chairs , 
auquel  il  tient,  d’une  date  postérieure  à  Aristote. 

Il  y  est  dit  que  le  feu  porté  aux  régions  les  plus'  élevées 
du  monde  est  appelé  par  les  anciens  Y  éther.  Kal  ovo^vat  uot 
ayro  ooxeoocTtv  oliraXatot  aîOspa  ( Page  39,  Ed.  Frob.).  Aristote 
nous  apprend  que  c’était  le  nom  qu’Anaxagore  donnait  au 
feu.  «  Anaxagore,  dit-il,  emploie  mal  le  mot  éther  :  il  s’en 
«  sert  pour  désigner  le  feu.  »  ’Ava£cqopa<;  $s  xaTocxs7pr(Tai  tw 
ovûaprct  TouTto  où  xotXSç.  ’OvouaÇei  yàp.atOlpa  àvx.t  Trupoç  (  Du  ciel , 
Jib.  i,  1. 1 ,  pag.  435,  Ed.  Duval).  C’est  donc ,  sans  doute,  à 
Anaxagore  que  L’auteur  du  livre  des  Chairs  fait  allusion , 
c’est  Anaxagore  qui  y  est  appelé  ancien;  or,  Hippocrate 
ou  un  contemporain  d’Hippocrate  n’aurait  pas  pu  donner 
cette  qualification  au  maître  de  Périclès  et  de  Socrate. 

Après  avoir  fixé  la  limite  au-delà  de  laquelle  on  ne  peut 
pas  reculer  le  traité  des  Semaines ,  il  faudrait  aussi  détermi¬ 
ner  un  minimum  d’antiquité  pour  l’époque  de  sa  composi¬ 
tion.  Qu  il  soit  fort  anciefl,  c’est  ce  qu’on  ne  saurait  révoquer 
en  doute  en  voyant  que  Philon,  qui  vivait  au  commence¬ 
ment  du  premier  siècle  de  l’ère  chrétienne ,  l’attribue  à  Hip¬ 
pocrate.  Ainsi  dès-lors  l’origine  en  était  douteuse,  et  ce  li- 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  409 

vre  remontait,  avec  tout  ce  qu’il  y  a  de  supposé  dans  la  Col¬ 
lection  hippocratique,  à  un  temps  qu’on  ne  pouvait  plus 
préciser.  Cependant  j’ai  remarqué  plus  haut  que,  suivant 
Galien ,  quelques  philosophes  voulaient  y  voir  la  source  du 
dogme  des’  stoïciens  suivant  lequel  l’âme  recevait  une  dou¬ 
ble  nourriture  par  l’inspiration  de  l’air  et  par  l’ingestion  des 
aliments.  En  conséquence  de  l’antiquité  réelle  du  livre  et  de 
cette  observation ,  on  pourrait  admettre  qu’il  a  été  écrit 
avant  l’époque  de  la  fondation  de  l’école  stoïcienne. 

Résumons  en  quelques  mots  les  résultats  de  cette  disser¬ 
tation  : 

1°  Le  traité  des  Semaines ,  perdu  eu  grec,  existe  dans 
une  traduction  il  a  été  cité  par  différens  auteurs  anciens , 
depuis  Philon  jusqu’à  Moschopoulos  ; 

2°  Galien ,  qui  est  une  grande  autorité  en  cette  matière , 
l  a  regardé  comme  faussement  attribué  à  Hippocrate  :  l’exa¬ 
men  du  livre  lui-même  confirme  cette  opinion 

3°  Le  livre  des  Semaines  est  un  traité  des  fièvres  fondé  sur 
deux  opinions  qui  ont  la  prétention  de  tout  expliquer,  à  sa¬ 
voir  que  les  choses  naturelles  sont  réglées  par  le  nombre 
sept,  et  qiie  le  principe  vital  est  un  composé  du  chaud  et  du 
froid  élémentaires ,  dont  les  variations  constituent  les  affec¬ 
tions  fébriles  $ 

4°  Ce  traité  est  du  même  auteur  que  le  livre  des  Chairs 
et  probablement  aussi  que  le  livre  du  Cœur  ; 

5°  Deux  morceaux  assez  considérables,  l’un  inclus  dans 
le  traité  des  Jours  critiques ,  l’autre  formant ,  en  grande 
partie,  la  huitième  section  des  Aphorismes ,  appartiennent 
à  ce  traité.  Rien ,  jusqu’à  l’examen  du  livre  des  Semaines , 
n’avait  pu  faire  soupçonner  ce  fait  ; 

6°  Nous  possédons  en  grec ,  et  comme  spécimens  de  l’ori¬ 
ginal,  les  deux  morceaux  désignés  ci-dessus  -,  le  passage  cité 


INTRODUCTION. 


410 

par  Philon  ;  quelques  expressions  détachées  et  une  phrase 
entière  rapportées  par  Galien  ;  enfin  la  phrasé  qu’Aétius  a 
conservée.  Le  dialecte  est  ionien ;  le  style,  autant  qu’on  ên 
peut  juger  par  ces  fragments ,  a  de  la  récherche  et  de  l’ob¬ 
scurité  ,  sans  manquer  cependant  d’une  certaine  élégance. 

Prédictions,  2e  livre  1 .  Ce  2e  livre  est  un  traité  très  mé¬ 
thodique,  très  bien  rédigé  sur  la  connaissance  du  pronostic  -, 
c’est  certainement  un  des  livres  les  plus  remarquables  de  la 
Collection  hippocratique.  Cependant ,  d’un  commun  accord , 
les  critiques  anciens  l’ont  rejeté.  Érotien ,  dans  sa  préface  2, 
a  annoncé  en  termes  exprès  qu’il  prouverait  que  le  Prorrhé- 
tique ,  livre  1er  et  2e,  n’est  pas  d’Hippocrate;  ce  qui  s’appli¬ 
que  sans  doute  aux  deux  livres ,  peut-être  aussi  au  deuxième 
seulement.  Galien  se  joint  à  l’opinion  de  ceux  qui  pensaient 
que  ce  livre  n’appartenait  pas  au  médecin  de  Cos  3. 

Ainsi,  en  aucun  cas,  il  n’est  permis  à  la  critique  moderne, 
contradictoirement  à  des  jugements  aussi  formels,  déranger 
le  deuxième  livre  des  Prorrhétiques  parmi  les  œuvres  d’Hip¬ 
pocrate.  Les  éléments  d’une  discussion  approfondie  man¬ 
quant,  il  faut  s’en  rapporter  aux  critiques  anciens ,  qui  les 
ont  eus  à  leur  disposition.  Cela  admis ,  j’ai  cherché  si ,  en 
l’absence  des  motifs  de  ce  rejet,  qui  ne  nous  ont  pas  été 
transmis ,  il  serait  possible  de  découvrir  quelque  raison  dont 
la  conséquence  fût  la  même,  c’est-à-dire  qui  montrât  que  le 
2e  livre  du  Prorrhétïque  n’est  pas  d’Hippocrate.  On  y  trouve 
le  passage  suivant:  «  En  touchant  le  ventre  et  les  veines, 

1  npOp^TlXOV,  ji'. 

1  Hpop^Ttxov ,  a'  xai  ji',  w;  oux  e<7rtv  'IirrroxpaTOuç ,  h  aXkon 

Ssi'Çopev.  P.  22,  Ed.  Franz.  ' 

3  Kat  txoi  Soxotsv  opôwç  evtot  twv  îaxpcûv,  cuxiri  sïvat  xcov  yviq- 
cw*)v  iTnroxpaxouç  ptêXuov  aùro,  xat  upoffrjxovTw;  aTCOtp^vacrôxi.  T. 
ni,  p.  454,  Ed.  Bas. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  41 1 

le  médecin  court  moins  risque  de  se  tromper  qu’en  ne  les 

touchant  pas  4.»  Cela  semble  être  une  claire  indication  du 
pouls;  et ,  comme  le  pouls  n’a  été  appliqué  à  la  connaissance 
des  maladies  que  du  temps  de  Praxagore ,  cette  indication 
place  le  second  livre  des  Prédictions  après  le  temps  d’Hip¬ 
pocrate,  et  l’ôte  à  ce  médecin,  comme  l’ont  fait  les  critiques 
anciens,  remarque  qui  confirme  leur  jugement,  ou  plutôt 
qui  emprunte  une  grande  force  à  leur  jugement. 

Il  est  difficile  de  comprendre  comment  le  2e  livre  des 
Prorrhétiques  et  le  l€r,  si  différents  l’un  de  l’autre,  ont  été 
joints  ensemble;  l’un  est  un  livre  rédigé  avec  non  moins  de 
méthode  que  d’élégance ,  l’autre  est  une  suite  de  proposi¬ 
tions  décousues ,  et  où  Galien  a  même  signalé  un  bon  nom¬ 
bre  de  locutions  vicieuses  ou  hasardées.  Néanmoins  ces  deux 
livres,  on  le  voit  par  la  citation  d’Érotien  que  je  viens  de 
rapporter,  ont  été  fort  anciennement  réunis  l’un  à  l’autre, 
avec  le  titre  de  premier  et  de  second.  Un  passage  de  Galien 
fait  voir  que  ce  deuxième  livre  portait  aussi  le  titre  de  :  livre 
des  Prédictions  le  plus  grand  2. 

Des  Glandes  5.  Il  n’y  a  rien  à  objecter  contre  l’arrêt 
porté  par  Galien  sur  cet  opuscule.  Le  médecin  de  Pergame, 
dans  son  commentaire  sur  le- traité  des  Articulations,  ve¬ 
nant  à  l’endroit  où  l’auteur  promet  un  livre  sur  la  Texture 
des  glandes ,  déclare  que  celui  qui  existe  actuellement  est 
l’œuvre  non  d’Hippocrate ,  mais  des  hippocratiques  posté¬ 
rieurs  *,  et  qu’il  n’est  cité  par  aucun  des  anciens ,  ni  par 

'  1  ’E-irsiTa  TT-GI  xepct  ^auffavxa  yacrpo;  ze  xat  twy  ©Xséwv 

v-scov  la-civ  IçaTtaxac-Oat  rt  [xr]  t|/au<ravxa.  P.  414,  Ed.  Frob. 

1  BSsXXu,  Iv  TW  [ASlÇoVl  npop^xtxw  XGCl  CSUTSpW  TTpOÇ  TlVlOV  £7Tt- 

Ypa^ojAsvcp.  Gloss.,  p.  446,  Ed.  Franz. 

3  Hep!  àSévtov. 

4  Tiôv  vscoTspwv  'iTnroxpaxettov .  1.  V,  p.  591,  Ed.  bas. 


•412  INTRODUCTION. 

ceux  qui  ont  composé  des  index.  Érotien  n’en  fait  aucune 
mention.  J’ai  cherché  les  raisons  intrinsèques  pour  lesquel¬ 
les  ce  traité  avait  été  exclu  du  canon  hippocratique  par  les 
critiques  anciens  5.  je  n’ai  pu  les  trouver.  Quoiqu’il  en  soit  à 
cet  égard,  il  est  certain  que  les  critiques  anciens  l’ont  una¬ 
nimement  rejeté  ,  et  Galien  l’attribue  à  quelque  médecin 
de  l’école  d’Hippocrate,  mais  venu  après  lui. 

Fragment  .sur  les  veines  ,  renfermé  dans  le  traité  de 
la  Nature  des  os.  —  Voyez ,  dans  la  classe  suivante ,  ce  qui 
regarde  ce  prétendu  traité. 

NEUVIÈME  CLASSE. 

Je  fais  une  classe  distincte  de  plusieurs  petits  traités  ou 
fragments  ou  compilations  que  les  anciens  critiques  n’ont  pas 
mentionnés  :  ce  sont  l’opuscule  sur  le  Médecin;  celui  sur 
la  Conduite  honorable  ;  les  Préceptes  ;  sur  l’ Anatomie  ;  de  là 
Dentition ;  de  Y  Excision  du  fœtus ;  de  la  Vue ;  de  la  Nature 
de  la  femme  ;  la  huitième  section  des  Aphorismes  ;  sur  la 
Nature  des  os;  sur  les  Crises;  sur  les  Jours  critiques  ;  sur 
les  Médicaments  purgatifs. 

Du  Médecin  *.  Cet  opuscule  n’est  mentionné  par  aucun 
des  anciens  critiques.  Eustache,  dans  les  notes  sur  Érotien 2, 
suppose ,  il  est  vrai ,  que  cet  auteur  a  interprété  un  mot  (  out- 
Xi't))  qui  se  trouve  dans  ce  petit  livre.  C’est  une  erreur  ;  voici 
le  texte  d’Érotien ,  on  en  jugera  :  «  £OpuXi7]  a  trois  significa- 
«.  lions.  Dans  cet  endroit ,  il  signifie  les  habitudes  de  l’homme, 
«  et  il  dérive  de  ôp.ou  eïXzïaQxi  (vivre  ensemble).  Dans  le  traité 
«  des  Articulations  il  ne  signifie  que  la  contiguïté  et  la  juxta- 
«  position ,  par  exemple  dans  cette  phrase  :  V humérus  tient 

1  ITept  trjxpou. 

Érot.,  Gloss.,  in  Hipp.,  p.  272,  Ed.  Franz. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  413 

(  ôjxi>ist)  à  la  cavité  articulaire  de  V omoplate  ;  dans  le  mê¬ 
me  traité  Hippocrate  s’en  sert  pour  désigner  l’expérience, 
«  quand  il  dit  :  Cet  art  s'acquiert  ,  non  par  le  raisonnement 
seulement ,  mais  aussi  par  la  pratique  {b^îkir).  Ce  mot  se 
«  trouve  dans  le  traité  des  Saisons  et  des  Lieux.  »  Comme  le 
mot  ôaiXiT]  se  lit  dans  l’opuscule  intitulé  du  Médecin  (  Pag. 
n ,  lig.  37,  Ed.  Bas.),  Eustache  croit  que  la  première  citation 
s’y  rapporte.  D’abord  il  faut  remarquer  que,  dans  le  passage 
de  l’opuscule  du  Médecin ,  ôtxiXtr,  n’a  pas  précisément  le  sens 
indiqué  par  Erotien;  secondement  une  autre  remarque  ne 
permet  pas  d’admettre  qu’il  s’agisse  ici  de  ce  petit  livre.  Éro- 
tien  dit  :  «  Dans  cet  endroit  6kuiXw)  signifie  les  habitudes  de 
l’homme.»  On  sait  qu’il  avait  interprété  successivement 
tous  les  mots,  jugés  par  lui  difficiles,  de  chacun  des  livres 
hippocratiques,  et  qu’il  avait  suivi  l’ordre  indiqué  dans  sa  liste. 
Quand  il  dit  dans  cet  endroit ,  il  veut  donc  exprimer  qu’il  s’agit 
d’un  des  traités  qu’il  a  énumérés  dans  son  catalogue ,  et  du 
traité  même  dont  il  interprète  les  mots  à  ce  moment.  Or, 
comme  il  n’a  pas  relaté  lé  livre  du  Médecin  dans  sa  liste,  ce  ne 
peut  être  ce  livre  qu’il  désigne  en  disant  en  cet  endroit.  H  est 
vrai  qu’on  rencontre  dans  son  Glossaire  quelques  mots  appar¬ 
tenant  à  des  traités  qu’il  n’a  pas  jugé  à  propos  de  mentionner 
dans  sa  liste;  mais  alors  il  ne  dit  pas  en  cet  endroit ;  car  ces 
expressions  annoncent  qu’il  parle  d’un  des  traités  admis  par 
lui.  Ainsi ,  ce  n’est  pas  à  l’opuscule  sur  le  Médecin  que  le  mot 
caOdr„  dans  sa  première  signification,  a  été  pris  par  Erotien  ; 
il  l’a  été,  je  pense,  au  traité  désirs,  des  Eaux  et  des  Lieux , 
qu’il  appelle  des  Saisons  et  des  Lieux.  Ce  mot  ne  s’y  trouve 
plus,  il  est  vrai,  mais  beaucoup  de  mots  expliqués  par  Galien 
ou  Érotien  ne  se  rencontrent  pas,  non  plus,  dans  la  Collection 
hippocratique,  ayant  été  expulsés  par  des  gloses  et  des  erreurs 
de  copiste.  Le  mot  oixetr,?,  expliqué  immédiatement  avant  ôjxt- 


INTRODUCTION. 


41 4 

Mr),  appartient  au  livre  de  la  Nature  de  V enfant  ;  et  ce  livre  est , 
dans  la  liste  d’Érotien,  placé  immédiatement  aussi  avant  le 
livre  des  Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux ,  de  sorte  que,  suivant 
l’ordre  d’Érotien ,  après  un  mot  du  livre  de  la  Nature  de  V en¬ 
fant  ,  on  doit  attendre  un  mot  du  livre  des  Airs ,  des  Eaux 
et  des  Lieux .  ’ËvOaos  signifie  donc  :  dans  ce  dernier  traité  ; 
Érotien  a  pris  môme  soin  qu’on  ne  s’y  trompât  pas,  en  ajou¬ 
tant,  après  l’article  assez  long  consacré  à  ôjxiXit)  :  «  Ce  mot 
«  est  dans  le  livre  des  Saisons  et  des  Lieux 

Dans  le  silence  des  anciens  commentateurs  il  n’est  pas 
possible  de  se  faire  une  idée  sur  l’origine  de  l’opuscule  du 
Médecin .  L’auteur,  après  avoir  dit  qu’il  était  nécessaire  à 
un  chirurgien  militaire  de  suivre  les  armées  pour  apprendre 
à  connaître  et  à  traiter  les  blessures,  ajoute  :  «  Tout  cela  a 
«  été  traité  dans  d’autres  écrits  4.  »  Or,  la  Collection  hippo¬ 
cratique  a  contenu  jadis  un  livre  de  chirurgie  militaire  inti¬ 
tulé  des  Traits  et  des  Blessures.  Ce  livre,  que  Galien  pen¬ 
sait  n’être  pas  d’Hippocrate ,  est  aujourd’hui  perdu.  Entre 
le  sujet  de  ce  livre  et  le  passage  de  l’opuscule  du  Médecin , 
il  y  a  évidemment  un  rapport  ;  mais  il  faudrait  posséder  le 
traité  des  Traits  et  des  Blessures  pour  savoir  s’il  serait  pos¬ 
sible  de  rattacher  ces  deux  livres  l’un  à  l’autre. 

De  la  Conduite  honorable  K  Cet  opuscule  n’a  en 
sa  faveur  le  témoignage  d’aucun  ancien  commentateur.  Il 
se  termine  par  une  phrase  toute  semblable  à  celle  qui  ter¬ 
mine  le  Serment.  C’est  le  seul  lien  par  lequel  cette  petite 
composition  se  rattache  au  reste  de  la  Collection  hippocrati¬ 
que.  Bernard,  dans  une  lettre  à  Reiske  5 ,  essaie  de  prouver 

Ilepi  Ss  toutIü)v  a7càvTtov  iv  ItÉûoiç  yerpauuévov  £<rrtv.  P.  14, 
Ed.  Frob. 

*  IIspt  £U(r/rJaoa’Jvr1ç. 

*  Voyez  sa  vie,  publiée  par  sa  femme ,  p.  263  ss. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  4 15 

qu’elle  est  l’œuvre  d’un  médecin  attaché  à  la  secte  stoï¬ 
cienne. 

Préceptes  *.  Les  Préceptes  ne  sont  mentionnés  par  au¬ 
cun  commentateur  ancien  :  je  ne  sais  pourquoi  quelques  cri¬ 
tiques  modernes  les  ont  attribués  à  un  médecin  de  la  secte 
empirique.  L’auteur  recommande ,  il  est  vrai,  l’expérience, 
mais  il  la  recommande  avec  le  raisonnement,  et  ne  le  fait 
pas  autrement  que  d’autres  écrivains  de  la  Collection  hippo¬ 
cratique.  Le  silence  des  commentateurs  de  l’antiquité  laisse 
planer  sur  cet  opuscule  la  plus  grande  obscurité. 

De  l’Anatomie 1  2.  Ce  très  court  fragment,  qui  contient, 
en  quelques  lignes,  des  notions  sur  la  plupart  des  organes  du 
corps  humain ,  n’a  été  cité  par  aucun  écrivain  ancien.  On  y 
trouve  répété  trois  ou  quatre  fois  un  mot 3 4 5  que  Suidas  nous 
apprend  avoir  été  abdéritain  et  familier  à  Démocrite.  Quel¬ 
ques  critiques  modernes  ont  tiré  de  ce  fait  la  conclusion  que 
le  fragment  en  question  était  de  Démocrite.  Rien  ne  contre¬ 
dit  cette  conjecture,  mais  rien  ne  la  soutient;  c’est  assez 
dire  qu’elle  est  tout-à-fait  gratuite. 

De  la  Dentition  *.  Ce  très  court  fragment  n’est  cité 
par  aucun  ancien  commentateur,  rien  ne  peut  nous  faire  de¬ 
viner  de  qui  il  est,  ni  où  il  a  été  pris. 

De  l’Excision  du  foetus  5 .  Ceci  est  un  fragment  comme 
on  en  trouve  plusieurs  dans  la  Collection  hippocratique  ;  il  est 
fort  difficile  de  dire  d’où  il  vient.  Galien  n’en  a  fait  aucune 
mention  ;  Erotien  ne  le  cite  pas  non  plus  dans  la  liste  qu’il 
donne  des  écrits  hippocratiques.  Cependant,  dans  leurs 

1  ÜapaYY&Xtat. 

2  Ilspt  avaTOfA^ç. 

3  'Puctxoç.  V.  Suidas. 

4  Ilspt.  OOOVTOtpUtTJÇ. 

5  Ilepi  lYXotTaToaîîç  luëpuou. 


INTKODCCTION. 


416 

Glossaires ,  Érotien  et  Galien  interprètent  un  mot  qui  ne  se 
trouve  que  dans  ce  court  fragment4.  Comment  expliquer  la 
présence  de  ce  mot  dans  ces  Glossaires  ?  avaient-ils  sous  les 
yeux  le  fragment  en  question ,  ou  ont-ils  copié  cette  expli¬ 
cation  dans  le  Glossaire  de  quelqu’un  de  ceux  qui  avaient 
composé  avant  eux  des  lexiques  hippocratiques,  et  qui  con¬ 
naissaient  par  conséquent  Y  Excision  du  fœtus  P.  ou ,  enfin , 
ce  mot  ïx^v  était-il  dans  quelqu’un  des  livres  perdus  ?  En 
tout  cas,  ce  fragment  est  ancien,  et  peut-être  faut-il  le  join¬ 
dre  au  traité  des  Femmes  stériles ,  qui  est  mutilé  au  point 
même  où  l’auteur  s’occupe  de  l’extraction  de  l’embryon 
mort.  Le  morceau  de  Y  Excision  du  fœtus  est  un  fragment 
qui  faisait  partie  de  quelque  ouvrage  sur  l’obstétrique^  car  il 
commence  par  ces  mots  :  «  Je  vais  parler  des  accouchements 
«  qui  ne  se  font  pas  naturellement,  mais  qui  exigent  l’exci- 
«  sion  du  fœtus 1  2.  » 

De  la  Tue  3 4.  Cet  opuscule  n’est  cité  ni  par  Galien,  ni 
par  Érotien  ;  tout  témoignage  ancien  lui  fait  défaut.  Ce  pa¬ 
raît  être  un  fragment  d’un  livre  perdu  ;  il  y  a  peu  d’ordre 
dans  la  rédaction  ;  et  il  faut  le  ranger  parmi  ces  fragments 
dépareillés  sur  l’origine  desquels  toute  notion  manque. 

De  la  Nature  de  la  Femme  4.  Toute  autorité  man¬ 
que  en  faveur  de  ce  traité  qui  ne  se  recommande  pas  non 
plus  par  sa  propre  composition;  il  contient  une  foule  de  pas¬ 
sages  empruntés  aux  livres  sur  les  Maladies  des  femmes  .- 
ce  qui  porte  à  croire  que  ce  n’est  qu’une  compilation  faite 
sans  beaucoup  de  jugement  aux  dépens  d’autres  traités. 

1  ’IjcG&'P',  P- 186,  et  p.  488,  Ed.  Franz. 

IIspi  8s  twv  \u\  xcrcà  TpoTrov  xuüjxofxévwv ,  àXX'  lyxoTaTsuvopii- 
vcûv.  P.  53,  Ed.  Frpb. 

3  üsptctylOÇ. 

4  llspi  yuvaixs iTjç  cpua'ioç. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  4 17 

pans  tous  les  cas,  ce  livre,  que  les  critiques  anciens  ont 
ignoré  ou  négligé,  n’appartient  point  à  Hippocrate. 

Parmi  les  opuscules  que  je  viens  d’énumérer,  un  seul  a 
peut-être  un  témoignage  en  sa  faveur,  c’est  celui  sur  YEx- 
cision  du  fœtus ,  auquel  il  est  possible  que  le  mot  cité  dans 
Érotien  et  Galien  doive  être  rapporté.  Sur  les  autres  un  si¬ 
lence  absolu  a  été  gardé  par  les  critiques  anciens.  Néan¬ 
moins  il  n’en  faudrait  pas  conclure  que  ce  sont  des  compo¬ 
sitions  postérieures  à  Érotien  et  à  Galien.  Ces  opuseules  por¬ 
tent,  en  effet,  un  caractère  d’ancienneté  qu’il  n’est  guère 
possible  de  méconnaître  ;  et  l’on  voit  encore,  dans  quelques- 
uns  ,  par  exemple  l’opuscule  sur  le  Médecin  et  celui  sur  la 
Conduite  honorable ,  des  traces  de  relation  avec  d’autres  oeu¬ 
vres  de  la  Collection  hippocratique. 

Mais  il  n’en  est  plus  de  même  des  morceaux  qui  vont  sui¬ 
vre.  Ceux-ci  sont  certainement  des  compositions  postérieu¬ 
res  à  Érotien  et  à  Galien ,  et  le  produit  de  compilations  faites 
à  une  époque  ignorée ,  mais  très  tardive.  C’est  un  fait  que  la 
découverte  de  la  traduction  ignorée  du  traité  des  Semaines 
m’a  permis  d’établir  d’une  manière  incontestable.  J’ai  formé 
la  dixième  classe  dans  la  Collection  hippocratique  à  l’aide 
d’une  seule  considération,  à  savoir  que  les  opuscules  qui  la 
composent  n’ont  été  cités  par  aucun  critique  ancien.  Mais  „ 
cela'  admis,  elle  se  divise  naturellement  en  deux  séries,  l’une 
(je  viens  d’en  parler)  qui  comprend  des  traités,  non  cités,  il 
est  vrai,  mais  que  l’on  reconnaît  anciens  à  des  caractères 
intrinsèques  ;  l’autre  (  je  vais  en  parler  )  qui  renferme  des 
compilations  faites  dans  un  temps  très  postérieur  à  Galien, 
le  livre  de  la  Nature  de  la  femme ,  que  j’ai  placé  à  la  fin  de 
la  première  série,  sert  de  transition }  car  je  ne  sais  si  c’est 
une  compilation  ancienne  ou  une  compilation  moderne. 

Huitième  section  des  Aphorismes.  Cette  prétendue 

27 


TOM.  I. 


4 18  INTRODUCTION. 

huitième  section  ,  je  l’ai  fait  voir  en  parlant  du  livre  des 
Semaines ,  est  empruntée  à  ce  livre;  je  la  supprime  donc,  et 
je  la  renvoie  à  la  place  qui  lui  appartient. 

De  la.  Nature  des  os  4.  Le  traité  de  la  Nature  des  os, 
à  cause  de  la  confusion  qui  y  règne ,  est  un  de  ceux  qui 
ont  le  plus  embarrassé  les  critiques.  Les  difficultés  provien¬ 
nent  de  ce  que  ce  livre  est  une  collection  de  fragments,  in¬ 
connue  à  toute  l’antiquité ,  et  faite  par  une  main  assez  mo¬ 
derne.  On  va  voir  qu’il  en  est  ainsi,  et. la  preuve  de  ce  fait 
remettra  chaque  chose  en  sa  place,  et  effacera,  du  nombre 
des  livres  hippocratiques ,  un  amalgame  de  morceaux  diffé¬ 
rents  qui  ne  doit  pas  y  figurer.  Il  est  composé  de  cinq  mor¬ 
ceaux  différents ,  dont  quatre  ont  une  origine  connue,  et 
dont  le  cinquième  appartient  à  un  auteur  ignoré.  Je  vais  les 
énumérer  en  allant  de  la  fin  de  ce  prétendu  traité  au  com¬ 
mencement. 

Celui  dont  je  vais  parler  d’abord  commence  ainsi  :  Les  os  don¬ 
nent  au  corps  sa  stabilité,  sa  rectitude  et  sa  for  me  2.  Cette  por¬ 
tion  est  celle  que  Galien  cite,  dans  son  Glossaire ,  sousletitre 

Appendice  au  livre  du  Mochlique ,  d’autres  fois  sous  celui  de 
Traité  sur  les  veines  ajouté  au  Mochlique  3.  Érotien  ne  cite 
pas  nommément  ce  fragment,  mais  il  en  explique,  dans  son 
lexique,  quatre  mots  4.  Il  en  résulte  évidemment  qu’il  a  com¬ 
pris  cet  appendice  sous  le  titre  commun  du  Mochlique,  qu’il 
a  admis  dans  sa  liste  des  écrits  hippocratiques.  Ce  n’est  pas 

1  Ilspt  Ôgtsoüv  cpucioç. 

1  Toc  oGxia  tS  cwaocTi  GTaciv  xat  ooôoTyjTa  xat  et£oç  xapsyovrat. 

P.  61,  Ed.  Frob. 

3  Aux  mots  7TapocGTaTaç  et  xoruXfôa,  qui  sont  en  effet  dans  ce 
qu’on  appelle  le  traite'  de  la  Nature  des  os ,  p.  62,  Ed.  Frob. 

4  A~ox£xocp7rcüx£ ,  p.  76,  ’HyxupoëoX^GS ,  p.  174-,  ’EvscpXsëofo- 

p.  116,  ’É^ottxeXyouevai,  p.  156,  Ed.  Franz. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIEB.  4i9 

tout,  Érotien  nous  a  conservé  une  explication  de  Bacchius 
qui  se  rapporte  à  cet  appendice 1  ;  ce  qui  prouve  que,  dès  le 
temps  d’un  des  plus  anciens  commentateurs  d’Hippocrate , 
ce  fragment  existait,  et  était  joint  au  Mochlique.  Je  lui  ren¬ 
drai  donc  son  titre  ancien,  sur  les  Veines  (EU pi  çXeêSv),  et  je 
le  rapprocherai  d’un  autre  fragment  sur  le  même  sujet,  qui 
est  aussi  compris  dans  la  compilation  appelée  de  la  Nature 
des  os. 

Le  second  fragment,  que  renferme  le  traité  de  la  Nature 
des  os,  commence  par  ces  mots  :  La  veine  du  foie  dans  les 
lombes  2 3 *,  etc.  II  est  consacré  à  l’anatomie  des  veines  ;  il  se  re¬ 
trouve  tout  entier  dans  le  2e  livre  des  Épidémies;  et  ce  qui 
prouve  que  c’est  là  sa  véritable  place ,  c’est  que  Galien,  qui 
le  cite,  l’emprunté  à  ce  deuxième  livre  et  ne  fait  aucune  men¬ 
tion  d’un  traité  sur  la  Nature  des  os. 

Le  troisième  morceau  qui  commence  par  ces  mots  :  Les 
plus  grosses  des  veines  sont  ainsi  disposées5,  n’est  pas  au¬ 
tre  chose  que  le  morceau  qu’on  lit  dans  le  traité  de  la  Nature 
humaine,  morceau  attribué  par  Aristote  expressément  à  Po- 
lybe.  Galien,  par  son  commentaire  sur  le  traité  de  la  Nature 
de  Vhomme ,  nous  prouve  que  telle  en  a  été  de  tout  temps  la 
véritable  place,  et  c’est  là  que  l’a  pris  l’arrangeur  qui  a 
composé  le  traité  de  la  Nature  des  os. 

Ce  n’est  pas  des  œuvres  d’Hippocrate,  c’est  de  celles  d’Aris¬ 
tote  que  le  quatrième  morceau  a  été  extrait.  Les  premiers 
mots  en  sont  :  Les  grosses  veines  sont  ainsi  disposées  4.  Il  se 
trouve  en  toutes  lettres  dans  Y  Histoire  des  animaux  d’Aris- 

1  Page  156,  Ed.  Franz. 

2  *H  $z  vi~a-iTiç  iv  ôffçwï . Page  60,  Ed.  Frob. 

3  At  TrayuTaTGtt  twv  cpXsêcov  wos  TCcpuxafftv.  Page  60,  Ed.  Frob. 

*  Ai  çXeêsç  §s  al  rta/elai  tt&s’jxsct'.v,  Page  59,  bd.  Frob. 


420  INTRODUCTION. 

tote1,  et  il  est  de  Syennésis  de  Chypre,  médecin  d’ailleurs 
inconnu.  Cela  seul  suffirait  pour  prouver  que  nous  avons 
sous  les  yeux  une  compilation  tardive  où  l’on  a  pris  de  droite 
et  de  gauche ,  et  même  dans  Aristote,  et  réuni  tout  ce  qui 
avait  été  dit  sur  les  veines. 

Reste  tout  le  commencement  du  prétendu  traité  de' la  Na¬ 
ture  des  os ,  ce  qui  forme  le  cinquième  et  le  dernier  des  mor¬ 
ceaux  disparates  qu’un  copiste  a  réunis.  Il  m’est  impossible 
de  le  .rendre  à  l’auteur  à  qui  il  appartient  -,  son  origine  m’est 
inconnue;  aucun  des  mots  expliqués  par  Galien- et  par  Ero- 
tien  ne  s’y  retrouve;  il  ne  faisait  point  partie  de  Y  Appen¬ 
dice  au  Mochlique ;  car,  s’il  en  avait  fait  partie,  le  copiste  ne 
l’aurait  point  séparé  par  l’interposition  des  trois  fragments 
empruntés  au  2e  livre  des  Épidémies ,  à  Polybe,  et  à  Syen¬ 
nésis  de  Chypre.  A  cette  raison  décisive  vient  s’en  ajouter  une 
autre  qui  ne  l’est  pas  moins  :  c’est  que  l’anatomie  des  veines 
est  toute  différente  de  celle  qui  est  exposée  dans  Y  Appendice 
au  Mochlique.  D’après  ce  cinquième  fragment,  les  veines  Ont 
leur  origine  dans  le  cœur,  ce  qui  empêche  de  placer  la  com¬ 
position  de  ce  morceau  avant  Aristote.  Les  connaissances 
anatomiques  qui  s’y  montrent,  le  mettent  à  côté  du  traité 
du  Cœur,  de  celui  de  V Aliment  et  de  celui  des  Chairs.  Ce  frag¬ 
ment  qui  commence  le  prétendu  traité  de  la  Nature  des  os , 
provient  d’un  écrivain  tout-à-fait  ignoré,  comme  quelques 
autres  fragments,  tels  que  ceux  sur  Y  Anatomie  et  sur  la  Den¬ 
tition,  Et  il  est  impossible  de  savoir  s’il  a  fait,  dès  l’anti¬ 
quité,  partie  de  la  Collection  hippocratique. 

Cette  discussion  ayant  fait  disparaître  le  traité  de  la  Na¬ 
ture  des  os,  on  ne  s’étonnera  pas  que  je  le  supprime  égale¬ 
ment  dans  mon  édition.  Des  deux  fragments  sur  les  veines 

1  Lib.  III,  cap.  3. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  42 1 

qui  occupent  le  commencement  et  la  fin  de  cette  compila¬ 
tion  ,  le  premier  paraît  être  d’une  date  postérieure  à  Hippo¬ 
crate  5  lé  second ,  dans  l’antiquité ,  était  uni  au  Mochlique ,  et 
je  l’y  aurais  aussi  réuni ,  si  je  n’avais  rangé  le  Mochlique 
parmi  les  écrits  qui  doivent  être  attribués  à  Hippocrate  *,  or, 
V Appendice  sur  les  veines  n’a  aucun  caractère  qui  permette 
d’en  juger  l’authenticité.  En  conséquence  je  rapprocherai  ces 
deux  fragments  l’un  de  l’autre  et  je  les  placerai  à  côté  du 
traité  du  Cœur,  avec  lequel  ils  ont  des  connexions  naturelles, 
au  moins  par  le  sujet.  Il  serait  fort  inutile  de  répéter  les  deux 
morceaux  qui  se  trouvent,  l’un  dans  le  2e  livre  des  Épidé¬ 
mies  ,  et  l’autre  dans  le  traité  de  la  Nature  de  l'homme;  et, 
quant  au  passage  de  Syennésis  de  Chypre ,  il  n’y  a  aucune 
raison  pour  ne  pas  laisser  ces  quelques  lignes  dans  le  livre 
d’Aristote  où  elles  sont  citées. 

Des  Crises  i.  Ce  traité  n’a  été  cité  ni  par  Érotien ,  ni  par 
Galien ,  ni  par  aucun  commentateur.  En  l’examinant  de 
près,  on  voit  qu’il  est  composé  d’extraits  pris  çà  et  là  dans 
les  ouvrages  d’Hippocrate.  Cette  compilation  est  donc  très 
tardive,  et  elle  n’a  été  faite  ni  avec  plus  d’ordre,  ni  avec  plus 
d’intelligence  que  celle  qui  porte  le  titre  de  la  Nature  des  os. 

Des  Jours  critiques  2.  Cette  compilation ,  qui  n’est  ci¬ 
tée  par  aucun  ancien  commentateur,  a  été  faite  récemment. 
Le  seul  passage  dont  on  ne  pouvait  assigner  l’origine ,  est 
un  fragment  qui  est  emprunté  au  traité  des  Semaines, 
et  auquel  j’ai  rendu  sa  véritable  place  en  retrouvant  une  tra¬ 
duction  latine  de  ce  traité  perdu  en  grec.  Je  la  supprime  donc 
de  mon  édition.  Tout  ce  qu’elle  renferme  est  pris  ailleurs  et 
est  ajouté  bout  à  bout  sans  ie  moindre  choix ,  sans  le  mom- 


'  Üfft  XptŒcWV. 

1  nsp't  XpifftiACOV. 


422  INTRODUCTION. 

dre  discernement.  D’ailleurs  Galien  a  dit  formellement 
qu’Hippocrate  n’a  rien  fait  de  spécial  sur  les  Jours  critiques *. 

Il  serait  facile  de  grossir  cette  liste  de  compilations.  On 
trouve  dansdivers  manuscritsjsousle  nom  d’Hippocrate,  des 
fragments  intitulés  ;  des  Urines ;  des  Sueurs;  de  la  Goutte ;  les¬ 
quels  fragments  sont  des  extraits  plus  ou  moins  textuels  de 
différents  livres  hippocratiques.  Je  les  indique  dans  la  no¬ 
tice  des  manuscrits  qui  suit  cette  Introduction . 

Des  Médicaments  purgatifs  2.  Ce  fragment  n’est  cité 
par  aucun  des  critiques  anciens  \  on  ne  le  trouve  pas  dans 
les  premières  éditions.  Il  a  été  publié  pour  la  première  fois 
par  le  père  Pétau  avec  cette  note  :  «  Quod  rursum  très  pa- 
«  ginæ  vacarent,  typegraphi  rogatu  hune  Hippocratis libel- 
«  lum  ex  Cujaciano  codice  olim  exseriptum  adjunximus,  qui 
«  hactenus  in  omnibus  Hippocratis  editionibus  desideratas 
«  est  (  S.  Nîcephori  Brcviarium  kistoricum  ,  p.  407,  Parisiis, 
«  1616).  »  Ce  fragment  manque  également  dans  presque 
tous  les  manuscrits.  Je  ne  sais  d’où  il  provient. 

DIXIÈME  CLASSE. 

Je  place  ici  la  notice  des  écrits  perdus  de  la  Collection  hip¬ 
pocratique  -,  ce  sont  :  le  livre  sur  les  Blessures  dangereuses  ) 
sur  les  Traits  et  blessures  ;  le  premier  livre  des  Maladies  le 
petit. 

Des  Blessures  dangereuses  5.  Sous  ce  titre,  Galien 
cite,  à  diverses  reprises ,  un  traité  qu’il  n’attribüe  à  Hippo¬ 
crate  que  d'une  manière  dubitative,  et  qui  est  sans  doute  le 

O  I7T7COX potTTj Ç  OU  £Aia V  6V  &KCKJI  TOtÇ  ôlêXtOtÇ  hlOvffîUXQ  JCpt- 

jjoepûv  SiSauxaXtav.  Tome  ni,  p.  440,  Ed.  Bas. 

1  IIspl  çap[i.àxwv. 

Ilept  oÀeOpttov  Tpauaaxoav. 


UE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN'  PARTICULIER.  423 

même  que  celui  qu’Erotien  désigne  par  le  nom  de  livre  sur 
les  Traits  et  blessures.  Yoici  les  citations  que  j’en  ai  trou¬ 
vées  dans  Galien  :  «  Nous  savons  que  celui  qui  a  écrit  le  li¬ 
vre  sur  les  Blessures  dangereuses  essaie  de  donner  le  trai¬ 
tement  de  quelques-unes  des  plaies  qui  intéressent  le  foie 
«  ou  le  ventre,  ou  la  vessie1.  »  Et  ailleurs  :  «C’est  dans  Hip- 
«  pocràle  même  qu’il  faut  apprendre  comment  il  traite  les 
«  blessures  de  l’abdomen ,  ainsi  que  les  autres  blessures 
«  graves  2.  »  Au  même  endroit  il  recommande  simultané¬ 
ment  la  lecture  de  ce  traité ,  ainsi  que  de  celui  sur  les  Ul¬ 
cères.  # 

C’est  encoreà  ce  livre  qu’il  faut,  je  crois,  rapporter  une  cita¬ 
tion  de  Galien,  quoiqu’il  ne  dise  pas  le  titre  du  livre  où  il  l’a 
prise.  Le  passage  est  remarquable  et  mériterait  d’être  repro¬ 
duit,  ne  fût-ce  que  pour  sa  valeur  intrinsèque.  «H  est  des  hom- 
«  mes  chez  qui  il  survient  par  intervalle  des  vomissements  de 
«  sang.  Ce  sont  surtout  ceux  qui ,  abandonnant  leurs  exer¬ 
ce  cices  violents ,  n’abandonnent  pas  leur  régime  ordinaire , 
«  ou  à  qui  un  membre  tout  entier  a  été  enlevé,  comme  l’a 
«  enseigné  Hippocrate  5.  »  Ce  dernier  membre  de  phrase  que 
je  n’ai  pas  trouvé  dans  ce  que  nous  avons  d’Hippocrate , 
a  été  pris  sans  doute  dans  le  traité  des  Blessures  dangereu¬ 
ses.  Il  en  est*  de  même  du  suivant  :  «  Hippocrate  a  dit  que 
des  déjections  sanguinolentes  survenaient  à  ceux  dont  un 

1  S’Srt  xav  Hept  twv  ôXeOpétov  TpaufxotTWv  evta  T tov  eîprr 

asvtov  «rtjretpeî  Osparausiv  ô  vpa^aç  to  SiêXCov.  Tome  v,  p.  o05, 
Èd.  Basil.* 

1  Tome  iv,  p.  100. 

3  yEc Tiv  S’otç  xat  Stà  yaerpoç  aVaa-ro?  IxxpiffKj  dvà  Xfovov  yjyvz- 
rai,  xat  piaXioS’  &roi  pavaaicav  tayupwv  (XTïoaravTêç,  oux  ararr/j- 
cav  stxirpocOsv  Siaîr/jç ,  r,  Tt  xiôXov  SXov  à^piOr^av ,  ISrjXuxre 
xat  ô  T7nroxpar/jç.  Tome  iv,  p.  415,  Ed.  Basil. 


424  introduction. 

«  membre  avait  été  coupé1.  »  <c  Les  mots  suivants,  dit  Foes 
«  (sect.  iv,  p.  146),  sont  attribués,  dans  de  vieux  manuscrits 
<(  du  traité  des  Ulcères ,  au  commentaire  de  Galien  :  Hippo- 
((  craie  se  sert  du  mot  IXxoç ,  dans  le  traité  des  Ulcères,  pour 
((  désigner  les  plaies  récentes  ;  dans  le  traité  des  Blessures  et 
«  des  traits,  pour  désigner  les  plaies  chroniques  a.  » 

.  On  peut  croire  qu’une  portion  de  ce  traité  était  consacrée 
à  l’exposition  des  règles  à  suivre  dans  l’extraction  des  armes 
de  jet.  En  effet,  dans  une  table  que  j’ai  déjà  eu  occasion  de 
citer,  et  qui  est  placée  en  tête  du  manuscrit  2146,  on  lit  :  Des 
Blessures  dangereuses  :  de  1* Extraction  des  traits*;  or,  comme 
le  reste  de  cet  index  montre  que  plusieurs  portions  de  trai¬ 
tés  y  sont  énoncées  comme  des  traités  séparés,  le  morceau 
relatif  à  Y  Extraction  des  traits ,  nulle  part  mentionné  comme 
un  livre  isolé,  est  sans  doute  un  chapitre  du  traité  des  Plaies 
dangereuses ,  auquel  le  rédacteur  de  l’index  a  donné  un  titre 
et  une  existence  indépendante. 

Il  est  certainement  fâcheux  que  nous  ayons  perdu  ce  livre 
de  la  chirurgie  hippocratique.  Ces  fragments  ne  rendent 
cette  perte  que  plus  regrettable. 

Des  Traits  et  des  blessures  4.  Ce  traité  est  cité  par 
Erotien  dans  son  catalogue  des  livres  hippocratiques  5.  On 
n’en  trouve  aucune  autre  mention  ailleurs.  Dans  le  eourant 
de  son  Glossaire ,  il  en  cite  une  phrase  qui  est  tout  ce  qui 

foiaÔTaç  ôs  Taç  ataarrçpàç  ûuffsvtepiaç  ô  ‘IracôxpaTrjS  loacxs 
<ru [xirtTîTstv  icp’  &v  à7rexo7rr,  ti  xwaov.  Tome  ni,  p.  243,  Ed.  Basil. 

EXxea  Iv  tw  Iïspt  IXxtov  xpocrcpara  T-mroxpaTYjç  xaXst ,  ev  Bi  -to 
Ilspt  Tpauaaxtov  xat  Ta  j^povta. 

Ilepl  Tpauu.aTtov  oXeôptwv  ,  ITspt  8sXwv  êlatpiqcrvjoç  (Sic). 

*  nsp-  gsXtov  xat  TpauptaTWv. 

5  Page  22,  Ed.  Franz. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  425 

nous  en  reste  :  «  Un  homme  ayant  eu  une  affection  de  la 
«  moelle  épinière ,  mourut  le  septième  jour  *.  »  La  note  que 
Foes  a  rapportée  d’après  d’anciens  manuscrits,  prouve  (ce 
qu’on  pouvait  facilement  supposer)  que  le  traité  des  Blessu¬ 
res  dangereuses  d’après  Galien ,  èt  le  traité  des  Traits  et  des 
blessures  d’après  Erotien ,  étaient  un  seul  et  même  livre. 

Le  1er  livre  des  Maladies  le  petit 1  2.  C’est  le  titre 
sous  lequel  Galien  cite  un  livre  qui  figurait  jadis  dans  la 
Collection  hippocratique.  Ce  liyre  ne  s’y  retrouve  plus.  Il  est 
perdu  comme  le  précédent.  Galien  en  rapporte  un  membre 
de  phrase  :  «  Respirer  comme  les  enfants  que  l’on  fait  taire, 
«  et  qui ,  pleurant,  font  rentrer  dans  les  narines  l’air  de  la  res- 
«  piration  3.  »  Puis  il  en  explique  deux  mots  :  Kauswua  qu’il 
interprète  par  inflammation  4,  et  MrjXtaSa  del 'île  de  Mêlas5. 
C’est  sans  doute  aussi  à  cet  ouvrage  perdu  qu’il  faut  rappor¬ 
ter  le  mot  de  typhomanie  que  Galien  dit  se  trouver  dans  le 
livre  des  Maladies  et  que  nous  ne  lisons  plus  dans  aucun  en¬ 
droit  de  la  Collection  hippocratique  6. 

1  Tov  otôiva  votnfaaçTiç  lêSoaaîoç  àjrs'Qavs.  Page  74-,  Ed.  Franz. 

*  To  TCpWTOV  rapt  VOUffWV  TO  (TlUXpOTgpOV. 

3  ’Avacçspstv  StjXoï  ttots  xai  to  uttoXuÇsiv  àvairvsovTa  wç  sv  tw 
-pwTW  IIspi  No'jûwv  tw  pitxpoTspw  *  xal  àvatpspsiv  wtnrsp  Ta  iraiSta 
to  itsirauiAeva  xXatovra  ts  xat  sîç  tocç  pïvaç  àvsXxovTa  to  TtveofAa. 
Erot.,  Gai.,  et  Herod.,  Gloss.,  p.431,  Ed.  Franz.  Le  traducteur 
latin  rend  le  mot  7rs7rauuiva  par  cubantes.  Je  ne  crois  pas  que  ce 
soit,  le  sens. 

4  Kaoo’wu.a  t fjv  ■jrvpwuiv  iv  tw  TrpwTw  Ilepi  Nooawv  tw  cjxtxpoTs- 

pw.  Erot.,  Gai.,  et  Herod.,  Gloss.,  p.  498. 

5  MvjXtaSa  iv  tw  a.  Ilspt  Nouswv  tw  catxporÉpw  Trj  Mr)Xtaôt  As- 
yet  tv;  àxo  M^Aou  tyj<;  vrçcou.  Erot. ,  Gai. ,  Gloss. ,  pag.  5 26,  Ed. 
Franz. 

0  T iv sç  Sè  Tuçoaavtaç  sxaAscav,  wç  xav  tw  Ilspt  Nouuwv  Ittto- 
xparst  ysYp«7crat.  Tome  v,  p.  168,  Ed.  Basil. 


lNTRODDCTIOïf. 


426 

ONZIÈME  CLASSE. 

Les  pièces  (  Lettres ,  Décret  et  Discours  )  que  l’on  trouve 
à  la  suite  de  la  Collection  hippocratique,  sont  certainement 
fort  anciennes,  mais  elles  n’en  sont  pas  moins  apocryphes. 
Elles  comprennent  quatre  objets  différents.  Ce  sont  :  1°  Les 
Lettres  et  le  Décret  concernant  la  peste  qui  désola  la  Grèce 
pendant  la  guerre  du  Péloponèse  -,  2°  les  Lettres  relatives  à  la 
folie  de  Démocrité  et  la  correspondance  qui  s’établit  ensuite 
entre  ce  philosophe  et  Hippocrate  ;  3°  la  Lettre  d’Hippocrate 
à  son  fils  Thessalus  *,  4°  les  Discours  relatifs  à  la  guerre  faite 
par  les  Athéniens  à  l’île  de  Cos. 

1°  J’ai  déjà  eu  occasion  de  montrer  (p.  41)  que  les  services 
rendus  par  Hippocrate  dans  la  peste  d’Athènes,  étaient  une 
pure  fable.  Les  Lettres  et  le  Décret ,  examinés  en  eux-mêmes, 
ne  supportent  pas  la  critique  ;  et,  quand  même  Thucydide  ne 
serait  pas  là  pour  en  faire  comprendre  la  fausseté ,  il  suffi¬ 
rait  d’yjetèr  un  coup-d’œil  pour  juger  que  ces  pièces  sont 
apocryphes.  Voyez  comme  Artaxerce  se  plaît  aux  antithè¬ 
ses  :  Sans  être  en  guerre ,  dit-il ,  nous  avons  la  guerre  L 
Pætus,  à  qui  il  s’adresse,  lui  répond  que  les  secours  de  la 
nature,  qui  guérissent  les  autres  maladies  par  les  crises,  n’ont 
aucune  efficacité  contre  l’épidémie  pestilentielle,  et  que  l’art 
seul,  amenant  une  crise  artificielle,  triomphe  de  la  peste 
Ces  antithèses  sont  d’un  rhéteur  qui  donne  la  raison  de  ce 
qui  ne  fut  jamais,  à  savoir  de  la  guérison,  par  l’art  d’Hippo- 

'  Ou  7TOÀ£aOUVT£Ç  ?  "ÎToXê JJLOUJJLêÔOC  . 

la  cpuffixa  ou  Xüsi  Tr(v  èroSqfxtav  Xotixixou  rraOoj ;  - 

à^cs  cpuascoç  yiyveTai  vo<rrçy.axa,  aurr,  rj  cpy<jiç  taxai  xpivovaa  •  Scx  î: 
&s  E'xtSrjix.iaç  ,  Teyvr, ,  ts^vixwç  xpivouca  xrv  xporrv  xwv  àwùdhio v. 
P.  523,  Ed.  Frob. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  427 

crate,  d’une  maladie  qui,  abandonnée  aux  seules  forces  de 
la  nature,  était  mortelle.  Il  serait  facile  de  réunir  plusieurs 
phrases  marquées  du  même  caractère  d’affectation  futile  ; 
mais  ce  genre  de  critique  laisse  toujours  des  doutes,  et  j’aime 
mieux  y  faire  voir  des  contradictions  qui  prouvent  irréfraga- 
blement  que  tout  ce  récit  n’est  qu’un  tissu  de  fable. 

Suivant  la  Lettre  de  Pætus  à  Artaxerce ,  la  peste ,  après 
avoir  ravagé  Athènes ,  passe  dans  l’Asie  -,  car  cette  lettre 
parle  des  services  rendus  déjà  par  Hippocrate  et  des  hon¬ 
neurs  qui  lui  ont  été  accordés  par  les  Athéniens.  Dans  le  Dé¬ 
cret  du  peuple  ÆJthènes  au  contraire,  il  est  dit  que  la  peste 
venait  de  la  terre  des  Barbares  en  Grèce  *.  Le  fait  est  que  la 
peste  vint  du  pays  des  Barbares  en  Grèce,  de  la  terre  du 
grand  roi  dans  l’Attique ,  d’Orient  en  Occident ,  comme  la 
plupart  te  grandes  épidémies  ;  Thucydide  le  dit  formelle¬ 
ment  :  «  Quand  la  maladie  attaqua  les  Athéniens ,  pour  la 
première  fois ,  le  bruit  avait  couru  qu’elle  avait  sévi  en 
plusieurs  lieux ,  et  entre  autres  à  Lemnos ,  et  sur  d’autres 
«  points . On  assure  quelle  naquit  d’abord  dans  l’Éthio¬ 

pie  située  au  dessus  de  l’Égypte,  puis  qu’elle  descendit 
dans  l’Égypte  et  dans  la  Lybie  ,  et  dans  la  plus  grande 
partie  de  C empire  du  grand  Roi.  Elle  fit  subitement  irrup¬ 
tion  dans  la  ville  d’Athènes ,  et  c’est  dans  le  Pirée  qu’elle 
k  saisit  ses  premières  victimes ,  à  tel  point  qu’on  accusa  les 
«  Péloponésiens  d’avoir  empoisonné  les  puits.» Ainsi  la  lettre 
de  Pætus ,  qui  fait  passer  la  peste  de  Grèce  en  Asie ,  con¬ 
tredit  la  vérité  de  l’histoire ,  et ,  ce  qui  est  ici  plus  fort ,  elle 
contredit  le  Décret  même ,  avec  lequel  elle  a  des  connexions. 
Celui  qui  a  composé  ces  pièces ,  voulant  rehausser  Hippo- 


1  Aoiftou  tdvioç  awo  tt)ç  (kepêàpwv  sîç  tt,v  ‘EXXaoa.  P.  550,  Ed. 
Froî>. 


428 


INTRODUCTION. 


crate ,  et  se  rappelant  seulement  qu’on  disait  que  lé  peuple 
d’ Athènes  avait  rendu  un  décret  en  sa  faveur ,  a  introduit 
la  mention  de  ce, Décret  dans  une  lettre  qui,  si  elle  avait  été 
véritable,  aurait  été  écrite  avant  le  Décret. 

Autre  contradiction  non  moins  manifeste  :  dans  la  Lettre 
que  Pætus  écrit  à  Arlaxerce,  il  est  dit  qu’Hippocrate  a  déjà 
été  honoré  des  dons  des  Athéniens  à  l’égal  d’Hercule  et 
et  d’Esculape  pour  les  services  qu’il  leur  avait  rendus.  Dans 
le  Décret  il  est  dit  que  les  Athéniens  accordent  à  Hippocrate 
certaines  fav.eurs  éminentes  et  des  honneurs  pareils  à  ceux 
d’Hercule,  parce  qu’il  a  préservé  la  Grèce  de  la  peste  et  re¬ 
fusé  les  dons  du  roi  de  Perse.  Si  les  Athéniens  l’ont  récom¬ 
pensé  pour  avoir  refusé  les  dons  du  barbare,  il  ne  pouvait 
avoir  reçu  la  récompense  des  Athéniens  au  moment  où  il  fai¬ 
sait  ce  refus.  La  méprise  du  faussaire  est  évidente ,  il  est  im¬ 
possible  de  ne  pas  en  être  frappé. 

Les  inadvertances  de  celui  qui  a  rédigé  la  légende  d’Hip¬ 
pocrate  touchant  son  rôle  prétendu  dans  la  grande  fièvre 
qui  dévasta  la  Grèce,  ne  permettent  pas  de  douter  le  moins 
du  monde  que  toute  cette  histoire  ne  soit  controuvée.  Ce 
sont  des  preuves  positives,  toujours  plus  décisives  que  des 
preuves  négatives.  Mais ,  quand  ce  récit  aurait  été  arrangé 
de  manière  qu’il  n’y  subsistât  aucune  de  ces  contradictions 
palpables  qui  en  font  toucher  au  doigt  et  à  l’œil  la  fausseté , 
comment  pourrait-on  le  concilier  avec  le  dire  de  Thucydide, 
qui  assure  que  tout  l’art  des  médecins  fut  impuissant?  et  de 
quoi  les  Athéniens  auraient-ils  eu  à  remercier  Hippocrate, 
lorsqu’on  lit  dans  le  même  Thucydide  :  «  L’hiver  suivant  la 
«  maladie  reparut  à  Athènes  -,  à  la  vérité,  elle  n’avait  jamais 
«  complètement  cessé,  mais  il  y  avait  eu  un  relâchement. 
«  Cette  seconde  invasion  ne  dura  pas  moins  d’un  an  -,  la 
«  première  en  avait  duré  deux  ;  de  sorte  qu’il  est  vrai  de 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  429 

dire  que  rien  nç  porta  un  plus  rude  coup  à  la  puissance  des 

Athéniens.  Il  ne  périt  pas  moins  de  4400 hoplites  des  cadres 
et  300  cavaliers  5  et,  du  reste  de  la  population,  un 
«  nombre  incalculable  (L.3,p.  232, Wechel  1594).»  La  popu¬ 
lation  militaire  d’Athènes  ne  montait  guère  qu’à  20000  hom¬ 
mes  5  la  population  totale  de  la  ville,  libre  et  esclave,  a  été 
évaluée  à  environ  400000  âmes  ;  de  sorte  que,  si  la  perte  a 
été  aussi  considérable  sur  le  reste  de  la  multitude  que  sur  les 
hommes  en  état  de  porter  les  armes ,  il  faut  évaluer  à  plus  de 
80000  le  nombre  des  victimes  de  la  peste.  On  voit,  comme 
ledit  Thucydide,  que  l’art  des  médecins  fut  complètement 
impuissant.  La  maladie  suivit  les  Athéniens  au  siège  de  Po- 
tidée,  et  y  décima  leur  armée.  A  plusieurs  reprises,  Thucy¬ 
dide  fait  mention  de  ce  grand  désastre,  et,  quand  il  repré¬ 
sente  la  prospérité  d’Athènes  au  commencement  de  la  guerre 
du  Péloponèse,  il  remarque  que  la  ville  était  pleine  de  force 
et  n’avait  pas  encore  été  en  proie  à  la  maladie  L 

Rien  n’est  donc  mieux  établi  que  la .  fausseté  de  toute 
cette  histoire  concernant  Hippocrate  et  le  roi  des  Perses  ; 
cependant  on  ne  peut  nier  qu’elle  ne  soit  fort  ancienne.  L’an¬ 
tiquité  s’est  complue  à  forger  un  assez  grand  nombre  de  ces 
épîtres,  et  Hippocrate  n’a  pas  été  l’unique  sujet  de  pareilles 
compositions  apocryphes.  La  plus  ancienne  mention  que  j’en 
connaisse ,  se  rapporte  au  temps  de  Caton  l’ancien.  Plutar¬ 
que  raconte  que  ce  Romain,  ayant  entendu  parler  du  refus 
fait  par  Hippocrate  de  secourir  les  Barbares ,  dit  que  tous 
les  médecins  grecs  avaient  fait  un  pareil  serment ,  et  il  dé¬ 
fendit  à  ses  enfants  de  les  employer  jamais1  2.  Les  Lettres 

1  ’AxU.3cÇoUOT,Ç  T7JÇ  7TOÀSOÙÎ  XCCl  OUTTU)  VîVOCVjXutaÇ.  L.  II,  p.  119. 

2  Kat  tov  TiwcoxpaTOuç ,  wç  Üoixev ,  àxr.xofo;  Xo'yov ,  Svetrs,  tou 
aeyaXou  fJaffiXswç  xaXoüvroç  outov  Itti  ttoXXoîç  tici  TctXotvrotç,  oux 


INTRODCCTIOX. 


430 

étaient  déjà  forgées  à  cette  époque ,  et  l’on  peut  admettre 
sans  peine  qu’elles  l’étaient  depuis  long-temps.  Une  autre 
remarque  confirme  l’antiquité  de  ces  pièces,  mais  sans  en 
confirmer  l’authenticité.  Il  est  dit  dans  le  Décret  des  Athé¬ 
niens  :  Les  enfants  des  habitants  de  Cos  auront  la  permis¬ 
sion  d’entrer  dans  les  gymnases  comme  ceux  des  Athé¬ 
niens  * .  Or,  dans  les  temps  postérieurs ,  dit  M.  Boeckh,  dans 
sa  collection  des  inscriptions  grecques,  les  enfants  des  étran¬ 
gers  honorables ,  établis  à  Athènes,  obtenaient  cette  faveur 
sans  un  décret  particulier-,  mais  plus  anciennement,  elle  ne 
s’accordait  que  par  privilège  aux  étrangers.  On  peut  croire 
que  le  rédacteur  de  ces  pièces,  exact  en  ce  point,  si  ignorant 
sur  le  reste,  était  quelque  Athénien  qui  connaissait  les  lois 
de  son  pays. 

2°  La  seconde  série  contient  tout  ce  qui  concerne  la  pré¬ 
tendue  folie  de  Démocrite ,  sa  conversation  avec  Hippocrate 
et  la  correspondance  qui  s’établit  entre  le  philosophe  et  le 
médecin.  Cela  est  aussi  apocryphe  que  l’histoire  concernant 
les  présents  du  roi  de  Perse  ;  car,  dans  la  Lettre  d’Hippo¬ 
crate  au  peuple  d’Abdère ,  il  est  fait  mention  de  cette  cir¬ 
constance  5  et  la  fausseté  de  ce  dernier  fait,  que  j’ai  démon¬ 
trée  plus  haut ,  entraîné  la  fausseté  de  toute  la  correspon¬ 
dance  relative  à  Démocrite.  L’un  et  l’autre  récit  ont  été  pui¬ 
sés  à  une  même  source ,  à  des  contes  populaires  que  l’ima¬ 
gination  de  quelque  auteur  s’est  complue  à  mettre  en  oeuvre. 

Maintenant  si  on  entrait  dans  l’examen  détaillé  de  ces 
Lettres ,  on  y  reconnaîtrait,  de  toutes  parts,  des  inadver- 

av  ~ot£  ^apêâpoiç  'EXXrçvœv  xoXepuotç  iau-côv  Ttapacyeîv ,  tkz^t  jto> 
vov  #pxov  sLat  toûtov  ïaTpœv  ôbravTtov,  xal  TiapsxeXsusTO  cpuXarTS(r6a> 
7Ô)  Tcatoi  ramas.  Plut:  Cat.  maj.,  t.  ni,  p.  280,  Ed.  Tauchn. 

1  K*1  sÇetvai  toïsi  Koxov  iraiatv  scprjêsiklv  Iv  ’Afbfratç  xa9stT£3 
-aicrlv  ’Aôr/vaitov. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  43i 

tances  qui  trahissent  une  composition  apocryphe.  Et  je  veux 
signaler  encore  quelques  détails  par  où  le  faussaire  s’est  dé¬ 
masqué  ,  en  cherchant  à  mettre  davantage  leur  authenticité 
à  l’abri  de  la  critique  et  du  doute.  Il  cite,  à  diverses  reprises, 
par  leurs  titres,  le  Pronostic ,  le  traité  sur  la  Maladie  sacrée , 
celui  sur  la  Tisane ,  le  Prorrhétique ,  le  livre  des  Maladies 
des  femmes,  le  5e  des  Épidémies.  On  pourrait  m’accuser  de 
pétition  de  principe  si ,  pour  montrer  la  fausseté  des  Lettres , 
je  me  servais  de  la  démonstration  où  j’ai  établi  que  quel¬ 
ques-uns  de  ces  traités  ne  sont  pas  d’Hippocrate  ;  mais  je  re¬ 
marquerai  que  nulle  part,  dans  la  Collection  hippocratique , 
il  n’y  a  de  citations  pareilles  par  les  titres  mômes.  Ce  soin  a  été 
étranger  aux  auteurs  hippocratiques  -,  ils  désignent  les  écrits 
auxquels  ils  se  réfèrent ,  par  le  sujet,  non  par  le  titre.  Mais 
le  rédacteur  de  ces  récits  a  cru  faire  merveille  que  de  nom¬ 
mer,  dans  une  prétendue  lettre  d’Hippocrate,  plusieurs  des 
livres  qui  à  tort  ou  à  raison  lui  étaient  attribués.  Et  remar¬ 
quez  encore  ceci  :  tous  les  critiques  anciens  ont  pensé  que  les 
deux  livres  des  Prorrhétiques  n’étaient  pas  d’Hippccrate  ;  la 
plupart  ont  regardé  le  5e  des  Épidémies  comme  ne  lui  ap¬ 
partenant  pas  non  plus.  Or ,  qu’y  aurait-il  de  plus  authen¬ 
tique  que  ces  livres ,  si  mention  en  était  faite  par  Hippo¬ 
crate  lui-même  dans  une  lettre  à  Démccrite  ?  H  est  donc  de 
toute  évidence  que  dans  l’antiquité  aucun  critique  n’a  cru 
sérieusement  à  l’authenticité  de  ces  lettres. 

Une  autre  remarque,  plus  délicate  peut-être,  mais  non 
moins  probante ,  ressort  de  l’examen  de  ces  lettres.  L’io¬ 
nisme  n’y  est  pas  semblable  à  celui  d’Hippocrate.  Ainsi  on 
y  lit  :  IGoù’JfjLasa  j  or  ce  mot  appartient  à  l’ionisme  d’Héro¬ 
dote.  Le  rédacteur  a  cru  bien  faire  en  prenant  les  formes 
ioniennes  les  plus  tranchées,  sans  se  douter  que  l’ionien 
d'Hippocrate  n’était  pas  exactement  celui  d’Hérodote.  Il  a 


432  INTRODUCTION'. 

été ,  dans  l’usage  du  dialecte ,  plus  rigoureux  que  le  méde¬ 
cin  de  Cos*,  son  archaïsme  a  dépassé  les  limites;  il  a  fait 
comme  un  homme  qui ,  écrivant  de  nos  jours  dans  le  style 
du  16e  siècle,  y  mêlerait  des  formes  usitées  seulement  dans 
l’époque  précédente.  Arétée ,  qui  a  écrit  en  ionien  dans  un 
temps  où  les  grammairiens  seuls  s’en  occupaient ,  a  commis 
de  perpétuelles  fautes  de  ce  genre. 

3°  La  courte  Lettre  d’Hippocrate  à  son  fils  Thessalus,  ne 
porte  en  soi  rien  qui  en  démontre  la  fausseté  ;  mais,  à  côté  de 
tant  de  pièces  apocryphes,  il  est  permis,  sans  encourir  le 
reproche  de  sévérité,  de  ranger  également  cette  lettre  dans 
la  même  catégorie. 

Ajoutons  qu’Érotien ,  qui  ne  pèche  pas  par  un  excès  de 
rigueur  dans  la  formation  de  sa  liste  des  ouvrages  qu’il  re¬ 
garde  comme  véritablement  d’Hippocrate ,  ne  dit  pas  un 
mot  des  Lettres. 

4°  La  Supplication  adressée  aux  Thessaliens 4  et  le  Dis¬ 
cours  d’ambassade  2  forment  la  dernière  série  de  ces  pièces  ; 
elles  sont  relatives  à  une  seule  et  même  affaire,  la  guerre 
des  Athéniens  contre  l’ile  de  Cos.  Dans  la  première,  Hippo¬ 
crate  implore  le  secours  des  Thessaliens  en  faveur  de  sa 
patrie-,  dans  la  seconde,  Thessalus  son  fils  prie  les  Athé¬ 
niens  de  ne  pas  persévérer  dans  leurs  desseins  hostiles. 
Il  faut  remarquer  qu’une  histoire  analogue  est  attribuée, 
dans  Suidas,  à  Dexippe  ou  Dioxippe  de  Cos,  disciple 
d’Hippocrate.  Ce  médecin,  appelé  par  Hecatomnus  roi  de 
Carie,  pour  guérir  ses  enfants,  MausoleetPixodare,  qui 
étaient  dans  un  état  désespéré ,  ne  se  rendit  aux  prières 
de  ce  prince  qu’à  la  condition  qu’il  cesserait  la  guerre  con¬ 
tre  les  habitants  de  Cos.  Nous  avons  déjà  vu  que  les  biogra- 

’ETTlêcOpltOî. 

HpgijêsUTtXOÇ. 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  433 

phes  d’Hippocrate  ont  raconté  touchant  un  amour  secret  du 
roi  de  Macédoine  Perdiccas ,  une  histoire  toute  semblable  à 
celle  qui  est  rapportée  touchant  Érasistrate  et  Seleucus.  Les 
légendes  aiment  ces  répétitions. 

La  Supplication  et  le  Discours  d’ambassade  se  supposant 
l’un  l’autre,  la  fausseté  de  l’un  entraîne  la  fausseté  de  l’au¬ 
tre.  Or,  il  est  vrai  que  la  Supplication  aux  Thessaliens  ne 
contient  rien  qui  trahisse  le  faussaire  5  mais  le  Discours 
Æ ambassade  fait  mention  des  services  rendus  par  Hippocrate 
à  la  Grèce,  de  son  refus  de  secourir  laPéonie  et  l’IUy- 
rie,  par  où  venait  la  peste,  de  l’envoi  de  ses  disciples  dans 
les  différentes  provinces ,  du  triomphe  qu’il  obtenait  sur  l’é¬ 
pidémie  à  mesure  qu’il  arrivait  dans  les  villes,  enfin  du 
conseil  salutaire  qu’il  donna  à  Athènes.  Or,  nous  savons  par 
Thucydide  qu’aucun  médecin  ne  fit  rien  à  Athènes  contre  la 
peste.  L’âge  d’Hippocrate  ne  lui  permettait  pas  d’avoir  des 
disciples  et  surtout  des  enfants  qu’il  pût  envoyer  dans  les 
différents  pays.  Rien  n’est  plus  fabuleux  que  de  présen¬ 
ter  un  médecin  comme  réprimant,  dès  qu’il  paraît,  une 
maladie  aussi  violente.  L’auteur  du  Discours  fait  venir  la 
peste  del’Hlyrie,  parla  Béotie;  or,  Thucydide  dit  positive¬ 
ment  qu’elle  venait  de  l’Éthiopie,  et  qu’elle  envahit  l’Attique 
parle  Pirée.  Enfin,  Thessalus  assure  qu’il  alla  dans  le  Pé¬ 
loponnèse  s’opposer  aux  progrès  de  la  peste  5  or,  ce  môme 
Thucydide  nous  apprend  qu’elle  pénétra  à  peine  dans  cette 
partie  de  la  Grèce4.  Ainsi,  partout  l’auteur  de  ces  deux  piè  ■ 
ees  est  en  contradiction  avec  la  vraisemblance,  l’histoire  et 
les  faits. 

Cependant  il  n’est  pas  le  môme  que  celui  qui  a  composé 

1  ’Eç  jjlev  ITeXorôvvrjfrov  oyx  soîjXOsv,  8  ti  xai  a^tov  Xdyo-j.  Lib. 
II,  ch.  54. 


TOM.  I. 


28 


INTRODUCTION'. 


434 

la  correspondance  avec  Artaxerce  ou  avec  Démocrite.  Car 
il  n’est  pas  question,  dans  la  Supplication  et  le  Discours 
d’ambassade ,  de  la  demande  du  roi  des  Perses ,  ni  de  la  ré¬ 
ponse  d’Hippocrate.  Ce  sont  les  rois  des  Péoniens  et  des  Illy- 
riens  qui  sollicitent  le  secours,  et  c’est  à  eux  que  le  médecin 
de  Cos  adresse  son  refus.  Le  conte  populaire  est  ici  autre¬ 
ment  présenté  5  le  style  en  outre  est  différent;  et  il  paraît  que, 
dans  l’antiquité,  ces  pièces  ont  eu  plus  de  créance  ;  car  Éro- 
tien  les  cite  comme  étant  d’Hippocrate,  et  Varron  en  a  fait 
usage.  Ainsi ,  chose  qui  est  assez  curieuse  pour  l’histoire 
des  légendes  sacrées  ou  profanes  et  à  laquelle  on  n’a 
pas  pris  .garde,  la  légende  relative  au  rôle  d’Hippocrate 
dans  la  peste,  est  véritablement  double  ;  d’un  côté  il  est 
mis  en  rapport  avec  les  rois  des  Péoniens  et  des  Illyriens , 
de  l’autre  avec  le  roi  de  Perse  ;  et  ces  deux  versions  d’un 
môme  conte  traditionnel  n’en  ont  pas  moins  été  rapprochées 
l’une  de  l’autre  î  Cependant  il  paraît  qu’Érotien  en  avait  re¬ 
connu  l’incompatibilité;  car,  admettant  le  Discours  d’ambas¬ 
sade ,  il  a  exclu  de  sa  liste  les  Lettres  où  interviennent  Ar¬ 
taxerce  et  Démocrite. 

En  définitive,  rien  de  plus  certain  que  la  fausseté  de  ces 
deux  Discours  ainsi  que  des  Lettre ‘^et  du  Décret  qui  sont 
relatifs  à  Hippocrate. 

TABLEAU  SERVANT  DE  RÉSUMÉ. 

Première  classe.  Ecrits  d’Hippocrate  :  de  Y  Ancienne 
médecine  ;  le  Pronostic  ;  les  Aphorismes  ;  les  Épidémies ,  1' 
et  3e  livres  ;  du  Régime  dans  les  maladies  aiguës;  des  Airs, 
des  Eaux  et  des  Lieux ;  des  Articulations;  des  Fractures; 
des  Instruments  de  réduction;  à  ce  traité  était  joint  dans  l’an¬ 
tiquité  un  opuscule  sur  les  veines  (  ns pl  ©)Æv),  dont  j’ai 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  435 

parlé  à  propos  du  livre  de  la  Nature  des  os  ;  le  Serment  ;  la 
Loi. 

Deuxième  classe.  Écrits  de  Polybe  :  de  la  Nature  de 
l'homme  ;  du  Régime  des  gens  en  santé. 

Troisième  classe.  Écrits  antérieurs  à  Hippocrate  :  Pré¬ 
notions  de  Cos  ;  1er  livre  du  Prorrhétique. 

Quatrième  classe.  Écrits  de  l’école  de  Cos,  de  contem¬ 
porains  ou  de  disciples  d’Hippocrate  :  des  Ulcères  ;  des  Fis¬ 
tules  et  des  Hémorrhoïdes  ;  du  Pneuma  ;  des  Régions  dans 
l'homme;  de  Y  Art  ;  du  Régime  et  des  Songes;  des  Affections; 
désaffections  internes;  des  Maladies ,  1er,  2e  et  3e  livres  $ 
de  la  Naissance  à  sept  mois  ;  de  la  Naissance  à  huit  mois. 

Cinquième  classe.  Livres  qui  ne  sont  que  des  extraits 
ou  des  notes  :  Épidémies ,  2e,  4e,  5e,  6e  et  7e  livres  -,  de  Y  Of¬ 
ficine  du  médecin;  des  Humeurs;  de  Y  Usage  des  liquides. 

Sixième  classe.  Traités  qui ,  appartenant  à  un  même 
auteur,  forment  une  série  particulière  dans  la  Collection  : 
de  la  Génération;  de  la  Nature  de  Y  enfant;  des  Maladies ,  4e 
livre  *,  des  Maladies  des  femmes;  des  Maladies  des  jeunes  fil¬ 
les;  des  Femmes  stériles. 

Septième  classe.  Écrit  appartenant  peut-être  à'Léo- 
phanès  :  de  la  Superfétation. 

Huitième  classe.  Traités  qui ,  soit  parce  qu’ils  contien¬ 
nent  la  connaissance  du  pouls,  soit  parce  qu’ils  admettent 
le  système  d’Aristote  sur  l’origine  des  vaisseaux  sanguins 
dans  le  cœur ,  soit  parce  qu’ils  ont  été  déclarés  postérieurs 
aux  autres  parles  critiques  anciens,  doivent  être  regardés 
comme  les  plus  récents  dans  la  Collection  hippocratique  : 
du  Cœur;  de  Y  Aliment;  des  Chairs;  des  Semaines;  Pror¬ 
rhétique  ,  2e  livre  5  des  Glandes  ;  un  fragment  compris  dans 
la  compilation  intitulée  de  la  Nature  des  os. 

Neuvième  classe.  Traités,  fragments  ou  compilations 


436  INTRODUCTION. 

non  cités  par  les  critiques  de  l’antiquité  :  du  Médecin  ;  de  la 
Conduite  honorable;  les  Préceptes;  de  Y  Anatomie;  de  la 
Dentition  ;  de  la  Nature  de  la  femme  ;  de  Y  Excision  du  fœ¬ 
tus;  8e  section  des  Aphorismes  ;  de  la  Nature  des  os;  des 
Crises;  des  Jours  critiques;  des  Médicaments  purgatifs. 

Dixième  classe.  Notice  des  écrits  perdus  :  des  Blessu¬ 
res  dangereuses;  des  Traits  et  blessures;  le  1er  livre  des  Ma¬ 
ladies  le  petit. 

Onzième  classe.  Pièces  apocryphes  :  Lettres  et  Dis¬ 
cours. 

Le  tableau  qui  précède  est  le  résumé  d’un  long  travail  au¬ 
quel  le  lecteur  a  assisté ,  et  dont  le  but  et  le  résultat  sont  une 
classification  des  œuvres  renfermées  dans  la  Collection  hip¬ 
pocratique.  Quelques  mots  suffiront  maintenant  pour  faire 
comprendre  ce  que  j’appellerai  le  système  de  ma  classifi¬ 
cation. 

Tout  mon  système  consiste  à  avoir  essayé  de  ranger,  sui¬ 
vant  les  auteurs  et  suivant  les  temps,  les  différents  livres  de 
la  Collection.  Le  premier  point  fixe  à  trouver,  dans  un  as¬ 
semblage  de  traités  qui  portent  le  nom  d’Hippocrate  ,  a  été 
de  reconnaître  ce  qui  devait  être  considéré  comme  apparte¬ 
nant  à  Hippocrate  lui-même  5  cela  fait ,  une  comparaison  des 
livres  de  ce  médecin  avec  certains  livres  de  la  Collection,  a 
montré  que,  parmi  ces  derniers,  les  uns  étaient  antérieurs  à 
Hippocrate  puisqu’ils  avaient  servi  de  matériaux  à  quelques- 
uns  de  ses  ouvrages,  et  les  autres,  postérieurs,  puisqu’ils 
en  présentaient  des  lambeaux  et  des  extraits  textuels. 
De  là  sont  nées  des  catégories  très  distinctes  et  très  na¬ 
turelles. 

Le  même  système  m’a  conduit  à  mettre  à  part  un  livre 
que  le  témoignage  d’Aristote  attribue  positivement  à  Polybe, 
et  un  autre  livre  qui  peut-être  doit ,  par  une  raison  sembla- 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER.  437 

ble,  être  regardé  comme  venant  de  Léophanès.  Enfin,  dans 
cette  recherche  des  auteurs  différents  de  la  Collection  hip¬ 
pocratique  ,  il  a  été  facile  de  reconnaître  une  série  considé¬ 
rable  d’ouvrages  qui  appartiennent  à  un  môme  homme,  et 
cet  homme,  qui  n’est  pas  Hippocrate,  est  d’ailleurs  inconnu. 

Hors  de  ces  classes  se  sont  trouvés  beaucoup  de  livres  ;  et 
là  il  a  bien  fallu  laisser  incertain  ce  qui  n’était  pas  suscepti¬ 
ble  d’une  détermination  précise  ou  seulement  probable,  et 
attribuer  en  bloc  à  l’école  de  Cos ,  aux  disciples  d’Hippo¬ 
crate  ,  bon  nombre  de  traités  qui  portent  des  traces  incon¬ 
testables  de  doctrines  communes  et  à  peu  près  contemporai¬ 
nes.  Cette  classe  est,  si  je  puis  ainsi  parler,  un  résidu  réfrac¬ 
taire  aux  moyens  d’analyse  que  j’ai  employés;  et  la  seule 
communauté  qui  réunit  ces  livres  et  qui  m’a  déterminé  à  en 
faire  une  catégorie  à  part,  c’est  l’impossibilité  où  j’ai  été  de 
leur  assigner  une  époque,  un  auteur,  en  un  mot,  un  carac¬ 
tère  qui  eût  quelque  précision. 

Mais  là  où  j’ai  reconnu  des  marques  incompatibles  avec 
l’époque  môme  d’Hippocrate,  là  où  il‘a  été  démontré  que 
les  auteurs  étaient  des  médecins  appelés  par  Galien  hippo¬ 
cratiques  postérieurs,  là,  dis-je,  j’ai  trouvé  une  raison  dé¬ 
cisive  de  faire  une  classe  séparée  ;  la  différence  de  date  a 
motivé  suffisamment  une  pareille  distinction. 

Il  ne  m’est  plus  demeuré  alors  qu’un  certain  nombre  d’o¬ 
puscules  qui  avaient  tous  une  condition  commune,  c’était  de 
n’avoir  été  mentionnés  par  aucun  des  critiques  anciens  qui 
sont  parvenus  j  usqu’à  nous.  Je  ne  pouvais  faire  autrement  que 
de  les  réunir  ensemble  ;  car  ce  silence  des  anciens  critiques 
prouvait  qu’ils  ne  les  avaient  pas  estimés  ou  qu’ils  ne  les 
avaient  pas  connus.  Un  examen  attentif  m'a  montré  que  ccs 
deux  propositions  étaient  véritables  à  la  fois  :  parmi  les  opus¬ 
cules  en  question ,  les  uns  sont  véritablement  antiques ,  mais 


458  INTRODUCTION. 

Érotien  et  Galien,  par  une  raison  ou  par  une  autre,  n’en  ont 
fait  aucune  mention,  et  les  autres  ont  été  ignorés  d’eux, 
puisque  ce  sont  des  compilations  rédigées  postérieurement 
avec  des  lambeaux  hippocratiques. 

Si  j’ai  mis  à  part  les  écrits  perdus,  c’est  qu’il  n’y  avait 
aucun  moyen  de  les  discuter,  et  qu’il  est  commode  pour  le 
lecteur  de  les  avoir  tous  réunis  sous  un  même  coup  d’œil. 
Enfin ,  personne  ne  s’étonnera  que  j’aie  séparé  toutes  les 
pièces  non  médicales  et  manifestement  apocryphes. 

On  voit  que ,  dans  cette  classification ,  rien  n’est  donné  à 
l’arbitraire ,  tout  repose  sur  un  point  essentiel ,  et ,  ce  point 
admis,  le  reste  en  découle  par  voie  de  conséquence  :  c’est 
qu’il  existe,  dans  la  Collection,  certains  livres  qui  sont  d’Hip¬ 
pocrate  lui-même ,  et  qu’il  est  possible  de  désigner  positive¬ 
ment  ces  livres.  Il  a  donc  été  de  la  plus  haute  importance 
pour  toute  cette  œuvre  de  critique,  de  déterminer  à  quoi  ré¬ 
pond  le  témoignage  de  Platon ,  de  trouver  celui  de  Ctésias, 
d’enregistrer  ceux  de  Dioclès  etd’Hérophile.  En  effet,  la  part 
d’Hippocrate  étant  faite ,  on  obtient  sur  le  champ  le  moyen 
de  reconnaître  parmi  la  Collection  quelques  écrits  qui  lui 
sont  antérieurs ,  et  d’autres  qui  lui  sont  postérieurs. 

Quand  il  n’est  pas  possible  d’assigner  l’auteur,  c’est  beau¬ 
coup  de  pouvoir  assigner  une  date  relative.  En  effet,  la  clas¬ 
sification  que  j’ai  tentée  offre,  par  l’arrangement  seul ,  un 
tableau  qui  embrasse  les  temps  immédiatement  antérieurs  à 
Hippocrate ,  et  qui  s’étend  après  lui  jusqu’à  l’époque  d’Aris¬ 
tote.  Cela  est  un  résultat  inattendu  et  certainement  avanta¬ 
geux  de  cette  classification. 

De  la  sorte,  la  Collection  hippocratique  prend  une  phy¬ 
sionomie  nouvelle  et  plus  régulière.  Ce  qui  est  vraiment 
d’Hippocrate  est  mis  en  première  ligne  5  c’est  la  partie  la 
plus  solidement  établie,  et  tout  le  reste  s’y  appuie.  En  même 


DE  CHACUN  DES  LIVRES  HIPPOCRATIQUES  EN  PARTICULIER .  439 

temps  on  voit  ce  qu’a  été  la  Collection  hippocratique  dans 
l’antiquité  ;  on  reçonnaît  les  pertes  que  nous  avons  faites ,  on 
distingue  les  livres  que  les  anciens  critiques  n’ont  pas  cités  ; 
et  en  même  temps  elle  se  trouve  purgée  de  plusieurs  com¬ 
pilations  qui  n’y  ont  pas  été  comprises  jadis  et  qui  ne  méri¬ 
tent  pas  d’être  conservées.  C’est  beaucoup  de  pouvoir  élimi¬ 
ner  avec  sûreté  ces  ;  lices  qui  la  déparent. 

En  définitive,  par  ce  dernier  travail  sur  chacun  des  livres 
de  la  Collection  hippocratique ,  travail  (fui  est  un  des  résul¬ 
tats  principaux  de  mon  Introduction ,  et  qui  a  donné  pour 
terme  la  classification  ici  présentée,  il  demeure  établi  que  la 
Collection  est  un  débris  précieux  de  la  plus  antique  méde¬ 
cine  grecque;  que  plusieurs  mains  y  ont  coopéré  $  que  des 
époques  rapprochées,  mais  différentes,  y  sont  représentées; 
et  que,  toute  déduction  faite ,  elle  renferme  des  livres  mar¬ 
qués  d’une  empreinte  de  génie  assez  rive,  et  d’un  caractère 
d’authenticité  assez  certain  pour  que  la  postérité  connaisse 
et  admire  Hippocrate  dans  ses  oeuvres. 


CHAPITRE  XIII. 


EXPOSÉ  SOMMAIRE  DE  LA  DOCTRINE  MEDICALE  d’hIPPOCRATE. 


/ 

Si  je  m’étais  engagé  dans  la  recherche  et  l’exposition  de 
la  doctrine  médicale  d’Hippocrate ,  avant  d’avoir  travaillé  à 
reconnaître  ce  qui  lui  appartient  en  propre  dans  la  Collec¬ 
tion,  il  m’aurait  été  très  difficile  de  donner  une  idée  claire 
de  cette  ancienne  doctrine,  et  le  lecteur  lui-même  ne  serait 
pas  parvenu  à  suivre  des  propositions  qui  se  seraient  ou 
heurtées  par  leur  contradiction  ou  mal  coordonnées  à 
cause  de  leur  iricohérenpe.  On  aurait  eu,  ici  l’hypothèse  des 
quatre  humeurs ,  là  celle  du  chaud  et  du  froid  élémentaires, 
ailleurs  celle  du  pneuma,  sans  qu’il  eût  été  possible  de  trou- 
ver,  entre  ces  différentes  conceptions  de  la  plus  vieille  mé¬ 
decine  grecque ,  une  liaison  qui,  dans  le  fait ,  n’existe  pas; 
car  elles  appartiennent  à  des  systèmes  différents. 

Par  des  témoignages  et  des  raisonnements  que  j’ai  avec  soin 
enchaînés  les  uns  aux  autres,  mais  qui  n’ont  rien  emprunté  à 
ce  qui  aurait  pu  être  considéré  comme  système  d’Hippocrate, 
je  suis  arrivé  à  signaler,  dans  la  Collection,  un  certain  nombre 
d’écrits  que  je  regarde  comme  siens.  Or,  par  une  coïnci¬ 
dence  que  j’ai  déjà  plusieurs  fois  retrouvée  et  qui  confirme 
en  dernier  lieu  les  résultats  de  mon  travail ,  il  advient  que 
ces  livres,  désignés  comme  étant  d’Hippocrate  d’après  des 
motifs  étrangers  à  l’examen  de  la  doctrine,  présentent  un 
ensemble  où  une  seule  pensée  règne ,  où  tout  se  lie  et  où 
1  on  ne  remarque  ni  disparate,  ni  incohérence,  ni  contradic¬ 
tion.  A  ce  point,  les  longues  recherches  que  j’ai  entreprises 


DE  LA  DOCTRINE  MÉDICALE  d’hIPPOCRATE.  441 

reviennent,  pour  ainsi  dire,  sur  elles-mêmes  et  forment  un 
cercle-,  et  je  puis,  en  détournant  le  sens  d’une  phrase  d’un 
auteur  hippocratique ,  dire  au  sujet  de  cette  concordance 
des  arguments  :  une  circonférence  étant  tracée,  le  commen¬ 
cement  ne  peut  être  trouvé  i. 

II  est  donc  possible  de  résumer  les  principes  de  l’ancienne 
médecine  d’Hippocrate.  J’excluerai  de  l’objet  de  cette  expo¬ 
sition  l’anatomie  et  la  physiologie.  Ces  deux  parties  de  la 
science  médicale  étaient,  à  cette  époque,  encore  trop  igno¬ 
rées  pour  que  les  médecins  eussent  sur  ce  sujet  autre  chose 
que  des  idées  vagues,  bien  que  parfois  profondes,  mais  dont 
l’appréciation  m’entraînerait  trop  loin  de  mon  sujet. 

Que  la  médecine  d’Hippocrate  ait  fait  une  large  part  à  la 
théorie ,  qu’elle  se  soit  livrée  à  la  recherche  des  causes  et 
des  explications,  qu’elle  ait  mérité  le  nom  de  dogmatique 
que  l’antiquité  a  donné  à  son  école  et  à  ses  successeurs  im¬ 
médiats,  c’est  ce  dont  on  ne  peut  douter  quand  on  lit  ce 
passage  de  Platon  :  «  La  médecine  recherche  la  nature  du 
-  sujet  qu’elle  traite,  la  cause  de  ce  qu’elle  fait,  et  sait  ren¬ 
dre  compte  de  chacune  de  ces  choses  2.  »  Il  est  facile,  à 
l’aide  des  idées  théoriques  consignées  dans  les  écrits  que  la 
critique  admet  comme  appartenant  réellement  à  Hippocrate, 
de  remplir  ce  programme  indiqué  par  Platon. 

Dans  la  médecine  antique,  un  premier  point  à  considérer 
est  l’opinion  sur  les  causes  des  maladies.  Hippocrate  recon¬ 
naît  deux  ordres  principaux  de  causes ,  et  il  leur  attribue  la 
génération  des  affections  pathologiques.  Le  premier  ordre 

1  KuxXou  YpcccpsvToç  àpy^  ou x  eôpKbi.  De  loc.  in  hom.,  p.  63, 
Ed.  Frob. 

l 'H  $’  tarpucr, ,  Xéy «v  ,  o~i  ^  jxèv  toutou  ou  ôîpa:rsust,  xai  T7jv 
uuitv  eoxs—ai,  xat  rr,v  aiTi'av  àv  irparrei,  xat  Xoyov  ïyti  toutwv 
lxa<rcou  Souvat.  Gorgias  ,  t.  ni ,  p.  82,  Ed.  Tauch. 


INTRODUCTION. 


442 

comprend  les  influences  des  saisons ,  des  températures ,  des 
eaux,  des  localités.  Le  second  ordre  de  causes  est  plus  in¬ 
dividuel,  et  résulte,  soit  de  l’alimentation  particulière  à 
chaque  homme ,  soit  des  exercices  auxquels  il  se  livre.  On 
trouve  le  développement  de  l’un  et  de  l’autre  surtout  dans 
le  livre  des  Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux ,  et  dans  celui  de 
V  Ancienne  médecine. 

La  considération  des  modifications  de  l’atmosphère,  sui¬ 
vant  les  saisons  et  suivant  les  climats ,  est  une  idée  féconde 
qu’Hippocrate  a  exploitée  avec  bonheur ,  et  que  la  science 
subséquente  n’a  pas  encore  épuisée.  Le  médecin  grec  en 
a  tiré  des  conséquences  étendues.  A  mesure  que  l’année 
passe  par  ses  phases  successives  de  chaleur  et  de  froidure, 
d’humidité  et  de  sécheresse,  le  corps  humain  éprouvé  des 
changements,  et  les  maladies  en  empruntent  les  caractè¬ 
res.  C’est  sur  ce  fondement  qu’est  établie  la  doctrine  des 
constitutions  pathologiques  correspondant  à  des  états  parti¬ 
culiers  de  l’atmosphère,  doctrine  qui  a  été  plusieurs  fois  re¬ 
nouvelée  et  étudiée  avec  grand  soin.  Suivant  Hippocrate, 
quand  l’année  ou  la  saison  présentait  un  caractère  spécial , 
et  était  dominée  par  telle  ou  telle  température,  il  s’ensuivait, 
parmi  les  hommes  qui  y  étaient  soumis ,  une  série  d’affec¬ 
tions  toutes  marquées  du  même  cachet.  Il  y  a  là  un  aperçu 
profond,  que  les  modernes  ont  recueilli  et  sur  lequel  ils  dé¬ 
battent  encore  :  c’est  le  génie  des  constitutions  pathologi¬ 
ques  et  des  épidémies. 

La  théorie  de  l’influence  des  climats,  développée  avec  tant 
de  talent  par  Hippocrate ,  et  qui  lui  a  été  depuis  si  souvent 
empruntée ,  est  une  conséquence  de  tout  ce  qu’il  pensait  sur 
les  saisons  et  sur  la  température  des  années.  En  effet ,  un 
climat  n’est  pour  ainsi  dire  qu’une  saison  permanente,  et 
1  empreinte  en  doit  être  d’autant  plus  puissante  qu’elle  existe 


DE  LA  DOCTRINE  MÉDICALE  d’hIPPOCRATE.  443 

toujours  et  se  fait  sentir  incessamment  ;  aussi  Hippocrate 
n’y  a-t-il  presque  pas  mis  de  bornes.  La  conformation  du 
corps,  la  disposition  des  esprits,  le  courage,  l’amour  de  la 
liberté,  tout,  suivant  lui,  dépend  de  la  loi  des  climats  ;  et,  si 
les  Grecs  sont  braves  et  libres,  et  les  Asiatiques  efféminés 
et  esclaves,  cette  différence  tient  au  climat  que  ces  peuples 
habitent. 

Les  âges  étaient  naturellement  considérés  comme  des  sai¬ 
sons,  et,  par  la  même  cause ,  exposés  chacun  à  des  mala¬ 
dies  spéciales  que  l’on  se  plaisait  à  rapprocher  de  celles  que 
produisent  les  changements  annuels  de  l’atmosphère.  Cette 
assimilation  était  d’autant  plus  facile  qu’elle  s’appuyait  sur 
une  des  principales  théories  d’Hippocrate.  Suivant  lui,  le 
corps  humain  est  pénétré  d’une  chaleur  qu’il  appelle  innée, 
dont  la  quantité  est  à  son  maximum  pendant  l’enfance,  et 
qui  va  sans  cesse  en  s’épuisant  par  le  progrès  de  la  vie  jus¬ 
que  dans  la  vieillesse ,  où  elle  arrive  à  son  minimum.  Ces 
changements  successifs  de  la  chaleur  innée ,  qui  éprouve  les 
mêmes  phases  que  le  soleil  pendant  l’année,  devaient  faire 
considérer  les  âges  comme  des  saisons ,  et  faire  attribuer  à 
chacun  d’eux  un  ordre  de  maladies  analogue  à  celui  qu’on 
attribuait  à  chacune  d’elles. 

La  seconde  partie  de  l’étiologie  générale  comprenait  l’in¬ 
fluence  exercée  par  la  nourriture  et  par  l’exercice.  Toutes 
sortes  de  désordres  sont  mis  sur  le  compte  d’une  nourriture 
mal  réglée.  La  surabondance  et  le  défaut  engendrent  égale¬ 
ment  des  maladies ,  et  c’est  une  sentence  remarquable  que 
celle  où  Hippocrate  signale ,  chez  les  athlètes ,  le  danger 
d’un  excès  de  santé  provenant  d’un  excès  d’alimentation 
et  de  force.  Les  exercices,  qui  sont  considérés  comme  desti¬ 
nés  à  consumer  le  trop  plein  que  cause  la  nourriture ,  dé¬ 
terminent,  quand  ils  sont  excessifs  ou  tout-à-fait  négligés. 


444  introdcctxox. 

des  accidents  inverses,  nuisibles  à  la  conservation  de  la  santé. 

Cette  étiologie,  prise  dans  son  ensemble,  est  grande  et  belle, 
et  le  cours  des  temps  et  le  progrès  de  la  science  en  ont  res¬ 
pecté  les  bases.  Cependant  il  faut  seulement  y  voir  le  premier 
aperçu,  clair,  il  est  vrai,  et  profond  de  la  médecine  grecque, 
sur  les  causes  des  maladies.  L’étiologie  est  encore  de  nos 
jours  un  des  plus  importants  et  des  plus  difficiles  sujets  d’é¬ 
tude.  Il  fut  naturel  aux  premiers  médecins,,  et  entre  autres 
à  Hippocrate,  de  comprendre  et  de  noter  d’abord  la  grande 
et  universelle  influence  des  agents  du  monde  extérieur  î  cli¬ 
mat  ,  saisons ,  genre  de  vie ,  alimentation  ,  toutes  ces  influen¬ 
ces  furent  signalées  à  grands  traits.  Yoir  les  choses  d’en¬ 
semble  est  le  propre  de  l’antique  médecine  5  c’est  ce  qui  en 
fait  le  caractère  distinctif ,  et  ce  qui  lui  donne  sa  gran¬ 
deur,  quand  l’ensemble  qu’elle  a  saisi  est  véritable;  voir 
les  choses  en  détail ,  et  remonter  par  cette  voie  aux  gé¬ 
néralités,  est  le  propre  de  la  médecine  moderne.  Il  ne  se¬ 
rait  plus  possible  aujourd’hui  d’édifier  une  étiologie  aussi 
compréhensive  que  celle  qui  fait  la  doctrine  d’Hippocrate. 
Beaucoup  d’influences ,  qu’on  ignorait  du  temps  du  médecin 
de  Cos ,  ont  été  signalées  ;  tout  ce  qui  est  relatif  aux  conta¬ 
gions,  aux  virus,  aux  infections,  est  venu  prendre  une  place 
importante  dans  l’enseignement;  et  puis,  ce  que  l’on  croyait 
savoir,  il  s’est  trouvé  qu’on  l’ignorait  :  cette  fièvre  typhoïde, 
qui  est  la  grande  fièvre  endémique,  au  moins  dans  une  partie 
de  l’Europe,  a  vu  tomber  toute  son  étiologie  devant  des  tra¬ 
vaux  récents.  Les  agents  extérieurs  et  l’alimentation  n’en  ex- 
pliquent  pas  la  production,  et  sa  cause  est  rentrée  dans  le 
domaine  des  choses  inconnues.  Mais,  d’un  autre  coté,  nulle 
Part  l’influence  de  l’âge  ne  se  fait  mieux  sentir,  et,  par  un 
Privilège  singulier,  la  vieillesse  en  est  exempte. 

A  Part  l’influence  de  la  chaleur  innée  et  des  âges,  influence 


DE  LA  DOCTRINE  MÉDICALE  D’HIPPOCRATE.  445 

dont  l’admission  est  une  preuve  qu’Hippocrate  n’était  pas 
étranger  aux  doctrines  qui  comparaient  l’homme  au  monde, 
le  microcosme  au  macrocosme,  il  est  clair  que  son  étiologie  est 
toute  dans  l’étude  des  causes  extérieures ,  comme  nous  ver¬ 
rons  plus  loin  que  sa  pathologie  est  toute  dans  l’action  des 
humeurs  nuisibles.  Ce  qu’Hippocrate  savait  le  mieux ,  c’é¬ 
taient  les  effets  produits  sur  le  corps  par  l’alimentation ,  le 
genre  de  vie  et  l’habitation  ;  ce  qu’il  savait  le  moins,  c’était 
le  mécanisme  des  fonctions.  De  là  le  caractère  de  son  étio¬ 
logie,  toute  tournée  vers  le  dehors.  Il  a  dit  que,  pour  em¬ 
brasser  la  médecine  dans  sa  véritable  généralité,  il  faut  étu¬ 
dier  l’action  de  tous  les  aliments,  de  tout  le  genre  de  vie ,  de 
tout  ce  qui  entoure  l’homme  5  c’est  certainement  un  des  plus 
grands  programmes  de  l’étiologie  qui  aient  été  tracés  et  une 
des  indications  les  plus  profondes  qui  aient  été  données  à  la 
médecine.  Ce  programme  ,  qui  ne  laisse  en  dehors  que  le 
mouvement  et  le  développement  spontané  de  la  vie ,  s’est  ré¬ 
sumé  pour  Hippocrate  dans  l’étiologie  que  je  viens  d’expo- 
<  ?r.  Mais  il  est  vrai  de  dire  qu’il  n’est  pas  épuisé ,  et  que  le 
remplir  est  encore  une  des  tâches  principales  de  la  science. 
Je  reviendrai  ailleurs  sur  cette  pensée  qu’Hippocrate  a  dé- 
p  osée  dans  un  de  ses  livres  les  plus  remarquables  5  seulement 
il  faut  observer  qu’un  plan  de  recherches  ainsi  conduites , 
ayant  pour  objet  l’être  vivant  dans  ses  rapports  avec  le  mon¬ 
de  ambiant,  comprend  essentiellement  l’hygiène  et  la  pa¬ 
thologie  ;  par  conséquent,  bien  qu’il  présente  des  lacunes , 
il  offre  une  base  solide  et  immense  à  l’étude ,  et  l’on  con¬ 
çoit  qu’animée  par  une  pensée  si  juste  et  si  féconde,  la  vieille 
médecine  de  la  Grèce  et  d’Hippocrate  ait  fait  un  si  heureux 
choix  dans  son  observation  de  la  nature,  et  légué  à  l’avenir, 

.  vec  un  trésor  d’expérience,  une  méthode  qui  a  exercé  de 
‘  in  comme  de  près  une  influence  puissante  et  salutaire. 


INTRODUCTION . 


446 

La  médecine  a  souvent  cherché  à  découvrir  le  moyen  or¬ 
ganique  par  lequel  la  cause  véritable  ou  prétendue  produi¬ 
sait  la  maladie.  En  cela,  Hippocrate  n’a  pas  échappé  à  l’in¬ 
fluence  des  doctrines  qui  l’avaient  précédé  et  qui  régnaient 
de  son  temps.  Déjà  avant  lui  Anaxagore  avait  attribué  les 
maladies  à  la  bile  ;  Hippocrate  les  attribua  aux  qualités  des 
humeurs  et  aux  inégalités  de  leurs  mélanges.  La  patho¬ 
logie  des  humeurs  a  dû.  nécessairement  précéder  celle  des 
solides  ^  car,  long-temps  avant  de  voir  que  les  poumons 
étaient  hépatisés  dans  la  pneumonie  et  la  plèvre  couverte 
de  fausses  membranes  dans  la  pleurésie,  on  s’était  aperçu 
des  modifications  qu’éprouvaient  dans  les  maladies  l’urine , 
la  sueur ,  l’expectoration  et  les  excrétions  alvines.  Cepen¬ 
dant  Hippocrate,  dans  le  traité  de  1* Ancienne  médecine , 
admet,  à  côté  de  l’action  des  humeurs ,  celle  de  la  forme  et 
de  la  disposition  des  organes  (  «r/r'uaxa).  Cette  vue  a  été  peu 
suivie,  même  par  lui,  et  la  théorie  humorale  prédomine 
toujours. 

Suivant  Hippocrate,  la  santé  est  due  au  mélange  ré¬ 
gulier  des  humeurs ,  c’est  ce  qu’il  appelle  la  crase  ;  et  la 
maladie  procède  du  dérangement  de  la  crase  des  humeurs. 
A  cette  opinion  se  rattache  une  doctrine  qui  est  un 
des  pivots  de  la  médecine  hippocratique.  Cette  doctrine 
est  celle  de  la  coction  ;  il  faut  l’expliquer  avec  quelque 
détail.  Elle  tient  incontestablement  à  une  autre  théorie ,  à 
celle  de  la  chaleur  innée  ;  elles  sont  une  conséquence  l’une 
de  l’autre;  mais  elles  n’en  sont  pas -moins  l’une  et  l’autre 
appuyées  sur  l’observation  de  phénomènes  physiques:  la 
chaleur  innée,  sur  ce  fait  que  le  corps  vivant  a  une  tempé¬ 
rature  qui  lui  est  propre  ;  la  ccction,  sur  cet  autre  fait  que 
certaines  humeurs,  à  mesure  que  la  maladie  marche  vers  sa 
terminaison,  se  modifient,  s’épaississent,  changent  de  ci  1- 


DE  LA  DOCTRINE  MÉDICALE  D’HIPPOCRATE.  447 

leur,  toutes  altérations  qui  coïncident  avec  l’amélioration. 

Toici  en  fait  ce  qu’est  la  coction  :  au  début  d’un  coryza, 
l’humeur  qui  s’écoule  du  nez  est  ténue,  liquide  et  âcre  ;  à 
mesure  que  le  mal  approche  de  sa  guérison,  cette  humeur 
devient  jaune,  visqueuse,  épaisse,  et  elle  cesse  d’irriter  les 
parties  avec  lesquelles  elle  est  en  contact.  Dans  une  inflam¬ 
mation  de  la  conjonctive,  l’humeur  que  fournit  l’œil  est  d’a¬ 
bord  chaude  et  âcre,  puis  elle  devient  épaisse  et  douce.  Les 
crachats  de  la  pneumonie,  d’écumeux,  de  visqueux,  de  san¬ 
guinolents  qu’ils  sont  d’abord ,  deviennent  jaunes  et  épais 
quand  la  maladie  approche  d’une  solution  favorable.  Voilà 
ce  que  les  anciens  ont  observé,  et  ce  qu’ils  ont  appelé  ccc- 
tion.  La  coction  est  donc  le  changement  que  les  humeurs  su¬ 
bissent  dans  le  cours  d’une  maladie,  et  qui,  leur  ôtant  en 
général  leur  ténuité,  leur  liquidité  et  leur  àcreté,  leur  donne 
plus  de  consistance,  une  coloration  plus  foncée,  et  quelques 
caractères  qui  ont  été  métaphoriquement  assimilés  au  chan¬ 
gement  produit  par  la  cuisson  dans  les  substances. 

Généralisant  ces  observations  faciles  dans  quelques  mala¬ 
dies,  les  anciens  ont  admis  que  la  plupart  des  maladies 
avaient  une  coction,  c’est-à-dire,  une  élaboration  d’hu¬ 
meurs  terminée  par  l’expulsion.  La  coction  ayant  été  dé¬ 
finie,  il  est  inutile  d’expliquer  ce  que  c’est  que  la  cru¬ 
dité  des  humeurs ,  car  dans  cette  théorie  cela  s’entend  de 
soi.  De  cette  façon,  l’urine  est  arrivée  à  la  coction  lorsqu’elle 
présente  un  dépôt.  Tant  que  les  humeurs  sont  crues  et  lé¬ 
gères,  elles  flottent  dans  le  corps,  le  mal  est  dans  toute  son 
intensité,  et  rien  ne  peut  déterminer  l’expulsion  de  ces  ma¬ 
tières  nuisibles;  mais,  quand  le  travail  propre  à  la  nature  en 
a  amené  la  maturation,  alors  elles  se  fixent,  et  elles  sont  en¬ 
traînées  ou  par  les  évacuations  spontanées ,  ou  par  les  éva¬ 
cuations  artificielles.  Dans  cette  théorie,  c’est  toujours  une 


lNTRODCCTIOIf . 


448 

matière  qui  gêne  l’économie  animale  5  c’est  toujours  en 
l’écartant  qu’on  détruit  les  maladies  ;  c’est  toujours  le 
même  moyen  que  la  nature  emploie  pour  y  réussir,  c’est-à- 
dire  la  coction,  le  changement  de  la  matière  crue  en  un  état 
où  elle  ne  puisse  nuire ,  et  où  l’évacuation  s’en  fasse  sans 
1/  danger  5  aussi  toute  affection  qui  n’est  pas  susceptible  de 
i  cette  altération  est  réputée  incurable  5  par  exemple  le  cancer. 

Tel  est  le  sens ,  telle  est  la  portée  de  la  doctrine  d’Hippo¬ 
crate  sur  la  coction.  Et  on  peut  faire  à  ce  sujet  des  réflexions 
importantes  sur  la  marche  des  sciences,  et  un  rapprochement 
curieux-  avec  les  doctrines  qui  prévalent  encore  de  nos 
jours.  Cette  théorie  d’Hippocrate  a  un  point  de  contact  re¬ 
marquable  avec  celle  que  les  recherches  de  l’anatomie  pa¬ 
thologique  ont  suggérée  récemment  à  quelques  esprits.  Très 
différente  dans  les  conséquences ,  elle  part  d’un  principe 
commun,  qui  est,  qu’il  n’y  a  point  d’affection  sans  altéra¬ 
tion  matérielle.  Suivant  Hippocrate,  l’altération  consiste 
dans  une  humeur  qui  trouble  l’économie  animale;  sui¬ 
vant  les  explications  de  l’école  qui  a  voulu  se  fonder  unique¬ 
ment  sur  l’anatomie  pathologique ,  elle  consiste  dans  une  lé¬ 
sion  appréciable  des  organes  :  de  telle  sorte  qu’au  point  de 
départ  et  à  un  terme  bien  éloigné ,  la  médecine  roule  sur 
le  même  principe.  L’idée  de  maladie  sans  matière,  comme 
l’ont  entendue  certaines  écoles,  est  étrangère  à  Hippocrate. 
J’essayerai,  dans  Y  Argument  du  traité  de  Y  Ancienne  méde¬ 
cine ,  d’expliquer  ce  qu’on  pourrait  appeler  le  vitalisme  du 
médecin  de  Cos.  Il  l’a  conçu,  je  le  dis  d’avance,  dans  sa 
réalité ,  et  avec  autant  de  force  que  de  profondeur. 

Je  ne  puis  encore  ici  m’empêcher  de  considérer  la  coction 
sous  une  autre  face,  et  de  la  rapprocher  d’un  autre  point  de 
la  médecine  moderne.  La  cçction  est ,  pour  plusieurs  mala¬ 
dies,  aiguës  ou  chroniques,  dans  la  science  hippocratique , 


DE  LA  DOCTRINE  MEDICALE  d’hIPPOCRATE.  449 

l’idée  qui  correspond  véritablement  à  ce  que  nous  appelons  \ 
r&oluüon.  Prenez  pour  exemple  la  pneumonie  :  le  médecin  i  . 
ancien,  voyant  les  crachats,  d’écumeux  et  sanguinolents, 
devenir  épais  et  jaunâtres ,  annonce  la  coction  qui  accom¬ 
pagne  la  guérison  ;  le  médecin  moderne,  en  auscultant  le 
poumon  malade,  reconnaît  les  progrès  de  l’amélioration  et 
entend  le  râle  crépitant  succéder  au  souffle  bronchique,  et 
la  respiration  naturelle  au  râle  crépitant*,  c’est  la  résolution 
qui  s’opère.  La  coction  est  donc  ici  le  signe  extérieur  du  tra¬ 
vail  intérieur  qui  se  passe  dans  le  poumon;  le  médecin  an¬ 
cien  suivait  le  signe  extérieur  ;  le  médecin  moderne  suit  le 
travail  intérieur.  Rien  de  plus  instructif  que  d’étudier  les  so¬ 
lutions  diverses  fournies  par  les  sciences  pour  un  môme 
problème  à  différents  temps.  La  coction  de  l’expectoration 
et  la  résolution  de  l’hépatisation  sont  deux  réponses,  sépa¬ 
rées  par  plus  de  vingt-deux  siècles,  à  cette  question  :  à  quel 
signe  reconnaît-on  le  travail  de  guérison  de  la  pneumonie  ? 

La  coction ,  considérée  en  elle-même ,  offre  trois  points 
principaux.  En  premier  lieu,  elle  s’appuie  sur  une  donnée 
certainement  trop  générale,  à  savoir  que  toute  maladie  est 
causée  par  une  humeur  nuisible.  En  second  lieu,  là  où 
les  anciens  médecins  l’ont  vue,  c’est-à-dire  là  où  une  hu¬ 
meur,  s’écoulant,  'subit  diverses  altérations  de  consistance 
et  de  couleur,  elle  n’est  qu’un  fait  concomitant  de  la  résolu¬ 
tion  qui  s’opère  dans  la  partie  ou  l’organisme.  En  troisième 
lieu,  le  système  de  coction  a  été,  par  voie  d’assimilation , 
étendu  à  plusieurs  maladies  où  ce  travail  était  reculé  loin 
des  yeux  de  l’observateur  ;  par  exemple  dans  les  fièvres 
continues.  Il  faut  dire  ici,  de  la  manière  la  plus  générale, 
que  la  question  n’est  pas  jugée ,  et  que,  dans  la  plupart  des 
affections  où  l’on  revient  à  l’altération  des  humeurs,  dans 
celles  qui  sont  produites  par  l’introduction  de  principes  vi- 
tom.  i.  29 


INTRODUCTION. 


450 

rulents  et  délétères,  les  phénomènes  pathologiques  présen¬ 
tent  un  certain  développement  qui  autorise  la  coction  hip¬ 
pocratique  ,  ou  du  moins  l’idée  d’un  travail  d’élimination, 
qui  y  est  comprise. 

La  coction  des  humeurs  en  prépare  l’expulsion.  Les 
efforts  pour  cette  expulsion  reçurent  un  nom  particulier 
dans  la  médecine  grecque;,  ils  s’appelèrent  crise.  Diffé¬ 
rentes  voies  y  sont  ouvertes  ;  les  plus  communes  sont  les 
voies  de  la  sueur,  de  P  urine ,  des  excrétions  alvines,  des  vo¬ 
missements  et  de  l’expectoration. 

Un  autre  mode  de  crise  est  signalé  souvent  par  Hippo¬ 
crate,  c’est  le  dépôt  (aîroWatO-  La  théorie  du  dépôt  est 
étroitement  liée  à  celle  des  autres  crises  et  n’en  est  qu’une 
extension.  Quand  la  matière  morbifique  n’a  pas  trouvé 
une  issue  convenable,  la  nature  la  porte  et  la  fixe  sur  un 
point  particulier.  Le  dépôt  n’est  pas  un  abcès;  c’est  tantôt 
une  inflammation  extérieure  telle  qu’un  érysipèle  ;  tantô  t 
la  tuméfaction  d’une  articulation;  tantôt  la  gangrène  d’une 
partie.  De  là  cette  distinction,  obscure  au  premier  coup- 
d’œil ,  mais  réelle ,  des  maladies  qui  sont  un  vrai  dépôt 
et  qui  amènent  une  amélioration,  et  de  celles  qui  ne  sont 
un  dépôt  qu’en  apparence  ,  et  qui  ne  jouent  aucun  rôle 
dans  la  solution  de  la  maladie.  Ces  érysipèles  funestes 
qu’on  remarque  dans  certaines  fièvres  typhoïdes,  et  qui,  loin 
d’en  atténuer  lesaccidents,  les  aggravent,  fournissent  un  l  du 
exemple,  dans  la  clinique  moderne,  de  cette  distinction.il  faut 
encore  y  rapporter  une  sentence  du  Pronostic 9  regardée  par 
les  uns  comme  inintelligible ,  par  les  autres  comme  futile , 
et  qui  est  non-seulement  conforme  à  la  doctrine  hippocrati¬ 
que  ,  mais  encore  fondée  en  fait.  Suivant  cette  sentence,  un 
malade  est  moins  en  danger  lorsqu’il  a  une  partie  du  corp-s 
tout-à-fait  noire  que  lorsqu’il  l’a  livide.  Sprengel  se  demande 


DE  LA  DOCTRINE  MÉDICALE  d’hIPPOCRATE.  451 

(  Hist.  pragmat.  de  la  Médecine ,  1. 1 ,  p.  339)  pourquoi  il  en 
serait  ainsi.  Le  voici  :  la  noirceur  des  parties  annonce  la 
gangrène,  la  formation  du  dépôt,  un  effort  favorable  de  la 
nature,  et,  si  la  mortification  se  borne,  des  chances  de  gué¬ 
rison  5  la  lividité  des  parties  n’est  pas  un  dépôt  et  peut  être 
considérée  comme  une  preuve  de  l’affaiblissement  général 
du  malade  et  un  signe  de  très  mauvais  augure. 

La  doctrine  des  jours  critiques  est  le  complément  de  celle 
des  crises.  Suivant  les  anciens  médecins,  les  crises  ne  sur¬ 
viennent  pas  à  des  époques  indéterminées  de  la  maladie; 
Je  temps  de  celle-ci  est  réglé  ;  les  phénomènes  qu’elle  pré¬ 
sente  sont  assujettis  à  un  ordre  ;  et  certains  jours  sont ,  sui¬ 
vant  le  malade,  la  maladie,  la  saison ,  affectés  aux  efforts 
critiques  delà  nature.  Hippocrate  a  adopté  cette  doctrine; 
il  a  signalé  les  jours  qui  lui  ont  paru  importants  à  observer  ; 
ce  qui  les  retarde  ou  les  accélère  ;  ce  qu’indique  leur  régula¬ 
rité  ;  ce  qu’annonce  leur  irrégularité,  et  le  danger  des  jours 
critiques  qui  ne  jugent  pas. 

Des  considérations  générales  sur  les  causes  des  maladies, 
de  la  théorie  sur  les  humeurs ,  sur  leur  ccclion ,  sur  les  cri¬ 
ses  et  sur  les  jours  critiques,  résultait  une  manière  toute 
différente  de  la  nôtre  de  juger  du  malade  et  de  la  maladie. 
C’est  ce  que  l’époque  d’Hippocrate  appelait  la  prognose.  Ceci 
est  important  ;  car  c’est  là  une  des  plus  essentielles  différen¬ 
ces  qui  séparent  la  médecine  hippocratique  de  la  médecine 
moderne.  La  prognose  pour  l’école  de  Cos  n’est  pas  ce  que 
nous  entendons  par  la  sémiotique.  La  sémiotique,  dans  nos 
traités,  est  une  fraction  de  l’encyclopédie  médicale,  elle  nous 
apprend  la  valeur  des  signes,  mais  elle  n’a  pas  une  prédo¬ 
minance  absolue  sur  les  autres  parties;  elle  est  même  sub¬ 
ordonnée  au  diagnostic  dans  le  cas  où  le  diagnostic  est  pré¬ 
cis,  et  elle  occupe  une  place  bien  moins  grande  que  celui-ci 


INTRODUCTION'. 


452 

dans  renseignement.  La  prognose  d’Hippocrate ,  au  con¬ 
traire  ,  domine  toute  la  science ,  elle  en  est  le  peint  culmi¬ 
nant,  elle  fournit  la  règle  du  praticien  ;  il  n’est  rien  qu’elle 
n’atteigne  et  qu’elle  n’embrasse  5  il  faut  donc  bien  en  conce¬ 
voir  le  sens  et  la  portée  ;  c’est  pour  ainsi  dire  la  clé  de  la  mé¬ 
decine  hippocratique. 

Elle  tient  par  un  lien  évident  aux  théories  sur  la  cochon, 
sur  les  crises ,  sur  les  jours  critiques;  je  ne  chercherai  pas 
si  elle  est  née  de  ces  théories ,  ou  si  au  contraire  ces  théo¬ 
ries  en  dérivent.  Pronostic,  ccction,  crises,  jours  critiques, 
marchent  naturellement  ensemble  ;  ce  qui  était  réglé  devait 
pouvoir  se  prévoir,  ou  bien  ce  qui  se  prévoyait  était  réglé. 
Il  me  semble  plus  philosophique  de  regarder  la  prognose  et 
la  doctrine  sur  la  coction  et  les  crises,  non  comme  nées  l’une 
de  l’autre,  mais  comme  les  deux  côtés  d’une  même  con¬ 
ception  scientifique.  Ces  deux  idées  se  sont  formées  ensem¬ 
ble,  ont  été  élaborées  simultanément,  éclairées  par  les. 
mêmes  travaux,  appuyées  par  les  mêmes  expériences,  et, 
sans  avoir  reçu  une  forme  systématique,  elles  constituent  la 
doctrine  d’Hippocrate  et  la  règle  à  laquelle  il  a  tout  rapporté- 

Qu’est-ce  donc  que  la  propose  d’Hippocrate?  Il  ne  faut 
pas  s’attacher  à  l’étymologie  au  mot ,  et  croire  qu’elle  se 
rapporte  uniquement  à  la  prévision  de  ce  qui  doit  arriver  ; 
la  prognose  (Hippocrate  est  formel  sur  ce  point)  instruit  à 
la  fois  sur  le  passé,  sur  le  présent,  sur  l’avenir  du  malade. 
Elle  instruit  sur  le  passé,  car  elle  donne  les  moyens  de  sup¬ 
pléer  à  ce  que  le  malade  ne  sait  ou  ne  peut  pas  dire ,  et 
fournit  des  indications  sur  les  accidents  auxquels  il  a  été 
soumis,  les  causes  qui  ont  agi  sur  lui,  et  la  nature  del’affec- 
tion  pour  laquelle  il  réclame  des  secours;  sur  le  présent,  car 
elle  enseigne  la  différence  qui  existe  entre  l’état  de  santé  et 
de  maladie,  et  montre  par  le  degré  que  cette  différence  a 


DE  LA  DOCTRINE  MEDICALE  d’hIPPOCRATE.  453 

atteint  le  danger  que  court  le  patient ,  les  chances  de  salut 
qui  lui  restent,  et  l’intensité  du  mal  qui  l’accable.  Enfin  elle 
instruit  sur  l’avenir,  car  elle  enseigne  les  signes  qui  annon¬ 
cent  la  crudité  ou  la  coction  des  humeurs,  l’approche  des 
crises,  les  jours  où  elles  doivent  éclater,  les  issues  qu’elles 
iront  prendre,  et  les  parties  où  les  dépôts  critiques  se  fe¬ 
ront.  Yoilà  la  portée  tout  entière  de  la  prognose  hippocrati¬ 
que,  voilà  le  champ  qu’elle  embrasse,  voilà  l’enseignement 
qu’elle  donne. 

On  \ient  de  voir  que ,  la  santé  étant  maintenue  par  le 
juste  mélange  ou  la  crase  des  humeurs,  la  maladie  est  pro¬ 
duite  par  le  dérangement  de  cette  crase;  que,  dans  le  cours 
de  la  maladie  ainsi  produite ,  il  s’établit  un  travail,  comparé 
métaphoriquement  à  la  coction ,  lequel ,  s’accomplissant , 
amène  la  guérison ,  ou ,  ne  s’accomplissant  pas ,  laisse  le  mal 
durer  ou  finir  par  la  mort;  qu’à  la  suite  de  ce  travail  il  sur¬ 
vient  des  crises  caractérisées  par  des  évacuations  ou  par  des 
dépôts  j  que  ces  phénomènes  sont  réglés  par  le  temps,  ce  qui 
donne  les  jours  critiques;  enfin  que,  guidé  par  cette  série 
d’observations  et  de  raisonnements,  le  médecin  parvient  à 
embrasser  la  maladie  dans  une  doctrine  générale,  qui  est  la 
prognose.  Maintenant,  quelle  est  l’idée  dernière  de  cette 
doctrine  ?  c’est  que  la  maladie ,  indépendamment  de  l’or¬ 
gane  qu’elle  affecte  et  de  la  forme  qu’elle  revêt,  est  quelque 
chose  qui  a  sa  marche,  son  développement,  sa  terminaison. 
Dans  ce  système ,  ce  que  les  maladies  ont  de  commun  est 
plus  important  à  considérer  que  ce  qu’elles  ont  de  particu¬ 
lier  ;  et  ce  sont  ces  portions  communes  qu’il  faut  étudier  et 
qui  constituent  le  fondement  de  la  prognose.  On  peut  encore 
l’exposer  autrement  :  la  prognose  est ,  si  je  puis  m’expri¬ 
mer  ainsi,  le  diagnostic  de  l’état  général,  diagnostic  dans 
lequel  le  médecin  ne  tient  qu’un  compte  très  secondaife  de 


454  INTRODUCTION, 

l’organe  malade,  ou,  pour  me  servir  du  langage  d’Hippo¬ 
crate,  du  nom  de  la  maladie.  Dans  la  prognose,  ce  que  nous 
appelons  diagnostic  et  ce  que  nous  appelons  pronostic  se 
trouvent  confondus  et  réunis  $  et  cette  réunion  provient  de 
ce  que  le  médecin  de  l’école  de  Cos,  attaché  surtout  à  recom 
naître  l’état  général  du  malade,  diagnostique,  il  est  vrai , 
une  certaine  condition  actuelle,  mais  prévoit  en  même 
temps,  d’après  les  règles  de  son  art,  une  certaine  marche  du 
mal ,  et  même  en  apprécie,  dans  le  passé,  quelques  cir¬ 
constances  :  ce  qui  est  la  définition.  qu’Hippocrate  a  donnée 
de  ia  prognose.  Remarquez  que  cette  définition  implique 
l’admission  d’une  doctrine  profonde,  c’est  que,  dans  chaque 
maladie ,  le  travail  pathologique  est  un ,  et  passe,  depuis  le 
début  jusqu’à  la  terminaison ,  par  un  développement  où  tou¬ 
tes  les  phases  tiennent  l’une  à  l’autre.  De  sorte  que  l’école 
de  Cos ,  maîtresse  de  l’idée  de  l’unité ,  ou ,  en  d’autres  ter¬ 
mes,  du  développement  de  la  maladie,  et  peu  instruite  sur 
les  particularités,  c’est-à-dire  sur  le  siège ,  sur  la  condition 
anatomique,  sur  l’étendue  de  chaque  affection,  se  tourna 
tout  entière  vers  la  recherche  des  communautés  des  mala¬ 
dies  5  c’est  le  résultat  de  cette  étude  qu’Hippccrate  a  consi¬ 
gné  dans  le  beau  livre  qui  est  intitulé  le  Pronostic. 

Ainsi  la  prognose  est  la  source  de  toutes  les  véritables 
lumières  pour  l’ancien  médecin  *,  elle  est,  à  cette  époque,  la 
philosophie  de  la  science ,  sans  elle  il  n’y  a  rien  qu’empi- 
risme  et  pratique  aveugle.  Effacez  la  prognose  telle  que  l’é¬ 
cole  de  Cos  l’a  conçue  et  établie ,  effacez-la ,  dis-je  ,  à  une 
époque  où  l’anatomie  a  fait  si  peu  de  progrès,  où  l’étude 
des  fonctions  est  dans  l’enfance,  où  l’anatomie  pathologique 
n  existe  pas ,  où  le  diagnostic  différentiel  est  privé  de  ses 
élémentsles  plus  précieux,  quelles  lumières  restera-t-il  à  la 
médecine  ?  Où  sera  le  lien  qui  l’empêchera  de  se  perdre 


DE  LA  DOCTRINE  MÉDICALE  D’HIPPOCRATE.  455 

dans  un  dédale  de  faits  particuliers  sans  connexion,  et 
de  languir  dans  l’éternelle  enfance  où  reste  tout  ce  qui, 
n’étant  pas  l’objet  d’un  travail  scientifique  et  d’une  mé¬ 
thode,  tombe  nécessairement  entre  les  mains  des  empiri¬ 
ques  et  ne  marche  plus  qu’au  hasard?  La  prognose  est  la 
première  construction  scientifique  que  nous  connaissions 
de  la  médecine.  A  ce  titre  elle  mérite  notre  attention,  et  elle 
la  mérite  encore  parce  qu’elle  n’est  point  fondée  sur  des 
vues  rationnelles  et  hypothétiques ,  mais  parce  qu’elle  part 
d’observations  et  d’expériences  réelles.  Les  faits  de  muta¬ 
tion  des  qualités  des  humeurs  durant  le  cours  des  maladies, 
les  indications  des  signes  qui  annoncent  le  progrès  du  mal 
ou  une  terminaison  favorable,  l’étude  des  évacuations  et 
des  mouvements  critiques  ou  non ,  tout  cela  constitue  un 
ensemble  qui  a  été  un  digne  objet  d’étude  et  'de  théorie  pour 
l’école  de  Cos. 

Le  sens  scientifique  des  Grecs  se  manifesta,  là  comme 
ailleurs,  avec  une  grande  sûreté  et  une  grande  supériorité. 
Le  problème  à  eux  posé  fut  :  de  concevoir  qu’il  n’y  avait  pas 
seulement  des  faits  de  détail ,  ce  qui  les  sauvait  de  l’empi¬ 
risme  ,  et  de  trouver  un  système  général ,  ce  qui  faisait  de 
la  médecine  une  science.  Sans  entrer  dans  un  examen  des 
caractères  propres  aux  différentes  maladies ,  sans  essayer 
de  les  réunir  dans  un  cadre  et  de  les  classer ,  sans  y  son¬ 
ger  même ,  l’école  de  Cos  saisit  une  idée  féconde  qui  ré¬ 
sumait  toute  chose,  et,  dans  une  abstraction  qui  ne  manque 
ni  de  portée  ni  de  grandeur,  elle  donne  au  médecin  une 
doctrine  qui  le  guide  à  la  fois  dans  les  recherches  scien¬ 
tifiques  et  dans  la  pratique  de  l’art.  Suivant  elle  (et  c’est 
l’expérience ,  non  l’hypothèse ,  qui  fournit  ces  données  ) 
le  corps  humain  présente,  durant  le  cours  des  maladies, 
une  série  de  phénomènes  qui ,  sans  qu’il  soit  besoin  de  les 


INTRODUCTION. 


456 

rattacher  'plus  particulièrement  à  telle  'ou  telle  affection  , 
ont  une  signification  propre ,  présagent  ce  qui  va  arriver , 
indiquent  l’issue  probable  de  la  lutte,  les  efforts  que  ten¬ 
tera  la  nature,  les  voies  par  où  elle  se  déchargera,  et  les  se¬ 
cours  auxquels  l’art  peut  et  doit  recourir.  Dans  ce  point  de 
vue  où  la  maladie  est  considérée  comme  quelque  chose  de 
général  et  d’indéterminé,  la  connaissance  d’une  maladie 
particulière  n’est  même  pas  très  nécessaire ,  et  remarquez 
que  ,  dans  le  fait,  cette  connaissance  était  très  bornée.  La 
prognose  étudie  l’expression  fidèle  par  laquelle  l’économie 
trahit  le  dérangement  qu’elle  éprouve  5  et  c’est  cette  expres¬ 
sion  qu’il  importe  de  saisir.  Faire  prévaloir  l’observation  de 
tout  l’organisme  sur  l’observation  d’un  organe,  l’étude  des 
symptômes  généraux  sur  l’étudedessymptômes  locaux,  l’idée 
des  communautés  des  maladies,  sur  l’idée  de  leurs  particu¬ 
larités,  telle  est  la  médecine  de  l’école  de  Cos  et  d’Hippocrate. 

J’ai  déjà  eu  occasion  de  le  remarquer  dans  cette  Introduc¬ 
tion, ,  la  science  humaine  ne  marche  pas  autrement  que  l’his¬ 
toire  humaine  ;  les  découvertes  et  les  systèmes  ne  nais¬ 
sent  pas  plus  spontanément  et  sans  antécédents  que  les  évé¬ 
nements  des  empires  et  les  révolutions  des  sociétés.  La 
prognose  hippocratique,  telle  que  je  viens  de  l’exposer,  est 
certainement  un  beau  résultat  du  travail  de  l’antiquité, 
mais  elle  n’est  pas  née  soudainement  dans  la  tête  d’Hippo¬ 
crate,  ou,  pour  mieux  dire,  dans  l’enceinte  de  fécole  de  Cos } 
elle  avait  ses  éléments  tout  préparés ,  et  la  filiation  en  est 
simple  et  naturelle.  On  sait  ce  qu’étaient  les  temples  des  As- 
clépiades  $  les  prêtres-médecins  qui  les  desservaient ,  y  re¬ 
cevaient  les  malades,  consignaient  les  remarques  que  leur 
suggérait  l’issue  des  maladies,  et  formaient  ainsi  un  recueil 
des  notes  expérimentales  que  l’on  retrouve  dans  les  Préno¬ 
tions  coaques ,  et  dans  le  premier  livre  des  Prophétiques 


DE  DA  DOCTRINE  MEDICALE  d’hIPPOCRATE.  457 

Il  importait  beaucoup  à  des  prêtres,  il  était  dans  leur  ca¬ 
ractère,  il  était  dans  les  habitudes  de  tout  l’ordre  sacerdotal 
en  Grèce,  d’essayer  de  percer  le  voile  de  l’avenir,  et,  dans 
les  temples  des  Asclépiades ,  de  prédire  les  événements  pa¬ 
thologiques  dont  le  corps  de  chaque  malade  allait  être  le 
théâtre.  De  là  le  cachet  de  prévision ,  lè  cachet  pronostic , 
si  je  puis  m’exprimer  ainsi,  que  présente  l’ancienne  méde¬ 
cine  des  prêtres  asclépiades.  Mais  la  divination  ne  s’appli¬ 
que  pas  seulement  à  l’avenir,  elle  s’applique  aussi  à  un 
présent  et  à  un  passé  que  l’on  ignore.  C’est  pourquoi  le 
mot  de  prognose  (‘jrpoYivwsxsiv)  a  été  employé  pour  expri¬ 
mer  ce  travail  d’esprit,  ce  jugement  médical  qui  avait  pour 
but  d’apprécier  l’état  passé ,  présent  et  futur  du  malade. 
Jusque  là  ce  fut  un  métier  ;  mais  ce  fut  une  science ,  quand 
l’école  de  Cos ,-  embrassant  à  la  fois  ces  trois  temps ,  vit  ainsi , 
dans  chaque  maladie ,  non  plus  une  succession  de  phéno¬ 
mènes  bizarres,  désordonnés  et  sans  loi ,  mais  un  enchaîne¬ 
ment  où  chaque  fait  avait  sa  raison  dans  le  fait  précédent. 
Là,  ce  me  semble,  est  le  passage  de  l’empirisme  des  tem¬ 
ples  à  la  doctrine  de  l’école,  et  peut-être  est-ce  à  Hippocrate 
lui-même  qu’il  faut  attribuer  ce  progrès.  Au  reste ,  la  trace 
évidente  en  est  dans  le  mot  même  de  prognose  (-poytvwcTxsiv), 
qui  est  resté  attaché  au  principal  travail  d’Hippocrate  sur 
cette  matière.  C’est  donc  de  la  divination  médicale  dans  les 
temples ,  et  des  observations  sur  lesquelles  elle  se  fondait, 
qu’est  née  la  prognose  d’Hippocrate,  doctrine  profonde  d’a¬ 
près  laquelle  toute  maladie  est  à  la  fois  une  et  commune,  une 
par  son  développement,  commune  par  certains  phénomènes 
que  j’appellerai  ici,  pour  abréger,  état  général,  et  que  Galien, 
en  expliquant  Hippocrate,  nomme  diathèse.  On  ignore  ce 
que  fut  la  médecine  des  Égyptiens  et  des  autres  peuples  de 
l’Orient ,  et  si  elle  est  jamais  sortie  hors  du  cercle  des  re- 


INTRODUCTION' . 


458 

marques  particulières,  des  faits  sans  lien  et  des  obser¬ 
vations  sans  méthode  philosophique.  L’école  hippocratique 
franchit  ce  cercle ,  et  par  là  elle  a  influé  sur  l’avenir  entier 
de  la  médecine  dans  l’Occident. 

La  base  sur  laquelle  reposait  l’étude  de  l’état  général  ainsi 
conçu  n’avait  rien  d’arbitraire,  c’était  la  comparaison  entre 
la  santé  et  la  maladie.  Après  avoir  étudié  le  jeu  régulier  du 
corps  vivant ,  que  la  gymnastique  leur  enseignait  avec 
tant  de  précision,  les  médecins  de  l’école  de  Cos  mettaient  en 
regard  les  phénomènes  qui  se  produisent  dans  les  diverses 
maladies  -,  l’état  de  santé  était  la  mesure  d’après  laquelle  ils 
en  calculaient  l’importance  et  en  appréciaient  le  danger. 
Dans  tout  le  Pronostic ,  Hippocrate  n’a  pas  d’autre  règle 
que  celle-là  pour  caractériser  l’expression  de  la  face ,  les 
sueurs ,  l’urine >  les  évacuations  alvines,  la  respiration,  etc. 
Toute  étude  de  pathologie  est ,  à  la  vérité,  fondée  sur  une 
comparaison  de  l’état  de  santé  avec  l’état  de  maladie ,  mais 
toute  étude  de  ce  genre  n’est  pas  conduite  sur  le  plan  que  suivi  t 
l’école  de  Cos.  Cette  école  conçoit  tout  ce  qu’elle  sait  des  fonc¬ 
tions  dans  leur  jeu  régulier,  comme  un  ensemble,  et  lecom- 
\  pare  en  bloc  à  ce  qu’elle  observe  sur  l’homme  malade  ;  et  de 
\  cette  comparaison  résulte,  pour  elle,  un  tableau  plutôt  qu’une 
|  énumération  des  symptômes;  une  étude  de  l’homme  tout 
(  entier,  plutôt  qu’une  étude  d’un  organe  lésé  ;  une  recher- 
|  che  des  souffrances  et  des  efforts  des  grandes  fonctions, 

;  plutôt  qu’une  recherche  des  altérations  cachées  de  quelqi: 
viscère  ;  un  aperçu  de  la  condition  générale  du  patient  plu¬ 
tôt  qu’un  aperçu  de  la  condition  particulière  d’un  appareil , 
d’une  membrane,  ou  d’un  tissu.  Je  ne  loue  pas  l’école  de 
Cos  d’avoir  ainsi  agi,  cela  était  inévitable  à  l’époque  où  elle 
était  placée  ;  je  ne  blâme  pas  les  modernes  de  s’appesantir 
sur  le  diagnostic  lccal ,  car  sans  cela  il  n’y  a  pas  de  précision 


DE  LA  DOCTRINE  MEDICALE  d’hIPPOCRATE.  459 

possible.  Mais  ce  que  je  signale  comme  un  trait  de  génie  . 
dans  l’ancienne  médecine  des  Hellènes,  c’est  qu’ils  aient 
eu  une  puissance  de  généralisation  assez  grande  pour  édi¬ 
fier,  avec  les  données  qu’ils  avaient ,  un  système  qui  contînt 
ces  données,  qui  en  fût  le  lien  logique  et  qui  constituât 
une_science. 

Et  ici  je  ne  prête  pas  à  Hippocrate  et  à  ses  maîtres  des 
intentions  qu’ils  n’aient  jamais  eues ,  seulement  je  rends 
plus  saillant,  par  l’analyse,  ce  qui  est  caché  dans  la  synthèse 
de  leurs  conceptions.  En  effet,  cette  théorie  que  j’expose, 
Hippocrate  l’a  eue  tellement ,  qu’il  l’a  défendue  contre  les 
médecins  cnidiens,  à  qui  il  reproche  de  multiplier  les  es¬ 
pèces  dans  les  maladies ,  et  de  négliger  l’état  général  5  il  l’a 
eue,  puisque  tout  son  livre  du  Pronostic  est  l’exposition  de 
ce  qu’ont  de  commun  les  maladies  aiguës ,  et  qu’il  le  ter¬ 
mine  en  disant  qu’il  n’y  faut  pas  regretter  le  nom  des  ma¬ 
ladies  qui  ne  s’y  trouvent  pas  inscrites,  attendu  que  ce 
qu’il  a  exposé  s’applique  à  toutes  les  affections  qui  ont  la 
même  marche;  il  Ta  eue ,  enfin,  puisque  les  histoires  par¬ 
ticulières  qu’il  a  consignées  dans  ses  livres  des  Épidémies 
sont  rédigées  d’après  cette  règle  même. 

Hippocrate  est  le  premier  qui  nous  ait  transmis  des  his¬ 
toires  particulières  des  maladies  :  exemple  remarquable 
qui  n’a  pas  été  assez  imité  dans  les  âges  postérieurs  à 
lui.  Ces  histoires  ont  un  cachet  spécial,  et  on  les  a  vantées 
bien  souvent  sans  comprendre  l’esprit  qui  en  a  dicté  la  ré¬ 
daction.  Elles  sont  le  produit  direct  du  système  qui  avait  fait 
un  tout  de  la  médecine  antique,  le  résultat  de  cette  pro¬ 
gnose  qué  j’ai  expliquée.  En  effet  qu’y  Yoit-on  ?  Si  on  les  juge 
avec  nos  opinions  sur  le  mérite  d’une  observation  particu¬ 
lière  ,  on  les  trouvera  très  défectueuses,  car  les  signes  qui 
caractérisent  une  maladie  y  manquent  ;  on  n’y  trouve  nul 


460  1HTRODDCTIOX. 

détail  sur  la  série  des  symptômes  et  des  accidents  par  les¬ 
quels  le  malade  a  passé ,  et  c'est  tout  au  plus  si ,  en  rappro¬ 
chant  quelques  indications  éparses ,  et  en  interprétant  quel¬ 
ques  symptômes  notés  dans  un  autre  dessein ,  on  peut  par¬ 
venir  à  donner  un  nom  moderne  à  la  maladie  traitée  par 
Hippocrate.  Mais,  si  on  les  juge  avec  les  opinions  antiques , 
tout  devient  clair,  et  on  n’y  trouve  plus  qu’une  application 
rigoureuse  de  la  prognose,  du  système  qui  faisait  le  fonds  de 
cette  médecine.  Tout  ce  qui  a  trait  surtout  aux  caractères 
-d’une  maladie  particulière  ,  aux  symptômes  locaux ,  aux 
lésions  d’un  organe,  est  omis,  parce  que,  au  point  de  vue 
hippocratique,  cela  n’a  qu’une  importance  secondaire.  Mais 
:  le  régime  habituel ,  ou  les  écarts  de  régime  qui  ont  précédé 
la  maladie,  les  évacuations  critiques  ou  non  critiques,  les 
jours  où  elles  surviennent,  l’état  de  la  respiration,  delà 
sueur ,  de  l’urine ,  sont  notés  avec  une  exactitude  parfaite  5 
de  sorte  qu’en  réalité,  dans  l’observation  hippocratique,  la 
maladie  particulière  disparaît  et  fait  place  au  tableau  gé¬ 
nérai  de  la  souffrance  et  des  efforts  des  grandes  fonctions. 

H  serait  certainement  curieux  et  utile  de  rechercher  dans 
l’histoire  de  la  science,  comment  les  diverses  doctrines  mé¬ 
dicales  ont  influé  sur  le  mode  de  rédaction  des  observations. 
Nous  en  avons  un  exemple  frappant  sous  les  yeux.  La  mé¬ 
thode  numérique  de  M.  Louis  a  changé,  pour  tous  ceux  qui 
s’en  servent,  et,  on  peut  ajouter,  pour  ceux  aussi  qui  ne 
s’en  servent  pas,  le  plan  d’après  lequel  les  faits  particuliers 
sont  décrits.  Cette  influence  du  système  médical  sur  la  des¬ 
cription  ,  n’est  pas  moins  marquée  dans  les  Épidéi  ies 
d’Hippocrate.  Là  il  s’abstient  de  nommer  les  maladies,  d’en 
exposer  les  symptômes  caractéristiques  -,  il  se  renferma 
scrupuleusement  dans  les  limites  de  la  prognose  $  en  un  mot 
fl  exécute  avec  fidélité  ce  qu’il  annonce  dans  un  autre  de 


DE  LA  DOOTKIKE  MEDICALE  d’hïPPOCRATE.  46l 

ses  écrits,  et  cette  idée  est  pour  lui  un  point  tellement  fon¬ 
damental  que,  dans  le  Pronostic ,  il  se  justifie  de  n’avoir  pas 
nommé  un  plus  grand  nombre  de  maladies  particulières  et 
assure  qu’il  suffit  à  son  plan  d’en  avoir  rassemblé  les  signes 
communs.  Quelqu’opinion  qu’on  ait  *de  la  méthode  de 
M.  Louis,  il  est  certain  qu’elle  répond  au  besoin  que  la  mé¬ 
decine  moderne  éprouve  de  plus  en  plus  de  s’enfoncer  dans 
le  détail  de  l’observation.  On  peut  donc  prendre  sa  manière 
d’exposer  l’histoire  d’une  maladie  comme  représentant 
l’esprit  qui  dirige  aujourd’hui  l’étude  médicale ,  de  même- 
que  les  histoires  particulières  qu’on  lit  dans  les  Épidémies 
portent  le  sceau  de  la  doctrine  d’Hippocrate.  Ce  rapproche¬ 
ment  seul  suffit  pour  caractériser  l’une  et  l’autre  époque. 
Autant  ce  que  les  maladies  ont  de  spécial  et  de  distinctif  est 
cherché  et  expliqué  par  le  médecin  moderne  ;  de  manière 
qu’on  puisse  diagnostiquer  avec  précision  l’affection  par¬ 
ticulière  ,  autant  ce  qu’elles  ont  de  commun  occupe  le  mé¬ 
decin  ancien  ,  de  manière  que  l’affection  particulière  fasse 
place  à  l’étude  de  l’état  général. 

De  la  thérapeutique  d’Hippocrate,  nous  ne  possédons 
que  le  livre  sur  le  Régime  dans  les  maladies  aiguës.  Là  en¬ 
core  c’est  l’idée  de  coction ,  de  crise ,  c’est  la  considération 
de  l’état  général,  ou,  en  d’autres  termes,  la  prognose  qui 
'enseigne  quand  et  comment  on  doit  se  servir,  soit  du 
régime  alimentaire ,  soit  des  exercices ,  soit  des  remèdes 
pour  traiter  les  maladies.  Elle  contient  la  thérapeutique  gé¬ 
nérale,  c’est-à-dire  la  formule  de  toutes  les  indications  qui 
font  que  le  praticien  n’emploie  ni  au  hasard ,  ni  sans  but  dé¬ 
terminé  les  moyens  qu’il  a  à  sa  disposition.  Une  thérapeutique 
ainsi  fondée  cherche  donc  à  se  fendre  compte  du  motif  qui 
la  fait  agir ,  du  résultat  qu’elle  veut  atteindre ,  du  moment 
qu’il  importe  de,  choisir,  de  la  crise  qu’il  faut  ou  seconder  ou 


462  INTRODUCTION . 

imiter  :  elle  répond  à  la  définition  que  Platon  a  donnée  de  . 
la  médecine  de  ce  temps ,  et  que  j’ai  rapportée  quelques 
pages  plus  haut. 

Au  point  de  vue  de  la  prognose ,  l’étude  de  la  santé ,  de 
la  maladie  et  du  traitement  formait  un  tout  fort  simple. 
Érasistrate  rapporte  (Gai.,  t.  v,p.  40,  Ed.  Bas.)  qu’un  cer¬ 
tain  Pétronas,  postérieur  de  peu  à  Hippocrate,  s’avisa  de 
traiter  les  fébricitans  par  l’usage  du  vin  et  des  viandes.  Cer¬ 
tes  ce  Pétronas  n’était  pas  de  l’école  de  Cos*,  jamais  la  doc¬ 
trine  hippocratique  n’aurait  permis  une  si  grave  aberration  ; 
elle  avait  trop  étudié  l’homme  sain ,  l’homme  malade,  et  les 
efforts  de  la  nature  dans  les  fièvres,  pour  supposer  qu’un 
pareil  traitement  pût  jamais  avoir  des  résultats  avantageux, 
et  qu’un  pareil  essai  dût  jamais  être  tenté.  La  prognose,  telle 
qu’elle  l’avait  fondée  et  enseignée,  la  prémunissait  contre 
les  écarts  dangereux  d’un  aveugle  empirisme.  Pétronas 
s’était  dit  grossièrement:  peut-être  le  vin,  les  viandes  guéri¬ 
ront  les  fièvres  5  qui  sait?  essayons.  Une  telle  expérimen¬ 
tation  faisait  violence  à  toutes  les  règles  de  la  prognose. 

H  faut  sans  doute  pardonner  aux  hippocratistes  leur  ad¬ 
miration  pour  la  grande  école  qui  a  donné  une  base  à  la 
science,  et  pour  le  grand  homme  qui  en  a  été  l’interprète. 
Cette  unité  qui  apparaît  dans  la  conception  de  la  plus  antique 
médecine  grecque,  a  quelque  chose  de  singulièrement  beau  ' 
et  remarquable  -,  d’autant  plus  qu’elle  ne  s’est  plus  retrouvée, 
ou  du  moins  que  les  systèmes  qui  ont  eu  la  prétention  de 
remplacer  Phippocratisme,  n’ont  jamais  eu  ni  autant  de 
consistance,  ni  autant  de  durée,  ni,  il  faut  le  dire,  autant 
de  valeur  intrinsèque.  En  effet ,  les  systèmes  se  sont  ap¬ 
puyés  sur  Yhypothèse ,  et  Hippocrate  s’est  appuyé  sur  la  réa¬ 
lité .  Ici  encore,  ce  sont  les  propres  termes  d’Hippccrate 
que  j’emploie.  Ce  qu’ij  combat  dans  le  traité  de  Y  Ancienne 


DE  LA  DOCTRINE  MÉDICALE  d’«IPPOCRATE.  463 

J  médecine,  c’est  l’hypothèse  (&so0ec^;  ce  qu’il  recommande, 

!  c’est  la  réalité,  l’étude  des  faits  (to  lov). 

On  le  yoit  donc,  la  méthode  antique  d’Hippocrate  et  la 
méthode  moderne  ne  diffèrent  pas  dans  leur  essence ,  car 
elles  sont  l’une  et  l’autre  la  méthode  expérimentale.  Hippo¬ 
crate  ,  comme  nous,  a  voulu  qu’on  observât  la  nature,  et, 
comme  nous ,  il  s’est  servi  de  l’induction  pour  agrandir  le 
champ  de  ses  observations  et  trouver  un  lien  entre  les  faits 
particuliers.  Mais  il  admet  que  ce  lien  est  l’étude  des  signes 
communs  des  maladies,  et  sur  cette  étude  il  établit,  sans 
hésiter,  sa  pathologie  générale.  Mais  nous,  nous  sommes 
arrivés  à  ce  point  que  les  signes  communs  qui  suffisaient  à 
Hippocrate,  ne  suffisent  plus  pour  diriger  le  médecin  dans 
le  vaste  domaine  des  phénomènes  pathologiques.  Si  nous 
remplissions  à  la  lettre  le  programme  hippocratique,  si  nous 
relevions  les  signes  communs  et  rien  que  ces  signes  dans 
toutes  les  maladies ,  nous  obtiendrions  un  résultat  si  réduit, 
nous  descendrions  à  une  généralité  si  éloignée  qu’il  n’en 
sortirait  aucun  fruit  pour  la  théorie  et  la  pratique.  Qu’ar¬ 
rive-t-il  donc  ?  C’est  que  nous  nous  enfonçons,  chaque  jour 
davantage,  dans  les  détails,  dans  l’observation  locale,  dans 
les  recherches  de  plus  en  plus  ténues  et  minutieuses.  Hippo¬ 
crate,  par  la  nature  de  ses  connaissances,  a  été  tenu  à  la  su¬ 
perficie  du  corps  malade.  La  médecine  moderne  a  pénétré 
dans  l’intérieur;  et  cette  pénétration,  si  je  puis  ainsi  parler, 
dans  l’intimité  des  organes  et  des  tissus,  a  été  le  travail  des 
siècles  qui  nous  séparent  d’Hippocrate. 

Le  médecin  de  Cos  expose ,  dans  son  Pronostic ,  les  com¬ 
munautés  des  maladies ,  c’est-à-dire  la  valeur  de  l’état 
général  du  malade;  dans  ses  Épidémies ,  il  retrace  ce  qu’il 
a  observé,  c’est-à-dire  ces  communautés  mêmes;  dans  son 
livre  du  Régime  des  Maladies  aiguës ,  il  apprécie  la  thérapeu- 


INTRODUCTION. 


464 

tique  d’après  la  règle  qu’il  a  posée  dans  le  Pronostic ,  et 
suivie  dans  les  Épidémies.  Le  traité  de  Y  Ancienne  médecine 
combat  les  hypothèses,  en  appelle  uniquement  aux  faits 
observés,  et  déclare  que  le  corps  vivant  doit,  pour  être 
connu ,  être  étudié  dans  ses  rapports  avec  ca  qmJjentoure. 
Voilà  donc  toute  la  doctrine  d’Hippocrate  exposée  dans  ses 
livres  mêmes.  5a  méthode  est  expérimentale ,  sa  théorie 
médicale  repose  sur  l’idée  du  développement  régulier  et  des 
communautés  des  maladies  ;  enfin,  ce  que  j’appellerai  sa 
philosophie  ou  sa  métaphysique ,  consiste  dans  l’idée  qu’il 
se  fait  du  corps  vivant ,  lequel ,  suivant  lui ,  subsiste  par  ses 
rapports,  et  doit  être  étudié  -dans  ses  rapports  avec  le  reste 
des  choses.  Cette  pensée  du  médecin  grec,  complètement 
opposée  à  celle  des  philosophes  contemporains  ,  qui  cher¬ 
chaient  à  connaître  le  corps  vivant  en  soi,  est  essentielle¬ 
ment  relative  à  l’hygiène  et  à  la  pathologie.  Elle  fut  sans 
doute  le  fruit  de  ses  vastes  connaissances  dans  ces  deux 
branches  de  la  médecine;  mais,  en  retour,  elle  lui  fit  com¬ 
prendre  l’impuissance  et  le  vide  de  l’hypothèse,  et  il  put  pro¬ 
clamer  dans  son  livre  de  Y  Ancienne  médecine  qu’il  n’v  avait 
pour  l’avancement  de  cette  science  qu’une  voie,  et  que 
cette  voie  était  celle  du  raisonnement  fondé  sur  l’expé¬ 
rience. 

On  ne  s’étonnera  pas  qu’en  terminant  ce  court  exposé  de 
la  doctrine  d’Hippocrate ,  j’aie  rappelé  les  livres  qu’elle  a 
surtout  inspirés.  Car  ces  livres,  appartenant  à  une  même 
pensée ,  doivent  être  d’une  même  main ,  et  cette  main  est 
celle  d’Hippocrate.  La  confirmation,  par  cette  voie,  de  tous 
les  résultats  de  mon  travail  est  tellement  frappante'  que  je 
n’ai  pas  voulu  la  laisser  inaperçue  du  lecteur. 


CHAPITRE  XIV. 


REMARQUES  SUR  LE  CARACTERE  MÉDICAL  ET  LE  STYLE 
d’hippocrate. 


Hippocrate  a  fleuri  à  l’époque  la  plus  brillante  de  Ja  civi¬ 
lisation  grecque ,  dans  ce  siècle  de  Périclès  qui  a  laissé  d’im¬ 
mortels  souvenirs.  H  a  vécu  avec  Socrate,  Phidias,  So¬ 
phocle,  Euripide,  Thucydide,  Aristophane,  et  il  n’a  pas 
été  indigne  de  cette  haute  société.  Lui  aussi  a  partagé  le 
sentiment  qui  pénétrait  alors  les  Hellènes,  enorgueillis  de 
leur  liberté ,  enthousiasmés  de  leurs  triomphes ,  épris  de 
leurs  belles  créations  dans  les  arts ,  dans  les  lettres  et  dans 
les  sciences.  Voyez  dans  le  traité  des  Eaux ,  des  Airs  et  des 
Lieux ,  avec  quelle  fierté  le  Grec  triomphe  du  Barbare,  l’hom¬ 
me  libre  du  sujet  soumis  à  un  maître,  l’Européen  vainqueur 
de  l’Asiatique  partout  vaincu  sur  terre  et  sur  mer.  Se  peut-il 
trouver  un  sentiment  national  plus  fièrement  exprimé  que 
cette  supériorité  de  race  que  le  médecin  de  Cos  attribue  à  ses 
compatriotes?  Plus  on  pénètre  le  sens  des  écrits  d’Hippo¬ 
crate,  et  plus  l’on  s’identifie  avec  le  fonds  et  la  forme  de  ses 
pensées;  plus  aussi  on  comprend  l’aflinité  qu’il  a  avec  les 
grands  esprits  ses  contemporains,  et  plus  l’on  est  persuadé 
qu’il  porte  comme  eux  la  vive  empreinte  du  génie  grec. 

Quelque  silence  qu’Hippocrate  ait  gardé  sur  lui-même, 
dans  ses  écrits ,  cependant  il  est  possible ,  avec  un  peu  d’at¬ 
tention,  de  démêler  quelques-uns  des  traits  qui  ont  composé 
le  caractère  scientifique  de  cet  homme  remarquable.  Ses  li¬ 
vres  sont  semés  de  réflexions  qui  montrent  que  son  esprit 
avait  été  constamment  occupé  et  du  souvenir  de  sa  propre 
tom.  i.  30 


V 


^gg  INTRODUCTION . 

pratique  et  de  l’examen  de  celle  des  autres  médecins.  Visi¬ 
blement  il  avait  beaucoup  médité  sur  la  médecine,  et  en  bon 
nombre  de  passages  l’on  rencontre  de  ces  observations  qui , 
sans  rentrer  positivement  dans  le  cercle  de  la  pratique  mé¬ 
dicale  ,  sont  dues  aux  réflexions  de  celui  qui  enseigne,  et 
font  réfléchir  ceux  qui  lisent.  Je  pourrais  en  citer  plusieurs 
exemples ,  je  me  contenterai  d’en  rapporter  un  seul,  parce 
que  j’y  joindrai  les  justes  remarques  qui  ont  été  suggérées 
à  Galien ,  et  qui  développent  l’idée  même  que  je  me  fais  de 
la  tournure  d’esprit  d’Hippocrate.  Ce  médecin  a  dit  dans  le 
1er  livre  des  Épidémies:  «Le  praticien  doit  avoir  deux  objets 
«  en  vue ,  être  utile  au  malade  ou  du  moins  ne  pas  lui  nuire. 
Ce  sont  là  de  graves  et  modestes  paroles  où  l’on  découvre, 
quand  on  les  creuse ,  un  sens  profond  et  un  utile  enseigne¬ 
ment.  Au  reste ,  il  faut  laisser  parler  Galien  qui  a  été  frappé, 
lui  aussi,  de  la  remarque  jetée  par  Hippocrate  dans  le  cou¬ 
rant  de  son  1er  livre  des  Épidémies.  «  Il  y  eut  un  temps,  dit— 
«  il 1,  c\ù  je  regardais  ce  peu  de  mots  comme  indignes  d’Hip- 
«  pocrate  ;  il  me  semblait  d’une  évidence  manifeste  que  le 
»  devoir  du  médecin  est  de  travailler  à  soulager  le  malade 
«  ou  du  moins  de  ne  pas  lui  nuire.  Mais,  après  avoir  vu  plu- 
«  sieurs  médecins  célèbres  blâmés  à  juste  titre  pour  ce  qu’ils 
«  avaient  prescrit,  saignées ,  bains,  purgatifs,  vin,  ou  eau 
«  froide ,  je  compris  qu’Hippocrate  avait  éprouvé  de  pareils 
«  mécomptes ,  lui ,  comme  bien  d’autres  de  ceux  qui  pra- 
«  tiquaient  alors.  Depuis  ce  temps,  j’ai  jugé  qu’il  ne  fallait 
«  pas  seulement,  en  prescrivant  un  remède  important ,  sa- 
«  voir  jusqu’à  quel  point  le  malade  y  trouverait  du  souîage- 
«  ment  ;  mais  je  n’ai  jamais  rien  administré  sans  avoir  pris 
«  garde  à  ne  pas  lui  nuire,  dans  le  cas  où  la  prescription 
«  manquerait  son  but.Quelqucs  médecins,  semblables  à  ceux 
1  T.  v,  p.  570,  Ed.  Basil. 


CARACTÈRE  MEDICAL  ET  STYLE  d’hIPPOCKATE.  467 

qui  lancent  les  dés,  prescrivent  des  traitements  qui ,  s’ils 
«  échouent,  sont  très  funestes  aux  malades.  Ceux  qui  com- 
«  mencent  l’étude  de  la  médecine  croiront ,  j’en  suis  certain, 
«comme  j’ai  cru  jadis,  que  ce  conseil,  être  utile  ou  du 
«  moins  ne  pas  mire ,  est  indigne  d’Hippocrate  ;  mais  les 
praticiens,  je  n’en  suis  pas  moins  sûr,  en  comprendront 
;  toute  la  portée ,  et,  si  jamais  il  leur  arrive  de  faire  du  mal  à 
«  leurs  malades  par  l’administration  intempestive  de  quel- 
v  que  remède  actif,  ce  sera  surtout  alors  qu’ils  concevront 
«  le  sens  et  la  gravité  de  l’avertissement  qu’Hippccrate  leur 
«  a  légué.  » 

Le  chef  de  l’école  de  Cos  rappelle  fréquemment  à  la  mé¬ 
moire  des  médecins  les  devoirs  qu’ils  ont  à  remplir,  et  les 
règles  d’attention,  de  soin,  de  prudence  que  leur  impose 
leur  profession  à  l’égard  des  malades.  H  a  complètement  ex¬ 
posé  son  sentiment  sur  cetimportant  objet  en  ce  peu  de  mots  ; 
«  L’art  médical  a  trois  termes  :  la  maladie ,  le  malade  et  le 
«  médecin.  Le  médecin  est  le  serviteur  de  l’art  ;  et,  avec 
«  le  médecin,  le  malade  doit  combattre  la  maladie4.  »  Ail¬ 
leurs  il  dit  :  <c  La  première  considération  à  avoir  dans  toute 
«  la  médecine,  est  de  guérir  la  maladie  2.  »  Ce  sentiment 
est  naturel  dans  un  homme  qui  aime  sa  profession  ,  qui  en 
sent  la  valeur,  et  par  conséquent  les  obligations  et  la  respon¬ 
sabilité  morales.  L’amour  de  la  profession  médicale  est  mani¬ 
festé  par  Hippocrate  en  une  foule  de  passages.  Le  mot  dont 
il  se  sert  pour  désigner  la  profession  est  Y  art  ).  Tout 

ce  qui  pourrait  la  compromettre  ou  en  diminuer  le  crédit 

1  'H  T££V71  SlOC  TpiSv  ,  TO  VOUdrU-OC,  8  VOdCOJV  3Cal  6  ÎTjTpoV  8  tr,- 
■zçùç  8it7]p£TTjÇ  tt}ç  uTrevavrioudôai  tw  voud^aaTt  tov  voaeuv- 

xa  [A£xà  tou  irjTpou  ^pr'.  Epid.  1,  p.  304,  Ed.  Basil. 

*  X$  Si  rapt  TC^etoTou  ptiv  7roile<r6ai  iv  racd/j  x5j  ré/yr, ,  Sxtoç 
uiv  Troi^dTjÇ  to  vodsov.  De  Artic. ,  p.  SCO,  Ed.  Basil. 


INTRODÜCTIOX. 


468 

dans  l’opinion  du  public,  le  blesse  ;  il  a  les  yeux  constam¬ 
ment  fixés  sur  ce  point ,  et  il  le  signale  avec  force  à  ses  con¬ 
frères.  Quand  les  médecins  de  cette  époque  reculée  se  con¬ 
tredisaient  dans  leurs  prescriptions  et  leurs  conseils,  Hip¬ 
pocrate  leur  dit  qu’ils  décrient  la  profession,  au  point  de 
faire  croire  qu’il  n’y  a  pas  de  médecine ,  et  que  de  la  sorte 
ils  ressemblent  aux  devins  dont  chacun  interprète  en  sens 
contraire  le  vol,  à  droite  ou  à  gauche,  des  oiseaux 1 5  et,  en 
cherchant  à  établir  sur  de  solides  fondements  la  doctrine 
du  régime  dans  les  maladies  aiguës ,  il  a  pour  but  de  préve¬ 
nir,  sur  un  point  essentiel,  des  divergences  contraires  à 
l’honneur  de  l’art  médical.  Une  des  raisons  pour  lesquelles 
il  recommande  aux  médecins  de  se  familiariser  avec  l’étude 
des  signes  prognostiques,  c’est  que  par  là  ils  s’acquerront 
davantage  la  confiance  du  malade,  et  le  décideront  à  se  re¬ 
mettre  entre  leurs  mains  2.  Aussi  Galien  en  fait  la  remar¬ 
que:  «Hippocrate  s’occupe  non-seulement  des  malades, 
«  mais  encore  du  médecin,  afin  qu’il  soit  toujours  irré¬ 
préhensible  dans  la  pratique  de  son  art,  et  qu’il  obtienne 
«  considération  et  respect 5.  »  Les  recommandations  de  ce 

1  Kat  toi  SiaêoX^v  ys  l/et  Skr\  ^  xs^vt)  irpoç  xSv  S-rçaoxswv  peyà/.r, ■/, 
o)ç  txr,5è  Boxée tv  $\<aç  Ï7iTptxr,v  elvat. ..  Kat  ay^eSov  av  xaxà  ys  xo  xoto'vcs 
xX,v  xé^vYjv  «païev  waoiâiffôai  fjLavxtxv;  *  Sxt  ot  {/.àvxteç  xov  aüxov  opviûx, 
et  uiv  àpKjxepoç  et rly  àyaûov  vopttÇouaiv  eîvat  •  et  Se  oeçtoç ,  xaxc'v  * 

. aXX’  sv tôt  rwv  {xavxetov  xàvavxta  xouxéwv.  De  Diœt.  in  acut.  ,p. 

368,  369,  Ed.  Basil. 

*  ÏIiotsuoit’  av  piaXXov  ytvtoaxetv  xà  xôSv  voaeôvxtov  xrp^yaaxa, 
oxjxe  xoXuav  lirixpeTOiv  xoùç  àvôpwTrouç  ocpeaç  êcouxoùç  xû>  h~  :  ~ . 
Progn.,  p.  401,  Ed.  Basil. 

3  Ou  ptovov  xwv  xaavovxtov  àe\  çatvsxat  xr,Soptevoç  6  'Itxtox  :  - 
x-/;?,  àXXà  xat  xtov  taxpSv  ,  wç  àvsyxA^xot  piv  àet  rrapa  xotç  xau- 
vouotv  toaiv ,  suSoxiptwort  oè  xà  -xXetcxa.  Gai.  ,  t.  v,  p.  651  ,  Ed. 
Basil. 


469 


CARACTÈRE  MEDICAL  ET  STYLE  d’hIPPOCRATE. 

genre  qui  se  trouvent  fréquemment  répétées  dans  les  œuvres 
d’Hippocrate,  sont  tellement  d’accord  avec  le  Serment  qu’el¬ 
les  forment  un  nouvel  argument  en  faveur  de  l’authenticité 
de  cette  pièce.  Le  même  esprit  y  respire  ;  le  même  senti¬ 
ment  y  domine  ;  et,  si  les  raisonnements  que  j’ai  apportés 
plus  haut  pour  faire  admettre  la  légitimité  du  Serment ,  n’ont 
pas  toute  la  rigueur  qu’on  peut  désirer ,  ils  acquièrent,  ce 
me  semble,  beaucoup  de  force  quand  on  a ,  sous  les  yeux, 
réuni  en  un  seul  faisceau ,  tout  ce  que  Hippocrate  a  dissé¬ 
miné  dans  ses  ouvrages  sur  les  devoirs  des  médecins  et 
sur  la  considération  qu’il  leur  importe ,  en  pratiquant  ces 
devoirs ,  d’attirer  à  leur  profession. 

Gelse  a  vanté  la  probité  scientifique  d’Hippocrate,  dans 
une  phrase  brillante  qui  est  gravée  dans  tous  les  souve¬ 
nirs  *.  Je  ne  m’autoriserai  pas  de  ce  témoignage;  car  le 
fait  que  Celse  invoque  est  dans  le  5e  livre  des  Épidémies; 
et  ce  livre  forme  un  de  ces  recueils  de  notes  qu’on  ne  peut 
pas  attribuer  à  Hippocrate  avec  quelque  sûreté.  Mais  la 
liste  même  des  observations  qu’il  nous  a  transmises  dans  le 
1er  et  le  3e  livres,  prouve  qu’il  n’a  pas  tenu  à  cacher  ses  re¬ 
vers,  et  à  ne  citer  que  ses  succès  ;  il  a  enregistré  avec  can¬ 
deur  les  malheurs  qui  lui  sont  arrivés;  le  nombre  des  morts 
qu’il  rapporte  en  fait  foi.  C’est  le  même  sentiment  de  pro¬ 
bité  qui  lui  inspire  la  plus  vive  répugnance  pour  tout  ce  qui 
sent  le  charlatanisme.  Cette  réprobation  éclate  dans  une 
foule  de  passages.  Je  n’en  citerai  qu’un  parce  qu’il  demeure 
applicable  à  tous  les  temps  et  à  tous  les  pays.  Hippocrate, 
après  avoir  dit  que  l’intérêt  du  malade  doit  passer  avant 

1  A.  suturis  se  dcceptum  esse  Hippocrates  mémorisé  prodidit , 
more  scilicet  magnorum  virorum  el  Odnciani  magnai  uni  rerum  lia- 
bentium.  Ccls.  VIII,  4. 


470  INTRODUCTION. 

toute  chose,  ajoute  :  «  Quand  il  existe  plusieurs  procédés,  il 
«  faut  employer  celui  qui  fait  le  moins  d’étalage  ;  quiconque 
«  ne  prétend  pas  éblouir  les  yeux  du  vulgaire  par  un  vain 
«  appareil,  sentira  que  telle  doit  être  la  conduite  d’un  homme 
«  d’honneur  et  d’un  véritable  médecin  4.  » 

La  haine  qu’Hippocrate  ressentait  et  exprimait  à  l’égard 
des  charlatans,  est  très  comparable  à  la  haine  qui  animait 
Socrate,  son  contemporain,  contre  les  sophistes.  Le  méde¬ 
cin  et  le  philosophe  poursuivent  d’une  égale  réprobation  ces 
hommes  qui  abusaient  de  la  crédulité  populaire  pour  ven¬ 
dre,  les  uns  une  fausse  médecine,  les  autres  une  fausse  sa¬ 
gesse.  Non-seulement  Hippocrate  flétrit  les  manœuvres  des 
charlatans,  non-seulement  il  prévient  le  public  contre  les  ar¬ 
tifices  de  ces  gens  qui  en  font  leur  dupe ,  mais  encore  il  pré¬ 
munit  de  toutes  ses  forces  les  véritables  médecins  contre 
toutes  les  tentations  qu’ils  pourraient  avoir  de  se  laisser  al¬ 
ler  à  l’emploi  d’un  charlatanisme  plus  ou  moins  innocent  ; 
il  les  tient  en  garde  contre  cet  écueil  ;  il  ne  veut  pas  que 
leur  conduite  en  ait  la  plus  petite  apparence;  il  leur  recom¬ 
mande  ,  avant  tout ,  ce  qui  est  simple ,  droit  et  honnête.  H 
fallait  véritablement  qu’Hippocrate  eût  été  blessé  du  spec¬ 
tacle  donné  par  l’effronterie  des  charlatans  et  par  la  cré¬ 
dulité  du  public,  pour  insister  auprès  des  médecins  ses  élè¬ 
ves  avec  tant  de  force ,  non  pas  seulement  contre  l’emploi 
d’un  charlatanisme  honteux,  mais  encore  contre  toute  con¬ 
duite  dont  le  soin  exclusif  ne  serait  pas  d’en  écarter  jusqu’à 
l’ombre  la  plus  légère.  La  guerre  aux  sophistes  faite  par  So¬ 
crate,  la  guerre  à  l’esprit  de  charlatanisme  faite  par  Hippo 

1  El  cl  TroTXoîa’t  xpOTTOlfflV  OlQV  TE  El7j  UytÉoCÇ  TtOlEElV  ,  TOV  ào/\6~ 
tsitov  y  pïj  aipc£<îOai.  Kai  avopayaO ixwtepov  tguto  xat  Tsyvixco- 

Tîpov,  #ST'.Ç  p.7)  E7T’.0'J(X£S«  ^T]fX0c'.5É0Ç  X».€$TJ^17)Ç .  De  ArliClîl.  ,  D. 

500,  Ed.  Basil. 


CARACTÈRE  MÉDICAL  ET  STÏLE  d’hIPPOCRATE.  471 

craie,  sont  de  la  môme  époque  et  portent  le  même  caractère. 

Hippocrate  nous  présente  le  premier  exemple  que  nous 
connaissions  de  la  polémique  médicale.  Le  livre  de  Y  An¬ 
cienne  médecine  est  un  livre  polémique  en  grande  partie: 
son  traité  du  Régime  dans  les  maladies  aiguës  s’ouvre  par 
une  discussion  contre  le  livre  des  Sentences  cnidiennes.  Je 
ferai  ailleurs  l’histoire  de  ce  débat,  et  j’y  exposerai  les  points 
de  philosophie  médicale  auxquels  il  touchait.  C’est  un  su¬ 
jet  intéressant  d’étude  que  de  se  rendre  compte  des  divi¬ 
sions  scientifiques  qui  ont  occupé  nos  prédécesseurs;  et  la 
querelle  de  Cos  et  de  Cnide,  d’Hippocrate  et  d’Euryphon, 
est  importante  et  parce  qu’elle  est  la  première  que  nous 
connaissions,  et  par  le  fonds  même  qui  la  constitue. 

On  trouve ,  dans  les  écrits  d’Hippocrate ,  une  foule  de 
passages  où  il  critique  des  procédés  particuliers  employés 
par.  des  médecins  de  son  temps,  dans  le  traitement  de 
différentes  affections.  Il  a  assez  réfléchi  sur  les  choses 
pour  ne  pas  accepter  sans  jugement  les  traditions  du  passé, 
ou  les  exemples  de  ses  confrères;  il  a  assez  d’expérience 
personnelle  pour  s’être  fait  une  opinion  indépendante  sur 
les  principaux  points  de  la  médecine  ;  et  il  s’exprime  avec 
une  juste  autorité  sur  ce  qu’il  approuve  ou  ce  qu’il  con¬ 
damne. 

Hippocrate  est  essentiellement  praticien  ;  si  en  médecine 
il  ne  connaît  que  l’art ,  du  moins  il  veut  que  l’art  soit  traité 
scientifiquement,  c’est-à-dire  qu’en  toute  occasion  on  y  ap¬ 
plique  l’attention  et  le  jugement  *.  Quand  il  recommande  de 
chercher  la  solution  de  certains  problèmes  de  médecine,  ce 
sont  des  problèmes  relatifs  au  genre  de  régime  qu’il  convient 

‘  ’Efiot  Ô’avSava  asv  Iv  x?  zir/yn  r.ç>ovt/w  xov  vmv.  De 
Dicet.  in  acut p.  368,  Ed.  Bas. 


INTRODUCTION. 


472 

de  prescrire  aux  malades  dans  les  affections  aiguës 4  ;  et,  s’il 
loue  la  seconde  édition  des  Sentences  cnidiennes  d’être  un  .. 
peu  plus  médicale  que  la  première  2 ,  c’est  parce  qu’elles  en¬ 
trent  davantage  dans  la  pratique,  et  qu’elles  sont  plus  ap¬ 
propriées  à  l’usage  du  médecin.  Pour  lui,  la  médecine  est 
toujours  l’art  5  ce  qu’il  veut,  c’est  porter  la  lumière  dans  les 
observations  recueillies  ;  d’est  saisir  les  principes  généraux 
qui  guideront  la  pratique  du  médecin,  et  donner  à  Y  art  une 
assise  scientifique  :  c’est  ainsi  qu’il  s’élève  à  la  science.  Son 
mérite  est  grand  d’avoir  su  se  renfermer  dans  cet  ordre  d’i¬ 
dées  ;  Y  art  était  encore  trop  près  de  l’empirisme  dont  il  sor¬ 
tait,  pour  avoir  des  prétentions  plus  hautes  que  celles  qu’Hip- 
pocrate  lui  attribue  *,  et  ce  médecin  avait  l’esprit  trop  judi¬ 
cieux  pour  regarder  comme  un  guide  sûr  la  spéculation 
physiologique  qui  occupa  tous  les  philosophes  de  son  temps, 
et  pour  se  jeter  dans  le  champ  vide  des  hypothèses. 

Celse  a  dit  qu’Eippocrate ,  le  premier ,  sépara  la  méde¬ 
cine  de  la  philosophie  3.  L’assertion  de  l’auteur  latin  mérite 
une  rectification.  Ce  que  je  viens  de  dire  de  la  tendance  es¬ 
sentiellement  pratique  et  médicale  qui  se  révèle  dans  les 
écrits  d’Hippocrate,  est  véritablement  conforme  aux  dires 
de  Celse.  Cependant,  il  faut  remarquer  que  le  livre  des  Sen¬ 
tences  cnidiennes  est  antérieur  au  médecin  de  Cos,  et  que 
ce  livre,  bien  loin  de  faire  de  la  médecine  une  branche  de  la 
philosophie,  s’attachait  à  diviser,  en  plusieurs  espèces,  cha- 

MaXa  aèv  oùSs  rpoêaXXecQai  Ta  TOtaura  Çr,T^ aara  clôtcrjxivoi 
etatv  ot  tripot*  ïutoç  cl  ou  os  rpoêaXXo'usva  su  piaocsTce..  De  Diœt.  in 
acut. ,  p.  068,  Ed.  Basil. 

’IïjTpixwTepov  os  Tt  s7«;X6ov.  De  Diœt.  in  acut. ,  p.  568,  Éd. 
Basil. 

3  Priraus  quidem  ex  omnibus  memoria  dignis ,  ab  studio  sàpien- 
tiæ  disciplînam  banc  separavit.  Lib.  1,  in  Proœm. 


CARACTÈRE  MEDICAL  ET  STYLE  d’hIPPOCRATE.  4?3 

que  maladie  suivant  une  méthode  qu’Hippocrate  n’approuve 
pas ,  mais  qui  devait  être  très  éloignée  des  grands  systèmes 
de  physiologie  philosophique  du  temps.  Ainsi  la  médecine 
et  la  philosophie  n’étaient  pas  confondues  par  Euryphon. 
D’un  autre  côté,  Socrate,  un  peu  plus  vieux  que  le  médecin 
de  Cos,  avait  nettement  séparé  la  philosophie  de  la  méde¬ 
cine  ,  qu’il  regardait ,  avec  les  mathématiques ,  comme  inu¬ 
tile  à  un  philosophe.  De  plus ,  dans  aucun  écrit  d’Hippo¬ 
crate  on  ne  trouve  cette  séparation  exprimée  formellement  -, 
et  il  faut  admettre  qu’elle  s’est  faite  sans  effort  à  une  époque 
où  les  sciences  naturelles  se  dégageaient  peu  à  peu  des  anti¬ 
ques  philosophies  qui  les  avaient  toutes  absorbées  dans  leur 
sein-,  et  où  la  philosophie  elle-même,  par  la  voix  de  Socrate, 
circonscrivait  avec  plus  de  sévérité  son  propre  domaine. 

Galien  dit  en  plusieurs  endroits  qu’Hippocrate  est,  dans  la 
plupart  de  ses  écrits,  d’une  excessive  brièveté  *.  Cette  re¬ 
marque,  pour  être  vraie,  doit  être  restreinte  aux  livres 
tels  que  le  traité  des  Humeurs ,  le  traité  de  Y  Miment,  le 
traité  de  Y  Officine  du  Médecin ,  et  quelques  autres  qui  ne 
sont,  à  vrai  dire,  qu’un  recueil  de  notes  non  rédigées.  Les 
véritables  écrits  d’Hippocrate,  ceux  sur  lesquels  s’accor¬ 
dent  tous  les  témoignages,  par  exemple  le  Pronostic ,  le  1er 
et  le  3e  livré  des  Épidémies ,  le  traité  des  Airs,  des  Eaux  et 
des  Lieux ,  n’ont  rien  de  cette  excessive  brièveté  dont  on 
a  fait  quelquefois  un  attribut  d’Hippocrate.  Le  développe¬ 
ment,  au  contraire,  y  est  ample  et  complet. 

Certains  critiques  blâmaient  Hippocrate  d’avoir  forgé 
des  mots  difficiles  à  comprendre  :  «  Si,  répond  Erotien 1  2, 

1  'IffjtoxpotTjç  aèv  Iv  toïç  icXelffTOil  Ttov  éocutoû  GUYvpapjAaTOJv 

fipa^tiXoyoç  wv.  Tom.  iv,  p.  i  1 ,  Ed.  Basil. 

2  Page  4,  Ed.  Franz. 


INTRODUCTKMï. 


474 

«  il  était  le  seul  ou  le  premier  qui  eût  fait  des  mots , 
«  on  lui  reprocherait  peut-être  avec  raison  cette  affectation  5 
«  mais  les  anciens  avaient  l’habitude  de  telles  compositions, 
«  ainsi  qu’on  le  voit  dans  les  auteurs  de  la  Comédie  anti- 
«  que,  dans  Démocrite,  pour  les  philosophes,  dans  Thucy- 
«  dide  et  Hérodote,  pour  les  historiens,  et  dans  presque 
«  toute  la  série  des  vieux  écrivains.  Pourquoi  donc  repren- 
«  dre  dans  Hippocrate  ce  qui  est  autorisé  dans  tous  les  aü- 
«  très?  D’autant  plus  qu’il  a  été  homérique  dans  sa  phrase, 
«  habile  à  composer  des  mots,  savant  dans  l’art  de  rendre  sa 
«  pensée  et  de  choisir  les  termes  les  plus  convenables  parmi 
«  ceux  que  l’usage  a  consacrés.  » 

L’antiquité  a  beaucoup  admiré  le  style  d’Hippocrate.  Les 
grammairiens  les  plus  distingués  ont  commenté  ses  œuvres, 
et  les  anciens  critiques  lui  ont  accordé ,  on  le  voit ,  qu’il  pos¬ 
sédait  un  tour  et  une  phrase  homériques.  Je  ne  contredirai 
pas  en  ceci  les  anciens ,  qui  ont  toujours  voulu  rattacher  à 
Homère  ce  qui  était  grand  et  beau  dans  leur  littérature  ; 
mais  j’ajouterai  quelques  considérations  qui  me  paraissent 
plus  directement  applicables  au  style  d’Hippocrate.  Pour  peu 
qu’on  s’occupe  d’études  littéraires,  on  reconnaît  combien  les 
écrivainsd’une  même  époque,  quelques  sujets  qu’ils  traitent, 
portent  un  air  de  ressemblance  et  de  confraternité  :  fades 
non  omnibus  una,  Nec  diversa  tamen.  H  nous  reste  les  écrits 
d’un  des  plus  illustres  contemporains  d’Hippocrate,  où  la 
justesse  de  cette  observation  me  semble  tout  à  fait  vérifiée. 
Thucydide  a  vécu,  a  écrit  en  même  temps  que  le  médecin 
de  Cos  :  plus  j’ai  médité  sur  le  style  de  l’un  et  de  l’autre,  et 
cherché  à  en  pénétrer  les  procédés,  la  forme  et  le  sentiment, 
plus  aussi  je  me  suis  convaincu  qu’il  existait  entre  ces  écri¬ 
vains  une  étroite  affinité  qui  dérivait  de  cette  loi,  que  les  au¬ 
teurs  d’un  meme  temps  puisent  tous  à  la  source  commune 


CARACTERE  MEDICAL  ET  STYLE  d’hIPPOCRATE.  475 

de  pensées,  d’expressions  et  de  style,  qui  abreuve  toute  une 
époque.  Aussi  est-ce  à  Thucydide  qu’il  faut  comparer  Hip¬ 
pocrate  :  des  deux  côtés  un  langage  grave,  un  style  plein 
de  nerfs ,  une  phrase  qui  dit  beaucoup ,  et  un  usage  de  la 
langue,  qui,  bien  que  très  travaillé,  est  cependant  moins 
assoupli  que  dans  Platon.Hippocrate,  quoique  maintenu  dans 
une  exposition  médicale  par  cette  rectitude  du  goût  grec  qui 
ne  manque  jamais  d’approprier  les  mots  aux  choses ,  sait 
donner  du  relief  et  de  la  couleur  à  ses  peintures.  Ces  mé¬ 
rites  de  style  s’effacent  dans  une  traduction  5  mais  ceux 
A  qui  la  langue  grecque  est  familière,  se  complairont  à  étu¬ 
dier  cet  antique  et  pur  modèle,  sentiront  comment  l’io¬ 
nien,  flottant  et  naïf  dans  Hérodote,  est  devenu  grave  et 
précis  dans  Hippocrate,  admireront  sa  phrase  claire  bien 
que  pressée,  ornée  bien  que  sévère,  simple  bien  qu’élégante, 
et  se  persuaderont  par  l’exemple  même  du  père  de  la  mé¬ 
decine  que  le  langage  de  la  science  a  ses  règles  et  ses  beau¬ 
tés  qui  mettent  aux  œuvres  éminentes  le  dernier  trait  de 
l’excellence. 

On  a  beaucoup  écrit  sur  Hippocrate,  et  on  pourra  encore 
beaucoup  écrire.  Les  compositions  capitales  que  l’antiquité 
nous  a  léguées,  ont  cela  de  caractéristique  que  l’étude  ne  s’eu 
épuise  jamais ,  et  que  la  science*  à  chaque  progrès  qu’elle 
fait,  les  aperçoit  d’un  nouveau  point  de  vue  et  sous  un  autre 
jour.  Les  travaux  de  nos  prédécesseurs  sur  ces  vieux  mo¬ 
numents  ne  nous  dispensent  pas  de  les  .examiner  pour  no¬ 
tre  propre  compte  ;  car  pour  nous  il  y  a  là  aussi  une  abon¬ 
dante  récolte  de  faits ,  de  pensées ,  d’indications  qui  nous  se¬ 
ront  utiles  pour  mieux  comprendre  notre  médecine  actuelle. 
H  m’importe  de  résumer  ici  en  quelques  mots  ce  que  j’ai  dis¬ 
persé  dans  le  courant  de  cette  Introduction,  et  de  rappeler 
brièvement  les  principaux  avantages  que  procure  l’étude  des 


476  INTRODUCTION. 

vieux  maîtres  de  l’art.  Demander  à  cette  étude  un  résultat 
immédiat,  pratique,  palpable,  si  je  puis  m’exprimer  ainsi, 
comme  celui  que  procure  un  livre  moderne  sur  tel  ou  tel  point 
delà  science,  ce  serait  lui  demander  tout  autre  chose  que  ce 
qu’elle  peut  donner ,  ce  serait  en  méconnaître  la  véritable 
utilité.  On  ne  doit  pas  aller,  là,  apprendre  la  médecine  ; 
mais,  quand  on  est  pourvu  d’une  instruction  forte  et  solide, 
il  faut  y  chercher  un  complément  qui  agrandisse  l’esprit, 
affermisse  le  jugement,  et  montre,  dans  la  tradition  de  la 
science,  le  travail  des  générations  successives,  leurs  erreurs 
et  leurs  succès,  leur  faiblesse  et  leur  force.  On  y  puise  re¬ 
connaissance  pour  les  efforts  de  nos  devanciers,  assurance 
dans  les  efforts  actuels  ;  car,  c’est  surtout  alors  que  l’on  sent 
que  la  science  n’est  jamais  ni  un  fruit  spontané,  ni  la  créa¬ 
tion  d’une  époque  ou  d’un  homme,  mais  un  héritage  que 
nous  avons  reçu  et  que  nous  transmettrons. 

Deux  choses  surtout  sont  à  considérer  quand  il  s’agit  de 
recommander  l’étude  des  vieuxlivres  et  des  vieux temps.  Us 
fournissent  à  la  fois  des  faits  et  des  doctrines  :  des  faits  sans 
lesquels  l’enseignement  serait  incomplet,  des  doctrines  sans 
lesquelles  nous  n’aurions  qu’une  vue  fausse  delà  culture  de  la 
science.  S’il  est  vrai  que  les  maladies  chan  gent  suivant  les  cli¬ 
mats:  si  ces  modifications  frappent  de  plus  en  plus  les  esprits 
par  leur  importance  pratique  et  doctrinale  à  mesure  que  la 
civilisation  s’étend  sur  les  points  les  plus  divers  du  globe;  iL 
n’est  pas  moins  vrai  que  les  siècles  présentent  aussi  de 
grandes  différences  dans  leur  physionomie  pathologique , 
et  que  certaines  affections  s’en  vont,  tandis  que  de  nou¬ 
velles  arrivent  sur  la  scène  du  monde.  Le  choléra  indien 
nous  en  a  fait  faire  à  nous-mêmes  une  rude  et  récente  expé¬ 
rience.  Hippocrate,  dans  son  large  et  ingénieux  système, 
a  comparé  les  âges  de  la  vie  humaine  aux  saisons  de  l’an- 


caractère  médical  et  style  d’hippocrate.  477 

née.  Si  j’osais  l’imiter,  je  comparerais  les  âges  de  l’histoire 
de  rhumanité  aux  climats  de  la  terre.  Les  uns  comme  les 
autres  ont  leui’s  maladies  propres ,  leur  pathologie  spéciale. 
Or  ce  n’est,  que  dans  les  auteurs ,  vieux  témoins  de  ces 
phénomènes  passés  qui  ne  doivent  peut-être  plus  se  repro¬ 
duire,  ce  n’est  que  dans  les  livres,  'fidèles  dépositaires  de 
ces  antiques  observations,  que  le  médecin  -peut  les  cher¬ 
cher  ,  les  étudier,  et  arriver  à  concevoir  un  ensemble  de  la 
pathologie  dont  le  petit  horizon  qu’il  embrasse  ne  lui  don¬ 
nerait  qu’une  faible  idée.  Si  par  l’étude  le  médecin  doit  se 
faire  cosmopolite,  par  l’étude  il  doit  aussi  se  faire  contem¬ 
porain  de  tous  les  âges.  Là  il  prend  connaissance  de  mille 
faits  qui,  sans  cela,  lui  seraient  à  jamais  inconnus;  et  ce 
voyage  dans  le  temps  ne  lui  sert  pas  moins  que  ne  lui  servi¬ 
rait  un  voyage  à  travers  les  continents  et  les  mers. 

Yoilà  pour  les  faits  5  voici  pour  la  doctrine  :  l’homme  qui 
réfléchit  sur  lui-même  et  sur  sa  conduite  passée  trouve  un 
grand  enseignement  pour  sa  conduite  future ,  et  dans  ce 
qu’il  a  fait  de  bien ,  et  dans  ce  qu’il  a  fait  de  mal.  De  même 
la  médecine  ne  peut  revenir  sur  son  passé  sans  y  recueillir 
des  leçons  pour  son  avenir.  Celui  qui  explorera  avec  des 
lumières  suffisantes  l’histoire  des  théories  et  de  la  pratique 
de  nos  prédécesseurs  rencontrera  des  sources  fécondes  de 
savoir.  L’étude  de  l’antiquité  ne  doit  être  abordée  qu’avec 
des  connaissances  telles  qu’on  en  profite.  Là  l’ordre  logique 
est  de  commencer  non  par  ce  qu’il  y  a  de  plus  vieux ,  mais 
par  ce  qu’il  y  a  de  plus  récent.  Quand  on  s’est  pénétré  de 
la  science  contemporaine,  alors  il  est  temps  de  se  tourner 
vers  la  science  passée.  Rien  ne  fortifie  plus  le  jugement  que 
cette  comparaison.  L’impartialité  de  l’esprit  s’y  développe  ; 
l’incertitude  des  systèmes  s’y  manifeste  ;  l’autorité  des  faits 
s’y  confirme,  et  l’on  découvre,  dans  l’ensemble,  un  enchaî- 


478  INTRODUCTION. 

nement  philosophique  qui  est  en  soi  une  leçon.  En  d’autres 
termes ,  on  apprend  à  connaître ,  à  comprendre ,  à  juger. 

Dans  les  œuvres  d’Hippocrate  bien  des  germes  ont  été 
déposés  qui  ont  reçu  un  grand  et  fécond  développement  ; 
bien  des  choses  ont  été  dites,  qui,  depuis,  n’ont  plus  été 
répétées  avec  le  même  sens  et  la  même  grandeur.  Et  lors¬ 
que  le  père  de  la  médecine  commence  ses  Aphorismes ,  en 
disant  :  La  vie  est  courte ,  Vart  est  long ,  V occasion  fugitive , 
V expérience  trompeuse ,  le  jugement  difficile ,  qui  ne  se  sent 
transporté  dans  un  autre  ordre  d’idées  que  celui  auquel 
nous  sommes  habitués?  qui  n’entend  là  un  autre  langage 
que  celui  qui  retentit  chaque  jour  à  nos  oreilles?  qui  ne 
croit  lire,  dans  cette  sentence ,  à  moitié  grecque  et  à  moitié 
orientale ,  l’inscripüon  monumentale  inscrite  .au  frontispice 
de  la  médecine ,  au  moment  où  les  portes  en  sont  ouvertes 
par  une  main  puissante? 


APPENDICE 


A  ■  L’îjî  T  R  C  D  U  C  7 1 0  N. 


si-. 

Du  dialecte  des  livres  hippocratiques. 

Quelque  étranger  que  cet  objet  soit  aux  études  médicales  qui  con¬ 
stituent  la  partie  essentielle  de  mon  travail  sur  Hippocrate,  je  ne  puis 
cependant  me  refuser  à  consacrer  quelques  pages  à  cette  recherche. 
Il  m’importe  de  donner,  de  mon  auteur,  un  texte  aussi  correct  qu’il 
me  sera  possible;  et  cette  correction  embrasse  non  seulement  tout 
ce  qui  peut  éclaircir  le  sens ,  mais  encore  tout  ce  qui  rend  au  style 
sa  pureté  native. 

Hippocrate  était  dorien  :  pourquoi  a-t-il  écrit  en  ionien?  L’Ionie 
avait  de  bonne  heure  fourni  des  écrivains  et  des  savants  ;  une  bran¬ 
che  de  la  plus  ancienne  philosophie  grecque  est  appelée  branche 
ionienne.  Naturellement  les  Ioniens  écrivirent  dans  le  dialecte  qui 
leur  était  familier.  Cette  habitude  se  perpétua  ;  et  presque  tous  les 
philosophes,  excepté  les  Doriens  de  la  Grande  Grèce  et  de  la  Si¬ 
cile,  employèrent  le  dialecte  ionien.  C’est  de  ce  dialecte  que  se  sont 
servis  Anaxagore ,  Parménide  ,  Démocrite ,  Mélissus ,  Diogène 
d’Apollonie.  Il  ne  faut  pas  chercher  d’autre  raison  de  la  préfé¬ 
rence  que  le  dorien  Hippocrate  donna  à  l’ionien.  On  a  raconté ,  il 
est  vrai ,  qu’il  l’employa  pour  complaire  à  Démocrite.  Mais  en  cela 
il  ne  fit  que  se  conformer  à  un  usage  qui  prévalait  de  son  temps. 
L’ionien,  dans  la  période  qui  a  immédiatement  précédé  le  brillant 
développement  de  la  gloire  littéraire  d’Athènes ,  était  la  langue  de 
la  philosophie  et  de  la  science. 

Avant  d’essayer  de  décider  quel  a  été  véritablement  l’ionien 
d’Hippocrate,  il  faut  rechercher  ce  que  les  critiques  grecs  ont  dit 
sur  ce  sujet.  On  a  vu ,  dans  le  chapitre  consacré  aux  commenta- 


480  APPENDICE  A  L’INTRODUCTION'- 

teui’S  ,  que  plusieurs  avaient  compose'  un  lexique  des  termes  les 
plus  difficiles  employe's  dans  les  livres  hippocratiques.  De  ces  ter¬ 
mes  difficiles ,  les  uns  étaient  des  mots  vieillis  et  tombés  en  dési  > 
tude;  mais  d’autres  étaient  des  locutions  particulières  aux  Ioniens. 
Ainsi  Bacchius  nous  apprend  que  le  mot  -^o-ratvta  est  ionien  et  si¬ 
gnifie  tout  ce  qui  se  donne  en  aliment  ou  en  boissons.  Le  grammai¬ 
rien  Xénocrite,  un  des  plus  anciens  glossateurs  d’Hippocrate  ,  avait 
dit  que  le  mot  d&Xoçaaffeiv  signifie ,  chez  les  Ioniens  ,  non  pas  un 
dérangement  de  la  parole,  mais  un  trouble  de  l’intelligence  ;  ce  sont 
là  des  remarques  qui  s’appliquent  à  des  locutions  locales,  et  non  à 
l’ensemble  de  l’ionisme  d’Hippocrate. 

Artémidore  Capiton,  dans  son  édition  si  goûtée  par  l’empereur 
Adrien,  avait  supprimé  l’ionisme  au  moins  dans  plusieurs  cas. 
«  Qu’il  soit  permis  à  chacun ,  dit  Galien 1  ,  de  suivre  l’orthogra;  h 
«  qui  conviendra }  les  uns  écrivent  osrjît ,  par  trois  syllalms;  les 
«  autres  6xo<j$<xt,  par  quatre  syllabes  ;  d’autres  écrivent  fcôarz., 
«  remplaçant  le  x  par  le  r;  c’est  ce  qu’a  fait  Capiton  dans  tous  les 
«  cas  semblables.  Il  n’importe  pas  à  la  science  qu’on  écrive  de  telle 
«  ou  telle  façon.  Je  me  suis  attaché  à  exposer  les  leçons  qui  chan- 
«  gent  le  sens  ;  quant  à  celles  qui  ne  touchent  qu’aux  mots  sans 
«  toucher  aux  choses,  je  les  laisse  écrire  à  chacun  comme  il  veut. 

Galien  ne  s’était  pas  toujours  montré  aussi  dédaigneux  du  sein 
d’étudier  le  dialecte  de  son  auteur  favori ,  de  celui  auprès  de  qui 
il  se  plaisait  tant,  au  milieu  d’une  décadence  qu’il  pressentait  in¬ 
stinctivement,  à  réchauffer  son  génie  puissant  et  son  désir  actif  c 
savoir.  Par  une  contradiction  avec  les  paroles  que  je  viens  de  rap¬ 
porter,  il  avait  étudié  lui-même  la  dialectologie  hippocratiq 
En  parlant  d’une  certaine  locution ,  il  dit  :  «  Elle  est  familière  aux 
«  Attiques  dont  Hippocrate  emploie  jusqu’à  un  certain  point  le  dia- 
«  lecte.  Aussi  quelques-uns  ont-ils  dit  qu’il  s’était  servi  de  la  vieil! 

«  langue  attique.  J’ai  exposé  dans  un  opuscule  à  part  ce  qu;  ; 

«  pense  du  dialecte  d’Hippocrate 3.  »  On  le  voit ,  Galien  avait  ce  - 
posé,  sur  l’ionisme  du  médecin  de  Cos,  un  petit  traité  qui  nous  >e- 

1  Tom.  V,  p.  442,  Ed.  Basil. 

*  Tom.  V,  p.  525,  Ed.  Basil. 


DIALECTE 


481 

rait  d’une  grande  utilité'  pour  toutes  les  questions  relatives  à  cet  objet. 

En  l’absence  d’un  document  aussi  précieux ,  il  ne  nous  reste  que 
l’opinion  de  Galien,  qui  est  que  cet  ionisme  se  rapproche,  en  certains 
points,  du  dialecte  attique.  Il  ne  fa  ut  pas,  suivant  Galien  lui-même, 
chercher  dans  Hippocrate  le  pur  ionisme  d’Hérodote.  Cette  conclu¬ 
sion  ressortira  également  de  l’étude  du  texte  des  livres  hippocra¬ 
tiques. 

Venons  aux  temps  modernes.  Les  éditeurs,  Aide,  Comarius,  Mer- 
curiali.  Focs,  Chartier,  Mack,  Van  der  Linden,  Kübn  se  sont  conten¬ 
tés  de  reproduire  le  texte  des  manuscrits  avec  toutes  les  irrégularités; 
de  sorte  que  leurs  éditions  laissent  intactes  tou  tes  les  questions  de  dia¬ 
lectologie.  Presque  à  chaque  ligne  on  rencontre  des  exemples  de  ces 
variations;  je  n’en  citerai  qu’un  ou  deux,  et  seulement  pour  montrer 
qu’en  ceci  les  éditions  n’ont  pas  d’autre  valeur  que  les  manuscrits. 
On  trouve  dans  le  livre  de  X Ancienne  médecine  :  Aide,  jflpwvTcci, 
p.  2,  verso,  1.  1  7,  et  ^psovvat  même  page,  1.  45  ;  même  irrégularité 
dans  l’édition  de  Baie,  p.  4, 1. 44  et  p.  5, 1. 25;  dans  celle  de  Mercu- 
riali,  IVe classe,  p. 18,1.11,  et  p.  19, 1.55  ;  dans  celle  deFoes,Ire  sec¬ 
tion,  p.  9,1.  8,  et  p.  10, 1.  7;  dans  celle  de  Van  der  Linden ,  p. 
15, 1.  8,  et  p.  17, 1.  6;  dans  celle  de  Mack,  tom.  I,  p.  17, 1.  5,  et 
p.  18, 1.  25  ;  dans  celle  de  Kühn,  1. 1,  p.  25,  1.  7,  et  p.  25, 1.  18. 
Tandis  que  le  datif  pluriel  de  l’article  est  le  plus  souvent  votai ,  on 
rencontrera,  dans  presque  toutes  les  éditions,  à  la  même  place  voïç. 
Ainsi  on  lit  encore,  dans  le  traité  de  V Ancienne  médecine ,  toîç 
dxououai :  dans  Aide,  p.  2,  verso,  1.  25;  dans  Froben,  p.  5,  1.  4; 
dans  Mercuriali,  IVe  classe,  p.18, 1.  27  ;  dans  Foes,  Ire  section,  p. 
9, 1. 21  ;  dans  Van  der  Linden,  p.  15, 1.  52;  dans  Mack,  t.  I,  p. 
17, 1. 22;  et  dans  Kühn,  1. 1,  p.  24, 1.  2.  Je  n’ai  réuni  ces  particu¬ 
larités  que  pour  montrer  que  toutes  les  éditions  se  sont  copiées 
l’une  l’autre  jusque  dans  les  plus  petits  détails  au  sujet  des  io¬ 
nismes.  Et,  à  leur  tour,  elles  représentent  très  exactement  l’état  des 
manuscrits.  Ainsi  le  premier  ypSvTai  est  dans  tous  les  manuscrits 
de  la  Bibliothèque  Royale,  les  seuls  que  j’ai  pu  consulter,  excepté 
dans  2255,  qui  a  ypswvrai;  le  second  ^péovvat  est  dans  tous  les 
manuscrits  ;  toîç  dxoüouat  est  également  dans  tous  les  manuscr'is 
que  j’ai  eus  sous  la  main. 

TOM.  I. 


51 


482  appendice  a  l’introduction. 

Voici  ce  que  pense  Heringa  de  l’orthographe  suivie  par  les  éc  - 
teurs  d’Hippocrate  :  «  L’orthographe  qu’ils  ont  adoptée  est  partout 
«  inconstante.  Ainsi,  dans  le  traité  des  Airs ,  des  Eaux  et  des 
«  Lieux ,  pag.  586,  1.  39  (Ed.  de  Foes),  on  lit  oiwrpsçgroi,  et 
«  à  peu  de  distance  Sucrpsçexai  ;  1.  27,  cu-pcoci'et;  p.  294,  L  12, 
«  cupirifést,  mais  1.  18,  Ijupinféei;  p.  287,  L  £uvt<rrtrcat , 
«  mais  1.  46,  euviffraxat.  Et  cependant  il  n’est  pas  douteux 
«  qu’Hippocrate  n’ait  suivi  partout  la  même  écriture.  Aussi  je  suis 
«d’avis  que,  dans  les  éditions  suivantes,  s’il  y  en  a,  on  réta- 
«  blisse  sa  véritable  orthographe ,  en  écrivant  tous  ces  mots  par  ç  ; 
«  c’est  ainsi  qu’ont  fait  tous  les  anciens ,  Hérodote,  Thucydide,  So¬ 
ft  phocle ,  etc.  Cette  faute  a  été  mille  fois  commise  dans  Hippo- 
«  crate ,  et  dans  les  autres  mots  l’orthographe  n’est  pas  meilleure. 

«  Quelquefois  vous  trouvez  c|xixpoç,  d’autres  fois  puxpoç,  comme  p. 
«  282, 1.  42,  £<oç  puxpà  ^  ;  mais  il  est  clair  que  le  «r  a  été  ab- 
«  sorbé,  et  qu’il  faut  rétablir  ici  cuapa  aussi  bien  qu’ailleurs.  De 
«  même,  dans  le  même  traité,  on  donne  bien  7rôXi£ç  et  ttoXiocj  meus 
«  p.  281 , 1. 59,  on  imprime  à  tort  xoXecov ,  et,  dans  la  même  pnge, 

«  1.  54, 7coÀst,  tandis  que,  sans  aucun  doute  ,  Hippocrate  avait  écrit 
«  ttoXuov  et  710X1. 

«  C’est  encore  s’écarterde  l’ionisme  que  d’imprimer,  p.  645, 1.51, 

«  àçrjXtxgorepai,  et,  p.  1255.  F.,  àçrjXixearrepri,  car  les  Ioniens  r.’ai- 
«  ment  pas  ces  aspirations  dans  l’intérieur  des  mots,  et  il  faut  écrir 
«  à-7rrtXtx£<iT£pai ,  comme  c’est  l’usage  d’Hérodote.  De  même,  p. 

«  288,  1.  11 ,  et  ailleurs,  il  faut  lire  à-ixvsovrat ,  au  lieu  de  cb  .- 
«  xvéowat  (  Observ.  critic.  liber  singularis  ,  p.  46 ,  Leovardi  ■  . 
«1761).» 

Heringa  pense  qu’il  serait  possible ,  à  l’aide  des  manuscrits,  de 
corriger,  en  beaucoup  d’endroits,  ces  fautes  contre  l’ionisme  ,  et  iî 
rapporte  quelques  corrections  semblables  d’un  manuscrit  d’Hippo¬ 
crate  connu  sous  le  nom  de  Codex  Mediceus. 

On  voit  que  l’opinion  de  Heringa  est  que  les  éditeurs  futurs  d  es 
œuvres  d’Hippocrate  doivent  ramener  systématiquement  l’i 
de  cet  écrivain  à  l’ionisme  d’Hérodote  $  et  il  indique  particulière¬ 
ment  le  rétablissement  des  ténues  au  lieu  des  aspirées  dans  Tinter-  e  r 
des  mots,  et  le  datif  singulier  des  noms  féminins  tels  que  ro7iç, 


DIALECTE 


483 

il  veut  que  l’on  écrive,  comme  dans  l’édition  d’Hérodote,  i  au 
lieu  de  et. 

Bosquillon  a  essayé  la  restauration  de  l’ionisme  d’Hippocrate. 

«  ’Etcsov  :  ionien  pour  £7ràv  :  je  l’ai  rétabli  quelquefois  dans  le 
«  texte,  ayant  trouvé  des  traces  de  cette  leçon  dans  les  anciens  ma- 
«  nuscrits;  on  lit  en  effet  souvent  !~’àv,  ce  qui  est  peut-être  une  er- 
«  reur  du  copiste,  pour  Ireiv ,  et  ce  qui  pourrait  autoriser  à  réta- 
«  blir  partout  Iraàv  dans  les  livres  d’Hippocrate.  Beaucoup  d’au¬ 
tres  ionismes  peuvent  être  ainsi  rétablis,  et  je  l’ai  essayé  plusieurs 
«  fois.  Si  les  savants  favorisent  mes  efforts,  je  rétablirai  quelques 
«  autres  ionismes  dans  l’édition  des  œuvres  d’Hippocrate  que  je  me 
«  propose  de  publier  (  Hippocratis  Apb.  et  Prænot.  lib.,  Parisiis, 
«  1784,  t.  ii,  p.  98).  » 

Je  ne  connais  aucun  exemple ,  dans  les  manuscrits,  d’Irsocv. 
Quanta  l’ orthographe  lîr’av  ou  Ixav,  que  l’on  trouve  en  effet  dans 
quelques  manuscrits,  il  n’y  a  rien  à  en  conclure,  car  on  rencontre 
aussi,  dans  certains  manuscrits  de  la  Collection  hippocratique,  or’ 
av  pour  #rav  ,  et  lïcetS’  av  pour  IiretSâv. 

<c  Bpaysai  est  un  ionisme  dont  on  trouve  beaucoup  d’exemples 
dans  les  manuscrits  anciens  ;  de  là  un  singulier  Ppa et  ainsi 
«  des  autres  adjectifs  du  féminin  en  sïa;  quelques-uns  à  tort  écri¬ 
te  vent  et7]  (Ib.,  p.  103).  » 

Bosquillon  a  admis  les  autres  formes  suivantes  :  x£V£aYy7]i7),  t.  i , 
p.  1,  Tto’OxÉco,  p.  4;  àvaTps^soç,  p.  4  j  ^[/.xTcoaeac,  p.  4;  xsveo- 
c reeç  ,  p.  4;  a7rivpivat,  p.  4;  OspaTa-tat  et  axpiër.iTjV ,  p.  6;  Ivo L-. 
xE-rat,  p.  65  xiwfceï,  p.  28  j  çuaet,  p.  50.  Je  ne  connais  aucun 
exemple,  dans  les  manuscrits  hippocratiques ,  de  formes  comme 
ÇuuTrrcocEaç,  xevcacssç  ,  <puaeï,  ÊvSéxEvai.  Tout  cela  est  non  autorisé. 
«  Foes,  loin  de  retrancher  le  v  icpsXxixrrtxov ,  l’ajoute  très  sou¬ 
vent  mal  à  propos,  lors  même  que  les  mots  qui  suivent  commen- 
«  cent  par  une  consonne  (  Ib.  p.  122).»  Bosquillon  supprime  par¬ 
tout  le  v  euphonique.  Foes  n’a  fait  que  suivre  les  manuscrits, 
qui ,  à  aucun  âge ,  ne  connaissent  la  règle  du  retranchement  du  v 
euphonique. 

Coray  a  marché  dans  la  même  voie  que  Bosquillon  ,  et  l’ionien 
auquel  il  a  prétendu  ramener  le  texte  de  la  Collection  hippocrati- 


484  appendice  a  l’introduction. 

que  est  celui  d’Hérodote,  sans  compter  quelques  formes  homériques 

ou  poétiques,  qu’il  a  introduites. 

«  Le  v  que  les  grammairiens  appellent  IçeXxuffnxdv ,  s’ajoute  or- 
«  dinairement  aux  troisièmes  personnes  des  verbes ,  ainsi  qu’aux 
«  datifs  pluriels  des  noms,  des  pronoms  et  des  participes,  toutes  les 
«  fois  que  les  mots  qui  les  suivent  commencent  par  une  voyelle. 
«  Comme  les  Ioniens  aiment  à  s’en  passer ,  témoin  les  éditions 
«  d’Hérodote  et  d’Arétée ,  j’ai  pris  le  parti  de  retrancher  cette  let- 
«  tre  partout;  d’autant  plus  qu’on  en  trouve  dans  les  manuscrits 
«  quelques  exemples,  quoiqu’à  la  vérité  beaucoup  moins  nombreux 
«  que  ceux  des  autres  ionismes  (  Coray,  Traité  d’Hippocrate ,  des 
«  Airs ,  etc.,  1. 1,  p.  122).  » 

«  ’ATcixTjTaL  :  j’ai  rétabli'partout  l’ionisme  en  conservant  la  lettre 
«  7T  pour  les  composés  des  prépositions  a7rd ,  êm  et  u7to'  ,  comme  la 
«  lettre  t  pour  les  composés  des  prépositions  xavd  et  oetoc.  Ainsi  j’ai 
«  substitué  emiôpoç  à  IcpuSpoç,  uroxXoc  à  ucpaXa ,  xad [Ç»i  à  xa 6tÇr,, 
«  uETtcrcaTat  à  lAEÔiaraxai  (Ib.,  p.  122).  » 

«  Kdrepov ,  j’ai  rétabli  l’ionisme  d’après  l’analogie  d’ôxoaa,  qu’on 
«  trouve  si  souvent  dans  ce  traité,  et  d’après  l’usage  constant  d’Hé- 
«  rodote  (  Ib.,  p.  123).  » 

<c  J’ai  substitué  le  mot  ionique  SaasiVj  au  BctatX a  des  autres ,  et 
<c  j’ai  partout  suivi  la  même  orthographe  pour  les  noms  de  cette 
«  espèce.  » 

«  ©spaTCTjtTj,  j’ai  changé  presque  partout  les  terminaisons  sioç, 
«.  sïa ,  étov  en  r-ioc, ,  ,  et  ^tov  (  Ib.,  p.  1 24).  » 

«  riyvsaOat ,  les  manuscrits  et  les  imprimés  lisent  tantôt  yfyvecô ai, 
«  tantôt  vtvsaOai.  J’ai  partout  adopté  la  première  forme  comme  plus 
«  ancienne.  Il  en  est  de  même  du  mot  yiyvcoaxw,  que  je  préfère  à 
«  fivtosxw  (  Ib. , p.  1 24).  » 

«  J’ai  partout  rétabli  l’ionien ,  en  substituant  £uv  à  côv  (Ih.,p. 

«  125).  » 

«  KÉevai,  ce  mot,  qui  revient  très  souvent,  est  écrit  tantôt  xsl-rat, 

«  tantôt  xésTat.  Je  l’ai  rétabli  partout  (  Ib.,  p.  125).  » 

u  ÏIoXi ,  les  autres  :  -rraXsi.  J’ai  rétabli  partout  l’ionisme  de  ce 
a  mot,  ainsi  que  des  mots  Suatç,  <pu<rt<;,  etc.  (  Ib.,  p.  125).  "  Je  r.c 


dialecte  485 

connais  aucun  exemple,  dans  les  manuscrits  hippocratiques,  de  for¬ 
mes  semblables  à  ttoXi,  $u<ji  ,  etc. 

«  ’Avayxatr, ,  les  autres  :  dvàyxYj.  Je  n’ai  point  balancé  à  rendre 
<t  partout  à  ce  mot  sa  forme  ionique,  puisqu’on  lit  plus  bas  avcry- 
«  xawov  sans  variation  (  Ib.,  p.  126).  »  Je  ne  connais  que  deux  en¬ 
droits  dans  les  manuscrits  qui  pourraient  autoriser  ce  change¬ 
ment;  c’est  àvayxauov,  qui  se  trouve  dans  le  traité  des  Articu¬ 
lations  et  dans  celui  des  Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux ,  et  je 
dois  ajouter  que,  pour  le  traité  des  Articulations ,  àvaYxai'cov 
se  lit  avec  cette  orthographe  dans  tous  les  manuscrits  (2140, 
2143,  2141,  2145,  2146)  que  j’ai  pu  consulter.  Néanmoins  je  ne 
crois  pas  que  cela  autorise  à  introduire  la  forme  d’ava^xat^.  En 
effet,  dvapcauov  est  le  seul  cas  ou  cettè  forme  se  rencontre;  à  tous 
les  autres  cas  la  forme  commune  est  conservée;  de  sçrte  qu’il  n’est 
guère  possible  de  ne  pas  admettre  que  àvayxattov  est  une  orthogra¬ 
phe  vicieuse  pour  âvayxswv,  génitif  pluriel  à  forme  ionique  qui  est 
très  fréquent  dans  les  livres  hippocratiques;  faute  qui  est  née  de 
ce  que  ai  se  prononce  comme  s.  Notez  que,  si  avay^aitov  était  le  géni¬ 
tif  pluriel  d’àvayxai'r),  il  faudrait  écrire  dvxyxaiôov. 

«  Xplovrai,  les  autres  :  tantôt  -/pwvvai,  tantôt  ^psovxai;  j’ai  ré- 
«  tabli  partout  l’ionisme  (Ib.,  p.  126).  » 

ci  'Ip-îjv ,  j’ai  rétabli  l’ionisme  d’après  21 46,  où,  par  une  distrac - 
«  tion  du  copiste,  tout  le  paragraphe  avec  une  partie  du  précédent  est 
«  écrit  deux  fois  de  suite.  La  première  fois  il  écrit  îp-^v ,  et  la  se- 
«  conde  kpr,v ,  comme  on  lit  aujourd’hui  dans  tous  les  imprimés 
«  (Ib.,  p.  127).»  On  sent  combien  l’exemple  de  la  forme  ionique 
îp^jv  que  Coray  emprunte  au  manuscrit  2146,  a  peu  de  valeur. 
C’est  dans  un  passage  copié  deux  fois  par  erreur  que  îpr>  se  trou¬ 
ve;  je  dois  ajouter  que  le  manuscrit  2146  est  très  récent  (du .16° 
siècle)  et  qu’il  fourmille  de  fautes;  on  y  trouve  constamment  çu- 
crt oç  pour  cpuaioç  et  cpuorjaç  pour  cpuataç ,  et  de  meme  dans  tous  les 
mots  de  la  même  déclinaison.  C’est  manifestement  une  faute  qui 
dérive  de  l’iotacisme.  On  ne  peut  donc  en  aucune  façon  s’autoriser 
du  manuscrit  2146  pour  introduire  la  forme  îp^v.  Il  n’y  a  plus ,  à 
ma  connaissance ,  qu’un  autre  endroit  où  cette  forme  se  rencontre 
dans  les  manuscrits ,  c’est  dans  le  manuscrit  2255.  On  y  lit,  de  la 


486  APPENDICE  A  L’INTRODUCTION, 

façon  suivante, Ja  première  ligne  du  5e  livre  des  Épidémies  :  ÏIu- 
6 ico vio;  <wxsC7rapà  yeiat pov  pour  IIuOicovi  Sçwxst  nxpcc  pi?  îpdv.  On 
trouve  en  effet  ici  la  forme  ionique  îpo'v  j  mais  iruQwovio;  et  ystaipov 
sont  des  mots  tellement  altères,  qu’en  vérité  il  n’y  a  rien  à  en  con¬ 
clure  pour  la  forme  îpov.  Ainsi  les  deux  seuls  endroits  où ,  dans  les 
manuscrits,  on  trouve  cette  forme ,  sont  entachés  de  fautes  éviden¬ 
tes.  L’autorité  des  manuscrits  est  donc  contraire  à  l’introduction 
de  cet  ionisme. 

«  A'jffpticov,  j’ai  rétabli  l’ionisme  $  les  autres  :  ouauSv  (tb.,p.128). 

«  ’Eo'vva  )  ici,  comme  ailleurs ,  j’ai  rétabli  l’ionisme,  en  substi- 
«  tuant  partout  Iwv ,  louera ,  lov  aux  mots  wv,  oùca ,  et  ov ,  comme 
«  aussi  eoü «ri  à  l’woi  et  quelquefois  à  l’ISai.  Quant  à  l’5j,  3e  personne 
«  singulier  du  subjonctif,  je  n’ai  osé  le  changer  en  etj ,  parce  que 
«  cet  ionisme  (  très  rare  d’ailleurs  chez  les  écrivains  en  prose  )  ce 
«  se  trouve  pas  une  seule  fois  dans  ce  traité  (  Ib.,  p.  1 50). 

«  ’E-mT-rçoEat  ;  les  autres  :  «ri'nrçSetat  ;  j’ai  rétabli  l’ionisme  de  ce 
«  mot,  qui  revient  souvent  dans  ce  traité  (  Ib.,  p.  150).  » 

«  Toï<yi  8s ,  pour  né  plus  revenir  à  ces  minuties,  il  suffit  d’aver- 
«  tir  ici  que  j’ai  partout  rétabli  l’ionisme  dans  les  terminaisons  des 
«  datifs  pluriels  des  articles,  noms,  pronoms  et  participes,  en  chan¬ 
ce  géant  l’oi;  en  oi<rt  pour  le  masculin ,  et  l’ai;  en  Vjat,  pour  le  fé- 
«  minin  (  Ib.,  p.  150).  » 

«  EùcoSsa  ,  les  autres  :  sùw8r(.  J’ai  partout  rétabli  cet  ionisme , 
«  en  substituant  go; ,  eï,  sa,  stov  aux  terminaisons  ou; ,  et,  rj  et  wv 
(  1b.,  p.  151).  » 

«  Oùx  oîo'v  te;  la  leçon  fautive  de  Galien  oùx  oiovvat,  nous  a  du 
«  moins  conservé  les  traces  de  l’ancien  ionisme,  que  j’ai  rétabli  non¬ 
ce  seulement  ici ,  mais  partout  où  se  trouve  la  particule  négative  oOy 
«  (Ib.,  p.  155).  »  Je  reviendrai  sur  ce  sujet  j  seulement  je  remar¬ 
que  que  l’argument  tiré  de  Galien  n’a  point  de  valeur.  Les  copiste-, 
ayant  mis  otovxai,  ont  naturellement  écrit  oùx. 

«  J’écris  iç,  et  j’ai  toujours  suivi  l’orthographe  ionique  de  celle 
«  préposition  (  Ib.,  p.  136).  » 

«  J’ai  rétabli  l’ionisme  spasv.  Cæt.  apoev  (  Ib.,  p.  143  ).  »  Je  ne 
connais  aucun  exemple  de  cet  ionisme  dans  les  manuscrits  des  livre* 
jippocra  tiques. 


487 


DIALECTE 

c.  Tà  j’ai  rétabli  l’ionisme.  Cæt.  <njjtsta(  Ib.,  p.  144).» 

u  Ionien  rétabli  :  xotXte&Jv.  Cæt.  xoiXuov  (  Ib.,  p.  144).  » 
a  Ztoôiv  ;  j’ai  rétabli  l’ionisme  d’après  la  leçon  des  Aphor., 
,n,  12(Ib.,p.  146).  » 

:  J’ai  rétabli  l’ionisme  xarappdouç  j  cæt-  xavap^ouç  (Ib.,  p.  146).» 
«  *ESee  ,  j’ai  rétabli  l’ionisme  (  Ib.,  p.  147).  » 

«  Je  lis  «TxoTreup.svoç ,  pour  rendre  à  ce  mot  la  meme  forme  ioni¬ 
que  d’evvoeujAsvoç.  Cæt.  <jxottoj{aevoç  (  Ib.,  p.  149).  » 

«  ’A XXr(XÉ(ov,  cet  ionisme  m’a  été  fourni  par  2146,  si  ce  n’est 
<c  qu’il  lit  àXX-rçXecov  (  Ib.,  p.  150).  » 

«  Je  corrige  wv0po)7coi  selon  le  dialecte  ionique  pour  ot  avOpco-oi. 
«  (Ib.,  p.  151).  >» 

.  J’ai  rétabli  le  double  ionisme  ^eyadsa.  Cæt.  i^yzQri  (Ib.,  p. 
«  1 51).  »  Aucun  exemple ,  dans  les  manuscrits  hippocratiques,  de 
jjuyaQo;  pour  tAÉyEÔoç. 

«  J’ai  rétabli  l’ionisme  oOpoç.  Cæt.  #poç  (Ib.,  p.  152).  » 

«  J’ai  rétabli  l’ionisme  oupsa.  Cæt.  opr,  (Ib.,  p.  152).  » 

«  J’ai  rétabli ,  d’après  2146,  Aid.,  Bas.,  l’ionisme  àvaTtXifceoiKrt. 
Cæt.  âva7z\xG<Tov<Tt  (Ib.,  p.  155).» 

«  J’ai  rétabli  l’ionisme  wvroç.  Cæt.  à  dkoç  (  Ib.,  p.  154).  » 

«  J’écris  suivant  le  dialecte  ionique  :  apiEXiïjv.  Cæt.  aaéXEiav 
«(Ib*  p.  1 54).  » 

«  J’ai  rétabli  l’ionisme  «AoovoçuXoKTt.  Cæt.  p.ovo|ûXoiç  (  Ib.,  p. 
«  154).  » 

«  J’écris  avec  2146,2255,  Aid.  Bas.  Zving., Martin,  SuncXetWi, 
.(  L.  SicnrXéouciv ,  d’après  Foes.  Ce  dernier  désapprouve  même  la 
première  leçon  (  OEconom. ,  au  mot  aovoljuXa  ).  Il  a  sans  doute 
«  oublié  que  les  Ioniens,  et  notamment  Homere,  prononcent  :  «Xsieiv, 
«  pour  t:Xee iv  ,  twe tsiv,  pour  -tveeiv  (  Ib.,  154).  » 

«  ’AvSpïifîjç;  cæt.  àvSpsirjç.  J’aurais  dû  préférer  l’autre  forme  io- 
«  nique  dvSpi'rjç,  plus  convenable  aux  substantifs,  quoiqu’on  trouve 
«  aussi  la  première  dans  Hérodote  (  Ib.,  p.  1 58).  » 

<c  O  jSéxote,  ionisme  rétabli  (  Ib.,  p.  160). 

«  J’ai  rétabli  l’ionisme  xou9eW  Cæt.  xao6w«  (  Ib.,  p.  161).  » 

«  J’ai  rétabli  l’ionisme  ÇvyxXriteTcu  xod  ©ùx  &roSÉxer«i.  Cæt. 

«  xXeistœi  xat  où^  u7ro5É/erat(  Ib.,  p.  162).  » 


488 


APPENDICE  A  L’iNTRODüCTION. 

«J’ai  rétabli  la  forme  homérique  vrîeipcci,  que  l’auteur  emploie 
«  souvent  dans  le  livre  de  Nat.  puer.  Cæt.  Snspa { (  Ib.,  p.  162). 

«  J’ai  corrigé  cosaç  aÙTsouç.  Cæt.  crpaç  auroùç  (Ib.,p.  165). 

«  J’ai  rétabli  l’ionisme  dnroSiSoadt,  comme  on  lit  plus  basSiooasi. 
«  Cæt.  droSiooufft  (  Ibid.,  p.  1 64).  » 

Les  exemples  que  je  viens  de  rapporter,  prouvent  que  Coray  a 
jugé  comme  devant  être  rendues  à  Hippocrate,  les  formes  ioniennes 
les  plus  tranchées,  soit  qu’elles  appartinssent  à  Hérodote,  soit  qu’el¬ 
les  provinssent  d’Homère  et  des  poètes,  soit  enfin  qu’il  les  jugeât 
plus  conformes  à  je  ne  sais  quel  idéal  qu’il  s’était  fait  de  l’ionien. 
Mais,  en  réalité,  plusieurs  de  ses  restaurations  de  ce  genre  sont 
dépourvues  de  l’autorité  des  manuscrits ;  et  il  devait  presque  inévi¬ 
tablement  arriver  à  ce  résultat.  Car  il  n’y  a,  pour  le  livre  des  Eaux , 
des  Airs  et  des  Lieux,  qu’il  a  publié,  que  deux  manuscrits  dans 
la  Bibliothèque  Royale  de  Paris.  La  comparaison  des  manuscrits  a 
donc  été  peu  étendue  ;  il  n’a  pas  eu  occasion  de  se  persuader  qu’ils 
devaient  fournir  les  bases  principales  de  tout  travail  sur  la  dialec¬ 
tologie  d’Hippocrate;  et,  en  l’absence  de  documents,  il  s’est  fait  un 
système  que  l’étude  du  texte  de  la  Collection  hippocratique  ne 
permet  pas  d’adopter  en  tout  point. 

M.  Dietz  (  ’*IincojcpaTQuç  xept  vouoou  (JtêXiov,  p.  101,  Lipsiæ , 

1827  )  a  expliqué,  de  la  manière  suivante,  son  système  sur  l’io¬ 
nisme  d’Hippocrate  :  «  Je  n’ai  pas  conservé  la  leçon  ordinaire 
«  mais  j’ai  donné  la  forme  ionienne  de  cet  adjectif.  Ayant  pris  la 
«  même  liberté  dans  une  foule  d’autres  passages,  je  dois  compte  au 
«  lecteur  de  mes  motifs.  Avant  toute  chose,  il  faut  remarquer  qu’en 
«  nul  autre  objet  il  n’y  a  eu  autant  de  place  pour  l’erreur  que  dans 
«  la  restitution  des  .formes  des  différents  dialectes.  La  même  in- 
«  constance  des  formes  attiques  et  ioniennes  se  trou  ve  dans  Hérodote, 
«  et  Gaisford  est  accusé  de  lui  avoir  rendu  témérairement  des  formes 
«  ioniennes,  par  des  hommes  qui  sont  timides  à  corriger  les  fau- 
«  tes  des  bas  siècles.  Presque  à  chaque  ligne  Hippocrate  a  souffert 
«  des  alterations  semblables.  Mais  qui  peut  se  dire  apologiste  assez 
«  inepte  de  manuscrits  récents  pour  nier  qu’Hippocrate,  déjà  mal- 
«  traité  par  Dioscoride  et  Artémidore  Capiton  ne  l’ait  pas  été  en- 
1  On  verra  dans  le  paragraphe  suivant  que  les  éditions  et  lés  correct  fons 


DIALECTE 


489 


core  davantage  par  ces  copistes  ignorants  ?  Tout  nous  interdit 
d’imputer  à  Hippocrate  de  si  grandes  irrégularités,  quand  bien 
même  nous  accorderions,  qu’à  la  manière  des  grands  hommes,  il 
a  eu  souvent  peu  de  souci  de  son  expression.  Ceux  qui  pre'ten- 
«  dent  expliquer  ces  irrégularités  par  le  long  séjour  que  fît  Hippo- 
«  crate  parmi  les  Grecs  parlant  d’autres  dialectes,  me  semblent  accu- 
a  ser  le  divin  vieillard  plutôt  que  l'excuser.  S’ils  avaient  été  assez 
heureux  pour  démontrer  leur  opinion,  j’aurais  mieux  fait  de  m’ab- 
«  stenir  d’introduire,  dans  le  texte  d’Hippocrate,  des  corrections  con- 
v.  damne'esdès  lors  comme  mauvaises  et  injustes.  Mais  il  importera 
de  combattre  de  telles  hypothèses,  si,  tout  en  reconnaissant  qu’à 
cette  époque  les  écrivains  pouvaient  se  servir,  dans  la  prose,  d’un 
autre  dialecte  que  l’ionien  ,  je  montre  par  des  arguments  mani- 
«  festes  tirés  de  l’histoire,  que  c’était  celui  dont  on  se  servait  habi- 
«  tuellement.  En  effet,  il  faut  placer  vraisemblablement  chez  les  Io- 
«  niens,  qui  précédèrent  dans  celte  carrière. les  Grecs  d’Europe,  la 
«  composition  des  premiers .  ouvrages  en  prose ,  de  même  que  des 
a  premières  poésies 5  car  on  rapporte  qu’ils  se  sont  servis,  avant 
«.  tous  les  autres ,  de  l’alphabet  ionien ,  de  24  lettres,  lequel  n’a  été 
reçu  par  le.  peuple  athénien  que  soujS  l’archontat  d’Euclide,  403 
«.  avant  J.-C.  * .  Bien  que  je  ne  veuille  pas  considérer  Hérodote 
«  comme  le  père  de  l’ionien  écrit ,  cependant  on  peut  croire  à  Thon- 
ci  neur  dont  ce  dialecte  a  joui,  si  Ton  se  rappelle  qu’Hérodote  lut, 
aux  jeux  olympiens  et  puis  dans  la  fête  des  Panathénées ,  les 
«  neuf  livres  de  son  histoire ,  aux  applaudissements  universels  de 
«  la  Grèce.  Comment  nier  qu’Hippocrate ,  qui  était  presque  son 
«  contemporain,  ait  employé  le  même  dialecte,  d’autant  plus  qu’on 
«  retrouve,  dans  les  écrits  du  médecin  de  Cos ,  tant  de  traces  con¬ 
tt  serrées  du  dialecte  ionien  ?  L’exemple  d’Hérodote  et  d’Hippocrate 
u  qui,  bien  que  Doriens,  s’en  sont  servis  *,  montre  qu’il  a  eu  la  pré- 

de  Dioscoride  et  d’Artémidore  Capiton  n’ont  influé  que  bien  peu  sur  le  texte 
tel  qu’il  nous  a  été  transmis  par  les  copistes. 

*  Wolf.,  Proleg. ,  p.  63. 

*  Hipp.,  Epist.,  p.  897.  T2>  qsvEi  cuv  s®71  Awpieuç,  itoXecdç  Si  K5. 
-El.  Var.  hist.  IV,  20.  Aryouci  Si  Awpisx  ovrx  brrwcpacrrv,  àXX’cuv  x«  tco 
Ar  j. cxp-Tcu  x*ftv  vç  ia£i  yavr,  ouyypsc^xt  tx  vrflfpaufwrra. 


490  APPENDICE  A  L’INTRODUCTION. 

«  férence  même  d’auteurs  qui  n’appartenaient  pas  à  cette  fraction 
«  du  peuple  grec.  Déplus,  Arétée,  imitant  le  style  d’Hippocrate  et 
«  d’Homère ,  ressemble  à  Hippocrate  comme  un  fils  à  son  père , 
«  non-seulement  par  l’esprit  et  la  doctrine,  mais  encore  par  lelan- 
«  gage;  et  c’est  aussi,  je  pense,  pour  la  même  cause ,  que,  bien  que 
«  Cappadocien ,  il  s’est  servi  du  dialecte  ionien,  voulant,  même  en 
«  cela ,  se  conformer  à  l’image  du  père  de  la  me'decine.  Enfin,  le 
«  grammairien  Grégoire  de  Corinthe  assure  qu’ Hippocrate  l’a  par- 
«  ticulièrement  employé  *.  Aussi  ai-je  pense'  que,  partout  où  j’avais 
«  remarque'  l’usage  d’une  forme  ionienne  dans  Hippocrate,  je  devais 
«  corriger  tous  les  autres  endroits  où  cette  forme  ne  se  trouvait  pas. 
«  Non  point  que  j’aie  prétendu,  recherchant  toutes  les  formes  ionien- 
«  nés  employées  à  toutes  les  époques  de  l’antiquité  par  tel  ou  tel 
«  écrivain,  les  introduire  de  force  dans  le  texte  hippocratique;  mais 
«  j’ai  eu  la  confiance  que  les  hommes  doctes  qui  depuis  long-temps 
«  voudraient  être  sortis  de  ces  écueils,  me  sauraient  gré  d’avoir  ré- 
«  formé  le  texte  sur  ce  modèle.  J’étais  entre  la  crainte  et  l’es- 
«  pérance,  ne  sachant  si  ceux  qui  sont  compétents  en  cette  matière 
«  jugeraient  que  j’ai  bien  ou  mal  fait ,  lorsque  Coray  m’a  rassuré 
«  par  son  livre  que  j’ai  cité  dans  ma  préface  ;  j’ai  donc  suivi  un  sa- 
«  vant  si  illustre,  aimant  mieux  errer  avec  lui  qu’acquiescer,  par 
«  une  paresse  peu  honorable,  au  silence  honteux  que  beaucoup  ont 
«  gardé  sur  cet  objet.  » 

Le  principe  général  de  M.  Dietz  a  été  de  rétablir  systématique¬ 
ment,  dans  tous  les  mots,  la  forme  ionienne,  pourvu  qu’il  en  eût 
trouvé  quelque  exemple  dans  lesr  livres  hippocratiques. 

«  rtyvsxat  ;  la  forme  attique,  usitée  par  les  écrivains  attiques , 
«  dans  laquelle  le  y  est  intercalé,  a  été  restituée  par  moi  partout 
«  dans  ce  verbe  et  dans  le  verbe  ytyvwcrxw  de  même  famille  (  Ib., 
«  p.  107).  » 

«  Aût9]  :  les  pronoms  et  les  adjectifs  pronominaux  sont  écrits  par 
«  les  Ioniens  avec  l’intercalation  d’une  voyelle ,  quand  la  terminai- 
«  son  est  longue,  orthographe  que  reçoivent  les  mots  xevsoç,  àSsX- 
«  cpioç ,  etc. ,  et  les  substantifs  appelés  rapiexTixà  (  Lobeck,  ad. 

1  Ks'xf/irat  û’aù-rÿ  (  xÿ  laSt  )  Ôp.ïipoç.,...  xat  brawtoa-nK  o  iarpo'î.  Page 

629. 


DIALECTE 


491 

Phiyn. ,  p.  167);  les  ayant  trouvés  quelquefois  dans  Hippo¬ 
crate,  et  fatigué  de  l’irrégularité  de  nos  imprimés,  j’allais  écrire 
«  tous  ces  mots  de  la  même  manière.  Plus  tard  je  me  suis  repenti 
«  de  l’avoir  fait.  Si  un  jour,  par  la  collation  soigneuse  de  tous  les 
«  manuscrits,  je  vois  moyen  de  décider  cette  difficulté,  je  recom- 

-  mencerai  volontiers  tout  ce  travail,  comme  Pénélope  sa  toile  (Ib., 
«  p.  1 07).  » 

ITouXXà  :  j’ai  partout  rendu  à  Hippocrate  la  forme  ionienne  de 
ce  mot,  laquelle,  tout  compte  fait,  j’ai  trouvée  être  même  plus  fré- 
«  quente  que  la  forme  vulgaire  (  Ib.,  p .  1 1 9).  » 

«  :  Lobeck  (  ad  Phryn. ,  p.  1 4  ) ,  a  exposé  disertement 

-  combien  il  y  a  eu  de  différences  chez  tous  les  écrivains  sur  l’or- 
;  thographe  de  ce  mot, ainsi  qued’a^piç,  et  sur  l’addition  du  sigma, 
«  et  combien  cette  question  a  été  débattue  dans  les  chaires  des  gram¬ 
mairiens,  et  il  a  rapporté  quelques  exemples  de  l’un  et  de  l’autre 
usage  pris  dans  Hippocrate.  En  effet,  Phrynichus ,  p.  14,  s’ex¬ 
prime  ainsi  :  Me^piç  et  ajynç  avec  le  sigma  sont  d’un  mauvais 

■'  usage  (  aooxtua  )  ;  dites  pi^pt  et  a^pt.  Cette  règle  a  été  obser¬ 
vée  dans  un  manuscrit  florentin  très  bon  et  très  ancien  qui  contient 
«  des  livres  chirurgicaux  de  Soranus  et  d’Oribase  de  la  Collection 
de  ïsicétas;  l’éditeur  Ant.  Cocchi(  p.  146,  Florent.  1754,  fol.  ) 
en  fait  la  remarque.  Je  conserverai  la  leçon  des  livres,  pour 
qu’on  ne  me  reproche  pas  d’avoir,  par  une  obéissance  aveugle  pour 
«  les  grammairiens,  chassé  de  force  ce  sigma  (Ib.,  p.  125).  » 

«  Ojx  aira£  :  j’ai  ainsi  écrit ,  et  dans  deux  mots  rapprochés 
l’un  de  l’autre  et  dans  les  compositions  ;  car,  dit  Grégoire  de  Co- 
«  rinthe,  p.  195  ,  les  Ioniens  aiment  les  ténues  (Ib.  p.  125).  » 

«  Ouv  :  le  wv  d’Hérodote  est  complètement  étranger  à  nos  livres 
«  d’Hippocrate  (  Ib.,  p.  158).  » 

«  ’Epyacpivouç  :  c’est  l’usage  des  Ioniens  de  supprimer  les  aug- 
ments  (Ib.‘,  p.  150).  » 

rGeutxova  :  j’ai  conservé  à  Hippocrate  cette  forme,  quoi  qu’aient 
dit  de  cette  orthographe  les  grammairiens  modernes  et  les  éditeurs 
de  plusieurs  écrits  (  Ib.,  p.  171).  » 

S*ij*7-ïa  :  en  plus  de  quarante  endroits  les  livres  hippocratiques 
conservent  cette  orthographebeaucoup  plus  que  pour  les  autres  mots 


492  APPENDICE  A  L’iNXRODUCTION'. 

«  de  cette  espèce,  ôspacTnjw] ,  dont  j’ai  à  peine  trouvé  dix  exemples, 
«  àyprfiw  ,  de  Artic.,  p.  81 9  (  Ib.,  175).  » 

A  ce  résumé  des  principaux  travaux  qui  ont  eu  pour  objet  la  res¬ 
tauration  de  l’ionisme  de  la  Collection  hippocratique,  je  joins  l’opi¬ 
nion  d’un  homme  fort  versé  dans  toute  la  science  de  la  grammaire 
grecque ,  sur  les  efforts  des  auteurs  qui,  comme  Arétée,  Arrien,  ont 
essayé  d’écrire  en  ionien  long-temps  après  que  l’ionien  était  un  dia¬ 
lecte  mort  ;  ce  jugement  n’est  pas  étranger  aux  modernes  qui 
ont  voulu  appliquer  à  la  Collection  hippocratique  un  ionien  que 
j’appellerai  systématique. 

«  Un  mauvais  désir  d’imitation  a  produit  Tpooütxa  dans  Lucien  , 
«  De  Dea  Sjt.  c.  §0,  et  il  ne  faut  pas  le  changer  avec  Reitz  en 
«  TptôjAa.  On  ne  peut  dire  jusqu’à  quel  point  ont  perdu  leur  peine 
«  ces  écrivains  postérieurs  qui  ont  essayé  de  ressusciter  l’ionisme, 
«je  parle  de  Lucien,  d’ Arrien ,  de  l’auteur  de  la  vie  d’Homère, 
«  d’ Arétée,  etc.  Ces  auteurs  ont  mêlé,  sans  aucun  choix,  les  formes 
«  des  poètes  épiques,  d’Hérodote,  d’Hippocrate ,  duquel  le  dialecte 
«  diffère,  beaucoup  et  dans  des  choses  importantes,  de  celui  d’Hé- 
«  rodote,  et  les  opinions  des  grammairiens,  de  sorte  que  leur  style 
«  n’a  aucune  couleur  originale.  Lucien  a  dit  Tptoüjxa ,  séduit  par 
«  l’analogie  du  mot  Owütxa  •  se  souvenant  d’avoir  lu  dans  Hérodote 
«  pvéaç,  il  n’a  pas  craint  d’écrire  le  pluriel  jxvseç;  ecsvat,  frosrai, 
«  Xtacsro,  cpôsy^aTO,  ep.4uevœt,  d7rpT]XTO'.o ,  Sotà,  fjgXioç ,  Tcavrect, 
«  I8sX7j<7t  sont  des  formes  épiques;  î^to  ,  épî),  ia opéyç  sont  desimi- 
«  tâtions  d’Hippocrate  ;  xépaa ,  ârpsyJei ,  cpaeivsxai ,  i-zspssrat,  tcu, 
«  £7t'it^ç  n’ont  qu’unefausse  apparence  d’ionisme.  Lucien  a  misheau- 
«  coup  de  formes  vulgaires  ,  ©9opa  ,  toiSSe  ;  et  xéscxai ,  et  xecrto  que 
«  l’on  lit  plusieurs  fois  au  singulier ,  sont  des  inventions  des  gram- 
«  mairiens ,  qui  ,  avec  une  grande  sagacité,  ont,  d’un  commun  ac- 
«  cord ,  déclaré  que  les  terminaisons  passives  aval  et  ato  sont  du 
«  singulier ,  et  qui,  les  rencontrant  toujours  du  pluriel  dans  Ho- 
«  mère,  ont  appelé  à  leur  secours  une  forme  pindarique  (  Struve, 
«  Quaestionum  de  dialecto  Herodoti  specimen  III,  p.  2).  » 

Je  viens  de  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur  la  série  des  opinions 
que  l’on  s’est  faites  de  l’ionien  des  écrits  hippocratiques.  Les  édi¬ 
teurs  des  œuvres  complètes  se  sont  conformés  aux  manuscrits ,  et 


DIALECTE 


493 

ils  en  ont  reproduit  toutes  les  irrégularités.  Heringa,  le  premier , 
choqué  de  ces  variations  fréquentes  dans  Forthographe  des  mêmes 
mots,  indique,  en  quelques  lignes,  le  vice  des  éditions,  et  propose 
d’y  remédier  en  réformant  l’ionisme  des  livres  hippocratiques  sur 
celui  d’Hérodote.  C’était  un  système  qu’il  proposait,  système,  il 
faut  le  dire,  qui  ne  reposait  pas  sur  une  étude  assez  attentive  des 
feils ,  mais  gui  n’en  fut  pas  moins  adopté,  et  même  exagéré  par  Co- 
ray  dans  son  édition  du  traité  des  Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux. 
M.  Dîetz,  en  publiant  le  livre  de  la  Maladie  sacrée ,  se  conforma 
aux  principes  admis  par  Coray  ;  cependant ,  en  avançant  dans  son 
travail,  il  conçut  quelques  scrupules  sur  le  dr  oit  que  pouvait  avoir 
un  éditeur ,  à  faire  de  si  notables  changements  ,  et  il  se  réserva 
d’examiner  plus  à  loisir  les  manuscrits  pour  résoudre  les  difficultés 
que  présente  l’ionisme  des  livres  hippocratiques.  Enfin,  M.  Struve, 
dans  un  travail  spécialement  destiné  au  dialecte  d’Hérodote ,  a  été 
frappé  des  différences  que  cet  ionien  offre  avec  celui  d’Hippocrate, 
il  a  signalé  les  inconvénients  du  systèmede  Coray  j  il  a  fait  voir  com¬ 
bien  il  était  peu  sûr  de  suivre  en  cela  les  traces  de  ceux  qui  tardive¬ 
ment  ont  écrit  en  ionien,  comme  Arétée,  Arrien,  Lucien  ;  il  a  mis  à 
découvert  les  erreurs  commises  par  ces  ionisants  qu’on  pourrait  appe 
la*  posthumes;  et  il  a  fait  comprendre  la  nécessité  de  ne  s’en  rap¬ 
porter  là-  dessus  qu’à  une  comparaison  minutieuse  et  étendue  de; 
manuscrits. 

Je  n’ai  pu  collationner  que  ceux  qui  sont  dans  la  BibUothèqui 
Loyale  à  Paris.  Néanmoins,  l’étude  que  j’ai  faite  à  ce  sujet,  m’a  con¬ 
vaincu  qu’en  prenant  l’édition  de  Froben  ou  celle  de  Foes,  et  en  3 
faisant  le  compte  des  formes  ioniques  qui  s’y  rencontrent ,  on  ob¬ 
tiendrait  un  résultat  que  l’examen  des  manuscrits  ne  modifierait  qui 
peu  sensiblement.  Car,  je  l’ai  déjà  dit,  ces  éditions  ne  suivent  au¬ 
cun  système ,  et  reproduisent  les  leçons  telles  qu’elles  les  ont  trou 
vées  dans  les  manuscrits  sur  lesquels  elles  ont  été  faites  ;  et ,  à  leu 
tour,  les  manuscrits  se  copient  avec  une  bien  grande  fidélité,  sau 
les  erreurs,  et  sauf  encore  les  cas  où  un  manuscrit  est  la  copi 
d’une  édition  différente  dans  l’antiquité.  Tel  est  le  cas  du  manu 
scrit  225 3  avec  tous  les  autres  manuscrits. 

Les  grammairiens  grecs  postérieurs  ont  fait  quelques  remarque 


494  appendice  a  l’introduction. 

sur  les  ionismes  d’Hippocrate  :  Grégoire  de  Corinthe,  de  Dialectis , 
dit  :  «  Les  Ioniens  résolvent  les  génitifs  pluriels  féminins  j  pour 
«  oijptov  ,  @r,ëSv ,  tojXwv  ,  ils  disent  :  wpstov  ,  07]êsci>v  et  miXewv.  Ho- 
«  mère  :  âç  eïirtov,  ttuXêwv  èZiotrvzo;  et  Hippocrate  :  al  p.sTaêoXai 
«  tôûv  àpetov,  TtxToucji  voo7ip.aTa.  »  Et  ailleurs  :  «  Non-seulement 
«  aux  datifs  pluriels  féminins  ils  ajoutent  un  iota  comme  aux  datifs 
«  pluriels  masculins,  mais  encore  dans  la  diphthongue  at ,  ils  chan- 
«  gent  a  en  iq,  comme  Hippocrate:  iv  ypovir^t  XstevTsptr^tv 
«  ô^upsypuir;  ImyevouevY] ,  7rpoa6ev  jrJ)  yevopiviq,  «nqfAetov  âyaQov.  » 
Et  ailleurs  :  «  Nous  avons  dit  plus  haut  que  les  Ioniens  écrivaient 
«  et  disaient  ocpsoç  et  woXtoç;  maintenant  nous  disons  que  les  Ioniens 
«  et  particulièrement  Homère  emploient  les  génitifs  communs  de  ces 
«  mots,  comme  ê\  àypou  vooçi  ttoXioç;  et  Hippocrate  :  utto  «pOictoç 
«  eyouivto  otap^oia  ImyevojAevrj ,  ôavaaiaoç.  »  Et  ailleurs  :  «  Les  Io- 
«  niens  disent  Tauvsiv  pour  Tstxveiv.  Hérodote  dans  le  2e  livre  : 
«  touç  îepsaç  touç  Iv  AtyoTTiw  avXXé^avTûcç  tz dvxaç  pticouç  ôtavajxvsiv  , 
«  et  Hippocrate  :  <pXsêa  Tap-veiv.  » 

Maintenant  il  est  temps  de  passer  à  l’examen  des  manuscrits.  Les 
manuscrits  dans  toutes  leurs  irrégularités  ont  été  copiés  fidèlement 
par  les  premiers  éditeurs,  Aide,  Cornarius,  Mercuriali,  Foes;  ils 
offrent,  il  est  vrai ,  des  divergences  que  je  noterai ,  mais  elles  n’af¬ 
fectent  pas  l’ensemble  du  résultat ,  de  sorte  que  l’on  peut  réelle¬ 
ment  prendre  une  de  ces  éditions  pour  base  ,  et  examiner  l’ensem¬ 
ble  des  ionismes  qu’on  y  rencontre. 

Voici  quelques-uns  des  résultats  que  j’ai  obtenus  en  compulsant 
l’édition  de  Froben. 

PREMIER  ET  TROISIEME  LIVRE  DES  EPIDEMIES. 

On  trouve  54-  fois  lç ,  4  fois  eîç;  1  fois  ïgiù  ,  1  fois  sicco.  Il  est 
clair  qu’il  faut  mettre  partout  iç  et  eaw. 

7j  au  lieu  de  l’a  dans  les  noms  de  la  première  déclinaison  :  on 
en  trouve  282  exemples  et  seulement  1 2  fois  ou  l’a  est  conservé. 

;  au  lieu  de  a  dans  la  préposition  <tuv  et  ses  composés  :  86  exem¬ 
ples  du  ij  et  1 9  du  a. 

La  ténue  devant  un  esprit  rude  est  partout  aspirée  :  les  seules 


DIALECTE 


495 

exceptions  sont  au  nombre  de  trois  :  oùx  ^p.op^cé*prj(j£v,  Ep.  I.  pag. 
505,  MO;  oux  üTCSffrps'Isv ,  Ep.  III,  p.  525,  1.  55;  et  oux  uimooe, 
p.  520, 1.  6  et  1.  9  ;  la  ligue  d’après  on  lit  ou£  utuviose  ,  et  de  même 
.  524, 1.  48,  p.  526 ,1.  45.  Ainsi  ces  exceptions  sont  seulement 
des  fautes  de  copiste. 

L’adjectif  iroXùç  est  ainsi  décliné  : 

Singul. 

rrouXùç 5  fois,  îtoauç  4;  ttouXXtj  1 ,  ttoàXt,  13;  îcoXu  14;  icooXu 

16. 

G.  toXXoû  2;  7roXX9i<;  5. 

0.  roXXw  1 1 . 

Ac.  irouXuv  9  ;  iroXùv  4  ;  7coAXriv  5  ;  îtoXXov  2. 

Pluriel. 

N.  iroXXol  52,  tcouXXoI  1,  icouXoi  1  ;  irouAXal  1,  iroXXa'i  5;  ■jrouXXà 
11,  TroXXi  58. 

G.  TtoXXSv  5. 

D.  TroXXoïffiv  59,  7roXXoï?  21  ;  irouXXoïatv  6;  'mXkrici  1  ; 

Ac.  ttoXXouç  2. 

Conjugaison  des  verbes  en  ew  :  49  fois  la  forme  contracte  ordi¬ 
naire  est  abandonnée;  99  fois  elle  est  conservée  ;  il  faut  observer 
que  cette  supériorité  est  due  au  verbe  xaTsvdei  répété  06  fois  ;  ainsi 
l’ionisme  est  suffisamment  représenté  pour  que  l’on  admette  que, 
malgré  les  altérations  qu’il  a  subies  en  ceci  dans  le  1 er  et  le  58  livre 
des  Épidémies ,  la  forme  ionique  doit  partout  etre  adoptée. 

Datif  pluriel  masculin  ou  neutres  en  et  :  la  forme  ionienne  est 
ici  tellement  prédominante  que  je  n’en  rapporte  pas  le  calcul. 

Il  en  est  de  même  du  datif  pluriel  de  la  1”  déclinaison  en  rpu 
Noms  contractes  neutres  en  o; ,  tels  que  ôepoç  :  j’ai  trouvé  59 
exemples  où  ces  noms  sont  déclinés  sans  contraction,  et  pas  un  seul 
cas  de  contraction. 

Le  génitif  pluriel  de  la  1 re  déclinaison  est  en  éwv  au  lieu  de  wv  ; 
il  y  en  a  4  exemples. 

Déclinaison  des  noms  de  la  5*  en  tç  :  le  génitif  singulier  est  to; 
18  fois  ;  ewç  1  fois  ;  le  génitif  pluriel  est  tcov  ;  le  datif  singulier  est 
st,  jamais  t;  le  nominatif  pluriel  est  tes  29  fois,  jamais  etç. 

L’a  est  substitué  à  \\  dans  les  mots  vr\xpoq ,  axprjToç,  irp^uç ,  vprr 


495  appendice  a  l’introduction. 

yuçwvoç,  ver,v(cxo^ipa  pour  àpa.  Il  n’y  a  qu’un  exemple  d’^xpactat. 

Adverbes  en  éwçpour  toç  :  àcrtvswç  1  fois;  7cp?)stûç  5; ^Sswç  1  ; 
oa^tXloi;  1;  çuve^ewç  2;  «xTpEuitûç  2;  total  10.  La  contraction  est 
conservée  dans  Suvs^Sç  2  fois  et  àxptëwç  1 . 

Les  noms  ou  adjectifs  de  la  5e  déclinaison  en  tqç ,  eç ,  ont  la  forme 
ionienne  avec  une  telle  supériorité  de  nombre  qu’il  est  inutile  d’en 
rapporter  ici  le  calcul. 

La  forme  ionienne  du  participe  du  verbe  eïvat  est  partout  con¬ 
servée  excepté  une  fois. 

~Hp  y  est  5  fois  ;  3poç  9;  sap  une  seule. 

Tevoîaro  pour  '(svovrzo  y  est  4  fois. 

Mouvov  y  est  1  fois  ;  p-ouvotat  1 . 

Ou  au  lieu  de  o  dans  vôcoç  y  est  5  fois;  la  forme  ordinaire  une 
seule. 

Nouai)  pa  à  différents  cas  y  est  1 1  fois;  vorace  1 1  fois  aussi. 

Le  verbe  vocsio  lui-même  et  ses  composés  n’y  prennent  jamais  ou 
au  lieu  de  o. 

Il  en  est  de  même  des  adverbes  et  des  adjectifs  àvo'otoç ,  stcivocwç, 
avoaot. 

Déclinaison  du  pronom  oüroç  ,  aur/j,  touto  : 

Singulier. 

N.  o5toç  2  fois  ;  aurr,  1  ;  touto  1 . 

G.  TOUTOU  5  y  T0UTE0U  1  . 

D.  TOUTW  1 0  ;  TOUTEW  5  ;  TŒUT7]  9. 

Ac.  TOUTOV  1  ;  TaUT7)V  1  . 

Pluriel. 

N.  oôtoi  9;  aurai  1  ;  raüra  10. 

G.  TOUTEOüV  25  ;  TOUTIOV  29. 

D.  toutÉoici  1 9  ;  toutoiç  2  ;  Touroiat  9  ;  Taunici  1 . 

Autoç,  aùrri ,  auxo  :  auToç  1  fois;  auro  2  ;  auT7jv  2  ;  auroi  2 ;  aura 
3;  auTEtov  1 0  ;  aurwv  1 T  ;  auTvjai  1 . 

‘Ecoutou  2  fois  ;  itourriv  1  fois. 

Les  adjectifs  en  u;,  sta,  u  ne  sont  pas  contractés.  On  trouve 
ôiÉsç  3  fois  ;  TrpTjeeç  1 . 

On  trouve  vouv  1  fois  ;  Trspip^oou  1  ;  airvoov  1  ;  ppaj(u7rvooç  5 , 
oucrffvooç  1  ;  rapip^oM  1 . 


DIALECTE'. 


497 

On  trouve  ôxoïov  1;  oxôoa  2;  tou  1  ;  ttots  2;  iroaov  1  ;  foot  1  ; 

OVOSTKrt  i  .  ' 

'ASeÀosoi  y  est  une  fois  ;  <ï>va  6  ;  o-java  2  ;  atei  5  ;  àet  1  ;  Xi7jv  1 5  ; 

Àtav  1;  oüv16.  '  ' 

Sur  les  verbes  en  aw,  j’ai  remarqué sStywv  1  fois;  IStysi  1  ;  èctya 
et  ses  composés  5;  Statvav  1  ;  xotaac:0xt  1;  IxoiuSto  4  ;  âppqro  1. 

,T’ai  trouvé  tous  les  comparatifs  en  wv  contractés.  IïXsiooç  6  fois; 
uetÇouç  4  ;  xaxtw  1 ,  etc. 

J’ai  trouvé  ^taSa  4  fois,  uXrjïàSoç  2;  ïrXeiaSoç  1  ;  cr^eîov, 
vuvaixsîoç,  êope’.oç ,  sans  rr 

J’ai  remarqué  que  SÙh,  lorsqu’il  se  trouve  devant  une  voyelle, 
perd  toujours  son  a ,  remplacé  par  une  apostrophe. 

Le  travail  de  comparaison  que  je  viens  de  soumettre  au  lecteur, 
je  l’ai  fait  également  pour  plusieurs  autres  traités;  mais,  dans  une 
édition  d’Hippocrate,  œuvre  qui  doit  être  surtout  médicale,  ü  n’y  a 
pas  autantde  place  qu’on  pourrait  le  désirer  pour  des  questions  pu¬ 
rement  philologiques.  Je  m’abstiens  donc  de  rapprocher  les  compa¬ 
raisons  que  j’ai  faites  sur  le  livre  de  l’^rf,  sur  le  Pronostic ,  sur 
le  traité  des  Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux ,  et  sur  quelques  au¬ 
tres;  et  je  me  contenterai  de  remarquer  ici  les  principaux  carac¬ 
tères  du  dialecte  d’Hippocrate. 

1».  Le  datif  pluriel  des  noms  de  la  2e  déclinaison  est  en  et. 

2°.  Le  datif  pluriel  des  noms  féminins  est  le  plus  souvent  en 
7  7i  et  quelquefois  en  atei. 

3».  Le  génitif  pluriel  féminin  de  la  1  «  déclinaison  est  en  sW 
4o.  L’ti  est  substitué  à  l’a  dans  les  mots  comme  xapSt’r, ,  etc. 

5°.  Il  l’est  aussi  dans  les  mots  comme  îr/rpoç,  etc. 

6°.  Hippocrate  dit  pouvez  au  lieu  de  jwv 0;,  et  voucoç  au  lieu  de 

vo'soç.  , 

T*.  11  dit  U  et  non  pas  eiç,  $v  et  ses  composés,  et  non  pas  <tuv. 
8°.  La  déclinaison  des  noms  en  tç  comme  ouctç,  est  :  çusioç,  çu- 
7Et,  ©ufftv,  epuateç,  çucitov,  cpuaeai,  <pufftaç.  .  _  ^  ^ 

9°!  Les  noms  neutres  en  oç  se  déclinent  ainsi  :  stooç,  stSeoç ,  etoet, 
[  ce  datif  n’est  pas  constant  ),  stôsa ,  stoswv. 

10°.  Il  en  est  de  meme  des  noms  contractes  en  vjç. 

11°  Les  verbes  en  ew  ne  sont  pas  contractés;  souvent  la  forme 

32 


TOM.  I. 


498  AFPENDICE  A  l’iNTRODUCTIOX. 

eu  est  employée  au  présent  et  au  participe,  comme  *jysuuoct ,  ^yaû- 
p.svoç. 

1  â°.  Hippocrate  dit  ôxocoi  et  ôxotoç  pour  ôroaoi  et  Ô7roïoç. 

1 5°.  Il  dit  Tpwp.a  et  non  Tpaïïaa. 

14°.  Il  dit  cv)p.^ïov  pour  cnqiAEï ov.  Mais  du  reste  l’emploi  de  eette 
forme  est  extrêmement  borné. 

15°.  Il  dit  Icoutou  et  ainsi  des  autres  cas  pour  Iocutou. 

16°.  11  dit  akt  pour  àet. 

1 7°.  Le  participe  présent  du  verbe  eïp.t  est  toujours  Iwv ,  ioZaa , 
£ov.  Il  en  est  de  même  dans  les  composés. 

18°.  Hippocrate  use  de  la  5e  personne  du  pluriel  du  parfait  pas¬ 
sif,  eîplaroi  pour  aï  prêtai  ;  et  aussi  de  la  forme  ysvolctro  pour  ys- 

VOtVTO. 

Tels  sont  les  principaux  caractères  de  l’ionisme  de  la  Collection 
hippocratique.  Ceux-là  ont  une  constance  assez  grande  pour  que, 
partout  où  ils  manquent ,  l’éditeur  soit  autorisé  à  les  restituer  systé¬ 
matiquement.  Il  y  a  encore  diverses  formes  ioniennes  que  l’on  ren¬ 
contre  çà  et  là  dans  les  livres  hippocratiques  ;  mais,  tout  compte 
fait,  il  ne  m’a  pas  été  possible  de  m’assurer  si  ce  sont  des  formes 
essentielles ,  ou  bien  des  variétés  de  langage  qu’un  auteur  peut  se 
permettre,  et  que  l’on  doit  surtout  attendre  dans  un  dialecte  dont 
les  limites  ne  sont  peut-être  pas  très  précisés,  ou  du  moins 
ne  nous  sont  pas  exactement  connues.  Ainsi  ces  formes  ioniennes 
qui  ne  me  paraissent  pas  devoir  être  soumises  à  une  restitution 
ge'nérale  et  systématique,  je  les  réserve,  et,  à  cet  egard,  je 
pense  qu’il  faut  s’en  référer  uniquement  aux  manuscrits,  c’est- 
à-dire  ,  accepter  ces  formes  là  où  les  bons  manuscrits  les  don¬ 
nent  ,  et  les  rejeter  là  où  ils  les  omettent.  Il  en  résultera 
sans  doute  quelquefois  un  défaut  de  régularité  $  mais  ce  défaut 
est  préférable  à  un  arbitraire  que  rien  ne  pourrait  justifier.  C’est 
une  raison  de  plus  de  rechercher  et  de  rapprocher  avec  soin  les 
variantes  dialectologiques  que  présentent  les  manuscrits. 

Ainsi  le  résultat  de  mon  travail  sur  le  dialecte  de  la  Collection 
hippocratique  est  :  1 0  que  certaines  formes  ioniennes ,  que  j’ai  énu¬ 
mérées  ,  doivent  être  rétablies  partout,  avec  ou  sans  l’assentiment 
des  manuscrits,  parce  que  la  fréquence  en  est  telle  que  l’absence. 


dialecte. 


499 

là  où  elles  manquent,  n’en  peut  être  attribuée  qu’à  des  erreurs  de  co¬ 
pistes  ;  â°  que  certaines  autres  formes  ioniennes ,  moins  constantes 
dans  la  Collection  hippocratique,  ne  peuvent  pas  être  soumises  à 
cette  règle  avec  quelque  sûreté  ;  et  que,  là,  il  faut  suivre  les  irrégu¬ 
larités  et  les  inconstances  des  manuscrits,  ce  système  ayant  moins 
d’inconvénients,  c’est-à-dire  moins  d’arbitraire  que  celui  où  l’on 
restaurerait  partout,  d’après  un  type  faux  peut-être,  un  ionisme  dont 
le  vrai  caractère  n’est  pas  très  bien  connu  dans  toutes  ses  parties. 

En  effet,  où  prendre  ce  vrai  caractère?  Heringa  et  Coray  ont 
pensé  qu’il  fallait  en  chercher  le  type  normal  dans  Hérodote.  Or 
voici  quelques-unes  des  principales  différences  que  l’on  remarque 
entre  l’ionien  d’Hérodote  et  celui  de  la  Collection  hippocratique  : 

1°.  Dans  celle-ci  les  ténues  se  changent  toujours  en  aspirées  de¬ 
vant  l’esprit  rude j  on  y  lit  par  exemple  constamment  âcptxvsop.ai, 
°ù/  oîo;.  Hérodote  au  contraire  dit  a7rixv£op.at  et  oox  ofoç. 

2°.  Hérodote  dit  Sacojxai,  Hippocrate  ospjiat. 

0°.  Hérodote  emploie  l’artide  au  lieu  du  relatif;  Hippocrate  ja¬ 
mais. 

4°.  Hérodote  dit  tpoç ,  Hippocrate  îepoç. 

5°.  Hérodote  dit  0coup.dÇ<o,  Hippocrate  QauadÇw. 

6°.  L’emploi  de  la  syllabe  r/t  pour  si  est  bien  plus  restreint  dans 
Hippocrate  que  dans  Hérodote. 

7°.  Hérodote  dit  <rèv  en  composition  et  hors  de  composition; 
Hippocrate  dit  |uy. 

8°.  Hérodote  dit  droSsçtç ,  Hippocrate  &co$£t£tç. 

Ces  différences  (et  il  s’en  faut  de  beaucoup  que  je  les  aie  notées 
toutes  )  sont  considérables ,  essentielles  ;  et  il  est  impossible  de  les 
attribuer  à  des  erreurs  de  copistes.  Ainsi,  il  est  démontré  que  l’ionisme 
d’Hérodote  diffère  de  celui  d’Hippocrate  ;  ce  serait  donc  une  erreur 
en  dialectologie ,  que  de  vouloir  conformer  le  texte  du  médecin  de 
Cos  sur  celui  de  l’historien  d’Halicarnasse.  Il  est  vrai  de  dire  que 
nous  ne  possédons  pas  de  type  sur  lequel  on  puisse  se  régler  pour 
restaurer  systématiquement  l’ionien  d’Hippocrate;  et  c’est  à  l’étude 
et  à  la  confrontation  des  manuscrits  qu’il  faut  s’en  référer. 

Ceux  qui  ont  voulu  assimiler  le  texte  d’Hippocrate  à  celui  d’Hé¬ 
rodote,  ont  supposé  que  l’ionien,  toujours  mis  par  les  grammairiens 


500  APPENDICE  A  L’iNTRODUCTION. 

en  regard  des  trois  autres  dialectes  ,  était  une  forme  unique 
du  langage  grec,  sans  division  ni  variété;  or,  cette  supposition 
est  une  erreur;  et,  du  temps  d’Hérodote  et  d’Hippocrate,  l’ionien 
parlé  et  par  conséquent  écrit  se  divisait ,  à  son  tour,  en  quatre  dia¬ 
lectes  :  «  Les  Ioniens,  dit  Hérodote ,  liv.  I,  c.  \U%  ne  parlent  pas 
«  tous  le  même  langage,  mais  leur  langage  a  quatre  formes  parti- 
«  culières.  Mil  et,  la  principale  de  leurs  cités ,  et  située  vers  le  midi, 
«  puis  Myus  et  Priène,  toutes  trois  en  Carie,  parlent  le  même idio- 
«  me.  Les  cités  suivantes  qui  sont  en  Lydie ,  Ephèse ,  Colophon , 
«  Lébedos,  Téos,  Clazomènes  et  Phocée,  ne  parlent  pas  comme  les 
«  cités  précédentes ,  mais  parlent  toutes  de  la  même  manière.  Des 
«  trois  autres  cités  ioniennes  dont  deux  sont  insulaires ,  Samos  et 
«  Chios,  et  la  troisième,  Erythres,  est  continentale,  Chios  et  Ery- 
«  thres  ont  la  même  langue  ;  mais  les  Samiens  seuls  ont  un  dialecte 
«  à  part.  Tels  sont  les  quatre  variétés  du  langage  ionien  (  o5toi 
«  yapaxxrjpsç  -réccapeç  ytvovrat).  » 

Ainsi  un  témoin  irrécusable ,  Hérodote ,  celui  que  les  grammai¬ 
riens  ont  considéré  comme  la  règle  de  l’ionisme,  nous  apprend  que, 
dans  la  grande  confédération  ionienne  composée  de  douze  cités, 
parlant  toutes  l’ionien,  on  distinguait  quatre  variétés  de  langage, 
variétés  que  l’historien  appelle  caractères  de  la  langue  ionien¬ 
ne .  n  y  avait  donc  du  temps  d’Hérodote  et  d’Hippocrate  une 
langue  ionienne  parlée;  et  M.  Struve  remarque  avec  raison,  qu’il 
ne  faut  pas  entendre  ce  terme  de  dialecte  ionien  comme  on  le  fait 
ordinairement  quand  on  y  rapporte  les  formes  épiques  d’Homère  et 
d’autres  poètes  *.  Ce  dialecte  avait  à  son  tour  des  dialectes.  Or,  je 
pense  que  nous  avons ,  dans  Hérodote  et  dans  Hippocrate,  des  tex¬ 
tes  appartenant  à  deux  dialectes  du  dialecte  ionien. 

Hermogène  nous  apprend  que  Hécatée  de  Milet  s’était  servi  d’un 
ionien  pur  et  non  mélangé  comme  celui  d’Hérodote  *.  Ainsi  voilà  un 

1  Ionicam  dico  dialectum  non  ex  communi  loquendi  ratione  ,  quæ  epicas 
Homeri  aliommque  formas  etiam  hue  retulit.  Struve,  Quæst.  de  Dialecto 
Herodoti  specimen  III,  p.  i. 

*  Tf  ÿta}iy.Ta  <$z  dapdxtù  id8i,  xa't  cù  p.sjuyuiv»]  xpvîuauêvoç ,  xarà 
tov  Èso^otov  -kci’mXt,.  De  Form.  Orat.,  lib.  h,  TTeel  èxarrcûou. 


DIALECTE. 


501 

historien  qui  avait  écrit  en  un  ionien  différent  de  celui  d’Hérodote; 
ionien  plus  pur ,  suivant  Hermogène  ;  et  pourtant  les  grammai¬ 
riens  se  sont  généralement  accordés  pour  regarder  Hérodote  comme 
la  règle  de  l’ionien.  Je  pense  qu’en  cela  ils  ont  eu  tort,  etqu’alors 
un  des  dialectes  du  dialecte  ionien  n’était  pas  plus  la  règle  des  au¬ 
tres,  que  l’attique  ou  le  dorien  n’était  la  règle  du  reste  de  la  lan¬ 
gue  grecque. 

J’ai  montré  que  l’ionien  d’Hippocrate  diffère  notablement  de  ce¬ 
lui  d’Hérodote  et  par  conséquent  de  celui  d’Hécatée  de  Milet.  Pbo- 
tius 1  a  remarqué  que  Ctésias  ne  se  sert  pas  en  tout  du  dialecte  io¬ 
nien,  comme  Hérodote mais  seulement  dans  quèlques  mots;  et 
qu’il  ionise  plus  dans  ses  livres  sur  l’Inde  que  dans  ses  livres  sur 
la  Perse.  Je  suis  très  porté  à  croire ,  d’après  cette  observation ,  que 
l’ionien  de  Ctésias  ressemblait  beaucoup  à  celui  d’Hippocrate. 

Voilà  donc,  de  compte  fait,  trois  ioniens  différents,  celui  d’Hé¬ 
catée  de  Milet,  celui  d’Hérodote,  et  celui  d’Hippocrate.  Hérodote 
nous  apprend  qu’il  y  en  avait  quatre.  Je  ne  cbercberai  pas  à  con¬ 
jecturer  (  car  il  n’y  aurait  en  ceci  que  des  conjectures  à  faire  )  aux¬ 
quels  des  quatre  dialectes  ioniens  répondent  les  trois  ioniens  diffé¬ 
rents  d’Hécatée,  d’Hérodote  et  d’Hippocrate.  Je  remarquerai  seu¬ 
lement  que,  déjà  dans  l’antiquité,  des  critiques  avaient  été  frappés 
des  dissemblances  entre  l’ionien  d’Hérodote  et  celui  d  Hippocrate. 
En  effet,  Galien  dit  qu’Hippocrate  emploie,  jusqu’à  un  certain 
point ,  le  dialecte  attique,  et  il  ajoute  que ,  suivant  d  autres,  la  lan¬ 
gue  dont  il  s’était  servi  était  la  vieille  langue  attique  2.  Je  pense 
que  ce  vieil  attique  d’Hippocrate  est  un  des  quatre  dialectes  parlés 
dans  l’Ionie. 

Un  des  résultats  les  plus  certains  de  l’étude  de  la  Collection  hip¬ 
pocratique  ,  c’est  que  cette  Collection  n’est  toute  entière  ni  du 
même  temps  ni  du  même  auteur.  Or ,  cela  étant  indubitable,  j  avais 
eu  quelque  peine  à  concevoir  comment  il  se  faisait  que  le  dialecte 

1  Kc'xprTOCi  àè  tt,  Itùvucf,  SiaXsy-Ttt,  ei  /.al  y.r,  &’SXw,  s.xQxkb?  Èjîàcrs;, 
à?Xà  y-aT  Èviaç  Ttvà;  Xs'Ee-.ç.  —  Tà  îv£ucà  h  ctç  aâXXov  Bibl.  p.  66, 

Ed.  Hoesch. 

1  Tome  v,  p.  525,  Ed.  Basil. 


502  APPENDICE  A  l’iNTRODCCTION. 

ionien  se  trouvait  à  peu  près  exactement  le  même  dans  des  livres 
qui  provenaient  d’auteurs  différents.  Il  me  semblait  qu’il  aurait  du 
s’y  glisser  des  disparates,  des  imitations  de  l’ionien  d’Hérodote, 
par  exemple,  et  que  les  médecins  qui,  venus  après  Hippocrate,  ont 
quelques-unes  de  leurs  œuvres  comprises  dans  la  Collection  hippo¬ 
cratique,  n’avaient  pas  dû  se  dévouer  à  copier  minutieusement  les 
formes  de  l’ionisme  particulier  dans  lequel  Hippocrate  avait  com¬ 
posé  ses  livres.  Mais,  si  Hippocrate  a  écrit  lui-même  dans  une  va¬ 
riété,  vivante  et  parlée,  du  dialecte  ionien,  il  est  tout  naturel  que 
ses  successeurs ,  durant  un  laps  de  temps  qui  ne  va  pas  au  delà 
d’Aristote,  aient  écrit  identiquement  dans  la  même  variété, 
puisque  c’était  un  langage  parlé  ;  par  conséquent  il  n’y  avait  rien 
à  imiter  ni  à  copier  pour  s’y  conformer ,  ou  plutôt  la  similitude  a 
dû  être  d’autant  plus  complète  que ,  comme  l’on  sait ,  rien  n’est 
moins  arbitraire  que  le  langage  d’un  peuple. 

Ainsi  l’étude  de  la  dialectologie  de  la  Collection  hippocratique 
m’a  servi  à  lever  une  difficulté  que  faisait  naître  la  composition  de 
cette  Collection  ;  et ,  de  la  sorte,  indépendamment  de  l’intérêt  que 
l’éditeur  et  le  lecteur  ont,  l’un  à  donner,  l’autre  à  lire  un  texte 
rendu  à  sa  pureté  native,  cette  étude  a  apporté  son  contingent  d’u¬ 
tilité. 

SU- 

Du  texte  et  des  éditions  de  la  Collection  hippocratique  dans 
l'antiquité. 

Les  éditions  imprimées  ont  été  faites  sur  les  manuscrits  qui  sont 
déposés  dans  les  diverses  bibliothèques  ;  ces  manuscrits  ,  à  leur 
tour,  ont  été  copiés  sur  d’autres  manuscrits  plus  anciens  qui  ont 
été  détruits,  et  ainsi  de  suite,  jusqu’aux  copies  primitives  de  la 
Collection  hippocratique.  Mais  les  manuscrits  de  la  Collection  hip¬ 
pocratique  qui  sont  parvenus  entre  les  mains  des  modernes ,  ne 
remontent  pas  à  une  très  haute  antiquité.  Les  plus  anciens  de  la 
Bibliothèque  Royale  de  Paris  (  et  encore  peu  seulement  appar¬ 
tiennent  à  une  époque  aussi  reculée  )  sont  du  dixième  siècle  après 
J.-C.  Ainsi  il  se  trouve  un  grand  intervalle  de  temps  pendant 
lequel,  il  est  vrai,  la  Collection  hippocratique  a  été  transcrite 


503 


TEXTE  ET  ÉDIT  TONS  ANTIQUES. 

par  les  générations  successives  des  copistes,  mais  duquel  il  ne 
nous  reste  aucun  monument ,  c’est-à-dire  aucun  exemplaire  qui 
nous  instruise  de  l’e'tat  du  têxte.  Il  est  possible  cependant ,  sinon  de 
combler  cette  lacune,  du  moins  de  recueillir  des  renseignements 
intéressants  dans  les  commentaires  composés  par  Galien  sur  quel¬ 
ques-uns  des  écrits  de  la  Collection  hippocratique.  Galien  cite  tantôt 
des  variantes  qu’il  dit  se  trouver  dans  des  exemplaires  différents  de 
celui  qu’il  suit  habituellement,  tantôt  des  corrections  proposées,  soit 
par  des  éditeurs  ,  soit  par  des  commentateurs.  A  l’aide  de  ces  indi¬ 
cations,  consignées  dans  les  livres  de  Galien,  j’ai  essayé  de  dis¬ 
cuter  les  trois  questions  suivantes ,  et  d’y  répondre  : 

1  °.  Les  éditions  de  la  Collection  hippocratique  qui  ont  été  données 
dans  l’antiquité  par  quelques  critiques,  et  dont  Galien  fait  mention , 
ont-elles  laissé  des  traces  dans  le  texte  tel  qu’il  nous  est  parvenu  ? 

2°.  A  quel  texte  de  l’antiquité  répond  le  texte  généralement  re¬ 
produit  dans  nos  éditions  imprimées  ? 

5°.  Nous  reste-t-il  quelque  copie  de  ces  exemplaires  qui ,  sui¬ 
vant  Galien ,  différaient  parfois  notablement  du  texte  présenté  par 
l’exemplaire  sur  lequel  il  a  fait  ses  commentaires  ? 

Première  question.  —  Trois  éditeurs  de  tout  ou  partie  de  la 
Collection  hippocratique  sont  mentionnés  :  Bacchius,  Artémidore 
Capiton  et  Dioscoride.  Bacchius  1  avait  édité  le  3e  livre  des  Epidé¬ 
mies.  On  ne  trouve  pas  de  citation  qui  indique  quelles  modifica¬ 
tions  il  avait  apportées  dans  le  texte  de  son  auteur.  Il  n’en  est  pas  de 
même  d’ Artémidore  et  de  Dioscoride.  «  Artémidore,  surnommé  Ca- 
«  piton,  dit  Galien  2,  a  donné  une  édition  des  livres  d’Hippocrate , 
a  non-seulement  fort  goûtée  par  l’empereur  Adrien,  mais  encore 
«  estimée  aujourd’hui  par  plusieurs ,  de  même  que  celle  de  sou 
«  parent  Dioscoride.  Tous  les  deux  ont  fait  des  altérations  considé- 
«  râbles  au  texte,  et  ils  ont  changé  les  vieilles  leçons,  seules  con- 
«  nues  des  anciens  interprètes  des  œuvres  d’Hippocrate.  »  Pour 
reconnaître  si  ces  corrections  d’ Artémidore  et  de  Dioscoride  ont 
influé  sur  le  texte  tel  que  nous  l’avons,  il  faut  comparer  les  pas- 

1  Gai.  t.  v,  p.  .44  3,  Ed.  Basil. 

2  Tome  v,  p.  4,  Ed.  Basil. 


504  APPENDICE  A  l/lNÏRODUCTION. 

sages  modifiés  par  eux  avec  les  passages  correspondants  de  nos  édi¬ 
tions  imprimées.  Dans  le  traité  de  la  Nature  de  Vhomme ,  Arté- 
midore  lisait  ainsi  :  oute  -yàp  to  xxv  fjspa  Asyco  tov  avôpunrov  etvai, 
oute  rojp ,  Ou  te  uScop  Dans  nos  éditions  on  lit  :  ours  yècp  to  xâa- 
xxv  r;spx  Asyco  tov  avOpwîcov  etvat ,  oute  uotop  ,  oute  -pjv  a.  Galien 
nous  apprend  que  cette  dernière  leçon  était  celle  de  tous  les  exem¬ 
plaires;  ainsi  Artémidore  avait  supprimé  oute  -fry,  et  cette  suppres¬ 
sion  n’a  pas  été  admise  dans  le  texte  que  nous  avons. 

Dioscoride  lisait  ainsi  un  passage  du  6e  livre  des  Épidémies  s 
^Fu^vfc  TTEpi  toxvtoç  opoVxtç  àvôptrixoïç1 *  3.  Dans  nos  éditions  ce  pas¬ 
sage  est:  irsptTrccToçj  <ppovTiç  dvOpwTtotç  *;  et  Galien  nous  ap¬ 

prend  que  telle  est  l’ancienne  leçon.  Ainsi,  dans  ce  cas,  la  correc¬ 
tion  de  Dioscoride  n’a  pas  été  plus  admise  que  précédemment  celle 
d’ Artémidore  Capiton. 

Les  exemples  que  cite  Galien  des  corrëctions  de  Dioscoride  et 
d’ Artémidore ,  sont  multipliés ,  et  néanmoins  il  dit  qu’il  en  omet 
un  très  grand  nombre.  Ces  corrections  sont  généralement  témérai¬ 
res  et  non  autorisées,  quelquefois  elles  sont  ingénieuses.  Je  ne  rap¬ 
porterai  pas  ici  toutes  celles  dont  Galien  fait  mention,  me  réser¬ 
vant  de  les  noter  à  leur  placé ,  dans  la  série  des  variantes  que  j’ai 
recueillies;  j’ai  voulu  seulement  montrer  de  quelle  manière  on  pou¬ 
vait  reconnaître  si  Artémidore  et  Dioscoride  avaient  eu  de  l’in¬ 
fluence  sur  les  copistes  qui  nous  ont  transmis  le  texte  des  livres 
hippocratiques.  Or,  les  deux  exemples  que  je  viens  de  mettre  sous 
les  yeux  du  lecteur,  et  tous  les  autres  que  Galien  nous  a  conservés, 
prouvent  que  cette  influence  a  été  nulle  ;  que  le  texte  que  nous 
avons,  provient,  non  pas  des  éditions  d’ Artémidore  et  de  Diosco¬ 
ride  ,  mais  d’un  texte  plus  général  et  plus  répandu  ;  que  les  co¬ 
pistes  ne  se  sont  attachés  qu’à  ce  dernier  ;  que,  finalement,  les  exem¬ 
plaires  des  éditions  d’ Artémidore  et  de  Dioscoride  ont  complète¬ 
ment  péri ,  et  qu’il  n’en  est  pas  arrivé  de  copie  jusqu’à  nous.  Peut- 

1  Gai.,  t.  V,  p.  4,  Ed.  Basil. 

a  P.  1 9 ,  Ed.  Frob. 

3  Gai.,  t.  v,  p.  512,  Ed.  Basil, 

*  Page  347,  Ed.  Frob. 


TEXTE  ET  EDITIONS  ANTIQUES.  50 5 

être  le  blâme  dont  leurs  travaux  ont  été  l’objet  de  la  part  de  Ga¬ 
lien,  a-t-il  contribué  à  un  abandon  qui  a  eu  pour  résultat  la  des¬ 
truction  de  leurs  éditions. 

Deuxième  question.  —  Galien  a  commenté  un  certain  nombre 
de  livres  hippocratiques ,  et,  dans  ce  commentaire ,  il  suit  un  texte 
qu’il  explique.  De  temps  en  temps  il  signale  des  divergences  que 
présentaient ,  dit-il,  certains  exemplaires.  Ces  leçons  qui  s’écar¬ 
tent  du  texte  adopté  par  Galien  se  retrouvent-elles  dans  nos  édi¬ 
tions  ? 

On  lit  dans  Galien ,  commentaire  sur  le  46e  aphorisme  de  la 
4e  section 1  :  «  La  fin  de  cet  aphorisme  est  écrite  de  deux  manières  : 
«  dans  quelques  exemplaires,  comme  mon  texte  le  présente  :  yjv  os 
«  piij  Tt  tcov  çupcpïpovTùJv  ixxptvr/rat.  Dans  quelques  autres  la  né- 
«  gation  manque ,  et  le  membre  de  phrase  est  ainsi  qu’il  suit  :  r,v 
«  os  ti  tü)v  £u4uçepovT(ov  ixxpivTjTai.  »  Si  nous  recourons  à  nos  im¬ 
primés  ,  nous  y  trouvons  la  négation  p-Jj  comme  dans  le  texte  suivi 
par  Galien. 

Le  même  auteur  dit,  au  sujet  de  l’aphorisme  40  de  la  4e 
section  2 3 *  :  «  Quelques-uns  écrivent  cet  aphorisme  ainsi  :  'Iopcoç 
«  tcoXuç  l\  ôîrvou  yiyvoiLSvoç  aveu  oavspaç  aiTtaç.  D’autres  écrivent  : 
k  yAveu  tivoç  aiTiTjÇ  1t épr,ç.  »  La  première  leçon,  qui  est  celle  du 
texte  de  Galien,  est  aussi  celle  de  nos  imprimés. 

Galien ,  dans  son  commentaire  sur  l’aphorisme  35  de  la  4e  sec¬ 
tion,  dit  5  :  «  Quelques-uns  mettent  le  31e  jour,  et  d’autres  le 
34e.  »  Dans  son  texte  on  ne  trouve  que  le  54e  ;  dans  nos  imprimés  on 
trouve  à  la  fois  le  51e  et  le  34e. 

Il  dit  encore ,  dans  le  commentaire  du  1 4e  aphorisme  de  la  4e 
section  1  :  «  Quelques-uns  écrivent  vauTwj  au  lieu  de  vauriXir,.  » 
Dans  le  texte  de  Galien  et  dans  nos  imprimés,  il  y  a  vauTiXi'r,. 

Galien,  dans  son  commentaire  sur  le  Pronostic,  présente  le  texte 
du  passage  relatif  aux  sueurs,  de  cette  façon  5  :  Koxiotoi  Ss  oi  d/u- 

1  Tome  r,  p.  278,  Ed.  Basil. 

2  Tome  v,  p.  275,  Ed.  Basil. 

3  Tome  v,  p.  275,  Ed.  Basil. 

*  Tome  v,  p.  269,  Ed.  Basil. 

5  Tome  v,  p.  150,  Ed.  Basil. 


506  APPENDICE  A  L’iNTRODCCTlON. 

yjtoî  te  xai  aouvov  rapi  T7jv  xEcpaXrjv  ytvopievoi,  xat  to  7rpoaw7rov,  xai 
tov  au^Éva.  Outoi  yàp  £ùv  uiv  o\6i  TtupSTto  Gàvarov  ■jtpoanp.odvouot , 
çùv  os  xpr/jrspco  [x^xoç  vougou  *  xai  oi  xarà  7rav  to  Gwtxa  àaouTwç 
ytvo'ptevot  toïgi  irEpl  rvjv  xeçaX^v.  Oi  8k  xsy^pos'.Sésç  xat  aou¬ 
vov  Tcspi  tov  TpàyirjXov  ytvofievot,  ^rov^pot  Ot  8k  ulstoc  crraActyaSv, 
xat  aTptt^ovTSç,  àyaGol.  Karavosïv  Ss  ypv)  to  ouvoXov  twv  tSpwTcov  * 
yivovrai  yàp  61  piv  8i  exXugiv  atopaTtov ,  oi  Sè  Sià  auvTOvtTjv  cpXsy- 
ptov^;.  Tout  cela  est  parfaitement  conforme  à  nos  éditions  impri¬ 
mées^  on  ne  lit  pas  autrement  dans  Froben  ou  dans  Foes.  Mais  Ga¬ 
lien,  dans  son  commentaire,  n’interprète  ce  passage  que  jusqu’à  ot 
8k  xsyy  poetêssç  exclusivement.  Il  ne  donne  aucune  explication  sur 
le  reste ,  et  il  ajoute  :  «  A  la  suite  de  ce  que  je  viens  d’expliquer,  il 
«  y  a  quelque  chose  d’écrit  sur  les  sueurs;  mais  cela  ne  se  trouve 
«  pas  dans  tous  les  exemplaires  ;  aussi  quelques-uns  ont-ils  eu  rai- 
«  son  de  supprimer  ces  lignes,  et  cet  exemple  a  été  suivi  par  Arté- 
«  midore  et  Dioscoride.  »  Ainsi,  encore  ici ,  le  texte  de  nos  éditions 
imprimées  est  conforme  à  un  certain  texte  que  Galien  avait  sous  les 
yeux,  qu’ici  même  il  condamne ,  et  qui  ne  s’en  est  pas  moins  perpétué 
jusqu’à  nous.  Le  texte  des  autres  exemplaires  mentionnés  par  Ga¬ 
lien  n’est  pas  le  nôtre.  A  ce  propos,  Galien  remarque  que,  au  lieu 
de  :  ouTOt  yàp  £uv  pèv  ôljeï  TtupsrS  Gàvarov  7cpo<3r/jpa£voooi ,  £tv  SÈ 
■7cp7]ÜTspc«>  fjLvjxoç  vougou  ,  Dioscoride  lisait  :  Outoi  yàp  Gavarov  gtj- 
paivouatv ,  n  (aîjxoç  vo'gou.  Galien  ne  blâme  pas  çette  leçon,  il  se  con¬ 
tente  de  faire  observer  que,  bien  que  plus  brève  que  la  précédente, 
elle  présente  le  même  sens.  Mais  elle  est  étrangère  au  texte  qu’ont 
suivi  nos  éditions  imprimées.  Autre  exemple,  que  j’ai  noté  ici  en 
passant,  quoiqu’il  appartienne  à  la  question  précédente. 

Ainsi ,  en  résumé ,  les  rapprochements  que  je  viens  de  mettre 
sous  les  yeux  du  lecteur,  prouvent  qu’il  y  avait  dans  l’antiquité  un 
texte  de  la  Collection  hippocratique,  généralement  suivi  ;  que  c’est 
à  la  reproduction  de  ce  texte  que  les  copistes  se  sont  surtout  attachés; 
qu’après  la  découverte  de  l’imprimerie,  les  premiers  éditeurs,  hé¬ 
ritiers  naturels  des  anciens  copistes  ,  l’ont  recueilli  fidèlement ,  et 
qu’il  figure  aujourd’hui  dans  nos  livres  imprimés. 

C’est  dans  ses  commentaires,  riches  de  tant  de  savoir,  que  Ga¬ 
lien  nous  a  fourni  ces  renseignements  intéressants  ;  il  est  même  pos- 


TEXTE  ET  ÉDITIONS  ANTIQUES.  507 

sible  de  noter  quelques  circonstances  de  plus  sur  l’état  du  texte  de 
la  Collection  hippocratique  dans  l’antiquité. 

On  a  tu  par  ce  qui  précède  que  le  texte  adopté  par  Galien  pour 
son  commentaire  est  généralement  conforme  à  celui  que  nos  édi¬ 
tions  imprimées  représentent  ;  cependant  cette  conformité  n’est  pas 
absolue,  et  j’ai  relevé  quelques  différences  qui  prouvent  que  l’édi¬ 
tion  suivie  par  Galien ,  quoique  se  rapprochant  beaucoup  de  celle 
de  nos  livres  imprimés,  n’est  pas  identiquement  la  même.  Galien, 
dans  son  commentaire  sur  les  Aphorismes,  lit  l’aphorisme  42  de  la 
4e  section  de  la  manière  suivante  1 *  :  Iïuperol  ôxo'croi  ity]  oiaXst-ovrsç 
xrX.;  et,  alléguant  ailleurs  acet  aphorisme,  il  le  cite  dans  les  mêmes 
termes.  Or,  dans  nos  livres  imprimés ,  on  lit  oî  rcuperot ,  avec  l’ar¬ 
ticle  de  plus  j  le  reste  est  semblable.  L’aphorisme  55  de  la  4e  sec¬ 
tion  est,  dans  le  texte  de  Galien  :  ISpSrreç  Tmpsraivovrt 3 4.  Dans  nos 
éditions  imprimées  on  lit  Tmperafvouatv  au  lieu  de  xopsraivovri.  Ces 
deux  variétés  de  lecture  se  trouvent  aussi  dans  certains  manu¬ 
scrits  :  oî  manque  dans  les  manuscrits  2255  et  221 9  de  la  Biblio¬ 
thèque  Royale  de  Paris  j  et  Tnjpsraivovri  est  dans  les  manuscrits 
1297,  2219  et  2256.  Dans  son  commentaire  sur  le  1er  livre  des 
Épidémies .  il  lit  un  passage  relatif  aux  urines  ainsi  qu’il  suit  : 
OuSs  xa6  tordus  va,  ouSl  ôçtordusva,  rt  ou  txp& ,  xat  wuà  xat  xaxoc, 
tà  Si  ucptoratreva  xat  xaxtcra  raura  iravra  * .  On  lit  de  même 
dans  le  manuscrit  2235,  excepté  la  fin  qui  est  :  Ko»  rot  uotordptsva- 
xdxtota  raura  Trdvrcov.  Mais  nos  livres  imprimés  ont  :  OuSsv  xa- 
Qtrrattsva,  oùS5  ucptorausva ,  ouSs  rs~aivouEva,  rt  opuxpà,  xat  xaxà, 
xat  wuà  và  ucptorausva  •  xaxiora  Se  raura  rcavra.  On  voit ,  entre 
ces  deux  textes,  quelques  différences  dignes  d’être  notées. 

Je  n’irai  pas  plus  loin  dans  cette  comparaison  du  texte  suivi  par 
Galien  et  du  texte  suivi  par  nos  éditions  imprimées  p  elle  suffit 
pour  montrer  que  ces  deux  textes,  quoique  très  voisins,  offrent  ce- 

1  Tome  v,  p.  276,  Ed.  Basil. 

*  Tome  v,  p.  380,  Ed.  Basil. 

3  Tome  v,  p.  274,  Ed.  Basil. 

4  Dans  l’édition  de  Baie ,  que  j’ai  sous  les  yeux ,  ratura  navra  ont  été 
placés  dans  le  commentaire  de  Galien  ;  mais  évidemment  ces  mots  appar¬ 

tiennent  au  texte  même  d’Hippocrate. 


508  APPENDICE  A  L’iNTRODUCTION. 

pendant  des  divergences;  qui  prouvent  que  l’e'dition  antique  que  Ga¬ 
lien  avait  sous  les  yeux  n’est  pas  l’édition  antique  qui  a  servi  d’ori¬ 
ginal  aux  manuscrits  copiés  dans  nos  livres  imprimés. 

Troisième  question.  —  J’ai  rappelé  que  Galien  citait  souvent, 
à  côté  de  la  leçon  qu’il  adopte,  des  leçons,  souvent  très  divergen¬ 
tes,  qu’il  dit  se  trouver  dans  d’autres  exemplaires  que  celui  qu’il 
suit.  J’ai  montré  aussi  que  dans  nos  éditions  imprimées  ces  leçons 
divergentes  n’ont  pas  été  admises.  Mais  ne  nous  en  reste-il  rien ,  et 
de  ces  exemplaires  (  dvriypaça  ),  dont  Galien  fait  souvent  men  - 
tion,  n’est-il  arrivé  jusqu’à  nous  aucune  copie  ?  Galien,  dans  son 
Commentaire  sur  le  livre  des  Humeurs ,  explique  un  passage  diffi¬ 
cile  qui  est  ainsi  conçu  dans  son  texte  :  Ot  uxo7rroi  tottoi  ô-nroSeçd- 
|X£vot  7rova)  Bapsi  7]  aXXft)  Tiv!  {iuovTai ,  œXXoïciv  at  xotviovtat  *.  Ce 
texte  est  conforme  à  celui  de  nos  éditions  imprimées.  Galien  ajoute 
qu’il  est  écrit  autrement  par  Rufus  d’Éphèse,  autrement  par  Sa  » 
binus,  autrement  encore  par  Artémidore,  surnommé  Capiton 1  2.  Sa- 
binus  avait  formé  une  seule  phrase  de  ce  passage.  Artémidore  avait 
écrit  y)  aXXorai  xaxà  xàç  xotvamaç.  La  leçon  de  Sabinus  étant  une 
affaire  de  ponctuation,  les  manuscrits  ont  peu  d’autorité  sur  ce  point. 
Quant  à  celle  d’ Artémidore  Capiton ,  on  n’en  trouve  de  traces  ni 
dans  nos  éditions  imprimées  ni  dans  les  manuscrits  que  j’ai  pu  con¬ 
sulter. 

Il  n’en  est  pas  de  même  de  celle  de  Rufus.  Rufus  dit  qu’il  avait 
trouvé  dans  les  anciens  manuscrits  :  *A>Xou  Torou  -r&rot  foroSslà- 
ftsvot  \  7:ov(j)  7)  a XXw  Tivi  puovxai  •  a)X  oTai  xoivwviat ,  et  il  joi¬ 
gnait  ces  derniers  mots  à  la  phrase  suivante  3.  Cette  leçon  ne  se  lit 
ni  dans  nos  éditions  imprimées ,  ni  dans  les  manuscrits  que  j’ai  con¬ 
sultés,  excepté  dans  le  manuscrit  2255  ,  ouïe  texte  se  rapproche 
beaucoup  de  la  leçon  de  Rufus.  En  effet,  ce  manuscrit  porte  r 

1  Tome  XYI,  p.  469,  Ed.  Kuhn. 

1  ÂXkcù'  -yàp  g:  xaxà  rov  Pcütpc'j  ?ov  Èçsatev  ,  â&Xw;  Si  et  irept  tov  2aêï- 
vov  ,  xa.t  âXXtü?  îrâXtv  Aprepu&opoç ,  o  èmxX7j0stç  ©v  ,  rypa^ev.  Tome 

XVI,  p.  474,  Ed.  Kühn. 

3  O  uiv  -yap  froüçoç  çr,tr.v  g’jtg)  èv  tgïç  TvxXa'.Gtç  àvTVypâœetî  e&ptmseaOxi». 
Tome  XVI ,  p.  474,  Ed.  Kühn. 


TEXTE  ET  ÉDITIONS  ANTIQUES-  509 

aXXou  totto'j  ot  T07roi  O'jTOt  os?jàu.svoi*/j  TTOvw  vj  Bapst  r,  aXXw  CW  ^uovcai, 
aXXotfftv  at  xoivomai.  Il  est  évident  que  le  manuscrit  2255  repré¬ 
sente  ici  un  de  ces  anciens  exemplaires  où  Rufus  avait  lu  la  variante 
qu’il  avait  rapportée.  Ce  manuscrit  ne  contient  malheureuse¬ 
ment  qu’un  assez  petit  nombre  des  livres  de  la  Collection  hippocrati¬ 
que  ,  mais.il  me  serait  facile  de  réunir  ici  une  foule  de  leçons  ,  quel¬ 
ques-unes  très  importantes ,  lesquelles  s’écartent  considérablement 
du  texte  de  nos  imprimés  ;  et  notez  qu’elles  n’ont  rien  de  commun 
avec  les  corrections  d’Artémidore  Capiton  et  de  Dioscoride. 

Il  me  paraît  donc  que  le  manuscrit  2255  est  le  représentant  de 
ces  antiques  exemplaires  que  Rufus  avait  consultés;  et,  à  cause  des 
différences  grandes  et  importantes  qu’il  présente  en  plusieurs  en¬ 
droits  avec  le  texte  ordinaire,  je  le  rapproche  de  ces  autres  exem¬ 
plaires  que  Galien  cite  fréquemment  et  qu’il  met  en  regard  du  texte 
suivi  par  lui  dans  ses  commentaires. 

Galien,  après  avoir  rapporté  les  leçons  de  Rufus,  d’Artémidore 
et  de  Sabinus,  ajoute  :  «  Quant  à  nous,  ayant  déjà  expliqué  le  sens, 
«  nous  n’avons  rien  de  plus  à  dire  sur  la  lecture  ancienne  de  ce 
«  passage  *.  »  On  pourrait  croire  par  là  qu’il  attache  peu  d’impor¬ 
tance  à  l’assertion  de  Rufus,  qui  disait  avoir  trouvé  la  leçon  par  lui 
adoptée ,  dans  des  exemplaires  anciens.  Mais,  puisqu’il  est  vrai 
que  le  manuscrit  2253  présente  une  leçon  voisine  de  celle  de  Rufus, 
il  faut  admettre  ou  que  ce  manuscrit  a  été  copié  d’après  une  édi¬ 
tion,  faite  par  Rufus,  des  œuvres  d’Hippocrate,  ou  qu’il  a  été  copié 
d’après  quelqu’un  de  ces  anciens  exemplaires  allégués  par  Rufus 
comme  son  autorité.  Or,  cette  dernière  opinion  me  paraît  de  beau¬ 
coup  la  plus  probable;  car  le  texte  de  2253,  quoique  ressemblant 
à  celui  de  Rufus ,  présente  cependant  des  différences ,  et  ces  dif¬ 
férences,  ne  permettant  pas  de  croire  que  ce  texte  ait  été  copié  sur 
celui  de  Rufus ,  annoncent  que  nous  avons,  dans  la  leçon  du  manu¬ 
scrit  2255,  une  très  vieille  lecture  que  Rufus  avait  modifiée  lui- 
même  ou  dont  il  avait  trouvé  une  variante.  Ces  différences  prou¬ 
vent  encore  que  la  leçon  du  2255  n’a  pas  été  prise  par  le  copiste 

1  èasT;  rry  svvotav  r,Br,  sppwiVEu<iap.svoi,  rapt  rr;  mxXa>âç  fpaœrî  oô$èy 
irXéov  eîxsïv.  Tome  XVI,  p.  474,  Ed.  Kuhn. 


510  APPENDICE  A  L’INTRODUCTION, 

dans  le  commentaire  de  Galien  sur  le  livre  des  Humeurs ,  ni, 
delà  incorporée  dans  le  manuscrit  ;  supposition  qui  d’ailleurs  serait 
de'mentie  par  l’e'tude  du  manuscrit  2255,  lequel,  présentant  de  très 
notables  divergences  avec  le  texte  ordinaire  de  nos  imprimés ,  en 
présente  par  conséquent  avec  le  texte,  peu  different,  qui  a  e'te'  adopte' 
par  Galien. 

Ce  détail  donne  un  intérêt  et  une  importance  particulière  au  ma¬ 
nuscrit  2255,  lequel  se  trouve  ainsi,  dans  les  bibliothèques  moder¬ 
nes  ,  le  représentant  d’un  ancien  exemplaire  de  la  bibliothèque  de 
Rufus,  homme,  dit  Galien,  qui  s'efforcait  toujours  de  conserver 
les  anciennes  leçons 

Enrésumé,  il  résulte  de  tout  ce  qui  vient  d’être  exposé  et  discuté 
dans  ce  paragraphe,  1  °  que,  dans  l’antiquité,  il  y  avait  un  texte  latin 
de  la  Collection  hippocratique  lequel  paraît  avoir  été  plus  générale¬ 
ment  adopté;  2°  que  ce  texte  est,  au  fond,  celui  sur  lequel  Galien  a 
composé  ses  commentaires ,  et  celui  qui  a  été  reproduit  par  la  plu¬ 
part  des  copistes  pendant  le  moyen  âge ,  et,  de  là,  dans  nos  éditions 
imprimées;  3°  que  cependant  le  texte  de  nos  éditions  et  celui  qui  a 
été  suivi  par  Galien,  présentent  quelques  diversités  qui ,  sans  être 
très  considérables,  annoncent  deux  éditions  antiques  mais  peu  diffé¬ 
rentes  du  texte  de  la  Collection  hippocratique,  et  que  celle  qui  a  été 
transcrite  par  les  copistes  du  moyen  âge  et  par  nos  éditions  impri¬ 
mées,  n’est  pas  celle  que  Galien  avait  sous  les  yeux  ;  4°  que  les  édi¬ 
tions  deDioscoride  et  d’Artémidore  n’ont  laissé  aucune  trace  dans  les 
textes  qui  sont  arrivés  jusqu’à  nous;  5°  qu’à  côté  du  texte  sur  lequel 
Galien  travaillait  quand  il  rédigeait  ses  commentaires  ,  à  côté  du 
texte  très  semblable  à  celui-là  qui  est  reproduit  dans  nos  livres  im¬ 
primés,  à  côté  des  éditions  d’Artémidore  et  de  Dioscoride,  il  se 
trouvait  des  exemplaires  qui  contenaient  des  différences  de  lecture 
importantes  et  très  notables,  et  que  de  ces  exemplaires  nous  avons 
un  représentant  dans  le  manuscrit  2255. 

Âvr.f  «puXâacEiv  uiv  àet  'jretpwasvoî  îraXatàç  Tome  v,  p. 

<88,  Ed.  Basil. 


MANUSCRITS 


511 


§  III. 


Notice  des  manuscrits  de  la  Collection  hippocratique. 


Les  manuscrits,  e'tant  arrives ,  par  une  transmission  directe ,  de 
main  en  main  et  de  copiste  en  copiste,  depuis  la  haute  antiquité' 
jusqu’au  temps  présent,  sont  les  pièces  originales  et  authentiques 
qui  servent  nécessairement  de  base  à  l’édition  originale  d’un  auteur 
ancien.  Tant  que  toutes  les  variantes  qu’ils  offrent  avec  les  éditions 
imprimées,  n’ont  pas  été  recueillies  minutieusement  et  publiées ,  il 
faut  toujours  que  la  critique  y  aille  demander  des  rectifications,  des 
corrections,  des  conjectures.  C’est  à  causede  leur  indispensable  utilité 
quej’en  donne  ici  une  notice  quelque  peu  détaillée.  Cette  notice  ne 
comprend  que  les  manuscrits  delà  Bibliothèque  Royale  de  Paris;  j’ai 
pu  les  consulter  à  loisir,  grâce  à  l’esprit  libéral  qui  préside  à  ce 
grand  établissement,  et  à  la  bienveillante  complaisance  des  hommes 
savants  qui  le  dirigent. 

J’ai  rangé  les  manuscrits ,  en  commençant  par  les  plus  anciens, 
d’après  l’ordre  chronologique,  c’est-à-dire,  d’après  le  siècle  que 
leur  écriture  annonce.  Pour  cela  j’ai  suivi  les  indications  que  les 
bibliothécaires  ont  placées  en  tête  de  chaque  volume.  Là  où  ces 
indications  n’ont  pas  porté  l’âge  du  manuscrit ,  je  n’ai  pas  essayé 
d’y  suppléer ,  étant  trop  peu  versé  dans  la  paléographie  pour  le 
faire  avec  quelque  sûreté.  Les  numéros  sont  ceux  que  les  manuscrits 
ont  dans  le  catalogue  de  la  Bibliothèque  Royale. 

X'  SIÈCLE. 

N°  2253. 

Galeni  varia  opuscula  quorum  index  præponilur. 

Codex  membranaceus  decimo  sæculo  scriptus.  ln-4°. 

Ce  volume,  qui  porte  le  nom  de  Galien,  ne  contient  de  cet  auteur 
qu’une  portion  du  traité  sur  l’ Usage  des  parties.  On  n’y  trouve 
pas  non  plus  la  table  annoncée.  Les  pages  ne  sont  pas  numérotées. 
Tout  le  reste  est  de  la  Collection  hippocratique,  et  renferme  : 


512  APPENDICE  A  L’INTRODUCTION. 

Ktoaxat  îtpoYvwffstç.  Les  Prénotions  de  Cos  ,  incomplètes  dans 
presque  tous  les  manuscrits,  sont  complètes  dans  celui-ci. 

Ilcpi  7rrt<7av7}ç. 

IJspl  yy\iMV. 

ÏIspl  uypwv  /.p^toq. 

’E'jciêwp.ioç. 

Hsp\  ik/yr&. 

IIsp\  çuctoç  àv9pw7rou.  Sous  ce  titre  est  compris  aussi  l’opuscule 
irspl  StatTTjÇ  uyist^ç,  qui,  dans  l’antiquité,  était  le  plus  souvent  réuni 
au  livre  de  la  Nature  de  l'homme. 

Ilepl  çucSv. 

Ile pl  toto*>v  vwv  xa z  avOpcoirov. 

üspl  àp^awjç  tr(Tptx^ç. 

’ETciorjputôv  a’ .Le  premier  livre  des  Épidémies  est,  sans  interrup¬ 
tion,  suivi  de  la  première  phrase  du  5e  livre.  Mais  là  le  copiste  s’est 
arrêté  brusquement,  probablement  parce  que  l’original  était  mutilé 
en  ce  point  •  et ,  fatigué  de  sa  besogne,  il  a  témoigné  ainsi  sa  satis¬ 
faction  de  l’avoir  achevée  :  ’Apwijv,  -reXoç  a ùv  ©sto  vvjç  SsXtou. 

c,£2ct:sp  £evoi  ^atpoociv  t£sîv  ■rearpiSa,  oovtoq  xal  oi  Ypacpovreç  £t- 
êXotou  (sic)  tsXoç.  Ao£a  tw  $e(£am  vo  ©coq.  ’Au/rçv.  TeXoq  ouv  Osw 
toÎj  et  Xo*pu  ’EttiStipuSv. 

No  2142. 

Codex  chartaceus ,  in-4°  ,  decimi  quarti  saeculi  •  Hippocratis 
opéra  ,  præfixo  ad  ilia  dictionario  alphabetico. 

Ce  manuscrit  est  de  deux  mains,  dont  l’une  est  beaucoup  plus  an¬ 
cienne  que  l’autre.  La  plus  ancienne  m’a  paru  avoir  une  grande 
analogie  avec  celle  du  manuscrit  précédent  $  la  plus  récente  est  sans 
doute  du  14e  siècle.  J’ai  noté  de  laquelle  des  deux  mains  est  cha¬ 
que  traité. 

ImtoxpaTouq  aTtav-ra. 

As^txov  raXr4vou,f.  1 ,  recto  j  main  récente. 

iTncoxpavouç  yévoç,  f.  12,  recto  $  id. 

*Opxoq,  f.  1 2,  verso  ;  id. 

Notxoq,  f.  1 3,  recto  •  id.  - 

Ilepl  Ts^vr,? ,  f.  1  ô,  verso  ;  id. 

ïïspt  àp/at'rjç  tTjvpixriç,  f-  17,  recto  5  id. 


MANUSCRITS. 


513 


IlapayyEÀtat,  f.  23,  verso  ;  id. 

Ilepi  eùff^rjjjLOffuvr,!;,  f.  25,  verso  ;  id. 

Ilepi  <puatoç  àvQptoxou,  f.  28,  recto  ÿ  id.  L’opuscule  Ilepi  oiaiTrtl; 
ÔYietvrfc  ne  fait  qu’un  avec  le  livre  de  la  Nature  de  Vhomme. 

Ils  pi  xat  îratStou  cpuaecùç,  f.  54-,  recto  ;  id. 

Ilepi  <pu<rioç  ïraidi'ou,  f.  56,  recto  ;  id. 

Hepl  apOpiov,  f.  44,  verso  ;  main  ancienne  sauf  quelques  feuillets. 
Ile  pl  yuucov,  f.  82,  recto  ;  main  ancienne, 
ïïepl  Tpoçvîç,  f.  86,  verso  -,  id. 

Ils  pi  Iàxwv,  f.  89,  verso  ;  id. 

IIspi  tsp^ç  vooou,  f.  97,  recto  j  id. 

Ilepi  voyorwv,  quatre  livres,  f.  1 07,  verso  ;  id. 

Hepl  raGœv,  f.  183 ,  recto  ;  id. 

Ilepi  twv  Ivroç  7raGwv,  f.  1 98,  verso  ;  id. 

Ilepi  StaiTTjç,  trois  livres  ,  f.  231  j  id.  Le  5e  livre  est  intitulé  ciat- 
Tr(Tixoç  y'. 

Ilepi  EVU7CV ioyj ,  f.  268,  verso  j  id. 

Ilepi  ^10?,  f.  272,  verso  ;  id. 

Ilepi  xptaipitov,  f.  274,  verso  ;  id. 

*Àcpopi<Tp.ot,  f.  277,  recto  j  id. 
npoyvüxjTixdv,  f.  292,  recto  j  id. 

Ilepi  S>aiTï]ç  ê£étov ,  f.  502,  verso  ;  main  ancienne  jusqu’au  folio 
509  y  à  partir  de  là,  tout  le  reste  du  manuscrit  est  de  la  main  récente. 
Ilepi  çuatov,  f.  51 9,  recto. 

MoyÀtxov,  f.  522,  recto. 

Ilepi  ôoreiov  spuaioç,  f.  528,  verso. 

Ilepi  dyfAwv,  f.  355,  recto. 

Kav’  î'/jTpelov,  f.  547,  recto. 

Ilepi  l^xaTa-rou^ç  Ipêpüo  u,  f.  550,  verso.  Commencement  :  Ilepi 
OS  TCÜV  U.7]  xtX. 

ITspt  yuvatxeuov,  deux  livres,  f.  541 ,  recto. 

Ilepi  âcpdpiov,  f.  406,  verso. 

Ilepi  l7rtxu7-(7ioç,  f.  415,  verso. 

Ilepi  STrcap^vou,  420,  recto, 
n  epl  dxrap^vou,  f.  422,  recto. 

Ilepi  TrapOeviwv,  f.  423,  verso. 


TOM.  I. 


33 


514  APPENDICE  A  i/lNTRODCCTION. 

TTsp!  yuvaix£tt]Ç  cpucrtoç,  f.  424,  recto. 

ÏTspt  IyxaTaToaviç‘-7taiû''ou,  f.  441,  recto.  Commencement  :  ’Eyxa- 

TaT0UL7)V  xtX. 

IIpop^jTixo'ç,  deux,  livres,  f.  442,  recto. 

ÏIspl  cuptyywv,  f.  456,  recta. 

Ilept  aîp.op£oi£cov,  f.  458,  recto. 

Kwaxai  — poyvcocstç,  f.  459,  recto  j  elles  sont  incomplètes. 

'Emo^ai'ai,  sept  livres,  f.  466,  recto. 

’E7rt<rroXai,  f.  550,  recto. 

’ETriêcopuoç,  f.  540,  recto. 

IIpecêsuTixoç,  f.  540,  recto, 
f.  544,  verso. 

’E-jriffroXat  Ar-aoxpi-cou,  f.  544,  verso. 

xn«  SIÈCLE. 

N°  2228. 

Codex  partira  chartaceus  quarti  decimi  sæculi,  partim  membra- 
naceus  duodecimo  sæculo  scriptus.  In-folio. 

VfxkryoZ  Ixtou  Ilpoyvcoa'ctxoy  TrnTOxparouç,  f.  66.  Ceci  est  dans 
la  partie  qui  est  en  papier. 

©soçiXou  çiXooocpou  i^yrjOriç  etç  touç  ’Açopicpoùç  TinroxpaTouç , 
f.  95.  Ceci  est  en  papier  jusqu’au  folio  120,  où  le  parchemin  com¬ 
mence  à  l’aphorisme  :  Noc^aa-rtov  ôxootov  àp^opivtov  yjv  ^oXr,  ptiXaiva 

a vw  xcctw  ÔTréXOot ,  0ava<rtp.ov. 

N°  2501. 

Codex  memhranaceus  duodecimo  sæculo  scriptus.  Très  petit 
format. 

*l7nroxpoT7]ç  Kwoç  nToXepiaùp  paoiXstyaipEtv  ,p.  124.Cette  lettre 
commence  ainsi  :  TtJç  cvjç  uyetaç  à  {îaciXsü . 

XIIIe  SIÈCLE. 

N°  596. 

Codex  bombyeinus  tertio  decimo  sæculo  scriptus.  Très  petit 
format. 

ITpootpiov  TOU  npoyvw<7Ttxou  T7v7TOXpaTOUÇ  ,  p.  460. 


MANUSCRITS. 


515 

Tou  ‘I-mroxpavouç  £tç  xàç  fjXixwooeiç  -cou  àvOpoiicou  ,  p.  70T.  Ce 
fragment ,  qui  commence  ainsi  :  iTrrâ  elaiv  wpai ,  est  le  même  frag¬ 
ment  du  trailé  des  Semaines ,  que  celui  qui  a  été  cite'  par  Pbilon 
le  Juif. 

XIV'  SIÈCLE. 

N»  2141.  In-folio. 

Codes  chartaceus  scnptus  circa  annum  1545,  varia  manu. 

Ce  manuscrit  contient  :  deus  feuillets  déchirés  où.  il  est  question 
des  urines  ;  un  index  de  chapitres  imparfait  et  mutilé  ;  un  lexique 
des  mots  d’Hippocrate ,  lequel  est  un  abrège'  de  celui  de  Galien  ; 
une  table  des  principaux  traités  qui  sont  renfermés  dans  ce  volume  ; 
le  préambule  du  Glossaire  de  Galien,  et  deux  figures  coloriées,  sur 
parchemin,  qui  représentent  l’une  Hippocrate ,  et  l’autre  Alexius 
Apocaucus,  qui  fut  grand  duc  dans  l’empire  de  Constantinople,  et 
qui  est  cité  par  Actuarius. 

Au  haut  du  folio  1 2,  en  encre  rouge  et  de  la  main  qui  a  écrit  le 
manuscrit  :  ’û  Xpicrs,  fîo^ôst  uot  vto  ow  SouXw  ’AXs^ùp  tm  ïïupo- 
ttouXw. 

'l7nroxpaTOUç  ysvoç  xal  |3tcç  xavà  Xtopavov. 
tfOpxoç,  f.  13. 

Nopioç,  id. 

üspl  ts/v/jç,  f.  15,  verso, 
ïïspl  ap/atrjÇ  tr,Tptxr;ç,  f.  17. 
ïïapaYysXiai,  f.  25. 
ïïspl  £Ù<Tyr1uo<juvr1<;,  f.  27. 

ïïspl  «pufftoç  àvOptoxo’j,  f.  29.  Sous  ce  titre  est  compris  l’opuscule 
EUpl  ÔtaiTTjÇ  UYlctVTjÇ. 
ïïspl  yov^ç,  f.  54,  verso, 
ïïspl  çoffio;  Ttaiotou,  verso. 

Ile pl  apôpwv,  f.  44,  verso, 
ïïspl  yopuSv,  f.  71 . 
ïïcpl  TpOCpTjÇ,  f.  74. 
ïïspl  sXxtov,  f.  75,  verso, 
ïïspl  Up^Ç  VOUÎO’J,  f.  80. 
ïïspl  voucwv,  quatre  livres,  f.  85. 


510  APPENDICE  A  i/lNTRODUCTION. 

Ilepi  Traôüjv,  f.  127,  verso. 

Ilepi  Ivtoç  7ra0S)v,  f.  158,  verso. 

Ilepi  oiaiTTjÇ,  trois  livres,  f.  158,  verso. 

Ilepi  Ivu7tvcwv,  f.  185,  verso. 

Ilepi  o'jnoç,  f.  1 86,  verso. 

Ilepi  xptatjxwv,  f.  18T.  Il  y  a  deux  folios  187. 

’Açopicpoi,  f.  1 88,  verso. 

ÎIpoYvioimxov,  f.  208. 

Ilepi  Biolit^ç  oléow,  f.  21 5. 

Ilepi  (pu<y5v,  f.  228. 

Mo/Xixov,  f.  251,  verso. 

Ilepi  ôcjtscov  cpuoto;,  f.  256. 

Ilepi  (xyp-tov,  f.  240. 

KaTiyjTpsîov  (  sic),  f.  250,  verso. 

Ilepi  eyxaTaTopÂfc  euépuou,  f.  252,  verso-  En  voici  le  commen¬ 
cement  (car  il  y  a  deux  fragments  de  ce  titré)  :  Ilepi  Bk  twv  xarà 
■rporov  xuïffxopivwv. 

Ilepi  yyvaixetcov,  deux  livres,  f.  255. 

Ilepi  acpopcov,  f.  295. 

Ilepi  !t:ix’j^<7ioç,  f.  502. 

Ilepi  £7rrap7;vou,  f.  506.  *  * 

Ilepi  oxvap^vou,  f.  508. 

Ilepi  TOxpGsvtxSv,  f.  509. 

Ilepi  yuvaixeiTjÇ  cpuatoç,  f.  509,  verso. 

Ilepi  lyxocTaTopiç  TratStou ,  f.  525.  En  voici  le  commencement  : 
’Eyxa-c  a-cour,  v  roxiStou  7rot^<ieiç  outwç. 

IIpop^Tixov  (  sic)  Xoyoç,  f.  525,  verso. 

Ilepi  avpiyyœv,  f.  555. 

Ilepi  atpop^oiSwv,  f.  557. 

Kcoaxai  7rpoYvco<7siç,  f.  558.  Il  en  manque  une  grande  partie. 
’Eiriorjpttüv,  sept  livres,  f.  545,  verso. 

’E-jrKrtoXoc!,  dix -huit  lettres,  f.  590. 

’Eiaéwpioç,  f.  596. 
üpecêeuTixoç,  f.  596,  incomplet. 


517 


MANUSCRITS. 

N°  2141.  In-folio. 

Codex  cbartaceus  majoris  formæ,  littera  baud  antiqua  sat  eleganti. 
scriptus. 

Ce  manuscrit  a  été  copié  sur  le  même  original  que  le  n°  précé¬ 
dent  )  la  collation  me  l’a  fait  voir;  c’est  pour  cela  que  je  l’ai  placé 
ici,  quoique  l’âge  n’en  soit  pas  indiqué. 

IrrrroxpaTouç  Xeçixov  xav’  àXçaê^Tov,  f.  1. 

IIiva|,  f.  7,  verso. 

'Iirrroxparouç  y svoç  xal  pioç  xavà  2topavôv,  f.  8. 

"Opxoç,  f.  8,  verso. 

Noaoç,  f.  8,  verso. 

Ilepl  Te/vr^,  f.  9. 

Ilepl  dp^aiVjç  ir/rpiXT-ç,  f.  11,  verso. 
üapaYYeXtat,  f.  16,  verso. 

ITspl  £Ùay_r1u.ocuvr]ç,  f.  18. 

Ilepl  çuaioç  àv6pco~ou ,  f.  20,  y  compris  le  Ilepl  Starnrçç  uyisiv^ç. 
Ilepl  fovrfa  f.  25,  verso. 

Ilepl  cpuatoç  iratStou,  f.  27,  verso. 

Ilepl  apOpœv,  f.  55. 

Ilepl  yupiôv,  f.  57,  verso. 

Hepl  Tpoçw  f*59.riwc 
Ilepl  fÀxwv,  f.  62. 

Ilepl  lep^ç  voaou,  f.  65,  verso. 

Ilepl  vo’jcroov,  quatre  livres,  f.  70,  verso. 

Hepl  tox6Sov,  f.  1 09. 

Hepl  Ivtoç  TraOcov,  f.  117,  verso. 

Ilepl  Siatrrçç,  trois  livres,  f.  156. 

Hepl  ivu7cvtt»iv,  f.  154,  verso. 

Hepl  ctyioç,  f.  157,  verso. 

Ilepl  xptffiptcùv,  f.  158. 

’Acpopiajxof,  f.  159,  verso. 

ÏIpOYVCOOTlXOV,  f.  167. 

Ilepl  StatTTjÇ  6|étov,  f.  172. 

Ilepl  cpuacov,  f.  184. 

Moy/.ixov,  f.  1 86,  verso. 

Ilepl  oatewv  çuatoç,  f.  191,  verso. 


5l8  APPENDICE  A  L’INTRODUCTION. 

IIspl  àyiAwv,  f.  1 94 ,  verso. 

Koct’  îvjTpeîov,  f.  205. 

IIspl  lyxataToii.^  luëpuou,  f.  SOT.  Commencement  :  IIspl  ès  tw* 
p.^1  xtX. 

IIspl  yuvatxettov,  deux  livres,  f.  207,  verso. 

IIspl  dàpopwv,  f.  248. 

IIspl  sxixuîfcioç,  f.  254. 

IIspl  éirrau^vou ,  f.  257,  verso. 

IIspl  oxTaa^vou ,  f.  259. 

IIspi  xapOsvi'wv,  f.  260. 

IIspl  yuvai xeir,ç  cpuoioç,  f.  260,  vei'SO. 

IIspl  lyxaxaToariç  xatotou,  f.  275,  verso.  Commencement  :  Cy- 
xatraTopdjy  xtX. 

IIpop^TjTixov,  deux  livres,  f.  274. 

IIspl  auptyywv,  f.  285,  verso. 

IIspl  atpiop^oiSwv,  f.  2S7,  verso. 

Kcoaxal  TrpoyvtoffSiç,  f.  288,  verso,  incomplètes. 

’Exi&quiwv,  sept  livres,  f.  295. 

5Ext<7ToXat,  f.  559. 

’ETriodjpuoç,  f.  546. 

IIpsc6suTtxo<;,  f.  546.  •  /.<  v J" 

N°*  2255  et  2254. 

Ces  deux  volumes  sont  la  suite  l’un  de  l’autre  j  le  n°  2255  est  le 
premier,  et  le  n°  2254  est  le  second. 

N°  2255.  —  Codex  chartaceus  quarti  decimi  sæculi,  sat  bonae 
notae ,  licet  non  admodum  antiquus. 

C’est  un  volume  petit  in-4°  de  595  feuillets.  Le  copiste  a  écrit 
en  tête  :  To  raxpov  (îtëXtov  xsptsysi  'IxxoxpdTouç  Xoyoùç  X67,  wv 
tov  xavaXoyov  supr'ssiç  Iv  tw  tsXsi  tou  JEtëXi'ou.  ’Apryoyvai  os  s|  àp- 
yjtS,  xai  TsXsioüvxat  eiç  tov  IIspl  xpOYVWG-swç  Xoyov .  ’Ev  81  tt)  dp 
TOU  fïlêXtOU  TO’JTOU  SffTl  tiç  xiva|  oxwç  av  suÿ'spwç  supoi  tiç  ràç 
xap  au tw  acôsvstwv  cpuatxàç  te  xal  otaiTr,Tixàç  psôoSouç.  *Eti 
°~  £ffTt  fx£T  ootov  xal  raXïjvoiï  e^yy^tç  twv  xap’  ‘IxxoxpdTovc; 
yXwaowv  •  xai  £ioç  'iTnroxpaTOuç  xarà  2wpavov.  *Egti  os  touoç 

XpWTOÇ. 

Ilivaç.  Cette  table  est  très  de'laille'e,  et  mérite  tous  les  éloges  que 
le  copiste  vient  de  lui  donner. 


MANUSCRITS. 


519 


FaXrjVûu  tou  'IitTcoxpaTouç  ylüxjffSjv 
vôpx0î. 

Nofxoç. 

ïlsp't  Teyvrjç. 

Uept  àp/atr^  îrjTpuc9iç. 

ïlapayYsXiai. 
ïlsp't  sùcr/^ixOTUvrjs. 

IIspl  çuotoç  àvôpwrrou,  y  compris  le  Hspt  StaiV7]ç  &y ttty5jç. 

IIspl  yovvJç. 

IIspl  oustoç  TratSiou. 

IIspl  apôpcûv. 
ïlsp't  yuutôiv. 
ïlsp't  Tpocpvîç. 

IIspl  IXxwv. 

IIspl  tSjç  tep9jç  vôaou. 

ITsp'i  vougwv y  quatre  livres. 

Iïspt  TCaGcov. 

Iïspt  twv  Ivto;  wz05v. 

ïlsp't  StotiTijç,  trois  livres.  Le  3e  livre  est  intitulé  :  Atatrr-txo; 

TptTOÇ. 

Iïspt  SVU7TV IWV. 

Ils  pi  ctytoç. 

Iïspt  XpKîiptWV  fjptspwv. 
ïlsp't  trjTpoü. 
ïlsp't  <7«px5v. 

IIsp'i  àSovxoçutaç. 

IIspl  àvaToavjç. 
ïlsp't  xapStr.ç. 

IIspl  àûSVOAV. 

IIspl  TOTCtüV  TWV  xav’  avôpOJTTOV. 

IIspl  aspwv,  uSatiov  ts  xa't  totoov. 

IIspl  &YpS>v  j^piqarioç. 

IIspl  xptcetoç. 

’Aooptaptoi. 

Il  pOVV  6)7T  txov . 

IIspl  twv  sv  xstpaX9)  TpoiaaTtov. 


520  appendice  a  l’introduction. 

Iïepl  7tpoyvw<îe<o<;  It5v.  Ceci  est  un  fragment ,  mis  hors  de  sa 
place,  du  traite'  des  Airs ,  des  Eaux  et  des  Lieux ,  et  un  indice 
de  la  manière  dont  il  arrivait  aux  copistes  de  de'ranger  l’ordre  d’un 
livre  et  de  faire  de  nouveaux  traites. 

N°  2254. —  Codex  Chartaceus  eadem  manu  scriptus. 

Même  format  que  le  précédent  ;  587  feuillets. 

Le  copiste  y  a  mis  l’avertissement  suivant  :  To  Trapov  pi6X(ov 
Treptejçet  'ImToxpaTOUç  Xoyouç  xr/ ,  àpyoasvoç  àiro  Aiaérr.ç  tSv  £etov, 
8ç  l<m  Xoyoç  a’,  xaxà  t^v  Siatpectv  tiov  IvOaSs  Xoya>v ,  xal  TfiXstoüv— 
toi  eirl  tc5v  ’ETaS^puSv  to  eëSoaov.  ’Ecrt  Se  ô  xaTccXoyo ç  ocutwv  ye- 
ypap.aévoç  Iv  tw  tIXsi  tou  jiiéXi'ou.  ’Ev  SI  T7j  apy^  tou  (jtëXiou  IotI 
6  Xowroç  crtva|  ottioç  av  eupotç  pacrzct  t3cç  Trop’  cI™oxpaTSt  cjpuoixotç 
aoQsvstaç ,  xaô’  â  sîp^xap.£v  Iv  tw  a’  tojjwd  •  outoç  SI  Icriv  ô  Seuve- 
poç.  Etal  51  xal  eTturroXal  oùtou. 

ITi'va£,  f.  1 . 

IIspi  ciamr-ç  o£ét*>v,  f.  12. 

Iïepl  (pucrwv,  f.  55,  verso. 

MoyXtxov,  f.  41 . 

Iïepl  ooTeoùV  ©uotoç,  f.  51 .. 

Iïepl  àyawv,  f.  57. 

Kot’  trjTpeiov,  f.  78. 

Iïepl  lyxaTOTotA^ç  epiêpuou,  f.  82,  verso.  Commencement  :  Iïepl  oe 
twv  ar,  xtX. 

Iïepl  yuvaixeûov,  deux  livres,  f.  85. 

Iïepl  açopcov,  f.  158,  verso. 

Iïepl  e7rixu7"(7toç,  f.  170,  verso. 

Iïepl  l7TTotpîvcov,  f.  177,  verso. 

Iïepl  oxTajAr'vwv,  f.  180,  verso. 

Iïepl  TrapÔevttov,  f.  1 82,  verso. 

Iïepl  t^ç  yuvaixeiaç  ©uoioç,  f.  1 85. 

Iïepl  lyxaTa-oar.ç  "atowu,  f.  205,  verso.  Commencement  :  ’Eyx*- 
TOTOIA^V  xtX. 

ÎIpopp7]Ttxoç  Xoyoç,  deux  livres,  f.  207,  verso. 

Iïepl  Gupiyycov,  f.  251,  verso. 

Iïepl  aîaop^oiowv,  f.  254,  verso. 

Kwaxal  Trpoyvwaeiç,  f.  256. 


MANUSCRITS. 


521 


5E7ri3r,jAiMv  sept  livres,  f.  256,  verso. 

’EitkttoXsu,  f.  563. 

Ce  manuscrit,  en  deux  tomes,  est  le  plus  complet  que  la  Biblio¬ 
thèque  Royale  de  Paris  renferme.  On  y  trouve  plusieurs  traités  qui 
manquent  dans  tous  ou  presque  tous  les  autres. 

N°  2140.  Tn-folio. 

Codex  non  omnino  vêtus,  sat  bonae  notæ,  quarto  decimo  sæculo 
scrîptus. 

‘I-rroxpaTouç  Xe^ixov,  f.  1 .  C’est  un  abrégé  de  celui  de  Galien. 

pxoç,  f.  8. 

Nojaoç,  f.  8,  verso. 

Ilepi  T£-/vr,ç,  £  10,  verso. 

Ilepi  ap^atr,;  f.  1 5. 

IlapayygXiai,  f.  19. 

Ilepi  sufr/^uoffuv/iç,  f.  20,  verso. 

Ilepi  (fuatoç  àvOpoùxou,  f.  22,  verso,  y  compris  l’opuscule  Ils pl 
otai-njç  uytstv^ç. 

Ilepi  yov5;ç,  f.  28. 

Ilepi  (putrtoç  îraiStou,  f.  50. 

Ilepi  dpQpcov,  f.  58. 

Ilepi  ^ujjlcov,  f.  62,  verso. 

Ilepi  vpocpîjç,  f.  65. 

Ilepi  iXxtov,  f.  67. 

Ilepi  tepî;?  vo<jou,  f.  71. 

Ilepi  vo’jcwv,  quatre  livres,  f.  75,  verso. 

Ilepi  xaôtov,  f.  117. 

Hepl  TWV  ivroç  7Ca0WV,  f.  1 26. 

Ilepi  Stamrjç,  trois  livres,  f.  1 46. 

Ilepi  ivuTTVtcov,  f.  169. 

Ilepi  ctyioç,  f.  171,  verso. 

Ilepi  xpictaojv,  f.  172,  verso. 

’Acpopicuot,  f.  174. 

IIpoYvwtmxov,  f.  184. 

Ilepi  âtaiTTjÇ  ù^éoiv,  f.  191 . 

ITepl  ©u<7wv,  f.  206. 

MoyXtxov,  f.  209. 


522  APPENDICE  A  l’iNTUODUCTION. 

IIspl  ocrcswv  cpuuioç,  f.  21 6. 

IIspl  à^piSv,  f.  220. 

K<rz  tTjT psïo  v ,  f.  254. 

IIspl  lyxaxaroavîç  luêpuou,  f.  257.  Commencement  :  IIspl  2=  xwv 

pï,  XtX. 

Ilspt  yuvaixsi'tov,  deux  livres,  f.  258. 

IIspl  àcpopcuv,  f.  291,  verso. 

-IIspl  STtlXU^fflOÇ,  f.  500. 

IIspl  iTTra^vou,  f.  504. 

IIspl  oxTauwrçvou,  f.  506. 

IIspl  TtapOsvtwv,  f.  507. 

IIspl  yuvaix£t7;ç  cpuatoç,  f.  508. 

IIspl  syxaTaTopâjç  7raiStou ,  f.  525,  verso.  Commencement  :  ’Enxoc- 
xaxojjLrjV  xxX. 

npop^yjxtxôv,  deux  livres,  f.  524,  verso. 

IIspl  cuptyywv,  f.  558,  verso. 

IIspl  ataop^oiûoùv,  f.  540,  verso. 

Kwaxal  xpoyvtoastç ,  f.  542,  verso.  Mutile'  au  même  endroit  que 
dans  les  autres  manuscrits. 

’EtciSt^iSv,  sept  livres,  f.  549 . 

’EiricroXal,  f.  41 4. 

'Fr'çicji.a,  f.  425. 

’Emêwjxioç,  f.  424. 

Le  discours  de  Thessalus  intitulé  IIps<7osu-ixo<;  manque. 

N°  2145.  In-folio. 

Codex  cbartaceus  quarti  decimi  saeculi.  Hippocratis  opéra  j  dibri 
sexaginta  ;  initio  index  operum  et  lexicon  hippocraticum  ordine 
alphabetico. 

Asçtxov,  f.  1 . 

'I— Troxpdxou;  ysvo;  xat  p'-OÇj  f.  1 0. 

"Opxoç,  f.  1  1  . 

Nopioç,  f.  1 1 ,  verso. 

IIcpl  Ts'^VTjÇ,  f.  12. 

IIspl  dpjçawjç  ojTpixîjç,  f.  1 5,  verso. 
ïlapayysXiai,  f.  21,  verso. 

IIspl  eùa^ïiiAoauvï);,  f.  25. 


MANUSCRITS. 


523 

IIspl  oûcioç  àvôptoTrou,  f.  25  ;  y  compris  l’opuscule  IIspl  oiaî-rr^ 

ÔYistv^ç. 

IIspl  Yovvjç,  f.  51 . 

IIspl  çu<noç  iraiS iou,  f.  52,  verso. 

IIspl  apOpcov,  f.  59,  verso. 

IIspl  yupwôv,  f.  62. 

IIspl  Tpocpiç,  f.  65 ,  verso. 

IIspl  lÀxwv,  f.  67. 

IIspl  Isp^ç  voyou,  f.  71,  verso. 

IIspl  vouccûv,  quatre  livres,  f.  76,  verso. 

IIspl  îraôcüv,  f.  111,  verso. 

IIspl  tuv  Ivvoç  7ca0wv,  f.  118,  verso. 

IIspl  Siamrjç,  trois  livres,  £.  156. 

IIspl  svuttvioûv,  f.  155,  verso. 

IIspl  ctysiOÇ,  f.  158. 

IIspl  xpicuuov,  f.  159. 

’ÀçopiffpLot,  f.  160,  verso. 
npoyvcücTixo'v,  f.  169. 

IIspl  Siat-niç  o^swv,  f.  175,  verso. 

IIspl  Cp'JCWV,  f.  1 92. 

MoyXixo'v,  f.  1 95,  verso. 

IIspl  ogtscov  <puGioç,  f.  201 ,  verso. 

IIspl  àvpwov,  f.  205,  verso. 

Koct’  MjTpeïov,  21 9. 

IIspl  IvxaTaTopiîîç  ipêpuou,  f.  221,  verso.  Commencement  :  IIspl 

OS  IWV  UL7)  xtX. 

ruvatxsiwv,  deux  livres,  f.  222. 

IIspl  âçopiov,  f.  267. 

IIspl  S7TIXU'4giOÇ,  f.  275. 

IIspl  STrrauir'voiv,  f.  278,  verso. 

IIspl  oxTauL^vou,  f.  280,  verso. 

IIspl  7îap0svi'(ov,  f.  281,  verso. 

IIspl  yuvatxswjç  ouaioç,  f.  282. 

Ils  pl  l^xaravopi^ç  iratotou,f.  298.  Commencement  :  ’E^xavaiopiv 
xvX. 

IIpopprjTixo';,  deux  livres,  f.  298,  verso. 


524  APPENDICE  A  E’iNXRODCCTION. 

Hsp't  cuptyY“vj  f-  311,  verso. 

Ilept  aîpoppotSwv ,  f.  514. 

Kwaxal  7rpoyvw<jstç ,  f.  515,  mutilées  au  même  endroit  que  les 
autres. 

’EiriSr^aiSv,  sept  livres ,  f.  521 . 

’Emo-coXai,  f.  575. 

A  la  suite  se  trouve,  sans  titre  et  d’une  main  differente ,  un  lexi¬ 
que  me'dical  qui  est  un  fragment  del’Onomasticon  de  Pollux. 

N°  214-5.  In-folio. 

Hippocratis  opéra,  iïbris  sexaginta  comprehensa,  cum  indice  et 
lexico  alphabetico.  Codex  chartaceus  quarti  decimi  sæculi. 
niv«|,  f.  1 . 

Aelixov,  f.  2. 

'ImcoxpaTOuç  yÉvoç  xat  {Sioç  xaxà  2«pavt>v,  f.  1 5. 

‘'Opxoç,  f.  14. 

No'ptoç,  f.  14,  verso. 

Hspl  T£yvr,ç,  f.  15. 
mp\  àp-/air,ç  îii)Tpix5jç,  f.  19,  verso. 
napay^eXiat,  f.  28,  verso, 
nepl  euayripioouvrjç,  f.  51 . 

nsp't  ouatoç  àv0pcü7rûu,  f.  54,  y  compris  üspi  Siarojç  uytsiv^;. 

nsp't  yovîîç  xat  7:310 tou  çuctoç,  f.  45. 

nsp't  cpuatoç  7ratoiou,  f.  46,  verso.  * 

nsp't  apôpwv,  f.  58. 

nsp't  /uaiov,  f.  96,  verso. 

nsp't  Tpoçîjç,  f.  100,  verso. 

nsp't  IXxSv,  f.  1 02,  verso. 

nsp't  tspvjç  vooou,  f.  1 08,  verso. 

nsp't  voutrwv,  quatre  livres,  f.  116,  verso. 

ns pl  TtaOtov,  f.  175. 

nsp't  T60V  Ivxoç  7Ta0WV,  f.  1  88,  VCISO. 

Hsp't  StatT7]<,  trois  livres,  f.  217. 
nsp't  èvu7rvtwv,  f.  247,  verso, 
nsp't  ctytoç,  f.  251 ,  verso, 
nsp't  xptaipttov,  f.  255. 

Acpopiaaot ,  f.  255. 


MANUSCRITS. 


525 


ÏIpoYvoJdTtxov,  f.  268,  verso. 

ITepl  SiatTTjÇ  oçétdv,  f.  277,  verso. 

Hepl  çusSjv,  f.  298. 

MoyXtxôv ,  f.  505. 

Hspl  forécov  fuaio ç,  f.  512. 

Hept  ayawv,  f.  51 7,  verso. 

Kax’  t7)TpsîoVj  f.  356,  verso. 

Hep\  lyxavaTo^ç  laêpuou,  f.  54-0.  Commencement  :  ÜHpl  Ss  «rwv 
xtX. 

Ilepl  yuvaixatov,  deux  livres,  f.  54-1 . 

Ilepl  «çopcov,  f.  409. 

Hepl  Iurtxuïfaioç,  f.  420,  verso. 

Ilepl  êmatÀ-r^ov,  f.  426,  verso, 
üept  oxTajATivou,  f.  429. 

Ilepl  roxpOevuov,  f.  430,  verso. 

Hepl  yuvaixetr,?  epustoç,  f.  451 ,  verso. 

Ilepl  lyxaTaToarîç  mttSiou,  f.452,  verso.  Commencement  :  ’Eyxa?- 
TaToarjv  xtX. 

IIpop^rjTtxoç,  deux  livres,  f.  455,  verso. 

Ilepl  cupiyycùv,  f.  475. 

Hepl  aîfxop^ofàtov,  f.  476. 

Kipaxal  irpOYvujœtç,  f.  477,  verso  ;  mutilées  au  même  endroit 
que  les  autres. 

’EmàTjULiwv,  sept  livres,  f.  487. 

’ExioroXat,  f.  573. 

’E'Jtt&op.toç,  f.  587. 
npeffësuttxoç,  f.  587. 

N°  2552. 

Galeni  et  Hippocratis  opuscula  varia,  quonirn  index  initio  codicis 
præponitur.  Codex  chartaceus,  quarti  decimi  sæculi,  sat  male 
scriptus. 

Ce  volume,  qui  porte  sur  la  couverture  :  ’Ex  t<3v  tou  TaX^vou  p, 
renferme,  non  pas  les  traites  textuels  d’Hippocrate  et  de  Galien,  mais 
seulement  des  extraits  fort  courts  de  chacun  de  ces  traites  ;  de  sorte 
que  ce  manuscrit  est  de  très  peu  d’importance  pour  la  collation  des 
textes.  Je  ne  note  que  ce  qui  est  relatif  à  Hippocrate. 


APPENDICE  A  L  INTRODUCTION. 


526 

Ilspl  Te/vr.ç,  f.  204. 

Ilspl  àp^ai'vjç  irjTptx^ç,  f.  204,  verso. 

ITapayysXiai,  f.  205,  verso. 

ITspt  i\)<jyriij.o<s\yri\<z,  f.  206. 

Ilspl  çutioî  àvOpwTuou,  f.  206. 

IIspi  yovî-ç  xal  ©u<7toç  TratStou,  f.  208. 

ITspt  apOptov,  f.  21 0,  verso. 

Ilspl  yuaoiv,  f.  215. 

Ilspl  Tpocpv-ç,  f.  21 5. 

Ilspl  IXxSv,  f.  215,  verso. 

Ilspl  isp?;?  vouaov,  f.  213,  verso. 

Ilspl  vouccov,  quatre  livres,  f.  21 6. 

Ilspl  7ra0Sv,  f.  222. 

Ilspl  vwv  svtoç  Traôwv,  f.  225. 

Ilspl  StaiTTjç,  trois  livres,  f.  224,  verso. 

Ilspl  Ivuirvwriv,  f.  22T,  verso. 

Ilspl  ctytoç,  f.  250. 

Ilspl  xptatpuov  ’fjUtspSjv,  f.  250,  verso. 

Ilspl  otatTTjÇ  6|swv,  f.  251 . 

Ilspl  ÇUGXOV,  f.  256. 

MoX*txov,  f.  257. 

Ilspl  OGTTSIOV  ÇUfftOÇ,  f.  259. 

Ilspl  àyijtSv,  f.  259,  verso. 

Ilspl  syxaraTopûiç  saëpuou,  f.  241. 

Ilspl  yuvatxstwv,  deux  livres,  f.  241 . 

Ilspl  sTaxur'dtoç,  f.  248,  verso. 

Ilspl  Ttapôsvtwv,  f.  249,  verso. 

Ilspl  yuvatxetvjç  çutrioç,  f.  250,  verso. 

IIpop^rjTtxoç,  deux  livres,  f.  251,  verso. 

Ilspl  (juptyywv,  f.  262,  verso. 

Ilspl  atfJLop^otûoiv,  f.  262. 

Kwaxal  7cpoyvcü<rsiç,  f.  265.  L’extrait  ne  comprend  rien  des  par¬ 
ties  qui  manquent,  ainsi  que  je  l’ai  note',  dans  tous  les  manuscrits  de 
la  Bibliothèque,  moins  deux. 

’E'JrtSrjU.iwv  fhëXia,  f.  267. 

’EirurroXat,  f.  277. 


MANUSCRITS. 


527 


ÜSyoXtov  sç  -o  ITpoyvMCTixov,  f.  278. 

N°  2m  In-folio. 

Codex  bombycinus  quarti  decimi  sæculi. 

Cç  volume  a  ce  qui  suit  de  relatif  à  Hippocrate. 

’E-ictoat]  'Enroxpa-ouç,  dXXoi  os  AioxXsouç,  7rpoç  nxoXsjAaïov ,  f. 
25.  En  voici  le  commencement  :  ’Etcsi&q  coi  ffuuêatvst  aous-ixcu-aTs 
fîa<7iXs<*)v  TtavTwv  ysyovevat. 

Tjrîroxpdrouç  irpo^vioîTixov,  f.  26.  Ce  n’est  qu’un  extrait. 
Fragments  des  Aphorismes  et  des  Epidémies ,  f.  55,  verso. 

N°  1868.  In-folio. 

Varia  variorum  opuscula.  Codex  cbartaceus  quarti  decimi  sæculi. 
Voici  ce  qui  appartient  à  Hippocrate  dans  ce  volume. 

Il  se  trouve  f.  568, 1 1  lignes  après  lesquelles  il  y  a  :  TéXoç  IIspl 
oocto;  dvOpoWou.  Auparavant  il  y  a  plusieurs  feuillets  blancs.  Ce 
sont  plusieurs  lignes  du  traite'  de  la  Nature  de  l’homme ,  le  seul 
fragment  qui  en  reste  dans  ce  manuscrit. 

ÏIspl  yovT]ç,  f.  568. 

ITsp'*  <py<7to;  îratoiou,  f.  569,  verso. 

ITspt  apOpwv,  f.  575,  verso. 

N°  1297.  In-4°. 

Codex  cbartaceus  quarto  decimo  sæculo  scriptus. 

Ce  manuscrit,  en  géne'ral  très  correct,  contient  des  leçons  qui 
sont  différentes  des  leçons  vulgaires,  et  qui  souvent  coïncident  avec 
le  texte  suivi  par  Galien. 

Il  contient  d’Hippocrate  : 

’Acpopicuoi,  f.  65. 

N»  2256.  In-4o. 

Codex  cbartaceus  quarti  decimi  sæculi. 

'I-Troxpdxouç  doopicaot. 

Ilpoyvtoffx'.xov. 

IIspi  Yovrjç.  Ce  n’est  qu’un  fragment  de  ce  traité. 

N°  2287.  In-4°. 

Ce  volume  renferme  relativement  à  Hippocrate  : 

Kxrà  GTOtysïov  Xsçixov  eîç  xàç  'IîTiroxpaTOuç  f.  191  .CT  est 
un  abrégé  du  Glossaire  de  Galien. 

Ilspt  Dot wv,  f.  21 4,  verso. 


528 


APPENDICE  A  L’INTRODUCTION'. 

N°  2178.  In-folio. 

Codex  chartaceus  quarti  decimi  sæculi. 

Ce  volume  ne  contient  que  des  fragments  des  Aphorismes  rela-:  . 
tifs  aux  fièvres. 

N»  2755.  In-4°. 

Codex  chartaceus  quarti  decimi  sæculi. 

ThncoxpaTOuç  lirurroXat,  f.  161. 

N°  2508.  In-quarto. 

Codex  chartaceus  sat  vêtus,  quarti  decimi  sæculi. 

'iTmroxparouç  irspl  oupcov,  f.  12,  verso.  Ce  morceau  commence 
ainsi  :  'Oxo'ffotç  oupa  racola,  OpouêtoSsa,  oXtya  oux  dbrupsToiç,  7r).^0oç 
Xêtttwv  1X6  wv  (sic)  Ix  toutcov  àpsXest  xtX.  Il  y  a  à  la  fin  :  TeXoç  tcov 
lx  tou  'l7T7roxpaTouç  Ilepi  oupcov.  Cette  première  phrase  que  je  viens 
de  rapporter,  appartient  aux  Prénotions  de  Cos,  et  se  trouve  p. 
443, 1.  14,  Ed.  Frob.  C’est  un  centon  semblable  aux  compilations 
intitulées  IIspi  xpicecov ,  Ilepi  xptovjuov,  et  qui  aurait  aussi  bien  pu 
trouver  place  dans  la  Collection  hippocratique. 

Un  autre  morceau  est  indique'  dans  l’index  de  ce  manuscrit  sous 
le  titre  de  :  Anonymus  de  Sudoribus.  Ce  morceau  est  mutile'  et 
commence  ainsi  :  KoîXa  Sia^copT^aaTa,  ^povuoTepa  ulv  toutcov  *  oXi- 
yov  SI  oXiôpta  elcr  Ta  ^uauaTtoosa ,  Ta  /oXcoSea  xtX.  C’est  encore  un 
fragment  de  la  Collection  hippocratique. 

N°  5047.  In-4°. 

Codex  chartaceus  vêtus  (  quarti  decimi  sæculi). 

'iTnroxpdtTouç  l7ri<JToXai,  f.  5. 

N°  2515.  In-4°. 

Codex  chartaceus  scriptus  anno  Christi  1 584. 

‘iTTitoxpaTouç  I-jrurroX-J)  7cpoç  îTcoXecxatov  JüaatXea  Ilepi  xaTa<rxguv;ç 
àv0pco7cou,  p.  282.  Les  premiers  mots  sont  :  2uv£CTr,xsv  6  xo'auoç 
lx  arotyetcov  S'. 

N°  2047.  In-4°. 

Codex  chartaceus  quarti  decimi  sæculi. 

ImroxpaTOuç  IîtictoX*)  Ttfoç  IlToXsuaîov  paatXéa  Ilept  xaTacxeuvjî 
àvOpcoTcou ,  f.  13,  verso.  Premiers  mots  :  2uvs<ror,x£v  ô  xoutxo;  lx 
crot^eicov  Teaaocpcov. 

'hjnroxpdtTouç  Spxoç,  f.  1 6. 


MANUSCRITS 


529 

Ce  volume  renferme  le  livre  de  Paul  d’Egine.  Qn  lit  à  la  fin  ce 
distique,  f.  502,  verso  : 

O'jvotxa  {aoi  HauXoç  •  xavpiç  Aiytva  •  xoXXà  noyr^aç 
Ilaaav  axscrzopir^  {üi'êXov  iz suça  jjuVjV- 

îsT»  2266.  In-4°. 

Codex  bombycinus  quarti  decimi  sæculi. 

Oaleni  in  Prognostica  Hippocratis,  libri  1res. 

Ejusdem  in  libros  vu  Aphorismorum  Hippocratis. 

XVe  SIÈCLE. 

N°  1884.  In-folio. 

Codex  cbartaccus  manu  Maijuelis  Gregoropyli ,  anno  1 405 
^criptus.  .  - 

Hippocratis  Prognostica,  f.  78,  verso. 

—  de  febribus.  C’est  un  centon,  f.  92,  recto. 

—  Epistola  ad  Ptolemænm  regem,  f.  95. 

—  Aphorismi  cum  commentario,  f.  1 58. 

5050.  In-8°. 

Cedex  membranaceus  vêtus  (  quinti  decimi  sæculi  ). 

TirTroxpa-rouç  s-nriaToXat,  f.  1 07. 

XVIe  SIÈCLE. 

N°  2146.  In-folio. 

Hippocratis  opéra.  Codex  sat  vêtus  (  cbartaceus,  sexto  decimo 
sæculo  scriptus). 

En  tête  de  ce  volume  sé  trouve  une  table  qui  ne  répond  pas  au 
contenu  du  manuscrit,  mais  elle  mente  d’être  mentionnée  ici,  ayant 
été  sans  doute  copiée  sur  quelque  index  beaucoup  plus  ancien.  En 
effet,  elle  contient  le  titre  de  deux  traités  perdus ,  des  Semaines,  et 
des  Blessures  dangereuses ,  l’indication  de  trois  livres  seulement 
des  Maladies ,  et  plusieurs  titres  qui  probablement  sont  des  cha¬ 
pitres  érigés  par  les  copistes  en  traités  séparés.  Voici  cette  table 
copiée  avec  ses  fautes  : 

Ta  os  sysotiv.  'iTUTTOXparou;  BtêXiov  ttp5vpv$°!0$a>ç.  Xofio;.— ’Acpo- 
pt<yp,ot.  —  IIpOYvaxrcixov.  —  Kax’  t'/jTpiov.  —  ïïspt  àxpeov.  — Jïspt 
apôpoiv.  —  Ilspt  twv  iv  x£çpaX9j  TpMtxemov.  —  Iïspi  àsptov,  totuüv  , 

34 


TOM.  I. 


530 


APPENDICE  A  L’INTRODUCTION. 

uSa-rcov.  —  ’EttiSyiuiSv  et,  8',  y',  s',  £'•  —  IIspl  «puaewç  àv- 

dpcoîTou.  —  Ilspt  epuastoç  itatotou.  —  IIspl  outjswç  yov9;ç. —  Ilspt  lîrt- 
xu^ortoç. —  IIspl  irTapt^vou. —  Ilspt  oxvap$vou.  —  Ils  pi  7rap0sv(ov. 
—  IIspl  yuvaixswjç  ©uctoç. —  IIspl  6Ôovto©ui7]ç.  —  IIspl  tothov  tcov 
xaT5av0pw7rov.  —  IIspl  yuvatxsuov,  a',  .  —  IIspl  àcpdpcov.  —  IIspl 

lyxa-caToiAYiç  iratStou. —  IIspl  ûypwv  ^pvfatoç. —  IIspl  Tpooîiç. — IIspl 
StatTTjTtxSv ,  a',  ji',  y',  uytsivov.  —  IIspl  vouctov  a  7  8',  y'.  —  IIspl 
7ra0tov.  —  IIspl  Ivto;  TraOwv.  —  IIspl  Ispvjç  voucou.  —  IIspl  sêoo- 
ptaotov.  —  IIspl  xptctjAWV.  —  IIspl  lÀxwv.  —  IIspl  Tpcoptaccov  8Xs- 
Optoov. —  IIspl  psXwv  i^atp'4<njoç. —  IIspl  atptop^otSwv. —  IIspl  oap- 
udxcov.  —  IIspl  sXsêopou.  —  IIspl  xXuaucov.  —  IIspl  .  — 

IIspl  aSsveov.  — ^XoptiXtriç.; — •  Mo/Xtxo'v.  —  IIspl  oaxscov  cpufïtoç.  — 
IIspl  ctytoç.  —  IIspl  xapSwjç.  — IIspl  a©  poStctcov.  —  IIspl  aapxwv . 

- —  IIspl  xptffsojç. —  Il pop^7jTixo v,  a,  8'.  —  K w taxai  7rpoyvc6sstç. — 
Ilspt  ^uptwv.  —  IIspl  tpuustoç.  —  IIspl  apyjxir^  t7]Tptx5jç.  —  IIspl 
TT/yr^.  —  IIspl  IryooZ.  —  IlapayysXtat. —  IIspl  su tr/yuc cuvyç.  — 
IIspl  yvwjjtTjÇ. —  ’EirtaroXat. —  ’ETCt&opitoç. —  IIpscjêsuTixôç. 

Cette  liste  rappelle  la  disposition,  suivant  Suidas,  de  Ja  Collec¬ 
tion  hippocratique.  Suidas  dit  que  les  œuvres  d’Hippocrate  se  com¬ 
posent  d’abord  du  Serment ,  puis  du  Pronostic ,  en  troisième  lieu 
des  Aphorismes ,  en  quatrième  lieu  du  ce'lèbre  'E^^xovxaêtêXo; 
(la  Collection  des  soixante  livres). 

Voici  ce  que  contient  le  no  2146  : 

"Opxoç,  f.  1 . 

Noptoç ,  f.  1 ,  verso. 

’Açoptcptot,  f.  2. 

npoyvwoTixov,  f.  14,  verso. 

IIpoç  tolç  xvtStaç  yvtoptaç  $  irspl  7rct<rdv7]ç,  f.  22. 

Kav’  îrjvptov,  f.  41 ,  verso. 

IIspl  âxfjiwv,  f.  44,  verso. 

IIspl  ap0po)v,  f.  61,  verso. 

IIspl  xtov  Iv  xs^aÀT)  Tptoptdxwv,  f.  92,  verso. 

IIspl  àspœv,  ôSaxiov,  totîwv,  f.  1 08,  verso. 

’ETaoyptitov,  sept  livres. 

nspl  ?ua toç  d v0 pw7rou ,  f.  1T9,  verso,  y  compris  le  IIsp!  o-atV^ 
6ytstv9;ç. 


MANUSCRITS 


531 


IIspl  cpucioç  iratStoo,  f.  1 87. 

IIspl  yovy;<;7  f.  198,  verso. 

Ilept  iTCtxu^atoç,  f.  201 ,  verso. 

IIspl  sTcraar'vou,  f.  206,  verso. 

IIspl  oxvaur'vou,  f.  207,  verso. 

ITspt  Trapôs vt»>v,  f.  210,  verso. 

ITspt  yuvatxstVjÇ  çuutoç,  f.  21 1 . 

Ilept  oSovTosutaç,  f-  227,  verso. 

IIspl  tottwv  tcov  xav’  av0pa)7tov,  f.  228,  verso. 

TuvaixEtcov,  deux  livres,  f.  241 ,  verso. 

IIspl  yuvatxstwv  ,  rl  IIspl  dbopcov,  f.  307,  verso. 

IIspl  IyxaTa'ro;ji5;ç  TratStou,  f.  51 8. 

IIspl  tTjTpou,  f.  518,  verso. 

IIspl  xptsstov,  f.  52l . 

IIspl  xapStrjÇ,  f.  524,  verso. 

IIspl  capxwv,  f.  526. 

IIspl  aosvwv  ouXojxsXtrjÇ,  f.  531 . 

IIspl  àvaTotxî-ç,  f.  538,  verso. 

TExurroXal ,  f.  559. 

Aoy[xa  ’AôrjVattùv,  f.  347. 

IIpsffêsuTixdç,  f.  598. 

N°  2148.  Iq— folio. 

Hippocratis  et  Galeni  quædam.  Codex  cliartaceus  sexti  decimi 
saeculi. 

"Opxoç,  f.  1 . 

ÎSo'fMÇ,  f.  1. 

IIspl  xéyyrfo  f.  1 . 

IIspl  vouccov,  quatre  livres,  f.  7,  sans  titre. 

IIspl  xaôwv,  f.  26,  verso. 

IIspl  tSv  Ivtoç  Traôüîv,  1.  50.  verso. 

IIspl  StatTTjÇ  vpsTç  Xoyoi,  f.  59. 

IIspl  svu7rvttov,  f.  48,  verso. 

IIspl  ctytoç,  f.  49,  verso. 

IIspl  xptctptwv,  f.  50. 

Ilepl^StatTrjÇ  6% stwv,  f.  50. 

IIspl  (Tuptyytov,  f.  56,  verso. 


552  APPENDICE  A  L’iNTRODCCTION. 

Ilspt  aiu.op£oîStov,  f.  57. 

üep'i  f^xiov,  f.  57,  Terso. 

Ilept  îcpîjç  vocou  xaXeoptévïiç,  f.  59,  verso. 

Ilspt  TToSaypwvrcùv,  f.  61 ,  verso.  En  voici  les  premiers  mots , 
°Ogoi  ptev  r,  ygpovTeç  vj  rcsp'i  TOtctv  apôpotctv  I-rmoptouaTa  syowjiv 
xtX.  Ce  fragment  est  un  morceau  du  2e  livre  des  Prorrhêtiques , 
p.  417,  Ed.  Froben. 

N°  2550.  Petit  format. 

Cedex  cbartaceus  sexli  decimi  sæculi. 

Hippocratis  Aphorismi. 

—  Prognosticon. 

N°  2147.  In-folio. 

Codex  cbartaceus  sexti  decimi  sæculi. 

'iTTTTOxpaTouç  ?j  IloXuêou  pta6r,Toy  Ilspt  <py<récoçTtat3i'ou.  Incomplet. 

Ilept  epufftoç  avôpuncou. 

Ilept  StavrrjÇ  tmv  S'  xatpwv. 

n^p't  yovvK. 

Fragment  des  Aphorismes,  ayant  pour  titre  :  Touto  eçr'yr^tç 
2vecpavou,  et  commençant  à  :  ’Eirt  ireptirveuptoviTj  opevtxu;  xaxov. 

N°  2257.  In-4°. 

Codex  cbartaceus  vêtus  (sexti  decimi  sæculi). 

’Açopicptol  tou  'iTrcroxpaTTj  (sic),  cum  commentariis  et  glossis  in- 
terlinearibus  adtextum  Hippocratis.  (La  septième  section  n’est  pas 
tout-à-fait  achevée.) 

’EçyyriOtç  TaXrjVOu  elç  touç ’Açoptffuouç  'I—oxparouç,  f.  120.  Ce 
commentaire  de  Galien  ne  va  que  jusqu’à  l’apborisme  rAIXe-irrat  xat 
àxptêéeç  otaivat  xtX. 

’E^pifftç  raXr,vou  eiç  to  IIpoy'^CTtxov  'LnroxpaTOUç,  f.  129. 

N°  2149.  In-folio. 

Codex  cbartaceus  sexto  decimo  sæculo  scriptus,  recenti  sed  va- 
.  riâ  et  sat  eîeganti  manu. 

©socpûœù  iÇijpiatçeU  to ùç  ’A^optcrptouç  iTriroxpaTouç,  f.  1. 

N°  2260. 

Codex  cbartaceus  sexti  decimi  sæculi,  sat  malæ  notæ. 

Ce  manuscrit  ne  contient  que  quelques  fragments  des  Apho¬ 
rismes. 


MANUSCRITS 


533 


N°  21 66.  In-folio. 

Codex  charlaceus,  sexto  decimo  saeculo  scriplus,  littera  recenti  et 
diversa  scriptus. 

raXrjvou  ô-reop.vr'fjia'ra  elç  to  IIpo^Tixov  'Enroxpa-rouç,  f.  89. 

N°  3052.  In-4°. 

Codex  chartaceus  sexti  decimi  saeculi. 

’Apra^sp^ou  xal  *l7nroxpaTOuç  s7rurroXal  dpto  tëa  ta  t,  f.  58. 

N°  1527.  In-folio. 

Codex  chartaceus  anno  1 561 ,  sed  ex  antiquiore  transcriptus. 
*IinroxpdcTOOÇ  imaroXa].  Aatiay^Tto  yatpetv. 

N°  2240.  In-folio. 

Codex  chartaceus,  sexti  decimi  saeculi. 

’ETCtcroAr]  *l7ncoxpdcToui;  -rpo?  IlToXep.aïov.  Oî  Ss  cpaalv  ’AXs^av- 
Spou  tivoç  ïaTpoû  Soxtptov,  f.  1 57.  En  voici  les  premiers  mots  :  ’Etci- 
{jlsXoujasvoç -nj?  <n;ç  ôysiaç,  w  ëaatXeïï  xtX. 

N°  2261.  In-4°. 

Codex  chartaceus  sexti  decimi  saeculi,  sat  eleganti  manu  scri¬ 
ptus. 

Solutiones  ad  proposita  Hippocratisj  medicae  et  naturales  quæ- 
stiones.  Initium  :  Atà  zi  (pyjeriv  ô  ïIïr7roxpd,nqç  ot  ^u^pot  îêpZzeç  xtX. 
f.  163. 

MANUSCRITS  DÉSIGNÉS  COMME  ANCIENS,  SANS  AU¬ 
TRE  INDICATION  DE  DATE. 

N°  2269.  In-8°. 

Codex  Chartaceus  vêtus,  non  sine  lacunis. 

TuTtoxpaTOuç  IlpoyvtOîmxou  -ca^aaTa  rp(a,  f.  68. 

Ilspt  ouptov  ex  zZv  TinroxpaTouç  xal  aXXwv  tivSv,  f.  94. 

IIspl  çXeêoropitaç  ix  twv  T7nroxpaTOuç. 

N°  2258.  Petit  format. 

Codex  chartaceus  vêtus. 

TinroxpaTou;  ’Açoptapict. 

N°  2596.  In-4°. 

Codex  charlaceus  vêtus,  sat  eleganter  scriptus. 


554  APPENDICE  A  l’iNTRODDCTION. 

*It nroxpavouç  jîtoç  xa~à  Stopavo'v,  f.  1 84. 
tfOpxoç,  f.  183,  verso.  A  la  suite  du  Serment  on  trouve  les  vers 
suivans  : 

<ï>p£Vtov  xaGaponriva  xal  xeyvr,?  {3»0oç , 

Kai  voû  icXarucpiov  xal  Siavoiaç  yuctv  , 

Ka'i  twv  cpuffixwv  àxpiêeîç  ôecopiaç 
‘iTnroxpaTou;  Oaujxa^s  tou  Kcooo  ,  lève  , 
sOç  ’Acpoptapiouç  IxTiOci;  coç  xavovaç,  - 
Kai  otov  àpyàç  tavpix^ç  xal  vojjlouç  , 

•Trjv  ~acav  cuveraljev  iv  toutoiç  'zk/yry , 

Ko<7u.7]caç  aurV  Oaufiacrat;  Teyvoupyiatç, 

Kai  ouvayaywv  xal  «ruvappio'aaç  aovoç 
TV  TCp'tV  àxaxTtoç ,  àaacpcoç  iyycticuivry. 

’IcoàvvrjÇSYpa^s.  'Hncoxpatouç  ’Açopiapiôv  Tfxrjaa  xpwvov. 

Ce  n’est  qu’un  fragment. 

N°  225g.  In-4°. 

Codex  chartaceus  vêtus. 

’Aoopio-txot. 

N°  2248.  In-folio. 

Nicetæ  collectio. 

Codex  chartaceus  spissus,  scripturâ  veteri,  sat  eleganti. 

‘iTntoxpa-rouç  xav’  IvjTpeïov,  f.  18. 

Ilepl  àyp.5v,  f.  23,  verso. 

Ilepl  apôptov,  f.  51 ,  verso. 

Ilepl  t5v  iv  xecpaXîî  TptopuxTwv,  f.  105,  verso. 
MoyXtxov,  f.  117. 

Ilepl  doréiov  cpuaioç,  f.  1 28. 

Ce  manuscrit  contient  des  figures  de  bandages. 

N°  2247.  In-folio. 

Codex  chartaceus  recenti  manu  scriptus.  Ilunc  codicem  cardina- 
lis  Rodulphus  misit  Francisco  Primo. 

Collectio  variarum  operationum  chirurgicarum  ex  variis  aueto- 
ribus  compacta  a  Niceta,  continens  capita  dxviii. 

'I-Trxoxpa-Guç  Kax’  irjTpeïov,  f.  1 3. 

Ilepl  àyp itov,  f.  1 6. 

Ilepl  apôptov,  f.  55. 


MANUSCRITS 


535 


Ilept  Tiüv  Iv  xsçaXîî  TpwfxaTWv,  f.  75,  verso. 

MoyXtxov,  f.  79,  verso. 

IIspi  oaxeeov  cpuatoç,  f.  82. 

Ce  manuscrit  contient  des  figures  de  bandages. 

MANUSCRITS  SANS  DÉSIGNATION  D’AGE. 

No  1885.  In-folio. 

Codex  chartaceus. 

Atàa<7xaXta  xat  cpiXooocpta  xôjv  xat  cocpcoTaTtov  ap- 

yttTpwv  (sic),  xoü  ts  'Y~oxpaxou<;  (sic) ,  xat  TaX^voû  tou  auxo:p.ot- 
ttjtou  -rrspt  Ttov  Tsccapwv  croiysuov,  f.  55,  verso. 

’Apx^l  gtjv  ®£C~J  *Y“P*  'Dnroxpaxouç  npo-p/coffrixov,  f.  67. 

’Apyr]  oùv  @sS)  aytto  twv  Acpopiapuov  TîTicoxpaTOuç ,  f .  74,  verso. 
Ce  sont  des  fragments  des  sept  sections. 

’Acpoptaptoi,  f.  89.  Le  commencement  de  la  première  section 
manque;  un  commentaire  y  est  joint:  le  dernier  aphorisme  com¬ 
menté  est:  Toïç  ato  tract  v  toîç  uypàçsyoua’t  toc;  càpxaç  Xtptov  epLXotetv. 

N°  56.  In-4o. 

Codex  chartaceus. 

el7T7roxpaTouç  TrpoYvcodTtxov,  f.  1  7. 

TînTOxpaTouç  cùpoptjpof,  f.  50.  En  face  des  Aphorismes  on  voit 
une  figure  d’Hippocrate  avec  cette  inscription  :  O&toç  i< mv  6  ôau- 
aafftwxaToç  ‘YïroxpaxrjÇ  ;  le  reste  n’est  pas  lisible. 

KecpoXaix  xr/  irepl  StaiTr,?  ollewv  TTnroxpaTouç,  f.  55. 

IlauXou  ’Eytvtxou  (sic)  Ix  tou  el7nroxpaTouç  xat  FaXvjvoü  IxXoya  t 
TT sp\  CpÀEÉjOTOpttWj  L  96. 

No  2219.  In-folio. 

’Acpoptcptot.  Ils  sont  mutilés,  ils  commencent:  Oc  ôyutvà  ia.  cto- 
aaxa  I^ovxeç  iv  x9;oi  çap[i.ax£tr,(7t. 

N®  2516.  In-folio. 

Codex  chartaceus. 

’Acpoptcptot,  f.  9,  verso.  Ils  sont  accompagnés  d’un  commentaire 
très  bref. 

Il  y  a  aussi  des  fragments  du  Pronostic . 


536 


APPENDICE  A  l/lNTRODCCTIOX. 
N°  2258.  Petit  format. 


’AçpOplff[fcOt. 

•N*  2224. 

Ce  manuscrit  ne  contient  (  f.  13,  verso  )  que  quelques  fragments 
des  Aphorismes. 

N°  2257.  In-8°. 

Aphorismes  avec  un  commentaire,  f.  1 . 

Fragment  des  Aphorismes  avec  le  commentaire  de  Galien ,  pag. 

120. 

Pronostic  avec  le  commentaire  de  Galien. 

2166. 

Prorrhe'tique,  premier  livre  avec  le  commentaire  de  Galien. 
#*■2219.  In-folio. 

Codex  chartaceus.  Collectanea  medica,  et  nonnulla  physica  ex 
variis  aüctoribus. 

‘iTnroxpavouç  ’Acpopuiuoi ,  f.  74.  Mutiles  ;  ils  commencent  par  : 
CK  ôyietvà  va  «oja ara  eyovreç;  et  ils  ne  sont  pas  terminés. 
ÏIpoyvtooTixov,  f.  103,  verso.  Fragment. 

N°  205,  Supplément.  In-folio. 

Codex  chartaceus. 

*l7nroxpcçrouç  I— taroXai',  f.  54. 

N°  1760.  In-4°. 

Codex  scriptus  manu  Michaelis  Suliardi. 

’EncTToXat  ’Apra£sp£ou  xal  'iTnroxpà-rouç  î^-rpou  Ktoou. 

N*  2894.  In-folio. 

Codex  bombycinus. 

Etcictoat]  l7nroxpaTOuç  ttûoç  IÏToXsp.aIov  pact/ia  7tepi  xava- 
<7X5uï]ç  avOptoîTou,  f.  534.  Premiers  mots  :  2uv£<rrrjxev  b  xocpioç  ix 
'reaaapwv  crot^eicov. 

N°- 165,  Supple'ment. 

Exk7toX7]  IinroxpaTooç  7rpoç  ÜToXeixaiov  paciXsa  xspi  xaTaaxsu/)? 
dvepwuou.  Premiers  mots  :  SuvicTTixev  6  xoajroç  Ix  cvoi^euov  ves- 

capwv.  ^ 

N°  552,  Supplément.  In-folio. 

Codex  Yaticanus,  n°  997. 


MANUSCRITS 


537 

’E-tckjtoXt)  ‘I-joroxpaTouç  etç  IÏToXeuaïov  (3a<rtXea,  f.  14-5,  verso. 
Premiers  mots  :  ,E‘7rip.sXo4u.evoç  tv \ç  <njç  uyeiaç,  w  SactXsu. 

N°  1650.  In-4°. 

Codex  bombycinus. 

De  variis  hominum  juxta  Hippocratem  et  Pythagoram  ætatibus. 

Hippocratis  epistola  ad  Ptolemæum. 

N°  2261. 

Ce  manuscrit  ne  contient  que  des  explications  peu  importantes 
sur  des  passages  isolés  d’Hippocrate. 

N°  2652.  In-4°. 

Codex  cbartaceus. 

Anonymi  quæstiones  ad  medicinam  pertinentes  ;  initium  :  Atà  tC 

ÇTjUtv  6  T^TwTroxpànrjç. 

Hippocratis  epistolæ. 

Dans  les  manuscrits  dont  je  viens  de  donner  la  notice,  on  peut 
distinguer  quatre  familles  particulières. 

Première  famille.  —  Elle  est  représentée  par  les  manuscrits 
2254  et  2255  ,  qui  sont  la  suite  l’un  de  l’autre.  Ils  sont  complets 
et  renferment  tout  ce  que  nous  possédons  de  la  Collection  hippocra¬ 
tique. 

Deuxième  famille.  —  Le  n°  2146  y  appartient ;  il  est  complet 
également  ;  mais  les  matières  y  sont  autrement  disposées  que  dans  les 
manuscrits  précédents;  et  il  a  souvent,  avec  l’édition  d’Alde,  des 
ressemblances  que  ces  derniers  n’ont  pas. 

Troisième  famille. —  Elle  est  formée  par  les  manuscrits  2144, 
2141,  2140,  2145,  2145.  Ces  manuscrits  ont  entre  eux  la  plus 
grande  analogie;  ils  contiennent  les  mêmes  traités ,  rangés  dans  le 
meme  ordre;  il  leur  manque  à  tous  plusieurs  ouvrages  qui  ne 
manquent  pas  aux  deux  familles  précédentes  ;  dans  tous,  les  Pré¬ 
notions  de  Cos  sont  mutilées  au  même  endroit.  Ils  proviennent 
donc  d’un  original  particulier  qui  présentait  toutes  ces  particu¬ 
larités. 

Quatrième  famille.  —  C’est  celle  du  2255.  Malheureusement 
ce  manuscrit  ne  contient  qu’un  très  petit  nombre  des  écrits  hippo¬ 
cratiques;  j’en  ai  exposé,  dans  le  IIe  paragraphe,  les  caractères. 


538 


APPENDICE  A  L’ INTRODUCTION. 

Les  autrès  manuscrits  ne  renferment  que  des  portions  isolées  de 
la  Collection;  je  ne  les  comprends  pas  dans  l’une  ou  l’autre  de  ces  fa¬ 
milles. 

Les  manuscrits  contiennent  des  notes,  des  explications,  des  «do¬ 
ses  qui  sont  quelquefois  instructives  ;  ainsi  je  rappellerai  la  grande 
note  du  manuscrit  2255  que  j’ai  citée,  p.  76  de  ce  volume,  et  que 
je  transcrirai  en  son  lieu  et  place.  Elle  a  mentionné  une  explication, 
relatée  nulle  part  ailleurs,  de  Bacchius,  de  Callimaque,  de  Philinus 
et  d’Héraclide  de  Tarente  ,  ce  qui  est  précieux  ,  parce  que  ce  sont 
les  plus  anciens  commentateurs  d’Hippocrate;  elle  a  conservé  une 
phrase  de  Xénophon  de  Cos,  dont  rien  ne  reste  que  ces  quelques 
mots  cachés  dans  un  manuscrit;  et  elle  m’a  permis  de  rapporter  à 
son  auteur  une  allusion  que  Galien  avait  fait  sans  nommer  l’écri¬ 
vain  qu’il  citait. 

La  connaissance  de  ces  gloses  a  une  autre  importance ,  c’est 
qu’elles  s’introduisent  souvent  dans  le  texte  et  en  chassent  la  véri¬ 
table  leçon.  Par  exemple,  dans  le  traité  des  Articulations  se  trouve  le 
mot  îrXotoSr^  (p.  478,  1.  18 ,  Ed.  Froben)  ,  qui  a  paru  obscur;  il 
s’agit  de  la  mobilité  de  la  clavicule.  Aussi ,  dans  le  2141 ,  au-des¬ 
sus  de  7rXo(o$7)ç  est  écrit  en  rouge  àcro^pixTo?  ;  dans  les  manuscrits 
2140  et  2142,  dcrrr'pucToç  est  écrit  à  la  marge;  enfin,  dans  2145, 
-xXocoor;;  a  disparu ,  et  on  ne  lit  plus  dans  le  texte  que  â<jrrlpiy.zoç. 
Je  pourrais  citer  bon  nombre  d’exemples  semblables.  Je  noterai 
avec  soin  ces  gloses. 

Ce  qu’on  peut  tirer  des  manuscrits  pour  la  critique  des  textes 
hippocratiques  sera  accompli ,  quand  on  aura  fait  pour  toutes  les 
bibliothèques  ce  que  j’ai  fait  pour  celles  de  Paris,  c’est-à-dire  quand 
on  les  aura  dépouillées  et  qu’on  en  aura  publié  les  variantes.  Je  n’a¬ 
vais  aucun  moyen  d’accomplir  une  pareille  tâche,  et  ce  sera  à  d’au¬ 
tres  à  compléter  ce  qui  manque,  sur  ce  point ,  à  mon  travail.  Je 
pense,  en  effet,  qu’une  recherche  soigneuse  dans  les  grandes  bi¬ 
bliothèques  d  Europe  ne  serait  pas  infructueuse.  J’en  juge  par  la 
préface  de  l’édition  de  Mack,  où  cet  écrivain  signale  quelques  cor¬ 
rections  qui  lui  ont  été  fournies  par  les  manuscrits  de  la  Bibliothè¬ 
que  Impériale  de  Vienne,  et  qui  ne  se  trouvent  nulle  paît  ailleurs. 
Jen  juge  encore  par  la  Bibliothèque  même  deParis;  cette  bibliothèque. 


-IIANUSCRITS.  539 

si  connue  et  si  fréquentée,  m’a  fourni  une  traduction  ine'dite  du  traite' 
des  Semaines,  l’explication  de  ce  qu’est  la  8e  section  des  Aphoris¬ 
mes,  la  clé  de  la  composition  des  compilations  intitulées  des  Cri¬ 
ses  et  des  Jours  critiques,  la  restitution  d’une  lacune  considéra¬ 
ble  dans  le  livre  de  ¥■  Ancienne  médecine ,  et  beaucoup  de  va¬ 
riantes  et  de  leçons  importantes  qui  n’avaient  encore  été  consignées 
nulle  part  (i). 

(l)  Je  dois  à  la  complaisance  de  M.  Salomonsen  ,  bibliothécaire  à  la 
Bibliothèque  Royale  de  Copenhague ,  la  notice  suivante  sur  un  manuscrit 
de  cette  bibliothèque  qui  renferme  la  plupart  des  écrits  hippocratiques. 
L’ordre  dans  lequel  les  traités  y  sont  rangés,  et  l’absence  de  plusieurs  mon¬ 
trent  que  ce  manuscrit  appartient  à  ce  que,  dans  la  Bibliothèque  Royale  de 
Paris ,  j’ai  appelé  troisième  famille.  Seulement  on  y  remarque  une  note 
sur  les  anciens  commentateurs,  Bacchius,  Zeuxis  et  Asclépiade,  note  qui 
manque  dans  nos  manuscrits.  M.  Salomonsen  a  bien  voulu  m’envoyer  en 
même  temps  les  variantes  qu’offre  ce  manuscrit  pour  le  traité  de  la  Nature 
de  l Homme;  je  les  consignerai  en  leur  lieu  et  place. 

ccBibliotheca  regia  magna  Hafniensis  nonnisi  codicem  unum  ms.  continet, 
qui  maximam  partem  eorum  scriptorum ,  quæ  sub  Hippocratis  nomine 
vulgo  circumferuntur,  exhibet.  Hujus  cadicis  mentionem  jam  fecit  Küh- 
nius'm  historia  literaria  Hippocratis  (Hipp.  opp.  omn.  T.  I,  p.  CLXXXVII.) 

«  Cum  manuscripti  codices  Bibliothecæ  regiæ  e  pluribus  partibus  con- 
stent,  ut  quoque  sensim  sensimqué  ad  illam  pervenerunt,  ille  codex  Hippo¬ 
cratis  ad  eam  partem,  quæ  et  præstantissima  et  antiquissima  est,  videlicet 
ad  Cpllectionem  veterem  regiam  pertinet,  n°  224  insignitus  est.  Eius 
descriptionem  nunc  breviter  appanam. 

«  Est  autem  ille  Cedex  chartaceus  maximæ  formæ  ,  characteribus 
paullo minoribus  diligenter  exaratus,  ejusque ætas sæculum XV vixsuperat. 
In  marginibus  variantes  lectiones ,  præfîxa  nota  rp.,  pâssim  occurrunt. 
Inilium  facit  wtva£  t r;  î— cx-pavcu;  l^wovTaêiêXon,  ad  cujusfinem  leguntur 
hæc  :  i-TTSov  on  ci  irpcdprpioocpéèvot  toc  Ïotto cxpocTOU?  fhëXioc,  orpe  tgü  rocXr.voü, 
ecgcv  c’JTCt-  ZsDçéç  TE  xal  àpoôâtéÆr,?.  Oùx  et;  nocvTa  (non  âorocvToc  ut  Küh- 
nius  habet)  Se  Bây.yj-O'.  A<r/-Xr,onoc<5Y,;  S’  si;  oXtqiffra.  Tabulam  excipiunt 
ea,  quæ  pleræque  editiones  præbent,  tali  ordine. 

a,  roXïivoü  t£»v  iorTrcxpecTCu;  qrX&xTawv  xci;.  b,  iTorcxpocTcy;  pte?  xat 
ysvoç  xocrà  2&>s avov.  c,  bm.  ôpxo;.  d,  ÉTEpoç  opxc?  e,  voaoç  bror.  f, 
ors pl  t ix'rr,ç.  g,  IIcpl  àpyatr,;  wirpucî;.  h,  î~.  napa-^sXiat.  i,  Ilepl  eùayjn- 
p.o<rj V7,?.  k,  üspl  cpù G’.oç  àvôpâîrou.  1,  IIspl  Jcat-mç  [vulgo  ÏIcp:  B.  uy.ee vr?]* 
m,  rtepl  pvatxwv.  n,  bon.  ITepl  qcvr?  -al  xok^îou  ç>’jgeg>;  [in  marg.  Toüto 
IIcX’jSov  Etvot  çraiv  c  r«Xr,vo?.]  o,  ïmz.  Hep!  o6gîo;  otokSigu  ,  rroc  TCeP’- 
nXocoetoç  àvOpwroco.  p,  br IIcp’.  âpôpwv.  q,  Ilep'.  yuu.ë>v.  r,  îlesc  .p o©r.«.  s. 


540 


APPENDICE  A  e’intRODDCTION. 


S  4. 

Des  éditions  et  traductions  complètes  de  la  Collection 
hippocratique. 

Je  termine  Y  Appendice  à  l’Introduction  par  la  notice  des  édi¬ 
tions  et  traductions  complètes  delà  Collection  hippocratique j  je  les 
ai  rangées  par  ordre  de  date. 

Hippocratis  Coi  medicorum  omnium  longe  principis  octoginta 

Dept  sXxwv.  t,  Ilepl  Esprç  vo'ffou.  u,  üspl  voatov  irp^Tcv,  w.  vouccov  |J',  -iz.  voua, 
•y',  ÏIspl  v.  v,  Îîttt.  mpl  iraôwv.  x,  hrir.  Ilspt  rêôv  svtgç  -Traôüv.  y,  mp! 

*7*pcÔTGV*  nepl  8taurr,s  &EÛTEpOV  ,  StatTT-tXGÇ  r.  2,  Ilôfl  IvU îTVttOV. 
[Inc.  Ilspt  Ss  tôv  Texpwptcov].  aa,  î-~.  IIspl  cytG?.  bb,  Il3pl  xptaûjuov. 
cc,  Î7T77.  à<pcptap.ot.  [Aphorismi  interjecti  nonnisi  ad  fînem  Aph.  VI,  per- 
tingunt.]  dd,  Imr.  ■jrpo'yvtoaTixov.  ee,  Itttt.  Ilspt  Jtatraç  ct-s'tov.  Ot  Je,  Ilspt 
îmaàvr,?,  Ot  <5$,  wpoç  ri?  xv.^ta?  *yv<ou.a?.  ff,  Îttst.  Ilspt  epu  atôv.  gg,  {ze^Xtxsv 
l-OTroxpaTGU?.  hh,  1-jnr.  Ilspt  cots'cov  çûatoç.  Incip.  Ôarsa  -/stpo?  sûtcct  sîttsc. 
Desin.  yptoascTtov.  ii,  Isxr.  Ilspt  à-ypwbv.  kk,  Itt— .  xar’  îxTpstov.  11,  Itt-y.  Ilepl 
êrpuna.T6u.ÿç  èu.op'jcu.  mm,  Ilspt  yjvatxs’wv  a’,  un,  iwîr. -yuvaxstov,  to 
S'sûrspov,  oo,  1t tjt.  Ilepl  àœoptov  Tptrov.  pp,  hrw.  Ilspt  sttixotoicç.  qq,  Iskt. 
Ilspt  iirraanvou.  rr,  ôxTap.rvou.  ss,  Iîïtt.  Ilspt  îrapôsvtcov.  uJttt:.  Ilspt 
•yuvatxstnç  tpuaio;.  uu,  1“.  Ilspt  è~pux.T<L-cu.rx  Tsat^tou  [idem  quod  Ilspt 
e-pca-r.  sptê.]  ty,  îtTTT.  îTpoppxTtxôîXryo;  irpwTOv.  xx,  trrz.  arpcpp.  X.  Jsurspoç. 
yy,  Itttî.  nspl  cupt-pywv.  zz,  îirr.  atu.cppctS'wv.  aaa,  Itttt.  xtpoxal  Trpcp  toast?, 
bbb  Iitît.  sîTt^ctJttâv  libriVII.  ccc,  EmaroXat  iTTGTGxpaTOU?  îr/rpou  xcogu  àoxX-fi- 
TTtâ&sco.  [Inter  cpist.  est  Ilspt  ptavta?  et  inscribitur  :  Axutoxp.  isrîTexpaTr,  mpl 
ptavir,?.  Item.  I-rrrr.  Ar.utcxptTto  IIspl  DAsêcptaptoü.  Item.  Axacxpiro?.  î~. 
üspl  <pûa.  àv0p.]  npsaêsyTtxoç  desinit  in  xerbis  xat  -cts  u-txptôv  pts*yoXot  xpo- 
e^st6r(aav.  (  hæc  et  sequens  pagina  alba  relicta.)  Codicem  claudit  recensio 
medicamentorum  eorumque  virtutum. 

«  O.  D.  Bloch.  Dr.  et  professor,  Bibliothecæ  académie®  Hafniensis 
subbibliothecarius  qui  plurium  auctorum  grœcorum  editionem  paravit, 
ex  hoc  etiam  Codice  super  aliquot  hippocratica  scripta  variantes  lectiones 
énotavit  easque  cum  novissimo  Hipp.  editore  C.  G.  Kiihnio  commu¬ 
nicant.  Contulit  enim  cum  editione  Kuhniana  :  a.  \  825,  I ,  IlapayyeXtat. 
2,  npoptoartxov.  3,  IIspl  tsprç  vo'aou.  A,  üspl  ts'^vx?.  5  ,  üspl  eia^r.u. caû- 
vYi?  ;  præterea  partem  Glossarum  Galeni  in  Hippocr.  cum  edit.  Franzii,  et 
Sorani  vitam  Hipp.  cum  ed.  Basil.  1536.  fol. 

a*  <827’  4»  nsfl  svtKtvCtov.  2,  mpl  Tpoto^ç.  3  y  nspl  Siaîms  g|scov.  h, 
IIspi  à-yawv.  5,  IIspl  âpôptuv. 

a.  1828,  1,  üspl  xaôcôy.  2,  ÈirotgX». 


ÉDITIONS  ET  TRADUCTIONS  COMPLÈTES  54 1 

volumina  ,  quibus  maxima  ex  parte  annorum  eirciter  duo  millîa 
latina  caruit  lingua ,  Græci  vero ,  Arabes  et  prisci  nostri  medici , 
plurimis  tamen  utilibus  prætermissis ,  scripta  sua  illustrarunt , 
nunc  tandem  per  M.  Fabium  Calvum ,  Rhavennatem,  virum  unde- 
cumque  doctissimum ,  latinitate  donata ,  Cîementi  YII  pont.  max. 
dicata,  ac  nunc  primum  in  lucem  édita,  quo  nihil  humano  generi 
salubrius  fieri  potuit. 

Romæ  ex  æiibus  Francisci  Minitii  Galvi  Novocomensis,  1525, 
1  vol.  in-f°. 

AD  LECTOREM. 

Un  avertissement  mis  en  tête  du  volume  explique,  de  la  manière 
suivante,  les  intentions  de  Fabius  Calvus. 

«  Quisquis  Hippocratis  Coi  ,  medicinæ  parentis ,  volumina , 
multis  in  locis  rautilata  ,  per  M.  Fabium  Calvum  Rbavennatem 
de  græco  sermone  in  latinum  conversa,  oculis  percurrere  non  de- 
dignabitur,  si  quid  quod  non  satisfaciat,  occurrerit,  aut  perperam, 
vel  parum  latine  dictnm  putaverit ,  boc  et  antiquæ  Hippocratis- 
dictionis  brevitati  non  omnibus  perviæ  dabit ,  codicumque  varie- 
tati.  Quorum  elsi  magnam  copiam  habuerit,  quos  conferre  et  con¬ 
sidéré  potuerit,  non  omnes  tamen  eadem  habuerant  ;  quidam  au¬ 
teur  et  eadem ,  sed  mutilate.  Unus  tamen  babuit  quod  cæteri  non 
babuerant ,  quæ  cum  conferri  cum  nullis  possent ,  necessario  ver- 
tenda  fucrant,  prout  inveniebantur.  Propterea  se  magis  dignum 
venia  puiavit ,  cum  ea  qualiacumque  essent ,  legi  maluerit ,  quam 
quicquam  quod  ipse  invenisset  desiderari.  Quare  rogat,  uti  quisque 
miseram  mortalitatem ,  prout  ipse  conatus  est ,  pro  viribus  juvet , 
suaque  et  carpat  et  lancinet,  et,  si  melius  babeat ,  addat,  dum 
mortaîe  genus  hominum  adjuvet.  » 

Cette  traduction  a  été  faite  sur  les  manuscrits  et  avant  que  le  texte 
grec  n’eût  e'te'  imprimé.  Aussi  se  ressent  elle  des  difficultés  que 
le  traducteur  a  éprouvées.  Elle  n’est  que  d’un  faible  secours  à  l’é¬ 
tude  ;  je  n’y  ai  trouvé  la  solution  d’aucune  des  difficultés  qui  se 
sont  présentées  à  moi  dans  le  cours  de  mon  travail.  Elle  n’est  pas 
assez  lucide  pour  aider  à  l’intelligence  du  texte  dans  les  endroits 
obscurs ,  et  elle  n’est  pas  assez  précise  et  assez  littérale  pour  qu’on 


542  appendice  a  d’introduction. 

puisse  apercevoir  la  trace  des  variantes  qu’ont  présentées  sans  doute 
quelquefois  les  manuscrits  sur  lesquels  Fabius  Calvus  a  travaillé 
C’est  donc  un  monument  des  -premiers  efforts  de  la  médecine  ,  au 
moment  de  la  renaissance,  pour  puiser  directement  aux  sources 
hippocratiques  ;  et  il  faut  juger  l’œuvre  de  Fabius  Calvus  ,  non 
point  d’après  ce  qu’elle  vaut  aujourd’hui,  mais  d’après  ce  qu’elle 
a  valu  jadis.  Or  ce  fut  un  grand  labeur,  et  ce  fut  aussi  un  ser¬ 
vice  que  de  traduire  la  Collection  hippocratique  sur  les  manu¬ 
scrits,  et  de  la  donner ,  en  langue  latine ,  au  monde  médical. 

J’ai  trouvé  dans  un  recueil  de  lettres  (Clarorum  virorum  epi- 
stolæ  singulares  collectore  Paulo  Colomesio,  in  :  S.  Clementis  epi- 
stolæ  duæ  ad  Corinthios,  Londini  1687)  des  détails  curieux  et  tou¬ 
chants  sur  Fabius  Calvus,  et  sur  ses  relations  avec  le  célèbre  Raphaël  : 

«  Est  Fabius  Rhavennas  ,  senex  stoicæ  probitatis  ,  quem  virum 
«  non  facile  dixeris  humaniorne  sit  an  doctior.  Per  hune  Hippo- 
«  crates  integer  plané  latinè  loquitur,  et  jam  veteres  illos  solœcis- 
«  mos  exuit.  Id  habet  homo  sanctissimus  rarum  apud  omnes  gen- 
«  tes,  sed  sibi  peculiare,  quodpecuniam  ita  contemnit,  utoblatam 
«  recuset  nisi  summa  nécessitas  adigat.  Alioqui  a  Leone  pontifice 
«  menstruam  habet  stipem ,  quam  amicis  aut  affînibus  solet  ero- 
«  gare.  Jpse  olusculis  et  lactucis  Pytbageræorum  vilain  traducit  in 
«  gurgustiolo,  quod  tu  jure  dolium  Diogenis  appellaveris,  studiis 
«  non  immorans,  sed  immoriens,  et  plane  immoriens  quum  gra- 
«  vem  admodum  et  periculosam  ægritudinem  homo  alioqui  octo- 
«  genarius  contraxerit.  Hune  alit  et  quasi  educat  vir  prædives  et 
c  pontifici  gratissimus,  Raphaël  Urbinas,  juvenis  summæ  bonita- 
«  tis,  sed  admirabilis  ingenii.  Hic  magnis  excellit  virtutibus,  fa- 
«  cile  pictorum  omnium  princeps,  seu  in  theoriam,  seu  praxin 
«  inspicias....  Hic  Fabium  quasi  præceptorem  et  patrem  colit  ac 
«  fovet;  ad  hune  omnia  refert,  hujus  consilio  acquiescit  (Epist. 
«  Cœlii  Calcagnini  ad  Jacobum  Zieglerum,  p.  235). 

La  traduction  de  Calvus  a  été  réimprimée  plusieurs  fois,  et, 
entr  autres ,  l’année  suivaûte  (1 526)  sous  ce  titre  : 

Hippocratis  Coi  opéra.  —  nunc  tandem  per  M.  Fabriciuin  Cal- 
vum  Rhavennatem,  Guil.  Copum  Basileensem,  Nicolaum  Leoni- 
cenum  et  Andream  Brentium  —  latinitate  donata.  Basil.,  in  of- 
Cc.  Andr.  Cratandri,  1526  fol. 


ÉDITIONS  ET  TRADUCTIONS  COMPLETES.  543 

"ÀTrav-ra  toc  tou  IonroxpaTOu;.  Omnia  opéra  Hippocratis.Venetiis 
inædibus  Aldi  et  Andreæ  Ansulani  soceri.  MenseMaii,  1526,  in-f°. 

En  tete  de  cette  édition  est  un  petit  avis,  où  François  Asulan  re¬ 
lève  quelques  erreurs  échappées  à  Fabius  Calvus;  je  le  transcris  ici 
comme  étant  une  critique  suffisante  de  ce  premier  travail  sur  Hip¬ 
pocrate. 

Franciscus  Asulanus  lectori.  Salutem. 

«  Si  tua  non  minus  quam  mea  interesse  putas ,  lector  humanis- 
sime,  uteorumquæ  a  me  in  rempublicam  litterariam  magno,  ut 
vides ,  sumptu  ac  labore  fiunt ,  ratio  reddatur  ;  ne,  obsecro ,  alie- 
num  ab  officio  arbitreris  quod  hic  te  admonituni  velim ,  quanti 
præstet  unum  diligenter  impressum  codicem  quam  duos  aliquando , 
aut  etiam  me  hercle  plures  manu  scriptos  habere.  Nam  longe  faci- 
lius  est  unum  scriptorem  festinabundum,  præsertim  ab  unius  dun- 
taxat  exemplaris  imagine  aberrare ,  quam  multos  simul  bomines 
multorum  veterum  librorum  collatione ,  non  unum  tandem  exem- 
plar  undique  absolut  um  elicere.  Quemadmodum  argumento  esse 
potest  Fabii  Calvi  immortali  certe  alioqui  digna  laude  industria  , 
qui ,  manu  scriptum  aliquem  secutus  codicem ,  librum  unius  folii 
ïïsp'c  uypcov  ypr'ccoç ,  id  est  De  usu  bumidorum ,  et  librum  Ilepc 
apôpcdv,  id  est  De  articulis  ,  tredecim  folia  continentem ,  omnino 
præteriit:  et  in  eo  libro  qui  inscribitur  Kcoaxai  TrpoyvcüTsiç ,  id  est 
Coacæ  præcognitiones,  ad  calcem  versus,  folia  idem  circiter  sex;  et 
in  libro  Ilepi  twv  ix  xsçocÀv-  TpcopcaTcov,  idest  Devulncribus  capitis, 
unum  fere  ;  librumque  qui  græce  Mo^Xtxov  dicitur,  id  est  De  curan- 
dis  Iuxatis,  bis  tanquam  diversum  transtulit ,  solo  differente  prin- 
cipio  '7  sicut  plerumque  usu  venit  ut  scriptores  simili  alicujus  pa- 
ginæ  initio  decepti  alia  aliis  valde  interdum  diversa  connectant. 
Mitto  caetera  quæ  tu  inter  legendum  facile  deprebendes ,  ac  duas 
item  additas  epistolas,  Hippocratis  alteram,  alteram  vero  Democri- 
ti;  quæ  quum  ita  se  babere  cognoveris,  me  quaeso  tui  studiosum,  ut 
facis,  ama.  Yale.  » 

On  voit  que  l’éditeur  croit  devoir  faire  remarquer  au  lecteur  la 


544  appendice' a  l’introduction. 

prééminence  d’un  livre  imprime'  sur  les  manuscrits.  En  cela  il  a 
parfaitement  raison;  mais  l’édition  d’ Aide,  quifut  aïorsun  grand  ser¬ 
vice  pour  tous  les  me'decins  lisant  le  grec,  a  j ustement  ledéfaut  de  re¬ 
présenter  trop  fidèlement  les  manuscrits.  Il  n’y  a  pas  une  note,  pas 
une  variante,  pas  un  alinea;  de  sorte  qu’il  faut  être  très  familiarise' 
avec  la  lecture  des  livres  hippocratiques ,  pour  pouvoir  user  avec 
facilite  de  ce  volume  ;  aussi  cette  édition  est-elle  aujourd’hui  hors 
d’usage  ;  mais  elle  est  encore  utile  à  ceux  qui  étudient  le  texte 
hippocratique,  soit  pour  le  corriger,  soit  pour  le  publier  de  nou¬ 
veau.  Elle  a  été  faite  sur  des  manuscrits  différents  de  ceux  qui  ont 
servi  à  Cornarius,  à  Mercurîali  et  à  Foes,  et  dont  le  texte  a  été  re¬ 
produit  généralement  par  Chartier,  "Vander  Linden  etMack;  et  à 
ce  titre  elle  mérite  d’être  consultée.  Aussi  y  trouve-t-on  des  varian¬ 
tes  qui  ont  quelquefois  une  grande  importance';  j’en  citerai  un 
exemple:  on  lit  dans  le  traité  de  l’Ancienne  médecine,  édition  de 
Froben. ,  p.  5  ,  1.  18  :  out  av  IÇr^O-/]  (la  médecine)*  oüâsv  yàp  «5- 
ISsi  voici  xctuvousi  to>v  àvôpwîr tov  ,  va  aura  oiatTtopivotGt 
te  xat  7Tpoccpspoo.£vc/ic7iv ,  a-rcsp  uytatvovTsç  strôtouat  xat  7Civou<yt, 
xat  xaT’aXXa  StatTCùulvoK;  ijuvi© epe,  et  ptr,  erepa  toutecov  êsATtw. 
Cette  phrase  n’est  pas  intelligible,  elle  se  trouve  dans  Mercuriali, 
dans  Foes  et  dans  les  autres.  Mais  l’édition  d’Alde  dit  autrement: 
au  lieu  de  xav’  aXÀa  StatTcouévoiç  ljuvsseps,  et  jxyj,  elle  a  xav’  «XXa 
Siairéovrat  iuveçeps  xat  et  uv] ,  ce  qui  est  la  véritable  leçon;  et  pour 
restaurer  toute  la  phrase  avec  l’édition  d’Alde,  il  suffisait  de  re¬ 
marquer  quecuoèvyàp  auvr^  loei  est  une  parenthèse,  et  qu’il  manquait 
seulement  et  après  e5et  ;  la  conjonction  n’a  été  ainsi  perdue  qu’à 
cause  de  eoei ,  terminé  lui-même  par  et ,  faute  souvent  commise 
dans  des  circonstances  semblables  par  les  copistes  de  manuscrits. 
De  plus,  le  xat  donné  par  Aide  après  Çuveoepe  est  très  important*  et 
aurait  suffi  pour  faire  soupçonner  que  et  devant  ar,  devait  avoir 
été  précédé  d’un  autre  et  gouvernant  le  verbe  çuvscpspe.  On  peut 
encore  ajouter  que  Sjuveospe  devant  et  dans  F robe.n  et  Foes ,  au  lieu 
de  iuveoepev ,  annonçait  très  probablement  l’omission  d’un  mot 
commençant  par  une  consonne ,  et  que  ce  mot  est  xetl  donné  par 
Aide.  Au  reste,  les  manuscrits  à  la  main  ,  je  ferai  voir  en  lieu  et 
place  que  telle  est  la  véritable  leçon. 


ÉDITIONS  ET  TRADUCTIONS  COMPLETES.  545 

'Ir-iroxpd'royç  Kwou  îarpotî  TraXaiovaTOu  toxvtojv  aXXwv  xopu-patou 
étSXia  a-avva.  Hippocratis  Coi  medici  vetustissimi ,  et  omnium 
aliorum  principes ,  libri  omnes  ad  vetustos  codices  summo  studio 
collati  et  restaurati.  —  Froben ,  Basileæ ,  1 558,  in-f°. 

Douze  ans  apres  les  Aides,  Froben ,  imprimeur  de  Bâle,  publia 
une  édition  désœuvrés  d’Hippocrate.  Cefutle  médecin  Janus  Cor- 
nàrius  qui  se  chargea  de  cette  grande  entreprise.  Voici  en  quels 
termes  il  explique  le  travail  auquel  il  s’est  livré  :  «  Non-seulement 
les  obscurités  et  les  difficultés  du  texte  ont  empêché  les  gens  stu¬ 
dieux  d’en  faire  leur  lecture  habituelle  ;  mais  encore  la  rareté  des 
exemplaires  et  les  fautes  dont  ils  sont  remplis  créaient  de  nouveaux 
obstacles.  J’ai  cru  que  je  rendrais  service  aux  médecins  laborieux, 
si  je  leur  ouvrais  et  épurais  en  même  temps  cette  source  abondante 
de  savoir.  Et  je  ne  veux  pas  ici  tant  vanter  mes  services  que  le  zèle 
admirable  de  Jérome  Froben  et  de  Nicolas  Episcopius ,  qui ,  sans 
regarder  à  la  dépense,  ont  voulu  que  le  texte  fût  corrigé  par  moi , 
d’après  trois  manuscrits  très  anciens;  ces  trois  manuscrits  ap¬ 
partenaient  l’un  à  Adolphe  Occo ,  l’autre  à  la  bibliothèque 
de  Jean  Dalburgius  ;  le  troisième  a  été  fourni  par  Jérome  Ge- 
musaeus  ,  qui  aida  notablement  les  Froben  dans  la  collation  ;  il 
avait  été  prêté  par  Nicolas  Copus,  fils  de  Guillaume  Copus  de  Bâle, 
arebiatre  du  roi  de  France.  Galien  a  été  aussi  mis  à  contribution  ; 
de  telle  sorte  qu’Hippocrate  est  sorti  de  l’imprimerie  des  Froben 
aussi  correct  qu’il  est  possible.  Plus  de  quatre  mille  passages ,  qui 
avaient  élé  ou  omis,  ou  altérés  dans  l’édition  de  Venise,  ont  été 
restaurés  ;  cette  rectification  a  été  faite  par  moi  avec  tant  de  scru¬ 
pule  que  je  n’ai  changé  que  ce  qui  était  manifestement  vicieux;  et,  là 
même  où  les  leçons  étaient  douteuses  ,  j’ai  suivi  de  préférence  celles 
que  Galien  adonnées.  » 

Malgré  ce  langage  de  Comarius,  il  m’a  semblé  que  son  édition 
diffère  de  celle  d’Aîde,  moins  par  les  soins  qu’il  y  a  donnés,  que 
par  le  fait  même  des  manuscrits  qui  lui  ont  servi.  Son  texte  a  été 
reproduit,  presque  sans  aucun  changement,  par  les  éditeurs  subsé¬ 
quents  des  œuvres  complètes  d’Hippocrate. 

Son  édition  est  aujourd’hui  hors  d’usage ,  comme  celle  d’Alde, 
et  par  les  mêmes  raisons.  Le  texte  grec  y  est  nu,  sans  notes ,  sans 

35 


TOM.  I  • 


546  appendice  a  l’introduction. 

explications ,  et  même  sans  un  alinea.  Neanmoins  je  ne  puis  m’em¬ 
pêcher  de  témoigner  icima  reconnaissance  pour  ce  vieil  éditeur  d’Hip¬ 
pocrate.  C’est  dansson  livre  que  jeme  suis  familiarisé  avec  la  lecture 
de  l’auteur  dont  j’ai  entrepris  de  publier  une  nouvelle  traduction  ;  et 
dans  les  longues  pages  de  Cornarius,  dépourvues  d’alinéas,  et  à  lignes 
serrées  ,  je  n’ai  plus  vii  que  la  commodité  de  parcourir  rapidement 
les  livres  d’Hippocrate,  de  loger  mieux  dans  ma  mémoire  la  place 
des  passages  importants ,  et  d’abréger  ainsi  mes  recherches.  C’est 
pour  cela  que  j’ai  toujours  cité,  dans  mon  Introduction,  l’édition 
de  Froben. 

Hippocratis  Coi  medicoriim  omnium  facile  principis  opéra  quæ 
exstant  omnia.  Jano  Cornario  medico  physico  interprète.  Yenet. 
1545  ,  in-8°  àp.  I.  Gryphium. 

Cornarius  avait  promis  de  publier,  outre  sa  traduction  latine, 
des  commentaires  sur  tous  les  écrits  hippocratiques  ;  une  foule  de 
raisons  qu’il  expose  dans  sa  préface  ne  lui  en  laissèrent  pas  le  temps. 
Mais,  pour  ne  pas  manquer  tout-à-fait  à  sa  promesse,  il  relut  atten¬ 
tivement  sa  traduction,  et  la  compara  avec  les  notes  de  trois  manu¬ 
scrits  sur  lesquels  l’édition  de  Bâle  avait  été  faite  ;  il  recommande 
aux  lecteurs  de  ne  pas  être  surpris  s’ils  remarquent  quelque  diffé¬ 
rence  entre  sa  version  et  certains  textes  ou  imprimés  ou  manuscrits, 
attendu  qu’il  ne  s’est  décidé  à  adopter  tel  ou  tel  sens  qu’après  un 
examen  réfléchi,  et  une  soigneuse  comparaison  des  matériaux  qu’il 
avait  à  sa  disposition. 

Cette  traduction  latine  a-joui  d’un  assez  grand  succès,  et  elle  a 
été  réimprimée  plusieurs  fois.  Cependant  elle  est  fort  inférieure  à 
celle  de  Foes ,  et  Triller  l’a  accusée  de  renfermer  un  très  grand 
nombre  de  fautes.  M.  Struve,  très  savant  philologue  allemand ,  en 
a  cité  quelques-unes;  je  rapporte  ici  ce  qu’il  dit ,  de  préférence  aux 
exemples  que  j’aurais  pu  en  recueillir  moi-même. 

«  Hipp .demed.t.  1,p.48.  Lind.:  ’E7rKrpocr0stv  oOv  cup.êaivsirrjv 
evteüôsv  DotbpævrjV  vo-£oa  tm  ^ovayouivco  xaxcoQsv  tywpt.  Cornarius  : 
Contingitigiturhumiditatem  inde  detractam  opponi  collecto  in- 
ferne  sub  cucurbita  seroso  humori;  atque  sic  ferè  Foesius,  quasi 
|7ri7rpo(ïGEÏv esset ab  i7rt7rpo<jTt0rj|/.i.  Verte:  quo  fit  ut  inde  collée- 


ÉDITIONS  ET  TRADUCTIONS  COMPLETES.  547 

tus  humor  antevertat  atque  impedimento  sit  seroso  humori , 
ex  inferioribus  partibus  collecio. 

«  De  nat.  pueriA.  1  ,  p.  149:  rr^  ïxixàSoç  çuXXa  y svojxsvr^, 
Cornarius  :  humore  folia  producente,  quasi  yevscQat  esset  ysvvv-crai. 
Eodem  modo  a  Cornario  factum  est,  p.  1 51  :  ;u<7Tpa<pst<ra  cpuXXa  ye- 
vopiv?i  êXacxavît,  id  ipsum  congregatum  germinat  et  folia  producit. 

«  De  corde ,  t.  1 ,  p.  287,  7riv£t  8s  xat  Iç  Xdcpuyya ,  tu-Ôov  Sè 
oTovxai  ôxocov  av  XaOot  8ià  £up.r,<;  lapusv.  Cornarius  :  minus  vero  et 
quantum Iatere  possit  per  rimam  illapsum.  Melius  quidem  Foesius  : 
quantum  suo  impetu  influens  Iatere  possit.  Sed  idem  miras  turbas 
ciet ,  non  animadverso  parvo  vitio  quo  titOov  pro  xutôov  scribeba- 
tur. 

De  hum.,  t.  1 ,  p.  321  :  |xuXriç  usv -rptcpQsi'a^ç  -rcpoç  IwuttjV  oSovteç 
rjucoor^av.  Cornarius  :  malis  quidem  ad  se  ipsas  attritis  dentes 
stupescunt.  Bene  Foesius  :  molæ  attritu. 

(Programme  du  gymnase  de  la  ville  de  Koenigsberg ,  intitule' 
Halbjæhrige  Nachricht  von  O  stem  bis  Michaelis ,  1 81 8). 

Hippocratis  Coi  opéra  quæexstant,  graece  et  latine  veterum  codi- 
cum  collatione  restituta ,  novo  ordine  in  quatuor  classes  dîgesta 
interpretationis  latinæ  emendatione  et  scboliis  illustrata  a  Hieron 
Mercnriali  Foroliviensi ,  Venetiis,  industria  ac  sumptibus  Juntarum 
1588,  in-folio. 

Cette  e'dition  est  pre'ce’de'e  de  la  Censure  des  écrits  hippocrati¬ 
ques,  dont  j’ai  parle'  dans  l’Introduction,  et  elle  est  suivie  des 
Glossaires  d’Érotien,  de  Galien  et  d’He'rodote.  Les  traites  hippo¬ 
cratiques  y  sont  divises  en  quatre  classes,  division  dont  j’ai  exposé  le 
principe,  p.  1 70.  Mercuriali  a  mis  en  marge  quelques  variantes  em¬ 
pruntées  à  un  manuscrit  qu’il  désigne  sous  le  nom  de  Yet.  Cod., 
et  qu’il  ne  décrit  pas.  En  quelques  cas ,  ces  variantes  m’ont  offert 
des  corrections  que  je  n’ai  trouvées  que  là.  Il  a  placé,  à  la  fin  de 
chaque  traité ,  des  notes  qui  méritent  d’être  consultées.  En  résumé, 
Mercuriali  s’est  livré  à  un  travail  tout  neuf  sur  Hippocrate;  il  a 
discuté  l’authenticité  des  livres,  il  s’est  créé  un  système  sur  ce 
point  difficile,  il  a  étudié  le  texte,  et  il  a  donné  une  traduction  où 
l’on  remarque  partout  l’effort  pour  entendre  véritablement  le  sens 


548  APPENDICE  A  L’iNTRODüCTION. 

de  ses  auteurs ,  et  pour  ce  pas  s’en  tenir  à  mettre  des  mots  latins  à 

la  place  des  mots  grecs. 

Tou  asvaXou  'horoxpaxoùç  Tcavrtov  twv  laxpwv  xopusaiou  roc  gupt- 
ffxo'agva. 

Magni  Hippocratis  medicorum  omnium  facile  principis  opéra 
omnia  quæ  exstant  in  VIII  sectiones  ex  Erotiani  mente  distri¬ 
bua  ,  nunc  recens  latina  interpretatione  et  annotationibus  illu* 
strata,  Anutio  Foesio  Mediomatrico  medico  authore.  Francofurti 
apud  Andreæ  Wecheli  hæredes  1595,  in-f*. 

Le  travail  de  Foes  est  incontestablement  supérieur  à  tous  ceux 
qui  l’ont  précédé'  et  à  tous  ceux  qui  l’ont  suivi.  C’est  un  beau 
monument  de  l’érudition  médicale  dans  le  1fie  siècle.  Foes,  qui  a 
suivi  l’ordre  d’Érotien  dans  la  division  des  livres  hippocratiques , 
a  donné,  pour  chaque  Traité,  des  annotations  très-savantes  et  très- 
utiles  ;  il  a  publié  un  grand  nombre  de  variantes  qu’il  avait  prises 
dans  deux  exemplaires,  l’un  venant  de  Severinus ,  jurisconsulte 
parisien,  l’autre  de  Fevræus ,  médecin  de  Paris;  ces  deux  savants 
y  avaient  consigné  les  variantes  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
de  Fontainebleau.  J’ai  retrouvé  presque  toutes  ces  leçons  dans  les 
manuscrits  de  la  Bibliothèque  Royale  de  Paris;  cependant  l’exem¬ 
plaire  de  Severinus  en  a  un  certain  nombre,  et  quelques-unes 
importantes  ,  qui  nesontpas  dans  les  manuscrits  que  possède  aujour¬ 
d’hui  la  Bibliothèque  Royale.  Foes  a  ajouté  encore  des  leçons  qui  pro¬ 
viennent  de  Martihus ,  médecin  de  Paris ,  qui  avait  interprété 
Hippocrate.  Letextegrec  queFoes  a  publién’est  presque  pas  différent 
de  celui  de  l’édition  Froben  ;  de  sorte ,  qu’à  vrai  dire  il  n’a  pas 
fait  usage,  pour  la  correction  de  son  auteur  ,  des  trésors  qu’il  avait 
amassés.  11  a  été  éditeur  trop  timide,  et  n’a  pas  osé  introduire,  dans 
le  grec,  des  corrections  qu’il  introduisait  dans  sa  traduction.  Sa 
traduction ,  en  èffet ,  diffère  quelquefois  du  texte  grec  qu’il  a 
imprimé  ;  et  cela  nous  prouve  avec  quel  soin  religieux  il  l’a  faite; 
ses  notes  expliquent  en  quoi  le  texte  qu’il  abandonne  est  vicieux  , 
et  pourquoi  il  traduit  de  telle  ou  telle  façon  ;  de  la  sorte,  sa  tra¬ 
duction  peut  servir  en  une  foule  d’endroits  à  corriger  le  texte  grec 
avec  sûreté.  On  voit  que  l’édition  de  Foes  est  une  mine  qui  doit 


ÉDITIONS  ET  TRADUCTIONS  COMPLÈTES.  549 

être  fouillée  avec  beaucoup  de  soin  :  notes  savantes,  éclaircisse¬ 
ments  critiques ,  variantes  nombreuses  et  importantes ,  traduction 
élaborée,  indications  sûres  de  corrections  pour  le  texte,  il  s’y  trouve 
de  tout  cela  ;  et,  à  défaut  de  manuscrits ,  son  édition  aurait  suffi 
pour  fournir  les  éléments  d’un  nouveau  travail  sur  Hippocrate. 

Magni  Hippocratis  Coi  opéra  omnia  græce  et  latine  édita  et  ad 
omnes  alias  editiones  accomraodata  industria  et  diligentia  Joan. 
Antonidæ  Yander  Linden ,  doct.  et  professons  medicinæ  practicæ 
primi  in  Academia  Lugduno-Batava.  Lugduno-Batav.  1665, 
2  vol.  in-8°. 

Cette  édition,  très-commode  par  son  format  et  par  la  netteté  de 
l’impression,  a  été,  en  général,  jugée  assez  sévèrement  par  les 
érudits.  La  mort  de  son  auteur  l’a  empêché  d’y  joindre  les  notes  et 
les  variantes  qui  l’ont  déterminé  à  changer  le  texte  en  certains 
points.  Néanmoins ,  j’ai  pu  m’assurer  que  ces  changements  ont  été 
beaucoup  moins  nombreux  et  considérables  qu’on  ne  le  croit  com¬ 
munément.  Je  pense  aussi  que  Yander  Linden  n’a  guère  consulté 
les  manuscrits.  Ainsi,  dans  le  traité  del’Ancienne  Médecine,  tous 
les  manuscrits  et  tous  les  imprimés  ont  ôyponqToç  îrpocysvoj xévrjç 
Tau-ra  p.aXi(TTa  ;  Vander  Linden  seul,  1. 1 ,  p.  38, 1.  21 ,  ajoute  : 
6  •rcvsutxa>v  après  p.aXicrra.  D’où  vient  cette  addition  sans  autorité  ? 
De  ce  que  Cornarius,  embarrassé  par  cette  phrase  entièrement  alté¬ 
rée,  en  effet,  dans  les  imprimés  et  dans  les  manuscrits,  a  cru  devoir 
ajouter  pulmo  dans  la  traduction  latine.  De  là,  Vander  Linden 
l’a  fait  passer  dans  le  texte  grec.  Les  notes  auraient  sans  doute 
exposé  ses  raisons. 

Hippocratis  Coi  et  Claudii  Galeni  Pergameni  dp^iarpSiv  opéra. 
Renatus  Charterius  Vindocinensis ,  plurima  interpretatus  ,  universa 
emendavit ,  instauravit ,  notavit,  auxit ,  secundum  distinctas  medi¬ 
cinæ  partes  in  XHI  tomos  digessit  et  conjunctim  græce  et  latine 
primus  edidit.  Lutetiæ  Parisiorum ,  apud  Jacobum  Villery.  1679 
15  vol.  in-f°. 

L’édition  de  Chartier  est  très-incommode  à  cause  du  nombre  des 
volumes  et  du  mélange  des  livres  d’Hippocrate  avec  ceux  de  GalieD  ; 
mais  du  reste  elle  m’a  semblé  mériter  plus  de  faveur  qu’on  ne  lui  en 


550  APPENDICE  A  I.’ INTRODUCTION, 

accorde  ordinairement.  Chartier  a  rapporté  un  grand  nombre  de 
variantes  prises  dans  les  manuscrits  conservés  à  la  Bibliothèque 
Royale  de  Paris. 

Je  joins  Ici,  sur  les  éditions  gréco-latines  et  latines  que  je  viens 
de  passer  en  revue,  l’opinion  d’un  critique  très-habile,  M.  Struve, 
qui  pense  que  le  texte  et  la  traduction  avaient,  malgrétantde  travaux, 
besoin  d'être  soumis  à  une  révision  attentive. 

«  Quo  tandem  animo  ferendum  est,  in  omnibus  Hippocratis 
operibus  interprètes  ita  turpiter  sese  gessisse,ut  nostrorum  temporum 
medicis ,  qui  plerumque  graeca  vix  attigerunt,  ubi  éx  latina  Hippo¬ 
cratis  interpretatione  sapere  coguntur,  semper  metuendum  sit,  ne 
longe  aliud  inde  proférant  quam  quæ  princeps  ille  medicorum  in 
animo  habuerit.  Non  hic  loquor  de  locis  corruptis ,  quorum  multo 
plures  quam  quis  credat  apud  scriptorem  huDC  ,  dignissimum  sane 
qui  accurâtiore  tandem  cura  perlustretur ,  etiamnum  supersunt. 
Yerum  etiam  in  apertissimis  eos  ita  falli  potuisse  non  excusandum 
est  (Halbjcehrige  Nachricht  von  Ostern  bis  Michaleis ,  \  81 8). 

Les  œuvres  d’Hippocrate  traduites  en  français,  avec  des  remar¬ 
ques,  et  conférées  sur  les  manuscrits  de  la  Bibliothèque  du  Roi,  Pa¬ 
ris  169T,  âtorn.  in-lâ. 

Cette  traduction  n’est  pas  achevée.  Dacier,  qui  en  est  l’auteur 
n’e'taDt  pas  me'deein,  n’était  pas  compe'tent  de  ce  cote',  mais  il  l’était 
beaucoup  pour  tout  ce  qui  regardait  le  grec  ;  aussi  sa  traduction 
et  quelques  notes  qu’il  y  a  jointes  méritent  d’être  consultées. 

Ta  TîncoxpaTOUç  axravTa. 

Hippocratis  opéra  omnia  cum  variis  lectionibus  non  modo  hue 
usque  vulgatis,  verum  ineditis  potissimum,  partim  depromptisex 
Cornarii  et  Sambuci  Codd.  in  Caesar.  Yindobonensi  Bibliotheca 
hactenus  asservatis  et  ineditis,  partim  ex  aliis  ejusdem  bibliothecæ 
mss.  libris,  ac  denique  ex  Mediceis  Laurentianis  mss.  Codd.  collé- 
ctis  j  quarum  ope  sæpenumero  graecus  çontextus  fuit  restitutiis.  Ac¬ 
cessit  index  Pini  copiosissimus  cum  tractatu  de  mensuris  et  pon- 
deribus.  Studio  et  opéra  Stephani  Mackii ,Elisabethæ  Christinæ  aug. 


ÉDITIONS  ET  TRADUCTIONS  COMPLETES.  55 1 

aulæmedici.Yiennæ  Austriæ  ;  ex  typographiaKaliwodiana,  1745, 2 
vol.  in-f°. 

Cette  e'dition  est  restée  inachevée  et  fort  loin  encore  de  son  ter¬ 
me.  C’est,  pour  l’exécution  typographique  et  le  papier,  la  plus  belle 
de  tontes  celles  des  œuvres  d’Hippocrate.  Mais  ce  n’est  pas  son  seul 
mérite;  en  effet  Mack  a  eu  à  sa  disposition  les  manuscrits  de  la  Bi¬ 
bliothèque  Impériale  de  Vienne  ;  aussi  trouve-t-on ,  dans  son  e'di¬ 
tion,  certaines  choses  qu’on  chercherait  vainement  ailleurs.  Il  s’est 
servi  (voyez  sa  préface  )  de  deux  exemplaires  venant,  l’un  deSam- 
bucus,  et  l’autre  de  Comarius.  Lambecius  (  Commenlar .  Biblio- 
thecæ  Vindobonensis  ,  L.  VI ,  4 54-)  dit  du  premier  :  «  Johannes 
quidemSambucus,  anno1561  ,incredibili  cura  ac  studio  in  margiiTe 
Codicis  Aldini  adjunxit  aliquot  mille  varias  lectiones  manuscriptas 
ex  pervetusto  quodam  codice  manuscripto  Tarentinoet  exalioquo- 
damcodicemanuseriptoFontemblensi,necnon  exexemplari  quodam, 
excuso  quidem,  sed  plurimis  locisRomæ  correcto;  quas  ipse  ibi  sum- 
mopere  commendat  tanquam  saluti  hominem  nonparum  necessarias 
futuras.  »  H  dit  de  l’exemplaire  de  Cornarius  :  «  Exstat  quoque  in 
eadem  Bibliotheca  Augusta  aliud  operum  Hippocretis  exemplar,  a 
Jano  Comario  Basileæ  anno  1 558  græce  in-folio  editum,  in  cujus  ~ 
margine  itidem  plurimæ  exstant  variæ  lectiones  manuscriptæ  ;  de 
quibus  ipse  Cornarius  ibi  propria  manu  scribit,  se  eas  non  exigtfa 
im pensa  sibi  comparasse.»  Outre  ces  exemplaires  enrichis  de  va¬ 
riantes,  Mack  trouva,  dans  la  Bibliothèque  Impériale  de  Vienne, 
plusieurs  manuscrits  ;  il  les  dit  excellents  (  optimæ  notæ  )  ;  mais  il 
n’a  pas  pris  le  soin  de  les  décrire.  Ilrapporte,  dans  sa  préface,  quel¬ 
ques  exemples  où,  à  l’aide  de  ces  manuscrits,  il  a  pu  restituer 
des  passages  très  altérés,  et  sur  lesquels  les  manuscrits  des  autrès 
bibliothèqués  ne  fournissent  aucune  lumière.  Cela  prouve  la  né¬ 
cessité  d’une  collation  complète  des  manuscrits  de  toutes  les  bi¬ 
bliothèques,  et  cela  rend  en  même  temps  l’édition  de  Mack  pré¬ 
cieuse  pour  un  éditeur  des  œuvres  d’Hippocrate. 

Hippokrates  Werke  aus  dem  Griechischen  übersetzt,  und  mit 
Erlæuterungen  von  D.  Johann  Friederich  Karl  Grimm. 

Altenburg,  U  vol.  in-1  2. 


ài>2  APPENDICE  A  i/lNTRODUCTION. 

Le  1 cr  volume  est  de  1 781 ,  le  2e  de  1 784,  le  5e  de  1 785 ,  et  le 
4e  de  1792. 

Cette  traduction  est  très  estimée  en  Allemagne  ;  quoique  conduite 
assez  près  de  sa  fin,  elle  est  malheureusement  restée  inachevée. 
Elle  est  enrichie  de  notes  fort  savantes  sur  differents  points  et  no¬ 
tamment  sur  l’ancienne  matière  médicale.  Grimm,  en  e'tudiant  son 
auteur  pour  en  donner  une  explication  qui  le  satisfit  et  qui  satisfît 
le  public,  avait  eu  occasion  de  reconnaître  combien  il  e'tait  néces¬ 
saire,  mais  en  même  temps  combien  il  était  difficile  de  travailler  le 
texte,  tout  en  travaillant  la  traduction.  Il  dit  dans  sa  Préface  :«.  Une 
revue  générale  et  critique  des  nombreux  manuscrits  d’Hippocrate 
manque,  et  l’on  ne  sait  lequel  présente  le  texte  le  plus  pur ,  et 
exige  le  moins  de  restaurations  faites  avec  le  secours  desautres.  Le 
manuscrit  et  l’imprimé  d’Asulan  (  Aide  ),  bien  qu’ils  soient  un  des 
plus  suivis  et  qu’ils  servent  de  base  aux  corrections,  n’ont  pas  ce¬ 
pendant,  cela  est  aujourd’hui  prouvé,  cet  avantage  par  dessus  les 
autres  textes.  Je  doute  aussi  que  l’on  soit  près  d’arriver  à  ce  but 
demandé  par  la  critique;  car  il  n’y  a  qu’un  petit  nombre  d’hommes 
qui  songent  à  cet  auteur,  et  ceux-là,  pour  la  plupart,  vivent  loin 
des  grandes  bibliothèques  et  sont  dépourvus  des  moyens  nécessaires. 
Ajoutons  que  corriger  tous  les  livres  qui  portent  le  nom  d’Hippo¬ 
crate,  dépasse  les  forces  d’un  seul  homme.  Ainsi,  à  l’égard  de  l’é¬ 
tude  critique  du  texte,  Hippocrate  est  réellement  eu  arrière  de  beau¬ 
coup  d’autres  anciens  auteurs.» 

Traduction  des  œuvres  médicales  d’Hippocrate  sur  le  texte  grec 
de  Foes.  Toulouse,  1801 , 4  vol.  in-8°. 

Gardeil  (c’est  l’auteur  de  cette  traduction)  s’est  servi  du  texte  de 
Foes  ;  sa  traduction  ne  va  par  conséquent  pas  au  delà  des  mérites 
de  ce  texte,  que  j’ai  apprécié.  Elle  est  aussi  tout-à-fait  dépourvue  du 
style  et  du  coloris  qui  sont  remarquables  dans  quelques-uns  des  li¬ 
vres  hippocratiques.  Néanmoins,  elle  est  certainement  préférable  aux 
traductions  latines  qui  l’ont  précédée. 


h  ondation  de  la  doctrine  d’Hippocrate  d’après  le  texte,  par  M. 
le  Chevalier  de  Merey.  Paris  1 812  et  années  suivantes. 


ÉDITIONS  ET  TRADUCTIONS  COMPLETES.  553 

Sous  ce  titre,  M.  de  Mercy  a  publié  une  édi  tion  gréco-française  des 
œuvres  d’Hippocrale.  Il  ne  m’appartient  peut-être  pas  de  dire  ici 
mon  opinion  sur  cet  ouvrage. 

Tou  usfàXoo  I-TTOxpaxouç  aTravTa.  Magni  Hippocratis  opéra  omnia. 

Editionem  curavitD.  Carolus  Gottlob.  Kuhn,  professor  physio- 
logiæ  et  pathologiæ  in  litterarum  universitate  Lipsiensi  publicus 
ordinarius.  Lipsiæ  1825,  5  vol.  in-  8°. 

Le  texte  est  celui  de  Foes,  la  traduction  est  celle  de  Foes;  de  sorte 
que  cette  édition  n’a  pas  d’autre  avantage  que  d’avoir  mis  Foes  sous 
un  format  plusccmmcde.  Mais,  d’un  autre  côté,  les  notes  de  Foes  sont 
supprimées,  et  le  lecteur  qui  n’a  entre  les  mains  que  cette  éditionne 
comprend  plus  comment  il  se  fait  que  dans  certains  endroits  la  tra¬ 
duction  dise  «tout  autre  chose  que  ce  que  dit  le  texte  grec.M.Kühn 
a  mis,  en  tête  de  son  édition,  qui  n’est  qu’une  réimpression  de  Foes, 
la  notice  d’Ackerman  sur  Hippocrate,  et  il  l’a  accrue  de  quelques 
remarques. 

Tellessont  les  éditions  et  traductions  complètes  des  œuvres  d’Hip¬ 
pocrate;  j’indiquerai,  à  chaque  traité,  les  éditions  et  traductions  par¬ 
ticulières. 

Plusieurs  éditions  avaient  été  promises  et  n’ont  jamais  été  exé¬ 
cutées.  George  Seger  en  avait  annoncé  une,  dont  le  spécimen  seul 
a  paru  (voyez  Jo.  Molleri  Hypomnemataad  Alb .  Bartolinum  de 
scriplis  Danorum,  p.  225  ). 

D.  G.Triller  a  travaillé,  une  grande  partie  de  sa  vie,  à  préparer 
une  édition  d’Hippocrate;  il  n’en  a  paru,  comme  spécimen,  que  l’o¬ 
puscule  sur  V Anatomie. 

Fr.  CliftOD,  qui  voulait  donner  une  édition  des  œuvres  d’Hippo¬ 
crate  d’après  un  nouveau  plan  et  une  nouvelle  méthode,  n’a  rien 
publié  (voyez  Hist.  litterar.Angliœ,  vol.  3,  n°  15,  et  Commère, 
litterar.  Norimberg.  1 752,  hebd.  50  ). 

Mais  il  y  a  surtout  deux  hommes  dont  il  est  bien  à  regretter  que 
les  promesses  n’aient  pas  été  tenues.  Le  premier  est  Coray';  il  suffit 
de  dire  que  l’Europe  savante  ne  jugeait  personne  plus  capable  que 
lui  de  remplir  une  pareille  tâche.  Le  second  est  M.  Dietz,  jeune  mé- 


554  appendice  a  l’introduction. 

decin  allemand  qui,  après  avoir  publie'  uue  édition  du  traité  de  la 
Maladie  sacrée  comme  essai  de  ses  forces,  put,  à  l’aide  d’une 
mission  du  gouvernement  prussien,  visiter  les  principales  biblio¬ 
thèques  de  l’Europe.  Il  y  avait  recueilli  une  masse  considérable  de 
matériaux,  il  avait  consulté  les  manuscrits  les  plus  divers,  il  avait 
publié  la  collection  des  commentateurs  grecs  d’Hippocrate  dont  quel¬ 
ques-uns  étaient  inédits,  et,  toutes  ces  richesses  laborieusementamas- 
sées,  il  comptait  les  employer  à  donner  d’Hippocrate  une  édition 
qui  fût  neuve  par  la  forme  et  par  le  fond.  Une  mort  prématurée  a 
anéanti  toutes  ces  espérances. 


FIN  DE  L’APPENDICE. 


innciPATcrs 

AIIANTA. 

OEUVRES 

D’HIPPOCRATE. 


PREMIÈRE  CLASSE. 

TRAITÉS  QUI  SONT  D’HIPPOCRATE. 

IIspl  àpyatvjç  tï]Tpix5]ç.  —  De  l’ Ancienne  me'decine. 

Ilspt  aspwv,  uSaTtov,  totccov.  —  Des  Airs,  des  Eaux  et  des  Lieux, 
npo-p/üxmxov.  —  Le  Pronostic. 

Ilepl  StaixTjç  o|sojv.  —  Du  régime  dans  les  maladies  aiguës. 
’E77t$rl4ui5v  a  xai  y'.  —  Épidémies,  1 er  et  5e  livres. 

ÜEpt  t5v  Iv  xEçaX5]  Tpoù pLctTco v .  —  Des  plaies  de  tête. 

Dsp!  ayacov.  —  Des  fractures. 

Ilepi  apôpwv.  —  Des  articulations. 

MojAtxov.  —  Des  instruments  de  réduction. 
tfOpxoç.  —  Le  serment. 

Noptoç.  • —  La  loi. 


nEPI  APXAIH2  IATPIKH2. 


DE  L’ANCIENNE  MÉDECINE. 


ARGUMENT. 

Le  livre  de  Y  Ancienne  Médecine  contient  à  la  fois  une  po¬ 
lémique  ,  une  méthode  et  un  système  ;  c’est  ce  qui  m’a  dé¬ 
cidé  à  le  mettre  en  tête  de  ce  que  je  regarde  comme  les 
ceuvres  propres  d’Hippocrate  ;  car,  placé  ainsi,  il  forme  une 
sorte  d’introduction,  d’autant  meilleure  et  plus  fidèle  qu’elle 
est  due  à  l’auteur  lui-même  et  qu’il  ne  s’y  mêle  rien  d’é¬ 
tranger. 

Je  vais  examiner  successivement  sur  quoi  porte  la  polémi¬ 
que,  quelle  est  la  méthode,  en  quoi  consiste  le  système. 

La  polémique  est  dirigée  contre  ceux  qui,  posant  d’abord 
une  hypothèse,  en  font  dériver,  comme  d’une  seùle  cause , 
l’origine  de  toutes  les  maladies-  Expliquons  cela  davantage.  JDu 
temps  d’Hippocrate,  les  médecins  admettaient  le  chaud,  ou  le 
froid,  ou  le  sec  et  l’humide,  dans  le  corps  humain;  c’était  leur 
hypothèse:  et,  cela  fait, ils  faisaient  dériver  toutes  les  maladies 
ou  du  chaud  ou  du  froid,  ou  du  sec,  ou  de  l’humide.  J’ai  eu 
déjàl’occasion  de  m’expliquer,  dans  l’Introduction, p.  192,  sur 
ce  qu’il  faut  penser  de  ces  qualités;  et  ici  je  dirai  seulement 
que  les  anciens  médecins  qui  attribuaient  à  une  seule  d’en- 
tr’elles  toutes  les  maladies,  ne  faisaient  pas  autre  chose 
que  ceux  qui,  parmi  les  modernes  ,  ont  attribue  toutes  les 
maladies  soit  au  genre  nerveux,  soit  aux  altérations  du  sang. 

Hippocrate  les  combat  par  une  double  argumentation  , 
l’une  particulière,  l’autre  générale. 

L’argument  particulier  est  celui-ci  :  un  homme  épuise 
par  un  mauvais  régime,  le  guérirez-vous  par  le  chaud,  ou  le 


558  de  l’ancienne  médecine. 

froid,  ou  le  sec,  ou  l’humide  ?  Non ,  vous  le  guérirez  peu-  un 
bon  régime,  sans  savoir  dire  quelles  sont  les  quedités  qui 
dominent  dans  les  substances  réparatrices  que  vous  lui 
administrez.  De  plus,  quand  vous  prescrivez  une  substance 
à  un  malade  ,  pouvez-vous  dire  qu’elle  soit  simplement 
chaude,  ou  froide,  ou  sèche ,  ou  humide,  et  n’est-elle  pas 
douée  d’une  foule  d’autres  propriétés  efficaces  ?  Il  est  donc 
vrai  que  votre  hypothèse  est  en  contradiction  avec  les  faits. 

Mais  elle  ne  l’est  pas  moins  avec  la  philosophie  de  la 
science,  et  c’est  là  l’argument  général.  Nul,  dit  Hippocrate  , 
n’est  autorisé  à  placer  la  médecine  sur  une  hypothèse  quelle 
qu’elle  soit  ;  car  la  médecine  a  des  faits  positifs  desquels  il 
faut  partir  de  préférence  à  toute  supposition.  Hippocrate  ne 
permet  l’hypothèse  que  là  où  les  observations  directes  man¬ 
quent,  et  il  cite  pour  exemple  les  objets  célestes  ouïes 
objets  cachés  sous  la  terre.  Alors  ,  retraçant  l’enchaînement 
même  de  l’expérience  médicale,  et  y  rattachant  la  sûreté  delà 
science,  il  reprend  de  haut  le  commencement  de  la  médecine, 
il  montre  qu’elle  a  des  analogies  avec  les  améliorations  que 
l’alimentation  primitive  des  hommes  reçut  dans  le  cours  des  siè¬ 
cles  ;  puis  il  expose  comment  se  révélèrent  les  mauvais  effets 
delà  nourriture  dansles  maladies;  et  enfin  il  enseigne  comment 
la  médecine  proprement  dite  est  née  de  cet  ensemble  d’obser¬ 
vations  réelles  et  positives,  découverte  si  belle  et  si  utile  qu’on 
a  cru  devoir  la  consacrer  en  l’attribuant  à  un  Dieu.  Cette  vue 
de  la  naissance  de  la  médecine  est  fondée  sur  de  très  an¬ 
ciennes  idées.  Ainsi  Isocrate  dit  en  parlant  des  Égyptiens  : 
«  Ils  ont  inventé  la  médecine  pour  le  soulagement  des  hom¬ 
mes  ,  non  cette  médecine  qui  use  de  remèdes  périlleux, 
mais  celle  qui  se  sert  demoyensaussi  sûrs,  dans  leur  emploi, 
que  notre  nourriture  quotidienne,  et  qui  est  si  avantageuse 
que  les  Egyptiens  sont,  de  l’aveu  de  tous,  le  peuple  le  plus  sain 
et  vivant  le  plus  long-temps  (1).»  Strabon  parle  de  même  delà 


Isocr.'  in  laude  Bosiridis. 


ARGOMEXT.  559 

médecine  des  Indiens,  laquelle  a  recours  le  plus  souvent,  non 
aux  médicaments,  mais  à  l’alimentation  (1). 

C’est  dans  cette  masse  d’expériences,  c’est  dans  ce  passé 
tout  entier  qu’est  posée  la  base  de  la  médecine  ;  c’est  de  là 
qu’il  faut  partir  sous  peine  de  s’égarer.  Une  hypothèse  sub¬ 
stituée  à  la  réalité  que  l’on  possède  ici ,  est  une  déviation  de 
la  vraie  route ,  et  une  erreur  capitale,  qui  change  une 
science  véritable  en  une  spéculation  vide  et  sans  fondement. 
Hippocrate  va  jusqu’à  dire  que  par  une  autre  méthode  il  est 
impossible  de  rien  trouver  ,  n’admettant  pas  que  l’on  puisse 
trouver  quelque  chose  si  on  s’appuie  sur  une  hypothèse  ,  et 
croyant  que  séparer  des  faits  la  science,  c’est  la  séparer  de 
sa  racine  et  la  frapper  de  stérilité. 

Hippocrate  appelle  nouveaux  les  systèmes  qui  cherchaient, 
dans  un  élément  unique  ,  ou  le  jeu  régulier  de  la  vie 
ou  les  altérations  de  la  maladie  ;  en  effet  ces  systèmes  prove¬ 
naient  de  l’influence  de  l’école  d’Elée.  Xenophane,  Parménide, 
Zenon ,  Mélissus  avaient  soutenu  que  l’univers  forme  une 
immense  unité;  Zénon  même  avait  introduit,  dans  sa  physi¬ 
que,  les  quatre  qualités  du  chaud,  du  froid,  du  sec  et  de  l’hu¬ 
mide.  Ces  philosophes  étaient  antérieurs  à  Hippocrate  ;  leur 
doctrine  influa,  comme  cela  arrive  toujours,  sur  la  médecine  ; 
et  le  temps  nécessaire  pour  que  cette  influence  se  fit  sentir,  expli¬ 
que  comment  Hippocrate  signale  la  nouveauté  des  opinion  s  qui 
importent,  dans  la  patholo£jie*Vidée  systématique  des  Eléates,et 
veulent  rattacher  à  une  seufe  cause  l’origine  de  toutes  les  ma¬ 
ladies.  Le  gendre  d’Hippocrate,  Polybe ,  combat  en  physiolo¬ 
gie  une  doctrine  semblable  et  il  remarque  expressément 
que  soutenir  l’unité  de  composition  du  corps ,  c’est  justifier 
la  doctrine  de  Mélissus  (2). 

En  faisant  la  critique  de  ceux  qui ,  de  son  temps ,  prétendaient 
ramener  à  une  ou  à  deux  causes  l’origine  de  toutes  les  mala¬ 
dies  ,  Hippocrate  a  condamné  d’avance  tous  les  systèmes  qui 

1  P.  677,  Basil.,  <549. 

1  Tcv  MsX'cao’j  Xerycv  cpficüv.  Pag.  20,  Ed.  Frob. 


DE  L  ANCIENNE  MEDECINE. 


560 

reposent  sur  une  base  semblable.  Ses  arguments  ,  dirigés 
contre  des  médecins  disciples  de  la  philosophie  d’Elée  ,  por¬ 
tent,  dans  la  série  dessiècles,  contre  les  Pneumatiques,  qui  pla¬ 
çaient  les  maladies  dans  le  pneuma  ,  contre  les  Méthodiques, 
qui  les  attribuaient  au  laxümetaustrictum  ;  contre  les  Iatro- 
chimistes,  qui  en  accusaient  ou  la  fermentation,  ou  l’alcalinité, 
ou  l’acidité  ;  contre  ceux  enfin  qui  les  imputaient  à  Fin citabilité 
ou  à  l’irritation.  Dans  tous  ces  systèmes,  en  effet,  on  part  d’une 
hypothèse:  c’est  qu’il  n’y  a  dans  le  corps  que  la  propriété  d’après 
laquelle  on  systématise  toute  la  pathologie;  or,  l’hypothèse  est 
trompeuse,  ditHippocrate ,  elle  éloigne  des  réalités ,  etil  ajoute 
qu’elle  est  même  inutile  dans  une  science  qui  a  des  faits  pour 
point  dedépart.  Stalil  a  répétéavecune  grande  justesse,  après 
Hippocrate  :  «  Debet  ante  omnia  medica  pathologia  occupari, 
circa  res  veras  qua  vere  sunt  et  existunt  (  Stahl ,  p.  442  ). 

La  méthode  d’Hippocrate  ressort  immédiatement  de  sa  po¬ 
lémique  ;  avant  tout ,  il  veut  que  la  médecine  s’étaie  sur  les 
observations  ,  sur  les  faits  ,  sur  ce  qu’il  appelle  la  réalité  , 
mais  ce  n’est  pas  tout ,  et  là  ne  se  borne  pas  la  règle  qu’il 
impose.  Les  observations ,  les  faits  ,  la  réalité  sont  bien  sans 
doute  ce  que  chacun  voit  et  éprouve  (1) }  mais  le  domaine  en. 
est  encore  plus  étendu  ,  et  la  tradition  de  la  science  fournil; 
des  observations  ,  des  faits ,  une  réalité  qu’il  faut  prendre  eu 
considération  et  développer  par  un  sage  emploi  du  raisonne¬ 
ment,  Xoyujiaw  77f-ocr'xovTt,  Certes  ,  il  est  impossible  d’avoir  une 
vue  plus  nette  et  plus  étendue  de  l’étude  de  la  médecine. 

Yoilà  la  méthode  d’Hippocrate  ;  voici  son  système.  Il  vit 
dans  le  corps  humain ,  pendant  la  santé  et  pendant  la  mala* 

1 A  ce  sujet  je  ne  puis  m’empêcher  de  signaler  uue  nouvelle  resseim 
blance  de  Platon,  avec  l’auteur  du  livre  de  l’Ancienne  Médecine.  Hip 
pocrate  y  dit  qu’il  ne  faut  pas  s'écarter  de  la  réalité  (  àîTGTeuI-saôai  tc: 
sovtc;).  Platon  dit  de  même,  que  l’être  qui  pourrait  se  dépouiller  dej 
sens  et  de  tout  le  corps  pour  n’user  que  de  l’intelligence ,  rencontre 
rait  plus  que  tout  autre,  la  réalité  (  6  rsy^ojAsvoç  rcÿ  ovroç,  Phædon,  t.  1 
p.  114,  Ed.  Tauchn.X 


RGCMENT. 


561 

die  ,  les  humeurs  se  modifier  et  se  lier,  par  leurs  modifica¬ 
tions  mêmes,  aux  conditions  de  ces  deux  états.  Il  en  conclut 
que  la  santé  est  maintenue  par  lè  juste  mélange  des  humeurs, 
et  que  la  maladie  est  produite  par  leurs  inégalités.  Il  admit 
encore ,  attendu  le  changement  de  ces  humeurs  ,  qu’elles  su¬ 
bissent  une  coction  qui  les  fait  rentrer  dans  leurs  justes  li¬ 
mites.  Enfin,  le  temps  étant  unë  condition  nécessaire  du 
développement  pathologique ,  il  essaya  de  constater  la  règle 
des  crises  et  des  jours  critiques. 

Tel  est  son  système;  mais,  remarquons-le  bien,  il  n’a  cru, 
dans  tout  cela,  faire  aucune  hypothèse  ;  car  il  appelle  hypo¬ 
thèse  ce  qui  est  une  pure  conception  de  l’esprit,  sans  démon¬ 
stration  possible  ;  et  lui ,  il  s’appuie  sur  des  faits  et  des 
observations  dont  il  pense  faire  un  légitime  usage. 

Le  temps,  qui  a  passé  sur  sa  méthode  sans  l’altérer  ,  n’a  pas 
respecté  son  système.  J’ai  parlé  ailleurs,  en  général,  de  la  pa¬ 
thologie  humorale ,  de  la  coction  et  des  crises  (1),  et  je  retrou¬ 
verai  plus  loin  l’occasion  d’en  examiner  certaines  applications 
particulières.  Seulement  jeferai  remarquer  qu’flippocrate  a  es¬ 
sayé  d’ajouter,  à  sa  doctrine  des  humeurs,  quelques  notions 
sur  l’influence  de  la  structure  des  organes.  Mais  là  l’imper¬ 
fection  des  connaissances  de  son  temps  ne  lui  a  pas  permis 
de  s’élever  à  des  considérations  étendues  ;  et,  en  comparantle 

*  Voyez  à  ce  sujet  le  livre  de  M.  Houdart ,  intitulé  :  Etudes  his¬ 
toriques  e  l  critiques  sur  la  vie  et  la  doctrine  d’ Hippocrate,  Paris  1836. 
M.  Houdart  combat,  avec  beaucoup  de  vivacité,  les  points  principaux 
du  système  hippocratique.  Il  a  très  bien  saisi  le  caractère  pronostique 
de  ce  système  ,  caractère  qui  a  déterminé  la  rédaction  des  histoires 
particulières  des  Épidémies.  Il  a  traité,  avec  une  grande  liberté  d’esprit, 
toutes  les  fables  dont  on  a  orné  la  vie  du  médecin  de  Cos  ;  enfin , 
quoiqu’il  ne  se  soit  occupé  qu’en  passant  de  l’authenticité  des  différents 
écrits  de  la  Collection  hippocratique,  il  a  reconnu  et  montré,  comme 
avait  fait  avant  lui  M.  Ermerins  dans  sa  Thèse,  que  les  Prénotions  de 
Cos  ont  servi  de  matériaux  au  Pronostic  d’Hippocrate.  On  voit  que 
le  livre  de  M.  Houdart  est  un  ouvrage  où  j’ai  puisé  des  idées  et  des 
démonstrations  qui  m’ont  instruit. 


TOM,  I. 


56 


562  de  l’ancienne  médecine» 

peu  qu’il  en  dit,  avec  les  longs  détails  qu’il  donne  sur  les 
mouvements  des  humeurs  ,  on  voit  combien  l'observation  de 
ces  mouvements  avait  été  plds  cultivée  par  les  anciens  méde¬ 
cins  que  l’observation  des  organes. 

J’ai  recherché  à  quels  systèmçs  antérieurs  pouvait  se  ratta¬ 
cher  le  système  d’Hippocrate,  et'  il  m’asemblé que  l’idée  fonda¬ 
mentale  provient  d’Alcméon ,  et  par  conséquent  dérive  d’une 
source  pythagoricienne.  En  effet,  avant  qu’Hippocrate  ne 
prétendît  que  le  juste  mélange  des  qualités ,  ouvaaisc ,  est  la 
cause  de  la  santé,  et  leur  dérangement  la  cause  de  la  maladie, 
Alcméon  avait  dit  :  «  Ce  qui  maintient  la  santé  ,  c’est  l’égale 
répartition  des  qualités ,  Suvccjjlswv  ,  de  l’humide  ,  du  chaud  , 
du  sec,  du  froid,  de  l’amer,  du  doux  et  des  autres  ;  la  domi¬ 
nation  d’une  seule  d’entre  elles  produit  les  maladies ,  et  cette 
domination  est  Jdélétère  (1).  »  Ce  système  est  exactement  ce¬ 
lui  d’Hippocrate  ;  le  sens  et  même  les  expressions  sont  sem¬ 
blables.  Le  juste  mélange ,  la  crâse ,  l’isonomie  ,  la  symétrie 
et  l’harmonie,  étaient,  dans  le  fond,  des  doctrines  pythagori¬ 
ciennes.  Philolaus,  autre  pythagoricien ,  avait  dit  de  la  façon 
la  plüs  générale,  que,  les  principes  des  choses  n’étant  ni  sem¬ 
blables  ni  homogènes  *  il  était  impossible  qu’ils  fussent  or¬ 
donnés  ,  si  l’harmonie  ne  les  pénétrait  de  quelque  manière 
que  ce  fût  (2).  Ce  principe,  dans  son  application  particulière  à 
l’organisation  du  corps  ,  s’est  traduit  par  l’harmonie  ,  par  la 
symétrie ,  par  le  juste  mélange  des  humeurs.  L’harmonie , 
dans  le  langage  pythagoricien ,  était  synonyme  de  symé¬ 
trie  (3).  Du  moment  que  la  doctrine  d’Hippocrate  est  ainsi 
rattachée  à  un  philosophe  pythagoricien ,  il  n’est  plus  éton¬ 
nant  d’y  trouver  les  nombres  jouissant  d’une  grande  im- 

'Plut.  De  plac.  phil.,  v,  30. 

È-îteI  Bé  TE  àpx<ù  Wîrîj?xGV  «{Mitai  cùî’oaoçuXot  ècüaax  ,  à&iva rov 

riv  av  xai  aùraTç  y.o c^t.ôt-u.ev,  ei  p.r,  âpu.cvta  Ers*jivsT0,  «rtv.  âv  Tporw  êyé- 
VSTO.  Stob.  Ecl.,  1,  p.  460;  BœcklCPhilol. ,  n°.  4. 

3  Tà;  ouatosTpiaç  a;  xa't  xpu ov-a?  y.aXsT  (nyôa^opaç).  Plut,  de  plac. 
phil.,  1,3. 


ARGUMENT. 


561 

portance.  De  là  la  recherche  attentive  des  jours  critiques, 
et  les  calculs  qu/Hippocrate ,  en  divers  endroits  de  son  livre, 
a  fondés  sur  cette  considération.  Galien  assure  que  la  prio¬ 
rité  de  la  doctrine  de  la  crâse  appartient  à  Hippocrate  ;  en 
céla  il  se  trompe  ,  nous  venons  de  le  voir ,  mais  il  ajoute  que 
cette  doctrine  distingue  Hippocrate  d’Empédocle ,  et  que  ce 
dernier,  attribuant,  il  est  vrai,  la  composition  de  notre  corps 
et  de  tous  les  corps  situés  autour  de  la  terre  aux  mêmes 
quatre  éléments,  V attribue,  non  au  mélange  de  ces  élé¬ 
ments,  mais  à  leur  juxtaposition  dans  leurs  parties  les 
plus  ténues  (1).  Hippocrate  différait  donc  d’Empédocle  en  un 
point  essentiel.  De  là  vient  la  réprobation  dont  il  l’a  frappé 
dans  une  phrase  du  traité  de  Y  Ancienne  médecine ,  phrase  qui 
manque  dans  tous  les  imprimés ,  et  dont  je  dois  l’importante 
restitution  à  un  manuscrit. 

C’est  dans  le  cours  de  l’exposition  de  son  système  que  , 
s’interrompant  tout-à-coup  ,  il  consigne  Une  grande  pensée  , 
qui  est  le  résume  de  toute  sa  philosophie  sur  la  science  de  la 
vie,  à  savoir,  que,  pour  étudier  le  corps  humain,  il  faut  l’é¬ 
tudier  dans  ses  rapports  avec  toute  chose.  Cette  pensée  a  été 
relevée  et  citée  par  Platon ,  et  c’est  sous  l’inspiration  du  phi¬ 
losophe  et  du  médecin  que  Pascal  a  dit:  «  Les  parties  du 
inonde  ont  toutes  Un  tel  rapport  et  un  tel  enchaînement  l’une 
avec  l’autre ,  que  je  crois  impossible  de  connaître  l’une  sans 
l’autre  et  sans  le  tout.  » 

Les  philosophes  et  médecins  combattus  par  Hippocrate, 
étudiant  le  corps  humain  en  soi,  déduisaient  tous  les  chan¬ 
gements  qu’il  subit  de  la  considération  d’une  seule  propriété  ; 
et  ils  tiraient  cette  déduction  en  vertu  d’une  doctrine  assez 
semblable  à  celle  de  certains  médecins  de  nos  jours  qui  ont 
expliqué  toutes  les  maladies  par  les  lésions  anatomiques.  Au 
contraire ,  Hippocrate  regarde  le  corps  vivant  comme  une  sub¬ 
stance  dont  les  propriétés  ne  peuvent  être  déterminées  à  prio¬ 
ri  ,  ni  en  vertu,  disait -il  alors,  de  la  composition  du  chaud  j 


*  T.  V,  p.  8,  Ecl.  Basil. 


564  -PE  jl’ancienne  médecine. 

du  froid,  du  sec  ou  de  l’humide,  ni  en  vertu,  aurait-il  dit  de 
nos  jouis ,  de  la  texture  des  parties.  Les  chercher  de  cette 
façon ,  c’est  les  chercher  par  une  mauvaise  route  ;  et  ces  pro¬ 
priétés  ne  se  laissent  pénétrer  que  par  une  expérimentation 
générale  qui  constate  quels  efléts  la  substance  vivante  reçoit 
de  chaque  chose.  La  connaissance  de  ces  effets  constitue  la 
connaissance  du  corps  humain.  C’est  là  ce  que  j’appellerai  le 
'vitalisme  d’Hippocrate  ,  vitalisme  qui,  prenant  la  vie  comme 
une  chose  positive  et  l’être  vivant  comme  une  substance ,  en 
recherche  les  rapports  d’action  et  de  réaction  avec  les  divers 
objets  de  la  nature;  vitalisme  qui  restera  éternellement  vrai  à 
côté  de  tous  les  travaux  qui  ont  pour  but  et  ont  eu,  il  faut 
ajouter,  pour  résultat  de  jeter,  par  l’examen  de  la  formeetde 
la  texture,  une  grande  lumière  sur  certains  phénomènes  de 
l’organisme.  A  mesure  que  l’explication  avance,  la  vie  recule, 
elle  s’échappe,  et  à  jamais  demeurera  insaisissable;  de  sorte  que 
nous  devons  toujours  considérer  l’être  qu’elle  anime,  comme 
un  corps  doué  de  propriétés  qu’il  s’agit  d’étudier  par  l’expé¬ 
rience  ,  comme  un  corps  duquel  il  faut  apprendre  ,  ainsi  que 
le  dit  Hippocrate,  comment  il  se  comporte  à  l’égard  de  cha¬ 
que  chose.  Or,  c’est  ce  que  rien  au  monde  ne  pourrait  faire 
deviner  à  priori.  Qui,  pour  me  servir  d’un  exemple  choisi 
par  Hippocrate  lui-même ,  aurait  prévu ,  en  recherchant  l’or¬ 
ganisation  du  cerveau,  que  le  vin  en  dérange  les  fonctions? 
Et  à  qui  encore  la  connaissance  anatomique  du  corps  humain 
aurait-elle  appris  que  les  miasmes  marécageux  produisent 
une  fièvre  intermittente? 

C’est  ici  le  lieu  de  remarquer  (  car  Hippocrate  lui-même 
me  conduit  à  cette  remarque,  qui  ne  me  semble  pas  sans 
importance  )  que  la  physiologie  se  compose  de.  trois  parties 
essentielles  :  la  première  est  l’étude  du  développement  de 
l’être  depuis  la  fécondation  jusqu’à  la  mort;  la  seconde 
-est  l’étude  du  mécanisme  des  fonctions;  la  troisième  est 
l’étude  des  effets  que  l’organisme ,  en  tant  que  substance  vi¬ 
vante  ,  éprouve  de  toutes  les  choses  avec  lesquelles  il  se  trouve 


ARGUMENT. 


565 


en  rapport.  Ces  trois  parties  ont  été  très  inégalement  traitées  ; 
en  général ,  les  modernes  ont  donné  une  attention  particulière 
à  la  seconde.  Les  recherches  anatomiques  et  les  expériences 
physiologiques  ont  produit  de  très  grands  résultats  et 
éclairé  le  jeu  de  plusieurs  fonctions  qui  étaient  restées  un 
mystère  pour  nos  prédécesseurs.  La  première  partie ,  c’est-à- 
dire  le  développement  de  l’individu  depuis  le  commencement 
jusqu’à  la  fin  de  la  vie,  a  commencé  à  être  traitée  avec  tout 
le  soin  qu’elle  mérite ,  et  elle  forme  une  longue  et  admirable 
section  du  grand  ouvrage  de  M.  Burdach  (1).  Mais  la  troi¬ 
sième  partie  n’a  pas  encore  obtenu  autant  de  considération  ; 
elle  appartient  plus  directement  à  l’hygiène  et  à  la  patholo¬ 
gie,  et  elle  a  appelé  plus  que  les  autres  l’attention  d’Hippo¬ 
crate  et  des  anciens  en  général. 

Le  livre  de  Y  Ancienne  Médecine ,  si  remarquable  par  la  rec¬ 
titude  du  jugement  et  par  la  profondeur  des  pensées ,  ne  l’est 
pas  moins  par  la  beauté  et  l’excellence  du  style  ;  là ,  la  forme 
est  en  tout  digne  du  fond.  Les  périodes ,  généralement  lon¬ 
gues  ,  sont  construites  avec  une  régularité  parfaite  ;  les  membres 
de  phrase  s’y  balancent  et  s’y  complètent  de  manière  à  satis¬ 
faire  aussi  bien  l’oreille  que  l’esprit  ;  l’expression ,  pleine  de 
justesse  et  de  clarté,  est  toujours  grave  et  ferme  ;  et  cependant 
elle  se  colore  d’intervalle  en  intervalle,  de  façon  qu’on  recon¬ 
naît  l’écrivain  qui,  maître  de  son  sujet  et  de  lui-même, 
s’arrête  dans  les  limites  tracées  par  un  goût  naturel.  C’est 
certainement  un  beau  morceau  de  la  littérature  grecque  ;  et  ce 
traité  est  un  modèle  achevé  de  la  discussion  scientifique  sur 
les  points  généraux  et  élevés  de  la  médecine. 

Peut-être  était-il  difficile  de  reconnaître  ces  mérites  dans  les 
précédentes  éditions ,  telles  qu’elles  donnent  le  traité  de  X! An¬ 
cienne  Médecine  :  c’est  un  des  livres  qui  ont  le  plus  souffert  de 

1  Traité  de  physiologie ,  considérée  comme  science  d'observation, 
trad.  de  l’allemand  ,  par  A.  J.  L.  Jourdan  ,  Paris,  1837  —  1839  ,  8 
volumes  in  8°. 


DE  L’ANCIENNE  MÉDECINE. 


566 

la  négligence  des  copistes ,  et  c’est  aussi  un  des  livres  où  la 
collation  des  manuscrits  m’a  permis  d’apporter  les  change¬ 
ments  les  plus  considérables,  et,  j’ose  dire,  les  plus  heureux. 
J’ai  pu  remplir  des  lacunes,  rendre  clairs  des  passages  ou 
très  obscurs  ou  absolument  inintelligibles ,  rétablir  la  régu¬ 
larité  des  phrases  troublée  en  plusieurs  endroits ,  et  publier, 
au  lieu  d’un  texte  interrompu  çà  et  là  par  des  taches ,  par  des 
omissions,  par  des  altérations  de  toute  nature,  un  texte 
épuré  où  tout  marche  et  se  suit  sans  difficulté.  Il  n’y  a  guère 
que  deux  ou  trois  points  où  les  manuscrits  m’ont  fait  défaut, 
et  où  j’ai  eu  recours  aux  conjectures.  Ceux  qui  compareront 
le  texte  vulgaire  avec  celui  que  j’ai  imprimé ,  et  qui  jetteront 
un  coup-d’œil  sur  les  variantes  que  j’ai  recueillies  et  discutées 
reconnaîtront  les  améliorations  importantes  que  le  livre  de 
Y  Ancienne  Médecine  doit  à  une  collation  exacte  des  manus¬ 
crits. 

En  résumé,  le  livre  de  Y  Ancienne  Médecine  donne  une 
idée  des  problèmes  agités  du  temps  d’Hippocrate ,  et  de  la 
manière  dont  ils  étaient  débattus.  11  s’agissait,  dans  la  plus 
grande  généralité  de  la  pathologie ,  de  déterminer  la  cause 
des  maladies  ou,  en  d’autres  termes,  de  poser  les  bases  d’un 
système  de  médecine.  Certains  médecins  disaient  que  cette 
cause,  étant  une,  résidait  dans  une  propriété  unique  du  corps, 
propriété  qu’ils  spécifiaient.  Hippocrate  répétait  qu’en  fait,  cela 
était  en  contradiction  avec  l’expérience ,  quen  principe  une 
hypothèse  était  suspecte  et  stérile ,  et  qu’il  n’y  avait  de  sûreté 
que  dans  l’étude  des  faits  et  dans  la  tradition  de  la  science 
qui  y  ramène.  Ainsi,  quatre  cents  ans  avant  J.-C. ,  on  es¬ 
sayait  de  rattacher  toute  la  médecine  à  une  seule  propriété  hy¬ 
pothétique  ,  comme  on  l’a  essayé  de  nos  jours  ;  mais  cette 
propriété  était  ou  le  chaud  ,  ou  le  froid ,  ou  l’humide ,  ou  le 
sec.  Quatre  cents  ans  avant  J.-C. ,  un  esprit  sévère  et  éclairé 
combattait  de  telles  opinions  au  nom  de  l’expérience,  montrait 
que  les  causes  des  maladies  ne  pouvant  pas  se  ramener  à 
une  seule ,  le  champ  de  la  pathologie  générale  était  bien  plus 


ARGUMENT. 


567 


vaste  qu’on  ne  croyait  ;  et  formulait  ce  que  l’observation  lui 
avait  permis  de  conclure;  mais  sa  conclusion  n’embrasse  guère 
que  le  trouble  dans  le  mélange  des  humeurs ,  que  leur  coc- 
tion  et  leurs  crises.  Depuis  lors  ,  la  méthode  de  ceux  qu’Hip- 
pocrate  avait  combattus,  et  la  méthode  d’Hippocrate,  l'hypo¬ 
thèse  et  l’observation  se  sont  perpétuées,  ainsi  que  le  témoigne 
l’histoire  de  la  médecine  ;  mais  ce  ne  sont  plus  ni  l’ancienne 
hypothèse,  ni  l’ancienne  observation. 

Il  est  certainement  instructif  d’étudier,  dans  le  cours  du 
temps,  les  problèmes  tels  qu’ils  ont  été  posés,  et  les  discussions 
qu’ils  ont  soulevées.  On  le  voit ,  la  science  antique  a  de  grandes 
ressemblances  avec  la  science  moderne;  dès  l’époque  que  nous 
sommes  forcés  de  regarder  comme  l’aurore  de  la  médecine , 
dès  les  premiers  monuments  que  nous  possédons,  les  ques¬ 
tions  fondamentales  sont  débattues,  et  les  limites  de  l'esprit  hu¬ 
main  sont  touchées.  Mais  en  dedans  de  ces  limites,  la  science 
trouve,  dans  une  immensité  inépuisable  de  combinaisons,  les 
matériaux  qui  la  font  grandir  ;  et  il  est  impossible  de  ne  pas 
reconnaître  que ,  sur  un  sol  et  avec  les  aliments  que  lui  four¬ 
nissent  les  choses  et  l’expérience ,  elle  se  développe  en  vertu 
d’un  principe  interne  de  vie,  qui  réside  dans  l’enchaînement 
nécessaire  de  son  développement  successif. 

Bibliographie. 

Le  traité  de  F Ancienne  Médecine  a  été  l’objet  des  publi-r 
cations  suivantes  : 

Zvingerus  l’a  publié, dans  sa  collection,  avec  le  texte  grec, 
des  variantes  et  une  traduction.  C’est  une  fort  bonne  édition 
Il  y  a  joint  un  commentaire  difficile  à  lire  à  cause  de  la, 
forme  tabellaire. 

Gorræus  a  donné  (in-4°  1544),  avec  la  traduction  latine, 
le  texte  grec  ;  c’est  encore  un  bon  travail. 

Cornarius  l’a  publié  en  latin  (Basil.  1543  in-4°). 


568  DE  I.’ ANCIENNE  MEDECINE. 

Euseb.  Schenk,  Disserta tio  de  iis  quæ  Hippocrates  tradidit 
in  proœmio  de  veteri  medicina,  1619  in-4°.  Je  n’ai  pas  vu 
cette  dissertation. 

Ex  libris  Hippocratis  de  nova  et  prisca  arte  medendi  deque 
diebus  decretoriis  epitbomæ  Michaelis  Angeli  Blondi.  Romæ 
1545.  C’est  une  simple  traduction  des  traités  de  l 'Art  et  de 
Y  Ancienne  Médecine ,  traduction  qui  m’a  paru  mauvaise. 

Fl.  Sclrayl  pro  veteri  medicina ,  Lugd.  Bat.  et  Amstelod. 
apud  Gaabesquios.  1670,  in-24-  C’est  une  polémique  en  la¬ 
veur  de  Sylvius ,  où  l’auteur  s’appuie  beaucoup  du  livre  de 
veteri  medicina. 

In  Hippocratis  librum  de  veteri  medicina  Lucæ  AntoniiPor- 
tii  Neapolitani  paraphrasis,  Romæ,  1681.  C’est  une  traduction 
très  libre  où  l’auteur  a  introduit  quelques  développements. 
Il  pense  que  la  doctrine  qu’Hippocrate  expose  dans  ce  traité 
est  celle  de  Démocrite.  J’ai  fait  voir  qu’Hippocrate  avait 
emprunté  à  Alcméon  une  de  ses  notions  fondamentales  sur  la 
santé  et  la  maladie. 

Divers  traités  sur  les  panacées,  ou  remèdes  universels,  sur 
les  abus  de  la  médecine  ordinaire ,  avec  une  traduction  d’Hip¬ 
pocrate  de  la  cause  des  maladies ,  et  des  avis  de  Van  Helmont 
sur  la  composition  des  remèdes ,  par  Jacques  Massard ,  doyen 
du  collège  des  médecins  de  Grenoble,  de  l’académie  royale  des 
nouvelles  découvertes  de  médecine,  à  Paris.  2e édition.  Ams¬ 
terdam,  1686,  in-24. 

L  auteur  qui  intitule  le  traité  de  Y  Ancienne  Médecine  traite 
de  la  cause  des  maladies  et  de  V ancienne  médecine  ,  dit  p.  87, 
dans  un  court  préambule  :  «  Hippocrate  a  composé  ce 
«  traité  de  1  ancienne  médecine  contre  certains  novateurs  de 
«  son  temps  qui  établissaient  pour  la  cause  des  maladies  le 
«  chaud  et  le  froid ,  le  sec  et  l’humide ,  et  par  ce  faux  prin- 
«  cipe ,  renversaient  le  fondement  de  l’ancienne  médecine.  Ce 


ARGUMENT. 


569 

«  grand  homme  combat  cette  erreur  dangereuse ,  et  fait  voir 
«  que  le  fondement  de  la  médecine  doit  être  sensible ,  qu’il 
«  faut  juger  des  aliments  et  des  remèdes  par  le  rapport 
«  qu’ils  ont  avec  la  nature  et  suivant  les  biens  et  les  maux 
«  qu’on  en  reçoit,  et  non  pas  sur  des  suppositions  imaginaires, 
«  comme  faisaient  ces  nouveaux  auteurs.  Il  prouve  que  les 
«  aliments  ne  profitent  ou  n’incommodent  pas  en  tant  que 
«  chauds  et  en  tant  que  froids ,  mais  par  le  rapport  qu’ils  ont 
«  avec  la  nature  et  suivant  les  biens  et  les  maux  qu’on  en 
«  reçoit, 

Suit  la  traduction ,  où  l’auteur  a  supprimé  plusieurs  pas¬ 
sages. 


Jo.  Henr.  Schulze,  De  medicovehementer  laudari  digno  ad 
Hippocratem  de  veteri  medicina,  Halæ ,  1755,  in-4°.  Je  n’ai 
pas  vu  cette  dissertation. 


EGEPI  APXAIH2  IHTPIKH2. 


1 .  'O/ocot 1  iizsr/s.iorpca  icepl  îrjTptxîiçXéyetv  rj  ypâcpsiv,  ôxoôeortv  3 
«Tïtidtv  aoxioKJtv  u~o0|[asvoi  tw  Xovm,  ôspaov,  ^'J7.pov  >  r,  uypov ,  rj 
Çrjpov ,  ri 8  àXX’  8  xt  àv  lÔlXwaiv  ,*  Iç  ppayv  ayovxsç,  r^v  apyàiv  ty;ç 
atTtrjÇ  TotfTtv  avOpwxo'.fft 5  xwv  vouuwv  ts  xai  tou  0avaxou ,  xat  Tract 
T7jv  auTerjV ,  Iv  rj  8uo  6  TtpoOsaEvoi  5  Iv  ttoXXoîci  p-èv  xat  oict  Xe^ouai 
xaxacpavisç  slqlv  aaapxavovxEÇ*  7  piaXtaxa  §s  a^tov  f/.su.^ac0at,  8  oxt 
apupl  Teyvr,ç  ioua7]ç  ,  f,  9  ypsovxai  te  ttovxsç  l~t  xoïct  ueyicxoici  xal 
Ttpioci  uaXioxa  xoùç  dyaôoùç  yeipoxsyvaç  10  xat  SrjUtoupYOuç. 11  Eicl 
S «  8y]u.toupYOt,  ot  ulv  13  cpXaûpot ,  ot  os  lî  troXXov  otacpspovxsç  *  é>xsp, 
et  ad)  trçv  zi  iTjTptXT]  oXwç,  ,5  p.r.o’  iv  aùxÉr,  ecxsttto,  16  [X^o’  eupotxo 
u/^osv  ,  ou x  av  r(v  ,  dXXà  toxvxeç  *7  av  8aotwç  auTS7]Ç  axstpot  xe  xal 
18  àvcTTiorr'uovcç  r.cav,  *9  xat  xuyv)  av  xavxa  toc  twv  xaavovxwv 
30  8twxsexo.  jSuv  o’ouy  ouxwç  lys i,  aXX’tScnrsp  xal3,'xwv  aXXwv  33  xs- 

Nota.  —  Il  est  évident  (  et  le  lecteur  s’en  convaincra  facilement  s’il 
suit  ces  variantes)  que  le  n°  2253  représente  une  édition  différente  de 
celle  qu’ont  suivie  nos  autres  manuscrits ,  et  par  conséquent  les  imprimés. 
Il  est  certain  aussi  qu’il  contient  une  foule  de  leçons  qui  comblent  des  la¬ 
cunes  ,  rétablissent  le  sens  et  fournissent  d’excellentes  corrections.  En  ou¬ 
tre,  il  est  le  plus  ancien  de  tous  ceux  qui  sont  à  la  Bibliothèque  royale  de 
Paris  ;  et  je  donnerai  la  preuve,  dans  le  courant  do  ces  variantes,  qu’il  est 
différent,  non  seulement  de  nos  manuscrits  de  Paris,  mais  encore  de  tous 
ceux  que  les  éditeurs  précédents  d’Hippocrate  ont  consultés.  En  consé¬ 
quence,  je  lui  donnerai  souvent  la  préférence. 

rMsv  2255.  —  3  stùxcl  aùxcT;  2253.  —  8  SX>A  xi  2141.  -  âXXo  xi  $ 
T vÔsX.  2253.  —  *  Iv  (Bpa^sT  2*4-1. — sxS>v  etxcüom.  2253.-  ccùttv  omnes ; 
ionisme  restitué  d’après  la  règle  générale  posée  dans  l’Appendice.  — 

6  ÙT. 00.  2253.  —  7  Sic  2255.  -  u.âX\ov  \ulg.  et  al.  codd.  —  8  Sic 
2253.  5xi  abest  in  vulg.  et  al.  codd.  -  Le  sens  marche  mieux  avec,  que 
sans  5xt  ;  on  sous-entend  àaaoxâvouœ.  Foes  traduit  :  «  Àrtis  tomine 
reprehendendi  sunt.  »  -  àvxt  pro  àp/pt  2*43.  —  9  XpîWxai  2253.  -  xpwv- 


DE  L’ANCIENNE  MÉDECINE. 


1 .  Tous  ceux  qui ,  de  vive  voix  ou  par  écrit ,  ont  essayé  de 
traiter  de  la  médecine ,  se  créant  à  eux-mêmes ,  comme  base 
de  leurs  raisonnements ,  l’hypothèse  ou  du  chaud ,  ou  du 
froid ,  ou  de  l’humide ,  ou  du  sec ,  ou  de  tout  autre  agent 
de  leur  choix ,  simplifient  les  choses ,  et  attribuent ,  chez  les 
hommes ,  les  maladies  et  la  mort  à  un  seul  ou  à  deux  de 
ces  agents ,  comme  à  une  cause  première  et  toujours  la  même 
mais  ils  se  trompent  évidemment  dans  plusieurs  des  points 
qu’ils  soutiennent  :  d’autant  plus  blâmables  qu’ils  se  trom¬ 
pent  sur  un  art  qui  existe ,  que  le  monde  emploie  dans  les 
choses  les  plus  importantes ,  et  honore  particulièrement  dans 
la  personne  des  artistes  et  des  praticiens  excellents.  Il  y  a , 
on  le  sait ,  de  bons  et  de  mauvais  praticiens  ;  or  cette  dis¬ 
tinction  serait  impossible ,  si  la  médecine  n’était  qu’une  hy-r 
pothèse ,  si  elle  n’avait  rien  observé  ni  rien  trouvé  ;  tous  y 
seraient  également  inexpérimentés  et  ignorants  ;  et  le  hasard 
seul  réglerait  le  sort  des  malades.  Mais  cela  n’est  point  ;  et, 
si ,  dans  les  autres  arts ,  les  artistes  diffèrent  beaucoup  en- 
tr’eux  et  par  la  main  et  par  la  tête ,  il  en  est  de  même  dans 
la  médecine.  De  ce  fait  palpable ,  j’ai  conclu  qu’elle  n’a  au- 

-v.  vulg.  et  al.  codd.  —  10  Sic  2255.  -  x.  8,  om.  in  vulg.  et  al.  codd.- 
Ces  mots  semblent  nécessaires  à  cause  de  la  reprise  :  état  £è  cïr.u.  —  11  Ei- 
c'.v  2255.  —  11  œaüXci  2255.  — ,8  'ttoW.wv  2255.  —  ttcXu  vulg.  et  al. 
codd. —  7ïo XXâv  me  paraît  indiquer  la  véritable  leçon,  ttcXXov  ;  on  trouve,  a 
la  page  suivante,  ireXXbv  âtaosfoucn.  —  îclz pixr,  2141. —  15  ur,âèv  <xûtt; 
ta.  y.r,$ sv  eu.  ap.  Chart.-aù-rÿ  omnes.  —  16  eop.  om.  2255. -eùpxro 
2145.  —  *7  âv  om.  2255.  -  eu.,  âv  2142.  -  aùv/jç  omnes.  —  18  âvem- 
<r/.e— o'.  in  textu ,  âveamar.  in  marg.  2145.  —  19  tvx?  â’  âv  pro  x.  t. 
av  2255.  —  10  £'.<ùx$ïto  Mercur.  in  marg.  -  ^totxee-o  2253.  -  S'io’.xe!-:; 
in  cœteris.  —  31  va  r&>v  2145.  —  33  tîjcvwv  erauSv  2253. 


572  de  l’ancienne  médecine. 

yvxwv  ?racscov  oî  Sï-pt toupyol  1  ttoXXov  àXkr^koiv  Stxc&spouTi  xarJc  ystpa 
xai  xavà  yvwar,v ,  outoj  *  or;  xat  exi  Î7]Tptxr;ç.  Ato  oux  *  r^iouv 
syioys  xsvî;<;  auTsr.v  uttoQscioç  SeecQat,  ma-sp  Ta  dbavsa  ts  xat  Ax~o- 
peoptsva  *  Tes pt  wv  dvayxr, ,  îyv  Tt? s  exiystpor/j  Xsystv ,  uttoGsgtsi  6  ype- 
£cr9ai*  7  oTov  Trspt  tôîv  ptsTswptov  rt  z wv  u~o  y9;v  8  sï  Xsyot  Tt?  xat 
yivioïxot  àç  syst,  ou~’  av  auTsw  9  tw  XéyovTt  outs  toïciv  dcxououct 
ûr(Àa  av  sorj,  eits  *°  àX^Osa  icrtv  site  trrç  *  où  yacp  sgti  ~po?  8  zi  y  prt 

1 1  £7ravcvsyxanrra  sïosvat  to  oacps?. 

2.  ’Ir,Tptx7Î  S$  12  îravTa  TaXat  uïrapyst,  xat  ap-yr,  xat  ôSoç  supr^asvr,, 
xxô’  13  xat  Tae&pïiasva  TtoXXaTôxatxaXw?  tyovTa  gupr^ai  Iv  ttoXXw 
ypovw,  xatTocXonrà  supsô^dETai^v  Tt?  txavo'?  ts  14  Iwv  xat  tx  supy- 
}A£va  sioojç,  Ix  tgutswv  Spucousvoç  os  zavza  1 5  aroêaX&Jv 

xat  aTrocoxtaaoa;  ravia,  Itsoy)  ôow  xat  STspm  cyraaTt  ,6  iîriysipsst 
ÇrjTsetv,  xat  *7  çvyrst  Tt  suprtxsvai,  Içr/Trar^Tat  xat  I|a— ataTat" 
âouvaTov  yap.  At’  â?  os  dvayxa?  18  douvaTOV,  lyco  19  ‘Tcsip^coptat  s~t- 
cstçat,  Xsycov  xat  20  Sstxvuç  t^v  Tsyv/jv  21  o  Tt  lortv.  'Ex  Ss  toutsou 
xavacpavs?  s<>Tai  dàuvara  22  lovTa  aX/io?  ttw?  23  toutswv  s&ptcxsôat. 
MaXtora  24  §s  ptot  ooxsst  7rspt  Taurr,?  ostv  XsyovTa  ty;?  zlyyrfr 
yvmarà»  Xsystv  25  TOtot  oyaoVpctv.  26  Où  yàp  rapt  27  aXXou  tivoç  outs 
ÇtjtÉsiv  7rpo<rrçxst  outs  Xsystv  7,  rapt  vwv  TrxGr.ptdTtov  a>v  auTol  outoi 
vocsouot  28 ts  xat  ravsooffiv*  aÙToùç  ptsvouv  Ta  ctpstov  ’9  aursojv  — aOr'- 

'IIgXgv  2144.  —  20m.  2U5.  -  Sè  2255.  -  tt?  ante  ittû.  2145.  — 
3  T?.  aÙTTv  éy.  xatvr?  u~c0.  2253.- xatvr?  2145.  corr.  2145. -aù-rr? 
2255.  -  aÙTcv  2141,  2144.  -  ÿsîcôat  omnes.  —  *  dïrGppsc'uevx  2255.  — 
5  i-nyziari  Tt  2253.  -  èîrt/stpetT  2140 , 2143,  2145  ,  2142*.  -  Fortè  Èrrt- 
X£t?37  ?  3n  notis  Foes  ,  Zving.  in  marg.  —  6  ^pxcQat  2255.  £p£~<r9 at  Tulg. 
—  7  Sic  2255.  -  8  vulg.  et  al.  codd.  —  8  dcst  rt?  Xsystv  xat  ytvcôcxst  2253. 
-ytvâoxst  2145.  -  s/ct  2255.  -Oicv,  an  lieu  de  8,  remédie  à  une  première 
difficulté;  reste  ytvwoxct,  qu’il  faut  traduire  par:  prétendait  savoir;  ce  qui 
est  un  peu  forcé.  Je  pense  quül  vaudrait  mieux  lire,  en  modifiant  la  leçon 
de  2255:  &,  st  Xs'yct  Tt?  xat  ytvwcxstv.  -  aÙT&>  omnes.  —  9  Sic  2253, 
22  55,21 45, 21 41 ,2145.-  tô>  om.  in  vulg.-roï?  pro  TGtotv  omnes. — '‘’àXTÔT 
2253.  —  11  âvsvsyxavra  2255.-  s-^avsyxavra  cod.  S.  apud  Foesium.  — 

12  ttsD..  îravr.  2255.-—  13  xat  om.  2255.  -  Démétrius  Pepagomène,  qui 
cite  cette  phrase  dans  son  livre  Sur  la  Goutte ,  p.  56,  cite  ainsi  :  và  et?  zry 
larptXTv  eûpTjAs'v*  GîôXXa  stot  xat  xaXà  sv  îrcXJ.ô)  -/pc'vco ,  xat  và  Xct— à  sv»- 
pOrGcvrat.—  14  m  omnes,  tguts'wv  omnes.  —  15  àm ëa>X.av  2253.  -  a~c~ 

Xa€û)v  2142  ,  2145, 2255 _ *6  Sic  2140,  2141,  2255,  2145,  2145. — 

i-r.iyr.zv.  Çr/rstv  2255.  -  lîa^stss'stv  Çtts'ei  vulg.  -  Çr-sct  2145.  -  La  le¬ 
çon  que  j’ai  adoptée  est  aussi  celle  que  suit  Démétrius  Pepagomène,  qui  cite 


de  l’ancienne  médecine.  573 

cun  besoin  d’une  supposition  vide,  comme  les  choses  oc¬ 
cultes  et  douteuses ,  pour  lesquelles ,  si  on  veut  en  discourir , 
il  faut  nécessairement  se  servir  d’hypothèse  :  par  exemple , 
dans  les  dissertations  sur  les  objets  célestes  ou  souterrains , 
quand  même  celui  qui  parle  prétendrait  savoir  ce  que  sont  ces 
objets,  ni  lui,  ni  ceux  qui  écoutent,  n’auraient  aucune  évidence 
de  la  vérité  ou  de  la  fausseté  des  assertions  ;  car  toute  vérifi¬ 
cation  est  impraticable. 

2.  Mais  la  médecine  est ,  dès  long-temps ,  en  possession  de 
toute  chose  ;  en  possession  d’un  principe  et  d’une  méthode 
qu’elle  a  trouvés  :  avec  ces  guides ,  de  nombreuses  et  excel¬ 
lentes  découvertes  ont  été  faites  dans  le  long  cours  des  siècles, 
et  le  reste  se  découvrira ,  si  des  hommes  capables  ,  instruits 
des  découvertes  anciennes,  les  prennent  pour  point  de  départ 
de  leurs  recherches.  Mais  celui  qui ,  rejetant  et  dédaignant 
tout  le  passé ,  tente  d’autres  méthodes  et  d’autres  voies ,  et 
prétend  avoir  trouvé  quelque  chose ,  celui-là  se  trompe  et 
trompe  les  autres  ;  car  cela  est  impossible ,  et  cette  impossi¬ 
bilité  ,  je  vais  essayer  de  la  démontrer  par  l’explication  même 
de  ce  qu’est  la  médecine.  Il  en  résultera  la  preuve  que 
rien  ne  peut  se  découvrir  si  ce  n’est  par  cette  route.  Sui¬ 
vant  moi ,  celui  qui  veut  discourir  sur  l’art  médical 
doit  surtout  s’attacher  à  dire  des  choses  connues  du  vul¬ 
gaire  ;  car  les  discours  et  les  recherches  d’un  médecin  n’ont 
pas  d’autre  objet  que  les  maladies  dont  chacun  souffre  et  est 
affligé.  Sans  doute ,  les  gens  ignorants  en  médecine  ne  peu¬ 
vent  ,  dans  leurs  maladies  mêmes ,  savoir  ni  comment  elles 
naissent  et  finissent,  ni  par  quelles  causes  elles  croissent  et 

cette  phrase  p.  56.  —  «?  Sic  2140,  2141,  2255,  2145,  2145,  2142.  - 
çûasi  2255.  vulg.  -  çrc:  Démétrius  Pepagomène,  loc.  cit.  -  ç-joasi  ex 
manuscript.  ap.Foesiura.-è'S’jswf/a'.  2255.  —  ,8&jvo.tov  2255.  —  *9  Sic 
2255.-  -rrîtfâc.  vulg.  et  al.  codd.  —  20  «rt&etxrjov  2255.  —  21  Srt  2255. 
-toutou  omnes. —  22cvt<i  2255. — 23  tcutscùv  in  2255;om.  in  vulg.  étal, 
codd.  —  24  sacs  2255.  —  25  tcIo:  BxuÂTçm  2255.  —  TGÙr.v  &T,uj57T,<n'i 
vulg.  —  26  03ts  2255.  —  2"  aXtav  twôv  2255.-  Çr.rsïv  2255.  -  æpsrocet 
post  ïJ-pi'i  2255.  —  23  Sic  2253.  -ve  x.  i>.  om.  in  vulg.  et  al.  codd.  — • 

29  <joô»v  2255.  -  x’jtkv  omnes. 


574 


DE  l’ancienne  MÉDECINE, 
uara  xarajAaOfiîv,  ’w;  yivî-rat  xat  7raùerai,  xat  Si’2ota;  icpoydalou;  a ù- 
l'sx'zi  ts  xat  çôtvst,  3  Sr,u.o'-a;  lo'vTa;,  ou  *  £r(i$iov  utc’  aÀXou  Ô’  su- 
priptiva  xat  Xs-yopieva  su-stsç.  OùSsv  yàp  5  gcspov  6  aj  àvaatptv^axs-rai 
exacro;  axoùmv  twv  7  Ioûutw  £uf/.êaivovTtov.  Et  os  tiçtmv  8  Iouotscov 
yvtDjATjÇ  àxoTsù^sTai,  xat  p.vj  9  Staô^ast  tou;  axouovra;  IO  outwç , 
tou  11  Iovto;  axoTsu^STai.  Ka!  ota  12  xauTa  oûv  ,3  oùosv  14  CssTat 
uxoOsoio;. 

3.  Tr,v  yàp  ccpyrjV  out’  av  eupsôv] 15  ft  Ts^vr,  x6  ^  wyrptxîi,  out’  av 
iÇr|Tr'07j  (oùosv  vàp  ‘7  auTsr,;  sost),  ,8  èt  toîoi  xa  avouai  twv  19  àv- 
Opojxwv,  t&  aÙTa  û'.atTwasvoiat  ts  xat  rpoaçspcpivotatv,  Sxî'p 
20  ot  &vtaivovTs;  21  saôiouoi  ts  xat  -irivouai  xat  22  TaX7a  otatTsovrat, 
23  ^uvscpsps,  24  xat  sî  JA7}  f,v  25  STSpa  26  toutswv  SsXtiol  Nûv  S5  27  aux?; 
■?.  àvaptr,  28  tyjTpt xr,v  iicoujas  29  ^'/jTrjô^vat  te  xat  sups&vjvai  avOpw- 
irotatv  *  OTt 30  xaavouat  TaÙTa  xpoaospotAsvoiatv,  atrep  31  oî  ùvtatvov- 

1  Sic  2255.  -  MOTS  vulgi  et  al  codd.  —  2  <x;  2255.  —  3  Sic  2253.- 
i&wTa;vulg.  et  al.  codd.  —  4Sic  2253.  -potS1.  vulg.  et  al  codd.  —  *sxa- 
<rrov  pro  et.  2141 .—  6  Sic  2255.-  r,  om.  in  Tulg.  et  al.  codd.-  Ce  mot  est 
tout-à-fait  nécessaire. —  7  Cod.  S.  ap.  F oesium.-  iæuTw  vulg.-  æùtô  -àuu.6. 
2253.  —  «iSWrwv  2253.  — 9  Siahicv.  2143.— 1°  2253.  -  cÎto;  vulg.  ét. 
al.  codd.-Le  sens  est  incomplet  si  on  lit  cuto;  au  lieu  de  cvtw;,  et  W6xcst 
ne  peut  rester  seul.  —  cvrc;  2253.  —  12  Savoura  2141 .  —  ,3  tout* 
addit  ante  cùSev  2253.  —  li  &sï  2253.  -  Seïtoi  vulg.  et  al.  codd. 
— lS  2253.—  ii  om.  vulg.  étal  codd. —  16  r.  om.  2145. —  l1  otùrct;  2145. 
—  aù-rî;;  omnés.  —  18  2255.-  si  om.  in  vulg.  et  al.  codd.  —  19  aÙTwv  post 
twv  in  2255.  4 —  20  2255.-  ot  om.  in  vulg.  et  al.  codd.  —  21  te  2255. 
om.  in  vulg.  et  al.  codd.  — 22  Sic  2253.-  xar’  cula  Si  aÙTÉwvre  2145.- 
irspa  PeXt-w  ^tatTE'wv  te  2141.  -  y.d~  âW.a  5i.atTs'cvTS  2140.-  xar’  àX>.a 
S’tatTs'tovrs  2255,  2142,  21  45.-  xcct’  âW.a  JtatTwaÉvotç.  vulg.  —  \>y..  aXXà 
xat  ëg0.  te  xaixtv.jxal  t’  oàà’  â  ^latTCtw'/rat  £uvs®spsv  cod.  S.  ap.  Foesium. 
— StaiTÉovTat  Aid.  ;  cette  leçon  ,  qui  est  la  bonne  et  qui  aurait  dù  mettre  les 
éditeurs  sur  la  voie ,  est  appelée  -vicieuse  par  Mack,  dans  son  édition  d’Hip¬ 
pocrate,  t.  I,p.  18. — 23  Çuvsçspèv  2253. — 24  Sic  2143,  2141,  2140,  2255, 
2145,  2142,  Ald.-xal  uv, sine  si  2253. -sine  xat  vulg. — 22xat  ante  Irspa  cod. 
F.  ap.  Foes. — 26Sic2145,  2255,  2145,  2142,  21 41  .-toutov  2255,-deest 
in  vulg.-  {JsÀTiMv  2145,  2140,  2142.  -  Toute  cette  longue  phrase,  parfai¬ 
tement  claire  de  la  manière  que  je  l’ai  imprimée,  ne  l’est  nullement  dans 
le  texte  de  Foes.  Ce  qui  fait  l’obscurité  de  ce  dernier  texte,  c’est  qu’il  n’a 
pas  d  devant  tcïc.  xaiAvouct ,  et  qu’il  a  /.ar  aXka.  SïatTwuivoi;  au  lieu  de 
r’ôXXa  Sta’.TÉovTai.Aussi  traduit-il  :  «  Quin  etiam  alia  victus  ratio  contulis- 
set  nisi  essent  alia  meliora  »  ;  membre  de  phrase  qu’il  m’est  absolument  im- 


de  l’ancienne  MÉDECINE.  575 

diminuent  ;  mais  il  leur  est  facile  de  comprendre  îce  qui  est 
trouvé  et  expliqué  par  d’autres  ;  car  ce  n’est  pas  autre  chose 
pour  eux  que  se  rappeler ,  en  écoutant  le  médecin ,  ce  qu’ils 
ont  éprouvé.  Celui  qui ,  s’écartant  de  leurs  notions ,  ne  les 
mettra  pas  dans  une  telle  disposition  d’esprit ,  s’écartera  aussi 
de  la  réalité  des  choses.  Tout  cela  prouve  que  la  médecine 
n’a  pas  besoin  d’hypothèse. 

3.  Dans  l’origine ,  cet  art  n’aurait  jamais  été  ni  trouvé  ni 
même  cherché  (car  le  besoin  ne  s’en  serait  pas  fait  sentir), 
si  les  hommes  avaient  été  soulagés  ,  malades  ,  par  le 
boire ,  le  manger  et  le  reste  du  régime  dont  ils  usaient  bien 
portants ,  et  s’il  n’y  avait  eu  quelque  chose  de  mieux  à  famé. 
Mais  la  nécessité  même  força  les  hommes  de  chercher  et  d’in¬ 
venter  l’art  médical  ;  car  ils  s’aperçurent  que  le  régime  de  la 
santé  ne  convenait  pas  à  la  maladie ,  pas  plus  qu’il  n’y  con¬ 
vient  aujourd’hui.  Bien  plus,  en  remontant  dans  les  siècles 
passés ,  je  pense  que  le  genre  de  vie  et  de  nourriture  dont ,  en 
santé ,  on  use  dé  nos  jours ,  n’aurait  pas  été  découvert ,  si 
l’homme ,  pour  son  boire  et  son  manger,  avait  pu  se  contenter 
de  ce  qui  suffit  au  bœuf,  au  cheval ,  et  à  tous  les  êtres  en  de¬ 
hors  de  l’humanité,  à  savoir  des  simples  productions  de  la 
terre,  des  fruits,  des  herbes  et  du  foin.  Les  animaux  s’en  nour¬ 
rissent  ,  s’en  accroissent ,  et  vivent  [sans  être  incommodés  et 

possible  de  comprendre.  J’ai  suivi,  dans  toutes  les  restaurations  de  ce  passage 
très altéré,  le  texte  de  2255.  Seul,  il  m’a  semblé  réunir  toute  la  véritable 
leçon  ,  dont  les  autres  manuscrits  ne  contiennent  que  des  portions  plus  ou 
moins  mutilées,  ainsi  qu’on  peut  le  voir  par  les  variantes.  Il  faut  mettre, 
entre  deux  virgules  ou  entre  deux  parenthèses,  cù£iv  -yacp  aù-rî;;  ISei,  qui 
est  une  phrase  incidente;  -pàtp  indique  en  grec  la  parenthèse.  De  cette  façon 
le  sens  est  clair  ;  la  phrase,  quoique  longue,  est  régulièrement  construite;  et, 
outre  l’appui  qu’il  trouve  dans  les  leçons  estropiées  des  autres  manuscrits, 
le  texte  du  n°  2255  porte  en  soi  cette  garantie,  c’est  qu’il  donne  une  par¬ 
faite  lucidité  à  un  passage  tellement  embrouillé  qu’il  n’a  pas  été  éclairci 
par  un  homme  aussi  habile  que  Foes. —  *7  cc’jtvî2255.  —  î8  ta-fucr,v  214t. 
-  Èwotr.eev  2255.  —  *9  Sic  2255.  -  ^Tetaôai  vulg.  et  al.  codd.  —  30  Sic 
2253.  -  xop-vouotv  vulg.  et  al.  codd. —  31  ci  om.  2255. 


576  de  l’anciesoti  médecçœ. 

teç,  où  1  Èjuvsçspsv,  co;  ou  os  vuv  Çutxipspsi.  *Eti  *  o’  avcoôsv  eycoys  à;tô> 
oüo’  av  twv  ôytatvovTtov  SiaiTav  ts  xal  Tposr/jv,  ^  vuv  ypsovrat,  eups- 
0v-vat ,  st 3  sçr'pxss  tco  avOpcoTrco  rauToc  saôtovri  xal  -tvovrt  Sot  Tsxa't 
txrco  xal  rraoiv  sxto;  àvôpanrou,  otov  rà  Ix  tt;;  yrtq  oubjxsva,  xap- 
toÔuç  ts  xal  uXrjV  xat  yopro  v  4  à~o  rourscov  5  yàp  xat  auijovTai  xal 
6  arrovot  otocvouoiv  ,  oubsv  ■jrpoaSso'jxevot  aXXy;;  otatTTjÇ.  Ksct  toi  7  r/,v 
cpyrjv  sycoys  8  à;tw  9  xat  tov  av0pco~ov  10  TOtaur/j  Tpoç-vj  xsyprcOat. 
ïà  Ss  “  ys  vuv  Starrr'aaTa  su  pr,  as  va  12  xat  TSTsyv^asva  13  h  rro/Xw 
^povto  ysysvr(o6at  ao:  boxsst.  12;  yàp  s-aoyov  14  7roXXà  ts  xat  Ôstvà 
15  aTco  ïoyup^ç  ts  xal  O^ptcoSsoç  otatrr,^  ,6  coua  ts  xat  axp^ra  xat 
asyaÀx;  *7  Suvaata;  syovra  lerpspoaevot,  otà  xsp  ,8  av  xat  vuv  orr 
'9  a’JTs'tov  rràcyoïsv ,  ïtovokji  ts  toyupoïot  xal  lo  vousotcrt  Trsptrrtrrrov- 
ts;,  xat  21  otà  Taysoç  ôxvàrota'tv.  'Htoov  uiv  ouV  raura  TOTSstxbçr.v 
rràaysiv  otà  tt;v  ouv^ôstav  *  tff/upw;  os  xat  tots*  xat  tou;  uiv  —Izi- 
crouç  ts  xat  22àc0svssTspr1v  cpuotv  syovraç  àrroXiuTÔat  stxoç,  tou;  os 
23toutscov  uTrspsyovra;  — Xstco  y  pbvov  àvrsystv  *  worrsp  xat  vuv 24  Ixrtov 
tcyuptôv  Ôpcoascxcov  ol  uiv  25  yàp  ^r/totco;  àrraX7àcaovTat,  ot  os  asrà 
7roXXü)V  W>VCOV  TS  XOl  xaxcov.  A  là  07)  TaUTTjV  TVJV  26  ypSITjV  xat  ourot 
fjtot  ooxsouat  Ç'/jT^crat  rpoo^v  apuoSouaav  t3]  çucret, xat  supstv  Taurrjv, 
f,  vuv  27  y  pso'usGa  ■  Ix  uiv  oùv  rwv  Trop  tov,  Bpsçocvrsç  28  xat  ~t<7avrs; 
29  xat  xarayioavrsç  rràvTa ,  xal  otac^oavTsç  ,xal  30  çopu^avrs;  ,  xal 
OTm-oavTsç,  3,àTSTs)vScavapTov*  sx  bs  32ye  rwv  33xpt0scov  txaÇxv,  à)>Xa 

1  ouvsç£psv.-outuç.225S. — 2bs2255. — 3s;r'pxst  omnes.-xal rrt. om. 2253, 
2143.  — ■  4o  ante  â-ô  rulg.  étal,  codd.,  deest  in  2255,  2144.-  cS  cod. S. 
ap.Foes.  -si  apudHeurn.  et  Zvinger.  marg.  —  5  Sic  2253.-  rs  pro  yàp 
in  vulg.  et  al.  codd. —  6îrevct  cum  signo  2255. —  7  ttv  ys2255.  — 6 Sac. étù 
2253.  —  9  x.  t.  à.  r.  rp.  x.  om.  2141.  —  10  rctaûrr.v  rpoor.v  yzr.a^M,  in 
margin.  tcioutyi  rpcçî;  2253.-  Omnia,  a  xat  tu  ad  xsxpâcSxt,  om.  cod.  F. 
ap.  Foes. — ”ys  om.  2255. — 12  2 2 53. -xal.  om.  in  vulg.  et  al.  codd.— ypa- 
-cus'va  pro  TETsyy.  Mercur.  in  marg. — 13  L  77.  yo.  om.  2255. — t4  rrc>Jt2253. 
— lS  ûrrô  2255.  —  16  Sic  2255.-  câuxrapro  waà  te  vulg.  et  al.  codd.-  Il 
est  inutiléd’expliquer  que  cette  leçon  est  la  seule  véritable;  «raaara  ne  donne 
nticün  sens.  On  ne  peut  guère  en  faire  le  sujet,  puisqu’il  y  a  scrçEpcpisvci  ; 
il  faut  alors  sous-entendre  xorà,  et  rapporter  cwaxTa  soit  à  ecospruevot , 
soit  à  lîraoycv  ;  waà  au  contraire  donne  un  sens  clair  et  facile,  en  concor¬ 
dance  aussi  bien  avec  la  pensée  de  l’auteur  qu’avec  la  grammaire. — •  ‘7  2255. 


577 


DE  l’aNCIENNE  MÉDECINE. 

sans  avoir  besoin  d’aucune  autre  alimentation.  Sans  doute , 
dans  les  premiers  temps  l’homme  n’èut  pas  ri’ autre  nourri¬ 
ture  ;  et  celle  dont  on  se  sert  de  nos  jours  me  semble  une  in¬ 
vention  qui  s’est  élaborée  dans  le  long  cours  des  ans.  Mais 
d’une  alimentation  forte  et  agreste  naissaient  une  foule  de 
souffrances  violentes ,  telles  qu’on  les  éprouverait  encore  au¬ 
jourd’hui  par  la  même  cause  ;  che2  ceux  qui  se  sustentaient 
avec  ces  matières  crues ,  indigestes  et  pleines  d’activité ,  sur¬ 
venaient  des  douleurs  intenses ,  les  maladies  et  une  prompte 
mort.  Les  hommes  d’alors  en  souffraient  moins  sans  doute ,  à 
cause  de  l’habitude  ;  cependant  le  mal  était  grand  même  pour 
eux  ;  et  la  plupart,  surtout  ceux  qui  étaient  d’une  constitution 
plus  faible ,  périssaient  ;  les  natures  les  plus  vigoureuses  ré¬ 
sistaient  davantage.  C’est  ainsi  que ,  de  nos  jours ,  les  uns  di¬ 
gèrent  ,  avec  facilité ,  des  aliments  d’une  grande  force ,  et  les 
autres  n’en  triomphent  qu’avec  beaucoup  de  peine  et  de  dou¬ 
leur.  Telle  fut ,  ce  me  semble ,  la  cause  qui  engagea  les  hom¬ 
mes  à  chercher  une  nourriture  en  harmonie  avec  notre  na¬ 
ture  ,  et  ils  trouvèrent  celle  qui  est  en  usage  maintenant.  En 
effet ,  apprenant  à  macérer,  à  monder,  à  cribler,  à  moudre,  à 
pétrir  les  grains ,  ils  ont  fabriqué ,  avec  le  blé ,  du  pain ,  avec 
l’orge,  de  la  pâte  qu’ils  ont  travaillée  de  mille  manières.  Us  ont 
fait  bouillir,  fait  rôtir ,  composé  des  mélanges ,  et  tempéré , 
par  des  substances  plus  faibles ,  ce  qui  était  fort  et  intempéré , 

-  &>vaa£iç  vulg.  et  al.  codd.  —  18  àv  om.  2255.  —  19  aûrâv  2255.  — 
20  voucGtç  2255.  —  21  â'ta.rax.swç  2255.  — 22  àcdsve<rrspav  2255.  — 23tg i- 
t<ûv  2255.  —  14  à-o  2255.  —  25  -pp  deest  ia  2255. — •  26  aîwiv  pro  xpe- 
ir.'i  2255.  —  27  xpâasôa  omnes.  -  J’ai  corrigé  l’ionisme,  sans  manuscrit, 
d’après  la  règle  exposée  dans  l’Appendice  à  l’Introduction.  —  28  <jçà?ante 
xai  2255.  —  29  jrâvra  deest  in  2255.  -  Jwtratéoav  rzçvé  2255.  -  La  leçon  du 
Ms.  2255  aurait  pu  paraître  préférable.  En  effet,  de  cette  façon,  ès-5>v  îtj- 
ptôv  se  trouverait  attaché  à  à-rrsÀsoav  ;  au  reste  la  différence  est  légère. 

-  30  «ppôl;«vTè;  2142,  2145,  2145,  2141,  2144,  Zving.  in  marg. 

-  oupaaavTe;  cod.  S.  ap.  Foes. -ooo'j^ccvtsç  est,  dans  le  Glossaire  de  Ga¬ 
lien,  interprété  par  tpupâoavrs;.  —  31  cbkts Xî'oau.ev  2255.  —  32  -ye  om. 
2255. — 1  33  xpiOwv  2255. 


TOM.  I. 


37 


578 


de  e’ancienne  médecine, 
tî  1  cuyvi  îrepi  yaùxr,v  2  xprJypt.axsuc'a[A£voi, 3  -^vlnricav  xs  xai  WTrrr,- 
aav,  xat  fuiljav  ?  xat  exspaaav  *  -roc  ’ur/upa  xe  xat  axp7jxa  *  xoTciv 
àaôevecxspoiGi ,  7uXaccovx£ç  -xavxa  xpoç  xv)v  xou  àv0pwTrou  çùatv 
xe  xal  cuvapuv,  6  -Jjysutjievoi,  7  #rt  #cra  ptèv  av  Icyupoxepa  r,,  où  $u- 
vyssxat  xpaxéstv  f,  cpùstç,  7;v  8  Icrêa/r/uat,  à~b  xouxetov  »  S’  aùxétov 
ttovouç  xe  xal  I0voùcou<;  xat  Qavaxouç  ecscôat  *  11  occov  S’  av  âùvvjxat 
extxpaxeetv,  I2à-7cb  xooxétov  xpotpVjv  xe  xat  au^ffiv  xat  ùytsfejv.  Tw  ,sS* 
eùp-^uaxt  ,4  xoùxw  xat  Çr,x7jaaTt  xt  av  ,5  xtç  oùvopta  otxatoxepov  vj 
Tipocaixov  aaXÀov  ,6  ôetr,  r,  tr,xptxr'v  ;  Sri  *7  ve  eÙp7]xat  iis\  xâj  xoû  av- 
OpoS-ou  uyiei'7)  xe  xal  xpooîj  xat 18  ccorq pirj ,  aTXaypia  19  xetvrjç  xr;ç 
otatxr.ç ,  I;  Ijç  ot  irovot  xat  voucot  20  xat  ôavaxot  Ivtvovxo. 

4.  Et  Se  jxv)  rir/yq  21  aùxrj  vopttÇexai  eTvat,oùx  22a7reixo'ç*  -fo  23  yàp 
<j.-/joetç  2-i  Itrxtv  totojxr4ç ,  a77à  -iravxeç  STUGTTyuovsç  25  otà  xr4v  ypricriv 
xe  xat  avayxTjV ,  où  Trposvyxei  xaùx7;ç  oùSeva  xe^vtxrjV  xaAeecrôat*  ixret 

1  îioW.à  2255.  —  2  «paya.  2253,  2141.  —  3  ïrspl  xaûrr,v  repetit  posl 
«paya.  2253. — *xà  in  2255,  quod  om.  in  vul.  et  al.  codd. — 5xctç  2255.- 
àoôeveGxepâ;  omnes — 6r,yoo«..  2255.  —  7Sic  Mercurialis  inmarg.-Sine  ôxi 
et  xv  vulg.—  5<t<ù  jièv  to^.  (sine  Sxt)  2143,  2141, 2142,  2144.—  <â$  r4v  piv  & 
tox'j?*  (sineÔTt)  2253.-  Le  texte  de  Foes  et  celui  de  la  plupart  des  manuscrits 
qu’il  a  suivis  ,  est  altéré  manifestement;  ce  n’est  pas  que  le  sens  ne  soit  clair, 
mais  la  construction  est  tout  à  fait  irrégulière  dans  la  leçon  vulgaire  ;  il  y 
faut,  en  effet,  ou  bien  5xt,oubien  S'jvr'oîaôat  xr,v  oôotv.  Vander  Linden  a  Suvr- 
GîcOatt ,  mais  avec  r.  ©uct;,  ce  qui  n’est  pas  régulier.  De  plus,  les  variantes 
données  par  les  manuscrits,  lesquelles  toutes  sont  insuffisantes  pour  restau¬ 
rer  complètement  le  passage ,  montrent  par  le  fait  seul  de  leur  existence , 
que  le  texte  a  été  diversement  altéré.  La  variante  que  Mercuriali  a  mise 
en  marge  de  son  édition  obvie  à  ces  inconvénients  ;  je  l’adopte  ,  bien  que 
je  pense,  que,  s’il  ne  valait  pas  mieux  s’en  tenir,  en  tout  état  de  cause ,  aux 
manuscrits,  on  devrait  lire  :  r,y.  caa  asv  av  tay.  r,  ri  ^uvxffsrai  xp.  %  ©. 
r,v  iaê.  xtz'o  xcuxtùv  aùxü*v  x-X.  —  8  èu.cpépr.xai  2255.  -  Comme  Hippocrate 
se  sert,  dans  ce  traité,  plusieurs  fois  du  mot  èa©epop.evot  dans  le  même  sens, 
il  faut  sans  doute  lire,  dans  2253,  èoçspr-at,  dont  alors  eoëaXvïrat  ne  serait 
qu’une  glose. —  9  xe  pro  à’  2255.-xcùxav,  aùxwv  omnes — 10  2255.-vd<rouç 
vulg.  et  al.  codd. —  11  gxcgwv S’  r/;  2 2 5 3 . - ogcov  olv  2143. -ggov  av  2145, 
2142. — 12  xoûxtùv  xpcovi  xe xra5%nmç jc. ûytsîa  2253.  —  l3$e2253. —  l4x. 
sc.  Çvix.  om.  in  vulg.  et  al.  codd.;  habet2255.-Je  me  suis  décidé  à  admettre 
ces  trois  mots,  qui  manquent  partout  ailleurs  que  dans  le  n°  2253,  par  deux 
raisons;  d’abord  parce  que,  pour  ce  traité,  je  suis  généralement  ce  manu¬ 
scrit,  qui  est  certainement  supérieur  aux  autres  ;  en  second  lieu,  parce  que 


DE  l’ancienne  MÉDECINE.  579' 

se  réglant  en  toute  chose  sur  la  nature  et  les  forces  de  l’homme  ; 
car  ils  pensèrent  que  les  substances  qui  seraient  trop  fortes 
pour  pouvoir  être  surmontées  par  la  nature ,  produiraient ,  si 
elles  étaient  ingérées ,  des  souffrances ,  la  maladie  et  la  mort  ; 
qu’au  contraire ,  tout  ce  qui  serait  digestible  contribuerait  à  la 
nutrition ,  à  l’accroissement  et  à  la  santé.  A  de  telles  recher¬ 
ches,  à  de  telles  inventions,  quel  nom  donner  plus  juste  et 
plus  convenable  que  celui  de  médecine  :  médecine  trouvée 
pour  la  santé ,  pour  la  nourriture ,  pour  le  salut  de  l’homme  , 
changement  de  ce  régime  qui  ne  lui  avait  causé  que  souffrance, 
maladie  et  mort  ? 

4.  Si  l’on  prétend  que  ce  n’est  pas  la  un  art,  j’y  consens. 
En  effet,  là  où  il  n’y  a  pas  d’ignorant,  là  où  tous  sont  entendus 
à  cause  de  l’usage  et  de  la  nécessité  ,  on  ne  peut  dire  qu’il  y  ait 
d’artistes.  Et  cependant  tout  cela  forme  une  invention  impor¬ 
tante  et  pleine  d’art  et  d’observation.  Encore  aujourd’hui , 

celui  qui  a  l’habitude  des  manuscrits  comprendra  que  l’omission  a  été 
très  facile  pour  le  copiste ,  à  cause  de  la  désinence  semblable  des  deux 
mots  £Ûpr'u.a-n  et  Çïrrr'iAaTt. — xS  av  cSv  ouvopa  âucatoTepov  âv  rtç  wpoo.  vulg. 
et  al.codd.  -xaÀ  pro  $  Zving.  Heurn.  Mercur.  ad  marg.  -  La  leçon  que 
j’ai  suivie  est  donnée  par  2253  ;  il  est  facile  de  faire  voir  qu’elle  est  préféra¬ 
ble  :  la  répétition  de  iv  du  texte  vulgaire  n’est  peut-être  pas  mauvaise,  mais 
le  sens  exige  une  copule  entre  &ug.  et  TrpcG.  Je  n’ai  fait  qu’un  changement  à 
laleçon  de  2253.  Il  y  a  ovou  a,  et  j’ai  mis  GsSvojta  ;  mais  g  uvojmc  est  donné  par 
les  autres  manuscrits,  qui  ont  cuv  ovguoc.  Cet  ouv ,  très  peu  nécessaire,  pro¬ 
vient  d’une  lecture  vicieuse  de  cuvopa;  aussi  manque-t-il  dans  2253, 
où  l’ionisme  est ,  il  est  vrai ,  effacé ,  mais  où  le  texte  est  resté  correct.  — 
16  2253.  -  ÔÜTGVuIg.  étal,  codd.- ÔgTto  21  43,  2142,  2140.  —  2253. 

-  q'S  om.  in  vulg.  et  al.  codd.  —  18  x.  <jg>t.  y,.  rp.  2253.  -  GcaTxpwiç  21 45, 
2140,  2255,2441, 2144.-  CGmsptGiç  2143.  —  ^ècstvr,;  2253. — 2°2253 
y..  0s£v.  om.  ;  ’pvGVTOt  pro  rpv.  vulg.  et  al  codd.  — 21  a5T7j  2253. — 
22  à-c&'-/.c'cnr,;  -yàp  ,  in  marg.  d« te&ugç  yàp  2255.  -  On  a  là  un  exemple  de 
la  manière  dont  les  textes  s’altèrent  entre  les  mains  des  copistes.  Le  copiste 
a  écrit,  pour  are «xoç  r?  ^àp ,  x-scucgot;;  -yâp  :  mol  inintelligible.  Une  autre 
main  a  mis  en  marge  àrecuco?  -yàp  ;  ce  qui  est  grec  en  effet  ;  mais  ce  qui 
porte  dans  toute  la  phrase  une  perturbation  telle ,  que.  si  on  n’avait  que  le 
manuscrit  2255,  il  serait  difficile  d’imaginer  en  quoi  consiste  la  faute  com¬ 
mise.  —  23  pro  -yap  2141.  —  24  eVr a>.  2253.  —  25  i<rrl  ante  Jià  2253. 


5S0  DE  l’ ancienne  médecine. 

xô  ys  *  çuprnua  1  xat  uiya  xat  ttoXXtIç  3  te/vtjç  xe  xat  cxe^io;. 
y£Tt  yoïïv  xat  vüv  ot  xtov  yujxvaetwv  xs  xat  4  âcxr,<îiwv  5  irciueXope- 
vot  atst  xt  6  îrpcasiîsupiGXOUfft,  xaxà  tvjv  aùxsr4v  ôSov  7  ÇrjTsovTSç  o  xi 
8  IScov  xs  xat  icivcov  sTnxpxxr'sst  te  »  aüxéwv  oaXiaxa,  xat  IO  t<r/upo- 
xsooi ;  auxoç  swirroo  sexat. 

5.  Sxs'hmuEÔa  l ‘yoïïv  xatT^V ôaoXoyouptsvcoç  îr(xptx7)v, xr4v  aptcpt  xolç 
xocjavov-aç  eupTiptér/jv,  12  $,  xat  ouvopta  xat  xeyvtxaç  ïys. t, l3  Et  xpairssiv 
xat  auxr)  xtov 1 4auxs'wv  ÈOs'Xst,  xat 1 5  6iro'9sv  îtoxs  ^pxxat. ’Eptot  piv  ÿà p, 
ÔTrsp  |v  ap/yj  eTttoVj  ouo*  av  Çr4T7)<j at  16  ooxsot  îvjTptxvjv  ouSeiç,  st  xocuxà 
èiatxr'aaxa  xotot  te  *7  xaptvouat  xat  xoïatv  uytatvouatv  rippto^ev.  "'Ext 
yoïïv  xat  vïïv  19  oxot  trjXptxvj  arj  ’9  /psovxat,  ot  xs  Sapêapot  xat  xwv 
'EXXr'vcov  2Osvt0ixGV  aüxov  xpoTtov,  §v  Trep  2Iot  Êiyiaivovxeç,  otatxÉovxat 
■rcpoç  f4Sovr4v,  xat  oïïx’  av  dfotoa^otvxo  oSSsvoç  <Sv  22  frtOuuuoucrtv, 
2>ouô’  u7.o<>T£iXatvTO  av.  Ot  Ss  ^x^xavxÉç  24  te  xat  eupovxsç  tr(xptxrtv, 
tt,v  25  atjxsr4v  XEivotat  Stdvotav  l^ovxeç  -jcept  46  Sv  ptôt  5'  irpoxèpoç  Xo- 
yoç  EipTjXat,  Trpwxov  uiv  *7,  oîptat,  utpstXov  xoû  28  yrX^ôîoç  xSv  ct- 
Ttoov  29  aôxstov  toutegùv,  xat  âvxt  30  xrXsovtov  oXtya  sxotr4<7av  *  Ittei 
3i  S5  aùxÉotct  xoïïxô  32ixxt  ptèv  érxs  7rpoç  xtvoç  x£v  xaptvdvxoûv  ^pxsoE,- 

f  Ejjèu.a2141.  - —  *  uiya  te  pro  x.  p..  2255.  —  3  cxs^scoç  xe  xal  zz- 
Xvr;  2255.  —  4  àcnoicseov  2255.-  àvaxTratwv  vulg.  et  quid.  codd.  -  dbenj- 
(Ttwv  2140,  2255,  2145,  2145,  2142 ,  Tel  àYixr,<n<DV  cod.  S.  ap.  Foes.  — 

4  2255,  2140,  2145.  -  smu.sXoû[A.  vulg.  étal.  codd.  -aie l  2253,  2141.-* 
àel  Tulg.  et  ah  —  6  TCpooeÇeuptoaoufftv  2255.  -  aùxrv  omnes. —  7  £nroüvxs< 
2255.-  oxt  2141.  —  8  eoôitùv  2255.  — 9  aùxcü  2255. —  IO  iax.’Jf^Taxcî 
twuroü  2255,  2140,  2145,  2142.  -  ia-/’jpoxepcç  Iwjtcv  vulg.- ia^upixepo; 
aÙTÔç lauxeü  2255.  — 11  Je  pro  ycùv  2255.  —  12  r.  2255  Zving.  in  marg.  - 
r  xal  ouv.  om.  cod.  S.  ap.  Foes.  -  si  pro  r,  vulg.  et  al.  codd.  -  ôvc put 
2255.-  Evidemment  Hippocrate  n’a  pas  demandé  si  la  médecine  a  un  nom 
et  des  praticiens.  Il  faut  donc  lire  r,  et  non  et;  c’est  en  outre  la  suite  du  rai¬ 
sonnement  qui  le  veut.  L’invention  de  la  nourriture  n’a  ni  un  nom  ni  des 
artistes;  mais  la  médecine  a  tout  cela.  —  13  si  Zving*  in  marg.  -  xal  pro 
si  vulg.  et  al.  codd.  -r?a  xi  pro  si  xpaxsTv  2253.  -  La  différence  entre  le 
texte  de  2255,  et  le  texte  de  Foes  ou  vulgaire,  est,  comme  on  le  toit,  très 
grande.  J’ai  long-temps  hésité  entre  ces  deux  leçons.  Ce  qui  m’aurait  déter¬ 
miné  pour  celle  de  2255, c’est  qu’il  ar.  pour  si;  or,ilest  naturel  qu’Hippo- 
crate  ait  dit  de  la  médecine  qu’elle  a  un  nom  et  des  praticiens  (covcpux  xal 
xs^vixa;  )  plutôt  que  de  dire  :  «  Voyons  si  elle  a  un  nom  et  des  praticiens.» 


DE  l’ancienne  MÉDECINE.  581 

ceux  qui  s’occupent  de  la  gymnastique  et  du  développement 
des  forces  ajoutent  sans  cesse  quelque  nouveau  perfectionne¬ 
ment,  cherchant,  d’après  la  même  méthode,  quelles  boissons  et 
quels  aliments,  digérés  le  mieux,  accroissent  le  plus  les  forces. 

5.  Mais  examinons  la  médecine  proprement  dite  ,  celle  qui 
a  été  inventée  pour  les  malades ,  celle  qui  a  un  nom  et  des  ar¬ 
tistes  ;  voyons  si  elle  se  propose  quelqu’un  des  mêmes  objets, 
et  d’où  elle  a  pu  prendre  son  origine?  Nul ,  je  l’ai  déjà  dit  au 
début,  n’aurait  cherché  la  médecine,  si  le  même  régime  eût  con¬ 
venu  à  la  maladie  et  à  la  santé .  De  nos  j  ours  même  ,les  peuples  sans 
médecin ,  et  quelques-uns  des  Grecs  vivent .,  malades ,  comme 
s’ils  se  portaient  bien ,  ne  consultant  que  leur  plaisir ,  ne  s’ab¬ 
stenant  de  rien  de  ce  qui  leur  agrée ,  et  ne  se  soumettant  à  au¬ 
cune  restriction.  Mais  les  hommes  qui  ont  cherché  et  trouvé  la 
médecine ,  ayant  les  mêmes  idées  que  ceux  dont  j’ai  parlé  plus 
haut,  ont  d’abord,  je  pense,  retranché  quelque  chose  de  la  nour¬ 
riture  habituelle ,  et ,  au  lieu  de  laisser  manger  beaucoup , 
n’ont  laissé  manger  que  peu.  Il  arriva  que  ce  régime  leur  suffit 
pour  quelques  malades ,  qui ,  évidemment ,  en  retirèrent  du 
bénéfice  ;  non  tous  cependant  ;  et  quelques-uns  étaient  dans 


Quant  à  la  leçon  vulgaire  de  xoti  xpstTsïv,  je  n’aurais  pu  la  conserver  sans 
introduire  quelque  correction  ;  celle  de  Zving.  convient  au  sens,  et  facile¬ 
ment  st,  après  sx£l>  a  Pu  être  omis  Par  les  copistes;  on  l’a  vu  plus  haut,  §. 
5,  omis  après  s$st. —  14  gcùtwv  2255.-sôe'Xst  2145.-s0sXgi  vulg.  et  al.  —  ,s 
7?oÔ£v2255. — -,62142,  2145,  2255.  -  Sgxs'si  vulg.-  $adrt  2141.-  îatTptxr.v 
if&xsst  2253.  -  pro  GÙSVtçst,  gù£’  stet  2255,  2140,  2142  ;  oùSs  et;  2145  ; 
cù£’  et  2143,  2141.  — ‘7  2253,  2141.  -  xâuvouotv  vulg.  et  al. —  18 
ffltoaot  2253, —  *9 xpwovrat  2140,  2143. —  20  2255.-  Sptopct  vulg.  et  al.- 
Gucppct  2141.  —  GUGtGt  2140,  2143,2145,  2142,  Zving.  in  marg.-Gt  ouotet 
cod.  S.  ap.  Foes.  —  21  2255.  -  Gt  om.  in  vulg.  et  al.  codd.  -  StotTwvTott 
2255.  -*»  22  èTTtfl’JUGÜotv  2253.  —  23  2253.  -  cù&è  oretXatvro  sine  ôv 
vulg.  et  al.  codd.  —  24  ts  om.  2253.  —  ïS  Gtùrr,v  2253.-  Ixsivctct  2253t 
2141. —  26  Sv  2143.  -  GTpoVepGv  2255.  — 27  ouv  post  {«*2255. —  28  irXr.- 
ôi’j;  2  255., — -  29  aÙTÂw  tgÛtwv  2255.  —  30  irXeto'vtov  oXfyora  2233.— 
31  jJè’otÙTGtat  2255.  —  32  sort  om.  2143.  -  Sve  om.  2140,  2142  ,  2141  , 
2143.  — Icrrt  a.  gts  om.  2255. 


582 


DE  l’ ANCIENNE  MÉDECINE, 
xat  ©avepov  lylvsxo  wçsX^cav,  ou  fxevxot  1  rase  ys*  aXX*  ^cav  vive? 
ouxwç  i'/OYceÇj  àç  *  jxà)  oXtycov  atxtcov  ouvacôat  3  sirtxpaxeeiv  acOî- 
VSffXSpOU  4  CS  07*  TtVOÇ  5  ûl  XOlOl'Ss  iûOXEOV  SsEffOat,  £&poV  6  xà  ^OSiTj- 
txaxa,  txtçavxsç  oXtya  xcov  ïoyuptov  icoXXc*)  xm  uSaxt,  xat  7  àcpatpeoçxE- 
voi  xo  îc^upov  T7]  xp^ersi  xe  xat 8  l<]xqosi.  9  'Oxocot  Se  [/.yos  xcov  £o- 
çTrjaaxtov  louvavxo  lo  u7roxpaT££tv,  11  àcpstXov  xat  xauxa ,  xat  acptxovxo 
Iç  xdtxaxa,  xat  12  xauxa  xâjfft  xs  ' 3  xpTfasai  xat  xw  TÎkrfizi  otacpuXàa- 
covTfç  ojç  jxExpûoç  ïyrrt ,  pt^xe  7rXsiu)  twv  oeovxwv  fXTqxe  ccxp7jxs- 
(7T£pa  7rpOT5»£poa£VOt ,  1X7) S’  IvOSECXEpa. 

6.  Eu  SÈ  xpJ)  1 5  xoûxo  Etosvat,  oxt  xtart  rot  ^osr'rxaxa  Iv  xyct 
16  vousotatv  ou  ^utxtpépsc,  ’’  aXX’  avxtxpuç,  oxav  18  xauxa  npocat- 
poovxat ,  '9  — apo^uvovxat  ccptatv  20  0?  te  irupsxot  xat  xà  àXy^aaxa  • 
21  xat  07)Xoy  xo  npoas vsyôÈv  x9)  ptiv  21  vouoto  xpocpv)  te  xat  au£v)<îtç 
23  yEVo'jJtEVOV ,  TM  OE  «JtOtJtaXt  çGtXlÇ  XS  xat  àpp00GXt7).  24  'Oxo'oot  S’  av 
xmv  àvQpcorwv  Iv  xauxr,  xâ)  SiaQlcet  2Ï  lovxsç  itpotrsveyxmvxat  ^pov 
26  ctxtov ,  7)  pta^av,  7)  apxov,  xat  nàvu  27  ctxixpov,  $exa7rXa<rtwç  av 
{xaXXovxat  iTrtçavEcrxepov  xaxtoÔEtsv  r,  £oçsovtsç7  ot”  oùSsv  aXXo  tj  ctà 

1  ys  post  pivxa  2255.  — 2  u.r,  2255.  -  fj.r'S’  yulg.  et  al.  codd.-  6  Xsycov 
pro  cX.  21  Al. — 3  srocpacxsïv  2255. — A  22 53. -S'a  om.  yulg.  et  al.  codd.  — 
s  2253.  -  iSoxsov  et  tccoûtoi  vulg.  et  al.  codd.  -  SsTcôai  omnes.  —  6  xi  in 
2253;  om.  in  vulg.  et  al .  codd  .—pu  çr'jxara  2253. — 7  âoatpeûp..  2255,  214t. 
-y.pccasi  omnes. —  8xat  tï)  2255. —  s5aci  2253.  —  10  sÆtxparsscv  2253.  — 

11  àcpstXav  2143.  —  12  aùxà  2255.  -  nXxôst  omnes.  —  13  2253.  -^pr'aset 
yulg.  et  al.  codd.  -rsxvrqeot  pro  xpxcsot  2145,  2255,  2142.-xpx<>£<r.  doit 
être  préféré  à  ypT/rsct  du  texte  vulgaire,  attendu  que  la  ligne  suivante,  qui 
est  un  développement  de  la  pensée,  explique  ce  que  l’auteur  entend  par  xpr- 
<7£<n  et  par  -xXr'ôat  ;  et  c’est  dbtpnTEcxepa  et  nXsiM  xmv  Sscvtmv.  Or,  il  ne  peut 
y  avoir  dedoute  sur  le  sens  et  l’orthographe  d’dbcs7;TS<7Tspa. —  ^f/^ci  2253. 
— i5t.  eïS'.  cx.  Toïot  toc  pu<p.  Iv  xffft  (in  marg.  r.fvxtct)  2253.-£Î^svott  x&üxo 
ctot  xi  poep.  Iv  xÿot  vulg.  et  al  codd.  -  On  voit  que  j’ai  adopté  le  texte  de 
2255,  seulement  j’ai  changé  xccot  en  xtot,  chose  permise  à  cause  de  l’iota¬ 
cisme.  Ce  qui  m’a  décidé,  c’est  que  la  construction  est  moins  facile  (gram¬ 
maticalement  parlant),  si  l’on  prend  toûto  ot<n  du  texte  vulgaire  ;«voüxo  ap¬ 
pelle  naturellement  Sri.  Or,  du  moment  que  l’on  admet  on ,  il  faut  changer 
Tocut  en  net.  —  16  voeotecv  2141.  -  ouaepepst  2253.  —  *7  àXXi  çocveom; 
2253.-  On  trouve  dans  Hésychius  çavepéb;  comme  explication  de  devnxpu;; 
on  peut  croire  de  là  que  «patvepMç  de  2255  est  une  glose  introduite  dans  le 
texte  à  la  place  de  âvnxpu;.  Iflais  on  pourrait  aussi  bien  admettre  que  des 


DE  l’àJICIEXJSE  médecine.  583 

un  tel  état ,  qu’ils  ne  pouvaient  triompher  même  d’une  petite 
quantité  de  nourriture.  On  crut  devoir  leur  donner  quelque 
chose  de  plus  faible ,  et  l’on  inventa  les  bouillies  où  l’on  mêle 
peu  de  substance  à  beaucoup  d’eau ,  et  où  l’on  enlève  ce  qu’il 
y  a  de  substantiel  par  le  mélange  et  la  cuisson.  Enfin,  à  ceux 
même  qui  ne  pouvaient  supporter  les  bouillies ,  on  les  sup¬ 
prima  ,  et  l’on  se  borna  aux  simples  boissons ,  ayant  soin  d’en 
régler  la  quantité  et  le  tempérament ,  et  de  n’en  donner  ni 
trop ,  ni  trop  peu ,  ni  de  trop  intempérées. 

6.  Il  faut  savoir  qu’il  est  des  malades  à  qui  les  bouillies  ne 
conviennent  pas ,  et  chez  qui ,  s’ils  en  usent ,  la  fièvre  et  les 
douleurs  s’accroissent  évidémment  ;  de  sorte  qu’indubitable- 
ment  la  substance  prise  est  devenue  pour  la  maladie  aliment 
et  accroissement ,  pour  le  corps  cause  de  faiblesse  et  de  dépé¬ 
rissement.  Si  à  des  hommes  placés  dans  de  telles  conditions  on 
accorde  une  nourriture  solide ,  de  la  pâte  d’orge  ou  du  pain , 
même  en  très  petite  quantité ,  ils  en  souffrent  dix  fois  plus ,  et 
d’une  manière  bien  plus  manifeste  que  s’ils  s’étaient  restreints 
aux  bouillies ,  par  cela  seul  que  l’aliment  est  trop  substantiel 
pour  la  disposition  où  ils  se  trouvent.  D’un  autre  côté ,  le  ma- 

éditeurs  (  et  Galien  nous  apprend  que  quelques-uns  l’ont  fait  )  ont  substi¬ 
tué,  par  système,  un  mot  moins  connu  (ôvrutpuç)  à  un  mot  plus  connu  (<pa- 
vssw;),  un  archaïsme  à  une  locution  plus  vulgaire.  Dans  le  doute,  j’ai  gardé 
la  leçon  ordinaire.  —  18  2255;-tcüto  7:01 r'atoot  yulg.  et  al.  codd. -Quelle 
est  la  véritable  leçon  entre  ces  variantes,  qui  donnent  toutes  deux  le  même 
sens?  je  pense  que  c’est  celle  de  2253  qui  est  la  préférable.  Un  copiste  aura 
trouvé,  au  dessus  de  ^pocatp  wvTat,  une  glose  telle  que  mi-noam,  ou  peut-être 
mriaoxn,  et  il  l’aura  substituée  à  la  locution  primitive.  Les  exemples  de  ces 
substitutions  sont  très  communs.  —  '9  îrapcoi-’jvGVTai  214t.  — •  30  aùroîoiv 
post  cotfftv  2253.  - — xal  Br,  tgütg  t b  ïtgg a.  2255._C’est  aussi  une 
bonne  leçon.  —  33  Sic  2255.  -  uiv  cùv  vc û<7o>  2145  ,  2140  ,  2255, 
2141,  2i42,  2144.  -  vocç>  2141.- oov  me  semble  ,  dans  les  manuscrits 
qui  ont  cette  particule,  provenir  d’une  lecture  vicieuse  de  vgugg);  j’ai 
déjà  fait  une  remarque  semblable  pour  un  guv  intercalé ,  à  tort ,  devant 
cuyoaa.  - —  33  'jxvGuEvov  2255.  — —  3*  caoi  Bè  pro  gjc.  B  ’  àv  2253.  —  35  *VT£- 
2253—  îïgGacvsy.cvrai  2141.  —  26  Tta-.r.  2255,  2143,2142.  —  3?  yMf'or 
22  53. 


584  de  l’ancienne  médecine. 

T'/;v  ÎGybv  tou  ^poûjxaTOç  xpoç  TTjV  GiàQsctv  •  xai  l8z(p  poyésiv  'uuospst, 
Iffôteiv  o’  2  ou,  et  3  irlsuo  çàyoi,  7roXù  au  4  uaXXov  xaxoiOei'r]  5  r, 
SXtya*  xat  et  oXtya  6  os ,  irov^aetev  7  <xv.  üauxa  otj  Ta  aiTta  tou  tco- 
vou  8  Iç  to  auTO  9  àvaysTai,  Ta  19  l<r/y pozaza  11  [xâhczdc  ts  xat  irt- 
tpavscraTa  Xuptatvsaôat  tov  àvôpcorov,  xat  tov  uytea  lovra,  xat  tov 
voasovra. 

7.  13  Tt  ouv  çatvsrat  STepoîov  otavor^stç  6  14  xaXsûptsvoç  îrjTpoç  xat 
éptoXoyrjaevtoç  ÿ^sipoTéyvriç,  8ç  s^süps  tt,v  âpupt  tovç  xàavovTaç  Stat- 
tocv  ts  xat  Tpoçvjv,  ai  ,5xstvoç  ô  ,6  à-ir’  àp73?  toïci  Tracriv  *7  avOptozotot 
Tpooviv,  ^  vûv  18  y  pso'pieôa,  l\  Ixsivr^  Tv'çayptr.ç  19  xat  G'/jptcoSsoç  20su- 
pwv  Texat  21  îrapacxsuaaaç  StatTrjç;  Iptot  pcsv  yàp  cpat'vsTat  22  ovjtoç 
TpoTroç,  xat  fv  23 Tt  xat  optotov  to  supputa. 'O  uiv,  Sctov  ttr)  24riouvaTO 
«puotç  àv6pü)7rtV7î  25  S7rtxpaTsetv  uytatvouaa  IptictTcrovTOJv ,  S  ta 
26  àyptOTTiTa  ts  xat  àxp7^Jttr]v,  ô  os,  otrwv  ^  otaôsctç,  Iv  oT'/j  au  27  Ixà- 
ctots  sxacroç  Tu/y  otaxstptsvoç,  ar,  28  f,v  Suvaroç  IxtxpaTsstv,  TOura 
i£>ynr]<jev  àcpeXstv.  Tt  Stj  29 tout5  sxstvou  otaçs'pst  àXX’  r,  -nrXsov  to  30  ys 

1  2253.-  wys  vulg.  et  al.  codd.  -  putpsïv  2255  ;  pcoriv  24  41  ;  p&©£Ïv  cæt. 
-  ouaçe'pet  omnes. — 2cù  2253.- gu  vulg.  et  al.  codd. — 3  2253.- yàp  ante 
îrXetw  vülg.  et  al.  codd.  -  La  suppression  est  indiquée  par  une  autre  main 
que  celle  du  copiste  dans  2141 . — 4  frt  pro  aâXXov  vulg.  et  al.  codd.  -  tgXù 
irXstw  àvp.5XXcv  2255. —  5  2255.-  r,  gX.  om.  vulg.  et  al.  codd. —  6  2255.- 
8k  om.  vulg.  et  al.  codd.  -  «cvsaaev  2255. —  7  âv  om.  2255,-Toute  cette 
phrase  est  altérée  soit  dans  les  manuscrits,  soit  dans  les  imprimés.  Je  re¬ 
tiens  sur  les  corrections  que  j’ai  introduites  dans  le  texte.  Foes,  et  la  plu¬ 
part  des  manuscrits,  lisent  &ys  pour  ctcû  ,  mettent  un  point  après  gu  ,  et  par 
conséquent  une  virgule  après  81  àôeotv.  Orcela  ne  peut  être.  En  effet,  Hip¬ 
pocrate  dit  qu’il  y  a  des  malades  auxquels  les  bouillies  (sc<pr.y.xzy.)  ne  con¬ 
viennent  pas,  et  que,  si  ces  malades  viennent  à  manger  quelque  chose  de  so¬ 
lide,  ils  en  souffrent  dix  fois  plus  que  s’ils  avaient  mangé  de  la  bouillie  ;  il 
ne  peut  donc  dire  des  mêmes  qu’il  leur  convient  de  prendre  des  bouillies  , 
puisque  dans  l’interprétation  de  Foes,  il  s’agirait  de  ceux  à  qui  les  bouillies 
font  mal.  Il  faut  donc  mettre  un  point  après  Siàôsctv.  Cela  entraîne,  comme 
conséquence,  la  suppression  de  yàp  ;  en  effet,  yàp  manque  dans  2255,  et  est 
indiqué  comme  devant  être  effacé  dans  214t.  Le  membre  de  phrase  :  raXù 
xtX.  est  altéré  dans  le  texte  vulgaire,  où  l’idée  de  comparaison  manque;  dans 
2255  ,  où  il  y  a  redondance  de  zXstw  et  de  jaôXXgv.  J’ai  effacé  seulement 
î^Xstto  ,  qui  s’est  facilement  introduit  à  cause  du  voisinage  du  précédent 
irXetw,  et  il  est  resté  un  sens  clair  et  une  phrase  bien  construite.  Les  autres 


de  l’ancienne  médecine.  585 

ladequi  peut  prendre  des  bouillies,  mais  non  manger,  sera, 
s’il  mange  beaucoup,  bien  plus  incommodé  que  s’il  mange 
peu  ;  mais ,  même  en  mangeant  peu ,  il  souffrira  encore.  Tou¬ 
tes  ces  causes  de  souffrance  reviennent  à  un  même  point ,  c’est 
que  les  aliments  les  plus  forts  nuisent  le  plus  et  de  la  manière 
la  plus  manifeste. 

7-  Celui  donc  qui  est  appelé  médecin  ,  celui  qui ,  de  l’aveu 
de  tous ,  possède  un  art ,  et  qui  a  découvert  le  régime  et  l’ali¬ 
mentation  des  malades ,  semble-t-il  avoir  suivi  une  autre 
route  que  celui  qui ,  changeant ,  à  l’origine ,  le  genre  de  vie 
sauvage  et  brutal  des  hommes ,  les  amena  à  la  nourriture  qui 
est  aujourd’hui  la  nôtre?  Selon  moi ,  la  méthode  est  la  même , 
la  découverte  est  identique.  L’un  a  travaillé  à  retrancher  ce 
qui ,  à  cause  de  qualités  intempérées  et  agrestes ,  était  au- 
dessus  des  forces  de  l’économie  humaine  en  santé;  l’autre, 
tout  ce  qui  était  au-dessus  des  forces  de  la  constitution  à  cause 
de  l’état  accidentel  où  elle  se  trouvait.  Où  la  différence  entre 
ces  deux  recherches ,  si  ce  n’est  que  la  seconde  a  plus  de  faces , 

corrections  s’autorisent  de  2255.  L’idée  serait  plus  complète,  si  ht  du  texte 
de  Foes,  intercalé  à  tort  avant  xxxaôetr, ,  et  qui  y  tient  la  place  de  mæXXgv  , 
était  mis  après  irovxoetev.  Je  soupçonne  même  qu’il  y  a  eu  déplacement  par 
la  faute  des  copistes,  et  j’aurais  fait  cette  restitution  ,  si  je  ne  voulais  me 
tenir  ,  en  toute  occasion ,  aussi  près  que  possible  des  manuscrits.  —  8  tôx 
ante  è;  addit  cod.  S.  ap.  Foes.  -  si;  omnes.  —  9  2253.  -  âfrsrat  vulg.  et 
al.  codd.  —  IO  iayupâraTa  2255.  —  11  te  2255,  2145.  -ys  vulg.  et  al. 
codd. —  12  Vfix  erra  xad  xativovr*  2255.  — i3ti;2255,  2145  ,  2141, 
2145.  —  '4  xaXouusvoç  2255.  -  cjwXcqp ouuîv»;  2253.  -  Je  n’ai  rien 
corrigé  ;  l’absence  de  l’augment  est  peut-être  un  ionisme  dans  éacXc-pifti- 
•*&>;.  —  ,5  èxeTvo  5  2253.  -  sxslvo;  2141.  —  ,6  à-rra^/r^  2253.  — 
■7  àvôpeâîroictv  2255.  —  18  jçpwu s0x  2141.  —  :9  te  y.ai  2255.  -  ôxp’.M^cuç 
2253.  — 2°Et>p<ox  2143.  —  21  irapacxsuacauEvo;  2253.-ÿt«'Txç habet  ante 
sùpàv  2253.  — 22  5  aÙTo;  Xop;  2255. —  23  Tt  om.  2253.  —  24  èiïûvxro 
2255.  —  25  ûpaavouoa  èxtxpaxsry  2253.  -  Dans  la  construction  de  2255  , 
ÈuTrtiTTOvTtdv  semble  mieux  placé  en  rapport  avec  ÈnxpaTs'Etv.  —  26  u^po- 
-rxra  2142 , 2255.  -  6x ptoV/rra  2253.  —  obtsaom  2253.  —  27  sxâ<rrû>  te 
2141. —  28  x  2140,  2143,  2141,  2144.  f.  &>v*rx  Zving.  in  marg.  - 
âûvxTStt  2255.  - ÈTtixparêïv  2255.  —  29  2253.  -èxîTvû  tcütc  2255.  -toÛtoi> 
exsîvo  vulg.  et  al.  codd.  —  30  ys  2255.-  te  vulg.  et  al.  codd. 


586  de  l’ancienne  médecine. 

stooç,  xai  <?xi  TrOixtXwxepov,  xai  1  xXeovoç  7rpaYuax£i'/;ç ,  àpyr\  Ss 

2  xetv/j  ^  îrpo'xepov  vsvopiv/;  ; 

8.  Eï  Si  xtç  5X£TrrotTO  3  ttjv  xwv  xauvovxwv  otatxav  irpo?  XY,V  XWV 
uytatvovxwv ,  eu  pot  av  4  ou  j3Xaêepw-£pv)v  5  rt  îrep  ty;v  6  xwv  uyiat- 
V07TWV  TTpOÇ  X7JV  XWV  ÔYJ  p(t*>V  Te  Xa'l  7  TTpOÇ  X7)V  XWV  âXXtOV  ÇcOGOV. 
’Avïjp  yàp  xauLvoov  8  vouav^aati  pnrçxe  xwv  yaXemSv  xexat  âcpopwv,  (a^t’ 
au  9  xwv  -avxâTraatv  eùr(9ewv,âXVI0rJ  aùxew  l|ap,apxâvovxi  “  asXXei 
IiciSîiXov  eaecQat ,  eï  11  iôeXet  xaraottysiv  âpxov ,  13  xaï  xpsaç ,  vj  aKko 
ti  14  wv  oi  uyiaivovxeç  loôiovxeç  15  wcpeXeovxai,  p.r,  16  ttoXXov  ,  àXXà 
■jroXXw  *7  IXaaaov,  7j  uyiaïvtov  18  àvr(5uvaT0*  aXXoç  Te  xwv  uyiatvov- 
tojv  cputîiv  sywv  *9  a^xe  TravxaTraciv  âo9svea,  tn^x’  au  20  ïcyupvjv,  ça- 
ymv  xt  wv  Souç  vj  itcttoç  21  <p aywv  wçeXéoixo  xe  xai  22  ïcyuoi,  opoêouç , 
Tj  xptôàç ,  r,  aXXo  xt  xwv  23  xoiouxewv  ptJj  ttoXu  ,  aXXà  24tcoXXw  pieïov  rj 
ouvatTO  •  2Î  oux  av  ^xxov  26  ô  uyiaivwv  xouxo  irot^aaç  — ov^xets  xe  xal 

1  irXstûvcçomnes.  —  G7payp.axtrç  2253.  —  2  Ixeivr,  2255.  —  3  2255.—  Tt; 
T  pro  xâv  vulg.  et  al.  codd.—  Siatxa  vulg.  et  al.  eodd.  —  4  2255. -  où  om. 
vulg.  et  al.  codd.  -j3Xaëspoxspav  2253.  —  5  r,  îrspt  2255.  -  rry  om.  2255. 
— 6xwvûy.  irp.x.  t.  ôxp.  2255;  proquibus  t”eo  tt,v  f,  xt;  xwv  xaavdvxwv  (bip. 
habent  vulg.  et  al.  codd.-Le  texte  vulgaire  n’a  manifestement  aucun  sens; 
et  la  restauration  serait  impossible,  à  moins  de  changements  très  téméraires, 
sans  le  manuscrit  2255.  J’aurais  pu  même  conserver  intégralement  la  leçon 
de  ce  manuscrit,  laquelle  est  r  rapt  xwv  Oy.  x  xX.  ;  le  sens  serait  clair ,  mais 
la  construction  forcée  ;  il  est  probable  même  que  r,  xxsst  est  pour  v-xrsp  r,  par 
un  iotacisme  très  fréquent.  J’aurais  admis  cette  leçon  si  le  texte  vulgaire 
ne  m’avait  donné  xr,v  qui  semble  mieux  convenir.  —  7  2255.—  irp.  x.  om. 

vulg.  et  al.  codd.  —  8  voor'aaxi  omnes  -  àœopwv  2255.  -  y.r.TE  2253.  — • 
9  2253.-xôv  om.  vulg.  et  al.  codd. — 10  2253,-ôxt  pro  r,  cod.  S.  ap.  Foes. 
-oxi  arixe  Zving.  -  cuxe  pro  r,  vulg.  et  al.  codd.-aûxô>2255.  -  è<;âp.  22  55; 
àaapxàv.  vulg.  et  al.  codd.- cuxe  est  à  peine  intelligible,  et  le  peu  que  l’on 
entrevoit  du  sens  ,  ne  concorde  pas  avec  la  série  du  raisonnement.  Il  faut 
absolument  lirer(  comme  2255,  ou  oxi  comme  la  variante  rapportée  par  Foes. 
—  11  u.eXei  2255.  —  12  èÔÉXct  2253  ,  2143.  —  13  2253.  -  xpsa  sine  xai 
vulg.  et  al.  codd.  —  14 xwv  pro  wv  2255.  -  et  2255  ;  om.  vulg.  et  al.  codd. 
— 1  5wo£XgSvxcu  2255.  ■ —  16  2255.—  xroXù  vulg.  et  al.  codd.  —  *7  âv  eXâcicw 
vulg.  et  al.  codd.  ;  sXâuawv  2255.  -  IX.  sine  âv  2253.  -r-  *-?  âv  hab.  2255  ; 
om.  vulg. et  al.  codd.-l&Jvaxo  2253. — l9^2141.-à<j8£vv;  2253. —  2°t<r/u- 
pffiv  2143,  21 40r  21 41 . — 2,<pa.  om.  2253.-d><p£Xotxft  omneSu  —  22  îc^upol 
2253.  -  |o8tsi  vulg.  et  al.  codd.  -  îoyup&ï  ou  plutôt  toyûoi  est  la  véri¬ 
table  leçon.  Si  on  lit  loôUi ,  le  sens  voudra  qu’on  le  fasse  rapporter  à  âXXs; 


de  l’ancienne  médecine.  587 

est  plus  diversifiée ,  exige  plus  d’industrie ,  mais  que  la  pre¬ 
mière  a  été  le  point  de  départ? 

8.  L’alimentation  des  malades  comparée  à  celle  des  gens 
bien  portants  ne  paraît  pas  plus  nuisible  que  l’alimentation 
des  gens  bien  portants  comparée  à  celle  des  bêtes  sauvages  et 
des  autres  animaux.  Prenons  en  effet  un  homme  atteint  d’une 
affection  qui  n’est  ni  des  plus  graves  et  des  plus  insupporta¬ 
bles  ,  ni ,  non  plus ,  des  plus  bénignes ,  mais  telle  qu’il  se  res¬ 
sente  d’un  écart  de  régime ,  s’il  vient  à  manger  du  pain ,  de  la 
viande ,  ou  tout  autre  chose  profitable  en  santé  ;  je  ne  dis  pas 
en  grande  quantité ,  mais  même  beaucoup  moins  qu’il  ne 
pourrait  le  faire  bien  portant;  prenons,  d’autre  part,  un 
homme  en  santé ,  doué  d’une  constitution  ni  très  vigoureuse 
ni  très  faible ,  lequel  se  mettra  à  manger  des  substances  qui  se¬ 
raient  utiles  et  fortifiantes  pour  un  bœuf  et  un  cheval ,  de  la 
vesce,  de  l’orge,  ou  tout  autre  aliment  semblable,  et  à  en  man¬ 
ger  ,  non  pas  beaucoup ,  mais  bien  moins  qu’il  ne  le  pourrait  : 
par  cette  expérience,  l’homme  bien  portant  ne  sera  exposé  ni  à 
moins  de  souffrances  ni  à  moins  de  périls  que  l’homme  malade 

Tt;  ;  or,  la  construction  grammaticale  (  wocXoTto  ts  xoù  )  ne  permettrait  que 
de  le  rapporter  à  r,  timoç.  Il  faut  donc  rejeter  soôsst ,  pour  lequel ,  au 
reste,22  53  fournit  une  correction  excellente,mais  difficile  à  deviner. — 23toîoû- 
tûiv  2255.  —  î477oXXS>  om.  21  -45.  -  sXacGcv  2253.  -  iâ-aaocv  est  uneglosede 
p.£Ïcv  introduite  dans  le  texte  de  2253. En  effet,  Érotien,  dans  son  Glossaire, 
explique  u-eïcv  par  sXocoaov  ;  et ,  comme  ,  immédiatement  après,  il  explique 
aussi  uô£a,ses  deux  citations  doivent  être  rapportées  au  traité  de  l’ Ancienne 
Médecine.  Érotien  lisait  donc,  comme  nous,  dans  le  texte  qu’il  avait  sous  les 
yeux  ,  p.sÏGv,  et  non  IXaoaov.  —  aS  2253.-  xav  pro  gùx  âv  vulg.  et  al.  codd. 
L’admission  de  lanégation  devant  (ftaëspG>T£pv;v  oblige  de  l’admettre  devant 
■t.gg gv.  De  plus,  la  suite  des  idées  porte  à  croire  que  c’est  plutôt  une  com¬ 
paraison  par  égalité  qu’une  comparaison  par  différence.  Aussi  Foes,  bien 
qu’il  n’eùt  que  le  texte  vulgaire,  a-t-il  admis  dans  sa  traduction  une  néga¬ 
tion  qui  n’est  pas  dans  le  grec  qu’il  a  imprimé.  On  peut  concevoir  comment 
le  texte  a  été  altéré.  Dans  plusieurs  manuscrits,  les  mots  souvent  sont  peu 
ou  point  séparés.  Un  copiste  aura  laissé  perdre  gù  entre  àuvat to  et.  Sv  ;  le  x 
sera  seul  resté  (  x*v  )  ;  et  l’erreur,  une  fois  introduite,  se  sera  indéfiniment 
propagée  avec  toute  la  fidélité  de  transcription  que  possédaient  les  anciens 


588  de  l'ancienne  médecine. 

1  xiySuvsùceis  xeivou  2  tou  voffsovTOç,  8ç  xov  àpxov  y)  xr,v  piaÇav 
axatpwç  îrpocYjVsyxaTO.  Tauxa  or)  Travxa  3  T£xa7)pia ,  Szi  4  auxr,  i\ 
T£^vr)  5  Traça  ^  trjTp'.x^  X7)  6  aùxsr)  oow  sETSoaévrj  eupicxoïxo  av. 

0.  Kat  si  7  jjlsv  ry  aitXcoç,  tocrrsp  8  u^r,Y££xai ,  oca  piv  9  t,v  îcyu- 
poxspa  IO  sêXanrtsv ,  ocra  S’  r(v  àcOsvscxspa  tbçsXss  te  xat  11  expscps  xov 
xaavovxa  xat  xov  uviatvovxa ,  £Ù7tet£ç  av  r,v  to  12  Tip^yu-a  *  ttoàaov  Y«p 
tou  àacpaXéoç  av  lost  TreptXapiêavovTxç  <*Y£tv  £"i  to  ,3  acôsvartaxov. 
Nuv  5s  oùx  sXaccov  a(xapxr,aa,  14  où£s  ^ccov  XupLatvexaixovavôpwTrov, 
r,v  15  IXaccova  xat  IvoEsVrEpaxmv  îxavrnv  16  Trpocï-sp^xat  •  xo  Yap 
Xtuou  pipoç  *7  Suvaxat  tcyupwç  ivxr)  ouest  xou  àvGpcoîtou  xat ,8 yvtœcxi 
xat  àcGsvÉa  Trotvjeat  xat  àTCOXxsïvai.  IloXXà  8s  xat  aXXa  xaxà,  ixepota 
19  jjlÈv  xwv  arro  TrX'/jpcbctoç ,  ovy  fjffcov  os  20  aaa  Ssivà  21  xat  àxo  xe- 
vcoctoç*  22  St’  wv  TtoXXov  23  TroixiXtoTspaxsxat  Stot  24  TtXeovoç  oxpiêtr,? 
Icxt.  Aeï  Y«p  as'rpou  xtvbç  oro^acacGat  •  aéxpov  os,  ou  os  25  <jxaG4uov, 
oùoè  àptGuov  oùosva  aXXov,  rrpb; 26  S  àvaçspmv  st<n)  xo  àxp'.êsç,  27  oùx 

copistes.  C’est  même  cette  considération  du  x  resté  devant  ècv  (  ce  xal  ne  se 
prèle  pas  à  la  construction  ) ,  qui  me  fait  croire  que  dans  la  négation  il  y  a 
une  faute  de  copiste ,  et  non  l’indice  de  deux  antiques  éditions  différentes  du 
traité  de  l’ Ancienne  Médecine.  En  effet,  avec  la  négation,  Hippocrate  vou¬ 
drait  dire  que  l’un  est  plus  incommodé  que  l’autre  ;  sans  la  négation,  que 
l’un  est  autant  incommodé  que  l’autre  ;  et  ces  deux  sens  seraient  acceptables. 
Mais,  je  le  répète,  je  ne  crois  pas  avoir  là  la  trace  d’une  double  édition  ;  car 
le  membre  de  phrase  où  est  cù  fftaëspwTsprv  est  irrémédiablement  mutilé 
dans  tous  les  manuscrits  ,  excepté  dans  2255  ;  et  dans  xâv  il  y  a  aussi 
l’indice  d’une  erreur  de  copiste.  —  26  o  2253  ;  om.  in  vulg.  et  al.  codd. 
-  L’article  est  indispensable. 

1  KcvSuvsûffsi  êxstvcu  2  255. -Nous  avons  là  un  des  exemples  de  la  manière 
dont  les  erreurs  s’introduisaient  dans  les  textes.  Au  lieu  de  lire  xtv&jvsuasie 
xetvou,  le  copiste  a  lu  xiv&mùcsi  Èxeivcu  ;  puis  il  a  écrit  ci  au  dessus  de  la  termi¬ 
naison.  Un  autre,  admettant  la  correction,  aurait  mis  xiv&mûooi ;  et  ainsi  le 
texte  aurait  souffert  une  altération  déjà  grande. —  2  xs  pro  xcü  2141.  —  3  xà 

2140,  2145,  2145,2142. —  4  2255,  2140,2255,-aÙTT,  2143,  2141, 
2145,  2142.-xaûxip  vulg. —  5  2255.-  Tràuaom.  vulg.  et  al.  codd. —  6  aùrç 
2253.-aùxsr,  om.  vulg.  et  al.  codd.-  ôX©  pro  c&â  cum  signo  2255.-  Çïrrou- 
pivv;  2255. — 'fy  om.  Zving.  et  Heurn.  in  marg.-aTrXcüv  2253. — sboxyr^o 

2253.-  it&xyv.Tai  cæt - 9  ouv  pro  b  2145. —  10  l'êXairrov  2145.-  wçsXsi 

omnes. — 1 1  Ixpeçev  xat  2255. —  12  ï-p.  2255.-x,prp.a  vulg.  et  al.  codd.  — - 

«aôtvsoxepcv  2253. -JXXacaov  2255. — l4Scriptum  inmarg.  r,  où  8i  taev  in 


de  l’ancienne  médecine.  589 

qui  aura  mangé  intempestivement  du  pain  ou  de  la  pâte 
d’orge.  Tout  cela  prouve  que,  cherché  par  cette  méthode,  l’art 
tout  entier  de  la  médecine  pourrait  de  nouveau  être  découvert. 

9.  Si  les  choses  étaient  aussi  simples  qu’il  vient  d’être  dit  * 
si  toute  nourriture  forte  incommodait ,  toute  nourriture  faible 
accommodait  et  sustentait  l’homme  malade  et  l’homme  sain,  il 
n’y  aurait  pas  de  difficulté  ;  car  on  ne  courrait  aucun  danger  à 
incliner  toujours  du  côté  d’une  alimentation  faible.  Mais  on 
commettrait  une  égale  faute ,  une  faute  non  moins  malfaisante 
à  l’homme ,  si  on  lui  donnait  une  nourriture  insuffisante  et 
au-dessous  de  ses  besoins.  Car  l’abstinence  peut  beaucoup  dans 
l’économie  humaine ,  pour  rendre  faible ,  pour  rendre  ma¬ 
lade  ,  pour  tuer.  Toutes  sortes  de  maux  sont  engendrés  par  la 
vacuité  ,  différents ,  il  est  vrai ,  de  ceux  qu’engendre  la  réplé- 
tion ,  mais  non  moins  funestes.  Ainsi  la  médecine  a  bien  plus 
d’une  face ,  et  exige  une  précision  de  plus  d’un  genre.  H  faut 
donc  se  faire  une  mesure  ;  mais  cette  mesure ,  vous  ne  la  trou¬ 
verez  ni  dans  un  poids  ni  dans  un  nombre  où  vous  puissiez 
rapporter  et  vérifier  vos  appréciations  ;  elle  réside  uniquement 
dans  la  sensation  du  corps.  C’est  un  travail  que  d’acquérir  as¬ 
sez  de  précision  dans  le  jugement  pour  ne  se  tromper  que  peu 


2253.  —  15  r,v  Si  2145  ,  2142.  —  16  îrpeoœspsTai  2141.  —  x7  uivoç  tcyu- 
pS>?  svSuveTat  2253.  -  Variante  très  remarquable.  —  18  2253.  - 
vulg.  étal,  codd.-  La  leçon  de  2253  s’accorde  mieux  avec  le  sens  général 
de  la  phrase,  bien  que  la  leçon  vulgaire  pût  aussi  êtreacceptée. —  19asvom. 
225 5 .-à~c~Xrîîw<Tto;  2141.  — 20  âo.a  om.  2253.  — 2,2253.-jsat  i~ 0  om. 
vulg.-/.at.  à. xsv. om.  2  1  40,2  2  5  5  ,  2  1  43,2  1  41,2  1  45,2  1  42  ,  2  1  44. — 22àiCTt 
2255.-— cXXô  cod.  S.  ap.  Foes. — 2Î2253.—  îrooctXwTspr,  vulg.  étal,  codd.- 
La  leçon  vulgaire  ne  peut  pas  être  conservée.  A  quoi  se  rapporterait  cet  ad¬ 
jectif  féminin  ?  à  xivtaats?  mais  alors  le  raisonnement  ne  se  suivrait  plus; 
car  la  difficulté  de  la  médecine  (  Hippocrate  l’a  dit  plus  haut  )  est  de  sa¬ 
voir  laquelle  il  faut,  dans  un  cas  particulier,  employer,  de  la  réplétion  ou 
de  l’évacuation;  car,  mal  appliquées,  elles  sont  également  dangereuses. — - 
**  îAstovoç  2253.-  àbipiêsîrç  2253,  2140,  2143.  —  25  îbiôixov  curs  <rra0u.àv 
2253.  -  oùJs'va  om.  2253  -  âXX&’j  2143.  —  26  cv  vel  0  2255.  -  $v  cod.  F. 
ap.  Foes.  — 2"  cùJ’  âv  2253.- susoiç  2255,  2145,  2142. 


590  de  l’ancienne  médecine. 

av  sôpotr,?  1  àXX’  y;  tou  aoiuaxoç  tyjv  aiaOyatv  •  oto  spyov  ouxw  xaxapta- 
Csïv  2  àxptëswç,  mars  cpLixpà  àptapxàvstv  svôa  r,  Ivôa*  3  xav  lyw  xouxov 
tov  tTjTpov  ïcyupéoç  eîraivlotui  xov  4  autxpà  àuapxàvovxa.  To  5  o’ 
axptêsç  bXtyàxtç  loti  xaxtosïv  •  sxst  cl  ttoXXoi  ys  xoôv  6  rrçxpSSv  xàuxà 
[aoi  Soxsouat  xoïat  xaxoïat  7  xuêspvrçTTjGT  —àaystv  •  xat  yàp  Ixsïvot 
#xav  sv  yaXiqv7]  xuêepvwvxsç  àuapxàvoùotv ,  ou  xaxacpavssç  sïat'v  •  #rav 
8  os  aùxouç  xaxacyj»)  9  yeiuMV  ts  usyaç  xat  àvsp.o$  i£toaT7)<;,  «pavspmç 
IO  Tcactv  àvÔpoiTtotat  St’  àyvtoaojv  xat  aptapxtr,v  Sr^Xot  slotv  a7to- 
Xsaavxsç  xr,v  vauv.  Ouxoj  11  S-J)  xat  ot  xaxot  ts  xat  11  r as  tarot  iv^rpot, 
bxav  uiv  13  GspaTrsucoatv  àv0pto7rou<;  ptr(osv  Sstvbv  ly^ovraç ,  i<  o$ç 
14  av  xtçxat  Ta  ptsytcxa  ^àptapxàvmv  oùosv  Sstvov  Ipyàoatxo,  TroXXa  bs 
,5toc  Totaüra  vouayiaara  xat 16  7roXu  xXsov  rwv  SstvSv  àvôpcoîrotai 
iuptêatvst,  sv  ptsv  *7  S-)]  xotert  xotouxotaiv  àptapxavovxèç  ou  xaxaoavssç 
sîat  xoîatv  tStwxvjfftv.  'Oxoxav  18  8’  svxu^wat  ptsyâXm  xs  xat  tayupôi 
xat  sxiccpaXct  voua^ptaxt,  xoxe  açs'cov  '9  xà  aptapxr'ptaxaxat 20  r,  àxs- 
^vtT]  iraat  xaxaçav^ç  2Isaxtv*  ou  yàp  !ç 22  aaxpov  auxewv  23  IxaTspou 
at  xtawptat,  àXXà  24  btà  xaysoç  Trapstatv. 

10.  “On  25  os  oùSsv  IXaaaouç  àro  xsvcnxtoç  àxatpou  xaxoïràôstat 
ytvovxat  xw  àvôpcomp  r,  26  xat  à”o  •jrXr^pwatoç,  xaraaavôavstv  xaXcoç 
s/si  I— avacpspovxaç  £7rt  xouç  uytatvovxaç.  yEaxt  yàp  oTatv  27  auxstov 
lupupspet  (Jtovoaixssiv,  xat  xoüxo  Stà  xo  28  lutAçspov^oSxtoç  auxot  auv- 
sxalavxo*  aXXotat 30  ce  31  àptffxyv ,  Stà  xrjv  aàxv)v  avaya'/; v  •  ouxto  yàp 

1&1\  2253.-àÀ),G vulg. et  cæt.  codd. — 2  àxptêwç  omnes.-  autxpà  2253. 

-  aucpà  vulg.  et  al.  codd.  —  3  xat  pro  xàv  Merc.  in  marg.  —  4  p-txpà 
2253.  — ■  5  bs  àxpsxs;  2255.  —  6  taxpûv  2253.-  xà  aùxà  2255.  -  boxsGUCtv 
2253. —  7  2253.- xuêspvr'xat?  vulg.  et  al.  codd. —  8  b’  2253. — 9  2255.  - 
avsp.oçxs  piyaç  xat  ystuàv  (sine  sç&iffxrc)  vulg.  et  al.  codd. — • IO  îràctv-r^v) 
àvôptàîïGtç  2253.  -  àaapxîav  2253.  — 11  £è  2255. —  12  ot  xrX.  2253. —  13 
2255.—  Ospaireuffiaaiv  vulg.  et  al.  codd. —  14  ■nv  2255.  -  b,  dans  2255,  est 
souvent  pour  àv.  -  xat  om.  2255.  -  i^au-apTavov  2253. —  l5  xà  om. 
2253.  voaraaxa  omnes.  —  ,6  iro^Aov  xt  îrXgtw  2253.  -  àvôpwva;  2255. 

-  trjaêatvst  omnes.  —  *7  Br,  om.  2255.  -xotooxctç  2255.  -etatv  2235.  - 

-  t^twxctctv  2141.  —  18  J’  èvtuywa tv  2255.  -  $1  xû^wat  vulg.  et  al.  codd. 

-  vcGTuaxt  omnes.  —  xà  xs  pro  xà  2  2  5  3.  — 20  2  2  5  3.  - riyyn  vulg.  et 

al.  codd.-  Sans  doute  xî'yvn  peut  se  comprendre;  mais  àxcyvtr,  est  plus  na¬ 
turel  ,  et  répond  mieux  à  àaapxt7;,dont  Hippocrate  s’est  servi  dans  l’exemple 
du  pilote.  —  21  soxtv  om.  2253.  —  22  ptaxpàv  Zving.  -  aùxwv  2253.  — 
23  2255.  -  fxàaxGU  vulg.  et  al.  codd.  —  24  itaxàx,se>;2253 _ 25  &  2255. 

26  xat  om.  2255.  —  27  r.p.wv  2255.  -  0uu.çspst  2235.  —  28  cuaçspGv 


de  l’ancienne  médecine.  59 1 

en-deçà  ou  en-delà  ;  et  je  suis  plein  d’admiration  pour  le  mé¬ 
decin  qui  ne  commet  que  de  légères  erreurs.  Mais  une  habi¬ 
leté  consommée  se  voit  rarement.  La  plupart  des  médecins 
ressemblent  aux  mauvais  pilotes.  Tan£  que  le  calme  règne  , 
leurs  fausses  manœuvres  ne  sont  pas  apparentes  ;  mais  vien¬ 
nent  un  violent  orage  et  un  vent  impétueux  ,  ils  laissent  périr 
le  bâtiment ,  et  il  n’est  personne  qui  ne  reconnaisse ,  dans  le 
désastre ,  leur  maladresse  et  leur  ignorance.  Il  en  est  de  même 
des  mauvais  médecins ,  qui  forment  le  plus  grand  nombre  : 
tant  qu’ils  traitent  des  maladies  peu  graves ,  où  les  fautes  les 
plus  grossières  ne  pourraient  produire  de  sérieux  accidents  (  et 
il  faut  savoir  que  les  maladies  légères  sont  plus  fréquentes  que 
les  maladies  dangereuses  ) ,  leurs  bévues  ne  sont  pas  visibles 
pour  le  vulgaire;  mais  qu’il  leur  échoie  une  affection  grave,  vio¬ 
lente  ,  redoutable ,  alors  leurs  faux  pas  se  voient  ;  leur  inhabi¬ 
leté  se  manifeste  ;  car  la  punition  des  fautes  du  pilote  et  du 
médecin  ne  se  fait  pas  attendre ,  elle  vient  aussitôt. 

10.  Qu’une  abstinence  intempestive  ne  cause  pas  de  moin¬ 
dres  souffrances  qu’une  intempestive  réplétion ,  c’est  ce  qu’en¬ 
seignera  clairement  un  rapprochement  avec  l’état  de  santé.  Il 
est  des  gens  qui  se  trouvent  bien  de  ne  faire  qu’un  repas  ;  et , 
parce  qu’ils  s’en  trouvent  bien ,  ils  s’en  sont  imposé  la  règle. 
D’autres  font ,  de  plus  ,  un  repas  le  matin ,  pour  la  même  rai¬ 
son,  à  savoir  parce  que  leur  santé  l’exige  :  exigences  qui  n’exis¬ 
tent  pas  p oui'  ceux  qui ,  par  plaisir  ou  par  toute  autre  circon¬ 
stance  ,  adoptent  l’une  ou  l’autre  habitude  :  il  est ,  en  effet , 
indifférent  à  la  plupart  de  s’accoutumer  à  faire  ou  un  seul  re¬ 
pas  ,  ou  un  repas  de  plus  le  matin.  Mais  il  en  est  qui  ne  pour¬ 
raient  ,  se  dérangeant  du  régime  qui  leur  est  salutaire ,  sup- 

2235,  2i4t.  —  29  2235.  -  toToiv  aÙTcïdiv  ETaçooro  (  sine  outwç)  vulg.  et 
al.  codd.  -  La  leçon  vulgaire  est  évidemment  mauvaise.  Toï<r.v  aùr c!o:v 
voulant  dire  les  mêmes  ,  on  ne  comprend  pas  ce  que  ces  mots  signifient  ici. 
On  aurait  pu  conjecturer  cçtulv  aÙTOÏotv,  si  2253  n’avait  donné  une  ex¬ 
cellente  restitution.  On  comprend  même  très  facilement  comment  de  aùrct 
ouvst.  les  copistes  ont  fait  «cùtcIotv  et.  —  30  2253.  -  te  vulg.  et  al.  codd. 

— 31  2253.  -  àotorâv  vulg.  et  al.  codd. 


592  de  l’ancienne  médecine. 

•auTsoifft  Çupupspst,  xat  jxr,  TouTOiatv,  2  ot  Si’  r(Sovï iv  3  7)  Si’  <xXXv;V  Tivà 
^uyxupir,v  l—sxrjScucav  ÔTrorepov  auTewv  *  Totct  aiv  yàp  tiXeictoioi 
twv  avOpwTrcov  ou  oèv  S  lacpspsi  4  Tco'-epov  av  Itci't/'gsucojoiv  ,  site  5  u-o- 

VOOlTSEtV,  EtTS  ®  apt5T7jV,,».TOOT£qj  TW  £0£l"  /pSSffôat.  Etfft  Se  TtVEÇ  ot  OUX 
av  Suvaivto,  s;co  tou  7  çuptcpspovTOç  •jtoisovteç,  ^r/iStcoç  àraXXaaffeiv, 
àXXà  8  Sjutxêai'vEt  aÜTEcov  sxaTÉpoiot  Trap’  -?)asp7)v  9  pvjv,  xat  Tauxr;/ 
Ia  ou/  oXtjV  asTaêaXXouffiv ,  ôirEpçu^ç  ”  xax03ra6ci7].  12  Ot  piv  yàp 
tjv  apicrr'atoat  jxvj  13  iu»îxcpsp.ôvx°<;  auTEOtatv,  suôùç  l4|3apÉsç  xatvioôpol 
15  to  ffwuta  xat  tJjv  yviojfïjV ,  /aotir,?  te  xat  vuaraytJLOÏÏ  xat  Si^rjç 
ttX^peeç  •  '/jV  os  16  !”iSsi7tv7j(7(octi  ,  xal  oüca  xat  (rrpoçoç  xat  f,  xoiXivj 
‘7  xaTappTqyvuTai  *  xat  ■jtoXXoïgiv  ap/v;  vouaou:  18  auT7]  jAsydXrjÇ  lye- 
veto,  T9  vjv  Ta  aura  otTta ,  de  20  ptsp.acbfrs<rav  a-raç  àvaXt'oxstv.  21  Stç 
Tzpousviyxr^at,  xat  ùrjSÈv  22  ett  ttXsov.  Touto  Se,  23  r,v  aptar^v  piepta- 
Grpctoç  Ttç,  xat  outcoç  24  œutÉw  |uuàspov?  25  (/.'})  àpiGT^av)  ,  oxav  Ta- 
/i<7Ta  -ïrapÉXÔrî  ^  mot] ,  eu6uç  26  àouvaatV]  ostv7),  Tpoaoç?  a^u/a)  *  27  £7rl 
toutoigiv  ôïiOaXfxot  28  /XcopoTEpoi,  oupov  Tzar/y  xai  Ospptov,  GTo'aa  ut-4 
xpoVjXatTot  <nrXdyyva  29  ot  Soxsst  xpsptaaOat, 30  cxoTootvi^,  SuaGuptr/jj 
Su<rÊpYt7]- TaÜTa  Ss  ■TToévTa,  31  xat  ot  av  Sewcvseiv  e— i/stp'/'ar, ,  32  àrjSs- 

*  aùrctot  2255.  -  aÙTct;  Yulg.  et  al.  codd.  -  ouptç.  2255.  —  2  r  2255. 

—  3  et  2141.  ouycoptr,v  omnes.  -  àci-rnSsucav  2143.  -  ctot spwv  aÙT«v 
2253.  -  In  glossâ  :  ôrôôrspov  twv  Sûo  tcÛtmv,  tgü  ts  povociTstv  xat  tgü  £5 
p.ovcv  Tpe<p7;  x£7pv;o6at.  2141.  —  4  âjroTSpov  r,v  stottSsucuotv.  2253.—  otto- 
rcp&v  cod.  S.  ap.  Foes. —  5jtovo<jiTStv  2253.  —  6 2255.-  àpicrav  vulg.  et  al. 
codd.-  TdUT6>  t5>  2253.  sôst  y^proôat  omnes.  —  7  g'j'j,oL  omnes.  -  -rasovre; 
2140,  2145,  2141, 2145,  2142,  2144.  -iwt&vraç  vulg.-  dîctcüv  2255. 

—  pr,S?«ç  2253.  —  8  Guaëatvsi  2255.  -  £up.<pspst  2144.  -  copwpspa  2255, 
2143,  2141,  2145,  2140,  2142.  -  cupiçspstv  Mercur.  in  margin.  -aù-wv 
2253.  -  xu-sptrjv  21 41 .  —  9  puav  2255.  -  IO  2253.  -  ci  070X7]  vulg.  et  al. 
codd.-  ci  070X71  ne  se  comprend  pas;  pour  que  le  sens  se  suivît,  il  faudrait 
supprimer  la  négation.  2255  donne  la  vraie  leçon;  elle  est  telle  qu’on  l’au¬ 
rait  devinée  difficilement,  quoiqu’on  voie  bien  comment  les  copistes  ont  pu 
l’altérer  en  où  07.  —  11  xaxe 7rà0£ta ,  in  marg.  ri  uTspçusT?  xaxoTrâôî'.at 
2255.  —  xaxowaô'n  2141. —  12  uiv  yàp  àp.  2145.  —  àptonÎGMOtv  2253. 

—  13  ouaçspoVrcùç  aÙTcïotv ,  eùôswç  2255.  —  14  (3.  x.  v.  r.  o.  x.  T.  y.  7.  T. 
x.  vu.  om.  2141.  -  Sapss;  om.  cod.  F.  ap.  Foes.  —  15  xal  ro  2253. — 

,6  Ss  xal  2253.  -  •jcXiîpstç  omnes.  —  *7  xavapry.  2255.  —  ,8  aùrf,  2255.- 
p-syscXx  2255,2141, 2145,2142. — *9  xal  fr  2253,-aÛTàom.  2255.-a  om; 

2  2  53. —  20 2  2  5  3 .  — p.£p.a6r]x£i  vulg.  étal.  codd.-Le  pluriel  est  ici  nécessaire; 
c’est  pour  cela  que  j’ai  adopté  la  leçon  de  22  53.  Au  reste,  soit  qu’od  prenne 


DE  l’a^ÇIENNE  MEDECINE.  593 

porter  facilement  cet  écart  ;  et  chez  eux ,  d’un  changement ,  en 
plus  ou  en  moins ,  pour  une  seule  journée ,  pas  même  entière  , 
naîtraient  de  graves  incommodités.  Les  uns,  s’ils  font  un  repas 
du  matin  contre  leur  régime ,  deviennent  lents ,  pesants  de 
coips  et  d’esprit  ;  ils  sont  saisis  de  bâillements ,  de  somnolence 
et  de  soif  ;  et  si ,  là-dessus ,  ils  font  leur  repas  du  soir ,  il  sur¬ 
vient  du  ballonnement ,  des  tranchées  et  une  abondante  diar¬ 
rhée  :  souvent  c’est  le  commencement  d’une  maladie  sérieuse  ; 
et  il  leur  a  suffi,  de  prendre  deux  fois  (  et  rien  de  plus  )  les 
mêmes  aliments  qu’ ordinairement  ils  ne  prenaient  qu’une  fois. 
Les  autres ,  qui  ont  l’habitude  de  faire ,  le  matin ,  un  repas  , 
que  leur  santé  exige ,  viennent-ils  à  omettre  ce  repas ,  ils  sont 
pris ,  dès  que  l’heure  est  passée ,  d’une  débilité  générale  ;  les 
yeux  jaunissent  ;  l’urine  devient  épaisse  et  chaude  ;  la  bouche 
amère  ;  tiraillements  dans  les  entrailles ,  vertiges ,  mauvaise 
humeur  ,  inhabileté  au  travail  ;  et  avec  tout  cela  ,  quand  ils 
essaient  de  manger  à  l’heure  du  second  repas,  les  mets  leur 
paraissent  moins  agréables  ;  ils  ne  peuvent  achever  ce  qui  fai¬ 
te  pluriel  avec  2253,  soit  qu’on  prenne  le  singulier  avec  les  autres  manu¬ 
scrits,  l’augment  qui  appartient  au  plusque-parfait,  manque  ;  on  trouve, 
dans  Homère  et  dans  Hérodote ,  des  exemples  de  la  suppression  de  cet  aug- 
ment.  La  terminaison  zoo tv  pour  sicav  appartient  encore  à  l’ionien  et  à  l’an¬ 
cien  attique.  —  11  va üra  £1;  «pcsvîy/.ojvrai  2253.  — • 44  vt  2140,  2142.  — 

s-n  om.  2253.  -TrXstto  2253.  —  43  2253.  —  ri  àpicrav  vulg.  et  al.  codd. - 

44  ao-rô  c'ju.o.2255. —  45  rv  ixr,  2253.-  Mais,  dans  2253,  il  faut  sans  doute 
lire, au  lieu  de  üv,  f.'i,  qui  alors  se  rapporte  à  1-up.cpspcv,  et  donne  le  même  sens 
que  les  autres  manuscrits.  — 46  à^uvajisn  2255. —  47  2255 ,  2141, 2140, 

2142,  2145,  2145,  2255.-  STCSi  vulg.  -  tcjtci?  2255.  - 48  xcïXçt ,  cupov 

XXcapcTspcv  xal  îra/urepov  xai  cr.  2255.-  Ce  passage  est  une  des  preuves  qui 
font  voir  que  le  n°  2235  reproduit  une  édition  antique  différente  de  celle 
qu’ont  suivie  les  autres  manuscrits  que  nous  possédons,  et  nos  imprimés. 
Les  différences  que  les  deux  textes  présentent,  ne  sont  pas  de  simples  va¬ 
riantes  ,  ou  de  simples  erreurs  de  copistes.  — 2 9  SoyJct  pro  ri  Saossi  2255. 
— 30  2  2  5  5.  -  cy.cTC&vYi  vulg.  et  al  codd.  -  ^ucsp-ysm  2255.  -  àoocpjtri,  &><x- 
fiuutYi  vulg.  et  al.  codd.  -  Quoique  $uccp*pwi  soit  certainement  une  bonne  le¬ 
çon,  &>c£p-pr,  de  2253  me  paraît  encore  meilleur.  —  31  2255.  -  »»  om* 
vulg.  et  al.  codd.  -  ^eittveÏv  omnes.  — 31  ir,<ï.  uèv  o  oiroç  babet  2235  ; 
desunt  in  vulg.  et  al.  codd. 

TOM.  I. 


38 


594  DE  l/AXCIEîtrfi.  l'ÉDECIXE. 

trrepoç  ptlv  6  erîxoç,  avaXioxetv  os  ou  1  Suvaxat*  &?a  àpi<rciÇofJtÉvo<; 

*  irporspov  eâsirvee  *  xauxa  os  auxà  usxà  cxpocpou  4  xe  xal  ^dçoO 
xaxaêaivovxa  4  £uyxaî$i  xr(v  xotXtr/v,  ouffxotxsoust  xe  xal  5  Ivu- 
rvia^ovTat.'ts-rapocYp.éva  7  xal  GopuêcoSea  *  TroXXotai  os  xal  8  toutswv 
aS-rr)  ap^  vouoou  iy&exo. 

11.  2xe^aa6at  oè  yp^i  otà  9  xt'vaç  7rpoça(Tia<  aùxéouri  xauxa  £uv- 
tërj 4  x£>  jxsv,  oTptat,  fA£u.a6rJxo'xi  piovociye'eiv,  <ki  oux  10  avejxetvs  xov 
^povov  xov  Ixavov  pi^piç  11  aùxeou  ^  xoiXt7]  xcov  xâj  **  icpoxepatri 
TrpOffSvrjVSYtAsvtûv  13  ctxttov  dhroXauar]  xeXewç,  xal  Iirtxpax^iTT) ,  xal 
Xo7ra-/9vi  xe  xal  ^au^doTj ,  àXX5  ,4  l7rt£eou(rav  xe  xal  i&jtuotjtivrjv  xatvat 
ixsc^vs'yxaxo  •  al  Sè  xoiaüxat  xotXtat  roXXco  xe  ^paSuxepov  TTSOcrauxt, 
xal  xXeovoç  ûsovxai  15  dvaTcauoioç  xe  xal  ^(ru^irjÇ.  eÔ  os  pLejxaOrjXwç 
dptcrxi^saOai,  t6Sri  oux,  IxeiS-J)  xcr/icra  ioe^ôr,  ^Tpojprjçxo  ffâijxa,  xal 
xà  irpoxepa  xaxavaXtoxo ,  xal  oux  si/sv  oSuepti^v  a7roXau<7tv,  18  euÔewç 
aùxeu>  7zapaysvs.ro  xatvX,  xpoç^,<p9tvei  19  xal  iuvrrçxexai  Ô7to  Xtpiou. 
Ildvxa  yap,  &  Xi ym  Tcdo^eiv  xov  xoiouxov  avôpwTrov  ,  XtptSS  dvaxiQy,at. 
<^ploèxalxouçdD^ou;av9p(07rou<;  aTCxvxaç,  01  xtveç  av  *® t^taivovxeç 
aatxot  ”Suo  v]  xpeïç  ^juipaç  Yeveovxat,  xaüxa  ireiaeaGai  ”  oTa  7cepl  xœv 
dvaptoxtov  yevopivcnv  eipr,xa. 

1  2253.  -  ^uvaxl;  vulg.  et  al.  codd.  -  JuvaToçxv  pro  5uvaxat  cod.  S.  àp. 
Foes.  — a  2 255.-0 pro  Ôaa  vulg.  et  al.  codd. —  3ô  ante  irporspov  vulg. étal, 
codd,  ;  non  hâtent  2255,  2140.  -  è&eîïum  omnes.  -  Cette  phrase  est  une 
restauration  complète  due  au  manuscrit  2255.  Le  texte  de  tous  les  autres 
manuscrits  est  incomplet  et  à  peine  intelligible  ;  incomplet ,  car  l’existence 
de  la  particule  Se,  qu’ils  ont  après  avaXtcxsiv,  suppose  un  membre  de  phrase 
antécédent  qui  leur  manque  ;  à  peine  intelligible,  car  la  présence  de  cette 
particule  ne  permet  pas  de  construire  la  phrase.  Aussi  la  plupart  des  tra¬ 
ducteurs,  et  Foes  entr’ autres,  s’y  sont-ils  trompés.  Ou  pourrait,  à  la  ri¬ 
gueur,  entendre  le  texte  vulgaire  en  traduisant  ô  àpttmÇo'iAevoî ,  que  donne 
ce  texte,  par  :  celui  qui  a  l’habitude  de  faire  un  repas  du  matin.  Mais,  sans 
aucun  ellort,  tout  est  devenu  clair  par  le  manuscrit  2253,  qui  arestituéun 
membre  entier  de  phrase  ,  omis  par  les  copistes.  —  4  xs  om.  2255.  ■ — 

*  G'jyx.air,  22-53.  -  erjyxmti  2444,  sed  correctum.  -  <?jyô,tUy  vulg.  et  al. 
codd.- cuyxa’St  m’aparu,  médicalement  parlant,plus  d’accord  que  ouyxX stet , 
avec  les  causes  etla  nature  du  malaise  que  décrit  ici  Hippocrate. — 6  èvjuvta  - 
Çouci  2253.  • —  7  té  xat  ôopuêâîyi  2253.  —  8  TOÛxtov  2253.  — 9  rtvx.aîxtav 
«ÙTclctv  2253.  —  10  avsaetvEv  2253.  —  ”  aùxoü  2255.  —  11  îrpOTepx 


de  l’ancienne  médecine.  595 

sait  auparavant  leur  second  repas  quand  ib  avaient  pris  leur 
premier;  les  aliments,  descendant  avec  des  tranchées  et  des 
gargouillements ,  échauffent  le  ventre  ;  et  le  sommeil  de  la 
nuit  est  pénible  et  plein  de  rêves  agités  et  fatigants.  Souvent 
encore,  pour  ceux-là ,  c’est  le  point  de  départ  d’une  maladie. 

11%  Examinons  par  quelles  causes  ces  incommodités  sont 
produites  :  le  premier ,  celui  qui  a  l’habitude  d’un  seul  repas , 
n’a  pas  attendu ,  je  pense ,  le  temps  suffisant  pour  que  l’abdo¬ 
men  ait  eu  pleine  jouissance  des  aliments  ingérés  la  veille ,  en 
ait  triomphé ,  et  soit  rentré  dans  le  relâchement  et  le  repos  ; 
mais ,  tandis  que  les  organes  digestifs  étaient  encore  dans  la 
chaleur  et  dans  la  fermentation ,  il  les  a  remplis  de  nouveau  ; 
de  teb  estomacs  digèrent  bien  plus  lentement,  et  ont  besoin  de 
plus  longs  intervalles  d’inaction  et  de  tranquillité.  Le  second , 
au  contraire ,  celui  qui  a  l’habitude  de  faire  deux  repas  ,  n’a 
pas ,  dès  que  le  corps  a  réclamé  de  la  nourriture  ,  dès  que  le 
repas  précédent  a  été  digéré ,  et  qu’il  n’est  plus  rien  resté  à 
consommer ,  aussitôt  donné  à  son  estomac  de  nouveaux  ali¬ 
ments;  c’est  la  faim  qui  le  travaille  et  qui  l’épube.  Car,  tous 
les  accidents  que  je  viens  d’énumérer,  je  les  attribue  à  la  faim  ; 
et  certes ,  tout  autre  homme  qui ,  bien  portant ,  restera  deux 
ou  trois  jours  sans  manger ,  éprouvera  des  souffrances  ana¬ 
logues  à  celles  dont  j’ai  parlé  chez  l’homme,  usant  de  régime, 
qui  a  omis  son  premier  repas. 

2141. —  i3  ovr.  om.  2145.-  énritâm  2255,  2145,  2i 42.-  i-oXùar,  21 41 , 
2144.-  $nmXX5cnü  2143. —  14  inû  Çsouoov  cod.  S.  ap.  Foes,  -  «rt  Çéouoav 
Zving.  ad  marg.  -  ÈîTSiorvfpcaTO  omnes.  — ,5  2141,  2144.  —  àvaraxuaEtiç 
2253, 2140,2255,2143,  2145,  2142.- àvaa-amo;  vulg.-  Évidemment 
àva-rraûcio;  est  le  mot  nécessaire.  Il  est  donné  par  presque  tous  les  manu¬ 
scrits. — 16  &OTi  2253.-  cùy. om.  2253,  2145,  2142.  —  *7  to  c.  tc.  2253. 
-cù^eatav  omnes.  —  ,8  cùx  eu.  aùriâ  7rpc<rs*j,svSTo  2253  —  Différences  entre 
le  texte  de  22  53  et  le  texte  vulgaire,  qui  indiquent  deux  éditions  différentes. 
—  *92253. —  âi  vulg.  et  al.  codd.  -  rs  cod.  S.  apud  Foesiùm.  -  8r.  est  né¬ 
cessaire  ;  âs  ou  ts  rendrait  impossible  la  construction  de  cette  phrase 
longue  et  suspendue  ,  mais  très  régulière.  -  GOVTTJserat  omnes.  *°  «7* 
2253  ;  om.  in  vulg.  et  al.  codd.  —  21  £uo  r.u..  %  rp.  2253.  - -H  2253. 

“  cia  ïTEp  im  2253.-  afiarwv  2140,  2145.  - «pveuivttv  2253. 


595  de  l’ancienne  médecine. 

1^.  Toc<  Oi  TOtauTa;  (pusia;  z'foryi  «p^pu,  1  ràç  TajçÉwç  te  xoà 
iT/ypoji  tSv  aaaOTVjULarwv  *  aTrOÀxuoùffa;,  a<70svsGTspx<;  slvat  tmv 
3  iTeptov  "  lyyu Tara  os  tou  4  àc6svsovToç  sgtiv  6  aaGsvr'ç  •  ecti  ôs. 
5  aff6svs<rrspo;  ô  6  âaOsvstov,  xal  uâXXov  ccutew  -rrpoc^xsi  o  *rt  7  av 
-ou  xatpou  a— OTuy^avri ,  Trovéstv.  XaXsîrov  ,  8  pirj  tococÙttiç  7  axpiéiVjÇ 
iousT.ç  Trspt  Tïjv  t^vTjV,  Tuy/àvsiv  10  aïet  tou  àtpsx£<rroérou *  TzoXXi. 
Tr  os  etâsa  xcct’  îy]Tpixr]v  13  èç  tosocut vjv  13  axptëir.v  fycst.  xsp\  <§v 
sïpr'ffSTat.  Ou  Ç7]a\  Syj  ‘4  oià  touto  csîv  ty)v  T£yy/;v  w;  oùx  .ioûcrav 
ou  os  xaXw;  tS  te  oulsv  ■/]  v  Trjv  âpyalry  16  a-Toêals'oGa* ,  st  ur,  >7  lyst 
Trspi  7cavTa  18  àxpië{7jv,  àXÀà  tcoau  pcaXXov,  oià  to  lyvùç ,  ‘9  oîpiai , 
•tou  dTpsxs<rcdcTOu  10  ê|/.ou  ouvaoôat  yfrstv  Xoviçjaw,  11  Tpooiecôxt,  xaè 

1  2255.  -  Ta;  om.  vnlg.  et  al.  codd.  —  a  abroXXueùoa;  2140,  2142, 
2143,  2141,  2144.-à— oXtTOÛca;  2145,  2142  in  marg.  -  à~oXucû<7a;Mer- 
cur.  in.  marg.  -  3rvyuTsp©v  2255,  2141.  —  4  àoôîvî'c;  Ôvto;  2145,  2141, 

—  5  £s  xat  2141,  2144.  -  B's  é  2145,  2142.  —  6  2255.-  icG  cVÜV  Vulg. 
et  al.  codd.  -  aùr»  omnes.  — 7  7jv  2255.  -  «reTU*ftccvst  2140,  2141.- 
xcvsïv  2255.  —  8  Erot.,  Gloss.,  p.  56,  Ed.  Franz.  -  pro  y.r,  2235.- 
Ss  pro  y.r  vnlg.  et  al.  codd.  -  Le  texte  d’Erotien  me  paraît  devoir  être 
adopté  nécessairement,  d’abord  parce  que  cette  citation  du  Glossographe  a 
été  prise  à  un  manuscrit  incomparablement  plus  ancien  qu’aucun  de  ceux 
que  nous  possédons ,  ensuite ,  parce  que,  sans  la  négation  ,  le  sens  est  très 
difficile  à  suivre.  — 9  àxptëstn;; Érot.,  2140,  2143,  2255.  -  Ceci  n’est 
chez  les  copistes  qu’une  affaire  d’orthographe.  — IO<xsl  2235.- ôxcaTscra- 
tgu  2255.  -  etSvi  2255.  —  11  ouv  pro  Erot.,  p.  5  6.  —  Icrtv  ante 
è;  Érot.  p.  56.  —  13  dbcpiêstav  2255.  -  r/.z i  manque  dans  la  citation 
d’Érotien  (  p.  56)  ;  il  est  remplacé  par  £<mv.  —  14  £ctv  Sicctgüto  2253. 

—  Çr.rsouaévYiv  2141.  —  16  âToêâXXEaôa:  2255.  —  *7  zyr\  2140. 

—  iy ci  2145  ,  2145.  — ,8  dbcptêstav  2255.  -  •nrcîJ.ù  2253.  —  ’9  ciuai 
2255.  -  stvat  pro  ciu.at  vulg.  et  al.  codd.  -  Neque  ciixat  neque  s: va:  cod. 
S.  ap.  Foes. —  30  cù  pro  cu-oü  2253.  -  Cette  phrase  est  une  de  celles  qui 
m’ont  arrêté  le  plus  long-temps.  En  effet,  le  texte  vulgaire  est  manifeste¬ 
ment  altéré  ;  avai  au  lieu  de  otu.a:  rend  toute  construction  grammaticale 
impossible.  A  la  vérité  le  manuscrit  2255 ,  en  donnant  cette  excellente  cor¬ 
rection,  a  jeté  la  lumière  sur  le  passage;  mais  en  même  temps  une  autre 
variante  qu’il  fournit  pour  cette  même  phrase,  a  causé  ma  perplexité  :  je 
veux  parler  de  cù  au  lieu  de  cp.cû.  Si  l’on  garde  6u.cZ  ,  Hippocrate  a  voulu 
dire  que  le  raisonnement  peut  conduire  l’art  médical  près  de  la  certitude  ; 
.si  Ton  admet  cù  ,  Hippocrate  a  voulu  dire  que  le  raisonnement  ne  peut  pas 


DE  i/axciennï  médecine.  597 

1 2.  Selon  moi ,  les  constitutions  qui  se  ressentent  prompte¬ 
ment  et  fortement  de  leurs  écarts ,  sont  plus  faibles  que  les 
autr  es  ;  le  faible  est  celui  qui  se  l'approche  le  plus  du  malade  ;  et 
le  malade  est  encore  plus  faible  ;  aussi  doit-il  souffrir  plus  que 
tout  autre ,  des  fautes  du  régune.  Il  est  difficile ,  l’art  ne  possé¬ 
dant  pas  une  exactitude  correspondante d’atteindre  toujours 
le  plus  haut  degré  de  précision  ;  et  cependant  beaucoup  de  cas 
dont  il  sera  question  ailleurs ,  ne  réclament  rien  de  moins  que 
ce  degré.  Certes  ,  bien  loin  de  contester  à  l’art  ancien  sa  réa¬ 
lité  et  la  bonté  de  sa  méthode ,  et  de  le  condamner  pour  n’a¬ 
voir  pas  une  certitude  sur  toute  chose ,  je  maintiens  qu’il  faut 
le  louer  d’ètre  dans  une  voie  où  ,  par  le  raisonnement ,  il  peut 
encore ,  je  pense ,  arriver  près  de  l’extrême  exactitude ,  et  ad¬ 
mirer  comment  du  sein  d’une  profonde  ignorance  sont  sorties 

conduire  l’art  médical  près  de  la  certitude.  Ces  deux  sens ,  diamétralement 
opposés,  ont  besoin  d’être  ici  brièvement  discutés.  Avec  le  second,  Hippo¬ 
crate  fait  un  mérite  à  l’art  médical  d’être  dans  une  voie  où  le  raisonnement 
ne  peut  le  conduire,  c’est-à-dire  où  l’expérience  le  guide  seule,  et  il  fau¬ 
drait  traduire  :  «louer  l’art  médical  parce  qu’il  ne  peut,  je  pense,  arriver  par 
»  le  raisonnement,  près  de  l’extrême  exactitude.  »  Pensée  qui  m’a  d’abord 
séduit  et  dont  j’ai  eu  quelque  peine  à  faire  tout  l’honneur  à  l’erreur  d’un  co¬ 
piste  qui  avait  écrit  où  pour  ôuoü.  Mais  les  réflexions  suivantes  m’ont  déter¬ 
miné  pour  l’autre  sens,  que  j’ai  adopté.  Hippocrate  a  dit  au  commencement 
du  livre  de  l’ Ancienne  médecine  que  la  méthode  suivie  par  l’art  ancien  était 
la  seule  qui  pùt  mener  à  des  découvertes  ultérieures  ;  il  est  donc  naturel 
qu’il  loue  ici  l’art  médical  d’être  dans  une  voie  où  ses  imperfections  pour¬ 
ront  être  corrigées,  et  non  pas  d’être  dans  une  voie  où  le  raisonnement  ne 
peut  le  perfectionner.  D’un  autre  côté  ,  un  peu  plus  loin  (  §  14) ,  Hippo¬ 
crate,  en  parlant  de  ceux  qui  suivent  une  bonne  méthode,  se  sert  des  mots  : 
7-oy.cuM  îrpccxxovn  Çyrrcaavcsç.  Il  ne  condamne  donc  pas  le  raisonnement 
(Xo*pcûo'ç);  ce  qu’il  blâme,  c’est  l’hypothèse  (  Û7rc'0s<?.;  ) ,  prise  pour  point 
de  départ,  pour  base  d’une  science  qui  est  toute  constituée  par  ce  que  nous 
appelons  des  faits,  et  ce  qu’il  appelle  des  réalités  (ce  sdv,  §  2  ).  Ces  deux 
motifs  m’ont  décidé  à  conserver  éucô  du  texte  vulgaire,  et  à  rejeter  co  du 
manuscrit  2255 ,  comme  une  faute  de  copiste.  —  21  wp.  /-al  dat  cod.  S.  ap. 
Foesium  ;  desunt  in  vulg.  et  omnibus  codd.-  Ces  deux  mots  me  paraissent 
tout-à-fait  indispensables;  ils  complètent  parfaitement  cette  belle  phrase  ; 
ils  faisaient  faute  à  la  régularité  de  la  période,  et  même  au  sens;  avant  e/- 


598  de  l’ancienne  médecine. 

Ix  uoÀAvjç  avvtoatriÇ  OauptaÇstv  xà  l^eupr.piva,  àç  xaXwç  xat  bpQwç 
eçsupTjfai ,  xat  oùx  à— b  xuyrjÇ. 

13.  ’Eut  8i  xwv  xov  xatvov  xpo'uov  xr(v  'ziyyry  3  il;  &uo0s<ytoç  Çrr 
xeovtwv  Xoyov  iuavsXOstv  PouXoptat.  Et  yap  3  Icxt  0£pu.ov,  r,  d-uypbv, 
r,  îjyjpbv  ,  r,  uypov  xo  Xuptatvo'ptsvov  xov  avôpoiuov ,  xat  oet  xov  bpOwç 
iTjxpeuovxa  3  (3or,Ô££tv  xm  ptgv  0îpuiô  lut  xo^jy  pov,  xw  81  ^u^pw  sut 
xo  Ospaov  ,  xw  8è  £r,pû>  lut  xo  uypov,  xm  4  o’  5ypw  lut  xo  |r]pov  •  ecrto 
uot  5  àvOpwuo;  p.y]  xwv  tcjçupwv  tpuasi,  àXXoc  xwv  àoôsveaxépoùv  •  o5- 
xoç  5s  uupobç  io0tsxw  obç  av  àuo  xvjç  SXw  6  àvsXrj  ,  wuobç  7  xal 
apyouç ,  xx\  xpsa  wptà ,  xal  utvexw  uScop.  Taux7)  8  ^psbptsvoç  rr, 
btatxv],  su  ot5’  5xt  9  ustasxat  uoXXà  xat  Sstvà  *  xat  yàp  uovou;  uovrç- 
ffet,  xat  xo  cwaa  àaQsvsç  eoxat,  xat  fj  xotXtv]  oôapvjxexat ,  xat  Ç5)v 
IO  uouXbv  xpôvov  ou  ouv^oexat.  11  Tt  oet  xotyapouv  poT^pia  uapa- 
cxeuaaacOat  wo’  e^ovxt ;  ©eppiov,  r,<|/u^pbv,  13  ü;  |r(pov,  ^  uypov;  13  orj- 
Xov  yàp  5xt  xouxewv  xt.  Et  yàp  xo  Xuptaivopisvov  14  sort  xouxswv  xb 
5xepov,  xw  uuevavxtw  upoa^xet  Xucrat,  wg  l5o  ixst'vwv  Xoyoç  lyet.  To 
jasv  yàp  (kêaioxaxov  xs  xat  upojpavstrxaxov  cpàpaaxov  âcpsXovxa  xà 
btatxrçptaxa  16  oTartv  I^pwxo  *  àvxt  piiv  xwv  uupwv  apxov  Stobvat ,  àvx't 
Si  xwv  wptwvxpewv  écpôà,ui£tv  *7  xelut  xouxotatv  ,8otvou,  xauxa  19  pts- 
xaêaXXovxa  ou^r  oto'v  xe  30  pi^  uytea  yevscOat ,  vjv  ys  pir,  uavxàuaatv 
3  31 8teç0apkuivoç  uuo  ypo'vou  xe  xat  xîjç  ûiaixr,?.  Tt  5^  33  ©vfcoutev; 
33  ubxspov  aùxscp  uuo  tl/u^poü  xaxoua6sovxt  ôspp/tà  xauxa  upocsvsy- 

ucX.  âyv.  ,  on  sentait  le  besoin  d’un  yerbe  comme  upooieoôat.  Je  ne  sais  où 
Severinus  a  trouvé  cette  excellente  leçon.  Elle  manque  dans  tous  les  ma¬ 
nuscrits  que  j’ai  collationnés,  même  dans  2  255.  Ce  manuscrit  que  Seve- 
inus  avait  sous  les  yeux,  mériterait  certainement  d’être  consulté. 

1  Çrueuvxov  £ht.  Xôytov  2255.  —  3  Tt  !<m?  2253.  —  3êorMv  omnes. 

—  pivom.  2145,  2141,2143,2253,2U0.-tc)  ptèvMerc.  in  marg.—  4  8i 
2253. —  5  ô  «vô.  2253. —  6àvsX«2255 7*.  àp.  om.  2253. —  8  2253. 

-  xpw.asvoç  vulg.  et  al.  codd.  -  x.  cod.  S.  ap.  Foes.  — 9  TTsosixoct 

2145  ;  quod  habet  quoque  21 43  ;  sed  mutavit  in  ctoerat.  —  JO  2253.  — 
îtcXuv  vulg.  et  al.  codd.  —  11  xt  8r,  yyi  fior,ôr.u.cc  uapscxeuaoôat  2255.  - 
xct-y.  «bs  Peu.  2255.  —  13  r.  îrç.  r,  Ç.  2255.  —  13  2255.  -  âjrXov  2145, 
2140,  2145,  2142.  -  aîïXcüv  vulg.  et  al.  codd.  —  Les  traducteurs  ont 
tous  entendu  â-Xsüv,  comme  si  Hippocrate  avait  voulu  dire  quel’une  de  ces 
qualités  est  simple;  Foes  a  :  «  Si  quidem  horum  quodque  simplex  est  ». 
Avec  auXcüv  ,  pris  daBS  ce  sens ,  la  construction  n’est  guère  possible;  si  o» 


de  e’akciehne  Médecine.  à99 

les  découvertes,  par  unebebe  et  savante  recherche ,  et  non  par 
le  hasard. 

1 3 .  Je  reviens  à  ceux  qui ,  suivant  la  nouvelle  méthode,  cher¬ 
chent  l’art  d’après  une  hypothèse.  Si  c’est  le  chaud,  ou  le  froid, 
ouïe  sec,  ou  l’humide  qui  nuit  à  l’homme,  il  faut  que  le  méde¬ 
cin  habile  guérisse  le  froid  par  le  chaud ,  le  chaud  par  le  froid , 
l’humide  par  le  sec ,  le  sec  par  l’humide.  Supposons  un  homme 
d’une  constitution  non  pas  robuste ,  mais  faible  ;  qu’il  mange 
du  blé  tel  qu’il  sort  de  l’aire ,  cru  et  sans  préparation ,  des 
viandes  également  crues ,  et  qu’il  boive  de  l’eau.  En  suivant 
un  pareil  régime ,  il  éprouvera ,  j’en  suis  sûr,  des  incommo¬ 
dités  graves  et  nombreuses  ;  les  douleurs  le  saisiront ,  le  corps 
s'affaiblira ,  le  ventre  se  dérangera ,  et  certes  il  ne  pourra  vivre 
long-temps.  Quel  remède  administrer  dans  de  pareilles  circon¬ 
stances  ?  le  chaud  ou  le  froid ,  ouïe  sec  ou  l’humide?  Évidem¬ 
ment  l’un  ou  l’autre.  Car,  si  c’est  l’une  de  ces  quatre  choses 
qui  le  rend  malade ,  il  faut  y  remédier  par  le  contraire ,  sui  - 
vant  leur  propre  raisonnement.  Or  le  remède  le  plus  sûr  et  le 
plus  évident ,  c’est  de  changer  le  genre  de  vie  dont  il  usait ,  de 
lui  donner  du  pain  au  lieu  de  blé,  des  viandes  cuites  au  lieu  de 
viandes  crues,  et  du  vin  à  boire  après  son  repas.  Avec  ce  change¬ 
ment,  il  est  impossible  qu’il  ne  se  rétablisse  pas ,  à  moins  que 
sa  constitution  n’ait  été  profondément  altérée  par  la  durée  du 
mauvais  régime.  Que  dirons-nous  donc  ?  Sont-ce  des  substan¬ 
ces  froides  qui  l’ont  rendu  malade ,  et  des  substances  chaudes 
qui  l’ont  guéri?  ou  bien  est-ce  le  contraire?  Je  pense  qu’on  se- 


le  conserve  dans  le  texte,  il  faut  le  rendre  par  :  «Il  est  clair  ».  du 
manuscrit  225S  en  est  la  véritable  explication  ;  et  un  de  ces  deux  mots  est 
la  glose  de  l’autre.  -  towov  omnes.  —  **.  aùrôv  ante  vulg.  et  al. 
codé.  ;  non  habet  2253.  -  sgtm  2253.  - tgûtcov  omnes.  —  *5  é  om.  24  44 , 
2445,  2442.  —  ,6  dzi'/or-c  2255.  -  ëtfSTO  2**2.  -  £-£?5vrs  2443,  2440, 


2255,  2444,  2445.—  '7  Teom.  2440,  2255,  244 
2255,  2255,  2445,  2444  ,  24 45.  -  dvcv  vulg.  — 

_ y.rj  o 2253.  —  11  Steçôapasvcu  2253.  — 

î-53-S  «  oifetop-sv  2255.  —  **•  «pcTtfoy  «SV®  àm  y* 


5,  2444,  2442. — 

*9  u.z-oJocû,6y7CL  2445. 
ôîîo.yp..vs  om.  2255. 
xsüMWafoOvTi  2253.  - 


îÿpoT ioo'i  s’entendrai  (  très  bien. 


600  de  l’anciejsne  médecine. 

xavrsç  toçiXrjffav  ,  v]  ràv avxt'a  j  oiaat  yàp  sywys  7roXX^v  1  ânopt^v 
EptoT/jOsvTi  TCapac^sîv  *  ô  *  yàp  tov  aprov  3  cxeuaÇcov  twv  vrupmv  to 
ôîpptov,  vj  to  ’^/u/pov ,  r,  to  çr^pov,  -q  to  uypov  4  àostXaTOÿ  5  o6toç  yàp 
6  xat  7Tjpt  xat  uoaxi  St'ooTat,  xat  7  vxo)Jxïctv  stpyacrat,  &>'j  exacrov 
8  ?o*y]v  ouvauciv  xat  cpuatv  eysi ,  9  xat  toc  ptèv  t55v  urapyoVrwv  dbco- 
6s€X7]X£v ,  aXXotct  IO *  os  xsxpr,Tat  xat  ptifjttxxai. 

14.  OÏSa  ptsv  yàp  xat  tocos  S^irou,  art  otaospst  ”  iç  to  cto  a  a  tou 
àvôpcü7cou  xa6apo?  apxoç  vj  11  ^uyxopttCTOç,  vj  àTXTtcxcnv  oxuptov  I- 
crxtcttsvcov ,  r,  ttoÀXw  uSaxt  13  7X£cpuprtptsvoç }  7}  oXtytp,  ïc/upwç  14  ors- 
çupquivo;  •?!  à'poprjxoç,  Içoxroç,  r,  svcoptoç,  a>Aa  ts  7tpoç  tS  toutsoici 
ptupta*  wç  S5  auxcoç  xat  rapt  jtdtÇïjç*  xat  at  Suvapttsç  16  pteyaXai  xs 
ixacroo,  xat  ouosv  ^  sxspvi  t5]  sxspr,  iotxuïa.  18  "OcTtç  os  Taux* 
19  oux  IracxsTrxat,  7)  cxsTrroptsvoç  oux  otos ,  xrwç  àv  20  xt  ouxoç  cu¬ 
va  txo  tcov  xarà  tov  avQpwixov  —aô'/iutaTOJV  scSevat;  utxo  yàp  ivoçlxà- 
cxou  21  Touxs'tov  xacystTs  xat  .IxspotouTat  22  6  avôpwxoç  ;q  toïov  vj 
Totov  •  xat  Stoc  23  toutsoùv  xaç  ô  JBtoç  xat  ôytatvovTt,  xat  Ix  24  voucou 
avaTpeçoasvcpj  xat  xàixvovTt. 25  Oux  av  ouv  srspa  26  toutscov  y  p^ct- 
utcoxspa,  ooS’  avayxatoxspa  27  syj  s-.osvat  o^xou.  28  "tiers  xaxm;  xat 
}.oytffaû)  rcpocnqxovTi  Çr/rqaav-eç  xpoç  ttjv  tou  avQpcôxou  ouctv  sôpov 
auToc  ot  xpcÔTOt  supovxeç ,  29  xat  co^ô^cav  30  à£t7]V  Tr,v  ts yyrp  6sS 

1  à-opcav  2253.  -  xë>  ipoflivxt  2255 , 2445,  2442.  —  2  yàp  om.  2440, 

2*43,  2444,  2442,  2445,  2444. —  3  xapacxeoa&ûv  225sl  -  4  2253.  - 

âcpstXsxo  vulg.  et  al.  codd.  -  Après  àcpsiXsxo ,  les  éditions  mettent  un  point, 

etFoes  traduit  comme  si  la  phrase  était  affirmative  :  un  point  d’interroga¬ 

tion  me  semble  nécessaire  ;  si  la  phrase  était  affirmative ,  il  n  ’y  aurait  pas  la 
particule  disjonctiver.  Hippocrate  demande  si  la  préparation  du  pain  a  enlevé 

au  froment  le  froid,  ou  le  chaud,  ou  le  sec,  ou  l’humide  ?  —  5  Sic  cod.  S.  an. 
Foes.-o  vulg.  étal.  codd.  —  ôxt  yàp  in  marg.  quorumdam  exemp.  ap.  Ma- 
ckium. —  6 7  xat  om.  2255.  -  Ssàsoxai  2255.-  oxat  cod.  S.  ap.  Foes.  — 

7  t.ùXûw,  ôXXototv  2255  ,  24  45  ,  24  44  ,  24  45,  24  42.-  âWicict  ratt«çty 

24  40.  -  âXXa;  mXkv.çiv x pyaaxat  2253.— 8  t£cav2253.  — 9rà  aèvyàp  prô 

x.  x.  u.  2253.  —  ,0  ^£  om.  2253.  -Xc'xpxxatTs  2255.  -  jjcépr.xat  pro  ui- 

tttxxat  Àld.  -  2255.  -  et;  vulg.  étal.  codd.  — 12  cuyxcpttcxo;  omnes.  -  r, 

tv.  puTrapo;  lmp.  Samb.  apudMackium.  -  C’est  sans  doute  une  glose  tirée 

du  Glossaire  de  Galien  où  le  mot  puîrapo;  entre  dans  l’explication  du  mot 

cuyxctucxo;.  13  Ilsœu.  r,  oX.  te.  om.  in  vulg.  et  al.  codd.;  habet  2253.— 
Deô  lacunes  de  ce  genre  sont  très  fréquentes  dans  les  manuscrits  ;  ce  que 
les  cause,  c’est  la  répétition  rapprochée  d’un  mot.  Le  copiste  a  sauté  d’un 


DE  l’ancienne  médecine.  601 

rait  embarrassé  de  répondre  à  ces  questions  ;  car,  est-ce  le 
chaud ,  ou  le  froid ,  ou  le  sec  ,  ou  l’humide  que  l’on  ôte  au 
pain  en  le  faisant  ;  le  pain  qui  est  soumis  au  feu  et  à  l’eau , 
qui  subit  plusieurs  préparations  dont  chacune  a  une  vertu 
particulière ,  qui  prend  une  partie  de  ses  principes  et  qui  se 
combine  et  se  mélange  avec  d’autres  ? 

14.  Je  suis  assuré  qu’il  est  très  différent  pour  le  corps  d’u¬ 
ser  d’un  pain  fait  avec  de  la  farine  blutée  ou  non  blutée ,  avec 
du  grain  bien  moulu  ou  mal  moulu ,  pétri  avec  beaucoup 
d’eau  ou  avec  peu  d’eau ,  travaillé  fortement  ou  peu  travaillé , 
bien  cuit  ou  peir  cuit ,  et  mille  autres  diverses  préparations.  Il 
faut  en  dire  autant  des  préparations  de  la  pâte  d’orge.  De  cha¬ 
cune  ,  les  propriétés  ont  une  grande  puissance ,  et  l’une  ne  res¬ 
semble  en  rien  à  l’autre.  Celui  qui  n’observe  pas  ces  différen¬ 
ces  ,  ou  ,  les  observant ,  n’en  sait  pas  la  valeur,  comment  pôur- 
rait-il  connaître  quelque  chose  aux  maladies  des  hommes  ? 
car  chacune  de  ces  qualités  agit  sur  le  corps  et  le  modifie  de 
telle  ou  telle  façon  ;  et  c’est  de  là  que  dépend  toute  la  vie  pen¬ 
dant  la  santé ,  pendant  la  convalescence  et  la  maladie.  Rien 
donc  ne  serait  plus  utile ,  plus  nécessaire  à  savoir.  Les  pre¬ 
miers  inventeurs ,  qui  usèrent ,  dans  leurs  recherches ,  d’une 

xsç’jprosvsÿà  l’autre. —  ' 4 Keoupa.uJ'jo'y  àœuparo'21  41 . — 15  Tcûrcict  2255. 

—  16  âè  ante  ae-p  ia  vulg.  et  al.  codd.  ;  non  habet  2255.  —  zi  érspa  t5î 

êrepos  2255.—  ,8  tîç  pro  Sert;  2140,  2141,  2145,  2142  ,  2255, 

2145,  2144.  -  Ts  pro  ctrr.?  cod.  S.  ap.  Foes.-  ri;  sine  Ss  lmp.  Samb.  ap. 
Mackium.  —  ‘9  Sic  2255.  -  Sa.  5e  Taûva.  y.r,  oxsît rdjAsyoç  cùx  cISs  valg.  et 
al.  codd.-  Le  texte  vulgaire,  comparé  au  texte  de  2255  ,  présente  une  la¬ 
cune  ,  qu’on  n’aurait  pu  soupçonner,  car  le  sens  est  clair,  mais  dont  là  res¬ 
titution  me  semble  heureuse  pour  la  régularité  et  la  marche  de  la  phrase. 

—  20  £rt  pro  -n  ;  ti  additum  post  S’ôvziro.  -  zzt’  avô.  2255.-  ïtw;  &’àv  cod. 
S.  ap.  Foes  —  21  toûtwv  2255.  —  32  ô  ,  quod  deest  in  vulg.,  habeturin 
omnibus:  codd.  -  wvôpwîrcç  2141  alià  manu  ,  et  Aid.  pag.  4.  —  23  t cût<ov 
2255.  —  24  2255.  -  vocoa  vulg.  et  al.  codd.  -  àvacrpeçouiv©  cod. 
S.  ap.  Foes.  —  25  cuxkjuv  pro  oùx  av  cuv  2253.  —  26  tcûtwv  2255.  - 

2255.  —  27  ein  22  55.  —  28  &ç  2253,  2145  ,  2145  ,  2141,  2142, 
2140.  — *9 xcù  om.  2145,  2144,  2140,  2142,  2145,  2255. —  ï0 
2255;- wpcôcïvat  2142,  2145,  2143,  2141,  2144. 


602  de  l’ancienne  médecine. 

arpoaâsïvai,  1  âç  xal  yofuCetaju  Ou  yocp  |r,pov  ,  ouSè  xo  uypbv,  où8k 
•co  9gpkubv ,  ou 8s  to  'j'Uÿfpov  ,  *  oùS’  aXko  xouxgcov  ouoèv  £jyrJcap.£Vot 
ours  XuaatveoOat  ours  TrpooSsscQai  oüSevoç  *  xouxétov  tov  avôpwîrov, 
4  àXXà  to  ïo^upov  Ixacxou  xal  to  xpeooov  x9jç  cpuatoç  t5;<;  5  avOpowci- 
V7;ç  •  OU  JA7]  TjOUVaTO  XpaXgëlV,  6  TOUTO  ^XaiTtSlV  7)p<7aVTO  ,  xal  TOUTO 
£^Tr,<7av  7  acpeXsetv.  8  ’lo^upoxaxov  8s  fort  tou  piv  yXuxsoç  to  ylv- 
xuxaxov  ,  tou  os  7Xixpoü  xo  TOxporaxov,  xou  oè  9  oijéoç  xo  ô^uxaTov, 
Ixaffxou  8s  7iavTtov  tmv  10  Iovtiov  axprç*  xauxa  yàp  êcopcov  xal  11  tw 
«vOptoiroi  Iveovra  xal  Xupatvoaeva  xov  av9pam>v.  I2*Evt  yàp  13  àv- 
OptoTOO  xaWtxpov  xal  aXaupov,  xal  yXuxu  xal  b;ù,xal  <rrpv<pvbv  xal  x^a- 
Sapov,  xal  aXXa  pup(a,xavxota<;  ouvaptaç  syovxa,  xX^ôoç  xe  xal  tayuv. 
*4  Tauxa  piv  pgp.typ.sva  xal  xexpr,pgva  aXXvjXoïotv  ouxe  tpavspà  laxiv, 
ouxe  lSXureei  xov  16  àv9pü)7rov  •  axav  8s  xi  *7 xouxëcov  àxoxpLÔîj,  xal  aùxo 
io’  êtouxoü  y£vr,xai,  xoxs  xal  çavgpov  Icrt  xal  Xuirset  xov  av9powrov. 
Touxo 18  os,  xwv  Pptopaxwv  ora  fjpîv  àve7rix^Sëià 19 sort  xalXopaivexat 
tov  av0ptO7rov  20  Ip'rexo'vxa, 31  xouxgwv  sxacxov  r,  7Cixpova’xi  xal  axpy- 
tov  *3£0Ttv,  v]  aXpupov  r(  ô£ù,  r,  24  aXXo  xt  oxp^xov  xs  xal  îs^upov, 
xal  25  Stà  xoûxo  xapaccrbp£9a  utc’  26  auxétov,  ô<ntep  xal 29  uiro  xSv  28  ev 

1  ôorep  2253. — 2  cù8k  àXXo  xcûxavxy.  cû5sv  2253. — Tpoo^eloôat  omnes. 
— 3  xcux&v  2253. —  4  2255.-  àXX’  S  xt  pro  àXXà  xo  vulg.et  al.codd.-  Ce  qui 
m’a  déterminé  à  adopter  la  leçon  de  2253,  c’est  que  l’article  se  trouve  immé¬ 
diatement  après ,  devant  xpsooov.  S’il  y  avait  eu  o  n  dans  le  texte  primitif, 
il  y  aurait  eu,nonpas  xo  xps<7<iov,mais  y.j£aaovseulement.Laleçonde2255 
donne  donc  plus  de  correction  à  la  phrase.  —  5  àvôpcûirciïiç ,  a  oùx  r.Suvaxo 
xpaxsiv  2253.  -  Dans  le  manuscrit  2253 ,  une  main  plus  récente  que  celle 
du  copiste  a  mis  un  point  après  àyOpcâiietxç.  Ce  correcteur,  quel  qu’il  soit, 
a  eu  raison  de  mettre  plus  qu’une  virgule.  La  plupart  des  traducteurs , 
Mercuriali,  Foes,  Mack,  Gardeil,  ont  supposé  que  le  membre  de  phrase  qui 
commence  par  dcXXà  to  ou  àXk'  3  n  appartenait  à  xjxazvTo;  il  faut  le  rap¬ 
porter  à  xjr.adcu.eyci  qui  précède.  Il  en  est  de  même  pour  le  membre  de 
phrase  où  tir.  xSuvaxo ,  ils  l’ont  fait  rapporter  à  to  xpéoe ov;.  il  faut  le  rap¬ 
porter  à  ce  qui  suit,  c’est-à-dire  à  toüto  É&airrav  xjxaxyro.  Le  style  est  si 
soigné  dans  tout  ce  traité,  les  périodes  s’y  balancent  avec  tant  de  régula¬ 
rité,  qu’il  faut  craindre  une  faute  de  traduction  ou  une  erreur  de  copiste 
partout  où  quelque  dérangement  se  laisse  entrevoir.  Et  c’était  une  irrégu¬ 
larité  que  le  commencement,  avec  àXXà ,  d’une  nouvelle  phrase,  tandis  que 
celle  où  est  xyïioâ{jtev«  ,  restait  inachevée. —  6  tcü  24  40,  2145,  2144, 

2  4  45,  24  42,  24  44.  —  7  dhpatptTv  2253.  —  8  tox’Jpoxepev  8'  c<m  2235.  — 


de  l’ancienne  médecine.  603 

bonne  méthode  et  d’un  juste  raisonnement ,  ayant  su  appro¬ 
prier  ces  différences  à  la  nature  humaine ,  pensèrent  qu’un  tel 
art  mériterait  d’être  attribué  à  un  dieu  ;  opinion  qui  est  con¬ 
sacrée.  Estimant  que  ce  n’est  ni  du  sec ,  ni  de  l’humide ,  ni  du 
chaud ,  ni  du  froid ,  ni  d’aucune  autre  de  ces  choses  que 
l’homme  souffre  ou  a  besoin ,  mais  que  c’est  de  ce  qu’il  y  a  de 
plus  fort  dans  chaque  qualité  ,  et  de  ce  qui  est  plus  puissant 
que  la  constitution  humaine  ,  ils  regardèrent  comme  nuisible 
ce  dont  cette  même  constitution  ne  pouvait  triompher,  et  ils 
essayèrent  de  l’enlever.  Or,  ce  qu’il  faut  entendre  par  le  plus 
fort ,  c’est,  parmi  les  qualités  douces ,  la  plus  douce  ;  parmi  les 
amères ,  la  plus  amère  ;  parmi  les  acides ,  la  plus  acide  ;  en  un 
mot  le  summum  de  chacune.  Car  ils  virent  et  qu’elles  existent 
dans  l’homme  et  qu’elles  nuisent  à  l’homme.  Dans  le  corps, 
en  effet ,  se  trouvent  l’amer,  le  salé ,  le  doux ,  l’acide ,  l’acerbe, 
l’insipide,  et  mille  autres  dont  les  propriétés  varient  à  l’infini 
par  la  quantité  et  par  la  force.  Ces  choses  mêlées  ensemble  et 
tempérées  l’une  par  l’autre ,  ne  sont  pas  manifestes  et  ne  cau¬ 
sent  pas  de  souffrances  ;  mais  si  l’une  d’elles  se  sépare  et  s’isole 
du  reste ,  alors  elle  devient  visible  et  cause  de  la  douleur.  H  en 
est  de  même  des  aliments  qui  ne  sont  pas  propres  à  l’homme 
et  dont  l’ingestion  le  rend  malade  ;  chacun  d’eux  a  une  qualité 
qui  n’a  pas  été  tempérée ,  ou  amère ,  ou  salée ,  ou  acide ,  ou 
toute  autre  qualité  intempérée  et  forte  ;  c’est  pourquoi  votre 
santé  en  est  troublée ,  aussi  bien  que  par  les  qualités  qui  s’iso¬ 
lent  dans  notre  corps.  Mais  les  aliments  et  les  boissons  habi- 

9  2253.  —  10  £v£0vt6)v  2253.  -  r,  om.  2255. —  ,l  èv  2253, 

2440,  2444.  —  12  èv  pro  fvt  2442.  —  *3  èv  àv.  2255,  2440,  2255,  2445, 
2444.  - xas  àXu.opcv  x.  m.  2253.  —  14  aùrà  2253. —  *5  Xurreï  2235.  • — 
16  aï)  âvôp cùTTOv  ad  ovôpcùîrcv  omnia  om.  2444.  —  *7  tgvtov  2255.-  — 18  xat 
pro  2445.  —  *9  eîotv-9253.  —  20  è<nr£oo'vra  2255.  -  èxîrecovra  2440  , 
24  45,  24  44,  24  45,  24  42,  24  44.-  èxwèadGVTa  2255. —  21  tcutov  r/ esc. 
2  2  53.  —  22  è<mv  pro  Tt  2255.  —  23  èonv  om.  2255.  — -  24  àXX’  crt  cod. 
S.  ap.  Foes.  —  25  &<xtgütc  2  4  44.  — 26  aÙ7«v  2  2  53. —  27  ûïrô  om.  2442, 
2255,  2440,  2445,  2444,  2445,  2444.  —  28  2255,  2255,  2444.-rôom. 
2444.--  èx  rcü  owp. arc?  vnlg.  et  al.  codd.  -  èv  tô>  aâtiazt  est  la  véritable 


604  DE  l’ancienne  médecine. 

TW  awuaxt  *  a7rox p iv o asv wv .  üavxa  oè  8gol  àvGpcoTioç  ecGtet  r,  tzvjzi 
xà  Totaüxa  Bpwaaxa  ^xicxa  4  toutsou  /uaou  3  àxpv-Tou  te  xat  £ta- 
çsoovtoç  o^Xa  4  serai  asrs^ovra ,  otov  aproç  rs  xa't  piaÇa  xai  rà 
5  l-roasva  6  roursotciv  oletv  eiGicrat  7  wvGpwroç  TrXsceroiet  rs  xal 
8  aïei  ^pseeOai ,  sçw  twv  Trpoç  ft8o vvyv  re  xai  xopov  ^pxupievwv  re  xal 
sexcuaeptiveov  •  xal  daxo  9  rouxewv  7rXst<rr(ov  iatovxwv  Iç  rov  avGpw- 
7cov  IO  xapa/jq  ts  xal  dbroxpteiç  rwv  apupt  xo  ewtxa  11  cuvapuwv  f'xiara 
yivsrai,  teyùç  14  §è,  xal  au|r,eiç,  xal  Tpoov)  piaXiaxa,  13  Si’  oùosvsxs- 
pov  ’4  yivsTai,?]  8n  eu  15  te  ,6  £uyxçxp7iTat,  xal  oùSlv  l^st 17  axpr,xov, 
oùos  ïeppov,  àXX’  SXov  Iv  18  te  yéyovs  xal  *9  à~},oov  40  xal  jjitj 
ïayupov. 

15.  ’Aîropsw  S’  eywys,  ot  tov  ^.oyov  Ixsîvov  Xsyovrsç,  xal 41  a7cayov- 

TEÇ  EX  Tau-r/jÇ  T^Ç  Ü00U  I7TI  U7CO0£<TtV  T7jV  tÉ^VXjV,  T IV a  7T0TS  TpOTTOV 
44  ÔEpaTOueouet  touç  avGpwxouç,  w<nrep  43  UTToriGevrai.  Où  yap  leriv 
44  aÙTÉoietv,  toç  lyw  oîaat ,  I|eupT,ptewy-  aùxo  xi  lo’  45  Iwutoû  0sp- 
ptov ,  •/)  <|/uypov,  7]  ÇTjpov ,  y)  ùypov ,  avjSîvl  aXXco  46  sÏ$ei  xoivwviov, 
a)X  47  otaai  eywys  Taùra  49  Troaara  xal  PpwaaTa  aùrsoteiv  ÔTrap- 
yeiv  oiottoxvtsç  30  ypsoasGa.  npoeriGÉaei  os  tw  asv  eîvai  16  Gspuw, 

leçon  ;  Hippocrate  parle  ici ,  non  de  ce  qui  est  sécrété  hors  du  corps,  mais 
de  ce  qui ,  dans  le  corps,  se  sépare  des  autres  parties ,  et  devient  nuisible 
à  cause  de  cette  séparation. 

1  àîrcxpwauivav  2143,2141,2142,2 144. —  ‘tmcÙtou  22  33.  —  3  ôxostûu 
2142. — 4e<rriv2253. — ^âirroaeva  2145. — 6rcû-aç  oTç  2233. —  7  6  àv. 
2255,  2141.  — 8  iel  zprodzi  2253. —  9  tcotgjv  2253.  —  10 
2255.- te  om.  2255. —  11  àuvxuivwv  21 40,  21  43,  2 1 41 . —  14  2255.  - 
te  pro  Si  vulg.  et  al.  codd.  —  ,3£è  pro  &t’214l.  -  àt’om.cod.F.ap.  Foes. 
—  14  yiv.  om.  2142,  2145,  2141,  2145,  2255,  2140,  2144. —  l5  te  oin. 
2 1 42,  2145,  2141, 2255,  2140.  —  16  ayyxsxpTjTai  vulg.  et  al.  -  xÉxp7rrxi 
2253. — 17  cote  ax.  cure  la.  2253. —  ,8  te  om.  2143.  — *»  aj&âîv  2255.  - 
âîrXsov  2145.  —  40  Sic  in  Martini  Lect.  apud  Foes.  -  è-rzsl  xai  eux  ùr/upov 
cod.  S.  ap.  Foes.  -  Tous  les  manuscrits  que  j’ai  consultés  ,  au  lieu  de  «.7! 
iV/upov  ont  tV/;J?cv  ;  leçon  qui  ne  peut  être  conservée  :  icr/jjpcv  fait  contre¬ 
sens  avec  la  suite  des  idées  ;  Hippocrate  dit  que  la  nourriture  habituelle  est 
salutaire,  parce  qu’elle  u’a  rien  d’intempéré  (  âxpxrcv  ) ,  rien  de  fort  (t<r/;j- 
pi'v),  et  parce  que  le  tout  y  est  combiné  (  Iv),  simple  (  œxX 6m)  et.....  fort 
(icyuoov)  ?  Évidemment  cela  ne  peut  être.  La  plupart  des  éditions  ont  teyu- 
fov  5  cependant  Vander  Linden  a  cùx  iuxupov  ;  il  a  pris  celte  leçon  aux  va¬ 
riantes  rapportées  par  Foes.  Cette  leçon  remédie  au  texte  et  donne  une 


DE  l’a>cienxe  médecine.  605 

tuelles  évidemment  ne  renfermeront  pas  de  telles  humeurs  in¬ 
tempérées  et  excessives  ;  tels  sont  le  pain ,  la  pâte  d’orge ,  et  les 
autres  substances  de  semblable  nature ,  dont  on  use  toujours 
et  le  plus  abondamment ,  et  dont  j’excepte  les  mets  préparés  et 
assaisonnés  pour  flatter  le  palais  et  la  sensualité.  Ces  aliments 
salutaires ,  dont  on  prend  le  plus ,  ne  produisent  ni  trouble  ni 
désunion  des  qualités  cachées  dans  l’économie  ;  mais  ils  pro¬ 
duisent  vigueur,  accroissement ,  nutrition ,  par  aucune  autre 
vertu  si  ce  n’est  qu’ils  sont  mélangés  heureusement,  qu’ils 
n’ont  rien  d’intempéré ,  rien  de  fort ,  et  que  tout  y  est  devenu 
un  ,  simple ,  atténué. 

15.  Pour  moi ,  quand  j’écoute  ceux  qui  font  ces  systèmes  et 
qui  entraînent  la  médecine  loin  de  la  vraie  route  vers  l’hypo¬ 
thèse  ,  je  ne  sais  comment  ils  traiteront  les  malades  en  confor¬ 
mité  avec  leurs  principes.  Car  ils  n’ont  pas  trouvé ,  je  pense , 
quelque  chose  qui  soit  chaud  ,  froid,  sec  ou  humide ,  en  soi,  et 
sans  mélange  d’aucune  autre  qualité  ;  et,  sans  doute,  ils  n’ont 
pas  à  leur  disposition  d’autres  boissons  et  d’autres  aliments 
que  ceux  dont  nous  usons  tous  ;  mais  ils  attribuent  à  ceci  ou  à 
cela  la  qualité  ou  chaude,  ou  froide  ou  sèche  ou  humide.  Or 
l’mcertitude  serait  grande  s’ils  prescrivaient  d’administrer 
quelque  chose  de  chaud,  en  soi,  au  malade  ;  celui-ci  leur  de¬ 
mandera  aussitôt  quelle  est  cette  chose  ;  et  ils  seront  réduits 
ou  à  répondre  par  du  verbiage  ou  à  recourir  à  quelqu’une  des 

explication  ;  cependant  je  ne  suis  pas  complètement  satisfait  de  la  répétition 
de  tox’jpov  ;  et,  si  je  ne  m’étais  pas  fait  une  règle  de  suivre,  partout  où  faire 
se  peut,  les  leçons  telles  qu’elles  se  présentent  (car  comment  oser  dire  dans 
une  foule  de  cas  qu’un  auteur  a  plutôt  écrit  de  cette  façon  que  de  telle 
autre  )  ?  j’aurais  changé  tç^upiv  en  f/ myc» ,  qui  m’est  suggéré  par  vapa^T, 
qui  se  trouve  deux  lignes  plus  haut.  — 21  «■ycv-sç  2255.  —  22  ôspttîrsucuffi 
2253.  -  0£p5t-£Û<7£>.  21 42,  2141 ,  2143,  2145,  21  40,  2255,  21  44.- 0spa- 
— £’j«7£iev  cod.  S.  apud  Foes.  —  23  ù— otiÔstcm  2140,  2142,  2141,  2143, 
2145,  2255,  2144.  —  2*  aùr à;  v.y.n.  2253.  aùrsW.  vulg.  et  al.  —  î5a>j- 
tcù  2253.  —  26  stàet  2255.  —  2"  c'cy.a.'.  2255.  -  zxjzx  cod.  S.  ap.  Foes. 
__  28  PpâuaTtt  xal  -à  ffoaaTtt  aÙTctot  2255.  —  *9  2253.  -  vulg. 

et  al.  codd.  —  30  0sso.bv  2255  ;  alia  manus  supra  lineam  :  zi  u..  slvai  0sp- 
p.iv,  tÔ  àk  ,  to  âi  Ç-npôv  ,  -rb  5e  'J*fpcv. 


606  DE  l’ ancienne  médecine. 

8s-  <j'uX.P?>  vf,pw,  tw  8s  uypô>.  ’Ezst  Ixsîvq  yg  azopov  zpos-- 
Tdt^at  tô>  xaptvovTt,  Qepptov  Tt  zpocrsvgyxaoQat  *  1  sùôuç  yàp  2  Ipto-n]- 
cet,  Tt  3Icrtv;  wargX'/jpggtv  avaya?],  4r,  Iç  toutIwv  ti  twv  5  yivcoaxo- 
aévwv  xaTacpsùygtv.  Et  81  *  8^  Tuyyavci  7  to  piv  Qspuov  lov  9  <rrpt- 
çvov,  aXXo  os  Qsppov  9  lov  xXaSapov,  aXXo  8è  Ggpptov,  apaoov  IO  l^ov 
(sort  "yàpxat 12  aXXa  zoXXà  Geppà  xat  aXXaç  zoXXotç  ouvapttxç  l3uzg- 
vavTtaç  iwuTOtotv  g^ovra),  14  csr'cgt  ,s  os  ti  16  aÙTgwv  ■zpoaEvsyxsïv, 
J7  yj  to  Ospaov  xat  orptcpvbv,  to  Qspaov  xat  ,8  zXaoapov ,  vj  apta 
to  ^uypov  ’9  xa'1  <rcptçvbv  (  g<jTt  yàp  xai  20  touto),  22  xal  to  <{/o- 
ypov  xs  xat  zXxSapov  *  34  wç  ptèv  yàp  gycoyg  oîSa ,  zav  touvovti'ov 
43  aç’  Ixaxgpou  24  aùrstov  àzoêatvgt,  25  xat  ou  ptovov  Iv  àvôpo'izM,  àXXà 
xat  Iv  26  crxuTSÏ  xat  Iv  £ùXw  xat  Iv  27  àXXotct  zoXXoïfftv  ét  28  lortv  àv- 
ôpwzou  àvataOrj-OTgpa  •  ou  yàp  to  Ggpptov  39  lort  to  r/jv  ptsyàXrjV  cù- 
vap.iv  gyov ,  àXXà  to  orpuçvbv  xat 30  to  zXaoapov  ,  xat  TdtXXa  8 ca  ptot 
etp'/j-ai,  xat  Iv  tw  àvGpwzm,  xat  sçw  tou  àvGpwzou ,  xat  laOtopgva 
xat  ztvopisva  xat  f^coGev  Ixt^pioptsvà  31  ts  xat  32  ztoç  zXaaaoptsva. 

16.  33TFu£poT7}Ta  o  34  gycoys  xat  35  Gspptorr/ra  36  uacswv  ^xurra 
twv  ouvapucov  vopuÇco  ouvacTgusiv  |v  tw  ctoaaTt  Stà  Taaos  xàç  37  zpo- 
cpàotaç  •  Ôv  38  piv  av  or'zou  ^povov  ptgp.tYp.sva  39aÙTa  auTsotcnv,  àpa 
to  ^u/po'v  ts  xat  Ospptov  S7) ,  où  4o  Xuzsst  *  xpTjoiç  yàp  xat  pts-pto- 

1  Eùôù  2253. —  2  èpwTTOT,  2253.  —  3  iartv  om.  2255. -}.r,p$7v  omnes. 

—  4  et  pro  ti  2253.  - toutwv  2255.  —  5  Sic  2253.  -  ytvoptivé»v  .xaraçtmtv 
vulg.  étal.  codd.  -  La  leçon  de  2255  est  certainement  la  véritable. — 
6  8t,  om.  2143. —  7  ptsv  om.  2142,2145,2141, 2143. -Tt  proTopiv  2253. 

—  8  CTpyçvov  2255.  -  rpuçvov  2255.  —  9  2255.  -  êov  om.  vulg.  et  al. 
codd.  —  10  iyziw  2255.  — 8k  pro  yàp  2143.  —  12  Sic  2253,-âXXare  6.  x. 
âX.  8w.  vulg.  et  al.  codd.-  xat  dtX.  zcX.  6sp.  om.  cod.  S.  ap.  Foes. — 13 f^. 
aÙTcI;  uz.  2253.  —  14  et  8t%cz t  2140,  2143,  2255  ,  2141  ,  2142,  2255, 

2145,2144  et2255,  in  quo  legiturin  margin.  gt^èoioipro  st  8rftcn. _ zS  8k 

deest  in  codd.- Cette  phrase  présente,  entre  les  imprimés  et  les  manuscrits , 
une  variété  de  lecture  qui  m’a  embarrassé.  Tous  les  manuscrits  que  fai 
consultés,  ont  st  avant  Ssrost  sans  8é  ;  les  imprimés  ont  8k  après  ^sr'cst 
sans  st  ;  la  variante  st  8k  otctv ,  que  2253  a>  la  marge  ,  ne  me  paraît  pas 
intelligible.  Foes  ,  Zvingerus  ont  traduit  en  faisant  abstraction  de  8k  de 
leur  texte  ,  et  comme  s’il  y  avait  une  interrogation.  Je  pense  que  c’est  une 
erreur  :  le  sens  (ainsi  l’indique  le  raisonnement  )  est:  si  une  substance  est 
à  la  fois  chaude  et  acerbe,  il  faudra  administrer,  on  ne  pourra  éviter 
d’administrer  quelque  chose  de  chaud  et  d’acerbe.  Le  sens  étant  ainsi  dé- 


DK  l’ancienne  médecine.  60? 

substances  connues.  S’il  arrive  qu’une  substance  chaude  soit 
en  même  temps  acerbe,  une  autre  substance  chaude  in¬ 
sipide  ,  une  autre  perturbatrice  (et  il  y  a  une  foule  de  substan¬ 
ces  chaudes  qui  ont  beaucoup  d’autres  qualités  opposées) ,  il 
faudra  bien  donner  la  substance  chaude  qui  est  acerbe ,  ou  la 
substance  chaude  qui  est  insipide ,  ou  la  substance  froide  (  car 
il  en  est  de  telles)  qui  est  acerbe ,  ou  la  substance  froide  qui  est 
insipide.  Mais  il  est  certain  que  l’une  et  l’autre  produit  des  ef¬ 
fets  absolument  contraires  non-seulement  sur  l’homme ,  mais 
encore  sur  le  cuir,  sur  le  bois,  corps  bien  plus  insensibles.  Car 
ce  n’est  pas  le  chaud  qui  a  la  plus  grande  puissance,  mais  c’est 
l’acerbe ,  c’est  l’insipide  ;  ce  sont  toutes  les  qualités  que  j’ai 
énumérées ,  dans  l’homme  et  hors  de  l’homme ,  dans  ce  qu’il 
mange  et  dans  ce  qu’il  boit ,  dans  les  substances  avec  lesquelles 
il  se  fait  des  onctions,  et  dans  celles  qu’il  lui  arrive  d’appliquer- 
sur  son  corps. 

1 6.  Pour  moi ,  je  pense  que ,  de  toutes  les  qualités ,  le  froid 
et  la  chaleur  ont  la  moindre  puissance  sur  l’économie  humaine, 
par  les  raisons  suivantes  :  aussi  long-temps  que  ces  deux  qua- 

terminé,  il  y  a  deux  tournures  à  donner  à  cette  phrase  :  ou  bien  supprimer 
si  avec  les  imprimés ,  et  Jè  avec  les  manuscrits  que  fai  eus  ici  à  ma  dispo¬ 
sition,  et  le  membre  de  phrase  qui  commence  par  àer'xe i,  devient  principal 
et  affirmatif.  Ou  bien  il  faut  laisser  subsister  &e  après  àerse t,  verbe  qui 
est  alors  régi  par  la  conjonction  et  placée  au  commencement  de  la  phrase. 
C’est  ce  dernier  parti  que  j’ai  pris.  —  1 6 aùrwv  2253.  —  *7  x  om.  2142, 
2145,  21  40,  2141,  2145,  2255,  2144.  -x  to  6.  x.  a.  x  om.  2253.-  /.ai 
om.  ante  «rrpi <pvov  2255.  —  18  to  ni.  2253.  —  *9  x ai  t b  arpuçvbv  2253. 

—  30  rctcOr o'v  Tt  pro  tcüto  2253.  -  xxi  om.  antè  toüto  cod.  S.  ap.  Foes. 

—  31  xaiom.  2255.  -x  xai  pro  xxi  to  cod.  S.  ap.  Foes.  -re  om.  ibid.  — - 
33  tàaneo  pro  «î  p.èv  2255.  —  e* jfà  2253.  — 33  2255.  —  eç’  vulg.  et  al.  codd. 

—  34  aù-Sv  2255.  -  Alià  manu  suprA  Iineam  :  âîreëa tvstv  2255.  —  35  xai 
om.  2255. — 36  2141.- cxoTst  vulg.  étal. —  37  <£ü.«ç toXXoTç  2255.-  nol- 
Xotot  vulg.  étal. — 38  etotv  21 43.  —  39 iortv  2  2  5  5.  —  30  2  2  5  3. -to  om. 
vulg.  et  al.  codd.  —  31  Te  deest  in  cod.  S.  ap.  Foes.  —  33  ntùt;  om.  2140, 
2255,  21  43,  2141,  2142,  2145,  2255,  2144.  -  îrpo trrXaooôuevX  2255. — 
33  «Joyporara  2  1  45, 2  1  42.  —  34  s-ycD  2253.  • —  35  ôepaâraTtt  2145,2142. 

_ 36  7ÎX0ÔV  ^uvaastov  2255.  —  3?  aiTtaç  2255.  —  38  uiv  om.  2143.- 

p.7i  pro  piv  2255.  —  39  vewra  éx'jtgTî  axa  to  ôepxov  Te  xai  ^oyjpov  evéVi 
2253.  -  r,  vulg.  et  al. codd.  —  40  Xweï.  xpâotç  2253. 


608 


DE  l’ancienne  MÉDECINE. 
tt(;  '  tw  txîv  •}uyjxô  ytvsrac  «tto  tou  Osppiou ,  tw  os  Osgu~  qctco 
tou  -iuy  pou’ 4  OTOCV  3  os  aTroxpiOstr,  yoopiç  sxaTspov ,  tote  4Xu- 
TTSSt  •  Iv  5s  S'/J  5  TGUTSCü  Ttp  Xatptô  ,  OTaV  TO  l|/UypOV  6  Iltiyevrj— 
Tat  xai  7  ti  Xu7t^07)  tov  avOpioTrov  ,  8  otà  Taysoç  irpioTOv  Si’  au- 
TO  TOUTO  9  TrapSGTl  TO  ÔSpiAOV  aUTo'ôsV  Ix  TOU  àvôpOJTTOU,  OÙSsjJll yjq 

10  {Sorjôsir.ç  oùSs  ‘irapamcsurfe  cso'txsvov  •  xat  TauTa  xat  Iv  uytatvoycr 

1 1  TOÎctv  àvôpwTTOKTiv  âcrspyaCsTat,  xatlv  12  xaavouoiv. Touto  p.sv,s?Ttç 
13  QsXsi  14  uyiatvwv  ystacovoç  Sta^û;at  to  coopta ,  r,  Xouoausvoç  d>u- 

y  pS  ,  T(  lS  ûDXw  TW  TpOTTWj  &7(j>  16  OCV  aUTO  STT 17TÀSOV  7T0 tT^OT) ,  XO l  TjV  V£ 

p.7)  l7  7ravTa~aoi  cray?]  to  «opta  ,  éfcav  sfuaza  lafir}  xai  eXOv]  Iç  ty;v 
cxsttTjV  ,  ,8  ptaÀAov  xai  I~t  ttXsov  ôsppiaivsTai  to  swaa.  Touto  os,  sî 
19  QsXot  Ixôsppiavôvivai  20  çrrepswç  7j  ÀouTpSS  GspptÇ),  7)  7roXÀw  tcu pt,  Ix 
os  2,toutsou  to  wuto  22  sîixa  syoov  Iv  tw  23  aùrew  yooptw  tt,v  oiacptêr/v 
TTOiIsaOai,  tocTrsp  24  Sis^uytxsvoç,  25  ~oXù  tpaveÏTat  xat  t^uypoTspo;  xat 
cDJmç  optxaXswTspoç. 26  Et  pt7riÇousvoç  tiç  utto  7rv(y$oç  xat  2?  îrapx- 

1  Të>  p,.  0.  y.  à.  t.  <|>.  T.  S.  y.  à.  t.  0spp.oü  2235.  —  2  xat  tÔXXci  xxtx 
Xc'ysv  Iiab.  2255  post  ^’rypoü.  -  J’ai  songé  à  admettre  ces  mots  d’abord,  parce 
qu’il  est  bien  plus  ordinaire  de  trouver,  dans  les  manuscrits  ,  dés  lacunes 
que  des  additions,  ensuite ,  parce  que  en  soi  cette  leçon  est  acceptable.  Il 
faudrait  entendre  la  phrase  autrement  que  les  autres  traducteurs.  Ils  ont 
cru  que  aeiuyosva  aura  aÙTsctctv  se  rapportaient  à  iuysc'v  ts  xal  0saucv  ; 
etFoesa  traduit:  «  Quamdiu  calidum  et  frigidum  inter  se  permixta  fue- 
rint.  »  Il  ne  s’agirait  pas  seulement  du  froid  et  du  chaud,  suivant  2253, 
mais  il  s’agirait  de  toutes  les  qualités  ensemble.  Du  moment  que  l’on 
fait  rapporter  asp.iyu.sv a  à  toutes  les  qualités  ,  ou  humeurs  qui  sont 
dans  le  corps  ,  l’addition  rdcXXa  xarx  Xc'ycv  s’explique  naturellement. — 
3  àTTOXS’.&ç  2253.  —  4  ).u— si  2255. —  5  tcutû)  2253.  —  6  2253.  - 
èyysvYiTcuvulg.etal. codd. — 7  2253.- ti  om.vulg.  étal.  codd. — 8  Siaxâyzaç 
2255.  —  9  xacscrtv  2253. —  10  j3cr,0sia;  2255. —  11  rotç  âv0pcô~a;  2253. 
— 12 iv  om.  etxap.vouct.22 5 5. — l30s'Xct21 45.-s0s'Xst  2142. — l42253,2142, 
2l45.-uytaTvcvvulg.et  al.  codd. —  ,5àXX’  otcû  âXXorp.  2142.-àXô>T0  aXXo» 
rp.  2140,  2141  ,  2145,  2144.—  16  rv  KïirXsIcv  aùrô  2255.  —  r7  rsaené- 

Tractv  2253,  2141 - 18  Iti  a.  x.  IîtitXsTcv  2253.  —  ^sOs'Xot  2253 , 2145. 

-  sôsXst  2141.  -  ÔÉXst  cod.  S.  ap.  Foes.  — 20  tcyupwî  21 43,  2255,  2253, 
2145,  2141, 21 44.- Dans  2141,  qui  contient  une  multitude  de  gloses  ,  la 
plupart  peu  importantes,  au-dessus  de  crepsâ;  est  écrit  en  lettres  rouges 
tcyupw;  ,  comme  explication  de  crspsSç.  On  a  là  un  exemple  de  l’introduc¬ 
tion  si  fréquente  des  gloses  dans  le  texte.  —  21  toutou  2253.  -  kùto  2253. 


de  l’ancienne  médecine.  609 

litcs  restent  mélangées  l’une  avec  l’autre,  nul  mal  n’est 
éprouvé  ;  car  le  froid  est  tempéré  et  mitigé  par  le  chaud ,  le 
chaud  par  le  froid  ;  c’est  quand  l’une  des  deux  s’isole ,  que 
le  mal  commence.  Mais  dans  le  moment  même  où  le  froid 
survient  et  cause  de  la  souffrance ,  tout  d’abord  et  par  cela 
seul  le  chaud  arrive ,  fourni  par  le  corps ,  sans  qu’il  soit 
besoin  d’aucune  aide  ni  préparation.  Et  cela  s’opère  aussi  bien 
chez  l’homme  sain  que  chez  l’homme  malade.  En  effet ,  d’un 
côté,  si,  en  santé  ,  l’on  veut,  pendant  l’hiver,  se  refroidir  soit 
par  un  bain  froid ,  soit  de  toute  autre  manière ,  plus  on  es¬ 
saiera  de  le  faire ,  sans  toutefois  se  geler  complètement ,  plus , 
après  s’être  rhabillé  et  mis  à  couvert,  on  éprouvera  un  échauf- 
fement  considérable.  D’un  autre  côté ,  si  l’on  veut  se  procurer 
une  forte  chaleur  soit  par  un  bain  chaud ,  soit  par  un  grand 
feu ,  puis  demeurer  avec  le  même  vêtement  et  dans  le  même 
lieu  qu’après  s’être  refroidi ,  on  éprouvera  un  froid  bien  plus 
vif,  et  l’on  frissonnera  bien  davantage.  Celui  qui  s’évente  à 
cause  d’une  chaleur  étouffante ,  et  se  donne  du  frais  de  cette 
manière ,  se  sentira ,  au  moment  où  il  cessera  de  se  rafraîchir, 
dix  fois  plus  brûlant  et  plus  étouffé  que  celui  qui  ne  fait  rien 

—  22  elâoî  pro  sTaa  Mercuc.  in  marg.  —  23  ai rü  2253.  -  tzoiùgùsu  2255. 
— •  2*  b  ante  £is.  vulg.  et  al.  codd.  excepto  2255.  -  L’article  é  ne  peut 
guère  être  conservé.  Hippocrate  parle  du  même  homme  ,  qui  d’abord 
prend  un  bain  froid,  puis  un  bain  chaud ,  et  qui ,  après  ces  deux  bains  , 
restant  soumis  à  une  même  température ,  éprouve  néanmoins  une  grande 
chaleur  dans  le  premier  cas ,  un  grand  froid  dans  le  second,  o  ^ts<J«rmévoç 
signifierait  qu’il  s’agit  d’un  autre ,  lequel  aurait  pris  un  bain  froid.  -  Mer- 
curiali  met  en  variante  ôxsp  au  lieu  de  woweo  ;  la  variante  est  bonne;  mais 
la  leçon  (  <a<nre p  )  de  tous  les  manuscrits  que  j’ai  consultés,  ne  gênant  nul¬ 
lement  le  sens,  jé  l’ai  conservée  dans  le  texte.  — 25  ©atvsrat  2255.  _ 

26  Tous  les  manuscrits  et  toutes  les  éditions  ontr  au  lieu  de  st  ;  si  est  exigé 
par  le  sens  et  par  la  construction  grammaticale  ;  la  confusion  de  et  et  de  r, 
est  fréquente  dans  les  manuscrits  à  cause  de  l’iotacisme  ;  et  ici  elle  est  d’au¬ 
tant  plus  facile  que  et  suit  un  comparatif  après  lequel  r,  viendrait  naturelle¬ 
ment  ,  si  les  deux  phrases  avaient  quelque  rapport.  Zvinger  et  Heurnius 

ont  déjà  noté  cette  correction  à  la  marge  de  leurs  éditions.  _ 2"  2253.  - 

mapacxs uot^tov  vulg.  et  al.  codd. 


TOM.  I. 


39 


gjQ  DE  L’ANCIENNE  MÉDECINE. 

cxsua^OaEVOs  aùxoç  1  &ouxco  d/vjro;  Ix  1  xotoùxou  av  xpoîcou,  2  StaTrau- 
caixo  xouxo  ‘irotstov  ,  SsxaTrXcccriov  4  etrrat  xo  xaüaa  xal  5  xo  icvîyoç 
^  TtO  6  fJWjSlv  TOUXSCÙV  TCOlSOVXt.  7  T  à  OS  07]  xat  8  TTOvXÙ  JtetÇo)  ,  OffOl 
av  §iot  X.IOVOÇ  7i  9  oXXt;?  t|/u£ioç  PaSîaavTsç  10  ptycoxwxt  otaçspovxwç 
•rroôaç,  r,  -/sïpaç  ,  rj  xsoaXrjv,  “  oTa  Ttacxouatv  êç  X7]v  vùxxa,  #rav 
«*  TCepwrcaXgtoffi  ts  xat  Iv  àXérj  yeveovrac ,  utto  xaùuaxoç  xat  xvr,G{xou* 
xat  1 3 sot iv  oTct  ,4çXuxxaïvat  avtVravxai  l5d>ç  airo  7rupoç  xaxaxsxau- 
[AEVotot  *xat  où  Trpoxspov  xouxo  7ra<7^ouatv  irptv  16  7]  Ospaocvôcooiv.  Ou- 
TcoçiTOtfAMç  ixàxspov  *7  aùxscov  lut  ôaxepa  TrapaytvsTat.Mupia  S’  av 
xat  ,8sTspa^otai  sîiteîv.Tà  os  xaxàxoùç  '9  voffsovxctç,  20  où)'  otctv  av 
£cyo?  y£V7]Tai,  xouxsotoiv  ô;ùxaxo<;  ô  vcupsxo?  IxXaptxst  ;  xat  21  oôy 
ouTcoç  îff^upcüç  ,  àXXà  xat  Traooptsvoç ,  22  St’  oXtyou,  xat  aXXwç  23  xà 
‘jroXXot  àc7tv77ç  •  xat  24  ouov  av  ^povov  xrapÉ^ ,  otdtôspjxoç,  xat  otsqtwv 
Siée  Ttavxoç  ,  *5  xsXsuxS  êç  zobç  tcoSccç  [xotXtaxa  ,  26  oùrep  xo  £îyaç  xal 

1  saura  2253.-  scùutô  2141.  —  2  Sic  2253.  -  xouxsou  tou  xp.  vulg.  et 
al.  codd.  —  3Sic  2253,-^tairaû.  ra toûto 7TotsovTt Aid.— orau  coito  pro  Sia-x. 
Mercur.  in  marg.  -  S'taoraüeat  râ  lmp.  Samb.  ap.  Mackium.  -  Stacorâcat 
Tù>  toùto  TOisovTi  2142,  2141,  2140,  2145,  2145.  -  àtacxccaat  tw  tgüto 
irotscvTt  vulg  —  Tavcat  Zving.  -  La  leçon  de  2253  est  la  seule  bonne; 
celle  de  Aide  vient  ensuite  et  se  comprendrait;  il  est  indifférent  d’admettre 
toStc  orcts'av  ou  touto  xc’.EOvTt.  Les  autres  sont  inintelligibles;  aussi  la  tra¬ 
duction  de  Foes  est-elle  fort  obscure:  «  Qui  in  magno  æstu  ventulo  per 
flabellum  excitatô,  hoc  modo  sibi  frigus  conciliare  parat,  decuplo majo- 
rem  ardorem  sentiet  quam  qui  nihil  horum  fecerit.  Hippocrate  veut  dire 
que  celui  qui  s’évente  dans  une  grande  chaleur,  aura  plus  chaud,  au  mo¬ 
ment  où  il  cessera  de  s’éventer,  que  celui  qui  ne  se  sera  pas  éventé. — 422  55. 

-  •nocpscTt  vulg.  et  al.  codd.  —  5  rô  om.  2253.  —  6  p.r,$s  tcicütov  orotoùvTt 
2253.  -  TotouTECv  21 45.  -  TotcuTav  cod.  S.  apud  Foes.  toioutemv  2140.  — 

7  tô  2253.  -  Dans  ce  manuscrit,  ce  membre  de  phrase  est,  à  tort,  rapporté 
à  ce  qui  précède,  et  non  à  ce  qui  suit.  —  8  ircXù  p.EtÇovo?  2253.  -  oroAXâ 
çod.  S.  ap.  Foes.  -  ci  yàp  pro  occt  oc v  2253.  —  9  d&Xou  ^ûy.soç  2253.  - 
X  om.  2141.  —  âXJ.co  2140  ,  2145  ,  2142. —  IO  ptyâaouet  2140  ,  2142, 
2145,  2255.  — ■  11  oî  àxs^ooatv  2145,  2141,  2142.  -  3  ans^ouaiv  2145, 

—  12  lïsptcraXâc.  2255. —  13  surir,?  pro  scrtv  ci  et  ;  in  marg.  r.  scrtv  cl?  xat 
2253.  —  14  çXvxtoÏvs?  2255.  -  œXoxrs'vs?  2145 , 2142.  —  l5  «Saxsp  rot; 
2255.  -  xaToccsxauus'vct?  2255.  — •  l6r  om.  2255.  —  aùrâv  sort  ôaxspcv 
2235. — 18  â>Aa  2233.— >9  vcccürra?  2253.  — 20  ou*:  2253.-  occt?  2255. 

— Tovxct?  2253.  —  21  oùyj  2253. -xal  otat  oùxVaticana  exemp.  -  xat  otctv  o ùy. 


DI  l’ancienne  MÉDECINE.  611 

de  tout  cela.  \  oici  un  exemple  encore  plus  frappant  :  les  gens 
qui ,  marchant  dans  la  neige  ou  exposés  à  une  température  ri¬ 
goureuse  ,  ont  éprouvé  un  froid  excessif  aux  pieds ,  aux  mains 
ou  à  la  tête .  que  ne  souffrent-ils  pas ,  la  nuit ,  quand  ils  sont 
abrites  et  placés  dans  u  n  lieu  chaud ,  par  l’ardeur  et  les  dé¬ 
mangeaisons  auxquelles  ils  sont  en  proie?  Parfois  il  leur  sur¬ 
vient  des  phlyctènes  comme  s’ils  avaient  été  brûlés  par  le  feu  ; 
et  ils  ne  ressentent  pas  ces  douleurs  avant  de  s’être  réchauffés  ; 
tant  est  grande  la  facilité  avec  laquelle  le  chaud  et  le  froid  se 
remplacent  alternativement  !  Je  pourrais  citer  mille  autres  ob¬ 
servations  semblables.  Quant  aux  malades ,  n’est-ce  pas  chez 
ceux  qui  sont  pris  de  frisson  que  s’allume  la  fièvre  la  plus  ar¬ 
dente  ?  mais  elle  n’a  pas  une  grande  force ,  elle  cesse  en  peu  de 
temps ,  et  elle  est  innocente  le  plus  souvent  ;  tant  qu’elle  dure, 
elle  donne  une  chaleur  générale ,  et ,  parcourant  tout  le  corps, 
elle  finit  surtout  dans  les  pieds  ,  où  le  fr  isson  et  le  fr  oid  ont  eu 


Zving.-  Le  texte  est  peut-être  altéré  ici;  les  diversités  de  lecture  le  feraient 
supposer  ;  et  la  construction  n’est  pas  assez  facile  foav  qu’on  -'car'e  '.ont-à- 
fait  cette  opinion.  Les  traducteurs  ont  beaue.tïp  *ari  '.  :  Calyus  et  T'*rcuriali 
ne  mettent  pas  de  point  d’interrogation  après  üiXâp.Tra ,  eé  traduisent 
comme  si  Hippocrate  avait  voulu  Sire  que  ’  fr.Vson  K’ est  >as  suivi  d’une 
fièvre  vive;  sens  peu  probable,  surtout  si  l’o»  Tait  attention  quelques 
lignes  plus  loin  Hippocrate  dit  :  «  cuv  & rtwiy  :<£  ovre  xa}<Zftv*rat  to  év ai-' 

■ntoTavov . dnto  ra’JToaaTO’j  ;  ce  qui  fait  supposer  que,  an?,  passage  ici 

en  question,  il  a  voulu  dire  que  la  fièvre  suit  le  frisson.  Z  viager  a  traduit  : 
«  Aut  si  quibus  non  adeô  vehemens ,  sed  pauco  tempore  quiéséâut  ;  »  c’est 
aussi  le  sens  qu’a  suivi  Foes.  Oardeil  a  fa:t  abstraction  du  texte,  pourmet-- 
tre  ce  qui  lui  a  semblé  le  plus  raisonnable,  et  il  a  traduit  :  Si  le  froid  n’est 
pas  long,  la  fièvre  n’est  pas  longue.  Les  divergence.:  des  traducteurs  mon¬ 
trent  les  difficultés  de  ce  passage.  Pour  moi,  d’une  part  me  tenant  au 
texte ,  de  l’autre  le  comparant  avec  ce  qui  suit,  fai  pensé  qu’Hippocrate 
voulait  dire,  à  la  vérité,  qu’une  fièvre  vive  suit  ’je  Frisson,  mais  ajoutait 
que  cette  fièvre  n’est  pas  violente,  et  cesse  bientôt  ;  faisant  allusion ,  en 
cela,  aux  fièvres  intermittentes.  —  **  îtcXs-py  2253.  —  2i  TawrcXXà  21  4t. 
-  tscîtcXX’  itr.'/x'  2253.  -  sooywsî  eod.  S.  ap.  Foes.  —  *<  2253.  -  eîcv  vulg. 
et  al.  codd.-.Tttpfomnes. —  ’  ’  2255.-TsXsoTa.tov  2255.  —  raXrjrawv  vulg. 
«tal.  eodd. —  16  «orsp  2 1  -4 1 ,  2142,  2140,  2445,  2255.-  »<nTîp  2145. 


$12  DE  l'ancienne  médecine. 

^  W  vsTivtxWTdcrrj  xal  fàl  1  tcXsov  i^povwrev  *  ~aXiv  1  Ss  oxav 
3  tèpiocr)  xal  à.Tztùlarfri  b  xrupsxbç,  tco lu  jxaXXov  <  e<!m*sv  7]  5  si 
piX,  IXaês  xîjv  àp^v/ïi  oùv  6  StaTa/so?  oùxco  roxpayivexai  to  Ivavxtw- 
xaxov  ts  xat  7  açsXo'ptsvov  T7)v  §ùva4atv  aTco  xauxoaaxou ,  xi  av  a~o 
xouxsou  jjtsya  8  r(  ùstvov  ysvotxo;  ^  »  xt'voç  ôsï  tcoXX^ç  Ixl  12  toutsm 
éo^ôsiVjq 

17.  11  Etxot  av  xtç,  àXV  ot  xupsxai'vovxeç  xoïct  12  xaucotct 
xs  xal  13  TcsptTcXsüiAOVirjffi  xat  aXXotctv  îa^upoïat  **  vouer;  aactv  où 
xa^etoç  Ix  xSjç  6spa7j<;  àxaXXacaovxai ,  où  Sa  xapsaxtv  IvxaûQa  ,s  sxt 
to  Qspaov  r)  xo  i^pov/Eyo)  os  ,6xoüxo  ptot  ptsytaxov  XExp-ptov  $)ysu- 
piai  stvai,  Sri  où  ôtà  to  Qspaov  *1  axXwç  xupsxatvouatv  oî  àvQpwxoi, 
oùSs  ,8  xouxo  si7)  to  atxtov  Trfi  xaxtoatoç  *9  [xouvov,  aXX’  sort  xal  TCt- 
xpov  xat  Qspaov  to  aùxo,xal  20  Qspaov  xat  o£b,  xal  21  aXaupov  xat  Qsp- 
ptov,  xal  aXXa  aupta,  xal  xctXiv  ys  ^uy_pbv  [xsxà  22  Suvapttcov  Ixspwv. 
Tà  asv  oùv  Xuaatvo'aeva  23  xaüxà  sort  *  ^upwrapeaxi  os  xal  xo  Qsp- 
ptov  ,  £ct>ar,ç  ptsxsyov ,  wç  av  xo  2<  ^yeuaevov  xal  Tcapo^uvoasvov  xal 
aùijavofxevov  apta  25  xstvtp  ,  ùùvapav  os  oùospurtv  xXstw  x9)ç  xpoc*/)- 

X0U(T7)i;. 

18.  a6Aî)Xa  Ss  xaoxa  Sri  àSs  syet  Ixl  xwvSs  xwv  orr,ptsttov*  xpSxov 
ptiv  27  Icxt  çavspcoxaxa  <*>v  xavxsç  eptxsipoi  7roXXaxtç  28 *  7)or,  Ica sv 

1  IIXsïov  èvsxpo'vtffsv  2253.  -exportes  vulg.  • —  2  xs  pro  8i  2253.  — 

3  tîpâcïirs  xat  2253.  —  *  ÿtstjw^ev  2253.  —  5  et  om.  2145,  2140, 
2142 , 2255.  — •  6  ài<xxa.yé<àç  2255.  — 7  dupeXcoptevov  2143.’-  àçatp&’jptsvev 
2253.—  8r,:  2253.  — 9xt  Ht,  pro  xtvoç  Jet  2253. — IO  xoüxo  correct,  in  xcû- 
tzo  2255.  -  TG’JTs'tùv  21 43.  -  j3cr,0sr;î  Ms.  R.  ap.  Chart.  -  {JcrJîsiatç  omnes. — 
11  2255.— eîttgisv  ynlg.  et  al.  codd.-  La  syllabe  sv  est  Tenue,  sans  doute,  du 
voisinage  Je  <xv. —  12  xaûaotct  2255,  2145,2142. — 13  TrsptTTii.  2253,  21 41 , 

2144.  • — •  **  vsarptactv  2253.  —  l5  2253.-  sxt  abest  ;  S7ct  pro  r  vulg.  étal, 
codd.-  La  leçon  de  2253  me  paraît  meilleure  ;  la  leçon  ordinaire  signifie 
que  le-cbaud  ne  survient  pas  après  le  froid  ;  or  Hippocrate  vient  de  dire 
que,  dans  les  pneumonies,  etc.,  les  malades  ne  sont  pas  promptement  dé¬ 
livrés  de  la  chaleur  fébrile.  Le  texte  des  imprimés  gène  un  peu  la  suite  du 
raisonnement.  • — •  ,6  pxt  tgûto  2253.—  xy  Goûtât  2253.  —  *7  cnc.  om.  2141 , 
2145, 2142, 2140,  21 43, 21 44.  —  18 tout  str  2253.—  19  pu  om.  2142, 

2145,  2141, 2143,  2140,  2144. —  20  o£.  x.  0.  2253. —  21  x.  <&.  x.  0.  om. 

2  2  55. — 22£uvâu.£ti>v  2  2  55.  —  23  xaùx’ sort  225o.-auu.7T.  omnes.  —  2*ryoû- 

ptsvGv  2253.  -  xyoüixat  legunt  Vatican,  exempl.  et  Heumius  in  marg.  —  25 

ixttvo)  3255.  -  cùîsatav  2255.  —  ’6  Sx>,%  xaüxa  ort  ù>Sî  syst  2255.- 


de  l’ancienne  médecine.  613 

le  plus  d’intensité  et  ont  persisté  le  plus  long-temps.  Enfin , 
quand ,  après  la  sueur,  la  fièvre  s’en  va ,  le  malade  a  plus  froid 
que  s’il  n’avait  pas  eu  la  fièvre.  Puis  donc  que  les  deux  con¬ 
traires  se  succèdent  avec  tant  de  rapidité  et  se  neutralisent 
spontanément ,  qu’en  attendre  de  grand  et  de  puissant ,  et 
qu’est-il  besoin  de  beaucoup  de  secours  contre  l’un  ou  l’autre  ? 

17.  On  objectera  que ,  dans  les  fièvres  ardentes ,  les  péri- 
pneumonies  et  les  autres  maladies  graves ,  la  chaleur  ne  dis¬ 
paraît  pas  promptement ,  et  que  là  le  froid  et  le  chaud  n’alter¬ 
nent  plus.  J’y  crois  justement  trouver  la  plus  grande  preuve  que 
la  fièvre  n’est  pas  produite  simplement  par  le  chaud ,  et  qu’il 
m’est  pas  la  cause  seule  de  la  maladie  ;  mais  qu’il  y  a  un  chaud 
amer,  un  chaud  acide ,  un  chaud  salé ,  et  mille  autres,  puis  un 
froid  avec  autant  de  qualités  différentes.  Ce  sont  là  les  vraies 
causes  du  mal  ;  le  chaud ,  sans  doute ,  est  présent  avec  la  force 
qu’il  possède ,  dirigeant ,  activant ,  augmentant  la  qualité  jointe 
à  lui ,  mais  il  n’a  aucune  vertu  plus  grande  que  celle  qui  lui 
appartient. 

18.  Que  les  choses  se  comportent  ainsi ,  c’est  ce  que  prou¬ 
vent  les  signes  suivants  d’abord  il  en  est  de  très  évidents  dont 
nous  avons  déjà  fait  tous  et  ferons  encore  l’expérience.  Quand 
on  est  affecté  d’un  coryza  et  qu’il  se  fait  un  écoulement  par 
les  narines ,  cette  humeur ,  devenue  beaucoup  plus  âcre  que 
celle  qui  était  rendue  auparavant  et  que  le  nez  fournit  chaque 

2>rXaàr..Ta.u7'  fy^t (s^eiv . Hë u r . et Zving.  ad  marg.).  Êirt  rSvîs  t£>v aru.sî«v- 

TrpÜTcv  jctX.  yulg.  et  al.  codd.  On  yoit  que  le  texte  de  22 53  diffère  complète¬ 
ment  du  texte  des  imprimés  et  des  autres  manuscrits.  Dans  ce  dernier  texte 
il  y  a  un  point  après  àrXaàr,,  qui  de  la  sorte  appartient  à  la  phrase  précé¬ 
dente  ;  et  il  y  a  encore  un  point  après  lyst  ■>  ce  qui  fait  que  êwt  rwvâs  xtX. 
appartiennent  à  la  phrase  suivante.  Il  me  semble  que  la  leçon  de  2253  est  la 
seule  bonne.  D’abord,  tout’  ïysi ,  phrase  ainsi  jetée,  n’est  guère  dans  le 
style  de  ce  traité;  ce  que  la  variante  sysiv  indique.  En  second  lieu,  twvSs 
annonce  une  énumération,  et  par  conséquent  le  commencement  d’une  autre 
phrase.  En  troisième  lieu ,  piv  annonce  aussi  une  nouvelle  phrase.  De 
sorte  que  le  contexte  montre  la  leçon  de  2253  comme  préférable  de  tout 
point.  —  *7  pro  è<m  2140  ,  2141  ,  2145,  2142,  2144.  -  vi 
£<flTEpa  2235.— .  ïS  râr,  om.  2253. 


614  DE  MJiQESNE  MÉDECIN!, 

xe  jta't  1  laoasôa.  Toûxo  1  ptiv  /  oaotctv  av  f(tuiiov  xo'puÇa  èyyi\rttot.i 
xa't  xtvr(055  Stoc  xwv  3  ^tvstov  ,  xoîixo  àç  itoXî»  8ptut,uxepov  toû 

irpoxspov  ytvousy ou  ts  xa't  tovxoç  Ix  twv  4  £tvswv  xa0’  ixacr^v  ^ae- 
pr,v,  5  xai  oîoesiv  pisv  xrotsst  x^v  £tva,  6  xa't  %v-fy.a(ei  Qzpprfv  ts  xai 
ôtarcupov  Itr/axw?  *  '  r,v  8s  t r,v  /dp  a  xpoatpsprjÇ  xa't  TtXsiw  8  /povov 
■jrapsr;,  xa't  9  IçsÀxouxat  xo  /coptov,  aaapxov  ts  xa't  cxXr,pov  iov.  Ilau- 
rcat  Ss  tcw;  to  10  ys  xaüaa  |x  xrj?  £ivqç,  ou/  8xav  xo  ^süpta  y£vY]xat 
xai  fj  çXsyptovï]  er,  •  àXX’  Irstoàv  TrayuTspov  xs  xa't  ^ocov  optptu  11  ^£7j 
..ttstcov  xs  xai  asuiypiivov  ptaXXov  xw  Tcpotepov  ytvoptsvco ,  11  tôt’  vjot] 
xa't  xo  xauaa  T-STrauxai  *  l3âXX’  olot  8s  ôiro  ,{<J.uysoç  oavspwç  aûxéou 
15  jiouvov  ytvsxat  y  ptr^svè;  xXXou  ÿjpwcapaysvo ptivov,  16  xraatv  auxr, 
■#j  aTcaXXavX ,  ix  ptsv  X7)ç  tfu^.oç  XaCcp;xav6  'ivw,  -  ex  8s  xoû  xcoj- 
utaxoç  Sia'J/u^ÔTjvat,  xa't  xaüxa  to/swç  7tapaytvôxai  xa't 18  ~é’ito;  où- 

1  2253.  -  ysvcusÔa  î  4.  -  y- tu.:  a  >  »,  ç  codd.  — *  ptèv  yào 
2255. -rt*tov  2255.  -  svys'caxa»  2253.  —  1  ptvâv  2253.-  6>?  xb  îroXù 
2255.  —  4  ptvâv  1255.  -  /.ptsçoW  2-53.  —  5  xcd  dsest  ;a  cod.  S.  ap. 
Foes.  — 5  cuyxatatv  2î  ;2,  2255,  ?4  45,  £443,  2144.  -cuvxaîst  2255. - 
cuyxa tet  oranes. — /Z  .inger  te»nble  lire  autrement  ce  passage:  il  ôte  le  point 
après  îo/arto? ,  eftaae  8s  y'rès  ry ,  A  met  ry  8s  xa't  ivXet»  /p.  Cela  change 
le  sens..  e*  ?ert  dire  que  le  ne;  paraH  cliauc  s*  on  y  porte  la  main.  Aucun 
manuexrit  à  va:,  cor  rJUkittcs  -i’ratorise  cette  traduction;  et  le  sens  de  la 
leçon  géaén/e  î  je  part;;  préSbraùiie.  > —  8  xpov«  2443.  —  roxpi i  omnes.  — 
9. iEoyzc&rf! . . i A.  1.4,  et.in  margine  2255.  —  10  ys  om.  2255.-  p  omnes.  — 
u  223  '.  ji?  osa.  vnlg.  e.  aï.  coù£.-  xai  «s.  x.  pt.  2253.— jrejwjtpvcv  pro 
77SXCÛ  .  •'  .'  3,  — -  Ji  tô  8i  r8r  2255.  —  -5  <DJ.c:<y.  vulg.  et  omnes  codd.  — 
1 4 K 5 .»•  255.-  aârcü  ornées.  —  tS  utovou  omnes. -ouairop. 

2231.  -  -  ’  S  ;.  -2:  :o,  2'4ï,  *443,  2144,  2442,  2440.  -  xâatv  8s  aûxn 

r,  Tulg.  -  :T àùxx  2? 55.  —  *7  sx  8.  x.  x.  8ta.  om.  2440, 2255, 

24  43,  2  '  A*.  2-4/5,  24  42,  2  U*.  —  iC  ^sÿsto?  2253.-  Comme  j’ai  changé 
pltts  haut  KÙÛ.-v.r-  0"  àùJt’  otct  -ans  l’autorité  d’aucun  manuscrit,  il  m’im- 
porw  c’enp^S  'f-  -k  .jyîvs  qui  m’ont  décidé.  Je  rais  montrer  d’abord  que  la 
ph  rase,  tdlv  u’clle  ~st  .  ;sns  ies  imprimés,  est  embarrassante.  Foes  et  tous 
les  autre:-  ont  :  àXÂçtc:  8b  vîib  ÿôxwç  çavspw?  aùxoü  ptbvou  yîvsxat ,  ptr,8svb? 
SXko'j  lupjiij^wvo^s»  •  :^.(r.v  8à  .aum  r,  àxaXXa-pi  xxX.  Il  traduit  :  Qui- 
busdam  vero  ex  sola  iri jiditate  et  nullius  alterius  accessione  hic  affectus 
plenè  excitatur  :  qui  omnes  ïmerantur,  si  ex  frigore  quidem  percalescant , 
ex  ardore  verô  pêrfrTgeseaut.  Le  mot  omnes  fait  ici  amphibologie.  Si 
l’auteur  grec  dit  que  la  qualité  froide  peut  chez  d’ autres  produire, 
par  elle  seule ,  le  coryza ,  comment  ajouterait-il  que  chez  tous  le 


de  l’ancienne  médecine.  61 5 

jour,  le  fiilt  enfler  et  excite  une  chaleur  excessive  et  un  senti¬ 
ment  de  brûlure  ;  et  si  on  y  porte  souvent  la  main  et  que  le 
flux  persiste  long-temps,  la  partie,  quoique  sèche  et  peu 
charnue  ,  s’excorie.  L’inflammation  du  nez  s’apaise ,  non  pas 
tant  que  dure  le  catarrhe  et  que  la  phlegmasie  existe,  mais 
quand  l’humeur  devient  plus  épaisse,  moins  âcre  ,  et  quand, 
par  lacoction,  elle  se  mêle  davantage  au  liquide  primitif;  alors 
seulement  l’inflammation  cesse.  Ceux  au  contraire  chez  qui  le 
mal  est  produit  manifestement  par  la  seule  qualité  froide  sans 
le  concours  d’aucune  autre  chose ,  en  sont  tous  délivrés  par  le 
passage  même  du  froid  au  chaud ,  et  le  retour  du  chaud  au 
froid ,  lesquels  succèdent  promptement  l’un  à  l’autre  et  n’ont 
besoin  d’aucune  coction  ;  mais  tout  ce  que  je  dis  être  produit 

chaud  guérit  le  froid ,  et  le  froid  le  chaud  sans  autre  secours?  Évidemment 
il  y  a  là  contradiction  avec  le  raisonnement  général  d’Hippocrate.  Suivant 
ce  raisonnement,  le  froid  ne  guérit  le  chaud  et  vice  versâ  ,  que  lorsque  ces 
qualités  élémentaires  ont  agi  seules  et  sans  mélange:  mais,  toutes  les  fois 
qu’elles  n’ont  pas  agi  seules ,  la  guérison  ne  s’obtient  plus  que  par  la  coc¬ 
tion;  et  la  meilleure  preuve,  dit  Hippocrate,  que  les  maladies  fébriles  ne 
dépendent  pas  de  la  qualité  froide  ou  de  la  qualité  chaude,  c’est  qu’elles  ont 
besoin,  pour  arriver  à  leur  solution ,  d’un  long  temps,  pendant  lequel  elles 
subissent  des  modifications  diverses,  Hippocrate  n’a  donc  pas  pu  dire  que 
chez  tous  la  guérison  se  fait  par  la  mutation  du  froid  en  chaud,  et  du  chaud, 
en  froid,  nâctv  exige  que  l’on  lise  àXX’  ciai  au  lieu  de  cbàc.m  ,  ou  bien 
il  faudrait  que  Tvàctv  représentât  uniquement  <£X>.oi<r.  ,  construction 
possible ,  mais  obscure.  Cela  est  d’autant  plus  certain  qu’un  peu  plus  loin 
(p.  61 8),  Hippocrate  dit  :  ôjw'ca  oùv  à-o  aÙTsn;  r r.ç  8s puüç  s&ôçptvsp;  fi 
*yéyïjTat,  xai  p. r,  u.s—iyri  aXXr,?  Suva tuoç  usiSey-tfi  ,  G’jtm  îraûar’  av,  gtscv  u.s- 
za&ajXr,  ex  tgü  k  to  ôsptxov  ,  xai  ex  tgü  âssacù  k  to  :  tout  ce 

qui  provient  du  chaud  pur  ou  du  froid  pur ,  et  ne  participe  à  aucune  autre, 
qualité ,  pourra  cesser ,  en  passant  du  froid  au  chaud,  et  du  chaud  au  froid. 
Rapprochant  ces  dernières  lignes  de  la  phrase  que  j’examine  en  ce  moment, 
et  remarquant  qu’elle  a  ces  mots ,  sx  8ï  tgü  xxûaxro;  &a<[»’j£0üvsu ,  j’ai  in¬ 
cliné  à  croire  qu’il  y  manquait  quelque  chose,  par  exemple  r,  6sgu.gü 
après  çavspwç,  de  sorte  qu’elle  signifierait  :  mais  ceux  chez  qui  cela 
arrive  par  le  froid  seul  ou  par  le  chaud  seul,  sans  le  concours  d’aucune  au¬ 
tre  chose  ,  en  sont  tous  délivrés  par  le  passage  même  du  froid  au  chaud,  et 
du  chaud  au  froid.  J’aurais  même  fait  cette  addition,  si  je  n’étais  convaincu 
que  les  corrections  ne  sont  permises  que  dans  les  cas  d’évidence  ou  d’indis- 


616  de  l’ancienne  médecine. 

S$u.i7Î<;  l upoaSésTat.  Ti  S’  aXXa  uavxa  &ra  1  Stà  $pipu>T7;xaç 

xal  dbcpr,<naç  ©^p.1  lywys  ytvsaOat,  xov  aùxov  xpouov  3  <x7roxa0i'crra- 
xat  xprjOsvTa  xal  usçfilvxa. 

19.  aOca  4  t’  au  5  lut  xoùç  ô©0aX4aouç  xpsTuexat  xwv  ^eupLaxcov, 

6  wç  îffyupocç  xal  uavTOiaç  ôpiptuxrjTaç  syovxa,  éXxoï  ptiv  BXIoapa, 
xax£ff0i'st  7  os  Iviwv  yvàOouç  xs  xat  ©à  8  uuo  xotcrtv  9  éçQaXaotctv, 
I©’  8  xt  IO  av  lutppuîj,  pr^rjai  11  te  xat  SiecÔiei  xàv  àptçt  xv]v  ctyiv 
y  txçôva.  ’OSuvat  os  xat  xaüaa  xat  12  tpXoypto;  sayaxoç  xarsysi  ptiypt 
xivoç,  ptiyptç  av  xà  £suaaxa  usç05]  xat  yev-^xat  uayuxspa,  l3xal  X^ptrj 
au’  auxscùv  tr,  •  xo  8s  ‘jrsçôîjvai  ytvsxat  sx  xoü  puyôîjvai,  14  xpr^^vaî 
xs  àXX^Xotfft  15  xat  ^uvs^ôvjvat.  Toüxo  ,6  S’ ,  oca  iç  xyjv  oapuyya  à©’ 
ôv  *7  j3payyoi  ytvovxat,  18  xuvdyxat ,  IpuancsXaxa,  'jrspnrXeuptovtat , 
•udvxa  xauxa  xo  jjlsv  -jrpwxov  aXptupa  xs  xat  uypà  xat  opttxsa  acptst* 
xal  b  xoïat  ,9xouxsotortv  spptoxat  xà  voua^utaxa.  °Oxav  2°os  xrayuxspa 
xat  ueuatxepa  ysvrjxat  xat  uatnqç  SptptuxTjXOç  aroqXXayuiva,  21  xox’ 
rjov)  xat  ot  uupexol  22  Xuovxat  xal  xaXXa  xa  Xuusovxa  xov  avOptouov  * 
Aît  oï  S^ttou  xauxa  atxta  éxàaxou  23  ^ysea0at,  év  uapso'vxwv  piv 
24xotoüxov  xpouov  àvayxr,  ytvscGat,  ptsxaêaXXovxtùv  8s  Iç  aXXr,v  25xp^~ 

pensable  nécessité.  Celle  de  àXXotGt  en  oXX’  otut  me  paraît  également  évi¬ 
dente  et  nécessaire  pour  éviter  une  amphibologie  que  jusqu’à  présent  les- 
éditeurs  n’ont  pas  paru  soupçonner  dans  cette  phrase  difficile ,  telle  qu’ils 
l’ont  imprimée. 

’upooSeïxat  omnes.-Te  pro  8’  2255. — 2  St  à  om.  2233.-àxpa<7ta;  2255. — 
3  Sic  2143,  2140,2255,  21 45,  21 42.— àucxa0t<rrarrat  te  vulg.  et  al.  codd.- 
xal  àucxaôtoxaaôat  u£©0Évra  xat  xptÔs'vra  2255.-  xaôtaràTat  2144.  -  xpr,- 
Ôsvra  2140,  21 45.- xptôsvTa  21 42,21 41, 21 45,2255. -xpr.aÔEVra  vulg.etal. 
codd.Le  texte  des  imprimés  et  tous  les  manuscrits,  excepté  22  55, où  la  phrase 
est  autrement  disposée,  ont  xe  après  àuGxaôtcTarat.  Cette  particule  gêne  la 
construction  ;  elle  me  paraît  née  de  la  répétition  delà  désinence  rai ,  dont  la 
prononciation  est  la  même  que  celle  de  te.  —  4  te  2255.  — 5  uepl  2255. 
—  6  w;  om.  2253.  -  to^upà  2255  ,  2143,  2145,  2142.  —  7  8’  2255.  - 
yvâftTi  2141.  -  TE  om.  2253.  —  8Èm  2253. — 9  2255.  -  &©0aXn.GÏç  vulg. 
et  al.  codd.  -  xat  ante  è©’  lmp.  Samb.  apud  Mackium.  —  to  h  22  53 .-  om. 
2140,2143, 2142.  — ”8e2253.  -  ècôtst  2253.  —  12  ©Xeyao;  2253.  — 
13  xal  Xrar,  à.  à.  etvi  yulg.  et  quid.  codd.  -  xat  Xüuat  à.  à.  v.r,  2140, 
2255,  2143  ,  2142.  -  xal  Xxaat  à.  à.  txcoc:  cod.  S.  ap.  Foes.  -  xal  u.t, 
au£7TTov  ÿ  2253.  -  str,  du  texte  vulgaire  ne  peut  subsister  ;  cet  optatif  serait 
une  faute  contre  la  langue';  c’est  le  subjonctif  qu’il  faut.  fy  est  la  correc- 


de  l’ancienne  médecine  '  617 

par  les  âcretés  et  les  intempéries  des  humeurs ,  rentre  dans  le 
calme  d  une  même  manière ,  c’est-à-dire  par  le  mélange  et  la 
coction.J 

19.  Autre  exemple  :  les  fluxions  qui  se  jettent  sur  les  yeux, 
ayant  des  acretés  violentes  et  diverses ,  ulcèrent  les  paupières, 
excorient ,  chez  quelques-uns ,  les  joues ,  le  dessous  de  l’œil 
et  toutes  les  parties  où  elles  s’épanchent,  percent  même  et 
corrodent  la  membrane  autour  de  la  prunelle.  Douleurs ,  in¬ 
flammation  ,  chaleur  extrême ,  tout  cela  dure  ,  jusqu’à  quand  ? 
jusqu’au  moment  où  la  fluxion  s’épaissit  par  le  travail  de  la 
coction ,  et  où  l’humeur  qui  s’écoule  devient  chassieuse. 
Avoir  subi  la  coction ,  c’est ,  pour  les  humeurs ,  avoir  été  mé¬ 
langées  ,  tempérées  les  unes  par  les  autres ,  et  cuites  ensem¬ 
ble.  Quant  aux  fluxions  sur  la  gorge ,  qui  produisent  les  en¬ 
rouements  ,  les  angines  ,  les  inflammations ,  les  péripneumo- 
nies  ,  toutes  jettent  d’abord  des  humeurs  salées ,  aqueuses  et 
âcres,  et  c’est  alors  que  croît  la  maladie  ;  mais,  quand  les  hu¬ 
meurs  s’épaississent  par  la  coction  et  perdent  leur  âcreté,  alors 
se  résolvent  les  fièvres  et  tout  ce  qui  afflige  le  malade.  Car  il 
faut  sans  doute  considérer,  comme  cause  de  chaque  maladie , 
des  choses  telles  que  cette  façon  d’être  existe  avec  leur  présence, 
et  cesse  avec  leur  transformation  en  un  autre  mélange.  Donc, 

tion  naturelle  d’une  erreur  de  copiste  qui  provient  d’un  iotacisme  très  fré¬ 
quent.  La  leçon  du  manuscrit  de  Severinus  que  Foes  a  placée  dans  ses  va¬ 
riantes  ,  serait  bonne ,  si  ce  n’est  que  uact  est  un  terme  poétique ,  et  je 
ue  sais  s’il  y  a  ailleurs  dans  la  Collection  hippocratique  un  exemple  de  ce 
mot.  Le  manuscrit  2255  donne  ici  un  échantillon  de  la  manière  bizarre 
dont  un  texte  peut  se  transformer  sous  la  plume  des  copistes  ;  u.n  y  est 
pour  àr'avî,  et  âzv. rrcv  provient  de  skt’  aù-rôv  ;  la  prononciation  des  Grecs 
modernes  a  pu  conduire  à  cette  erreur. — 14  xsù  xpiftf-vot  àX.  2253.-  xpi- 
6üvai  2255.  —  15  xal  om.  2143.  -  £vv.  214t.  -  cuv.  vulg.  et  al.  codd.  — 
,6  Se  2255.  - —  *7  (3pax«  2141 .  -  $payj)  2140  ,  2145.  -  PpayjJ'pvGvrat 
2144.  —  18  xal  crjva-jyai  2255.  -  te  /.al  rcepwrv.  2253.  -  TTspiTTv.  2141. — 
19  TCtGUTEGlOtV  2141.  —  TGlC’JTClffl  2142,  2145.  —  TGlC-ÔTGtÇ  2255.  -  VG0TO-. 
cmnes. — 20  Bk  om.  2255. — tgte  2253. —  12  îMWOVTai  2255.  —  23  rr^. 
etvat  2253.-  T.yetoOa;  omnes.  — 34  TOtouTOrpoTrov  yEvê'oôat  àvs 2255. 
—  15  xptotv  2255. 


<318  de  l’ancienne  médecine. 

CIV  TOXusoâai.  l 'Oxoca  »  oOv  à~o  auxér,ç  x^ç  OepuT;?  eïXtxptvsoç  vJ  'fu- 
itoç  3  ytvr.xat,  xat  jjlv;  ptETiyfl  àXXrjÇ  4  ouvapuoç  fAVjSspttîîç ,  ouxw 
-au qit’  av  ,  5oxav  asTaëâXXr,  Ixxoû  ^uypou  !ç  xo  Ôsppov  ,ôcat  Ix  -rot» 
Qepaou  iç  xo  ^uypo'v  *  6  usxaêàXXct  S’  #v  uoi  xposip^-at  xpo'xov.  vExt 
•totvuv  xaXXa  oca  7  xaxoxaôset  àvGpwxo; ,  8  wàvxa  dhro  ëuvàatwv 
ytvExat.  Toyxo  9  pisv,  oxav  wtxpo-niç  xtç  àTcoyuGr,,  $)v IO  ot)  yoX^v  çavôr,v 
xaXÉousv, 11  oTat  àsat  xat  xauax  xat  àSuvaptai  xaxéyouatv  •  12  àr aX- 
Xaccoasvot  x£  xouxsou  Ivtoxg  xat  xaGatpoptevot,  r,  aùxôp.axot ,  vj  utto 
©apptaxou ,  13  r,v  iv  xatpw  xi  aùxétov  yéyï]xat ,  oavepwç  xcà  xSv  tcp- 
vuv  l4  xat  xîiç  Ôspa9;<;  aTCaXXaccovxat  •  ocov  lS  S’  au  ypovov  xaüxa 
16  ptexewpa  ht  xat  à~E~xa  xat  àxpr,xa,  ‘7  pyyavr,  ouSejxw}  ouxe  xwv 
xcovtüv  waucacGat  ouïe  xwv  mipsxwv.  Kat  i8oT<ti  usv  oçuxr,T£ç  xrpoir- 
tcxavxat  Sptaatat  xs  xat  îwo££;,oTat  Xuccai,  xat  &rççtsç  <nrXayyywv 
xat  Gwpvjxoç,  xat  aTropnq  *  ou  irauîxat  *9  xouxsou  irpoxspov  xptv  20  r, 
a— oxa6ap69i  x£  xat  xaxacxopscrGîî,  xat  pttyGr,  xoïotv  21  aXXotatv.  Ü£c- 
CEcOat  Sè  xat  pt£xaêà/vX£tv  xat  X£7rruv£c0at  22  xat  Tûayuvscôat  Iç  yu- 
uwv  sîSoç  23  o ta  ttoXXwv  sïoswv  xat  7ravxotwv  •  Sto  xat  24  at  xptatsç 
xat  ot  àpiGptot  xwv  ypovwv  Iv  xotct  xouxsowrt  asya  Suvavxat.  Ilàvxwv 
07}  25  xouxewv  vjxtaxa  îrpoc^xstGspptw  r,  <j/uypw  ”àcy£tv  *  ouxs  yàp  àv 
xouxo  y£  26  caîî^ ,  ouxs  icayuvWj.  Tt  *7  o’àv  aùxo  28  çat^asv  sïvatj 
29  KpV)Ciaç  auxswv,  3o  oXXy,v  xrpoç  àXXvjXa  31  iyoucaç  ouvaatv.  32  ’Ettsi 

1  oxo'cxxs  2255.  -  cxoxav  vulg.  et  al.  codd.  — 2  à—’  aùrîî;  2255.' — 
3  ytvsxat  2255  -  aexs'/a  2255,  2255.  —  4  2255.  -  âuvàasw;  \ulg.  et  al. 
codd.  -  orauctxo  2255.  —  5  ôx’  àv  214t.  -  stç  2141 .  -  sx  x.  0.  s.  x. <p-  x.  s. 
x.ù.s.x.6.  2255.  —  6  (terajoâXto)  às  ovrap  ors.  act  xp.  2255.  —  7  xstXMraôît 
2255.-  0  àv  2255,  2142,  2140.  — 8  w?  îïàvxst  2255.-  §uvàp.£tùv  2255. — 
9  p.èv  yàp  2255.  -  àwoxptôv;  legit  Zvinger.  —  IO  8s  2255.  —  “  at  2255. 
—  ôtai  xat  âarxt  2141,  ?145,  2140,  2255,2145,2144,  2142.-  xsovcai  pro 
xat  âaa:  alii  Iegunt  apud  Mactium.  -  xaûaaxa  2255.  —  12  à— aÀac. 
2141.— àîraXX.  8k  xcuxcu  2255.  —  13  r  pro  rv  2255.  -aûxôv  ytvr.xat  2255. 
— ytvôxat  .2145. — 14  xat  om.  21 40,21 45,21 42  ,21  41 ,2 1 44. — ,5  £’âv  2255, 
2255,  2140,  2145,  2142. —  ,6  p.sxsopa  om.  sed  reslit.  al.  manu  2255.  - 

a&xottwpa  2255.  -  str,  2140,2145,2145,2142,  2144.- r  Tulg. - '7  (Xf/avi 

où8eu.’. a  2  255.-  ■jraûôcôat  2255.  —  18  Ôaotct  uiv  2255.  -  tw^et;  Ms.  R.  ap. 
Chart.  —  '5  t£  toux.  2140.  -  toutou  2255.  —  20  r,  in  omn.  codd.  sed  deest 
Tulg.-xaxacxopîôÿ  2255.  —  21 2255.— âXXottr.  vulg.  étal.  codd. — 22  x*  xat 


Dt  l’ancienne  MÉDECINE.  C)  19 

si  tout  ce  qui  procède  du  chaud  même  ou  du  froid  pur,  sans 
participation  d’aucune  autre  qualité  ,  prend  fin  par  le  change¬ 
ment  du  froid  en  chaud  ou  du  chaud  en  froid,  changement  qui 
s’opère,  comme  je  l’ai  dit  plus  haut ,  il  est  vrai  que  les  autres 
maladies  auxquelles  l’homme  est  sujet ,  proviennent  toutes 
des  qualités.  Yoyez,  quand  le  suc  amer  qu’on  appelle  bile 
jaune ,  prédomine ,  quelle  anxiété ,  quelle  chaleur  ,  quelles 
faiblesses  se  manifestent.  Délivré  de  cette  bile  et  évacué ,  soit 
spontanément ,  soit  par  un  purgatif ,  le  malade ,  si  l’évacua¬ 
tion  s’est  faite  à  propos ,  est  débarrassé  des  souffrances  et  de 
la  chaleur  fébrile  ;  mais ,  tant  que  ces  humeurs  sont  en  mou¬ 
vement,  sans  coction  ni  mélange,  la  médecine  n’a  aucun 
moyen  de  faire  cesser  la  douleur  et  la  fièvre.  Et  quand  il  se 
développe  des  acidités  âcres  et  érugineuses,  quelles  irrita¬ 
tions  furieuses ,  quelles  douleurs  mordantes  dans  les  viscères 
et  la  poitrine ,  quelles  angoisses  !  Ces  accidents  ne  prennent  fin 
que  lorsque  les  acidités  ont  été  épurées,  calmées,  tempérées  par 
le  reste.  La  coction  ,  le  changement ,  l’atténuation  et  l’épais¬ 
sissement  jusqu’à  forme  d’humeurs  s’opèrent  de  plusieurs  ma¬ 
nières  différentes.  Aussi  les  crises  et  le  calcul  des  jours  ont , 
en  ceci ,  une  grande  puissance.  Certes  il  n’est  rien  là  qui  se 
puisse  attribuer  au  chaud  ou  au  froid  ;  car  avec  le  chaud  ou 
le  froid ,  il  ne  se  ferait  ni  maturation ,  ni  épaississement.  Que 
devons-nous  donc  y  voir  ?  des  mélanges  d’humeurs  qui  ont 
des  propriétés  diverses  les  unes  par  rapport  aux  autres,  tandis 
que  le  chaud  n’a,  pour  perdre  sa  chaleur,  que  la  mixtion  avec 
le  froid ,  et  que  le  froid  n’est  neutralisé  que  par  le  chaud. 

2253.  —  13  St’  âXXtov  2253.  —  2*  ai  om.  ;  xpajcisç  -,  ci  om.  ;  zcicvrcim 
2253.  —  25  TcÔTtùv  2253.  —  26  ca-’.r,  ours  ïra^uvQiîïi  2253.  —  *7  -vàp  pro 
5’âv  2253.  —  23  wxG<ay.£v  2253. —  29  2253.—  xpr,ci'  re  vulg.  et  al.  codd. 
-  aù-rwv  2253.  —  30  2253.  -  sert  xXr.v  pro  ôXXïîv  vulg.  et  al.  codd.  -  ttgX- 
Xr.v  pro  ôXXrv  Zvinger  et  Heurnius.  —  31  2255.  -  zyc osa  vulg.  et  al. 
codd.  -  Ce  passage  est  difficile  et  il  a  embarrassé  les  traducteurs.  On  le  voit 
par  la  diversité  des  sens  qu’ils  ont  adoptés  et  par  l’obscurité  de  leurs  tra¬ 
ductions.  J’ai  adopté  la  leçon  de  2255.  Elle  a  d’abord  l’avantage  de  réta- 


620  DK  l’aNC'EN-NE  MÉDECINE. 

a/Xo)  ys  oùSsvl  xo  Qspuôv  utyôsv  TrauoExat  xâ;ç  ôépur,ç  r,  tm  4/ü/_p£ , 
©Ù5s  y£  1  ttoXiv  to  «J^XP®7  ^  6sp;xw.  Tà  *  o’alÀa  3  Ttavxa  ~spl 
tov  avSpwxov ,  4  &7tp  av  ttXsogi  fxurpixat ,  xoffouxqj  r(7riwT£pa  xal 

5  {ieXxtova.  ITavrcov  os  aptcxa  Siaxsixai  6  wv0pw7roç ,  #xav  7  TTsax^xai 

xal  lv  sr; ,  [ArjOcLuVjV  ouvapuv  ï$ir,v  8  à7rooetxvuu.evoç.  s  Hep! 

4uiv  oCv  to'jtecov  Ixavtoç  aol  Mystifiai  l7ao£Ô£Ïy6at. 

20.  Asyoust  Ss  xtvsç  lo  xal  îï]xpol  xal  (Hxpnrral  wç  oux”evi  ouvarov 
ïrjTptxriv  eloévai  &jtiç  u?j  oTosv  #xi  sctiv  avQpwroç  *  ”  àXXà  toüto  gsî 
xaxauaQEÏv  tov  4uÉXXovTa  6p65ç  ôcparsuTstv  tou;  àv0pco7xou;.13  Tetvst 
es  auTsotoiv  6  Xoyoç  sç  <p  tXoaoçiTjV ,  xaOd~sp  ’Eu-ttscox^y-c;  r,  aXXoi  ot 
.  7T£pl  ouffioç  ysypacpatrtv  eij  dpyv]ç  #  xi  lortv  avôpu>7ro<;,  xal  &ao;syévsxo 
TCpSxov  xal  ‘4  o—toç  ^uvsTcdyr,.  ’Eyw  Ss  ‘5  xouxscov  ptiv  &ra  xivl  siprr 
xat  ,6  ffootcry  r,  îr,TpS ,  r]  *7  ysypaTrxai  îrepl  tpuatoç,  v^goov  voixt^w 
T7]  î*/;Tptxvi  xs/vy]  Trpoar'xetv  r,  xy  ypacpocy.  jNopuÇco  Ss  18  Trspl  cpuctoç 

blir  la  régularité  de  la  construction  ;  car  dans  xpxoîç  X£  de  la  leçon  vulgaire, 
Tî  paraît  surabondant.  Ensuite,  en  donnant  âXXr.v  apèç  cblrXa. ,  elle  facilite 
grandement  l’intelligence  de  ce  passage.  Hippocrate  y  combat  encore  ceux 
qui  veulent  attribuer  les  phénomènes  morbides  à  là  qualité  chaude  ou  à  la 
qualité  froide;  ces  qualités  ne  font  que  se  neutraliser  l’une  l’autre  ;  mais 
pour  que  la  maturation  et  la  coction  des  humeurs  s’effectuent,  il  est  besoin 
de  mélanges  qui  aient  des  propriétés  bien  plus  diverses  les  unes  par  rapport 
aux  autres.  —  32  È-Î2145,  2142.  -  è~zi  ys  âXXo  2253. 

'îT.om.  2253.  —  5  à  2255. — 3tcc vxa  om.  vulg.  ;  at  in  aliis  habetur  :  214  0, 
2255,  2143,  2143,  2144,  2142.  -  irâvra  rà  2253.  —  4  c<xa  2140,  2255, 
2145,  2141,  2145,  2142,  21 44.  -  ry  nlv.CGi  2253.  —  5  ^sXtiw  2253. — 

6  o  *v6.  2253 , 2141 .  —  7  ttsooei  te  2253.  -  r.  omnes  —  u.r.Ssaiav  2253. — 
8 àne$etxvjtu.€vGY  2253,  2141,  2235,  2142,  2145,  2145,  2140,  2144.  — 
^  TTcpl  c5  r,ycüo.at  i~ib.  2253.  -  cuv  om.  2141  ,  2142,  2143,  2145. — 
‘°xx!  om.  2253.  —  •*  sort  2142,  2255,  2145,-e'r  2255.- sr,  2143,  2140. 
—  12  Depuis  âvôpcoroç  exclusivement,  jusqu’à  âvôpowroç  (3  lignes  plus  bas  ) 
inclusivement,  tout  manque  dans  tous  les  imprimés  et  dans  tous  les  manu¬ 
scrits  que  j’ai  pu  consulter ,  excepté  dans  2255.  Cette  lacune  est  considéra¬ 
ble  et  comprend  un  passage  important.  La  citation  d’Empédocle  par  Hip¬ 
pocrate,  n’est  point  une  circonstance  à  dédaigner  dans  l’histoire  littéraire  et 
médicale.  Une  des  fautes  les  plus  communes  commises  par  les  copistes  des 
manuscrits,  c’était  de  sauter  tout  ce  qui  était  compris  entre  un  même  mot 
répété.  La  répétition  d’avôpcwro;  est  la  cause  de  la  lacune  ;  et  ce  fait  prouve 
que,  bien  que  les  bibliothèques  publiques  possèdent  plusieurs  manuscrits 


de  l’ancienne  médecine.  621 

T  outes  les  humeurs ,  dans  le  corps ,  sont  d’autant  plus  dou¬ 
ces  et  d  autant  meilleures  qu’elles  ont  subi  plus  de  mélanges, 
et  l’homme  se  trouve  en  l’état  le  plus  favorable  quand  tout  de¬ 
meure  dans  la  coction  et  le  repos  ,  sans  que  rien  manifeste 
une  qualité  prédominante.  C’est  un  sujet  que  maintenant  je 
crois  avoir  exposé  d’une  manière  suffisante.^ 

20.  Quelques-uns  disent,  sophistes  et  médecins ,  qu’il  n’est 
pas  possible  de  savoir  la  médecine  sans  savoir  ce  qu’est  l’hom¬ 
me  ,  et  que  celui  qui  veut  pratiquer  avec  habileté  l’art  de  gué¬ 
rir,  doit  posséder  cette  connaissance.  Mais  leurs  discours  ont 
la  direction  philosophique  des  livres  d’Empédocle  et  des  au¬ 
tres  qui  ont  écrit  sur  la  nature  humaine  ,  et  exposé  ,  dans  le 
principe  ce  qu’est  l’homme ,  comment  il  a  été  formé  d’abord, 
et  d’où  provient  sa  composition  primordiale  :  pour  moi ,  je 
pense  que  tout  ce  que  sophistes  ou  médecins  ont  dit  ou  écrit 
sur  la  nature ,  appartient  moins  à  l’art  de  la  médecine  qu’à 
l’art  du  dessin.  Je  pense  encore  que  c’est  par  la  médecine 
seule  qu’on  arrivera  à  quelques  connaissances  positives  sur  la 
nature  humaine ,  mais  à  condition  d’embrasser  la  médecine 
même  dans  sa  véritable  généralité.  Sans  cela ,  il  me  semble 
qu’on  est  bien  loin  de  telles  connaissances  ,  je  veux  dire ,  de 
savoir  ce  qu’est  l’homme ,  par  quelles  causes  il  subsiste ,  et  le 
reste  exactement.  Ainsi  je  crois  fermement  que  tout  médecin 
doit  étudier  la  nature  humaine ,  et  rechercher  soigneusement, 
s’il  veut  remplir  ses  obligations ,  quels  sont  les  rapports  de 
l’homme  avec  ses  aliments ,  avec  ses  boissons ,  avec  tout  son 

du  liyre  de  Y  Ancienne  médecine ,  nous  n’en  ayons  réellement  que  deux 
copies  :  l’une  est  le  manuscrit  2253  ,  l’autre  ,  qui  présente  la  lacune  ,  est 
l’original  de  tous  les  autres  manuscrits  ,  qui  n’ont  pu  dès  lors  que  repro¬ 
duire  cette  lacune,  impossible,  du  reste,  h  soupçonner.  Il  est  singulier  que 
le  manuscrit  2253  n’ait  jamais  été  examiné  avec  soin.  —  lî  In  marg.  rivt 
22  53.  aÙTOt;  2  255.  -  çpiXcocçixv  2253.  —  '*  &tc.'0£v  2253.  -  ouvewflcpi. 
omnes.  — •  ,5  tcôto  2253,  2140,  2142,  2145,  2140,  2255,  2243. — 
16  X  a.  2253.-  tarp»  2255.  —  *7  $é  om.  2445.-  çOcsto'  2441.  —  ,s  GTt 
-epi  yulg.  ;  sine  ôn  2253,  2442,  2255,  2440,  2444  ,  2445,  2444. 


622  de  l’ancienne  médecine. 

yvwvai  Tt  aatplç  ovoa{jt,o6sv  àXXoôsv  1  elvat  rt  îyjTptxîjç.  Toôto  ci, 
oTov  te  xaxapiaÔEÏv ,  érrav  *  aux iry  ti ç  ttjv  tr.xptx^v  SpQwç  3  iracav 
TOpiXàêfl  •  pi^pi  Se  4  xouxéou  5  iroXXou  {toi  6 7  ooxigi  osïv*  XÉyw  es 
7  xrjv  îaropwiv  xaur/jv  eiSsvai  àvôpwiroç  ti  ê<rct,  xal  St’  otaç  aîziaç 
yivsrai,  xal  xàXXa  ^  àxpiêswç.  »  ’Eireî  toi  ys  {loi  Soxeet  àvayxatov 
eîvat  IO  iravxl  tr,Tpw-irépl  çùatoç  etSsvat,xat  nàvu  11  <nroucàcxat  <oç  et- 
csxat ,  11  Etrrs p  ti  ptiXXsi  twv  Ssovtwv  ironfcstv  ,8  Tt fî  Iotiv  àvôpco- 
xoç  TCpoç  toc  laOtopteva  1 4  xat  irtvo'pisva, 15  xat  S  ti  rrpoç  toc  àXXa  errt- 
TTjSeuaaTa, 16  xat  8  ti  àcp’  éxacrou  Ixàcrxw  £u{A&q$erai.  r7  Kal  ptr( 
airXcoç  oùxw  Soxéetv  Sri  irov^pov  j3pwu.a  xupoç  *  18  irovov  yàp  <p£pst 
Ttp  icXvipwÔEVTt  aÙTÉou ,  àXXà  Ttva  te  ’9  irovov  xal  S  ta  ti  xat  Ttvt  xwv 
20  ev  tw  àvôpcoirw  Jveovtwv  avsirtT^Setov.  21  vEffrt  yàp  xal  aXXa  7toXXà 
PpwptaTa  xal  iroptaxa  22  cpucret  irovr,pà , 23  xal  SiaTiQ-rçat  xov  àvôpwirov 
où  *4 xov  aùxov  xpoirov.  Oùxwç  oùv  {.toi  ecttw  2ï  tw  Xoyw  oïov  olvoç  àxpr;- 
xoç  26  iroXùç  iroOelç,  Siaxt6r,!rt  irwç  xov  àvôpwirov  *7  àoôsvéa  •  îS  xat 
airavxeç  av  tSovxsç  toüto  yvotijcrav ,  Sri  aùtr,  29  •$)  Sùvaatç  otvou  xat 
aùxoç  icmv  atTtoç  *  xal  otcri  ys  xwv  30  Iv  xw  àvôpwirw  xovxo  31  ptaXicrrà 
ys  Sùvaxat,  otSaasv .  Totaùxr/v  32  Srj  SoùXoptat  àXr^etrjV  xat  irept  xwv 

1  2255.- terra.’. vulg.  étal.  codd.  — 2 aùrrv  omnes -  ira; pro nç  Mercur.  in 
marg. —  3  ir.  om.  2253.  —  4  toutou  2255. —  5  Sic  2255.  -  In  vulg.  et  al. 
codd.  iroW-ouç  act  SWst  tSa'v.-La  leçon  des  imprimés  est  évidemment  contra¬ 
dictoire  au  raisonnement  d’Hippocrate.  De  la  nécessité  d’embrasser  l’univer¬ 
salité  de  la  médecine  pour  connaître  la  nature  de  l’homme,  il  conclut,  non, 

comme  lui  font  dire  les  imprimés,  que  beaucoup  sont  arrivés  à  cette  univer¬ 

salité,  mais,  comme  lui  fait  dire  I-  22  53,  qu’il  s’en  faut  de  beaucoup  qüe 

l’étude  soit  arrivée  à  ce  point.  La  leçon  de  2255  est  excellente  ;  et  la  faute 

des  autres  manuscrits  est  venue  de  l’iotacisme  qui  a  répété  et  de  àoxset  et 

l’a  joint  à  8m.  De  telles  fautes  sont  très  fréquentes.  —  6  8c xsï  2255.  — 

7  toôtt.v  tt,v  tcrropniv  Etvott  2255.  -  Cette  leçon  vaut  peut-être  mieux  que 

celle  des  imprimés  que  j’ai  conservée.  Cependant  toutes  deux  s’entendent  et 
toutes  deux  donnent  le  même  sens  ;  cela  m’a  empêché  de  modifier  le  texte 
imprimé.  Avec  des  variantes  aussi  nombreuses  et  aussi  importantes  que  cel¬ 
les  que  j’ai  réunies  pour  ce  traité  ,  c’est  souvent  un  grand  embarras  pour 
moi  de  me  décider  entre  les  leçons  diverses,  mais  probables,  et  je  ne  le  fais 
jamais  qu’avec  beaucoup  d’hésitation  et  de  lenteur.  —  8 9  àxsiéià;  2255.  — 

9  sirl  tcÙto)  ys  aot  2253.  —  '®  u.  t.  om.  2255.  —  11  <rircuîai;3U  2141, 

2235,  2140,  2142  ,  2145  ,  2143.  -  riar/iat  Vander  Linden.  —  **  «cires 


de  l’ancienne  médecine.  623 

genre  de  vie  ,  et  quelles  influences  chaque  chose  exerce  sur 
chacun.  Et  il  ne  suffit  pas  de  savoir  simplement  que  le  fro¬ 
mage  est  un  mauvais  aliment ,  parce  qu’il  cause  des  douleurs 
à  ceux  qui  s’en  rassasient  ;  mais  il  faut  savoir  quelle  dou¬ 
leur  il  cause ,  pour  quelle  raison,  et  à  quelle  humeur  du  corps 
il  est  contraire.  Il  y  a  en  effet  beaucoup  d’autres  aliments  et 
boissons  qui  sont  nuisibles  à  l’économie  humaine ,  mais  qui 
ne  l’affectent  pas  de  la  même  manière.  Soit  pour  exemple  le 
vin  pur,  qui ,  bu  en  grande  quantité ,  jette  l’homme  dans  une 
certaine  faiblesse  ;  on  n’aura  qu’à  ouvrir  les  yeux  pour  con¬ 
naître  que  la  cause  de  cette  faiblesse  est  dans  la  propriété  du 
vin  et  dans  le  vin  lui  même;  et  nous  savons  sur  quoi,  dans 
l’économie  humaine ,  il  porte  son  action.  Cette  vérité,  qui  est 
manifeste  ici ,  je  veux  qu’elle  le  soit  aussi  dans  les  autres  cas. 
Le  fromage  (  puisque  je  me  suis  déjà  servi  de  cet  exemple  )  ne 
nuit  pas  à  tout  le  monde  ;  il  est  des  gens  qui  peuvent  s’en 
rassasier  sans  le  moindre  inconvénient,  et  même  il  fortifie  mer- 


2253. -TOt2145.—JCOtr,<Ttv  2255. —  13  te  post  on  2255. —  ,4ts  xxi2253. 
— ' 5xaù  3 ti wpoç rà âXXst  èrcrni^eûfMcra. om.  vulg.  étal.  codd.  excepto  2253. 

—  ,6  xxi  om.  2255  — omnes.  —  r7  xxi  àr,  cbrXü;  C’jtcoî  rrovrpov  £<m. 
Ppôax  Tupôç  2255.  —  La  leçon  donnée  par  2255  est  fort  différente  du  texte 
vulgaire  ;  cependant  elle  s’entend  fort  bien,  et  au  fond  elle  a  le  même  sens. 
Mais  la  marche  générale  de  la  phrase  m’a  paru  rendre  préférable  le  texte  or¬ 
dinaire.  —  18  wovrpov  fàp  raps'xEt  t.  tX.  auvoü  2253.  —  19  t p3wsv  2255. 

—  àian  21  Al.  —  20  Sic  2253.  -  àvôpwrtov  pro  Èv  tm  àv.  vulg.  et  al.  codd. 

—  tivwv  -côv  àv0îcû”(ûv  pro  tîy.  t.  s.  tû  àv0p.  cod.  S.  ap.  Foes.-  Je  n’ai  pas 
besoin  de  faire  observer  que  la  leçon  de  2255  est  la  seule  bonne,  twv  àv- 
ÔptoîTtov  IvEo'vT «àv  n’est  pas  intelligible  ;  et  Foes,  qui  a  traduit  :  Cuinam  ejus 
usus  minime sit  accommodatus,  a  fait  abstraction  de  evsovtov  ;  correction,  qui 
ainsi  que  le  montre  2255,  n’est  pas  la  véritable.  —  21  e<m.  xal-yàp  xctl  àA. 
2255,  2140,  2145,  2141,  2144,  2142.-  E<rrt.  xxl  va?  xxi  âX.  cod.  S.  ap. 
Foes. —  22  (p.  om.  2255.  —  23  à  pro  xaù.  2255.  — 2i  rôv  om.  vulg.  — 
25  t.  X.  om.  2255.  — 26  îtcXXo;  2255.  —  2:  as  om.  2253. — *28  xal  '-■£<- 
teç  ôv  et  eîSotsç  2255.  —  r,  om.  2253.  -  s<mv  om.  2  2  55.  —  30 

TTtov  pro  sv  tô>  àv.  2145.  C’est  une  erreur  semblable  à  celle  que  j’ai  corrigé* 
plus  haut  (note  20 ),  à  l’aide  du  manuscrit  2253.  —  31  ^Svarstt,  i/.xXt'rrx 
•».  2233.  -  te  pro  ve  2255,  2145,  2142.  —  32  $ï  22  5  3. 


de  l’ancienne  médecine. 

aXXwv  cpavTjVat.  lupoç  yip,  etoiSy;  1  toutem  C7]ae((p  &/ pr^aur^ ,  où 
~ avxaç  avQpmxouç  *  6ja o(o)ç  Xutiatvexat ,  <ïXX’  stc'tv  oîxtvsç  3  auxÉcu 
7cXr(psuuevot  ouo  ôxtouv  BXaTrxovxat  *  4  àXXà  xaî  ïcyuv,  oîatv 1 * * *  5  av 
S-ujAtpep r„  ôauptafftwç  crapeyexat  *  eîcri 6  Sè  ot  yjzXsxtôç  aTxaXXotffcyouat  • 
7  Statpepouat  oè  xouxétov  aî  tpuTteç*  8  otacpepouat  Se  xaxà  xouxo  •  Sirep 
ev  TW  xtouaxi  eveaxt  ~oXsutov  xupw  ,  9  utto  xotouxgou  lyetpexa l  te  xa;. 
IO  xtveexat  •  oîffiv  11  6  toigutoç  yuptoç  Tuyyavît  12  irXeov  Ivetov  xat 
uaXXov  IvSuvaareucov  iv  tw  ccoaaxt ,  ,3  xouxeouç  pwtXXov  xat  xaxo- 
xraôeetv  etxcç.  El  oè  Tracr]  xr,  dv0pco7rtvv;  cpuast  r(v  *4  xaxov ,  cravxaç 
av  ,s  eXuaatvexo.  T aura  Sè  et  xtç  16  etSot75 ,  oux  av  iracyot. 

21.  Ta  S’Iv  xyciv  àvocxopuo95<jt  r^atv  ex  xtov  vouaeov,  ext  Se  xat  Iv 
xîjai  vouaotat  xyot  aaxpyct  ytvovxat  xroÀÀat  *7  çuvxapxçteç ,  a!  ptèv 
18  axo  xauxoptaxou ,  aî  Ss  xat  ano  xmv  TrpoceveyOsvrcov  xôiv  xuyôvxcov. 
OtSa  Sè  ‘9  xouç  tTjXpouç  Tobç7roXXoùç,  wç  xobç  îSttoxaç,  7]v  xuywtrt  irept 
T7jv  20 *  -^oép^v  xauTTjV  ti  xexatvoupyTjXoreç , 21  àç  Xouaajxevot,  r,  îrept- 
7rax^5-avxeç  ,  r,  cpayovxeçxt 22  ixepoïov  ,  xauxa  Se  23  Travxa  BeXxico  xpoa- 
ev^veynteva  rj  pt7j ,  24oùSevbç  ^aaov  t r,v  aïxtr,v  xouxécov  xiv!  àvaxtOev- 
xaç  ,  25  xo  [xèv  atxtov  àyvoeïïvxaç,  xo  Sè  ^utxçopwxaxov,  vjv  26  guxco 
xuj0 ,  2"  àoavtcavxaç.  Aet  Sè  ou  •  àXX’  stSevat  xt  Xouxpov  axatpwç 


1  Toux»  2255.  — 2  2255  hab.  ou.  quod  om.  vulg.  et  al.  codd. —  3  scù- 
xou  xXrpcûuevot  2255.  —  4  Je  donne  le  membre  de  phrase  tel  que  je  l’ai 

trouvé  dans  2255.  Mais  il  est  très  différent  dans  les  imprimés  et  dans  les 

manuscrits ,  qui  ont  :  àXXà  xai  rot?  ta^voïctv  av  Çuptçépetv  0au.  xao.  On 
conçoit  très  facilement  l’analogie  que  ces  leçons  présentent  dans  l’écriture , 
quoique  la  signification  difTêre  beaucoup.  Ce  qui  m’a  décidé  pour  celui 
de  2255,  c’est  que  la  construction  l’up.cpspetv  6auu.act©ç  'zxoéyje.Tau  me  paraît 

peu  habituelle.  Au  reste,  toutes  deux  sont  fort  intelligibles  ,  et  le  lecteur  a 

l’une’ et  l’autre  sous  les  yeux.  —  5tv  pro  av  2255.  -  Ce  manuscrit,  à  di¬ 
verses  reprises,  emploie  ry  pour  av  dans  le  sens  de  particule  conditionnelle. 

6  S2  2255.-  àxoXac.  2255.  —  7  Staçspovatv  cuv  x.  2255.  -  xouxeooM. 

R.  apud  Chart - 8 * * *  Staçspouotv  2253.  —  9  xat  ûxrô  toutou  2255.  -  xou- 

xlou  2U0,  2255,  2142,  21 44 .  -  tout!»  2145.  —  “>  xtveTxat  2255.- 

Ctç  22  53.  —  x«  yà?  ante  6  cod.  S.  ap.  Foes _ 12 *  xr5.et»v  è»v  2255.  — 

13  toûtouç.  -  xat  om.  -xaxoxaôslv  2255.—  '4  xax'oç  cod.  S.  ap.  Foes.  — 

‘  ^vaxo  2255. -‘*^2142, 2145, 2143, 2255,  2140.  -  eiîret 

22oo.-~*7  cuvr.  2253.— auvTapaxa^teç21 45.  —  auu.7cap<*raiteç  2142.-  cuu.- 

.aoaxaçte;  vulg.  et  al.  codd.  -  ouu.TCapairpc?teç  cod.  S.  ap.  Foes.—  18  aèv 


DE  t.  ANCIENNE  MÉDECINE.  QC£ 

veilleusernent  ceux  à  qui  il  convient  ;  il  en  est ,  au  contraire 
qui  ne  le  digèrent  que  difficilement.  Les  constitutions  des  uns 
et  des  autres  diffèrent  donc ,  et  elles  diffèrent  en  ceci  :  à  sa¬ 
voir  que  l’humeur  qui ,  dans  le  corps ,  ne  compatit  pas  avec 
le  fromage ,  est  éveillée  et  mise  en  mouvement  par  cette  sub¬ 
stance.  Les  natures  chez  lesquelles  une  pareille  humeur  est 
surabondante  et  prédominante ,  doivent  naturellement  souf¬ 
frir  davantage  de  cet  aliment  ;  mais  s’il  était  malfaisant  pour 
la  constitution  humaine  tout  entière ,  il  nuirait  à  tous  les 
hommes.  Donc ,  connaître  ces  propriétés  diverses ,  ce  serait 
savoir  se  préserver  des  maux  qu’elles  causent."! 

21 .  Dans  les  convalescences  et  dans  les  maladies  qui  du¬ 
rent  long-temps ,  il  survient  des  perturbations  fréquentes ,  les 
unes  spontanément ,  les  autres  p%r  (Jes  choses  fortuitement 
administrées.  Si  ,  le  jour  même  de  ces  perturbations,  le  hasard 
veut  qu’il  y  Elit  eu  quelque  innovation  ,  par  exempté ,:  un 
bain ,  une  promenade ,  un  rhets  different ,  toutes  choses  qu’il 
vaut  mieux  avoir  faites  que  n  ’avoir  pas  faites ,  je  sais  que 
néanmoins  la  plupart  des  médecins ,  comme  le  vulgaire ,  at¬ 
tribueront  à  ces  choses  le  trouble  survenu ,  ignorant  la  vraie 
cause  et  proscrivant  ce  qui  peut-être  est  le  plus  utile.  G’est 
une  faute  ;  car  l’on  doit  savoir  les  effets  d’un  bain  donné  mal 
à  propos  et  ceux  d’un  exercice  inopportun  ;  jamais  le  même 

JWtt  2255. —  ‘9  TGÙ;  îtcXXoü;  ixrpibç ,  wc-sp  r.  tL  2255.  —  20  ^uipav 
2253.  -  Jta'.vcup'p-.scrreî  2140,  2142,  2255.  —  21  r,  pro  à>;  2255.  —  22  izz- 
soîav  2255.  —  2Î  ï?avT6>;  èvavrfa;  pro  îïccvto.  Mercur.in  marg.  —  2*  cû- 
oh  2253.  -  ToÛTtov  2253,  21U  et  2141  en  glose.  -  àvaTtôivTSÇ  2145, 
2255.— *5xas  tou-  2253.-  à-j-vocüvTXÇ  2253.- cot/.œepwTZTOv  2 143.-  <rjxç>. 
cæt. — 26  Sic  2253.  tj/kœ’.v  vulg.-  et  al.  codd.  Les  deux  leçons  sont 

bonnes;  celle  de  2255  me  paraît  cependant  préférable.  Si  l’on  garde  tû-/ut:v, 
il  faut  traduire  :  exposés  à  proscrire  ce  qui  est  le  plus  utile.  Or ,  Hippo¬ 
crate  a  dit  qu’ils  attribuent  le  mal  souvent  à  ce  qui  a  été  fait,  par  consé¬ 
quent  ils  proscrivent  ce  qui  a  été  fait  ;  il  est  donc  mieux  de  lire  ~'s/-n  avec 
2253,  et  de  dire  qu’ils  proscrivent  ce  qui  peut-être  est  le  plus  utile.  — 
"  2442,  2145,  2141,  2143,  2140.  -  àçavicarrê;  vulg.  et  al.  codd-  — i 
icpcufcüvraç  2255. 


TOM. 


40 


62G  DE  l’ ANCIENNE  MÉDECINE. 

1  TrpooyEvotiSvov  IpyocasTai ,  s  xat  "tl  xottoç.  OùSeicote  yàp  ^  aux r, 
1  xaxoTraQtVj  toutsOïv  ,  ouS1  iTÉpou  ,  ou  os  ys  airo  irXvjpwffioç,  4  ouos 
ys  a7ro  (BpwtiaTÔç  Totou  vj  toiou.  "Oartç  ouv  Tauta  jat,  5  sicrrat  wç 
Exaara  ly_si  orpoç  tov  avOpcoxov,  outs  ytvcoaxsiv  toc  ytvousva  a-n:  6  au- 
tscov  SuvvfasTai,  ours  ypsso6at  op05ç. 

22.  As ïv  os  jjcot  7  ooxsst  xat  tout’  etosvat ,  #aa  tw  avOpurirtp  ira- 
O^uara  à-ro  cuvàutœv  8  spysToi,  xat  8aa  àxzb  «r/r^aaTwv.  Asyco  9  5s 
ti  touto  j  Aùvajitv  iasv  eîvai  tojv  yupuov  10  Taç  axpo'nrJTaç  ts  xat 
>•  l<r/vï  •  agacera  5s  Xéyrn  8aa  sveotiv  Iv  tw  avOptortw.Tà  psv  12  yàp 
xotXa  ts  xat  sùpsoç  *3  iç  crrsvov  sort  ouvTjyurva  ,  *4  toc  5s  xat  ix~ 
TTSTîTouiva  ,  toc*5£iS  «respect  ts  xat ,6  crpoyyuXa  ,  ri  os  xaotso  l7  xat 
lonxpspcàpcsva,  toc  Ss  ,8  Storsrapiva  ,  Ta  os  tiaxpà,  t£  os  oruxvà  , 
>9  -ta  5s  jxava  ts  xat  tsÔt.Xoto  ,  toi  5s  crjroyyostSsa  20  xat  àpata. 
Touto  uiv, 41  fXxùaat  sep9  V  I«outo  xat  iTrtcnraaaaQat  ùyporrçra  ex  tou 
aÀXou  Voiaxtoç,  TOTspov  Ta  xoîXa  ts  xat  Ix-sTTraptiva,  r  Ta  trrspsa 
ts  xat*  arpoyyuXa  ,  ^  Ta  xoîXa  ts"  xat  23  sç  arsvov  I;  sùpsoç  cuvTjy- 
tisVa,  SuvaiT*  àv  ptaXtara  ;  Ottxat  *4  pivroi  Ta  toiouto  2Î  iç  ers- 
vbv  cuv^yasva  ix  xotXou  ts  xat  26  sùpsoç.  KaTàu.avOa\  s ï  est 
*7  aura  sçtoOsv  tx  twv  pavepwv.  Touto  ptsv  28  yàp,  tw  cToptaTt  xs- 
yr^wç  ùypov  oùùsv  29  àvacnraffatç  •  30  ■jrpoptuXX^vaç  Ss  xat  cfuarstXaç, 
31  TOtscaç  ts  Tocj(£iXsa,  32  stits  aùXov  TrpocjOsptsvoç ,  ^r.tStwç  33  àva- 
erraoatç  av  8  ti  OsXotç.  Touto  Ss,  al  ctxuat  34  oTpoafiaXXotxsvai 31  i\ 

1  TTpooytv.  2143.  —  2  r,  pro  xat  2255.  — 3  xecxOTraOetr  2253,  2145, 
21 42.  -  oùSsTspc’j  2255. -xopou  supra  ïïXrctôotoî  ,  gloss.,  2144,  2444. 

—  4  gùS’  âro  2255.  -  tgigûtg’J  supra  rocou,  gloss.,  2141.  —  5  '/or as:  sup. 
Eta.  gloss.  2144.  —  6  aurwv  2255'.  —  7  5cxsT  x.  racüra  2255.  -  çatvsrac 
sup.  Sox.  gloss.  24  44.- ytvâaxctv  sup.  stS.  gloss.  2444.  —  8  ycvSTOt  2253. 

—  9  Ss  Tt  tgccütov  2253.  -  Ss  24  42,  24  45,  24  40.  Sr  Tulg.  -  rt  om.  2255, 
24  45.  —  IO  Lé  texte  vulgaire  et  tous  les  manuscrits,  excepté  2253,  ont 
etSsvou  avant  raç;  sîJsvac  me  paraît  tout-à-fait  surabondant;  il  s’est  sans 
doute  introduit,  à  tort,  dans  cette  place,  parce  qu’il  se  trouve  déux  lignes 
plus  haut. —  11  tojrùv  2255. —  12  yoep  om.  2255.  —  te  om'.  2255. — 
23  24  44.  -  eî;  vnlg.  —  et;  <rr£và  auvavryuiva  2255.  —  *4  T.  5.  x.  èx.  r. 
5e  om.  2255.  —  15  OTEfsà  Te  xat  om.  2253.  —  ,6  te  post  aTpoyyjXa 
2253.  —  '7  te  xat  2253.  —  ,8  5taTETaypiva  24  40.-  5ta-Eyu.Eva  2445. — 
19  t.  5.  ti.  r.  om.  24  40,  24  45,24  43,  24  44, 24  42,  24  44.-  peavet  te  xat  om. 


de  l’ancienne  médecine.  627 

inal  n  est  produit  par  un  bain  et  un  exercice ,  pas  plus  qu’il 
ne  1  est  par  toute  autre  chose ,  par  la  réplétion  ,  par  tel  ou 
tel  aliment.  Celui  donc  qui  ne  connaîtra  pàs  comment  cha¬ 
cune  de  cës  choses  se  comporte  à  l’égard  de  l’homme ,  n’en 
connaîtra  ni  les  effets  ni  l’usage  convenable. 

22.  Selon  moi ,  le  médecin  doit  en  outre  savoir  quelles 
maladies  dérivent  des  puissances  et  des  figures.  Que  veux-je 
dire  par  là  ?  J’appelle  puissances  les  propriétés  extrêmes  et 
les  forces  des  humeurs ,  j’appelle  figures  la  conformation  des 
organes  qui  sont  dans  le  corps.  Les  uns  sont  creux,  et,  de  lar¬ 
ges,  ils  vont  en  se  rétrécissant  ;  les  autres  sont  çléployés  ;  d’au¬ 
tres  ,  solides  et  arrondis  ;  quélques-uns,  larges  et  suspendus  ; 
d’autres  étendus  ;  d’autres  larges  ;  d’autres  denses  ;  d’autres 
mous  et  pleins  de  sucs  ;  d’autres  spongieux  et  lâches.  Mainte¬ 
nant  ,  s’il  s’agit  d’attirer  des  liquides  hors  du  reste  du  corps  , 
lesquels  des  organes  creux  et  déployés ,  ou  solides  et  ronds , 
ou  creux  et  de  larges  devenant  étroits ,  lesquels ,  dis-je ,  au- 
ron'  nlus  grande  puissance  ?  Pour  moi ,  je  pense  que  ce 
sont  ceux  qui ,  étant  creux  et  larges ,  vont  en  se  rétrécissant. 
On  en  peut  juger  par  cè  qui  est  visible  au  dehors  :  la  bouché 
ouverte,  vous  n’aspirerez  aucun  liquide;  mais  rapprochez 

cod.  S.  ap.  Foes.  -  pava  om.  2144.-  0ô XXowa  supra  reô.  gloss.  2144, 

2141.  —  40  re  y.xi  2253.  —  41  plv  ouv  2255.  —  44  éa-jToü  2253.  . _ 

13  sîç  2253.  -  c uvrpsva.  àôvarro  2253.  -  vopt£o  sup.  «poa  gloss.  2141. 

piv  2253.  —  45  2144.  -  eiç  vulg.  -  ri  «ç  2253.  —  46  si.  2253.  - 
tosîtsi  sup.  £st  gloss.  2141.  —  *7  Tttüra  2255.  -  tü;  sV.toj  «rtçavstac 

sup.  TÔ>V  oawssêôv  gloss.  2141.  —  4*  -j^p  om.  2145.  -  xzyrWi  2145. _ 

*9  àvaoraosuv  2141.  -  àvao^aostç  2144,  2143.  -  âvaojraaste  «143  — 
!°  2140,  2143,  2141,  2142,  2144,  21 45.  -  jrpoWp#**  in  mlrg.  cod. 
F.  ap.  Foes.-xpocrp.uX.  vulg.  et  quidam  codd.  -  Galien  a  lu  wpopuXXiivoç , 
mot  qu’il  a  interprété  dans  son  Lexique  des  mots  hippocratiques  difficiles! 

31  ïn.  àvao7ra<j£ts  r.  x.  2253.— 34  xai  srt  21 40, 2255, 2143,  21 42,  2141 

2144.-  ju d  rs  2253.  -  J7po6sp£vc4  2255,'  2145.-  33  *,^^’ 

2141.  -  âvaoîraov!;  cod.  F.  ap.  Foes.  -  èÔ£X«42253. -Ô&rs  2142,2140 
2255,  21  43,  2144.  -  ÔÉXst;  vulg.  —  34  2235.  -  xpoêaX  vulg.  et  al.  codâ] 
£,£U.  t.  (JT.  £( j.  om.  2253.-  orevwuiva!  2140,  2145,  2142. 


028  de  l’ancienne  médecine. 

sSpi*  ‘  èç  (Trsvcâxepov  I«sv»|i£vat  «pàç  toûto  xsxzr/yéaxai ,  ~?o; 
to1  &xsiv  *  *-&  capxo;  xat  IxtcTra^ai ,  aUa  «  ■ xoXAà  toiouto- 
cpoira.  3  Twv  3’  Ico!  tou  âvôpto*®*  ?ùai;  xat  cy^ua  4  toioutov  * 
xuffTtç  ts  xa\  x£?aX*>(,  xat  ôarspa  s  pvai|t  ‘  xal  ?av£?Sç 
Xicrra  iXxei,  xat  wXr^sa  scrtv  6  Ixoxtou  SypoTr/co;  akt.  Ta  C£ 
xoîXa  xat  7  IxTTSTrrafxiva  £7rip5usîaav  {xsv  8  av  uypoxrya  piaXtara 
Sgarco  toxvtwv ,  iirtowacaiTO  9  oa»  oùy  ôuoi'coç.  Ta  SI  y-  '° 
xat  crpoyyùXa  out’  11  av  sîriaTraaatTO  out’  av  11  £~tppu£Ïcav  8s; uxo‘ 

‘ 3 7rsptoXiT0avot  te  yàp  14  av,  xat  oux  e/ot  zopry  sp  jxsvot.  Ta  8s 
<ncoyyO£t8éa  «  xat  15  àpatà,  oîov  airX^v,  16  i&eujawv  xat  f/aÇol, 
1 7  îrpoaxaQsÇoasva  ptaXtdTa  18  àvrr.loi  xat  axXrjpyvOsa]  xat  aôÇïî0etriy 
uypOTTjToç  19  Trpoaysvou.sv/;;, 20  xauTa  (/.aXtara.  21  Où  yàp  av  sv 

1  sîç  omnes.  -  xsyyéxxxi  Tulg.  et  quid.  codd.-TSTsxvxuivai  2253.—  xzyyi- 
êTai  2255.  -  Tsyy.sxaz  2145.  -  xv/yixxx’.  2142.  -  Quoiqu’aucun  manuscrit 
ne  donne  xzxzyyixxx'. ,  je  pense  que  c’est  ainsi  qu’il  faut  lire.  C’est  la  forme 
ionienne  de  la  3e  personne  du  pluriel  du  parfait  passif.  Le  redoublement  te 
aura  été  omis  par  les  copistes  à  cause  du  voisinage  de  la  syllabe  tg  de  tcüto  ; 
et  en  place  de  cette  forme  ionienne ,  2253  aura,  comme  il  le  fait  souvent,  mis 
la  forme  commune  tete^vy, tiév ai  sÎg£.  —  2  èx.  2255.-  ÈraaTTaaacÔxi  2255. 

-  3  TWV  Sà  EGW  «puast  TOÜ  âvôjWTTGU  Gy^U-X  TOIGÙTWV  2255.  -  4  TGtGÛTWy 

2142.  —  5  pvai£v  2253.  — 6£îï’aÙTGÜ  2142,  2445,  2444,  2255,  2444. 

—  7  èîîejctet xtxsv a  2253.  -  È-stap’JŸGav  2253.  -  gîïipp-jstaa;  24  44, 24  42, 
24  45,  2443,  2255,  2444. —  8  av  om.  2255.  -  ûypOTr-aç  2442,  2444, 
24  45,  2445,  2440,  2444.  -  Se^OIvto  2253. — 9  av  om.  2445. —  10  gte- 
paiâ  2255.—  11  ETEOîïSCOaTO  2442,  2255,  2445,  2444,  2444,  2445.  - 
ÈTttrrâGaTo  24  40.  —  ,2  «reujpusïoav  2254.  —  è8s;aTO  2442,  24  45,  2255, 

2145,  2444,  2444. —  13  îïEptoXtcôavGiTO  pro  tte . te  2445.  -  gàigOcv 

lleum. —  l4âv  om.  2255.- È^Et  2440,  2445,  2442,  2444,  2444.  -  oevg». 
22  35.  uivsi  vulg.  p.£V£Î  Lind.-  JBxgiv  sup.  eSgt.v gloss.  24  44.  —  ,5  crsîa'.à 
22  53.—  ,6T£  X«  «v.  2253.— xat  îtv.  24  44 , 2  4  42,  24  43,  24  44.  ïrv£Ù.vulg. 

—  ^Tfcxaô.  2443,  2440,2443,  2444,  2  4  42,  24  44.  —  tS  àvflnrnj  xal  Gx>.r,- 
pviv6 r  24  45,  24  44, 24  43,  24  42,  2255,  24  40,  24  44.-  avairivci  2253.-  gx>.. 
âv  x.  2255.  —  19  TpoGytv.  al.  man.  2444.  —  24  xxûxn  24  45.  —  tcjtv.; 
Mercur.  in  marg.  -  post  aâXtora  addit  Yander  Linden  6  •kvsuo&v.  -  Cette 
addition  a  été  faite  par  Yander  Linden  ,  sans  doute  à  l’exemple  de  Cornq- 
rius,  qui,  dans  sa  traduction,  ajoute  le  poumon.  Nul  manuscrit  ne  donne 
cette  addition.  —  21  Le  texte  est  ici  très  altéré,  et  il  est  difficile  de  le  res¬ 
taurer  avec  sûreté.  Les  éditions  et  les  imprimés  varient  beaucoup  dans  ce 
passage.  Yoici  les  diverses  leçons:  Foes  a  :  Où  yàp  âv  tv  sv  xotXtÿ  svÿ tg  uyeiv* 


de  l’ancienne  médecine.  629 

les  lèvres  en  les  allongeant  et  en  les  comprimant ,  et  ypus 
aspirerez  tout  ce  que  vous  voudrez,  surtout  si  vous  ajoutez 
un  tuyau.  De  même ,  les  ventouses ,  qui ,  larges  au  fond ,  se 
rétrécissent  vers  le  goulot ,  ont  été  imaginées  pour  attirer  les 
humeurs  hors  des  chairs.  Il  en  est  ainsi  de  beaucoup  d’au- 
très  choses.  Parmi  les  organes  intérieurs  du  corps, une  consti¬ 
tution  et  une  forme  de  ce  genre  ont  été  données  à  la  vessie , 
à  la  tête  et  à  l’utérus.  Et  manifestement  ce  sont  les  parties 
qui  aspirent  le  plus ,  et  elles  sont  toujours  pleines  d’un  li¬ 
quide  qu’elles  ont  attiré.  Les  organes  creux  et  déployés  rece¬ 
vraient  mieux  que  tout  autre  les  humeurs  affluentes  ;  mais 
ils  ne  pourraient  attirer  aussi  bien.  Les  organes  solides  et  ar¬ 
rondis  n’attirent  ni  ne  reçoivent  ;  car  le  liquide  coulerait  tout 
autour,  sans  trouver  de  heu  qui  l’arrêtât  et  le  retînt.  Les  or¬ 
ganes  spongieux  et  lâches ,  tels  que  la  rate ,  le  poumon  et  les 
mamelles  ,  placés  près  des  liquides ,  les  absorberaient ,  et  ce 
sont  surtout  ces  parties  qui  se  durciraient  et  se  gonfleraient 
par  l’afllux  des  humeurs;  car  les  humeurs  ne  seraient  pas 
dans  la  rate  comme  dans  un  viscère  creux  qui  les  renferme¬ 
rait  dans  sa  capacité  même  et  les  évacuerait  chaque  jour. 
Mais,  lorsque  la  rate  aurait  absorbé  et  reçu  dans  son  inté¬ 
rieur  le  liquide,  les  vides,  les  spongiosités  et  les  petits  inter¬ 
stices  se  trouveraient  remplis ,  et ,  de  poreuse  et  de  molle 
qu’elle  était ,  elle  deviendrait  dure  et  dense  ;  car  elle  n’est  apte 
ni  à  la  coction ,  ni  à  l'émission  des  humeurs.  Or,  cela  lui  ar- 

ts  z;zçdyzi  aùrsx  r,  xotXîr,  zb  ù^pcv;  ce  qui  est  inintelligible;  la  traduc¬ 
tion  de  Foes  ne  l’est  pas  moins  :  Neque  enim  si  in  ventriculo  humor  insit, 
eumque  foris  contineat  etsingulis  diebus  evacuatur.L’édition  d’Alde  est  tout- 
à-fait  semblable,  si  ce  n’est  qu’il  y  a  une  virgule  après  ïupts'xsi  ;  quelques 
manuscrits  ont  un  point.  Les  manuscrits  214-1,  2253,  2145,  2142,  2141, 
ont  :  Où  ■yàp  ccv  ry  sv  xciXir,  £v  f,  zb  ùqpôv  zE,o>  ts  Tzzzdyt'.  adzzr,  r,  /-c-iÀ’.r,  sv 
x  zo  oypo'v.  Les  manuscrits  21 43  et  21 40  y  sont  conformes ,  si  ce  n’est  que 
le  premier  n’a  pas  ts,  et  que  le  second  a  zk  au  lieu  de  ts.  Ces  diverses  le¬ 
çons  ne  peuvent  non  plus  se  comprendre.  L’exemplaire  de  Severinus,  que 
Foes  cite  dans  ses  variantes ,  avait  :  Où  yis  5v  z~i  r  xstîiv;  sv  r.  ts  Crypsv 


630  de  l’ancienne  médecine. 

C7rXr(vt,  wcrrrep  Iv  xo-.Xtr]  Iv  ?  to  ôypov,  gjw  te  -epi^oi  aS-nr]  ^  xodur, 
xal 1  gaXtCotx’  eMxaô’  éxacr^v  »  -^aÉpr.v  •  a)X  3  arav  tcitj  xal  oÉ^Tai 
4  aO-roç  5  le,  Ioiutov  to  &ypov,  Ta  xsvà  xal  apatà  6  ,  xal 

toi  craixpà  7  iràvTa,  xal  avTt|  *  àpatoü  te  xal  p.aX0axou  axXr.poç 
<rs  xal  ttuxvoç  IYsvsto,  xal  out’  9  IxTreoffEt  out*  acpttjffi  •  tauTa  Cî 
■jtd«r/_st  cià  Tyjv  ouoiv  toi»  «r/r'aaxoç.  ^"Oca  Ss  çïïcrav  te  xal  àvstXr'- 
piaTa  IvepYaÇovTat  Iv  tm  owaaTt,  irpocr^xet  iv  ptiv  tgÎgi  *•  xoD.otat 
te  xal  11  EÙpu/wpototv},  oTov  xoiXtr,  te  xal  ‘3  ôcopyjxt,  ^oçiov  te  xal 

TE  -£;•-/£•  aùrsïi  T,  xotXw.  Le  manuscrit  2255  a  :  Où£è  Yàp  <zv  <S <ttts p  iv  xo:- 
>ir.  ivf  to  ûvpov,  iÇa  te  ^Ep-.Éyr,  cvjtt,  r,  xoûSy.  Ce  manuscrit,  comme  l’exem¬ 
plaire  de  Severinus ,  omet  les  mots  to  ô-ysôv  qui  terminent  la  phrase  dans 
les  imprimés,  et  iv  ■$  to  ûYpôv  qui  la  terminent  dans  les  autres  manuscrits. 
Ainsi  aucun  manuscrit  ne  donne  une  leçon  qui  satisfasse  ou  que  l’on  puisse 
restaurer  avec  une  pleine  sûreté.  Toutefois,  le  sens  ,  à  l’aide  de  ce  qui 
précède  et  de  ce  qui  suit,  se  laisse  pénétrer,  et  c’est  là  ce  qui  doit  servir  de 
guide  dans  l’emploi  qu’on  peut  faire  de  la  multitude  des  variantes  qu’of¬ 
frent  ici  les  manuscrits.  En  effet,  Hippocrate  veut  dire  que  les  tissus  spon¬ 
gieux  et  aréolaires  ne  sont  pas  comme  les  viscères  creux  qui  enveloppent 
les  liquides  et  se  vident  chaque  jour,  mais  que ,  lorsque  les  humeurs  en 
ont  rempli  les  vacuoles,  ils  deviennent  durs  et  denses,  attendu  qu’ils  ne 
sont  pas  conformés  pour  expulser  les  liquides.  Le  sens  est  très  certain  mal¬ 
gré  l’incertitude  du  texte.  D’abord  remarquons  que,  dans  le  second  membre 
de  phrase,  les  mots  to  ûypôv  du  texte  de  Foes,  £v  f,  to  û'j’pov  des  autres  ma¬ 
nuscrits,  sont  nés  de  la  répétition  du  premier  membre  de  phrase;  on  peut 
donc  les  retrancher.  Cela  fait,  le  texte  est  un  peu  débarrassé,  mais  la  cor¬ 
rection  n’est  pas  encore  facile  ,  et  il  faut  surtout  se  laisser  guider  par  le 
sens.De  plus,  remarquons  une  particularité,  c’est  que  le  manuscrit  2253  a 
un  mot,  «oîr£p,dont  il  faut  sans  doute  tenir  compte  dans  la  correction,  et  qui 
m’a  suggéré  la  conjecture  que  j’ai  admise  dans  le  texte  :  Où  Yàp  iv  iv  crrXr.vt 
MGïTsp  £v  xoOXri  xtX.  Cette  correction  a  le  grand  avantage  de  justifier,  dans 
les  lignes  suivantes,  plusieurs  pronoms  et  adjectifs  masculins,  ccùtc;,  io>u- 
tov,  oxXrppç,  vrjy.v'o;,  lesquels  ne.  se  rapportent  à  rien  et  forment  solécisme 
si  l’on  n’admet  pas  une  correction  analogue  à  celle  que  j’ai  admise  :  l’intro¬ 
duction  de  quelque  nom  masculin  me  semble  nécessaire.  Nous  n’avons  que 
deux  copies  primordiales  du  traité  de  Y* Ancienne  médecine ,  l’une  re¬ 
présentée  par  le  manuscrit  2253,  l’autre  par  les  autres  manuscrits  et  par 
nos  éditions  :  je  suppose  que  l’altération  est  venue  dans  la  première  copie, 
par  l’omission  èv  <nx>.r,vi,  et  dans  la  seconde  par  l’omission  de  tout  ce  qui 
$e  trouvait  entre  les  deux  £v ,  c’est-à-dire  de  £v  crrlr.vi  & srzzf.  Je  sais  que 
tout  cela  est  conjectural,  et  l’étude jdes  manuscrits  m'a  appris  qu’ils  four- 


DE  l’aNCIENNE  MÉDECINE.  ( 

vive  à  cause  de  sa  figure.  Tout  ce  qui  est  cause  que  l’air  s’en¬ 
gendre  et  tournoie  dans  le  corps ,  produit  naturellement  du 
bruit  et  des  murmures  .dans  les  parties  creuses  et  spacieuses  , 
telles  que  le  ventre  et  la  poitrine.  Car,  lorsqu’il  ne  les  rem¬ 
plit  pas  de  manière  à  devenir  immobile  et  qu’il  a  de  l’espace 
pour  changer  et  se  mouvoir ,  il  faut  nécessairement  que  les 
mouvements  et  le  bruit  se  voient  et  s’entendent.  Par  la 
même  cause ,  les  organes  qui  sont  charnus  et  mous  ,  éprou- 

nissaient  parfois  des  restitutions  que  rien  n’aurait  pu  faire  deviner;  d’autant 
plus  que  nous  ne  sommes  pas  sûrs  qu’il  n’y  ait  pas  ici  une  lacune.  Mais, 
dans  tous  les  cas,  ma  conjecture  est  conforme  au  sens  qu’exige  le  contexte, 
et,  dans  un  passage  aussi  désespéré,  cela  suffit  pour  la  justifier. 

1  in  marg.  i*aX%£ t,  24  43.  -  ga-fioir  2U2,  2141 ,  2444, 

2140.  -  ito  2253,  -  vulg.  -  Zving.  in  marg. 

-  èçoyi £«to  cod.  S.  ap.  Foes.  -  On  lit  dans  le  Glossaire  de  Galien,  p. 
466,Ed.  Franz.  :  â’aXtÇoiTO,  èxx evgIto.  Foes  a  imprimé  eia^^ctTo;  mais  il 
remarque  que  l’explication  de  Galien  doit  être  rapportée  à  ce  mot,  et  que, 
par  conséquent ,  il^faut  lire  ÈçaX tÇo’.ro.  L'observation  de  Foes  est  confirmée 
par  l’annotation  du  manuscrit  24  43,  qui  a  mis  en  marge  le  verbe  ex¬ 
pliqué  par  Galien.  Dans  ce  cas-ci,  comme  dans  beaucoup  d’autres,  la  glose 
ctro  ou  iE,cyx%CL70  a  expulsé  la  véritable  leçon.  —  *  r.uipav  24  44, 
corr.  al.  manu.  — -  3  or’  àv  2253.  -  ?r,  pro  -mr,  2440,  2442,  2445,  2445, 
24  44 ,  24  44.  —  4  airb  è;  ia-jTÔ  2253.  -  Cette  leçon  parait  être  une  tenta¬ 
tive  de  correction  faite  par  le  copiste,  qui,  ne  trouvant  pas  de  nom  masculin 
auquel  ces  pronoms  se  rapportassent,  les  a  changés  en  neutres.  Mais  celte 
correction  était  insuffisante;  car  il  a  laissé  subsister,  une  ligne  plus  bas  , 
cstXnpoç  etirjxvo;,  au  sujet  desquels  la  difficulté  se  représente.  Ce  sont  ces 
masculins  qui  donnent  une  grande  probabilité  à  la  conjecture  par  laquelle 
j’alintroduit  <nrXrvs  devant  wcrrrspdu  manuscrit  2255. — sè;  om.24  4  0,24  45, 
2442  ,  24  43,  24  44  ,t24  44.  —  6  ÈwXr.pwfa  est  donné  par  2253  ;  il  manque 
dans  tous  les  autres  manuscrits  et  dans  les  éditions  ;  cependant  il  est  abso¬ 
lument  nécessaire  au  sens.  —  7  Tîâvrr,  2255,  24  40 ,2255,  244  4, 24  45, 
244  3,  2^44. —  8  u.aX0axcü  te  x.  as.  2253.  — 9  2255.  -  ixTnusr.  vulg.  et 
al.  codd.  -  24  42.  —  IO  ocat  2255.  —  dwr, Xry.ottTa  à~Ep']['*£evTat 

2253.  —  11  «oXact  2440,  2442,  24  44,  24-44.  -  xctXsci  suprascr.  xotXuct 
2253  sine  te. — 12  suprascr.  eùpt>yjâpc.'.<nv  2255.  -  vjyjyjù^r.ac-. 

vulg.  et  al.  codd.-La  leçon  de  2255  me  paraît  préférable  à  la  leçon  vulgaire. 
Un  adjectif  comme  sùpû^topo;  est  après  xctXcioi  plus  naturel  qu’un  substantif 
comme  riposta pr.Œi;.  —  13  Ûcipaxi  sup.  lin.  gloss.  2144.  -  £y.~ v.e’v  2253. 


.632  de  l'ancienne  médecine. 

-TrdÉxayov  eut-oiistv.  1  "Ote  yàp  àv  U7]  a7ro7tX7]pcocT,  outojç  wtts 
2 crevai, àX)J  »  lyj  astagoAci,-  te  xott 4  xtvifciaç,  àvayxr,  aùrswv 
5  xai  ^o'oov  xai  xataoavsaç  xtv^uiaç  yivs^Gai.  6  Oca  os  aapxwSsa 
ts  xai  aaXôaxà,  sv  xotci  7  toutsoigi  vapxat  xs  xat  7tXv-po)aata , 
8  oia  Iv  9  toi <7 iv  atroTtÀTjysîti  yivsxat*  otav  8’  10  svx-jp<r/j  TtXatsï  te 
xat  àvttxstjJLSvcj) ,  xat  11  irpoc  auto  àvx>.TCai<r/j ,  12  xat  çuost  touto 
VJ'/rn  13  txrjts  tcyupov  lov,  wtts  SuvacGat  14  a'/tsystOat  tr^  ^tr^ 
xat  pLTjâsv  15  xaxov  ttaQsïv,  fa^xs  aaXOaxov  xs  xat  apatov,  wot 
èxSs^acôat  xs  xat  16  utsî^at,  *7  dtaXov  os  xat  xsQ'/jXûç  xat  svaiaov 
xat  îtuxvov,  otov  f|itap ,  g  ta  usv  xr)v  -ruxvoxTjXa  xat  ~Àaxuxrixa  18  av- 
6sGT7jX£  xs  xat  ouy  uitstxst.  <î>üaa  19  ôs  u7roosyou.svr1  auçsxat  xs  xat 
IcyypozlpYi  ytvsxat ,  xat  20  ôpaa  adXttxa  xrpoç  xo  dvxttraïov.  Ata  Bï 
xàjv  àTraXoTTjxa  xat  xtjv  lvatu.dtr,xa  ou  Suvaxat  avsu  tcovcov  sîvat , 
xat  21  otà  xauxaç  xàç  Ttpocpdatxç  oouvat  xs  oçuxaxai  xai  ituxvoxaxat 
itpoç  xouxo  22  xo  ywptov  ytvovxat,  23  exTru^aatd  xs  xat  outxaxa 

—  1  Les  manuscrits  varientsur  la  lecture  de  ce  membre  de  phrase  :  2140, 
2255,  2143,  2141,  2145,  2142,  2144  ont  on,  variante  qui  ne  vaut  rien. 
2253  a  5n  yào  àv ,  r,v  t/.r,  à“o— Àvipuôx  ;  leçon  qui  est  très  bonne  ;  mais 
je  n’ai  pas  eu  de  raison  pour  la  substituer  au  texte  vulgaire. —  2  ouGXÎvai 
2145. — 3  2255.  -  I^st  vulg.  et  al.  codd.  -  Le  subjonctif  est  ici  néces¬ 
saire. — 4  2255  -xtvTffîtî  vulg.  et  al.  codd. — 5  xat  om.  2253. — 6  ôoat 
2253. —  7  TGteÛTOtst  2255.  -  vâpxa?  2145,  2145,  2140,  2141,  2142, 

2144,  2255.  -  vapxvi  2255.— 8  a  pro  cia  2140,  2255,  2145,  2141, 

2145,  2142,  2144.  — 9  Ce  passage  est  un  de  ces  endroits  altérés  où 
les  manuscrits  ne  fournissent  aucune  bonne  leçon.  2253  a  tÿctv  sktg- 
cçotyîai.  L’exemplaire  de  Severinus  cité  dans  Foes  a  xaïç  â—caçayetot;  le 
texte  vulgaire  et  les  autres  mss.  ont  xctctv  à— caçaysïct.  Evidemment , 
aucune  de  ces  leçons  n’offre  un  sens  convenable.  Mercuriali  a  mis  dans  son 
éditipn  i-ccça-j ÿ<r. ,  entendant  par  là  les  ganglions  lymphatiques  du  cou. 
Mack,  dans  les  notes  de  son  édition,  a  proposé  de  lire  ànsaàtpvféem.  Ce  mot, 
qui  est  employé  par  Hippocrate  ailleurs,  offre  sans  doute  un  sens  ;  mais  ce 
sens  ne  me  paraît  pas  naturel.  Il  m’a  semblé  qu’ici  Hippocrate  apportait 
plutôt  un  exemple  qu’il  ne  présentait  une  similitude  ;  c’est  ce  qui  m’a 
décidé  à  lire  ànotXr.ysTci ,  d’autant  plus  que  c’était  une  opinion  de  cette 
antique  pathologie,  que  les  apoplexies  et  les  suspensions  de  mouvement 
étaientdues  à  cet  air  intérieur  dont  il  est  ici  question  — Èyxupr.or.  t/.a-re'- 
2253.  —  11  Le  texte  me  parait  avoir  subi  quelque  altération.  2255  a  xai 


DE  l’aNCIEN>E  MÉDECINE.  633 

vent  des  stupeurs  et  des  obstructions ,  comme  il  arrive  dans 
les  apoplexies.  Quand  l’air  intérieur  rencontre  sur  son  pas¬ 
sage  un  organe  large,  et  vient  s’y  heurter,  et  quand  cette 
partie ,  n  ayant  naturellement  ni  assez  de  force  pour  résister 
à  la  violence  et  n’en  souffrir  aucun  dommage ,  ni  assez  de 
mollesse  et  de  laxité  pour  céder  à  l’air  et  obéir  au  cboc ,  est , 
au  contraire,  tendre,  serrée,  pleine  de  suc  et  de  sang, 
comme  le  foie ,  alors  ,  à  cause  ;de  sa  largeur  et  de  son  tissu 
serré ,  elle  résiste,  loin  de  céder.  L’air  intérieur,  s’augmentant 
et  se  forti6ant  par  la  résistance  ,  fait  principalement  effort 
contre  l’obstacle.  A  cause  de  sa  mollesse  et  du  sang  qui  le 
remplit,  l’organe  ne  peut  qu’en  souffrir;  aussi  est-il  exposé 
aux  douleurs  les  plus  aiguës  et  les  plus  intenses ,  avec  sup¬ 
purations  et  toutes  sortes  d’abcès.  Ces  mouvements  se  font 
aussi  ressentir  au  diaphragme  avec  force,  mais  beaucoup 

— pôç  iauTÔ  «vtmtïot.  Foes  et  les  autres  manuscrits  ont  xxî  n  ttoo;  xùtô 
àvnrsin:.  Le  texteîvulgaire  n’est  pas  tout  à  fait  satisfaisant  :  1  °  parce  que 
dans  ce  texte  ocutô  se  rapporte  à  çûox  et  i'izü.r.u.xzx ,  et  Hippocrate, 
quand  il  en  parle,  amis  plus  haut  les  pronoms  au  pluriel,  G-’  aù—'wv  ; 
2°  parce  que  z\ ,  qui,  dans  ce  cas,  se  rapporte  à  îîXxtsï  et  àvrtxetuivtù  ,  me 
paraît  surabondant.  La  leçon  de  2255  serait  sans  reproche,  si  Ixutô  se 
rapportant  à  çîizx  et  ànvXr.axzx,  n’était  sujet  à  la  même  objection  que 
aÙTo.  Je  pense  donc  qu’il  faut  omettre  -n  avec  2255,  admettre  aürb  avec 
les  autres  mss,  le  faire  rapporter  à  îïXxTst  et  àvnxetoév© ,  et  prendre  çüox 
et  i'iiù.T.u.a.-a.  pour  le  sujet  de  xrz'-x\<rr.  comme  il  l’est  de  è-pcupax;  je  pense 
qu’il  vaut  mieux  lire  œm—xlzri  que  àyrwrco73 ,  parce  que  xrrtTralov  est  un 
peu  plus  bas  dans  le  même  sens.  Le  changement  de  a t  en  z  n’est  qu’une 
affaire  de  prononciation  ;  on  le  rencontre  souvent  dans  les  mss.  — 11  xai 

ç>.  r.  om.  Aid.  —  13  sov  ur'rs  2255. - avs^eaflai  tt,v 

2253.  -  fütx;  supr.  fitr;  gloss.  2144.  —  15  xaxcrx0slv  2145.  —  16  ôttc- 
$£ ïÇxi  2145,  2140,  2255,  2145,  2142,  2141,  2144.  —  r7  Sè  2255, 
pro  zz  quod  hab.  vulg.  et  al.  codd.  -  T£0r,Xbv  2140,  2143,  2141, 

2144.  —  18  âv0îffTXTat ,  èvavrtcÜTOt  sup.  av0.  gloss.  2144.  —  19  o% 
èmyof/dyn  2253.  Gîte p^cusvn  Vander  Linden.  • — 20  2pu.su  2140,  2255, 

2145,  2145,  2142.  -  àvrtTrsov  2255.  àmëaïvov,  ày-nxpcÿsv  supr.  àvriîr. 
-gloss.  2144.  —  21  &xt aura;  2141.  —  22/rô  in  2255,  2140,  2255,  2145, 
2145,  2142,  2141,  2144  ;  om.  in  vulg.  -  îrp.  xa.zoüzo  pv.  Zving.  et 
Heurniusin  marg.  —  23  zu.mjr.ii.xza.  2255.  -  èx-Xt.u.xtx  Aid. 


634  de  l’ancienne  médecine. 

TrXsîffTa.  lèverai  Ss  xa:  ’  u~o  tppsvaç  ia'/y^oiq,  fycov  os  xoaXov 
2  èiaradiç  f/iv  yàp  ©psvwv  ?rXaTe«i  xat  avrixetu.  svrj ,  ouffi?  Ss  3  vsu- 
pojSc.crspr]  ts  xai  ïayuporspr, ,  Si  b  ^ffcov  4  I— coSuva  £<tti.  5  Tivov'cai 
os  xat  rapt  Taura  6  xat  rçovot  xat  ©ufxa-a. 

25.  IToXXà  Ss  xat  aXXa  xat  7  fcrw  xal  s|a>  toj  acoparoç  etosa  <r/7)- 
ptaxtov,  â  8  jjLsyaXa  àXX^Xcov  Staçepst  irpoç  Ta  7ra0r,aaTa  xat  9  vo- 
csovti  xal  uytatvovTi,  oTov  xsoaXat  cruixpat  r,  ueyaXat ,  rpay^Xoi  Xe- 
Trrol  7]  racyeeç,  IO  aaxpot  "  (jpayssç,  xotXtat  (xaxpai  ^  aTpoyyvXat , 
,2  ôioprjxo;  xat  rXsupswv  TrXaTUT/jTS!;  r,  otsvottjsç,  13  xat  a/J.a  uu- 
pta,  &  Sel  racv-ra  etosvai  f[  Siaçspsi,  &rwç,  Ta  atTta  IxacTOJv  st- 
Sàç,  op6,ô)<;  14  TTjpoiTjÇ. 

24.  IIspl  ,s  Ss  Suvâpttwv  yuixtov,  auTscov  ts  exaaro;  #  ti  SuvaTai 
ratsetv  tov  avQpw— ov  icxépOat,  xat  îrporspov  etpr,Tat,  xal  Taç  çuy- 
ysvstaç  &ç  syouffi  Trpoç  àXXr'Xouç.  Asyto  Ss  to  toigI/tov  •  et  yXuxuç  yu- 
pioî  16  ueTaêàXXot  sç  aXXo  eîooç,  jxyj  ara  ‘7  ^uyxpT'dtoç,  àXX’  aûroç 
i^t5Tajjtsvoç,  raîo';  tiç  ,8  rpâiToç  yevotTO ,  raxpoç ,  r,  aXaupo;  ,  r, 
ctpuçvoç,  r,  o£uç;  *9  Otaat  ptsv ,  ô;uç.  20  rO  apa  o'uçyupLOç  21  àvsra- 

1  db 0  2253,  2141,  2145,  2142,  2144  ,  2140.  -  dbcocévas  pro 
çpévaç  2140,  2255.  — 2  Stâcraotç  2255,  2145,  2141,  2145,  2255, 
2142.  -  îrXctrr,  2145.  -  ttXxtsî  M.  R.  ap.  Chart.  —  3  vsupwv  ote- 
f tri  2145  ,  2142,  2141  ,  2143,  2255,  2140,  2144.  —  4  In  marg. 
«nxnvSuva  2253.  -  semv  2253. —  5  ytvsTOt  2253,  2140,  2255,  2145, 
2141.  -  xal  om.  2255.  — 6  xal  om.  cod.  S.  ap.  Foes.  —  8  sîato  225  5. 
—  8  Une  correction  dans  2253  a  changé  ttsyacXa  en  asya.  — 9  voacüv- 
ti  2253.  —  10  wroi  ante  aoxpcl  2255  ,  cod.  S.  ap.  Foes.,  Imp. 
Samb.  ap.  Mack.  —  11  j3pays:ç  2233.  —  12  dcapxxsi  ;  xal  om.  ttXsu- 
pwv  ;  $  cm.  2253.  —  13  xal  om.  2255.  —  racvr ce  voura  2255.  —  r,  Sta- 
©ïpst  stâsvat  2255.  —  14  çuXocffar.Tat  proTrpotr?  2255.  —  15  Cette  phrase 
se  lit  ainsi  dans  toutes  les  éditions  :  IIspl  Ss  Suvapiiav  yuawv ,  aÙTs'tov  rs 
txaoTcç  5  n  Suvaxat  xcts'stv  tov  âvôptoircv ,  èoxs'çôat ,  o-xrrap  xal  orporspov 
stpsarat,  tsc?  ^uyysvsla?  é>;  t/c'jcr.  orpbç  àXXxXcuç.  Les  traducteurs  ont 
rendu  soxs<p6at  par  il  faut  considérer  ;  mais  je  ne  connais  aucun  exem¬ 
ple  d’un  parfait  infinitif  pris  dans  le  sens  de  l’impératif,  surtout  dans  un 
traité  didactique  comme  celui-ci  ;  car  ce  ne  sont  pas  ici  des  propositions 
détachées  comme  dans  les  Aphorismes.  Ensuite,  avec  cette  interprétation, 
que  faire  de  te  après  aùrs'uv?  La  phrase  me  semble  donc  altérée,  et  elle 
présente  des  difficultés  que  les  éditeurs  ne  paraissent  pas  avoir  aperçues. 


DE  L  ANCIENNE  MÉDECINE.  635 

moins  ;  le  diaphragme  est ,  à  la  vérité,  large,  étendu,  et  il 
fait  obstacle  ;  mais  sa  constitution  est  plus  nerveuse  et  plus 
robuste  ;  aussi  reçoit-il  moins  d’atteintes;  cependant  il  y  sur¬ 
vient  aussi  des  douleurs  et  des  abcès. 

23.  A  l’intérieur  et  à  l’extérieur  du  corps,  il  est  plusieurs 
autres  figures  d’organes  qui  contribuent ,  très  diversement 
entre  elles ,  aux  souffrances  soit  chez  l’homme  sain ,  soit  chez 
l’homme  malade.  Tels  sont  :  une  tête  grosse  ou  petite ,  un  cou 
mince  ou  gros ,  long  eu  court ,  un  ventre  allongé  ou  arrondi, 
la  largeur  ou  l’étroitesse  de  la  poitrine  et  des  côtes  ,  et  mille 
autres  conditions  dont  il  faut  connaître  les  différences  ,  afin 
qu’avec  un  savoir  exact  on  observe  les  causes  de  chaque  chose. 

24.  Quant  aux  qualités  des  humeurs  et  à  l’examen  des 
actions  que  chacune  d’elles  peut  exercer  sur  le  corps ,  il  en  a 
déjà  été  parlé ,  ainsi  que  des  affinités,  qu’elles  ont  les  unes 
pour  les  autres.  Sur  quoi ,  je  demande  :  si  un  suc  doux  se 
métamorphose  en  un  autre ,  non  par  un  mélange  accidentel , 
mais  par  un  changement  spontané ,  que  deviendra-t-il  d’a- 

Le  ms.  2555  est  conforme  aux  imprimés;  les  manuscrits  2145,2141, 
2140,  24  43,  24  44,  n’en  diffèrent  que  parce  qu’ils  ont  àXXr,Xa;  au  lieu 
d’àXXxXcuç.  Le  manuscrit  2253  lit  autrement  ;  il  a  :  IIspi  Ss  Suvâfuov 
X'Jawv  gcÙtûv  te  £xa<rrcç  en  5vvarat  îtcseTv  tov  âvôptoîrcv  ÈaxÉœÔat  *  xat  •spo- 
TEpcv  Etpr.rat  •  xai  tt,v  cuyyÉvEtxv  â;  êjiçxxR  îrpo;  ôW»t.Xoi>ç.  On  voit,  outre 
des  différences  de  dialecte ,  qu’il  n’a  pas  ôcr^sp  ,  qu’il  lit  eîpTTOt  au  lieu 
d’etpsarot,  qu’il  ajoute  xol  après  Etpr/rat  et  qu’il  a  tt,v  GVfp ivstxv  au  lieu  du 
pluriel.  Je  pense  que ,  sans  recourir  à  des  restitutions  conjecturales  (  moyen 
que  je  redoute  et  dont  je  ne  fais  usage  qu’en  désespoir  de  cause), il  est  possi¬ 
ble,  à  l’aide  du  manuscrit  2253,  d’avoir  une  leçon  qui  ne  fait  aucune  vio¬ 
lence  au  sens  et  qui,  sans  doute,  n’est  pas  éloignée  du  texte  primitif.  Pour 
cela,  je  supprime  seulement  woîiEp,  j’admets  xai  devant  rà?au*pj£ve,-a«  etJe 
regarde  èoxs <s0at  comme  régi  par  la  proposition  rapt.  Peut-être  même,  si 
la  plus  grande  réserve  ne  me  semblait  nécessaire,  aurais-je  pu  suppléer  la 
préposition,  et  lire  après  y;ju&v  :  xai  rapt  roü  aù-rs'ov  Scaorc;....  saxs'çôat. — 

16  Èwvu. ETaêocXXttv  Et;  2253 _ ‘7  «ju*pepr!atcç  2253.  -  S-u-pcpxcMo;  24  44.  - 

«*TWpx<re©ç  2255.-  àXXà  2253. — 18  âv  irp.  2253. — 19  Sic  2253.-ctu.at  u. 
c^.  om.  in  vulg.  et  al.  codd.  -  Cette  addition  est  indispensable  ;  il  est 
d’autant  plus  étonnant  que  Froben  ,  Foes  et  leurs  successeurs  ne  l’aient 


636  de  l’ancienne  médecine. 

TT,Sstoç  1  rpocsôpwv  av  tmv  Xoittwv  aaX'.ara  svrç  >  el7f£P  ^  ï^uxu'’ 
»  ys  7ravTtùv  *  î-itr^stôraTO?.  4  05to>;  ,  s?  Ttç  Suvaixo  Çr.r&ov 
I?oi0£v  èwtTuyjravsiv ,  5  ouvaix  av  TavTcov  IxXsyeaflat  <»£l  6  TO 
PsXtuttov  •  BsXtkttov  Se  7  sort  to  xposcoTaTü)  tou  8  àvc-t-rr^siou 

<X~£/OV  9. 


pas  admise  dans  le  texte,  que  l’édition  (TAlde  la  présente  sous  cette  forme  . 
cTaaioSfcç.  —  »«éipa22S3.-i  a>  2144,  2145,  2142,  2141,  2145, 
2140,  2255.  -  6  om.  xulg.  —  21  à-.smr.TS'Sio;  2144. 


1  npcoçsptov  2140,  2255,  2t45,  2145,  21 42.-  irpoçspwv  21 4! ,  2144. 
-  r,  ïrpcGçopoç  cod.  S.  ap.  Foes.  -  ïrpoTçsptov  cod.  F.  ap.  Foes.  —  -npo- 
c popwv  Aid.  -£?•/;  (&âXi<rra  2253.  — 2  ts  pro  ys  2255,  2145,  2142.  -tôv 
pro  ys  2255.— 3  on&mxiïsiôrxTcç  2140,  2255,  2141,  2144,  2145,  2142. 


—  4  gûtc;  suprascr.  < 
bû^yry  Xawëctvst 


i-r«ç  2255.  -Çr.rwv  2255. —  5  x*l  SuvatTO  av  2253.- 
sup.  ècXsycoâat  gloss.  2144. —  6  aiîi— soj>sXTi<rrGv  : 

(s 

iz 

■  12  ./  ^  ~ 


FIN  DD  TOME  PiîtMlER. 


DE  l’aNCIENNE  MÉDECINE. 


637 

Lord  ?  Sera-t-il  amer  ou  salé ,  ou  acerbe ,  ou  acide?  Je  pense 
qu’il  deviendra  acide.  Donc,  de  tout  ce  qui  se  pourrait  ad¬ 
ministrer,  le  suc  acide  serait  le  plus  mauvais ,  dans  le  cas  où 
le  suc  doux  serait ,  de  tous ,  le  plus  convenable.  Ainsi  celui 
qui,  par  ses  recherches,  pourrait  connaître  la  nature  desclioses 
extérieures ,  pourrait  aussi  toujours  choisir  ce  qui  est  le  meil¬ 
leur  ;  or,  le  meilleur  est  ce  qui  est  le  plus  éloigné  du  nuisible."^ 

fk'XTtcrrcv  <$l  2255.  -  aie l  to  PsXtiov,  {^sXt’.gtgv  Ssvulg.  -  aiel  ^sàt’.cttgv  £s 
2255  ;  recentior  manus  restituit  :  to  PéXtiov  ut  in  vulg..-  o dsl  •  to  ^s).Ttov  Ss 
2140  2141,  2144,  2145,  2145,  2142.  De  ces  diverses  leçons,  celle  de 
2255  m’a  paru  préférable.  —  '  Icriv  v.  to  2255.  —  8  swrrAdo’j  2255. 

—  9  téXoç  iw7îOxpaérou;irept  àoyaix;  tr.rptocns  2255.  -  tsXoç  toü  «epl  àoyitiç, 
iïiTftXÏî  2144,2141. 


ÉIN  DC  TOME  PREMIER;